A lire d’urgence, pour comprendre l’avenir de l’informatique !
Nicolas Carr est devenu célèbre après avoir publié un article, puis un livre sur le thème :
Does IT matter? ( Est-ce que l’informatique est importante ?)
Il vient de publier son deuxième livre :
“The Big switch”
Un titre difficile à traduire, surtout après avoir compris que le mot “Switch” est utilisé pour parler de l’informatique et de l’énergie électrique. (Google translate propose : “Le grand passage” ! Cela rassurera les personnes qui m’avaient reproché de faire l’éloge de ce service de traduction)
Je propose quand même : “Le grand virage”, sachant qu’il est possible de trouver mieux ; j’accepterai avec plaisir les suggestions des lecteurs.
Ce livre est déjà disponible sur Amazon.com et annoncé sur Amazon.fr ; je reviendrais sur ce point à la fin de ce texte.
L’avenir de l’informatique = “On the Cloud”
La première partie du livre, les 7 premiers chapitres, est une remarquable démonstration de l’évolution des infrastructures informatiques “on the cloud” et des applications vers une logique SaaS, Software as a Service”.
Nicolas Carr reprend l’analogie entre l’évolution de l’électricité et de l’informatique.
Au milieu du XIX siècle, chaque entreprise industrielle fabriquait son énergie ; l’un des exemples cités est celui de la plus grande roue hydraulique du monde, de 20 mètres de haut, construite par Henry Burden, pour fabriquer des clous pour les rails et des fers pour les chevaux.
50 ans plus tard, cette roue était immobile, inutile, remplacée par de l’énergie électrique, grâce aux inventions de Thomas Edison.
30 ans plus tard, les “utilities” électriques, créées par Samuel Insull, un collaborateur d’Edison, fonctionnant en courant alternatif et à partir de centrales très puissantes, avaient marginalisé les petites centrales locales en courant continu d’Edison
Nicolas
Carr pronostique que l’informatique va, rapidement, suivre une évolution similaire :
- Les entreprises ont créé leur propre énergie informatique à l’époque des Mainframes et du client serveur
- Les progrès des réseaux et du Web vont, rapidement, rendre obsolètes les centres de calcul construits par les entreprises pour leurs propres usages.
- L’essentiel de l’énergie informatique mondiale sera, très rapidement, fournie par les “centrales nucléaires informatiques” construites à coups de milliards de dollars par Google, Amazon, eBay ou Microsoft.
Carr cite (page 67) une étude qui estime que Google a un prix de revient informatique 10 fois plus bas que celui d’une entreprise normale !
Électricité, énergie informatique : similarités, différences
Carr note aussi avec pertinence que l’énergie informatique et l’électricité partagent deux caractéristiques fondamentales :
- Économies d’échelle en production : centrales nucléaires ou thermiques, centres de calculs géants permettent des économies d’échelle majeures ; ceci se traduit par des prix de revient très compétitifs qui rendent les petites unités de production non concurrentielles.
- Transport aisé sur de longues distances : les réseaux haute tension, les fibres optiques permettent de transporter électrons ou bits sur des milliers de kilomètres.
La principale différence tient aux “usages”, aux applications, et c’est là où l’analogie s’arrête.
Les outils d’utilisation des réseaux électriques, lampes, machines à laver, aspirateurs... sont locaux, branchés sur des prises universelles
En informatique, les “utilities” peuvent aussi transmettre des applications ; toute la démarche SaaS, Software as a Service, est basée sur ce principe.
Il est aussi possible d’utiliser, pendant une période transitoire, des applications “locales”, sur un PC par exemple.
Carr pronostique que les SaaS vont rapidement s’imposer, que ce soit pour des usages bureautiques, Google apps, ou des applications structurées telles que celles proposées par Salesforce.com et son écosystème.
L’informatique “On the cloud” peut donc proposer et les infrastructures, puissance de calcul et réseaux, et les usages, en SaaS.
Pour définir cet ensemble, Carr utilise souvent dans son livre l’expression World Wide Computer (WWC), qu’il espère voir remplacer World Wide Web.
Deuxième partie du livre : impacts sociétaux
Je ne vais pas commenter en détail la deuxième partie de “The Big Switch”, à partir du chapitre 8. Nicolas Carr se livre à une analyse beaucoup plus philosophique des impacts potentiels du World Wide Computer.
