Toujours plus de monde, toujours plus de stands ! Plus de 7 000 participants ont passé 4 jours à New York, du 6 au 9 juin 2011, à Cloud Expo, organisé par Sys-Con et animé de main de maître par Jeremy Geelan, le responsable de ces conférences.
Si je ne devais retenir qu’un seul message de cette grande manifestation, ce serait celui de Dell qui, lors de la conférence inaugurale (Keynote), a utilisé le slogan suivant, pour définir le Cloud Computing :
Yes, Now! (oui, maintenant !)
Même si quelques conférenciers n’ont pas résisté à la tentation de redéfinir pour la nième fois les grandes briques du Cloud (IaaS, PaaS, SaaS...), la majorité des conférences étaient tournées vers l’opérationnel, le présent, en faisant la part belle aux outils et solutions disponibles en 2011.
Passer quelques jours à New York est toujours passionnant, et l’on découvre à chaque séjour des nouveautés qui montrent le dynamisme de cette ville. Une simple illustration ; en allant à pied au Javits Center où avait lieu la conférence, j’ai croisé ce bus qui annonçait fièrement : «Wi-Fi gratuit à bord». J’espère que la RATP et d’autres organismes de transport suivront cet exemple ; c’est déjà le cas à Madrid avec l’EMT (Entreprise Madrilène de Transport).
Les conférences, les exposants
La règle du jeu est simple et logique : les conférences plénières (keynotes) sont réservées aux grands sponsors, Platinum, Gold... Dell, Oracle ou Microsoft peuvent donc présenter leur «vision» du Cloud à toutes les personnes présentes.
Il est toujours impressionnant de voir quelques milliers de personnes rassemblés dans une grande salle pour écouter un discours sur le Cloud.
Dire que toutes ces conférences «keynote» étaient passionnantes serait excessif. Certains conférenciers, tels que le représentant de Microsoft, ont présenté des slides souvent indigestes, qui, à mon avis, ne répondaient pas vraiment aux attentes des participants !
J’ai par contre bien aimé la présentation de CA Technologies, et pour cause ; leur thème principal était celui de Revolution / Evolution, repris sur un très grand nombre de supports. Je ne pouvais pas ne pas être d’accord, quand on sait que le nom de Revevol vient justement de Revolution - Evolution !
La grande majorité des conférences se déroulaient dans des sessions en parallèle ; il n’était pas toujours facile de choisir entre 6 ou 7 sessions en même temps. C’est dans ses sessions que peuvent intervenir des personnes comme moi qui ne sont pas sponsors financiers de l’événement.
Au total, cela représente plus de 120 conférences différentes !
Les organisateurs avaient eu la bonne idée de ne pas mettre les sessions et l’accès aux exposants en même temps. Pendant les conférences, l’accès à l’exposition était fermé, et vice-versa ; ceci évitait aux conférenciers de parler devant des salles vides et garantissait aux exposants des allées bien remplies.
Il y avait même dans l’espace exposant un coin «relax» très fréquenté, permettant aux visiteurs de prendre un peu de repos !
Une véritable présence européenne
Parmi la centaine d’exposants, j’ai été très heureux, cette année, de constater que l’Europe avait, pour la première fois, une présence significative. Cela fait plaisir de constater que de jeunes entreprises innovantes européennes n’ont pas peur de traverser l’Atlantique pour s’attaquer au marché américain.
RunMyProcess était déjà présent en novembre dernier à Cloud Expo, mais c’était l’un des seuls européens.
La France était présente avec Usharesoft (à gauche sur la photo) et l’Espagne avec Doocuments ( à droite sur la photo).
Usharesoft est une plateforme industrielle de déploiement d’applications sur le Cloud, utilisée par de très grands éditeurs.
Doocuments (avec 2 o) est une jeune startup espagnole, créée par des anciens de l’université de Deusto dans la région basque, et qui propose une solution de gestion des droits sur les documents. La version actuelle existe pour les documents «historiques» au format Word, mais une version pour Google Apps va bientôt sortir.
Il y avait aussi une société Belge, OpenERP, qui a porté sa solution d’ERP en Open Source sur le Cloud, en version hébergée, et n’hésite pas à s’attaquer à ... SAP comme le montre leur visuel sur leur stand. Ils ont déjà un bureau en Californie ; bravo !
Mais ce sont les Hollandais qui avaient eu la meilleure idée ; dans le cadre de l’association EuroCloud, ils avaient déployé un stand communautaire pour héberger 9 fournisseurs différents.
Cette initiative leur a permis d’avoir un grand stand, très visible, et de mutualiser les coûts. Chaque éditeur avait sa propre zone d’exposition à l’intérieur de ce stand partagé.
J’espère que cette initiative sera reprise par les autres Euroclouds européens et que l’on verra, à la prochaine édition de Cloud Expo, plusieurs stands partagés. D’après ce que j’ai compris, le gouvernement hollandais avait participé au financement de ce stand commun.
La prochaine édition : novembre 2011 à San Francisco
Prochain rendez-vous : du 7 au 10 novembre, pour l’édition californienne de Cloud Expo, à Santa Clara.
J’ai eu le plaisir d’apprendre que le thème de la «Néphophobie» avait été l’un des premiers sélectionnés, comme le montre ce premier programme des conférences.
J’espère pouvoir y croiser de très nombreux Européens et visiter plusieurs stands communautaires «Eurocloud» !
Le 11 février 2011, sans grande surprise, Nokia et Microsoft ont présenté ensemble un «accord stratégique», dont l’un des points clefs concerne les smartphones. Sur ce segment du marché, Nokia a annoncé que Windows Mobile 7 (WM7) sera dorénavant son système d’exploitation principal.
Ce projet d’accord est important, comme l’ont indiqué les principaux médias, dont ZDnet.fr.
Pour mieux en évaluer les impacts potentiels (il ne s’agit pour le moment que d’un «projet» d’accord), il est important de comprendre quelle était la situation du marché, fin 2010, et de revenir sur quelques annonces faites en ce début 2011.
Dans la suite de ce texte, je propose de nommer cette nouvelle collaboration entre Nokia et Microsoft : «NoMicros»
Ce n’est pas un choix anodin ; il indique clairement qu’il n’y a plus de place pour les microordinateurs traditionnels dans le futur de l’informatique.
La situation, fin 2010
J’ai choisi quatre analyses pour résumer la situation sur les postes de travail à la fin de 2010 :
- Pour la première fois dans l’histoire de l’informatique, la part de marché des PC classiques de bureau, portables ou netbooks, est passée sous la barre des 50 %. Cette étude, réalisée par Deloitte, montre que smartphones et tablettes sont maintenant majoritaires.
- Les parts de marché des cinq principaux fournisseurs de smartphones ont fortement évolué en 2010, comparées à 2009. Ces chiffres, publiés par Gartner, indiquent que Nokia et RIM ont perdu des points, qu’Apple est resté stable et que Samsung et HTC, tous deux avec Android, ont pratiquement doublé leur part de marché.
- Une autre étude, réalisée par Canalys, montre qu’Android est devenu l’OS mobile le plus vendu au 4e trimestre 2010. Les «quatre mousquetaires», Android de Google, iOS d’Apple, Nokia et RIM se partagent 94 % du marché, ne laissant que des miettes aux autres, y compris Microsoft qui est à 3 %, en additionnant Windows Mobile, 6 et 7.
- Ce tableau, publié par Gartner, présente les ventes mondiales de tous les téléphones mobiles et pas seulement les smartphones. On s’aperçoit que les «feature phones», en clair les téléphones de base, sont encore largement majoritaires. Nokia reste leader avec un petit tiers d’un marché mondial qui représente plus de 1 500 millions de téléphones, un chiffre impressionnant.
Premières évolutions du marché, début 2011
Les positions évoluent très vite sur le marché des OS mobiles, très instable !
Ce graphique, publié par Morgan Stanley fin 2010, montre que les deux «nouveaux», iOS d’Apple et Android de Google, ont pris, en moins de 4 ans, plus de 40 % du marché des smartphones aux acteurs historiques, Nokia, RIM et autres Windows Mobile.
Lors du CES 2011, principal salon mondial de la technologie de ce début d’année, Intel, qui ne veut pas se faire «plumer» par ARM sur le marché des objets mobiles, le seul en croissance, a annoncé qu’il allait porter l’OS qui monte, Android, sur sa plateforme x86. N’oublions pas non plus qu’Intel était le partenaire «stratégique» de Nokia, avec l’OS MeeGo, avant l’annonce de l’accord «stratégique» avec Microsoft. Stratégie, quand tu nous tiens...
Deux jours avant l’annonce du rapprochement Nokia Microsoft, HP avait organisé une grande conférence de presse pour présenter les nouveautés de WebOS, l’OS qu’il avait racheté à Palm pour 1,2 milliard de dollars.
Il y avait bien sur deux nouveaux smartphones, une tablette 10 pouces pour concurrencer l’IPad, mais ce qui a été pour moi le plus surprenant a été l’annonce que WebOS serait porté sur ... les PC classiques, de bureau et portables. N’oublions pas qu’HP est le premier vendeur mondial de PC Windows ! Cette annonce a certainement créé quelques vagues à Richmond, chez Microsoft.
En résumé, tous les acteurs clefs du marché historique du PC, conscients qu’il deviendra de plus en plus secondaire, ont compris qu’ils devaient rechercher des relais de croissance sur les plateformes du futur, smartphones et tablettes.
Plus aucun accord historique n’est tabou : Intel-Microsoft, Microsoft-HP...
Pour les lecteurs qui ne seraient pas convaincus, l’étude de Canalys, présentée plus haut, démontre que les PC de bureaux, avec 150 millions d’unités vendues, représentent maintenant moins de 20 % du marché mondial.
Microsoft, totalement marginalisé sur ces marchés en croissance, devait réagir, de toute urgence !
Microsoft et Nokia, deux acteurs en difficulté
Deux «grands corps malades» ont annoncé un rapprochement ; pourquoi ?
- Microsoft WM7 a connu un succès « très mitigé» à son démarrage, avec 2 millions de smartphones annoncés vendus, mais ... aux opérateurs ; aucun chiffre sur les ventes aux véritables clients finaux n’a été communiqué, ce qui n’est pas très bon signe !
Nokia est absent du marché américain où les ventes de smartphones sont les plus importantes. Au niveau mondial, il a été marginalisé par iOS et Android.
- Le nouveau PDG de Nokia, Stephen Elop, nommé il y a 6 mois est un ancien dirigeant de ... Microsoft.
J’ai retrouvé, et cela ne manque pas d’humour, une vidéo d’août 2009 où Stephen Elop, encore chez Microsoft, annonce une première «alliance stratégique» avec... Nokia !
Cette annonce du portage de Microsoft Office sur Nokia Symbian a connu, comme on le sait tous, un succès planétaire extraordinaire !
Sur la courte vidéo publiée sur YouTube, filiale de Google, pour annoncer NoMicros, Stephen Elop est maintenant... le représentant de Nokia.
