Travailleurs en première ligne, nouvelle priorité de toute Transformation Numérique

 

Blog FLW Image livre siège terrainDès 2018, dans le livre “Dirigeants, Acteurs de la Transformation Numérique” que j’ai écrit avec Dominique Mockly, P-DG de Teréga, nous avions mis en évidence le rôle clef des acteurs du terrain, comme le montre ce schéma extrait ce livre.(Il est maintenant disponible, en version papier et Kindle).

L’expression qui s’impose aujourd’hui pour parler de ces acteurs du terrain est FrontLine Workers, travailleurs en première ligne (FLW). J’utiliserai souvent cette abréviation dans ce billet. Je rencontre aussi les mots “FirstLine Workers” ; dans la suite de ce texte, je considère qu’elles sont similaires et définissent les mêmes populations.

Je pronostique que 2021 sera une année de rupture dans l’équipement numérique de ces FLW. Toutes les entreprises qui emploient un fort pourcentage de FLW vont basculer une part majeure de leurs budgets informatiques ou numériques pour que ces FLW ne soient plus les parents pauvres de la Transformation Numérique.

 

FLW : largement majoritaire en nombre parmi les travailleurs

La COVID-19 a brutalement mis en évidence que le monde entier dépendait, pour son fonctionnement, pour sa survie, des travailleurs en première ligne.

Transporteurs, magasiniers, agents d’entrepôts, agriculteurs, installateurs, mécaniciens, infirmiers, policiers, pompiers, facteurs… La liste est longue de tous ces métiers qui permettent à sept milliards de personnes de se nourrir, se déplacer, se soigner ou maintenir en fonctionnement ces milliards d’objets que nous utilisons quotidiennement.

Estimation nombre de FLWCombien sont-ils ? Peu de personnes savent répondre à cette question.

L’enquête dont est extrait le graphique ci-dessous a été faite auprès de DSI en septembre 2020. Leur réponse était voisine de 50% pour les cols blancs et 50% pour les FLW, des chiffres très loin de la réalité.

80% Workers are FLW or 2 7 BUne remarquable étude réalisée par Emergence en 2018 montre que les FLW représentent… 80% des travailleurs dans le monde ! Oui, vous avez bien lu, les cols blancs ne représentent que 20% des effectifs dans les entreprises.

Les FLW représentent environ 2,7 milliards de personnes. Il faut rester prudent face à ces chiffres et les considérer comme une raisonnable évaluation de la réalité.

3 out of 4 workers are FLWUne autre étude dont je donne ici l’un des résultats annonce des chiffres voisins : les FLW représentent 75% de la population et sont au nombre de 2,5 milliards.

Les écarts entre les mesures de ces deux études sont faibles ; ils confirment l’essentiel :

● Les FrontLine Workers sont très majoritaires, entre 75% et 80% des actifs.

● Ils sont très nombreux : plus de 2,5 milliards de personnes.

 

FLW, les oubliés de la Transformation Numérique

01 net  les deskless  les oubliés du SICe thème des oubliés de l’informatique, j’en parle depuis… longtemps. Avant de démarrer mon blog en 2006, j’avais eu l’honneur d’écrire de nombreuses rubriques dans l’un des plus anciens et prestigieux journaux informatiques, 01 Informatique. J’ai retrouvé un texte, publié en 2004, dont le titre était : “Les “deskless”, les oubliés du SI ?.

Depuis 2004, la situation n’a pas changé, je pense même qu’elle a empiré. Les entreprises ont massivement investi pour équiper les cols blancs de solutions informatiques de plus en plus complexes, de plus en plus chères, de plus en plus puissantes.

Une étude, publiée par la revue Forbes, réalisée par Microsoft contient des informations intéressantes sur ce décalage entre cols blancs et FLW.

Microsoft Proportion of Frontline Workers Digitally connectedJ’en ai extrait quelques graphiques, et je vous conseille de la lire dans son intégralité.

Près de 50% des FLW ne sont pas connectés au SI de leur entreprise ! Difficile d’utiliser des applications informatiques si l’on n’est pas connecté…

FLW écart entre souhaits et réalités● Le décalage entre ce que “souhaitent” les dirigeants interrogés et la réalité est très grand :

  • Partager l’information avec les FLW : souhaité par 81% des dirigeants, une réalité dans 29% des cas.
  • Donner de l’autonomie aux FLW : souhaité par 81% des dirigeants, une réalité dans 22% des cas.

Ces quelques exemples suffisent pour vous rappeler une réalité que vous rencontrez dans vos entreprises :

les FLW sont aujourd’hui les grands oubliés de la Transformation Numérique.

 

FLW, des attentes numériques très différentes de celles des cols blancs

Vous avez déjà rencontré un travailleur en première ligne qui adore remplir des formulaires ? Moi, jamais !

Tous, absolument tous, se plaignent du temps perdu à faire de la “paperasse” !

Il faut comprendre, accepter que le numérique n’est pas leur métier, et que moins ils y passent du temps, plus ils sont heureux.

Difficultés FLW Dans l’étude sur les FLW, réalisée à la demande de Google, la liste de leurs principales difficultés se concentre sur deux thèmes, comme le montre la liste ci-dessous :

● La difficulté d’accès à l’information pertinente pour faire leur métier.

● Les piètres performances des outils techniques mis à leur disposition.

C’est pour moi un signal encourageant : pour répondre aux attentes universelles des FLW, les priorités sont connues :

● Leur fournir des outils simples et fiables. Les tablettes et smartphones du marché, durcis si nécessaire, répondent bien à cette demande.

● Leur permettre d’accéder, sur le terrain, immédiatement, aux seules informations dont ils ont besoin.

AdS DPC Forget Everything S 227002110Amis DSI et spécialistes des solutions numériques que vous avez déployées depuis des dizaines d’années pour les cols blancs, oubliez tout ce que vous savez sur la meilleure manière de répondre aux attentes de ces cols blancs si vous souhaitez réussir avec les FLW !

ERP intégrés, écrans de 15 pouces avec surabondance d’informations, tableaux Excel avec des dizaines de lignes et de colonnes… rien de cela ne fonctionnera avec les FLW.

Comment construire des solutions numériques qui répondent aux attentes des FLW ?

Je vous propose quelques pistes de réflexion et d’action :

● Commencez par aller sur le terrain, faites le travail avec ces FLW, vivez leur quotidien pour comprendre la réalité de leurs besoins. Je parle d’expérience : la manière dont le travail est fait sur le terrain ne correspond jamais à ce que les cols blancs du siège imaginent être les meilleures pratiques.

● Construisez des applications spécifiques, cas par cas, qui collent aux attentes de chaque famille de FLW. Dans une usine, l’opérateur sur une chaîne de production, le cariste, le magasinier, la personne qui réceptionne les livraisons… tous ont besoin d’une application spécifique, construire pour répondre à leurs attentes, et seulement à leurs attentes.

AdS DPC Low code S 251719607● Utilisez en priorité les nouveaux outils Clouds No-Code et Low-Code pour construire, en quelques jours ou semaines, ces applications spécialisées.

● Utilisez les solutions informatiques existantes, construites pour les cols blancs, comme des sources d’information pour ces applications spécialisées. Ne mettez jamais un SAP ou un Oracle Applications entre les mains d’un FLW !

Un dernier point, et c’est probablement le plus important : vous aurez en face de vous des clients très reconnaissants qu’on s’intéresse à eux, enfin.

 

Solutions numériques pour les FLW : quels potentiels ?

Gartner worldwide IT spending 2019 - 2021Le Gartner Group a publié, début 2020, juste avant la crise liée à la COVID-19, ses prévisions de dépenses informatiques mondiales pour 2019, 2020 et 2021.

Pour 2020, je retiens deux chiffres :

● Dépenses totales : 3 865 $B.

● Dépenses liées aux logiciels d’entreprise : 503 $B.

Ce même Gartner regarde de plus en plus vers les FLW ; depuis 2019, il publie une courbe du “hype” sur les technologies dédiées aux FLW.

Gartner on FLWDans son édition 2020, une phrase a retenu mon attention : “Gartner prévoit que jusqu’à 70% des investissements des cinq prochaines années dans les mobiles et solutions d’accès seront consacrées aux FLW”.

Growth in IT investments for frontline by sectors 2Dans l’étude réalisée par Emergence citée plus haut, leur recherche montre que tous les secteurs où l’on trouve la majorité des FLW prévoient d’augmenter leurs investissements de 50% à 100% vers ces FLW.

FLW - Nombre et budgets IT 2020 2025J’ai préparé ce graphique pour mettre en évidence les potentiels majeurs de croissance des outils numériques qui ciblent les FLW :

● Pourcentage de population : 20% cols blancs, 80% FLW.

● Budgets informatiques en 2020 : 80% pour les cols blancs, 20% pour les FLW.

● Une estimation de la répartition de ces budgets informatiques en 2025 si on s’occupe sérieusement des FLW : 35% pour les FLW, 65% pour les cols blancs.

Si ces ordres de grandeur se vérifient, les budgets informatiques pour les FLW vont croître de 600 $B en 5 ans.

Dans le domaine des logiciels, si l’on garde comme référence les mêmes pourcentages :

Dépenses en logiciels FLW en 2020 : 20% de 500 B$ = 100 B$.