Il se montre plutôt pessimiste, en termes d’emplois, de sécurité, de protection des données individuelles et des évolutions de l’humanité. Le titre du chapitre 9 est à cet égard très révélateur :
“Fighting the Net”: (Combattre Internet)
Cette partie est plus centrée sur les impacts du WWC sur les personnes que sur les entreprises ; sa lecture est intéressante, mais moins directement applicable aux décisions que doivent prendre les entreprises.
Remarques sur la “forme” de ce livre
J’ai été frappé par le coté 100 % textuel de cet ouvrage qui parle de technologie ; pas un seul graphique, une image, une photo dans les 250 pages de ce livre !
Il y a par contre une longue bibliographie, de plus de 20 pages, avec quelques liens Web.
Je vais proposer à Nicolas Carr de mettre sur son blog, dont je conseille beaucoup la lecture, une page où seront disponibles tous les liens ; ceci devrait faciliter la vie de ses lecteurs !
Remarques sur l’achat de livres en France et aux USA
J’ai acheté le livre de Nicolas Carr sur Amazon.com dès sa parution ; il m’a été livré en une semaine, le 2 janvier 2008. Comme j’en avais acheté deux exemplaires, le prix, livré à Paris, était de $46,23, en tenant compte de la remise de 34 %, légale aux USA.
En France, il n’est toujours pas disponible : pour profiter de la livraison gratuite, à partir de 20 euros, il faut aussi en acheter 2 exemplaires.
L'analyse économique des deux options d'achats est instructive :
- Prix achat US, 2 livres livrés Paris : $ 46,23 soit 31,23 €
- Prix achat France 2 livres : 37,12€
- “Bénéfices” : 6 euros (20 %) + disponibilité immédiate !
En guise de conclusion
Le message de Nicolas Carr est clair :
Hors de l’informatique “On the cloud”, pas de salut !
Infrastructures hébergées et SaaS seront les solutions dominantes demain, pour les entreprises de toutes tailles, de tous les secteurs économiques.
Ce n’est pas moi qui vais dire le contraire !
Juste une réflexion sur le prix des livres. Je ne pense pas vous apprendre quelque chose, mais en France, une loi interdit de faire n'importe quoi avec les livres, la loi Lang. Elle interdit un rabais inférieur à 5% (d'ailleurs les offres promotionnelles consistant à rendre la livraison gratuite sont condamnées)
Peut-être considérez-vous le livre comme un bien de consommation comme un autre, mais ce n'est pas mon cas, et je me félicite de payer (et parfois même plus) pour un auteur (après, ça dépend du livre)...
Rédigé par: alphoenix | le 07/01/2008 à 22:51
Vu les images utilisées je pensais lire un article sur l’informatique écologique /propre « Green IT » un vrai sujet d’actualité dans les SI mais à l’arrivée c’est pour nous dire e SAAS est la solution du future … est-ce que cela justifie que c'est un bon livre ????
Rédigé par: Seb | le 07/01/2008 à 23:22
Pourquoi parle-t-on d'énergie informatique? C'est étonnant. Que l'information soit dotée d'une forme d'énergie "interne", une sorte d'entropie, pourquoi pas . Mais l'informatique est un "moyen" que je comparerais davantage avec la centrale.
Rédigé par: Ludovic | le 07/01/2008 à 23:42
@ alphoenix
On peut discuter longtemps de la pertinence de la loi qui interdit les rabais de plus de 5 % sur le prix des livres.
L'interdiction de la livraison gratuite a été immédiatement contournée, comme le montre le site Amazon.fr qui fixe les règles, très souples, pour en profiter.
Maintenir artificiellement à un prix très élevé le livre, dans une économie de plus en plus "numérique", je ne suis pas certain que ce ce soit la meilleure manière de promouvoir l'achat de livres.
#Seb
Oui, c'est un excellent livre, bien écrit, et qui aide les lecteurs à se poser beaucoup de bonnes questions.
Concernant l'informatique "verte", les solutions SaaS et les grands centres de calcul sont beaucoup plus écologiques que les solutions traditionnelles qui gaspillent entre 50 et 90 % de l'énergie électrique qu'elles utilisent.
Les nouveaux centres de calcul de Google seront encore plus efficaces dans la consommation d'énergie, en utilisant au maximum les énergies renouvellables telles que le soleil.
Microsoft va installer son prochain centre de calcul en ... Sibérie ! Est-ce pour disposer d'un refroidissement efficace ?
@Ludovic
L'expression "énergie informatique" doit être prise au sens figuré ; l'analogie avec l'énergie électrique, faite par Nicolas Carr, est très parlante.