Lors de la conférence de presse et des échanges qui l’ont suivi, Elop et Ballmer ont parlé d’un accord beaucoup plus large, touchant tous les métiers de Nokia et Microsoft. Comme le dit Ballmer dans cette vidéo, avec son humour inimitable, cet accord apportera aux clients de Nokia les marques qu’ils aiment... Bing et Zune !
Si cet accord est un succès, il pourrait, selon certains commentateurs, être le prélude à une fusion entre Nokia et Microsoft.
Les premières réactions des marchés financiers ne sont pas très encourageantes ; le titre de Nokia a perdu 14 % après cette annonce.
Les acteurs en présence
(Je fais ici l’hypothèse que cet accord deviendra effectif.)
Dans ce contexte, cinq plateformes sont en concurrence, en ce début 2011.
Bravo Apple ! Sa démarche de plateforme «fermée», regroupant logiciels et matériels, a fait école. Ils seront maintenant quatre à proposer une stratégie similaire :
- Apple, le leader actuel, avec iOS, iPhone et iPad.
- RIM-Blackberry, avec son nouvel OS QNX, le smartphone torch et la tablette Playbook.
- HP, avec WebOS, les smartphones Pre 3 et la tablette touchPad.
- NoMicros, avec WM7 et ... aucun produit ! Les smartphones et tablettes seront disponibles dans les trimestres qui viennent, probablement en 2012.
Il ne reste donc plus qu’une seule plateforme ouverte importante, autour de l’OS Open Source de Google, Android !
Il est évident que tous les fournisseurs d’objets mobiles qui ne font pas partie de la «bande des quatre» ne vont pas continuer très longtemps à proposer des solutions WM7 ou WebOS ; ils vont tous pousser Android à fond.
La situation est «intéressante» !
Sur le marché du PC classique, il y avait une plateforme ouverte dominante, Windows, avec plus de 90 % du marché, en concurrence avec une plateforme fermée, MacOS d’Apple.
Sur le marché du futur, celui des objets mobiles, on se retrouve avec quatre plateformes fermées en concurrence avec une seule ouverte.
Il sera passionnant de suivre ce marché et voir si, au cours des 2 ou 3 prochaines années, la solution ouverte, Android, est elle aussi capable de s’imposer face aux solutions fermées ; ce sera LE grand combat d’ici à 2015.
Les enfants abandonnés de Nokia
L’annonce NoMicros vient de faire deux victimes, deux enfants abandonnés par leur mère Nokia, Symbian et MeeGo.
Que vont-ils devenir ?
Nokia avait essayé, sans succès, d’intéresser d’autres constructeurs de mobiles au développement de Symbian, en créant une fondation Open Source autour de cet OS.
Abandonné sur le marché des smartphones, Symbian restera chez Nokia l’OS de référence pour le marché des téléphones de base, les «feature phones», qui se vendent encore très bien dans les marchés émergents tels que l’Afrique ou l’Inde. Mais, dans ces pays, Nokia est très attaqué par des constructeurs «low cost», encore peu connus en Europe, tels que Lava ou Spice et qui s’appuient sur ... Android.
MeeGo avait comme autre parent Intel, qui voulait en faire l’OS léger lui permettant de concurrencer, avec MeeGo-Atom, le duo Android-ARM. MeeGo est un OS Open Source, basé sur Linux, comme WebOS et Android.
Dans ce tableau de synthèse, j’ai représenté les grands acteurs du marché, avec, en rouge, les plateformes fermées et en bleu celles qui sont ouvertes.
Pour chaque famille d’objets mobiles, smartphone, tablet, netbook ou laptop, il existe déjà cinq OS possibles ! C’est beaucoup, c’est probablement trop.
Si Intel continue à développer MeeGo, cela ferait une sixième option, au succès très incertain, et difficile à positionner sur le marché.
Quelles sont les options qui restent ouvertes pour Intel, après l’annonce NoMicros ?
- Abandonner ses efforts sur MeeGo, qui serait mort avant d’avoir existé.
- Continuer, seul, son effort : peu efficace et échec probable.
- Apporter ses compétences, sa puissance et une partie du code développé à une plateforme existante. Dans ce cas, Intel pourrait choisir comme OS de substitution un ou plusieurs des trois candidats en présence : Android, ChromeOS ou WebOS.
Il doit y avoir aujourd'hui, chez Nokia beaucoup de personnes qui s’estiment trahies par Stepen Alop, «l’étranger» venu de Microsoft et qui a tué deux des rejetons de la famille.
Demain ?
L’annonce NoMicros va accélérer une redistribution des cartes dans le domaine des OS pour objets mobiles.
Parmi les scénarios possibles, on peut citer :
1 - L’Accord Nokia Microsoft n’est pas entériné.
On a déjà connu beaucoup de ces accords annoncés en fanfare et qui ne débouchent sur rien ; le texte publié sur le site de Microsoft est très clair :
«Nokia and Microsoft have entered into a non-binding term sheet. The planned partnership remains subject to negotiations and execution of the definitive agreements by the parties and there can be no assurances that the definitive agreements would be entered into.»
En clair, rien n’est signé, rien n’est confirmé.
2 - NoMicros n’arrive pas à s’imposer sur le marché.
C’est une hypothèse plausible : n’oublions pas qu’il faudra attendre environ un an pour voir arriver les premiers produits, une éternité dans ce métier et que les, rares, défenseurs actuels de WM7 vont abandonner la barque immédiatement.
De nombreux commentaires ne sont pas tendres avec Nokia. Dans ce texte, Stephen Elop est nommé le «Lord Mountbatten du mobile». (Pour ceux qui l’auraient oublié, il a été le dernier Vice-Roi des Indes)
N’oublions pas non plus que cette semaine se déroule à Barcelone GSM World, le plus grand congrès mondial du secteur mobile et que d’autres annonces-surprises peuvent se produire !
Face à la marginalisation progressive du marché des «PC classiques», une guerre sans merci va se dérouler dans les 3 ans qui viennent pour la maîtrise du marché des objets mobiles, et les OS seront les armes clefs de ce combat.
Il ne s’agit, ni plus ni moins, que de savoir qui, demain, contrôlera les postes de travail des entreprises, qui seront mobiles à plus de 80 %.
Un enjeu planétaire, des combats sans merci, des places à perdre, des places à prendre !
A suivre, ce sera passionnant !
Mises à jour du 15 février 2011.
Lors de GSM World, NoMicros à confirmé que les premiers smartphones Nokia sous WM7 seront opérationnels en 2012.
Leur annonce que, d'ici là, les autres fournisseurs de smartphones WM7 vont occuper le marché en 2011, paraît, pour le moins, optimiste. Les parts de marché de Windows Mobile, 6 et 7, devraient donc continuer à baisser en 2011, et rendre le redémarrage éventuel en 2012 encore plus difficile.
Stephen Elop est très attaqué, personnellement, car il est le 7eme plus gros actionnaire de Microsoft et ne possède pas d'actions Nokia, d'où des conflits d'intérêts... intéressants.
Stephen Elop a confirmé que Microsoft va verser des milliards de dollars à Nokia dans le cadre de cet accord. Mon sentiment est que Nokia a acheté une bouée de secours à court terme mais a en même temps hypothéqué fortement son avenir à moyen terme ; c'est dommage.
L’édition 2010 du salon sur le haut débit en France, Odebit 2010, se déroulera dans quelques jours à Paris La Défense.
Cet événement est une bonne occasion de faire le point sur les évolutions des technologies du haut débit (1 à 50 Mbit/s) et du très haut débit (> 50 Mbit/s).
2009-2010 : douze mois qui ont tout changé !
L’année dernière, j’avais publié un long billet sur ce sujet, mettant en évidence les risques que prenaient les responsables politiques et économiques en privilégiant uniquement le FFTH (Fiber To The Home), la fibre optique pour le «dernier kilomètre», quand on voyait poindre les «potentiels» du THDM, le Très Haut Débit Mobile.
On commençait à parler beaucoup de LTE, Long Term Evolution, la nouvelle génération de réseaux hertziens, et de ses potentiels. La majorité des commentaires avaient mis en doute mes hypothèses, considérées irréalistes ou trop optimistes.
En 12 mois nous sommes passés, à une vitesse stupéfiante, des promesses à la réalité. Des millions de personnes ont, aujourd’hui, accès à des réseaux mobiles LTE, dans plusieurs pays, comme on le lira dans le paragraphe suivant. Quelle ne fut pas ma surprise en lisant sur le site officiel du salon Odebit la liste les thèmes qui seront abordés. Cherchez l’erreur ; quel est l’absent ? LTE !!!
LTE : une réalité aujourd’hui, en 2010
Des dizaines de réseaux LTE sont opérationnels, dans plusieurs pays, comme le montre cette carte des projets LTE en cours de déploiement, au milieu de l’année 2010. J’ai choisi de privilégier les exemples des pays nordiques et de l’Allemagne, proches de la France.
Stockholm et Oslo ont été les premières villes équipées en LTE par TeliaSonera dès Noël 2009 ; j’en avais déjà parlé dans ce blog.
En août 2010, Computerworld a testé le réseau LTE installé à Stockholm en se promenant dans la ville avec un PC Vaio Z et une clef Samsung ; les mesures ont été réalisées dans 12 lieux très différents, des bâtiments, la rue et le métro. Les résultats obtenus sont les suivants :
- Vitesse en descente : moyenne de 33,4 Mb/s, allant de 9,6 Mb/s à 59,1 Mb/s selon les lieux. - Vitesse en montée : moyenne 12,7 Mb/s, avec un maximum de 18,2 Mb/s. - Coût actuel : $48 pour 30 GB de données.
Pour concurrencer TeliaSonera dans les pays nordiques. Tele2 et Telenor ont construit une joint-venture, Net4Mobility. Leur plan de déploiement prévoit : - 100 villes, fin 2011. - 99 % de la population suédoise... fin 2013.
Un «petit acteur» du marché, Vodafone Allemagne, a profité du salon IFA de Berlin, début septembre 2010, pour faire des annonces intéressantes : - 1000 villes couvertes... fin 2010. - Toutes les villes allemandes couvertes... fin 2011. - Encore plus intéressant, Vodafone a publié les tarifs publics, pour les particuliers (LTE Zuhause) : . 40 € = 7,2 Mbit/s et 10 Giga de données. . 50 € = 21,6 Mbit/s et 15 Giga de données. . 70 € = 50 Mbit/s et 30 Giga de données = le THDM en 2010 ! J’allais oublier : il faut rajouter 1€ pour la clef..
Toujours en Allemagne, un autre «petit acteur», Deutsche Telekom (DT) a lui aussi présenté ses projets LTE. DT a choisi de privilégier le déploiement de LTE dans des zones rurales, pour réduire la «fracture numérique», en utilisant la bande de fréquence 800 MHz qui permet une couverture plus large par antenne, de l’ordre de 5 à 30 km. Fin 2010, DT a prévu ... 1 000 installations.