Dépenses en logiciels FLW en 2025 : doublement soit 200 B$, un accroissement de 100 $B.

Baselines WIzyEMM & WIzyVisionVous comprendrez mieux pourquoi, dans mon activité d’éditeur de logiciel SaaS avec Wizy.io, nous avons décidé de cibler en priorité nos offres sur… les FLW !

● La “baseline” de WizyEMM, gestionnaire de terminaux Android : “ Frontline Android Devices Management”.

● La “baseline” de WizyVision : ” Images power Frontline Work”

Venture underfunding FLWTout reste à faire dans ce domaine des logiciels pour FLW. Ce graphique montre que les VC, Ventures Capitalists, n’ont consacré que 1% de leurs investissements à des solutions FLW.

Wizy.io prévoit de lancer une levée de fonds dans les semaines qui viennent. N'hésitez pas à nous contacter si vous êtes un Business Angel ou un fonds d'investissement prêt à nous accompagner dans notre croissance sur un marché presque vierge, en très forte croissance !

 

Des bénéfices pour les FLW et pour les entreprises, en même temps

FLW a deux définitions possibles :

● FrontLine Workers, les collaborateurs en première ligne.

● FrontLine Work, les processus de l’entreprise pour lesquels ces collaborateurs ont un rôle dominant.

Ce qui est passionnant et positif, c’est que l’on peut, en même temps, améliorer en profondeur les processus de l’entreprise tout en proposant des modes de travail plus intéressants aux collaborateurs en première ligne.

Je vais l’illustrer par un exemple réel, construit avec la solution WizyVision dont j’ai parlé plus haut.

Un technicien d’entretien doit assurer la maintenance ou la réparation d’une machine.

Exemple usage FLW mesure1 - Avec son smartphone ou sa tablette, il prend une photo de la machine, qui est transmise au SI de l’entreprise.

2 - A l’aide de fonctions d’Intelligence Artificielle et de Machine Learning, le SI identifie la machine, trouve toutes les données pertinentes et remplit automatiquement la fiche de travaux. On élimine des saisies manuelles, sources d’erreurs et de pertes de temps.

3 - Quand l’opération est terminée, le technicien saisit les seules données nouvelles liées à son intervention, qui mettent à jour immédiatement le SI de l’entreprise. Ces données sont disponibles pour toute personne qui en aurait besoin, col blanc ou FLW.

Vous connaissez beaucoup de techniciens d’entretien qui adorent remplir des formulaires papier ou sur leur smartphone, surtout s’ils sont sur le terrain et que la météo est mauvaise ?

Vous connaissez beaucoup d’entreprises qui trouvent intelligent de ressaisir ou de contrôler en central des données prises sur le terrain ?

FL work et FL Worker Win WInCette dimension “gagnant gagnant”, entreprise et collaborateur, on va la retrouver dans des centaines de cas d’usages, chaque fois que l’on prendra la peine de répondre avec des solutions numériques adaptées à la réalité des besoins des travailleurs en première ligne.

 

Synthèse

80% des travailleurs sont des Frontline Workers ; ils ont été jusqu’à présent les grands oubliés de l’informatique et du numérique.

AdS DPC Frontline Workers S 338869676

Investir pour les FLW apporte des bénéfices rapides et démontrables pour les entreprises, tout en améliorant la qualité de vie de ces FLW.

Les outils pour construire les solutions numériques dont ont besoin les FLW sont disponibles, immédiatement.

Faire de 2021 l’année des travailleurs en première ligne, voilà un bel objectif pour votre Transformation Numérique.


Solutions numériques en Europe, mi 2020 : une qualité exceptionnelle

 

AdS DPC Pessimism sur visage S 349567679Halte à la sinistrose ! Le pessimisme numérique, ça suffit ! Tout va mal dans le numérique, basta ya !

Je n’en peux plus, de ces discours de politiques, de dirigeants et de responsables du numérique qui ne parlent que des dangers du numérique, des risques qu’il fait courir aux entreprises, aux états et même à la planète.

Et si l'on regardait, en priorité, ce qui fonctionne bien dans le numérique ?

C'est le thème de ce billet d’humeur, pour vous aider à préparer un été et une reprise en septembre qui ne soient pas d’une noirceur numérique totale.

Rappel : ce billet est centré sur les solutions professionnelles, pas celles destinées au grand public.

 

Offre de solutions numériques en 2020

Nous sommes en 2020, pas en 2000 ! Les progrès réalisés par l’offre de solutions dans tous les domaines du numérique ont été spectaculaires, exponentiels.

Les entreprises ont tout sous la main pour réussir leur Transformation Numérique.

BIS - Infra  Soutien  MétiersJe vais à nouveau utiliser mon modèle B I S ; il a maintes fois fait la preuve de son efficacité, en définissant les trois domaines :

● I = Infrastructures.

● S = Usages Support (Universels, non spécifiques d’un secteur d’activité).

● B = Usages Business (Cœur métiers).

Ce billet fait le point sur ce qui fonctionne bien dans ces trois domaines.

Il n’est pas nécessaire de créer un suspense “insoutenable”. En 2020, les solutions Clouds Publics ont tout gagné, ne laissant que des miettes aux offres numériques historiques que certaines entreprises s’obstinent à garder dans leurs centres de calcul privés en fin de vie.

AdS DPC 90 : 10 SS 28371184Je résume en deux chiffres la situation des offres de solutions numériques en 2020 :

● 90 % des besoins numériques professionnels trouvent d’excellentes réponses sur le marché.

● Pour 10 % des besoins numériques, les entreprises manquent encore de réponses de qualité.

 

Infrastructures = IaaS, Infrastructures as a Service

En créant en 2006 AWS, Amazon Web Services, la première offre IaaS (Infrastructure as a Service) du monde, Amazon a lancé la plus grande révolution qui est jamais existé dans le monde des infrastructures.

En 2020, les jeux sont faits, comme le montre sans ambiguïté le récent quadrant magique IaaS du Gartner Group publié en juillet 2019.

Gartner MQ IaaS 7:2019

On a rarement vu un quadrant magique plus simple :

● Pas de challengers, pas de visionnaires.

● Trois leaders : AWS, Microsoft Azure et Google GCP.

● Trois acteurs de “niche” : deux anciens combattants, IBM et Oracle, et un Chinois, Alibaba, qui est lui en croissance.

Comme je le rappelais dans mon billet précédent, la richesse des services proposés par les trois leaders est impressionnante, et de nouveaux services naissent toutes les semaines.

Toutes les fonctions d’infrastructures dont ont besoin les entreprises sont disponibles chez AWS, Azure ou GCP.

Il y a deux autres dimensions positives dans l’IaaS que je souhaite rappeler, l’omniprésence de l’Open Source et des interopérabilités de plus en plus faciles à mettre en œuvre.

Open Source

Ces géants IaaS ont vite compris qu’il était idiot et peu efficace de créer chacun dans son coin des briques de base d’infrastructures propriétaires. Ils se sont vite mis d’accord pour utiliser les mêmes grands standards, tous Open Source. Quelques exemples :

● Linux domine les systèmes d’exploitation utilisés en IaaS. Microsoft annonce fièrement que plus de 40 % des usages d’Azure ce font avec Linux. Windows Server, dernier survivant des solutions propriétaires, disparaît petit à petit du paysage IaaS.

Open Container Initiative● Docker pour les containers. L’OCI, Open Container Initiative a été créée dès 2015 pour coordonner les travaux dans ces domaines. OCI est hébergé par la Linux Foundation.

● Kubernetes pour gérer les containers : Kubernetes a été créé par Google, et utilisé par AWS et Azure, avec parfois quelques variantes.

Interopérabilités

Il est beaucoup plus facile, en 2020, de porter des applications d’un Cloud Public à un autre qu’il ne l’était dans l’Ancien Monde des dinosaures numériques de le faire d’un centre de calcul privé à un autre.

Deux exemples :

VMWare on AWS● VMWare était le fournisseur dominant des machines virtuelles. VMWare a signé des accords avec AWS, GCP et Azure qui permettent de porter à l’identique ses machines virtuelles sur ces trois Clouds Publics.

● Dans le monde des containers, qui remplacent rapidement les machines virtuelles, Google a donné l’exemple avec Anthos, qui permet de porter ses usages conteneurisés vers AWS ou Azure. Microsoft propose une solution similaire avec Arc.

Résumé : entreprises, en 2020, vous avez à votre disposition une large palette de solutions d’infrastructures exceptionnelles, pérennes et interopérables. Problème réglé.

 

Usages Support = SaaS, Software as a Service

Messagerie, webconférences, CRM, gestion des ressources humaines, budgets, trésorerie…

Pour tous ces usages support, il existe de remarquables solutions SaaS, Software as a Service.

Combien ? Plus personne n’est capable de les compter ; j’estime que le nombre de solutions SaaS Support dépasse les 30 000 ou 40 000 produits.

À l’inverse du marché IaaS, de type oligopole, celui du SaaS a permis la naissance de milliers d’éditeurs différents, dans tous les pays du monde.

Dans Next40, la liste des 40 startups françaises ayant levé le plus d’argent, on trouve plusieurs éditeurs SaaS d’usages support tels que Klaxoon, Ivalua ou Talentsoft.