Rédigé par: Louis Nauges | le 07/01/2008 à 23:56
Bel article bien construit et intéressant, au moins au début.
Je ne comprends pas pourquoi vous éludez la question des chapitres 8 & 9 et consorts qui sont à mon avis au moins aussi important que les autres.
Ces chapitres parlent des risques de l'Internet. Je ne vois AUCUN avenir à une solution SaaS totalement hébergé (soft+documents). Le simple fait d'invoquer "l'espionnage industriel" empêche toute externalisation à une DSI.
Tant que ces points ne seront pas évoqués publiquement le SaaS n'a aucun avenir. La seule solution consiste en l'utilisation de softs hébergés couplés aux docs locaux, partagés à la demande. Les solutions actuelles font pour la plupart l'inverse (docs partagés et copiés localement - imparfaitement - à la demande).
Je suis déçu que vous proniez ces solutions au fil de vos articles, qui sont certes moins énergivores et moins chère pour le plus grand nombre, mais ô combien dangereuses, sans jamais évoquer ces points autrement qu'en les éludant.
Au plaisir de ne plus vous lire.
Cyril Z.
Rédigé par: Cyril Z. | le 08/01/2008 à 14:00
Par ailleurs je vous invique à lire cet article,
http://www.baekdal.com/articles/management/trends-2008-web-developers/
Cette personne, que je suis depuis plusiers années est assez réaliste et ses évisionsé sont plutot justes.
Le résumé en bas de page est édifiant - je cite :
Failures in 2008
* Online productivity applications (MDLR : SAAS)
* Google
* Browsers
* Javascript
* Thinking "local" in geographical terms
Rédigé par: Cyril Z. | le 08/01/2008 à 14:05
@Cyril
Je n'ai jamais éludé les challenges des solutions SaaS ; il faut simplement que les entreprises apprennent à vivre avec comme tout ce que l'on fait sur le Web.
Les chapitres 8 et + sont passionnants mais parlent de tous les usages du Web et des dangers qu'ils font courir à tous les utilisateurs, professionnels et personnels.
Je vous laisse bien sûr libre de ne plus lire mon blog ; il y a en a 70 millions d'autres sur le Web !
Quant aux prévisions de cette personne, le plus simple est d'en reparler... début 2009
Rédigé par: Louis Naugès | le 08/01/2008 à 15:18
Concernant la tendance SaaS et utility computing il faut voir la présentation de Simon Wardley:
http://blog.gardeviance.org/2007/11/web-20-expo-berlin.html
Concernant les impacts sociétaux et économiques il faut lire Wikinomics.
Sinon concernant le green computing, ne serait-il pas intéressant d'installer ces méga data center directement dans les centrales nucléaire?
=> Moins de perte d'energie dans son transport.
=> Mutualisation du système de refroidissement.
=> baisse des coûts.
Mais que fait EDF??
Rédigé par: Aurélien Pelletier | le 08/01/2008 à 18:16
Pour revenir sur l'analogie de la production électrique externalisée, cela insite à penser, qu'après une certaine période, on réinternalisera celle-ci, si on en croît la tendance à la production individuelle d'électricité en entreprise (ex : Google) comme chez les particuliers grâce aux panneaux solaires.
Rédigé par: Maher | le 08/01/2008 à 22:29
TITRE DU LIVRE
"switch" suggère le mouvement de commutation et "virage" décrit plus une trajectoire
je suggère donc "le grand tournant", qui ramène plus à la notion de mouvement que de trajectoire
JPC
Rédigé par: JPC | le 09/01/2008 à 07:57
Bonjour
""Carr note aussi avec pertinence que l’énergie informatique et l’électricité partagent deux caractéristiques fondamentales :
[...]
- Transport aisé sur de longues distances ""
C'est malheureusement faux. RTE consomme un peux moins de 14 % de l'énergie injectée sur son réseau. 14% ce n'est pas négligeable.
source: http://www.rte-france.com/htm/fr/mediatheque/telecharge/statistiques_annuelles_2006.pdf
2e page.
peut-être que la solution google est pratique pour des TPE/PME, mais il existera toujours des boites qui auront des niveaux d'exigence plus évelées, ou qui sont soumises à des impératifs de secret .... et qui ne pourront pas stocker leur données chez les américains. C'est mon sentiment. Une niche ou un frein?