Dans le domaine des objets d’accès au réseau LTE, l’offre est encore très réduite et se concentre en priorité, ce qui est logique, sur les clefs USB. Les premiers smartphones et Netbook sont annoncés, comme ce modèle de Samsung, pré-équipé 3G et LTE.
LTE est une réalité en 2010 ; difficile, maintenant, de le nier !
LTE : dominant, demain, avant 2015
L’autre accélérateur du mouvement sera la très rapide croissance des vitesses de LTE.
Dans sa célèbre analyse annuelle, Morgan Stanley a publié fin 2009 un document qui estime que les vitesses maximales possibles en 2014 seront de 1 000 Mb/s en descente et 500 Mb/s en montée.
Oui, ce sont des débits maxima théoriques, oui ce sont des débits partagés, c’est pourquoi je propose comme hypothèse réaliste des débits pratiques de l’ordre de 200 Mb/s et 100 Mb/s respectivement en 2015 ... dans les pays qui se seront équipés LTE.
Internet, téléphones mobiles, Facebook, Twitter... Le taux de croissance de ces technologies ou services est impressionnant et s’accélère comme le montre le nombre de «Tweets» émis chaque jour dans le monde.
Je pronostique que la diffusion et les usages de LTE vont suivre des courbes similaires entre 2010 et 2015.
L’un des projets les plus ambitieux est celui de LighSquared, aux USA. Leur plan : 260 millions de personnes ayant accès à LTE en 2015, les 100 millions étant atteints fin 2012, en investissant $7 milliards ; LightSquared vient de recevoir un nouveau financement de $1 700 millions pour accélérer le déploiement ! Tout le monde n’est pas convaincu qu’ils vont réussir.
Toujours selon Morgan Stanley, le nombre d’utilisateurs de réseaux HDM et THDM devrait approcher les 3 milliards de personnes à la fin de 2014.
Depuis que les outils de communication existent, les solutions sans-fil ont toujours marginalisé les solutions filaires, dès que les performances étaient au rendez-vous. Qui acceptera encore, en 2015, d’avoir un «fil à la patte» pour communiquer quand il disposera du 100 Mb/s minimum, partout, à toute heure, sur tout objet d’accès ?
FFTH, une impasse technologique
Que ce soit clair : la fibre optique est la meilleure solution pour les cœurs d’infrastructure des réseaux d’opérateurs et pour les zones à très forte densité de population ; on le sait depuis des dizaines d’années.
La réutilisation d’une infrastructure existante est aussi une bonne idée et les réseaux de données l’ont très souvent fait : - ADSL sur paire de cuivre, prévue pour la voix analogique. - CPL sur paire de cuivre, prévue pour le courant électrique. - Internet sur câble destiné à la télévision.
Oui, mais quand l’infrastructure n’existe pas, que fait-on ? Tous les pays de l’ancienne Union Soviétique, tous les pays d’Afrique ont fait directement le saut sur la téléphonie mobile, car il n’y avait pas d’infrastructures filaires existantes. Tous les pays où la fibre optique FFTH n’existe pas ou très peu (tous sauf la Corée du Sud et le Japon) vont faire l’impasse sur la solution FTTH en dehors des zones de population à très haute densité.
Une étude financée par la Datar donne la carte de France «fibre» en 2014, si on laisse faire l’économie de marché ; un très beau ... désert !
Le LTE est à l’absence de fibre optique ce qu’a été le GSM à l’absence de réseau téléphonique cuivre.
FTTH : un désastre financier annoncé
Il est intéressant de constater que la demande ne suit pas : le dernier rapport publié par l’ARCEP, recense ... 75 000 foyers équipés FTTH fin mars 2010.
Cette même étude de la Datar a calculé le coût d’un déploiement FTTH en fonction du pourcentage de la population pouvant y accéder. Pour arriver à 80 % de la population, les investissements nécessaires sont évalués à... 15 milliards d’euros. Il faudrait aussi attendre 2025, au plus tôt, pour atteindre cet objectif.
De son côté, l’équipementier chinois ZTE a publié en juin 2010 une étude pour calculer le coût d’équipement LTE d’un pays européen «moyen» de 50 M d’habitants et 400 000 km2. Une couverture à 75 % de la population reviendrait à 400 M€, ou 500 M€ si on extrapole au cas de la France, avec ses 550 000 km2 et 65 M d’habitants.
500 M€ pour LTE, 15 000 M€ pour FTTH avec des taux de couverture comparables ! Un rapport de 1 à 30 ! Et je croise encore des fanatiques de la solution FTTH ...
Urgence : réorienter les crédits «fibre» du «Grand Emprunt» vers LTE
Par rapport à la majorité de ses voisins européens (Allemagne, Espagne...) la France a pris du retard dans le basculement vers la TNT, Télévision Numérique Terrestre ; il faudra attendre la fin de l’année 2011 pour éteindre les dernières télévisions analogiques.
Ceci a un impact négatif sur les possibles déploiements LTE, car ces bandes de fréquences ne pourront pas être disponibles avant 2012. Il est possible de déployer LTE : - Dans les fréquences hautes, autour des 2,6 GHz, ce qui est parfait pour les zones denses. - Dans les fréquences basses, autour des 800 MHz, beaucoup mieux adaptées aux zones à faible densité de population ; c’est d’ailleurs ce que font les Allemands dont j’ai déjà parlé.
La France peut encore rattraper ce retard, raisonnable ; la recette est simple : - Zero euro du grand emprunt pour des projets FTTH ; les acteurs économiques sauront trouver les zones où c’est rentable. Il faut donc réallouer les budgets déjà réservés sur le LTE. - Financement et démarrage immédiat des tests en zones peu denses, dans les régions où la TNT est déjà généralisée. 200 M€ sont largement suffisants pour amorcer le déploiement. - Financement et démarrage immédiat des tests en zones denses, mais en donnant priorité aux villes moyennes. 200 M€ sont largement suffisants pour amorcer le déploiement.
En misant immédiatement sur LTE, mettre le THDM à la disposition de 95 % de la population française en 2015, c’est : - Techniquement possible. - Economiquement raisonnable. - Ne pas prendre un retard technologique dramatique. - Répondre à la demande des entreprises et des particuliers dans un délai court.
Escargot FFTH contre lièvre LTE : le choix me parait simple...
12 mai 2010 : l’annonce par Microsoft de sa nouvelle panoplie d’outils 2010, Office 2010, Sharepoint 2010 et autres Exchange 2010 donne le signal de ce qui promet d’être l’un des conflits les plus durs des prochaines années.
Après de premières escarmouches entre 2007 et 2009, Google et Microsoft rentrent maintenant dans une guerre totale, qui va durer 10 ans : à la clef, le contrôle de la plateforme «participatique», collaborative, universelle et dominante de la décennie qui démarre.
«Enjeu», ou «en jeu» : des dizaines de milliards de dollars
600 millions de personnes utilisent une version payante d’Office dans leur environnement de travail ; on est plus proche du milliard d’utilisateurs réels, en tenant compte d’un taux de «piratage» moyen de 40 à 50 %.
Combien utiliseront encore des solutions de type Office en 2020 ? 50 % ? 30 % ? 10 % ?
L’enjeu de ce combat de titans est simple à comprendre :
- Microsoft souhaite maintenir ce pourcentage le plus près possible de son niveau actuel, autour de 80 à 90 %. - Google souhaite qu’il se rapproche le plus vite possible de 0 %.
10 % de ce marché, c’est environ 100 millions d’utilisateurs. A 50 $/personne/an, cela représente pour Google un CA potentiel de 5 milliards de dollars, par an et sur toute la durée d’utilisation de la solution. On comprend mieux pourquoi Google en a fait l’un de ses axes majeurs de croissance. Ce rapide calcul devrait rassurer les dirigeants que je rencontre et qui me posent souvent la question : «Est-ce que le marché des entreprises est vraiment stratégique pour Google ?».
A l’inverse, pour Microsoft, ce sont 12 milliards annuels de bénéfices qui sont menacés. On comprend mieux pourquoi Microsoft se battra bec et ongles avec Google pour retarder le plus possible une échéance inéluctable, la marginalisation progressive des suites bureautiques obèses sur les PC.
Office 2010 vs Google Apps
Il ne s’agit pas de comparer des solutions de même nature, mais de choisir entre deux visions de l’évolution des outils informatiques universels. Google Apps est une alternative aux solutions de Microsoft, ce n’est pas un remplacement !
Ce qui m’a le plus marqué lors de l’annonce Office 2010 ? Ce ne sont pas les nouvelles fonctionnalités, mais que... tous les articles, tous les blogs qui en parlent font référence à Google Apps comme la solution à battre ! Quand on se souvient que Google Apps n’existait pas il y a quatre ans, quelle consécration !
J’ai lu, ces derniers jours, des dizaines d’articles et de blogs sur Office 2010 et Google Apps, avec des titres aussi divers et orientés que :
- Office 2010 review, par Paul Thurrott (3 textes) : une analyse très complète. - Microsoft souhaite accompagner les nouveaux usages professionnels (Marc Jalabert, directeur marketing et des opérations de Microsoft France). - Office 2010: Can it beat Google Docs at its own game? - Office 2010 : Microsoft intègre le Web et le mobile, mais n’évite pas les couacs. - Forrester: Google still a distant Office competitor. - Office 2010: a deeper dive (publié par Ed Bott, auteur de dix livres sur les différentes versions d’Office !). - Lancement d’Office 2010 : Office peut-il survivre à la mutation du Cloud Computing ? - Upgrade here. (Le point de vue de Google sur son blog officiel). - 10 Reasons Microsoft Office Shouldn't Fear Google Docs. - Microsoft Office vs. Google Apps: The Business Brawl. - 3 Fronts of Microsoft's Office 2010 War with Google.
La lecture de ce petit échantillon est suffisante pour avoir un panel raisonnable de points de vue très divergents sur ce sujet !
J’ai quand même souri en lisant : - Microsoft Office 2010: 3 reasons to switch. Au cours de sa présentation très officielle à New York, en présence des principaux managers produits de Microsoft, l’entreprise Global Crossing, qui avait testé Office 2010 et Sharepoint 2010 pendant 6 mois, a servi de grand témoin et a mis en exergue trois grands «avantages» de ces nouvelles versions : - Les conversations dans Outlook, regroupant les messages ayant un même sujet : présent dans Google Apps depuis le premier jour ! - La possibilité de travailler à plusieurs sur un même document grâce à Sharepoint 2010 : présent dans Google Apps depuis le premier jour ! - Des fonctions sociales dans Outlook qui permettent de voir la photo des personnes avec qui on dialogue : présent dans Chat de Google Apps depuis le début, avec en plus la fonction vidéo-chat qui permet de la voir en direct.
