Depuis toujours, les fournisseurs de solutions informatiques proposent aux DSi des outils étiquetés “professionnels”, supposés être mieux adaptés aux attentes des entreprises.
Postes de travail, accès réseaux, logiciels munis de cette étiquette sont, bien sûr, beaucoup plus chers que leurs équivalents grand public. Ils sont aussi censés offrir une meilleure fiabilité, qualité, garantie de service....
Et si ces avantages n’existaient plus ? Et si, au contraire, les outils grands publics étaient devenus à la fois moins chers et de meilleure qualité ?
Cette question, tout DSI responsable doit se la poser, sans “a priori ” ; les réponses risquent de bousculer beaucoup d’idées reçues, comme je vais essayer de le montrer.
L’innovation informatique a déserté le monde de l’entreprise
L’une des caractéristiques majeures du Web 2.0 est que l’immense majorité les innovations, et elles sont nombreuses, viennent du grand public.
Quelles sont, depuis 5 ans, les innovations qui sont nées dans l’entreprise, pour l’entreprise ? J’ai beaucoup de mal à en trouver ! Le crackberry, alias Blackberry, est l’une de ces exceptions, après avoir convaincu les dirigeants que c’était le signe extérieur moderne du pouvoir.
Webmail, réseaux sociaux, pages d’accueil personnalisées... tous les services innovants récents sont proposés au grand public en priorité.
Ce mouvement est irréversible et va même s’accélérer.
Comment en profiter pour proposer, dans une entreprise, des outils innovants, fiables et économiques dont nous disposons tous dans notre vie quotidienne ?
C’est une véritable question stratégique, à laquelle il y a deux réponses possibles :
- Attendre que ces outils et services innovants arrivent avec des versions “entreprises”, et... attendre longtemps !
- Adapter son SI pour pouvoir y utiliser, immédiatement, ces outils et services grand public disponibles.
Je vous propose trois exemples chiffrés pour illustrer ces nouvelles possibilités d’utilisation d’outils grand public :
- Postes de travail.
- Accès haut débit.
- Services Web 2.0.
Postes de travail
Quelles sont les véritables différences entre les PC fournis par les grands du marché, Dell, HP, Acer et les autres constructeurs ?
Quelles sont les véritables différences entre les gammes grand public et les solutions professionnelles, chez un même constructeur ?
Poser ces questions, c’est déjà y répondre !
J’ai reçu, il y a quelques jours, cette offre de Surcouf, me proposant un PC portable ACER, écran 15,4 pouces, à 400 euros TTC (334 euros HT).
Supposons que je doive équiper 400 personnes de PC portables dans les mois qui viennent.
Que se passerait-il si j’appelai ACER pour lui en commander 440 ?
- 440 x 334€, en faisant l’hypothèse que je ne discute pas le prix = 147 K€.
- Contrat de garantie standard : coût zéro.
- J’en garde 40 en stock pour des remplacements de machines en panne, volées ou pour des prêts. Je fais ainsi l’économie d’un contrat de maintenance supplémentaire.
- Durée de vie estimée : 3 ans. S’ils durent plus longtemps, ce qui est probable, ce sera un bonus sympathique ; je peux aussi décider de les revendre aux collaborateurs pour 1 € symbolique.
- Coùt / mois / PC : 10 €
- Vous pouvez faire mieux ?
Savez-vous quelle est la nouvelle grande “trouille” des fournisseurs de PC professionnels, après les nombreuses annonces faites au Cebit 2008 ? Que les entreprises achètent les nouveaux PC “low cost” tels que eeePC ou le Cloudbook.
Accès réseaux haut débit
Revevol, l’entreprise que je préside, est une entreprise 100% Web 2.0 ; tous les services que nous utilisons sont “On the cloud” ; l’arrêt des accès internet signifie l’arrêt total de toutes nos activités.
Pour répondre à un besoin évident de fiabilité et de redondance, nous avons installé... 3 accès haut débit au bureau, de trois opérateurs différents, dont un par fibre optique, tous avec routeur Wi-Fi.
Coût total : 90 euros, pour une capacité nominale de 140 Mbit/s.
Même en faisant l’hypothèse que le débit utile n’est que de 45 Mbit/s, cela correspond à un ....