Rédigé par: jj | le 09/01/2008 à 19:14
Bonjour,
erratum 10% et page 5
Rédigé par: jj | le 09/01/2008 à 19:20
Ma (longue) réaction est accessible ici : http://microclub.wordpress.com/2008/01/10/informatique-it-cs/
En résumé, l'erreur est de poser l'équation "informatique = IT" puis de discuter du futur de l'informatique en le confondant avec le futur de l'IT.
informatique = IT + CS
CS = COMPUTER SCIENCE !
Rédigé par: Dr. Goulu | le 10/01/2008 à 09:34
Une traduction possible du titre pourrait être "la grande commutation", qui exprime bien le changement radical en train de s'opérer, entre applications 1.0 d'une part, et Web 2.0 & Saas, d'autre part.
Rédigé par: Neonira | le 10/01/2008 à 11:07
Pour le titre, je suggère tout simplement "La grande mutation".
Sinon, en ce qui concerne le décollage des Saas dans les grosse PME ou les grandes entreprise, il faudra certainement leur proposer un découplage entre le service applicatif et un stockage de données sécurisées Cleverage like : http://nauges.typepad.com/my_weblog/2006/08/mcne_open_sourc.html
Rédigé par: Dominique Hebert | le 11/01/2008 à 08:46
Une autre analyse (en anglais) de ce livre est faite ici (je vous recommende aussi la lecture des commentaires) et qui pointe d'autres freins (que celui de la confidentialité), non évoqués dans les commentaires de votre article : http://dealarchitect.typepad.com/deal_architect/2008/01/nick-carrs-the.html
Les auteurs (post+commentaires) soulignent qu'il y a encore loin entre la vision (le propos de Nick Carr) et le marketing ambiant des fournisseurs et la réalisation de cette vision : la faute à la capacité technique (au sens de "capability") actuelle de ces fournisseurs ... voire plus prosaiquement à leur volonté réelle (intérêts en jeu) de faire de cette vision une réalité à court terme ...
Rédigé par: Pierre-Yves Henry | le 11/01/2008 à 16:45
Corollaire de la montée en puissance inéluctable des services fournis "in the cloud", les Directions des SI sont vouées à disparaître, au moins dans leur configuration actuelle ... telle est la prédiction de Nick Carr (qui n'en est pas à coup d'essai en matière de prise de position controversée à l'égard de l'informatique : l'informatique étant devenue une commodité (donc non-différentiatrice), le DSI a intérêt à adopter une position de suiveur plutôt qu'une position risquée et anti-économique d'innovateur ...c'est la thèse de son bouquin auquel vous faites référence dans le 1er § de votre article) ... c'est aussi là - à côté et liée à la montée en puissance des SaaS et autres Utility Computing - une des idées force de ce nouveau livre ...
Ci-après les réactions contrastées et argumentées de quelques professionnels US (entreprises clientes) des TIC face à cette prédiction : http://blog.cioinsight.com/readers_view/content001/future_of_it/lost_in_the_cloud_readers_take_on_nick_carr.html
Ci-après le point de vue (forcément optimiste) de 2 analystes éminents du Gartner sur les thèses défendues par Nick Carr (l'informatique n'est pas différentiatrice, la DSI est vouée à disparaître) :
http://www.cioinsight.com/print_article2/0,1217,a=218901,00.asp
Rédigé par: Pierre-Yves Henry | le 14/01/2008 à 02:07
Aprés la politique du "gros baton" chére aux américains, voici donc celle du "gros bouton" l'impérialisme change de technique passant de
l'économique au culturel puis à l'informationnel.
Et comme pour enfoncer le "cloud" cette image d'un être quasi divin émergeant des nuages. (Nauges, Nuages ?)
C'est comme une nouvelle proposition totalitaire, un "Deus ex Machina" un dieu qui sort de la machine. Comme dans cette histoire, de Frédéric Brown je crois, ou aprés avoir interconnectés tous les ordinateurs du monde en un seul, les ingénieurs lui posent la question : "Dieu existe t'il ? ". La réponse sort du terminal : "Maintenant oui ! ".
Mr Nauges, à ne vouloir s'intéresser qu'a l'aspect immédiat et professionnel d'un tel ouvrage vous me paraissez soudain léger. Comme si la sphére professionnelle pouvait être envisagée seule, comme si les aspects sociaux et humains n'étaient que secondaires. Êtes vous un artefact Mr Nauges ? votre conscience sait elle que vous écrivez sur ce Blog ? Bien sur, comme tout expert, vous répugnez à sortir de votre sphère de compétence mais tout de même ! On comprend votre satisfaction de voir certaines visions technologiques se concrétiser, mais lorsqu'on parle de conséquences inéluctables sur la société (pas l'entreprise, ni l'économie) et sur l'être humain (pas l'utilisateur ni le client ni le consommateur) Il faut prendre un peu de hauteur. Beaucoup des soi disant "merveilles du monde moderne" se sont avérées à l'usage avoir des quantitées d'inconvénients imprévus, et disons le, les choses ont généralement beaucoup plus mal tourné qu'on ne pouvait naïvement le croire.