Qui a dit : « L'imitation est la plus sincère des flatteries » ? (Réponse : Charles Caleb Colton)
Office 2010 vs (Google Apps + Office ... existant)
Aujourd’hui, pour une majorité d’entreprises, la véritable question n’est pas : Google Apps ou Office 2010, mais :
Office 2010 vs «Google Apps + une version actuelle d’Office.»
Pour un grand nombre d’entreprises, pour un grand nombre de leurs collaborateurs, les solutions historiques existantes, d’Office 1997 à Office 2007, d’Exchange 2003 à Exchange 2007 ne sont plus des sources de difficultés majeures. Elles ont atteint l’âge de la retraite, mais peuvent encore vivre quelques années tranquilles, en résidence du troisième âge, avec le respect que l’on doit aux bons et loyaux serviteurs qu’elles ont été.
Google l’a bien compris, en facilitant la «colocation générationnelle» entre l’adolescent Google Apps et les grands-parents Office et Exchange.
Le rachat de DocVerse par Google est cohérent avec cette démarche ; avant la fin de 2010, DocVerse permettra une collaboration en temps réel sur Google Apps depuis Office sur le poste de travail !
Allez-vous migrer sur Microsoft 2010 ? Un test pour connaître la réponse
Etes-vous d’accord avec ces quelques hypothèses, à l’horizon 2015 ?
- L’essentiel des accès aux applications professionnelles se fera depuis un objet mobile. - La variété des outils utilisés va s’accroître : PC fixes, PC portables, Macintosh, smartphones,netbooks, smartbooks, tablettes ... - La demande d’un accès permanent, à toute heure, en tout lieu, quel que soit l’outil utilisé, va exploser, poussée en grande partie par les exigences de la génération Y, les digital natives. - Les réseaux sans fil rapides seront disponibles de manière quasi universelle, à son domicile, chez ses fournisseurs et clients, dans les trains, les lieux publics, les avions, et à des coûts raisonnables. - Un navigateur performant et moderne sera la fenêtre d’accès dominante aux outils de participatique et pour une majorité des usages professionnels.
Si vous êtes d’accord avec au moins trois de ces cinq propositions, alors vous prendrez la décision immédiate ... de ne pas migrer sur la génération 2010 des outils de Microsoft, car vous avez compris que cela signifie entrer dans un cul-de-sac technologique. Dans le cas contraire, une éventuelle migration sur la panoplie complète des outils 2010 de Microsoft sera une décision cohérente avec votre vision de l’évolution de l’informatique des 5 prochaines années.
Simplicité contre complexité
Au-delà des fonctionnalités, des avantages et des inconvénients de ces deux plateformes universelles, je suis fasciné par le génie de la complexité dont fait preuve Microsoft pour commercialiser ses offres.
Le tableau des différentes options d’Office, extrait de l’article Wikipedia consacré à Office 2010, occupe ... beaucoup de place !
Et n’oublions pas que cela ne concerne que le produit Office ! Pour évaluer une solution Microsoft complète, en alternative à Google Apps, il faut rajouter les différentes options de Sharepoint 2010, d’Exchange 2010 et OCS 2010, sans oublier l’évaluation des serveurs, SAN et autres outils d’infrastructures nécessaires pour héberger ces différents logiciels.
Bon courage !
En face, Google propose une solution : - Tout compris. - Identique pour toutes les entreprises, de 10 à 100 000 utilisateurs ou plus. - A un prix unique et «raisonnable» de 40 € / personne / an.
Innovateur, moderne ou traditionaliste ? Trois démarches possibles
“If you disrupt something, you have to be willing to be misunderstood for long periods of time.» (Si vous créez une rupture, vous devez être prêt à ne pas être compris pendant un long moment.)
Jeff Bezos, fondateur et CEO d’Amazon, a prononcé cette phrase lors d’une récente conférence organisée par le magazine Wired. Il a évidemment lu et mis en pratique la célèbre théorie de Christensen sur les innovations de rupture.
J’ai repris le schéma de Christensen en l’adaptant à l’annonce des solutions 2010 de Microsoft. Les solutions «Office» sont un parfait exemple des innovations «de continuité». Depuis Office 97 et Exchange 2003, les nouvelles versions sont surdimensionnées par rapport à la demande réelle de la majorité des utilisateurs. La cuvée 2010 représente le «nec plus ultra» de cette obésité. Est-il vraiment indispensable de disposer d’outils d’édition de vidéos dans Powerpoint ?
A l’inverse, Google Apps est un excellent exemple d’innovation de «rupture». La première version, 2007, était pleine de promesses pour qui savait anticiper, mais un grand nombre de fonctionnalités importantes manquaient à l’appel. Dans une logique d’améliorations permanentes, hebdomadaires ou mensuelles, Google Apps a fait de très grands progrès et s’approche, à mi 2010, du «point magique» où l’offre et la demande sont en phase ; il sera atteint la fin de l’année 2010. Espérons simplement que Google saura résister à la tentation de l’obésité fonctionnelle !
Les responsables informatiques ont maintenant le choix entre trois démarches pour répondre aux ingénieurs commerciaux de Microsoft qui vont venir frapper à leur porte :
- Traditionaliste : pourquoi changer ce qui existe depuis 20 ans ? J’accepte de rester dans le giron de Microsoft et je m’offre une «totale 2010». Il vaut mieux avoir les poches bien remplies pour s’offrir le luxe de rester traditionaliste ! Décision : Demander à son commercial Microsoft une proposition de migration sur Office 2010, Exchange 2010, Sharepoint 2010 ... Cela lui donnera du travail pour plusieurs semaines !
- Innovateur : il a compris que l’avenir immédiat appartient aux solutions Web et va migrer sur Google Apps le plus rapidement possible, en ne gardant Office que pour les usages très avancés, quand Google Apps est encore un peu «jeune» fonctionnellement. Décision : Office 2010, non merci !
- Moderne : a laissé les innovateurs déployer Google Apps entre 2007 et 2009, mais ne souhaite pas continuer sur la voie sans issue des solutions obèses. Il va déployer Google Apps, mais est prêt à permettre que les utilisateurs conservent leurs Outlook ou Excel pendant encore quelques mois, voire quelques années, sans brusquer les choses. Il va garder ses solutions existantes, installer Google Apps pour tout le monde et laisser les usages d’Outlook et Office se marginaliser, progressivement. Décision : Office 2010, non merci !
Quelques remarques de synthèse
Les solutions 2010 Office / Exchange / Sharepoint / OCS de Microsoft représentent ce que l’on peut faire de plus abouti en termes de solutions bureautiques et collaboratives ... historiques.
C’est une voie possible de mise à niveau pour les entreprises qui souhaitent rester encore quelques années dans le monde de l’informatique historique, en client lourd, en solutions intégrées, en restant sous le «parasol rassurant» de Microsoft. C’est aussi un choix réservé aux entreprises très riches, qui n’ont aucune contrainte financière pour leur budget informatique !
La plateforme Google Apps représente l’avenir des solutions collaboratives et de communication. Avant la fin de la décennie 2010, toutes les organisations, de tous les pays, de toute taille, auront migré vers des solutions Web de type Google Apps, qu’elles soient proposées par Google ou par d’autres, comme Microsoft BPOS ou Lotus Live d’IBM.
L’annonce d’une nouvelle version des solutions Office de Microsoft oblige tous les responsables informatiques à se poser la question :
Office 2010 : «Je migre ? Je ne migre pas ?»
Vous connaissez maintenant la bonne réponse à cette question !
En écrivant il y a quelques jours mon dernier texte sur «pourquoi Microsoft voue une haine viscérale au Cloud Computing» qui a déclenché de nombreux commentaires enflammés, je ne savais vraiment pas que Steve Ballmer, CEO de Microsoft allait animer une conférence sur le Cloud Computing, pour proclamer le grand amour de Microsoft pour le Cloud !
Il l’a fait, le 4 mars 2010, à l’Université de Washington, qui est très proche de Microsoft, géographiquement que culturellement.
Steve : sa déclaration d’amour pour le Cloud Computing
Je n’avais jamais entendu Steve Ballmer prononcer aussi souvent le mot Cloud dans un discours ; plus d’une centaine de fois !
La vidéo de cette présentation est disponible (si vous avez Silverlight installé).
Si vous avez 1h30 disponible, vous pouvez visualiser toute la vidéo. Si vous êtes plus pressé, vous pouvez lire le compte rendu «live» fait par Ina Fred sur Cnet.com. A la fin de son résumé, il y a aussi un lien vers la même vidéo.
Je vous laisse décider si ce long discours représente un réel virage dans la stratégie de Microsoft. A titre d’exemple, j’ai retenu deux phrases qui sont révélatrices de ce nouvel amour pour le Cloud : «We are betting our company on the cloud» : Nous parions l’avenir de notre entreprise sur le Cloud. «90 % des développeurs de Microsoft travaillent sur des projets qui, d'une façon ou d'une autre, ont un lien avec le Cloud.»
Il avait même invité Ray Ozzie, le Chief Software Architect de Microsoft, à assister à sa présentation, en faisant référence à son email qui, il y a cinq années, avait alerté Microsoft sur l’importance du Cloud.
Dans son discours, Steve a mis en évidence 5 éléments clefs du Cloud Computing. Je ne suis pas sûr d’avoir vraiment compris de quoi il parlait, mais je dois avoir du mal à comprendre sa position. A vous de juger de la pertinence de cette démarche.
We are all in (Nous sommes dedans)
Pendant que Steve Ballmer parlait, un nouveau site a été mis en ligne par Microsoft sur Microsoft Cloud Services.
Ce nouveau logo, ce nouveau message vont surement être très présents dans la communication de Microsoft des prochains mois.
Le message est à la fois puissant et simple : tous les produits de Microsoft sont dans le Cloud.
C’est un signe supplémentaire qui ne trompe pas ; Microsoft a vraiment compris que la décennie qui vient sera celle du Cloud.
C’est au moins un point sur lequel je suis tout à fait d’accord avec Microsoft !
Alors, qui croire ?
Amour du Cloud comme le clame Steve Ballmer ? Haine du Cloud comme je l’ai écrit ?
Difficile d’imaginer positions plus contrastées !
Ceci permettra, à tous ceux qui ont des convictions fortes sur le sujet, de trouver un point de vue qui conforte leur opinion. Ceci permettra, à tous ceux qui sont perplexes sur la stratégie Cloud de Microsoft, d’avoir deux points de vue opposés, et de, peut-être, y voir plus clair.
Pourquoi ce titre ? Est-ce que l’on n’entend pas chez Microsoft tous les responsables au plus haut niveau vanter les louanges du Cloud Computing, des nouvelles offres Azure...
Lors des journées Microsoft Techdays célébrées à Paris du 8 au 10 février 2010, le Cloud, sous la marque Azure, était très présent. Hugo Lunardelli est l’auteur d’un des blogs les plus «positifs» sur Microsoft ; dans son compte rendu de cette manifestation, il écrivait : «... voir Microsoft souligner qu’il était seul en mesure de proposer un continuum de solutions allant du dacatencer traditionnel au cloud computing en passant par toutes les solutions hybrides situées entre ces deux éléments.»