En France, PlayFrance, une initiative récente, souhaite référencer les éditeurs “made in France”. Ce tableau ne regroupe pas l’ensemble de l’offre française, comme il le prétend, mais montre que l’offre est large, et c’est une bonne nouvelle.

PlayFrance map of solutions

Cette initiative est sympathique, mais je ne l’ai pas rejointe, alors que je participe avec la société Wizy.io à la création et au développement de solutions SaaS en France, WizyEMM et WizyVision.

Pourquoi ? Les phrases ci-dessous, extraites du manifeste publié par PlayFrance, mettent en évidence, une fois de plus, un mal français récurrent : faire appel à l’état quand les forces du marché vous sont contraires.

Manifeste PlayFrance blog

Des dizaines d’éditeurs SaaS nés en France sont devenus des leaders mondiaux, seuls, sans s’appuyer sur les béquilles de l’état.

L’initiative GAIA-X, dont j’ai dit tout le “bien” que j’en pensais dans mon billet précédent, est née en Allemagne et la France s’y est raccrochée au dernier moment.

L’initiative PlayFrance est née en France et espère créer d’ici la fin de l’année 2020 un “PlayEurope”.

Jouer au gaulois revanchard, obliger les responsables du numérique dans les entreprises à acheter 50 % de solutions “nationales”, c’est irréaliste, idiot, inapplicable, contre-productif et probablement contraire aux règles européennes sur la concurrence. N’oublions jamais que le numérique n’est pas une fin en soi, mais un ensemble de moyens permettant aux entreprises de devenir plus performantes.

EuroCloud BarcelonaQue les acteurs européens du numérique s’associent, mènent des actions de marketing en commun, c’est une excellente idée. J’ai été l’un des premiers à rejoindre EuroCloud France, il y a plus de dix ans. J’ai applaudi à la création d’une fédération d’EuroCloud dans plusieurs pays tels que l’Allemagne et l’Espagne. J’ai participé comme représentant de la France aux jurys européens qui élisaient les meilleures solutions lors des Trophées Eurocloud. Cette photo a été prise lors des trophées européens de 2015 à Barcelone.

De belles sociétés comme RunMyProcess ou BIME ont profité de ces trophées pour augmenter leur notoriété et grandir très vite.

De ridicules querelles de chapelle ont fait capoter cette initiative européenne et quelques Eurocloud, dont la France, continuent à travailler, chacun dans son coin. Désespérant !

AdS DPC Defense Offense S 319141188Dans le marché des SaaS Support, l’Europe et la France peuvent encore prendre une place honorable sur l’échiquier mondial du numérique. Oui, mais ce n’est pas en jouant uniquement la défense, en diabolisant de remarquables sociétés internationales, “coupables” d’avoir réussi, que l’on peut espérer gagner. Il est urgent de miser en priorité sur l’offensive, en permettant aux éditeurs SaaS européens d’aller porter le fer sur les marchés mondiaux.

Je ne le répéterai jamais assez : en 2020, les marchés du numérique sont mondiaux. Il est illusoire d'espérer réussir à long terme si l’on a une vision étriquée, nationale ou même européenne du marché des SaaS support.

Bessemer Ventures vient de publier une remarquable étude, “State of the Cloud 2020”, dont j’ai extrait cette carte du monde. Elle présente les acteurs importants du Cloud qui ne sont pas basés aux USA. L’Europe y est très présente, ce qui confirme ma position optimiste.

Bessemer Cloud leaders not USA

Je termine sur une note positive pour les responsables du numérique dans les entreprises :

En 2020, 99 % de vos besoins pour les fonctions support sont disponibles en SaaS avec des offres nombreuses et de grande qualité.

Répondre aux attentes des entreprises pour tous les usages support : problème réglé !

 

Usages Métiers = SaaS verticaux, PaaS, Low Code et No Code

Les usages cœurs métiers, le B du modèle B I S, correspondent à des activités qui sont spécifiques d’un secteur d’activité : banques, énergie, transport, agriculture…

En 2020, il existe trois familles de réponses pour les usages “B” :

● SaaS verticaux.

● PaaS, Platform as a Service.

● Plateformes Low Code et No Code.

Ces trois démarches sont complémentaires ; il n’y en a pas une qui soit meilleure que l’autre.

Une bonne nouvelle, une fois de plus : avec ces trois réponses, les entreprises ont les moyens de répondre aux attentes des métiers de manière très performante !

Le schéma ci-dessous met en évidence les deux principales différences entre ces trois démarches :

● Outils utilisés pour construire ces réponses.

● Qui est en charge de fournir la solution.

Usages B Metiers - Trois réponses

SaaS verticaux

Après s’être attaqués dans une première étape aux usages support, les éditeurs de solutions SaaS ont abordé les solutions verticales. En 2020, l’offre de verticaux SaaS couvre un grand nombre d’industries. Il reste beaucoup à faire, et c’est un domaine où des éditeurs européens peuvent espérer prendre des parts de marché importantes. Doctolib ou Meero sont des exemples encourageants de premiers succès de la France dans les SaaS verticaux.

J’ai déjà cité l'étude de Point Nine sur les éditeurs SaaS en France : j’en ai extrait cette liste des solutions SaaS verticales. Difficile de ne pas être… optimiste quand on voit le grand nombre d’entreprises citées.

Point nine list Vertical SaaS French

En référence au schéma des trois familles de solutions, un SaaS vertical est :

● Développé et maintenu par un éditeur de solutions.

● Un outil “sur étagère” avec toutes les qualités d’une solution SaaS multitenant.

PaaS, Platform as a Service

AdS DPC Three Developpers Woman & men  S 213634957Dès 2015, j’écrivais dans mon blog un billet annonçant la renaissance du métier de développeur professionnel. Ce message a été entendu par des entreprises innovantes qui ont recréé des équipes internes de développement.

Développeur professionnel en 2020 ? Quel beau métier ! Quel bonheur !

Les développeurs professionnels disposent d’outils PaaS d’une exceptionnelle qualité, proposés par… les grands acteurs IaaS, AWS, GCP et Azure. Ne pas utiliser aujourd’hui ces plateformes de développement, ce serait priver bêtement vos équipes des moyens de travailler efficacement.

Tout se passe dans le Cloud ! Ce n’est pas par philanthropie que Microsoft a dépensé 7,5 milliards de dollars pour racheter GitHub, la plus grande base de données de code du monde. La concurrence dans ce domaine est forte, et des solutions comme GitLab proposent des solutions au moins aussi performantes.

Les développeurs professionnels ont acquis de nouvelles compétences dans des domaines tels que le Devops ou le Serverless. Ils peuvent construire rapidement de remarquables applications cœur métiers sur mesure, permettant aux entreprises de gagner en compétitivité grâce au numérique.

Toutes les entreprises deviennent constructeurs de solutions numériques dans le Cloud. Je suis persuadé que beaucoup d’entre elles vont devenir… éditrices de solutions SaaS verticales, dans leurs métiers qu’elles connaissent mieux que quiconque.

En référence au schéma des trois familles de solutions, un outil PaaS est :

● Proposé par les trois grands acteurs IaaS.

● Mis en œuvre par des développeurs professionnels.

Low Code, No Code

No Code Low codeTous les besoins cœur métiers ne demandent pas la construction d’applications complexes par des développeurs professionnels. Il existe aussi une forte demande pour des dizaines, des centaines d’applications légères, à forte valeur ajoutée.

C’est le terrain de chasse favori des outils de développement Low Code et No Code (LC/NC).

Les plateformes de Cloud Public ont permis la naissance de très nombreux outils LC/NC ; leur nombre a explosé au cours de ces cinq dernières années.

Les outils LC/NC permettent à des personnes qui ne sont pas des développeurs professionnels de construire des applications numériques. Ils existent depuis les débuts de l’informatique et les plus célèbres dans l’Ancien Monde étaient Excel et Access de Microsoft.

J’ai toujours été un farouche opposant de ces outils LC/NC, pré cloud, et écrit plusieurs billets à ce sujet, en particulier contre les applications Excel.

La situation des développements LC/NC est différente dans le cloud public : tout est réalisé en mode collaboratif, sur des données communes et on évite, pour l’essentiel, la création de silos numériques dans les entreprises.

Différences entre Low Code et No Code

La frontière entre Low Code et No Code est difficile à établir ; il y a un continuum de complexité croissante depuis le No Code vers le Low Code.

En utilisant l’analogie avec les permis de conduire :

● No Code : permis B, que l’immense majorité des personnes est capable d’obtenir.

● Low Code : permis D, nécessaire pour conduire des véhicules de plus de 8 personnes, qui demande plus de préparation.

PaaS vs LC:DC BoxingDe nombreux développeurs professionnels se méfient de ces outils LC/NC, craignant qu’ils phagocytent leur travail. C’est une grave erreur : ces outils LC/NC permettent aux métiers de construire eux-mêmes de nombreuses applications légères à forte valeur ajoutée. Ceci réduit fortement le nombre de demandes qui atterrissent sur le bureau de la DSI et permet aux développeurs professionnels de concentrer leur énergie sur les fonctions essentielles, à construire avec les outils PaaS qu’ils sont les seuls à maîtriser.