Toute l'attitude écologique est dans la prise en compte globale de l'impact de nos activités. C'est véritablement une nouvelle façon de penser, qu'il nous faut absolument adopter, car celle que nous avons actuellement ne nous permet pas de garantir notre survie en tant qu'espèce. Or votre attitude, consiste à restreindre le champ de votre réflexion à la sphére technique et professionnelle "On me donne raison, ceci va dans
le sens de ma pratique professionelle, chic alors, c'est les copains qui vont être verts !" Ca nous fait une cyber jambe, mais que deviennent nos vraies guibolles pendant ce temps...
Les pratiques concentrationnaires comme le signale fort justement Maher dans son com, ou il fait allusion à Google, ne sont pas toujours le
meilleur choix. Dans de nombreux domaines on observe un mouvement de balancier permanent entre centralisation et décentralisation, client riche et client léger ect... Les grosses infra structures finissent par s'écrouler sous leur propre poids, l'innovation n'y trouvant plus sa place. Ce qu'on y à appris permet genéralement d'inventer des solutions plus légéres et plus souples. ce mouvement s'est déjà produit à de
nombreuses reprise en informatique.
Ce "Big swich" basculement, retournement, rupture je l'appelerais personellement "le bouton rouge", celui de la centralisation d'un pouvoir absolu, avec les pulsions totalitaires et autodestructrices qui l'accompagnent. Cette expression inventée avec la bombe atomique me paraît représenter le truc qu'il ne faut surtout pas construire pour ne pas risquer de l'utiliser. En mettant tout l'argent du monde dans les banques
nous avons donné le pouvoir aux financiers, en mettant toute l'information du monde dans des banques à qui le donnerons nous ?
Il est établi depuis longtemps que l'impact écologique d'une activité est diminué lorsqu'on dilue les sites et qu'on diminue leur taille pour
permettre au mieux l'absorption naturelle des polluants. En écologie le modèle centralisé est clairement désastreux et il faut être totalement
contaminé par un modéle de pensée "industriel" périmé pour croire qu'économie quantitative d'énergie signifie écologique.
Vous pouvez lire sur ces sujets le célèbre "Small is beautiful" ou l'ouvrage d'Ivan Illich "la convivialité" ( terme dont il est l'inventeur, le saviez vous ?) bien que passés de mode ces livres peuvent encore surprendre ceux qui comme vous sont "in the clouds" perdus dans les brumes de la technologie et de l'économie, comme Oppenheimer l'était dans celles de la physique nucléaire.
Science sans conscience...
Dans "Le successeur de pierre" roman de Jean Michel Truong vous trouverez une variation intéressant sur les conséquences du "Big swich"
le "Grand enfermement" c'est assez saisissant ! Une belle anticipation sur la société de 'information.
Malgré cela je vous aime bien Mr Naugés, et je continuerais à vous lire, mais là ... il fallait que je le dise !
Rédigé par: jack | le 31/01/2008 à 16:23
Les commentaires récents montrent que Nicolas Caar a touché une fibre sensible !
Sa thèse est, j'en suis persuadé, pertinente. On peut par contre, longtemps, discuter du calendrier de cette évolution.
En 2007, Google a investi $2,4 Milliards pour accroître la capacité de ses Data Centers (4 fois $600M).
Microsoft a, probablement, investi encore plus mais je n'ai pas les chiffres.
La capacité de ces "Usines informatiques" n'est plus une limite aux mouvements annoncés par Carr.
Restent les challenges majeurs, organisationnels, humains, écologiques... évoqués avec juste raison par les nombreux commentaires.
@Jack
J'ai été très intéressé par votre commentaire et vos interpellations. J'essaye, au contraire, de ne pas me laisser enfermer par les dimensions techniques et de regarder, imaginer les impacts long terme de ces mutations.
Je respecte votre point de vue, mais ne le partage pas.
"Small is beautiful", c'est parfois vrai, mais ce n'est pas une règle absolue.