Ce texte est tout sauf un pamphlet primaire «anti Microsoft». Ce que je vous propose, c’est une analyse froide, objective et financière des impacts du Tsunami Cloud Computing sur les finances de Microsoft.
La décennie Cloud a démarré en 2010 ; ce n’est pas demain matin que ses impacts vont s’en faire sentir à plein, mais on en voit déjà les premiers résultats. J’ai par exemple évoqué les «soldes» faites par Microsoft sur un produit non encore annoncé, Office 2010.
Microsoft vient d’annoncer les prix d’Office 2010 en Angleterre, avec une baisse d’environ 30 % par rapport à la version 2007.
Et ce n’est qu’un début ...
Ce texte n’est pas une critique des produits commercialisés par Microsoft, dont les qualités et les défauts ne sont pas en cause. Comme je l’ai écrit dans un texte très récent, même le meilleur avion à hélice du monde n’avait aucune chance face à l’arrivée de la révolution des moteurs à réaction.
Les sources de bénéfices de Microsoft, fin 2009
Depuis plus de 10 ans, Microsoft a tout tenté pour se diversifier : Xbox, moteur de recherche Bing...
Malgré tous ces efforts, et des dizaines de milliards de dollars investis en R&D, les résultats ne sont pas au rendez-vous. L’arrivée de Ray Ozzie en numéro deux de la société reste l’une des clefs de la mutation de Microsoft vers le Cloud ; un long article d’Infoworld présente positivement les efforts réalisés par Ray, tout en restant sceptique sur sa capacité à contrer Google.
Ce tableau présente la répartition des bénéfices de Microsoft selon ses lignes de produits, sur les trois dernières années.
Les chiffres sont sans appel : Fin 2009, ce sont les produits historiques, Office, Windows poste de travail et les solutions Windows Server qui font que Microsoft gagne encore beaucoup d’argent. Toutes les autres divisions, autour de l’Internet ou des plateformes de jeux, perdent de l’argent ou équilibrent tout juste leurs comptes.
La bourse américaine l’a d’ailleurs bien compris et considère Microsoft comme une valeur de rendement et non pas de croissance. Avec un bénéfice trimestriel qui oscille entre 5 et 8 milliards de dollars, Microsoft reste l’une des entreprises américaines les plus rentables.
Le cours de l’action Microsoft n’a pas vraiment fait des étincelles depuis 10 ans ! Il est en ce début de 2010 inférieur à sa valeur de janvier 2000.
C’est encore plus frappant quand on compare les cours de Microsoft à ceux de Google et d’Apple sur la même période ; ils ont respectivement augmenté de 400 % et 700 %.
Alors, pourquoi s’inquiéter ? En ce début 2010, la situation est tout sauf catastrophique, comme le montrent les résultats à fin décembre 2009 : - Les bénéfices trimestriels restent très élevés, supérieurs à 8 milliards de dollars. - Windows a encore plus de 90 % de part de marché sur les PC et Windows 7 est mieux accepté par le marché que Vista. - Office est archi dominant sur les postes de travail de toutes les entreprises. - Windows Server a acquis une bonne crédibilité dans les centres de calcul.
Oui, mais... le Tsunami Cloud Computing est annoncé !
Impacts du Cloud Computing sur les bénéfices de Microsoft
Si vous pensez que le Cloud Computing n’est qu’une mode passagère, une vaguelette de changement, la suite de ce texte va vous paraître totalement irréaliste. Dans le cas contraire, vous devriez, pour l’essentiel, partager mes conclusions.
Comme l’ont montré les graphiques précédents, Microsoft tire encore, en ce début 2010, l’essentiel de ses bénéfices des trois lignes de produits historiques. La migration des entreprises vers des solutions Cloud Computing va, très vite, assécher les trois sources historiques de bénéfices de Microsoft. Ce «changement climatique» majeur aura atteint son maximum d’ici une dizaine d’années, mais dès 2015 on pourra en mesurer les impacts.
Je vous propose donc un saut en avant raisonnable, de cinq années, pour mesurer le niveau de tarissement des trois sources de bénéfices de Microsoft en ... 2015.
2015 : Serveurs et outils
Tous les acteurs industriels du Cloud Computing,, Amazon, Facebook, Google, IBM, Yahoo! ... utilisent quasi exclusivement des solutions Open Source pour gérer leurs maxi centres de calcul ; elles ont pour noms Linux, Cassandra, Hadoop, HipHop, Mapreduce, Memcached, Traffic server ...
Avec Azure, Microsoft est le seul grand acteur du Cloud qui continue à proposer des solutions propriétaires, Windows Server, SQLServer, .Net ...
En 2010, Microsoft dispose encore d’une des plus grandes armées de développeurs du monde formée à ses solutions. Dans beaucoup d’entreprises et de SSII, cette population a défendu ses compétences, ses «certifications» et à réussi à ralentir la vague Open Source. En 2015, une majorité des applications «historiques» telles que les grands ERP et les solutions métiers développées sur mesure n’auront pas migré sur des clouds publics ; elles resteront dans des clouds privés, utilisant les mêmes solutions techniques qu’en 2010 (N’oublions pas que Cobol est encore très présent en 2010 !).
Cette «tribu» des développeurs sur solutions Microsoft restera donc encore forte en 2015, même si elle commencera à souffrir du vieillissement que l’on connait aujourd’hui dans la tribu des spécialistes Mainframe IBM.
La division Serveurs de Microsoft sera donc celle dont les bénéfices devraient le moins baisser ; une grande majorité d’entreprises auront encore des centres de calcul privés utilisant Windows Server et les outils de développement de Microsoft.
Mais la migration vers les clouds publics de 50 % des applications fonctionnant sous Windows Server, la virtualisation des serveurs restant, combinées à une forte pression sur les prix, vont réduire de 60 % les bénéfices de cette division.
Bénéfices serveurs et outils en 2015 : 40 % des bénéfices 2010.
2015 : Windows poste de travail
2010 a bien commencé pour cette division de Microsoft, avec le succès de Windows 7 qui fait un peu oublier le fiasco de Vista.
On commence à évoquer chez Microsoft Windows 8, qui pourrait apparaître en 2012. Hélas pour Microsoft, ce dernier rejeton de la famille Windows fera un bide retentissant, car la demande d’0S lourds sera devenue minimale.
En 2015, pour accéder aux solutions Cloud, les entreprises utiliseront majoritairement des objets mobiles et légers, comme je l’ai souvent évoqué.
Ces OS légers qui équipent ces postes mobiles ont pour noms JoliCloud, ChromeOS, Android, MeeMo. Ils sont tous Open Source et gratuits pour les constructeurs. Comme on l’a déjà vu lors de l’arrivée des Netbooks en 2008, Microsoft a été obligé de brader Windows XP, à un prix inférieur à 3 €, pour contrer l’offensive Linux.
Face à d’excellentes solutions Open Source et gratuites, Windows 8 et Windows Mobile 7 ne pourront plus lutter, avec leurs prix actuels. Pour sauvegarder le plus possible ses parts de marché, Microsoft sera obligé de réduire très fortement les prix de vente de ses OS à tous les constructeurs, même les plus fidèles tels que Dell ou HP.
Les excellentes relations qu’entretenait Microsoft avec les grands constructeurs vont s’envenimer avec l’arrivée du Cloud Computing et l’on verra de moins en moins sur leurs sites des phrases comme : «xxx recommande Windows 7 édtion ultimate»
Oui, il existera encore beaucoup de PC fonctionnant sous Windows en 2015. Oui, mais ... ce seront pour l’essentiel des versions «anciennes», telles que Windows 7 et les nouvelles versions commercialisées le seront avec des marges beaucoup plus réduites qu’en 2010. Les bénéfices opérationnels de la division Windows poste de travail auront, en 2015, chuté d’environ 70 %.
Bénéfices Windows poste de travail en 2015 : 30 % des bénéfices 2010.
2015 : Office
Il y a en 2010 environ 1 000 millions d’utilisateurs d’Office, toutes versions confondues.
En 2015, il en reste 200 millions qui estiment, parfois avec raison, qu’une solution très puissante sur le poste de travail est indispensable pour leur tableur ou leur «PauvrePoint»». Ces 200 millions ont gardé leur version favorite, 2003, 2007 ou 2010 et n’ont pas acheté la nouvelle version 2014, bien qu’elle soit en promotion à 37 € HT pour toutes les entreprises.
Les 800 autres millions continuent à écrire, calculer... mais ils utilisent maintenant des solutions Web professionnelles collaboratives natives, proposées par Cisco, Google, IBM et Microsoft. Le prix référence de 2010, 3 € / personne / mois, a été maintenu et le niveau de fonctionnalités a fait d’énormes progrès. Pour le grand public, ce sont des solutions gratuites qui sont utilisées ; il n’existe plus une seule personne censée sur terre pour «acheter» ses outils «participatique», messagerie, agenda, traitement de texte, tableur, présentation, wikis, blogs et microblogs, partages de photos et vidéos ...
La division Office de Microsoft est celle qui souffrira le plus du mouvement vers le Cloud. Microsoft est bien sur présent avec une offre Web d’excellente qualité, mais vendre 3 € par mois une solution Web qui demande de grosses ressources d’infrastructures (tous les fournisseurs proposent 50 Go en standard) a fait fondre les marges de 80 %.
Bénéfices Office en 2015 : 20 % des bénéfices 2010.
Quelle valeur boursière pour Microsoft, en 2015
En ce début d’année 2010, la valeur boursière de Microsoft est d’environ 250 milliards de dollars. En prenant comme valeur moyenne des bénéfices opérationnels (operating income) des quatre dernières années, on obtient les chiffres suivants : Bénéfices Windows : $ 9 B Bénéfices Office : $ 10 B Bénéfices serveurs : $ 1 B Bénéfices totaux : $ 20 B
Dans toute cette série de calculs, l’important, ce sont les ordres de grandeur et non pas des chiffres précis. Par exemple, la moyenne des «operating income» 2006 - 2009 est de 19, 36 B, mais en tenant compte des pertes des autres divisions, j’ai arrondi à $ 20 B pour ces trois divisions.
Si les hypothèses que j’ai faites sur les évolutions de ces différentes lignes de produits s’avèrent raisonnables, j’obtiens les chiffres suivants pour les bénéfices opérationnels de Microsoft en 2015 :
Bénéfices serveurs : $ 1 B x 40 % = $ 0,4 B Bénéfices Windows : $ 9 B x 30 % = $ 2,7 B Bénéfices Office : $ 10 B x 20 % = $ 2,0 B Bénéfices totaux : $ 5,1 B
Le bénéfice annuel de Microsoft passera donc de 20 milliards à environ 5 milliards de dollars, un chiffre encore respectable, mais qui correspond à une baisse de près de 75 %.