En référence au schéma des trois familles de solutions, les outils Low Code et No Code sont :

● Proposés par des éditeurs de logiciels SaaS.

● Mis en œuvre par des développeurs dans les directions métiers.

Quel bonheur de pouvoir écrire cette phrase toute simple :

Répondre aux attentes des entreprises pour tous les usages cœur métier : problème réglé !

 

Solutions numériques exceptionnelles, pour tous les besoins

J’ai utilisé trois fois l’expression : “problème réglé” ; ce n’est pas par hasard. En reprenant le modèle B I S comme référence, j’ai mis en évidence à quel point les offres de solutions numériques sont, en 2020, capables de répondre à la très grande majorité des demandes des entreprises, de toutes les entreprises, quelles que soient leurs secteurs d’activité ou leur taille.

BIS - Infra  Soutien  Métiers réponses cloudCe schéma confirme ce que j'écris depuis des années dans ce blog :

Le Cloud Public fournit aujourd’hui les meilleures réponses, et dans tous les domaines :

● Iaas pour les infrastructures.

● SaaS pour les usages Support.

● SaaS verticaux, PaaS, Low Code et No Code pour les usages métiers.

 

Sécurité et confidentialité de très haute qualité

Un raisonnement rationnel et posé comme celui que je présente dans ce billet démontre que les entreprises trouvent dans les Clouds Publics tout ce dont elles ont besoin pour réussir leur Transformation Numérique.

AdS DPC Reject SS 106726173Comment se fait-il qu’un grand nombre de personnes intelligentes soit encore, en 2020, aussi réticent et refuse d’utiliser les solutions numériques disponibles dans les Clouds Publics ?

L’objection que j’entends le plus souvent est celle de la sécurité des Clouds Publics et de la confidentialité des données.

J’ai abordé en profondeur ce sujet de la “confiance” ; j’irai ici à l’essentiel.

Les Clouds Publics AWS, Azure et GCP sont, et de très loin, les infrastructures numériques les plus sécurisées du monde. Elles protègent aussi les données que leur confient les entreprises mieux que ne peuvent le faire en interne 99,99999 % d’entre elles.

Les failles de sécurité, les vols de données sont inexistants dans les Clouds Publics. Quand ils se produisent, et cela arrive souvent, c’est toujours dans des centres de calculs privés gérés par les entreprises.

Cloud Act YetiÀ bout d’arguments, les anti Clouds Publics sortent leur arme fatale, le Cloud Act, qui n’a… strictement rien à voir avec le Cloud.

J’attends toujours que l’on me cite un seul cas concret d’une entreprise française qui aurait subi une attaque liée au Cloud Act.

J’ai enfin trouvé la définition qui convient pour définir le Cloud Act : c’est le Yeti du numérique !

Tout le monde en parle, personne ne l’a jamais vu !

 

Tentation mortelle de repli de l’Europe du numérique sur elle-même

Des solutions numériques exceptionnelles existent, à la disposition des entreprises du monde entier. Il faut tout faire pour que les entreprises européennes continuent à pouvoir les utiliser comme vecteur majeur de leur compétitivité, dans une compétition mondiale.

Comme je l’ai dénoncé dans ce texte, il existe une tentation forte de protectionnisme numérique en Europe et en France. Il serait criminel de mettre des bâtons dans les roues des entreprises qui recherchent les meilleurs outils numériques disponibles, en les obligeant à choisir des solutions “nationales”. Ralentir la capacité des entreprises à se moderniser par une Transformation Numérique en leur imposant des solutions “suboptimales”, non merci !

AdS DPC Snail french flag SS 73162555

Ce n’est vraiment pas le moment, surtout quand il faudra travailler encore plus pour relancer l’économie après l’arrêt brutal lié au COVID-19 !

L’application “StopCovid” française est une parfaite illustration de ce mouvement de repli sur soi. J’avais dénoncé, dès le mois d’avril, cette absurdité qui consistait à refuser l’aide proposée par Apple et Google qui représentent 99% des smartphones utilisés en France ; pour une fois, miracle, ils avaient accepté de collaborer.

Erreur stop Covid

Résultat, hélas prévisible : une application qui ne fonctionne pas bien sur iOS, incompatible avec toutes celles des autres pays. Hallucinant : la France a osé demander à Apple de modifier le mode de fonctionnement de Bluetooth sur iOS pour s’adapter à l’application française. Apple n’a pas daigné répondre à cette demande, quelle outrecuidance !

Les premiers résultats sont pour le moins “décevants” : 14 alertes envoyées et un coût exorbitant par alerte, de près de 13 000 €.

Reconnaître que l’on s’est trompé ? Il n’en est pas question et le gouvernement va lancer une étude, payante évidemment, pour comprendre pourquoi les Français n’ont pas compris comment utiliser StopCovid. C’est la faute des utilisateurs, je crois réentendre un discours des informaticiens des années 1990.

Un mea culpa du gouvernement m’aurait un peu rassuré. Ce refus d’accepter la réalité d’un échec lié à de mauvais choix technologiques est très inquiétant.

Répéter ces comportements des dizaines de fois au cours des prochaines années, pour défendre nos solutions nationales, quelle belle recette pour pénaliser les entreprises avec un maximum d’efficacité !

Il existe heureusement des décisions positives telles que l’usage d’AWS par la BPI pour gérer le PGE, Prêt Garanti par l’État, qui montre que l’on peut garder espoir. Il y aura bien sûr des grincheux qui vont réagir négativement et regretter cette décision.

 

Synthèse

Ce billet est tout entier tourné vers un optimisme numérique raisonné : la qualité et la variété des solutions numériques disponibles en 2020 sont exceptionnelles. Elles permettent aux entreprises de toute taille et de tout secteur de mener une Transformation Numérique rapide en ayant la certitude que la technologie ne sera plus jamais sur le chemin critique.

AdS DPC Laptop wih European flag  SS 195322339Je vois hélas apparaître dans le ciel européen un gros “Cloud” noir : il a pour nom priorité aux solutions numériques européennes pour remplacer des solutions numériques existantes qui fonctionnent très bien. Ce serait un crime majeur contre la compétitivité de nos entreprises, au nom de combats non rationnels et d’arrière-garde.

Mesdames et messieurs les politiques, faites confiance aux professionnels du numérique dans les entreprises et laissez-les libres de leurs choix. Vos compétences dans ces domaines sont, hélas, souvent plus proches du zéro Kelvin que du zéro Celsius.

 

Mais...tout n’est pas parfait

90 % des besoins numériques des entreprises trouvent d’excellentes réponses dans les offres existantes. Cela signifie qu’il reste 10 % de problèmes non réglés.

Data reposesitoryJ’en ai identifié deux qui me paraissent prioritaires :

● Créer une indépendance entre les données et les applications, pour que les entreprises reprennent le contrôle de leurs données vis-à-vis des éditeurs et des fournisseurs d’infrastructures.

● Augmenter le niveau de protection pour un tout petit pourcentage de données d’importance vitale, quand des attaques puissantes de pays tiers pourraient mettre en danger des entreprises ou des secteurs clefs de l’économie.

Dans ces deux domaines, l’Europe et la France peuvent apporter des réponses fortes et innovantes.

Améliorer ce qui doit l’être, et uniquement ce qui doit l’être, ce sera le thème de mon prochain billet.


GAIA-X : chronique d’un échec inéluctable

 

Le projet GAIA-X  berceau écosystème européen J’ai hésité, quelques minutes, avant d’entreprendre la rédaction de ce billet.

Pourquoi ? J’ai personnellement plus à y perdre qu’à y gagner. Je vais me mettre à dos une grande partie de “l’Establishment” numérique français, des partisans à tout prix d’une souveraineté numérique française ou européenne.

GAIA-X est un projet allemand, que la France a rejoint en mai 2020. Son objectif : “créer une infrastructure de données en forme de réseau, berceau d’un écosystème européen vital”.

Cela vous paraît obscur ? À moi aussi ! En langage plus simple, c’est une nouvelle tentative de créer un “Cloud Souverain” européen.

GAIA-X Bruno LeMaire et AlmaierBruno Lemaire et Peter Altmaier, ministres de l’Économie de la France et de l’Allemagne, ont participé jeudi 4 juin à l’annonce commune de leur soutien au projet GAIA-X.

Dans ce long billet je vais, posément, calmement, rationnellement, expliquer pourquoi la meilleure chose qui puisse arriver pour l’Europe et que GAIA-X meure, et le plus vite possible.

 

Pourquoi je pousse ce coup de gueule

Pour ceux qui ne connaissent pas :

● Ingénieur de formation : Supélec.

● “Quelques” années d’expérience dans l’informatique et le numérique.

● Entrepreneur : première société, Bureautique SA, en 1980, Wizy.io aujourd’hui.

● Passionné par les innovations numériques et leurs potentiels dans les organisations.

● Enseignant, animateur de séminaires pour aider un maximum de personnes à comprendre où va le numérique et mieux orienter leurs carrières.

● Incorrigible “optimiste numérique” : tout reste à inventer, à mettre en œuvre.

● Veille technologique active : deux heures par jour, en moyenne.

● Persuadé que le numérique est un grand allié de la planète et que l’on peut simultanément mener des actions de Transformation et de Frugalité Numérique.

● Européen convaincu, mais pas nationaliste.