Même les pays qui avaient dit non à l'énergie nucléaire, tels que l'Angleterre, acceptent de se remettre en question et découvrent qu'une centrale nucléaire moderne est un "moindre mal" et a moins d'impacts négatifs que les solutions à base de pétrole.
"Science sans conscience?" J'essaie de ne pas tomber dans ce travers.
"Conscience sans science ?"
C'est au moins aussi dangereux ! L'équilibre est difficile, instable, mais ne se trouve surement pas dans les extrèmes !
Rédigé par: Louis Nauges | le 07/02/2008 à 22:44
Ci-après un point de vue intéressant, car "counter-intuitive" comme disent les américains - et parce qu'émanant précisément d'un acteur de la sécurité des SI (... qui, convient-il encore de le noter, fournit un service délivré via le web...), sur la question essentielle de la sécurité dans le modèle SaaS ...
http://www.itrmanager.com/imprimer/74188/saas-est-modele-plus-securise-br-cyril-simonnet-directeur-general-emea-qualys.html
Ce point de vue, de par son caractère "contre-intuitif", fait penser à celui, aussi récent, d'autres acteurs de la sécurité et des NTIC sur la question du chiffrement des données stockées ...
http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-le-chiffrement-peut-nuire-aux-entreprises-25322.html
Rédigé par: Pierre-Yves Henry | le 14/02/2008 à 16:45
Bien sûr Nicholas Carr, qui n'est pas informaticien, mais journaliste, exploite avec talent l'émotion créée par son premier ouvrage dans l'écosystème mondial de l'informatique. Ses thèses choquent un ensemble de fournisseurs, d'informaticiens qui vivent depuis trente ans de la complexité née de l'empilage des couches techniques qui ont été accumulées depuis l'origine de l'informatique et qui ont beaucoup de difficultés à admettre que l'on puisse faire gérer des données sensibles par un fournisseur externe en simplifiant considérablement ce monde artisanal.
Or cet argument n'a plus aucun sens, et depuis longtemps, dès lors que tous les fournisseurs ont accès à des données techniques et/ou personnelles au fil de la progression des usages. Ce débat est inefficace et désuet. S'il y a un problème de sécurité informatique, qu'il faut relativiser sans le nier, ce n'est pas en construisant des lignes Maginot qu'on le résoudra, mais en construisant sur des bases nouvelles, et mondiales, un droit à l'identité numérique. La planète est désormais numérique, entreprises, états, particuliers échangent en continu des données numériques, fragmentées, et il faut que cela continue mais en dissipant le brouillard actuel. Or ce travail est politique et juridique, pas technique ! Il faut que les états s'en emparent, à commencer par ceux qui composent la communauté européenne. Et s'il est évident que la plupart des données d'entreprise, comme privées, seront hébergées par des tiers, il faut que ceux-ci deviennent "tiers de confiance", dans la transparence, la rigueur et sans anonymat.
L'analogie avec le courant électrique est insuffisante, il ne s'agit pas d'électrons miscibles entre eux, mais de données qui renvoient à des réalités différentes, complexes, qui concernent des personnes ou des communautés de personnes. Traitons ces questions avec sérieux sans s'opposer à l'industrialisation du traitement de l'information qui est hautement souhaitable.
Rédigé par: Jean-Pierre Corniou | le 25/02/2008 à 00:52
@Jean-Pierre
Merci pour tes commentaires toujours pertinents.
Quelques remarques :
- Nicolas Carr est avant tout un professeur de Management, à l'Université Harvard.
- L'analogie avec l'énergie électrique est, comme toute analogie, imparfaite ; elle est quand même pertinente et indique clairement la direction à suivre.
- Je suis par contre très dubitatif sur ta proposition de faire intervenir les états dans le débat. Rien de tel pour ralentir ou bloquer les évolutions extraordinaires et positives que permettent des innovateurs qui ont pour nom Google, Salesforce ou Dassault Systèmes !
- A quel "tiers de confiance " est ce que je préfère confier mes données ?
Amazon ou l'Etat Français ?
- Je souhaite bien sur que des champions industriels européens soient présents sur ce marché ; c'est mal parti ! Il faut à la fois :
+ des moyens financiers forts, plusieurs milliards d'euros d'investissement par an.
+ Des compétences extrèmement fortes en logiciels pour développer les outils de pilotage de ces usines informatiques distribuées et garantir l'absolue fiabilité que les clients vont exiger. C'est le plus difficile et surtout, le plus long.
Rédigé par: Louis Nauges | le 25/02/2008 à 07:57