Comme on l’a vu plus haut, cela fait dix ans que la bourse considère que Microsoft est une valeur de rendement, dont le cours est étroitement lié à ses bénéfices. Sur ces hypothèses, je pronostique que la valeur boursière de Microsoft devrait elle aussi être divisée par quatre, soit :
Valeur boursière Microsoft en 2015 :
60 milliards de dollars
Scénario catastrophe ?
Je vais être attaqué de toutes parts pour faire de l’anti-Microsoft primaire, de la «finance fiction», pour travailler sur des hypothèses irréalistes... et je m’y suis préparé !
Je résume les grandes lignes du scénario que j’ai construit : - Le Cloud Computing est la grande mutation informatique de la décennie 2010 - 2020. - Le Cloud Computing va mettre à mal les trois principales sources actuelles de bénéfices de Microsoft. - Microsoft n’arrive pas à trouver des relais de croissance suffisants dans ce nouvel environnement Cloud Computing pour enrayer une très forte chute de ses marges et de ses bénéfices.
Sur les deux premiers points, il n’y a pas, de mon point de vue, la moindre incertitude.
Sur le troisième, j’aimerais bien me tromper ; malheureusement, ce qui c’est passé entre 2000 et 2010 ne me rend pas très optimiste sur les capacités de Microsoft à créer des lignes de produits et services capables de générer les milliards de dollars de nouveaux bénéfices nécessaires pour combler les pertes des divisions historiques.
Comment demander à une entreprise d’accueillir à bras ouverts un Tsunami nommé Cloud Computing, quand elle sait très bien qu’il va balayer les 3/4 de ses bénéfices ? Comment reprocher à Microsoft de tout faire pour retarder au maximum cette échéance ?
Aucun fournisseur informatique, aussi puissant soit-il aujourd’hui, ne pourra bloquer cette puissante vague Cloud Computing. Seuls les fournisseurs capables de l’anticiper, de l’accompagner, de s’adapter aux nouveaux contextes technologiques qu’elle va induire seront encore des acteurs crédibles en 2020.
2010 - 2020 : la décennie Cloud Computing s’ouvre en fanfare !
Il n’y a plus un seul grand fournisseur qui ne proclame pas que le Cloud Computing est un élément clef de sa stratégie ; ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre !
J’avais été sévère, il y a quelques semaines, avec les annonces Cloud de Microsoft et SAP. Ce sont les deux fournisseurs mondiaux qui ont le plus à perdre si les entreprises migrent massivement vers des solutions Cloud Computing ... ce qui va se produire dans la décennie qui démarre.
Je vous propose de passer en revue quelques entreprises clefs du secteur informatique avec qui je collabore. Toutes ces entreprises vont migrer, sérieusement, stratégiquement et rapidement vers des solutions Cloud Computing et SaaS.
Ce sont tous des entreprises «historiques», nées bien avant le Cloud, oui, mais elles sont en train de prendre les «bonnes» décisions qui leur permettront de continuer à jouer un rôle important dans la décennie Cloud.
Pour éviter les susceptibilités, je les cite par ordre alphabétique.
CA : Computer Associates
Computer Associates (plus de 4 milliards de dollars de CA en 2009) est avant tout un éditeur de logiciels de gestion d’infrastructures. Au lieu de considérer le Cloud Computing comme une menace, ils ont choisi d’accompagner le mouvement en aidant leurs clients, en priorité de grandes entreprises, à gérer une migration ordonnée vers des solutions Cloud en complément des infrastructures existantes.
En ce début d’année, le nouveau directeur marketing de CA a pris la décision de lancer une «Cloud Academy» (mêmes initiales !). Amazon, CapGemini et Revevol sont les trois partenaires choisis par CA pour animer les conférences qui seront organisées au cours de l’année 2010 dans le cadre de ce programme. La première session, à laquelle je participe, aura lieu le 17 février.
Si vous êtes sur le réseau social LinkedIn, vous pouvez rejoindre le groupe «Cloud Academy France».
HP
Mark Hurd, CEO de HP, croit au Cloud, mais ... prudemment ! Dans un entretien récent, il a clairement indiqué que le Cloud était un mouvement majeur, et qu’HP souhaitait y jouer un rôle important.
Nous en avons vu une illustration cette semaine à Paris. La tournée mondiale, «Realize the future», y a fait escale le jeudi 21 janvier ; plus de 1 000 personnes assistaient à cet événement et le Cloud Computing était l’un des thèmes forts de la journée.
Rebecca Lawson, «Director, Worldwide Cloud Service initiatives», a fait une brillante présentation de la stratégie HP qui sépare clairement les Cloud publics et privés, mais en jouant sur leur complémentarité.
J’avais eu avant plusieurs entretiens avec des dirigeants HP France pour définir une possible collaboration.
IBM
100 milliards de dollars de CA en 2009 ; IBM reste la première entreprise mondiale en informatique. Bravo pour une entreprise centenaire qui a pris le nom IBM en 1924.
Très rares sont les entreprises informatiques qui ont su s’adapter comme l’a fait IBM pour rester compétitives. IBM a bien compris l’importance du Cloud Computing. Lors de LotusSphere 2010, IBM a annoncé que Panasonic allait migrer, progressivement, 300 000 personnes sur le «Cloud» avec LotusLive, en substitution de Microsoft Exchange.
Il y a plus de 3 ans déjà, Loic Simon a créé au sein d’IBM le «Club Alliances» pour aider les éditeurs de logiciels à préparer leur migration vers les solutions SaaS et Cloud.
J’aurai l’honneur d’être, avec Loic Simon, le «keynote» speaker du prochain forum de ce club, vendredi 5 février toute la journée. La participation à ce forum est ouverte à tous, et gratuite, sous réserve du nombre de places disponibles dans la salle de conférence ! Ce forum est en priorité destiné aux éditeurs et professionnels de l’informatique, mais DSI et responsables informatiques y seront les bienvenus.
Oracle
Larry Ellison, CEO de Oracle, est célèbre pour ses critiques du Cloud Computing. Lors d’un long entretien au «Churchill Club», il a fait rire la salle aux dépens du Cloud ; à écouter à partir de la minute 45 de cette longue vidéo.Cela ne l’a pas empêché d’investir personnellement dans Salesforce (en revendant ses titres, il a multiplié son investissement initial par 50 !) et dans NetSuite, deux des grands acteurs du Software as a Service.
Sur le terrain, Oracle prend aussi le chemin du Cloud et du SaaS.
Oracle m’avait invité le 1er décembre à animer la conférence introductive lors d’un diner «VIP» chez Guy Savoy (mémorable diner, pantagruélique !) pour parler de leurs solutions Cloud Computing dans le domaine du «CRM On demand». Oracle est aussi le distributeur de la solution CRM traditionnelle Siebel ; sans trahir de secrets, je peux confirmer que c’est l’offre On Demand qui représente l’essentiel des nouvelles ventes dans le domaine du CRM.
Unisys
J’avais déjà parlé, positivement, d’Unisys et de sa stratégie Cloud, dans mon compte rendu de la conférence Cloud Computing de San Francisco, en novembre 2009.
Comme beaucoup d’autres acteurs historiques, Unisys met l’accent sur la complémentarité des Cloud privés et publics, ce qui est logique quand on sait que l’essentiel de ses clients sont de grandes entreprises dans des secteurs transport et finances.
Unisys France n’est pas en reste dans ce domaine ; ils m’ont invité à présenter les évolutions du Cloud Computing lors d’une conférence pour responsables informatiques, du 8 au 10 mars12 au 14 avril, dans leur magnifique centre de séminaires de Saint-Paul-de-Vence, près de Nice.
2010, an 1 de la décennie Cloud Computing !
En l’espace de quelques mois, toutes les entreprises que j’ai cité, et d’autres dont je ne peux pas encore parler, ont décidé, en France, de mener des actions de sensibilisation et de marketing autour de leurs offres Cloud Computing.
C’est un signe qui ne trompe pas ; elles ont toutes compris qu’il était pour elles prioritaire de se positionner très vite dans ce domaine.
CA, HP, IBM, Oracle, Unisys d’un coté, Amazon, Salesforce et Google de l’autre ! Les historiques contre les natifs : on se prépare à dix années passionnantes et bénéfiques pour les entreprises clientes.
La saison des soldes vient de démarrer, et il n’y a pas que les boutiques de vêtements à sacrifier à cette mode. Le plus grand éditeur de logiciels du monde, Microsoft, a aussi commencé l’année en proposant des soldes pour .... Windows 7 et Office 2010 !
Sur l’un des blogs officiels de Microsoft, cette annonce a été faite début janvier 2010.
Elles concernent les deux produits «vaches à lait» de Microsoft, Windows et Office.
Surprenant ? Oui, en apparence, non si l’on réfléchit quelques minutes, ce que je vous propose de faire avec moi.
Soldes
Ces «soldes» concernent : - Windows 7, la version la plus récente de Windows, annoncée en 2009. - Office 2010, qui sera disponible au milieu de 2010.
Quelques précisions sur cette annonce : - Cette réduction de 50 % s’applique à l’offre OVS (Open Value Subscription), qui permet aux entreprises de «louer» leur logiciel en payant une redevance annuelle. Elle n’est, pour le moment, valable que sur la location de la première année. - Elle est réservée aux petites et moyennes entreprises. On peut quand même s’interroger sur la légalité de cette limite ; pourquoi les grandes entreprises n’y auraient-elles pas droit, elles aussi. - Elle s’applique, et c’est une première, aux possesseurs des versions n-1 et n-2 de ces logiciels, ce qui veut dire que les migrations suivantes seront possibles :
- Windows XP et Windows Vista vers Windows 7.
- Office XP, 2003 ou 2007 vers Office 2010, quand cette version sera disponible.
- Ces soldes sont valables six mois, jusqu’au 30 juin 2010.
Les nouvelles offres Office 2010
Microsoft vient de rendre publics les prix aux USA des différentes versions d’Office 2010. Les prix en Europe et en France ne sont pas encore connus, mais devraient suivre la «règle habituelle» d’un prix identique en euros et en dollars, en clair un surcoût de près de 50 % pour les pays de la zone euro.
Pour la version 2010, Microsoft innove en proposant pour la première fois une version sans «boîte», que l’on peut activer avec un code (download). Par contre, l’option «mise à jour» (upgrade) disparait.
Pour les entreprises, la version Professional regroupe tous les composants habituels d’Office.
La Loi de Moore de la division par 2 tous les 18 mois du prix des processeurs ne s’applique manifestement pas aux logiciels de Microsoft ! Office 2010 professional reste à $499, comme Office 2007.
Est-ce raisonnable ? Bien sûr que non !
Pour ce prix-là, que peut-on acheter, en 2010 ? - Un PC portable de grande marque avec écran de 15 pouces. Il est même possible d’en trouver beaucoup moins cher, comme ce modèle HP commercialisé par Best Buy à $197 pour Noël 2009.
- 7 ou 10 ans d’usages de la version professionnelle de Google Apps, selon que l’on achète la version d’Office 2010 avec clef d’activation ou en boîte.