Je regarde toute annonce de nouveau service ou de nouveau produit avec un a priori positif, essayant d’imaginer quels usages innovants peuvent en être obtenus.

C’est ce que j’ai fait en étudiant les documents techniques publiés par GAIA-X, et j’y reviendrai plus loin.

Depuis l’année 2006, et comme co-fondateur de Revevol, la première société de services Cloud en Europe, j’ai suivi toutes les évolutions des solutions Cloud Computing.

J’ai vite compris les potentiels majeurs des solutions d’infrastructures Clouds Publics et des applications SaaS, Software as a Service. J’ai alerté des décideurs politiques et des DSI sur l’urgence d’agir pour ne pas rater ce virage technologique majeur. Ce billet présentait les potentiels d’AWS dès 2008, un an après sa création.

Louis Naugès et Werner Vogels mars 2010 Cigref copieCela n’a pas toujours été facile ; j’ai essuyé un échec cuisant en mars 2010. J’avais invité Werner Vogels, le CTO d’AWS, à venir parler des potentiels des solutions IaaS, Infrastructure as a Service, devant les membres du CIGREF, Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises, qui regroupe 150 entreprises et plusieurs milliers de membres. AWS avait créé en 2007 ce marché IaaS et je pensais important que les plus grandes entreprises françaises puissent avoir, 4 ans après, une présentation de haut niveau par le meilleur expert mondial du moment.

À ma grande surprise, à ma grande honte, j’ai découvert qu’il n’y avait dans la salle que… 3 entreprises présentes ! 3 sur 150 !

Thomas Kurian CIGREF 202010 ans plus tard, et 10 ans dans le monde du numérique, c’est une éternité, les membres du conseil d’administration du CIGREF ont accueilli dans leurs bureaux Thomas Kurian, le patron de GCP, Google Cloud Platform.

 

Offres d’infrastructures cloud, en 2020

L’annonce du projet GAIA-X se fait au milieu de l’année 2020 ; personne ne sait quand les premières offres opérationnelles seront disponibles. Le monde du numérique n’a pas attendu GAIA-X pour évoluer, et très vite !

Entre 2007 et 2020, le marché des infrastructures cloud a explosé et il est aujourd’hui dominé par trois fournisseurs, AWS d’Amazon, GCP de Google et Azure de Microsoft.

Comme le montre de manière éclatante le graphique ci-dessous, ces trois acteurs industriels du Cloud Public investissent chacun entre 10 et 20 milliards de dollars par an dans leurs infrastructures.

CAPEX IBM Microsoft AWS Google Oracle

Les jeux sont faits : tous les autres grands fournisseurs historiques, IBM, HP, Oracle, Dell… ont perdu, définitivement, cette bataille des infrastructures cloud.

TENCENT 70 B$ in CloudLes seuls challengers sérieux sont trois acteurs chinois, Alibaba, Tencent et Baidu. Ils investissent eux aussi plusieurs dizaines de milliards de dollars par an. Tencent vient d’annoncer 70 B$ d’investissements en 5 ans, 14 B$ par an, pour “rattraper” Alibaba qui est le leader actuel en Chine.

Ces centaines de milliards de dollars d’investissements cumulés dans leurs infrastructures cloud représentent aujourd’hui une “barrière à l’entrée”, un “moat” en anglais, infranchissable.

Ces géants du cloud ont un deuxième avantage, et il est au moins aussi important ; ils ont gardé leur extraordinaire capacité à innover. Ce graphique montre la croissance du nombre des innovations d’AWS entre 2008 et 2018. En 2018, ce chiffre a dépassé 1 800, plus de 35 par semaine !

AWS innovations 2019

Le résultat de ces innovations : les entreprises qui travaillent avec ces grands fournisseurs ont accès à une offre de services dont le nombre dépasse largement la centaine, comme le montre cette liste des services proposés par GCP et AWS.

AWS et GCP list of services

J’entends tous les jours des discours de DSI qui craignent de devenir prisonnier de cet oligopole. Ils ont la mémoire courte ! Quelles sont les parts de marché de Microsoft dans la bureautique du poste de travail, d’Oracle dans les bases de données, de SAP dans les ERP intégrés ?

La situation de dépendance vis-à-vis d’un fournisseur est en pratique beaucoup plus faible dans le domaine des infrastructures cloud que dans celui des solutions historiques, installées dans des centres de calcul privés.

Les infrastructures Cloud ont permis une “abstraction” des couches bases d’infrastructures, et personne ne va s’en plaindre.

Une entreprise qui utilise les Clouds Publics ne se pose plus de questions sur l’OS des serveurs, leur marque, les supports de stockage utilisés. Quelques exemples de ces nouvelles réponses :

● Les containers ont remplacé les machines virtuelles, et sont portables d’un fournisseur à l’autre.

● Kubernetes, gestionnaire Open Source de containers, créé par Google, est devenu le standard utilisé aussi par AWS et Azure.

OCI, Open Container Initiative, est une association qui regroupe tous les acteurs importants du Cloud et rend plus facile une interopérabilité forte des solutions.

Anthos GCP on AWS● Avec Anthos, Google propose une remarquable solution de portabilité des applications Cloud d’un fournisseur à l’autre. Voir Google faire la promotion d’Anthos sur son grand concurrent AWS, c’est quand même peu fréquent dans nos métiers ! Avez-vous déjà vu Oracle promouvoir une interopérabilité avec DB2 d’IBM ?

● Microsoft propose avec Arc un service avec les mêmes objectifs qu’Anthos.

Résumé de l’état de l’offre dans les Clouds Publics en 2020

Avec AWS, Azure et GCP, toutes les organisations ont aujourd’hui à leur disposition :

● Des offres très compétitives.

● Un choix très large de services.

● Une présence mondiale.

● Des interopérabilités fortes.

● Des innovations permanentes.

En clair : en 2020, l’offre de solutions Clouds est très en avance sur la réalité des usages !

Infrastructures Cloud Offre >> Demande

Je n’ai plus rencontré depuis longtemps un véritable professionnel du numérique qui me dit qu’il ne pouvait pas migrer sur le cloud parce que l’offre n’était pas mature.

 

GAIA-X : ce qui se cache derrière ce nom

Logo GAIA-X data infraLe projet GAIA-X est né en Allemagne, et ses objectifs sont résumés dans ce court document. La France est le premier pays européen à le rejoindre.

Il met l’accent sur l’importance de la donnée, et ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre. J’ai modifié mon modèle initial B I S, (Business Infrastructure Support) en B I S D, en ajoutant le D pour donnée.

Les rédacteurs du projet GAIA-X ont publié plusieurs documents pour le présenter, disponibles sur le site du ministère allemand de l’Économie et de l’Énergie :

Document initial de présentation, en octobre 2019 : 56 pages.

Projet européen lance la deuxième phase : 13 pages.

Architecture technique : 56 pages.

Appel à l’Europe : 40 pages.

Règles de gestion et architecture de standards : 25 pages.

Promouvoir l’innovation en Europe : 30 pages.

C’est un total de 220 pages, qui ne se lisent pas comme celles d’un roman de gare ! J’ai fait l’effort de lire l’ensemble de ces documents, et je ne suis pas certain d’avoir tout compris.

On ne peut pas nier l’ampleur de l’ambition, ni la complexité technique qui va avec. J’en prendrai comme seul exemple ce schéma sur l’architecture technique de GAIA-X.

GAIA-X schéma architecture

Parmi tous les politiques, dirigeants et DSI qui se sont empressés de dire tout le bien qu’ils pensaient de GAIA-X, à commencer par les deux ministres de l’Économie, combien d’entre eux :

● Ont lu ces documents.

● Ont compris ce qu’ils contenaient.

Ce sont des documents écrits pour l’essentiel par des chercheurs et universitaires ; leur langage, leurs préoccupations sont loin de la réalité des attentes des entreprises.

L’origine allemande de ces travaux se traduit par des préoccupations majeures sur la sécurité et la confidentialité des données et des réticences “fortes” vis-à-vis des solutions Clouds Publics.

L’objectif principal de GAIA-X, l’architecture des données, est en lui-même d’une extrême complexité, technique et organisationnelle. En se limitant à ce seul sujet des données, GAIA-X aurait déjà eu beaucoup de mal à se transformer en un ensemble de solutions opérationnelles et à proposer des réponses plus performantes que celles, de grande qualité, qui existent déjà sur le marché.

Rappel : dans ce domaine de la gestion des données, toutes les solutions innovantes s’appuient sur… les clouds publics.

Comme le montre le schéma d’architecture général ci-dessus, l’ambition de GAIA-X va bien au-delà de cette seule dimension données.

On y retrouve tous les autres domaines du numérique, chacun d’entre eux étant en lui-même très complexe. Identité numérique, IoT, intelligence Artificielle, Big Data, réseaux, HPC, Edge Computing… aucun sujet ne manque à l’appel !!!

GAIA-X Cloud SouverainLes commentateurs l’ont bien compris : derrière ce paravent des “données”, c’était l’idée ancienne des “clouds souverains” de sinistre mémoire qui renait de ses cendres !

Proposer des Clouds souverains en 2012, avec CloudWatt et Numergy, et des moyens ridiculement faibles, c'était déjà un combat désespéré. Recommencer les mêmes erreurs en 2020 : c’est pathétique !