Coût : 2 euros / Mbit/s / mois
Qui fait mieux, en environnement dit professionnel ?
Les services Web 2.0, d’origine grand public
Petit à petit, les grands acteurs du Web 2.0 proposent leurs services, testés auprès de dizaines de millions de clients grand public, aux entreprises.
- Bureautique 2.0 : Google Apps : 3 € / mois / personne, tout compris, avec 25 Go de stockage.
- Lecteurs de flux RSS : Netvibes propose son produit en marque blanche, sous la forme d’”univers” tels que ceux déjà proposés par Le Figaro ou les Échos. Sans trahir de grands secrets commerciaux, je peux vous dire que l’utilisation de Netvibes pour construire un VPI, “virtual private Intranet” pour un millier de collaborateurs représente un “investissement massif” inférieur à 20 euros par personne.
- Réseaux sociaux : Facebook est utilisé par l’entreprise Serena, de 800 personnes, comme base de son Intranet ; ceci n’a probablement pas créé un trou immense dans leur budget informatique !
Oui je sais, ces services sont “On the Cloud” et posent de “graves problèmes de conscience” à mes amis RSSI, responsables de la sécurité des Systèmes d’Information !
La réponse innovante et intelligente à ce challenge : sécuriser l’utilisation de ces outils grand public.
La bonne nouvelle : des solutions existent déjà :
- SXIP, pour créer un SSO perfomant Web.
- WorkLight, pour permettre une utilisation “Intranet” de Facebook.
- Et bien d’autres... Il suffit d’avoir “envie” de les trouver !
Industrialiser la gestion et la maintenance de produits grand public, à fiabilité “raisonnable”
Revenons à la question posée au début de ce texte :
Adapter son SI aux outils grand public, ou vice-versa ?
La première option est-elle raisonnable ? Comment procéder ?
Un premier exemple est celui des centres de calculs de Google, avec 500 000 + serveurs très économiques, construits avec des processeurs et des disques “ordinaires”. La maintenance de ces centres de calcul est réalisée une fois par semaine, en remplaçant les quelques dizaines de serveurs qui ont pu tomber en carafe pendant la semaine.
Google a pour cela développé un ensemble logiciel de répartition de charge et de fiabilisation de ces serveurs ordinaires ; c’est, pour Google, un outil très puissant, stratégique, élément clef de sa compétitivité et qu’ils protègent comme l’un de leurs secrets les plus essentiels.
Un deuxième exemple récent vient de... l’armée américaine en Irak.
Les personnes contre qui elle lutte utilisent très bien les outils du Web 2.0, et en particulier tous les services de localisation géographique pour attaquer l’armée US.
Les soldats ont, d’eux mêmes, commencé à créer des ripostes “User Generated Content” en s’appuyant sur les mêmes outils grand public. Devant le succès de cette démarche, l’état major Américain a “entériné” ce processus.
Ces outils sont plus agiles, plus performants que les gigantesques investissements réalisés pour développer des applications “militarisées” !
Un exemple emblématique : iphone vs Blackberry
Ce double mouvement, de ou vers l’entreprise, de ou vers le grand public est remarquablement illustré par un combat qui commence entre l’iPhone et le Blackberry.
Ce dernier avait monopolisé le marché des cadres avec son service de “pushmail” et souhaite maintenant pénétrer dans le grand public.
Depuis quelques mois, Apple a révolutionné le marché de l’internet mobile avec l’iPhone, cantonné au début dans des usages grand public.
Ceci n’avait pas empêché beaucoup de dirigeants d’acheter un iPhone, même si leur DSI favori faisait grise mine.
Depuis quelques jours, Apple a mis à disposition un logiciel de synchronisation avec Outlook et un kit de développement (SDK) pour permettre de construire d’autres applications à vocation professionnelle.
Il existe des personnes qui pensent qu’Apple, ayant raté le marché professionnel il y a 25 ans avec le Macintosh, ne peut pas réussir aujourd’hui.
C’est oublier, un peu vite, que nous ne sommes plus en 1985, mais en 2008 !
Rendez-vous à Noël 2008 ; sur la table des restaurants fréquentés par nos dirigeants, que verra-t-on ?
Des blackberrys ?
Des iPhones ?
Les paris sont ouverts !