Petit rappel : Google Apps coûte $ 50/an (40 €/an) et comprend, en plus des équivalents d’Office, la messagerie, l’agenda, le chat, le vidéo chat, la création de sites...
Une combinaison des deux : $ 499 = Office 2010 version professionnelle. $ 499 = Un PC portable HP 15 pouces + 6 ans de Google Apps professionnel.
Qui pourra vraiment, en 2010, se regarder dans la glace après avoir payé un prix aussi déraisonnable pour Office 2010 ?
Microsoft a bien compris l’absurdité des prix officiels de ce logiciel, et le démontre en proposant, pour la première fois, des soldes sur un produit non encore annoncé. On peut même, en attendant, essayer Office 2010 ß en téléchargement gratuit.
Je rappelle aussi, pour les personnes qui souhaiteraient encore utiliser un logiciel de bureautique obèse sur leur poste de travail, qu’ils peuvent télécharger, gratuitement, la solution Open Source Open Office V3.
La double révolution Cloud Computing et SaaS est menée par des fournisseurs innovants, tels que Salesforce, Amazon ou Google ; ils ne sont pas englués dans des solutions historiques, en fin de vie, autour des architectures client/serveur des années 90 et des postes de travail obèses.
Les fournisseurs informatiques «legacy», encore largement dominants dans les entreprises, commencent à réagir et à préparer leur défense, car ils ont tous compris que le Cloud Computing était tout sauf une mode passagère.
La querelle des anciens et des modernes
L’immense majorité des fournisseurs informatiques historiques ont annoncé, en 2009, leur «adhésion» au mouvement Cloud Computing.
HP, Oracle, Unisys et beaucoup d’autres ont présenté des offres, souvent intéressantes telles que le CRM «Oracle on Demand» ou les «private clouds» hyper-sécurisés d’Unisys.
Mais, le plus souvent, il est difficile de décoder ces annonces et de savoir ce qu’elles représentent réellement, si le fournisseur y croit vraiment ou s’il essaye de récupérer un mouvement dangereux pour son avenir.
En ce début décembre 2009, trois annonces, presque simultanées, ont confirmé ce soudain intérêt des «anciens» pour les solutions «modernes» :
- Naissance de l’ECBC, une association de fournisseurs.
- Création chez Microsoft d’une division unique, regroupant serveurs et Cloud.
- Ralliement de SAP aux solutions Microsoft pour son offre SaaS.
Création de l’ECBC, Enterprise Cloud Buyers Council.
Quelques grands fournisseurs informatiques historiques, tels que Cisco, HP, IBM ou Microsoft, qui appartiennent au TM Forum, ont annoncé, début décembre 2009, la création de l’ECBC, Enterprise Cloud Buyers Council.
Dans le préambule du document d’annonce, ils constatent que :
« La demande en services de Cloud Computing présente un énorme potentiel pour l'industrie, mais nous n'en sommes qu'au tout début »
Le schéma joint à cette annonce présente les avantages d’une architecture Cloud centralisée comparée aux centres de calcul indépendants des entreprises.
Un hasard ? Aucun des acteurs opérationnels et leaders actuels du Cloud Computing (Amazon, OpSource...) ne fait partie de ce nouveau Club Cloud.
On peut donc faire confiance à ce club pour mettre beaucoup plus en avant la dimension «évolution» que «révolution» du Cloud Computing.
Quel sera son véritable objectif :
Aider au développement du Cloud ou essayer de contenir son expansion pour les fournisseurs «Cloud natifs» ?
On y verra plus clair à la fin de l’année 2010, au vu des premières décisions et actions de l’ECBC.
Microsoft regroupe serveurs et Cloud (Azure)
Azure est le nom de l’offre Cloud de Microsoft, annoncée depuis longtemps, souvent retardée et devant, en principe, être commercialisée au premier trimestre 2009.
Avant même son lancement officiel, Azure a perdu son indépendance en étant «fusionné» avec la division serveur actuelle sous le nom SCD, Microsoft Server & Cloud Division.
Que faut-il en penser, au-delà du discours officiel qui n’y voit que des avantages ?
Dans son analyse de cette annonce, Joe Wilcox, un blogueur influent qui suit de très près les évolutions de Microsoft, pose beaucoup de questions, en essayant d’y voir clair, ce qui, même pour lui, est difficile !
Je vous recommande tout particulièrement son analyse de la nouvelle responsabilité des pouvoirs au sein de cette division SCD ; si vous y comprenez quelque chose, vous êtes vraiment très doué !
L’une de ses anticipations les plus intéressantes, pour moi, est la suivante :
"Is Ozzie being pushed aside? Perhaps the reorganization signals his coming exit from Microsoft?"
(est-ce que Ray Ozzie est mis au placard ? Est-ce que cette réorganisation annonce son prochain départ de Microsoft ?)
Dans son analyse, toujours aussi pertinente, Phil Wainewright pose lui aussi beaucoup de questions et l’une de ces interrogations résume bien son opinion :
"Est-ce qu’Azure n’est pas autre chose qu’un «nuage à moitié cuit ?» (Half baked Cloud)."
Je ne résiste pas au plaisir de citer sa dernière phrase, d’un humour très britannique :
«... Windows Azure will become a kind of rest-home in the cloud where applications go, not to be rejuvenated, but merely to be made more comfortable in their declining years.»
«... Windows Azure deviendra une maison de retraite sur le Cloud où les applications iront, non pas pour être rajeunies, mais pour vivre plus confortablement leurs années de déclin.»
C’est probablement un pas de plus dans la stratégie Software + Services, qui vise à faire du Cloud Computing une simple extension des solutions historiques de Microsoft. N’oublions pas que toutes les solutions du Cloud Azure, absolument toutes, sont celles utilisées par Microsoft depuis longtemps dans son environnement «legacy».
La stratégie Cloud de SAP
Il y a deux ans, SAP faisait, avec tambours et trompettes, son entrée dans le marché du SaaS avec l’annonce «la plus importante de son histoire».
BBD a été, et de loin, le plus grand échec des SaaS des deux dernières années, comme je l’avais hélas prévu.
400 à 500 M$ d’investissements pour un CA qu’un spécialiste financier rencontré à San Francisco il y a un mois, lors de la conférence SIIA on Demand estimait à ... $ 100 000. Il est clair que SAP ne communique pas beaucoup sur ses résultats avec BBD.l
Ce n’était malheureusement pas très difficile à anticiper, tant SAP avait accumulé le maximum d’erreurs possibles pour BBD. Cet échec est maintenant pudiquement renommé «long test de son ERP en version SaaS».
Les 8 et 9 décembre 2009, SAP a réuni plus de 200 «influenceurs», en clair les Gartner et autres Forrester du monde, plus quelques blogueurs influents (je n’étais pas invité !), pour leur présenter sa nouvelle stratégie : Clear Path forward» (Un chemin clair vers le futur).
Qu’en ont pensé les participants ? Saugatuck, le cabinet d’analyse spécialisé Cloud Computing et SaaS que je respecte beaucoup, a publié un premier document, réservé aux abonnés, avec un titre qui est, pour le moins, en opposition claire avec le nom de la réunion !
«SAP Influencer Summit Reveals Cloudy Strategy, Path, and Challenges...» (La réunion SAP met en évidence une stratégie brumeuse, les étapes et les challenges...)
Oliver Marks, un autre blogueur de ZDNet, parle de résultats «légèrement schizophréniques» car SAP tente le grand écart entre «les solutions ERP legacy et la réalité du Cloud Computing».
L’une des rares informations précises qui est sortie de ce sommet, et qui a été mise en évidence par tous les participants, est le rapprochement de SAP et Microsoft dans le domaine du Cloud Computing ; quelle surprise !
SAP et Microsoft avaient déjà sévi en s’associant dans l’informatique «legacy» avec des solutions aussi dangereuses que Duet, qui en liant l’ERP de SAP et Office, élimine en pratique tout espoir de pouvoir se libérer un jour du joug de ces deux géants.
Lors de ce sommet, SAP a confirmé son intention de relancer BBD, avec la version 2.5, une évolution de la solution actuelle, attendue au milieu de l’année 2010 et la véritable nouveauté, la version 3.0, prévue en 2011 ; c’est vraiment loin.
Cet alignement de SAP-BBD avec les outils de Microsoft se traduit par l’utilisation de la plateforme de développement Visual Studio, Eclipse étant éliminé et surtout par le choix de Silverlight comme interface riche RIA.
C’est une décision «géniale», pour garantir la non-universalité de la solution BBD dans un Web ouvert, en fermant définitivement la porte à des millions de PC et d’objets mobiles sur lesquels il n’existe pas de Silverlight installé.
N’oublions pas aussi que Silverlight et Flash seront bientôt rendus inutiles avec la prochaine banalisation de HTML 5 !
Bravo à SAP et Microsoft pour continuer leur combat historique pour la fermeture de leurs solutions et pour essayer de le transposer dans le Cloud Computing !
Espérons simplement que l’échec de BBD va continuer et que personne ne se laissera tenter par cet archaïsme technologique.
L’aveugle et le paralytique
Les véritables fournisseurs professionnels du Cloud et du SaaS peuvent continuer à dormir tranquilles tant que des historiques aussi potentiellement dangereux que Microsoft et SAP feront le maximum pour ... ne pas réussir leur entrée sur le Cloud.
Je vous laisse choisir : à votre avis, qui est l’aveugle, qui est le paralytique ?
Après la conférence de SIIA, dont j’ai parlé récemment, j’étais aussi invité comme conférencier à la conférence organisée par Sys-Con sur le Cloud Computing. C’était la quatrième conférence que Sys-Con organisait sur ce sujet en 15 mois, preuve s’il en est de la popularité croissance du Cloud Computing ; la dernière avait eu lieu à Prague, en mai 2009, et j’y avais aussi participé.
La conférence : participants et sponsors
Dix fois plus de personnes, en majorité des utilisateurs ; le contraste était saisissant avec SIIA, très orienté offre. Lors de la conférence d’ouverture, il y avait des dizaines de personnes assises par terre ou debout au fond de la salle...
Les participants pouvaient construire leur programme à la carte parmi 120 exposés au total, sachant qu’il y avait souvent 7 ou 8 présentations en parallèle.
Signe fort de la crédibilité croissante du Cloud Computing, parmi les sept sponsors du plus haut niveau, Platinum ou Gold, il y avait Unisys, Oracle, EMC et Intel.
C’est la première fois qu’un aussi grand nombre d’entreprises «historiques» de l’informatique, présentes sur ce marché depuis des dizaines d’années, prennent la décision d’investir plusieurs dizaines de milliers de dollars pour sponsoriser une conférence Cloud Computing.
On trouvait aussi bien sûr parmi les sponsors les noms des entreprises «nées dans le Cloud», telles que Yahoo!, Akamai Rackspace, 3Tera ou RightScale.