Le kaléidoscope des entreprises qui ont annoncé leur participation à GAIA-X est… surprenant : des  fournisseurs d'infrastructures, des ESN, des opérateurs télécoms, des éditeurs de logiciels, des entreprises clientes. La première liste des partenaires, appelée à s’agrandir, regroupe déjà 22 organisations.

Members GaiaX Cloud European

Les membres de GAIA-X, souvent concurrents, se battront entre eux pour ramasser les miettes du marché Cloud qui seront laissées par les géants industriels, américains et chinois.

Qui croira une seconde que les quatre acteurs français des infrastructures Cloud, Outscale, Scaleway, Orange ou OVH, tous membres de GAIA-X, vont collaborer pour répondre au cahier des charges d’une entreprise française suffisamment inconsciente pour envisager des solutions GAIA-X ?

Acteurs Francais GAIA

Combien d’années et de milliards d’euros faudra-t-il pour que l’on comprenne que GAIA-X est un projet d’une ambition démesurée, qui arrive trop tard, et qui n’a aucune chance de s’imposer dans le marché des infrastructures Cloud ?

 

Quels potentiels de succès pour l’Europe dans le Cloud

Est-ce que l’échec inéluctable de GAIA-X signifie que l’Europe doit abandonner toute ambition de succès dans le Cloud ? Non !

Mon optimisme reprend le dessus et je réponds sans hésiter que l’Europe a déjà montré sa capacité à réussir dans le Cloud.

Il faut simplement bien choisir ses combats et consacrer toutes son énergie, ses ressources et ses compétences sur… les usages, en clair les solutions SaaS, Software as a Service.

Le marché des solutions Cloud, infrastructures et usages, est mondial : toute vision étriquée, française ou européenne, est vouée à l'echec. Outscale, la filiale IaaS de Dassault Systèmes, l'a bien compris : Outscale est déployé, depuis le début, aux Etats-Unis, en Asie et en Europe.

L’Europe et la France en particulier sont déjà très performantes dans le domaine des SaaS.

Point nine 300 French SaaS Startups copieUne illustration : Point Nine, l’un des plus grands “Venture Capital” du monde, avait identifié, fin 2018, plus de 300 startups logicielles en France. Il y en a plusieurs milliers dans l’ensemble des pays de l’Union européenne.
Dans sa liste, Point Nine utilise la même segmentation que moi dans le modèle B I S D :

● Horizontal Software : les fonctions S, Support, qui correspondent aux activités transverses universelles dans les entreprises.

● Vertical Software : les fonctions B, Business, spécifiques d’un secteur d’activité.

On trouve dans cette liste de très beaux succès mondiaux, tels que TalentSoft, Kyriba, Doctolib, Dataiku ou Aircall. Ces entreprises se sont toutes développées sans faire appel à des fonds publics.

L’immense majorité de ces éditeurs SaaS européens s’appuient sur les infrastructures AWS, GCP ou Azure. Ceci leur permet de :

● Garantir une qualité de service exceptionnelle à leurs clients.

● Consacrer 100 % de leur investissements au développement de leurs logiciels

● Offrir leurs services dans le monde entier.

Les opportunités dans le SaaS sont encore très nombreuses et l’Europe doit rester un espace de création de nouveaux éditeurs SaaS.

WizyEMM HPUn exemple ? Notre entreprise Wizy.io travaille depuis 4 années pour développer un gestionnaire de terminaux Android, WizyEMM. Nous avons l’ambition de devenir un leader mondial !

● Solution SaaS construite sur GCP. Quand on travaille avec Android, le choix de Google est logique.

● Solution de rupture, technique et financière, par rapport aux offres historiques.

● Nos concurrents : des “PME” qui ont pour nom IBM, Microsoft ou VMWare.

● Notre marché : le monde, avec une priorité sur la zone Asie Pacifique, où se trouvent 75% des terminaux Android.

● Ventes indirectes, en s’appuyant sur les opérateurs télécoms, les fabricants de terminaux et des distributeurs.

Le défi qu’il reste à relever en Europe pour les éditeurs SaaS est celui de la taille critique. Beaucoup se font racheter par des acteurs américains ou asiatiques ou doivent “émigrer” aux États-Unis pour accélérer leur croissance.

Au lieu de perdre beaucoup de temps et d’argent sur GAIA-X, les autorités européennes doivent orienter leurs efforts pour aider des centaines d’éditeurs SaaS dans leur croissance à s’implanter en Europe et dans le monde entier. C’est moins “prestigieux”, mais beaucoup plus efficace !

Et si l'on fixait à l'Europe des objectifs ambitieux, mais réalistes, pour l'année 2023 ?

● 1 000 éditeurs SaaS français réalisant plus de 50% de leur chiffre d'affaires à l'international.

● 5 000 éditeurs SaaS européens réalisant plus de 50% de leur chiffre d'affaires à l'international.

 

GAIA-X : un projet “Européen” ?

Flags European Union - GAIA-XLa conférence de lancement de GAIA-X a réuni deux des 23 pays de l’Union européenne, l’Allemagne comme créateur du projet, rejoint par la France.

● Est-ce suffisant pour en faire un projet européen ?

● Qu’en pensent tous les autres états ?

● Quelle motivation, positive ou négative, vont-ils avoir pour s’impliquer dans un projet à l’avenir incertain dont ils sont exclus ?

● La référence à Airbus a été faite : il a fallu des dizaines d’années pour que cette collaboration commence à fonctionner.

Tout n’est pas noir dans le monde de la coopération européenne ; un autre grand projet a été lancé fin 2019 dans le domaine des batteries pour véhicules électriques. L’objectif est de moins dépendre de la Chine.

Dans le cadre de ce projet, le groupe automobile PSA a pris les devants et annoncé qu’il va construire une “GigaFactory” de batteries électriques d’ici à 2022.

PSA Gigafactory batteries

À l’inverse de GAIA-X, ce projet est “bien né” :

● Limité dans son domaine : les batteries électriques, et rien d’autre.

● Le marché des véhicules électriques est en forte croissance. La demande de batteries va fortement augmenter au cours des prochaines années.

● Des progrès techniques majeurs peuvent être fait dans ce domaine.

● La grande taille des usines est indispensable pour obtenir des prix de revient compétitifs, comme l’a montré Tesla avec ses “méga-factory” aux USA et en Chine.

 

Plus grand risque créé par GAIA-X : recréer des motifs d’attentisme !

Frein et accélérateur COVID GAIAJ’ai une excellente nouvelle pour tous les trouillards du numérique, dirigeants, DSI, entreprises publiques ou privées : vous avez maintenant une bonne raison de bloquer la Transformation Numérique de votre organisation. Pour assurer la “souveraineté européenne” de vos évolutions, vous allez attendre, longtemps, que les solutions GAIA-X soient disponibles.

Vous étiez paniqués par l’accélération qu’avait donnée le COVID-19 à la Transformation Numérique de votre organisation ; vous disposez maintenant d’un frein très puissant avec GAIA-X.

Anne  ma sœur AnneCette attente interminable d’une offre européenne de cloud souverain (“Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?) est une excellente nouvelle pour les géants américains du Cloud que le projet GAIA-X est supposé concurrencer. Ce long délai leur permettra d'accroître leur domination sur le marché européen et les rendra encore plus incontournables.

 

Synthèse : le mirage GAIA-X

AdS DPC Yes No  S 328331661Non, je ne suis pas un méchant anti-européen !

Non, je ne suis pas un suppôt des grands méchants GAFAM !

Non, je ne me réjouis pas des échecs européens dans les domaines des infrastructures Cloud !

Mais…

Oui, j’ai la capacité d’analyser rationnellement les évolutions des offres dans le numérique.

Oui, ma priorité c’est d’aider toutes les organisations à réussir leur Transformation Numérique en choisissant les solutions numériques dont elles ont besoin, indépendamment de leur nationalité.

Oui, l’Europe et la France ont de forts potentiels dans la création d’usages SaaS/Cloud innovants et à vocation mondiale.

GAIA-X est un mirage très dangereux pour la compétitivité européenne. Comme tous les mirages, plus on avance, plus il s’éloigne.

Mirage GAIA-X Cloud Européen

Pour les entreprises, que faire face à GAIA-X ?

Pierre Tombale - GAIA-XLa bonne réponse : ignorer totalement GAIA-X, continuer à investir dans une Transformation Numérique où les solutions Cloud d’infrastructures et d’usages ont une place majeure et… attendre tranquillement que GAIA-X ne soit plus qu’un mauvais souvenir, comme tant d’autres projets mort-nés tels que CloudWatt, Numergy ou OpenStack.

Je n’ai pas écrit ces lignes de gaieté de cœur, croyez-moi. Je l’ai fait car j’ai très peur des impacts négatifs de l’initiative GAIA-X sur la vitesse avec laquelle les organisations européennes vont affronter les défis de leur Transformation Numérique.

Oui, j’ai le courage d’exprimer des opinions qui froissent beaucoup de monde.


Après COVID-19 : quelles Transformations Numériques universelles ? Deuxième partie : solutions numériques

 

DPC universal toolsLa première partie de ce billet a présenté les changements majeurs induits par le COVID-19 dans le fonctionnement de toutes les entreprises.

