Les deux composantes techniques majeures de cette révolution Cloud Computing sont les infrastructures et les usages, en mode SaaS, Software as a Service. Pour ces deux composantes, les conditions de la réussite sont très différentes.
Je suis extrêmement pessimiste sur la capacité de l’Europe à réussir dans les infrastructures Cloud, et ... raisonnablement optimiste dans les usages.
Je vais me concentrer, dans ce texte, sur les infrastructures, les fondations du Tsunami Cloud Computing.
Infrastructures Cloud : les conditions de la réussite
Un adjectif résume leur approche : industrielle !
- Des investissements massifs : un nouveau Data Center rajouté à une infrastructure Cloud représente un investissement compris entre 500 millions et un milliard de dollars.
- L’utilisation de logiciels très spécifiques, tous Open Source, dont j’ai déjà parlé plusieurs fois, et qui ont pour nom Linux, MapReduce, Hadoop, Traffic, HipHop et quelques autres. Ce sont les seuls outils qui permettent de gérer efficacement la fiabilité, la redondance et la performance de ces mégas usines informatiques.
- Des équipes humaines très compétentes qui travaillent en permanence à l’optimisation des infrastructures, pour qui gagner un millième de seconde sur une opération est un succès majeur. Ce n’est pas par hasard que le CTO de ces entreprises (Chief Technical Officer) y occupe toujours une position stratégique au plus haut niveau, comme c’est le cas de Verner Wogels chez Amazon.
Un texte récent de Craig Labovitz montre à quel point les investissements de Google en serveurs, réseaux et autres OS sont stratégiques dans sa stratégie.
Pour un nouvel entrant, Il devient extrêmement difficile, voire impossible, de proposer des services d’infrastructures de Cloud Computing à des prix compétitifs avec ceux de ces leaders sans perdre beaucoup d’argent !
Des infrastructures Cloud européennes : peut-on y croire ?
En ce début d’année 2010, li n’existe aucune infrastructure Cloud Computing digne de ce nom en Europe ; chaque pays dispose bien sûr d’acteurs capables d’assurer des hébergements de serveurs, mais aucun n’a atteint une taille critique et une présence internationale forte.
image répartition Internautes
Il est évident pour moi, et je l’espère aussi pour la majorité des lecteurs, que toute approche «nationale» du Cloud Computing serait suicidaire ; c’est à l’échelle de l’Europe qu’il faut travailler, et vite.
L’Europe dispose des principales ressources qui lui permettraient de combler son retard dans le domaine des infrastructures Cloud Computing :
- Une excellente compétence en logiciel, avec des milliers d’informaticiens formés et capables de maîtriser tous les outils logiciels nécessaires. Comme en plus ils sont tous Open Source, il n’y aurait aucune possibilité de rétention de compétences par les États-Unis.
- Des ressources financières suffisantes : il suffirait de 3 à 4 milliards d’euros par an pendant les dix ans qui viennent pour construire un réseau de centres de calcul compétitifs.
- Dans une majorité de pays, des réseaux haut débit filaires et sans fil plus performants et moins chers que ceux des États-Unis.
Avec autant de points positifs, pourquoi s’inquiéter ?
Pessimisme : Les trop nombreux échecs récents
J’ai, hélas, beaucoup plus de motifs d’inquiétude que d’optimisme.
Mais le plus grave c’est l’accumulation d’échec des grands projets technologiques européens. j’en citerai simplement deux :
- Quaero, le moteur de recherche «concurrent» de Google. Les Allemands et les Français (Jacques Chirac en 2005) avaient lancé un projet qui alliait nous permettre de créer le meilleur moteur de recherche du monde. Les deux premières années ont été perdues pour des guerres stratégiques sur le choix du pays qui abriterait le siège de cette nouvelle organisation. On connait la suite.
Tout est perdu ? Non, mais il faudrait agir très vite !
Comment ? Je vous propose une démarche qui serait, selon moi, la seule réaliste.
Une fédération européenne d’infrastructures Cloud
Au vu des échecs successifs des grands projets européens, il y a deux pistes à abandonner :
- Création d’un nouvel organisme international "ECCCC", l’European Cloud Computing Coordination Consortium.
La réponse ?
Se mettre d’accord, très vite, sur une plateforme logicielle «Open Source» commune autour des meilleures solutions du marché.
Ce ne serait pas très compliqué, car tous les acteurs majeurs actuels du Cloud Computing, Google, Amazon, Facebook,Yahoo!... utilisent les mêmes, que j’ai déjà cités plus haut.
Il faudra surement rajouter un peu d’intelligence logicielle supplémentaire, définir quelques API d’accès.... Nous avons toutes les ressources humaines nécessaires pour formaliser cette plateforme commune en moins de 12 à 18 mois.
Toute entreprise qui construira un centre de calcul sur cette plateforme logicielle commune pourra le connecter aux autres centres de calcul de ce réseau européen.
Les grands opérateurs téléphoniques, tels que Telefonica, Orange, DT ou BT seraient les premiers intéressés et pourraient constituer, avant 2015, une première infrastructure Cloud européen crédible.
Ils ont de longues expériences de collaboration, de gestion du «peering» et des refacturations croisées ; elles sont très proches de celles qui seront nécessaires pour gérer cette fédération de Centres de calcul.
Cette démarche est-elle techniquement et financièrement jouable ? Oui.
Verra-t-elle le jour ? Je crains fort que non.
Un choix «Cornélien» pour les entreprises utilisatrices
- Utiliser les infrastructures Cloud proposées par les grands acteurs américains, pour maintenir leur compétitivité. Cette «dépendance» infrastructures peut rapidement devenir plus grave et plus dangereuse que la dépendance pétrolière actuelle de pays comme la France ou l’Allemagne.
- Rester sur des solutions d’informatique interne «artisanales», hors de prix et peu fiables, avec le risque d’être incapables de disposer d’un Système d’Information compétitif en termes de fonctionnalités, de coûts et de réactivité.
L’Europe saura-t-elle réagir, vite, unie et efficacement ?
Poser la question, c’est, hélas, y répondre !