J’étais l’un des seuls européens à parler et je l’ai fait à ... 19h 20, dans la dernière tranche horaire d’une journée qui avait commencé à 14 h et pendant laquelle les participants pouvaient assister à .... pas moins de 8 sessions, un véritable marathon ! J’ai eu des échanges passionnants avec les quelques dizaines de courageux qui avaient choisi de venir à ma conférence ; j’ai pu vérifier que les challenges que rencontrent les promoteurs du Cloud Computing sont les mêmes des deux côtés de l’Atlantique. J’avais proposé comme thème : «SaaS & Cloud: Know your ennemies» (connaissez vos ennemis).
J’ai choisi de focaliser ce compte rendu sur trois des conférences parmi celles qui m’ont le plus intéressé. C’est un choix subjectif, mais chacune porte un message fort et aussi différent que possible des autres : - Unisys sur les Clouds privés. - Yahoo! sur les outils utilisés pour gérer ses Clouds publics. - La CIA sur leurs usages du Cloud.
Keynote Unisys : les «nuages privés»
Rich Marcello, en tant que Président de «Technology, Consulting & Integration Solutions d’Unisys, l’un des Platinum sponsors de la conférence, avait la lourde tâche d’ouvrir la journée.
Son exposé était clair, précis, bien illustré et il a défendu avec brio sa vision des «nuages privés», très cohérente avec les métiers d’Unisys et le profil de ses clients, en majorité des très grandes entreprises qui ont des systèmes d’information complexes et recherchent avant tout la fiabilité et la sécurité.
Ses messages sur le Cloud Computing sont très positifs et s’appuient sur les premiers résultats obtenus par Unisys après de lourds investissements matériels et logiciels dans un réseau mondial de Clouds privés.
Il avait, contrairement aux classiques dix ou sept, choisi le chiffre neuf pour identifier les bonnes raisons d’utiliser le Cloud, mais le Cloud... privé : 1 - Le Cloud Computing est sur quand il est bien réalisé. 2 - Le Cloud adapté répond à vos exigences réglementaires et de conformité. 3 - Un Cloud sécurisé est très bien adapté pour des centaines d’applications internes. 4 - Les valeurs du Cloud sont l’agilité métier, les opportunités et la réduction des coûts. 5 - Le Cloud Computing est fiable, quand il est bien «architecturé». 6 - Les Clouds privés, c’est beaucoup plus que la virtualisation. 7 - Le Cloud Computing, c’est avant tout pour les métiers. 8 - Il existe différentes familles de Clouds, pour répondre à des besoins distincts. 9 - Le Cloud Computing est une évolution vers la révolution.
Ce dernier point a été repris par de très nombreux conférenciers, dont Oracle !
(En tant que Président de Revevol, je ne peux que m’en réjouir, car la marque Revevol est la contraction de : «Révolution - évolution» !)
Comme on le voit, il n’y avait dans cet exposé que des messages sérieux, professionnels, à l’attention des responsables de grandes organisations qui, avec juste raison, pensent beaucoup plus métier que technologie.
La conclusion de son exposé, à l’attention des DSI des grandes organisations, contenait 5 messages forts, tous centrés sur la possibilité d’une mise en œuvre rapide de Private Clouds :
- Regardez au-delà de la dimension coût quand vous pensez à un Cloud d’entreprise.
- Une entreprise n’a pas à réécrire ses applications pour migrer vers le Cloud Computing ; pour cela, il faut bien choisir son fournisseur.
- Les Private Clouds sont une voie d’entrée facile vers le Cloud Computing.
- Ne transformez pas la sécurité, la fiabilité ou la conformité en alibis pour ne pas mettre en œuvre des solutions Cloud Computing ; faites le nécessaire pour rendre possible cette migration.
- Ne sous-estimez pas l’avantage concurrentiel qu’il y a lorsque vous alignez vos objectifs informatiques et métiers en déployant le Cloud Computing.
Merci, Rich Marcello ; il y a longtemps que je n’avais pas entendu un discours aussi clair et cohérent sur les atouts d’un «Private Cloud».
La conférence qui suivait était le parfait négatif de celle d’Unisys ; une personne, certainement très compétente, et dont j’aurais la gentillesse de taire le nom, a fait une présentation totalement incompréhensible, au moins pour moi, à l’image des graphiques qu’elle a projetés.
Yahoo! : comment fonctionne un «maxi» cloud public
Les «keynotes» suivants ont permis à deux brillants représentants des équipes techniques de Yahoo!, Shelton Shugar et Raghu Ramakrishnan, de faire découvrir aux participants les extraordinaires challenges techniques auxquels doit faire face une entreprise comme Yahoo! pour gérer efficacement un «maxi Cloud public».
Ce sont quelques-uns des outils qu’utilisent Yahoo! et beaucoup d’autres leaders du Cloud Public, tels que Google, pour faire face aux demandes de leurs centaines de millions de clients.
J’ai retenu quelques chiffres sur Yahoo!, qui donnent le vertige :
- Plus de 20 data centers répartis dans le monde entier. L’un d’entre eux sera alimenté en énergie par .... les chutes du Niagara ! - 300 millions d’utilisateurs de Yahoo! mail. - 600 millions de visiteurs uniques mensuels. - 35 000 transaction/s gérées par chaque serveur Intel grâce à Traffic Server. - 400 Terabytes de données envoyées chaque jour. - 80 Petabytes de données sont stockés dans leur Cloud. - ...
Les solutions Open Source jouent un rôle prépondérant dans toutes les activités de Yahoo! ; c’est un message qui a été répété plusieurs fois : «Yahoo! consomme et produit de l’Open Source en permanence». C’est en particulier grâce à la grande communauté Hadoop, très présente dans les universités américaines, que Yahoo! peut recruter les centaines de professionnels dont il a besoin.
Je ne peux m’empêcher de penser que le rapprochement éventuel entre Yahoo! et Microsoft sera difficile, très difficile, quand on constate à quel point ce sont deux cultures opposées, en particulier sur l’Open Source. Face à un Yahoo! qui partage ses outils les plus stratégiques avec des communautés Open Source et des concurrents, la liste des logiciels que va utiliser Microsoft dans son futur Cloud Azure, 100 % Microsoft, 100 % propriétaire parait totalement anachronique.
C’est pendant cette conférence que Yahoo! a annoncé qu’il mettait son outil YTS, Yahoo! Traffic Server, qui gère déjà plus de 50 % de ses flux internet, à la disposition de la communauté Open Source en le confiant à la fondation Apache.
Pour traiter les volumes et la variété des données, les outils traditionnels, tels que bases de données relationnelles ou SQL sont totalement inadaptés. Yahoo! utilise son propre langage de requêtes, YQL, MobStor pour les très gros objets de plusieurs Gb, tels que les vidéos, Sherpa pour les données structurées...
Yahoo! a aussi développé un langage spécifique, PIG, pour créer rapidement du code MapReduce, qui s’appuie aussi sur Hadoop.
Yahoo!, avec HP et Intel entre autres, est un membre fondateur d’Open Cirrus, un consortium dont l’objectif est d’améliorer la recherche dans le domaine du Cloud Computing.
Pour conclure ses présentations, Yahoo! a résumé les impacts du Cloud Computing chez eux : - C’est une migration sur plusieurs années, qui n’est pas terminée. - Le Cloud Computing, c’est un peu comme un mariage, cela demande un engagement à long terme. Le jeu en vaut la chandelle ! - Les développeurs sont maintenant capables de déployer de nouvelles applications beaucoup plus vite. - Le Cloud Computing change la ... culture de l’entreprise.
Le Cloud Computing à la CIA
J’ai aussi beaucoup aimé la présentation faite par la «CIO of CIA», en clair, la DSI de la CIA, sur la vision du Cloud dans cet organisme dont on peut penser que la sécurité fait partie des priorités fortes ! Il n’y avait pas tellement de femmes parmi les conférenciers, même aux USA.
Que pour la CIA, le Cloud privé soit prioritaire vis-à-vis du Cloud public, personne n’en sera étonné, mais il était rafraichissant de l’entendre défendre avec autant d’enthousiasme le Cloud Computing.
Les supports utilisés pendant son exposé étaient pleins d’humour et d’un style très «cool», ce que j’ai beaucoup apprécié.
Elle a terminé sur un thème qui m’est cher : «La revanche des infrastructures» ! Le Cloud Computing, ce sont avant tout des infrastructures Web performantes, fiables et économiques, mise au service d’usages innovants. Sans infrastructures Cloud, l’innovation en informatique devient très difficile, et les entreprises qui ignorent cette évidence vont le payer cher, rapidement, par une perte rapide de compétitivité.
Clouds privés ou Clouds publics ? De la place pour les deux !
Unisys a fait un exposé passionnant, parlant de ... Cloud Computing. Yahoo! a fait un exposé passionnant, parlant de ... Cloud Computing.
A part l’expression Cloud Computing, il était difficile de trouver des mots ou des thèmes communs entre ces deux conférences !
Je retire trois conclusions majeures de la comparaison de ces deux exposés : - Les outils logiciels d’infrastructures utilisés dans les Clouds privés et les Clouds publics sont totalement différents, et le seront de plus en plus.
Les Clouds privés seront construits avec des outils logiciels traditionnels ; leur principale valeur est d’améliorer la performance des applicatifs cœurs de métiers existants, sans devoir réécrire les logiciels. Les Clouds publics ont impérativement besoin de nouveaux outils logiciels, Web natifs, capables de gérer des volumes inconnus dans les Systèmes d’Information des entreprises, même les plus grandes.
- Pour les grandes entreprises, la cohabitation des Clouds privés et publics restera indispensable pendant de très nombreuses années.
(Les entreprises petites et moyennes pourront souvent migrer 100 % de leur Système d’Information sur des Clouds publics).
Dans les grandes entreprises, l’optimisation des Systèmes d’Information existants passera par les deux actions complémentaires suivantes : - Migrer rapidement leurs applications génériques : participatique, messagerie, processus soutien tels que CRM ou RH en mode SaaS, sur des Clouds publics. - Optimiser toutes les autres applications cœurs de métiers en mettant en place des Clouds privés.
- Imaginer que l’on peut utiliser de manière indifférenciée les Clouds privés ou publics pour les mêmes usages mènera tout droit à des échecs majeurs.
Les grandes entreprises qui refuseraient, en s’appuyant sur des alibis sécuritaires ou de confidentialité, de migrer rapidement une partie de leur Système d’Information vers des solutions SaaS sur des Clouds publics ne pourront pas optimiser efficacement leurs Clouds privés, car ils resteront encombrés d’applicatifs qui n’ont plus de raison d’y rester.
Cloud Computing, demain ?
J’ai beaucoup de commentaires sur ce blog qui s’étonnent de l’importance que j’accorde au Cloud Computing.
S’il en était encore besoin, ces deux conférences à San Francisco m’ont renforcé dans ma conviction que nous n’en sommes qu’au début d’une révolution majeure, et que ce «Tsunami» prend tous les jours plus d’ampleur.