Cette deuxième partie est centrée sur les solutions numériques universelles que toutes les entreprises doivent mettre en œuvre pour gérer ces changements majeurs et se préparer à des futurs numériques de plus en plus imprévisibles.

Ces recommandations sont valables, quels que soient les secteurs d’activité ou les pays où sont installées les entreprises.

Comme dans la première partie de ce billet, j’ai fait le choix de me concentrer sur un petit nombre de réponses universelles :

● Infrastructures pérennes et solides.

● Usages “bureautique” universels pour tous.

● Données indépendantes des usages et des infrastructures.

● Confiance dans les usages numériques.

● Processus informationnels numériques de bout en bout.

 

Infrastructures pérennes et solides

Les infrastructures numériques sont les fondations sur lesquelles s’appuient les usages numériques. Elles sont essentielles mais souvent “invisibles”.

Pour l’illustrer, je vous propose l’exemple d’un spectacle d’opéra :

Orchestre opera CTO

● L’orchestre est dans une fosse, presque invisible depuis la salle, sauf pendant l’ouverture. Ce sont les infrastructures.

● Les chanteurs sont sur la scène, bien visibles, les grandes vedettes du spectacle. Ce sont les usages.

● Le chef d’orchestre est dans la fosse pour l’essentiel du temps. Lors des applaudissements de fin de spectacle, les chanteurs l’invitent sur scène. Il représente le CTO, Chief Technical Officer, le patron des infrastructures.

La crise du COVID-19 a remis sur le devant de la scène les infrastructures, qui étaient auparavant les parents pauvres de l’informatique.

Réseaux sous-dimensionnés, serveurs incapables de répondre aux variations de charge, postes de travail à distance incapables d'accéder aux applications… des millions de salariés et de clients en ont fait l’expérience.

J’ose espérer que le COVID-19 aura enfin dessillé les yeux des dirigeants et DSI qui refusaient de moderniser leurs infrastructures, thèmes que j’ai abordés des dizaines de fois dans ce blog.

Pour aller à l’essentiel, je vous propose trois axes d’action :

- Fermer une fois pour toutes vos centres de calculs privés, hors de prix, passoires de sécurité, gloutons en énergie, rigides… pour basculer dans les grands clouds publics industriels AWS, GCP ou Azure. Ce n’est plus “vers le Cloud”, c’est : “Cloud public, maintenant !

J’ai imaginé un indicateur très simple pour savoir où vous en êtes : le pourcentage de vos applications qui sont encore prisonnières de vos centres de calcul privés :

Pourcentages Applications en Cloud Public Rouge vert

● Compris entre 100 % et 50 % : danger absolu. Changez de DSI et de CTO.

● Compris entre 50 % et 20 % : zone de risques plus raisonnable.

● Inférieur à 20 % : Bravo, vous êtes prêts à affronter toutes les prochaines crises.

DPC WAN network-  Basculer tous vos réseaux sur des solutions 100 % Internet et ne pas lésiner sur la vitesse et sur les redondances pour permettre à tous vos collaborateurs de travailler, où qu’ils soient. Des défaillances de réseaux ne sont plus acceptables en 2020.

Chromebook   PWA HTML5- Imposez un navigateur comme seule fenêtre d’accès à 100 % de vos applications HTML5, disponible sur tous les PC, Macintosh, Chromebooks, smartphones et tablettes. Je vous propose un investissement “somptuaire” pour vous aider dans cette démarche : vous achetez un Chromebook et une application qui ne fonctionne pas sur cet objet d'accès est… définitivement interdite d’entrée dans votre entreprise.

Pourquoi donner autant d’importance aux infrastructures numériques dans un monde post COVID-19 ?

● Sans infrastructures fiables, rien ne fonctionne.

● Elles sont plus stables, plus pérennes que les usages.

● Bien anticipées, elles seront capables d’héberger des nouvelles applications dont personne ne peut connaître à l’avance la nature.

● Elles sont par nature universelles, pour l’essentiel indépendantes des pays et des secteurs d’activité des entreprises.

AdS DPC roman road S 114071534L’exemple des infrastructures routières en est une bonne illustration. Beaucoup de routes actuelles sont construites là où existaient déjà des routes romaines. Les voitures électriques circulent aussi bien que les thermiques sur les routes actuelles. Il faut simplement adapter des équipements annexes pour distribuer de l’énergie électrique en plus des produits pétroliers.

Tout ceci devrait donner encore plus de pouvoir aux CTO, responsables d’infrastructures, ce que j’appelle de mes vœux depuis longtemps.

 

Usages “bureautique” universels pour tous

Outils bureautique anciensAprès les infrastructures universelles, votre deuxième priorité est les usages universels “bureautique”, et pour 100% de vos collaborateurs.

Les outils bureautiques universels, écrire, calculer, dessiner, présenter, communiquer… ont toujours été les premiers à être déployés quand de nouvelles infrastructures informatiques arrivent. Le tableur a accéléré la diffusion des PC, la messagerie électronique a été le premier usage d’Internet et du Web.

La première solution SaaS dans un cloud public utilisée par des millions de personnes a été Google Apps, disponible en 2007, renommé G Suite. Par rapport aux outils anciens de l’époque, Office de Microsoft, G Suite apportait deux innovations majeures :

● La possibilité de partager des contenus.

● La collaboration native permettant de produire des contenus à plusieurs, en partageant une seule et même version.

Brutalement plongés dans un monde où le travail à distance devenait la norme, tous les collaborateurs de l’entreprise ont redécouvert le rôle essentiel de ces fonctions de base.

L’autre grand vainqueur est la vidéoconférence. Le marché, en faible croissance, était encore dominé début 2020 par des solutions de l’Ancien Monde, telles que Webex ou GoToMeeting. En quelques semaines, l’expression “organiser une conférence Zoom” c’est banalisée.

Dans les mois qui viennent, toutes les entreprises peuvent et doivent immédiatement moderniser leurs outils bureautiques poussiéreux en prenant deux décisions “simples” :

Interdire et éliminer tout outil bureautique archaïque qu’il faut encore installer sur les postes de travail. Parmi les candidats évidents :

○ Microsoft Office : Word, Excel, PowerPoint...

○ Les clients lourds de messagerie et agenda : Outlook, Mail d’Apple…

○ Les outils de vidéoconférence à installer:  Teams, Webex, Skype, Zoom…

● En cohérence avec ce qui a été écrit sur les infrastructures, n’accepter que les outils accessibles depuis un navigateur :

○ G Suite de Google, Remotely de Zoho ou la version Web de Microsoft 365 pour les fonctions de base, envoyer des courriels, écrire, calculer ou présenter.

○ Des solutions natives WebRTC pour la vidéoconférence : Whereby, Meet de Google ou Bluejeans.

Logos WebRTC Bluejeans whereby Meet

Ce sont des décisions que je préconise depuis… plus de dix ans et que de nombreuses entreprises innovantes avaient mises en œuvre avant que le COVID-19 n’apparaisse. Ces entreprises ont répondu instantanément, sans aucun effort, aux attentes de tous leurs collaborateurs à distance.

Que ces décisions de bon sens soient encore considérées comme révolutionnaires ou impossibles en 2020 dépasse l’entendement et met en évidence l’impossibilité qu'ont une majorité d’entreprises à innover dans ces domaines universels.

Microsoft Fluid Office DocumentMiracle, et grande nouvelle ! Microsoft découvre en mai 2020 que collaborer nativement sur des documents est utile ! Un nouveau service, Microsoft Fluid Framework, permettra, quand il sera disponible dans quelques mois, de faire ce que permet Google Docs depuis 2007. Microsoft annonce fièrement que cette solution sera plus puissante que celle de Google ; 13 ans après, c’est quand même un minimum !

La troisième décision est de loin la plus importante mais demande que les deux premières aient été mises en pratique.

Il s’agit d’équiper 100 % des collaborateurs de ces outils bureautiques universels.

La crise du COVID-19, c’est aussi la revanche des opérationnels, des personnes qui sont sur le terrain et pas dans des bureaux : infirmiers, chauffeurs routiers, éboueurs, policiers, équipes de maintenance, ambulanciers… Ils ont tous droit, ils ont tous besoin, et souvent plus que les cols blancs, d’utiliser ces outils de partage, de communication et de collaboration.

Cet objectif peut se résumer en une phrase simple :

100 % des collaborateurs équipés d'outils natifs Web, pour produire, partager, collaborer et communiquer, quels que soient les contenus.

100 % Collaborateurs équipés

 

Données indépendantes des usages et des infrastructures

Il y a un peu moins d’un an, j’ai proposé une évolution du modèle initial B I S que j’avais imaginé en 2015.

Nouveau modèle BISD - Infra  Soutien  Métiers -DataJ’y ai ajouté une dimension D, données, pour cette nouvelle version, B I S D.

Le monde numérique post COVID-19, imprévisible, rend cette évolution encore plus pertinente.

Des données, indépendantes des applications et des infrastructures, deviennent les nouvelles ressources numériques universelles. Elles peuvent être mises à la disposition de tous les collaborateurs de l’entreprise, quelles que soient les applications qu’ils utilisent.

Il faut aussi prendre en compte les différentes natures d’information dont a besoin l’entreprise. Pour trop de professionnels de l’informatique, les données structurées, financières, ressources humaines ou commerciales sont les seules dignes d’intérêt.

J’ai identifié 6 grandes familles d’information ; les trois premières sont universelles, les trois autres sont liées aux métiers des entreprises :

AdS DPC Data in a laptop● Contenus bureautiques : textes, tableaux, présentations, PDF…

● Données structurées : financières, commerciales…

● Données multimédias : images, photos, vidéos…

● Données géographiques : cartographie, géolocalisation…

● Données 3D : ingénierie, industrie…

● Séries temporelles : analyses financières, maintenance industrielle...

Organiser cette indépendance entre les données, les infrastructures et les applications est urgent ; ce sera tout sauf facile, mais la résilience du Système d’Information qui en découle deviendra un atout majeur pour les entreprises qui réussissent cette indépendance.

 

Confiance dans les usages numériques

Nouvelles infrastructures, usages universels intensifs, travail à distance généralisé, les responsables de la sécurité doivent prendre en compte ces changements profonds et proposer des solutions différentes, qui répondent à de nouvelles attentes.

DPC Trust roots shared S 44760182On n’a plus le droit de bloquer ces évolutions irréversibles sous des prétextes de sécurité et de confidentialité. Il faut les accompagner, les encourager, en proposant de nouvelles solutions de sécurité.

La bonne nouvelle ? Ces solutions innovantes existent. J’y ai consacré un billet publié il y a environ 1 an : “Cloud, la confiance”. J’en résume le contenu en une phrase :

la sécurité des solutions numériques dans les Clouds Publics est, dans 99,9999% des cas, meilleure que celles que fournissent les antiquités telles que VPN ou pare feux périmétriques.

Démarche Zéro Trust

Les démarches  “zéro trust” sont aujourd’hui les meilleures réponses aux attentes des entreprises. Elles font l’hypothèse par défaut que rien n’est sécurisé et qu’il faut tout contrôler.

Ce schéma présente les 5 fonctions essentielles d’une démarche zéro trust :

● Vérifier l’identité de la personne qui se connecte. On complète les mots de passe par d’autres techniques regroupées dans la famille MFA, Multi Factor Authentication.

● S’assurer que l’on peut faire confiance à l’objet d’accès, quel qu’il soit.

● Chiffrer les données, en transit et dans les objets d’accès.

● Autoriser les accès aux applications, une par une, selon les personnes, selon les lieux d’accès.

● Fournir des outils d’audit pour des contrôles a posteriori quand c’est nécessaire.

Démarche zero trust

L’offre de solutions de haute qualité permettant de mettre en œuvre une démarche zéro Trust est très riche ; le plus difficile, c’est probablement de faire des choix !

Résumons : il est interdit de soulever les alibis de la sécurité et de la confidentialité des données pour bloquer les évolutions urgentes et indispensables rendues nécessaires par la crise du COVID-19.

99% des personnes qui refusent ces évolutions, qui continuent à penser que les armes obsolètes du siècle dernier sont encore les meilleures, sont des trouillards ; ils ont peur d’affronter des attaquants innovants, très puissants, et se réfugient dans leurs châteaux forts moyenâgeux, “protégés” par des pare feux démodés. 

Charge brigade légère 1Ils n’ont même pas l’excuse de la bravoure, de l’inconscience des Anglais lors de la “charge de la brigade légère”, envoyée au massacre contre les forces russes très équipées en artillerie.

Je n’ai aucun respect pour eux.

À l’inverse, j’ai beaucoup d’admiration pour les dirigeants, DSI et RSSI qui acceptent les défis de ce Nouveau Monde numérique et ont le courage de tout mettre en œuvre pour créer une confiance raisonnable, au service de leur entreprise et de ses collaborateurs.

En résumé de ce qui vient d’être écrit, le schéma ci-dessous regroupe les quatre fondations universelles nécessaires pour aborder avec succès un monde post COVID-19.

Universels SI - Infrastructures Données Usages universels

Les entreprises qui sont en cohérence avec ce schéma disposent de fondations infrastructures et applicatives universelles solides et pérennes, qui leur permettent d’affronter un futur imprévisible avec la certitude de pouvoir répondre aux défis nouveaux qu’elles devront affronter.

Tout n’est pas réglé pour autant ! Il faut maintenant s’attaquer à un très gros morceau, la numérisation de tous les processus informationnels.

 

Processus informationnels, numériques de bout en bout

Nous sommes en 2021 : la majorité des salariés travaillent à distance et l’entreprise doit gérer des dizaines de processus pour :

● Organiser l’embauche d’un nouveau collaborateur qui va travailler chez lui, en Nouvelle-Zélande.

● Lancer un appel d’offres pour un nouveau logiciel.

● Préparer le budget 2022 de la filiale espagnole.

● Faire approuver par le conseil d’administration les comptes de 2020.

● …

Processus Wheels 100% numérique

Dans le monde pré COVID-19, l'entreprise avait la possibilité, pour ces processus, de faire approuver ou signer des documents papiers.

L'entreprise a impérativement besoin, dans un monde post COVID-19 :

AdS DPC Online document editing SS 276062556● Que ces processus soient numériques de bout en bout, sans jamais passer par la case papier.

● Que toutes les personnes concernées puissent modifier les documents numériques, sans les imprimer.

● Que les documents puissent être signés par des personnes à distance, tout en restant numériques.

● Que tous les contenus créés pendant ces processus soient accessibles à distance par les personnes qui y ont droit.

Ce “cahier des charges” est simple à définir, mais monstrueusement difficile à mettre en œuvre dans l’immense majorité des organisations.

AdS DPC sceau seal old paper S 180208132Quel est le plus beau symbole de l’Ancien Monde ? Le parapheur !

Signe majeur du pouvoir, les parapheurs trônent sur les bureaux des dirigeants et attendent que ces maîtres du monde mettent leur “sceau” sur les documents qu’ils contiennent.

Parapheurs Gérard DarmaninEn arrivant dans ses nouveaux bureaux au ministère des Finances, Gérard Darmamin s'est plaint du nombre de parapheurs qui attendaient sur son bureau.

Combien en restera-t-il quand il quittera son poste ?

Il ne faut pas oublier que la majorité de ces processus mettent en jeu, non seulement des collaborateurs de l’entreprise, mais aussi des partenaires externes, clients, fournisseurs ou prestataires, souvent dans plusieurs pays.

Docusigned by Louis Naugès 2Les solutions qui permettent cette numérisation de bout en bout, signature comprise, existent depuis longtemps. Cela fait des années que je signe tous les documents des entreprises dont je suis actionnaire et membre du conseil d’administration avec l’application Docusign, l’un des leaders de ce marché.

Pour rester fidèle à ma démarche qui privilégie des indicateurs simples, je vous propose l’exercice suivant :

● Comptez le nombre total de parapheurs qui circulent aujourd’hui dans votre entreprise.

● Planifiez une réduction progressive de ce nombre, qui pourrait suivre le calendrier suivant, ambitieux mais réaliste :

○ Réduction de 20 % à la fin de l’année 2020.

○ Réduction de 50 % à la fin de l’année 2021.

○ Réduction de 80 % à la fin de l’année 2022.

○ (Il est interdit de remplacer 3 parapheurs sur le même bureau par un parapheur plus grand !)

Nombre parapheurs dans entreprise

Objectif zéro parapheur !

Si vous réussissez cet exploit, vous aurez fait un pas de géant vers un transformation numérique majeure.

AdS DPC Paper to digital S 88196772Dans les entreprises qui auront réussi cette numérisation de bout en bout de la grande majorité de leurs processus numériques, tout le reste suivra, de manière évidente. Elles seront en position de force pour innover dans tous les usages que je n’ai pas abordés dans ce billet, leurs usages numériques spécifiques, cœurs de métiers.

 

Synthèse

DPC Woman with ? SS 78180253La Transformation Numérique accompagne et facilite les mutations profondes et pérennes, rendues indispensables dans un monde post COVID-19. Elle permet aux entreprises de s’adapter en permanence, et rapidement, à des environnements de plus en plus imprévisibles.

“Il vaut mieux être préparé à des catastrophes qui ne se produisent pas que de ne pas être prêts pour des catastrophes qui elles arrivent”. C’est un bon résumé des responsabilités des dirigeants.

Pour conclure, je vous propose une synthèse des caractéristiques d’une entreprise qui a compris quelles sont les transformations numériques universelles et indispensables pour réussir dans un monde Post COVID-19 :

● Des infrastructures numériques industrielles, robustes et évolutives :

○ Basculement de tous les serveurs dans des clouds publics.

○ Des réseaux rapides mis à la disposition de 100 % des collaborateurs, où qu’ils soient.

○ La possibilité d’accéder à 100 % des applications numériques depuis un navigateur, sur tout objet d’accès, smartphone, tablette, Chromebook ou PC.

● La possibilité de travailler depuis tout lieu, bureau, domicile, hôtel… en faisant confiance aux collaborateurs et sans outils intrusifs de surveillance.

● Des usages bureautiques universels, pour tous, permettant de travailler en mode collaboratif natif sur tout type de contenu, textes, tableurs, présentations, données structurées, multimédia…

● Des outils pour créer la “confiance” dans le cloud, dans une logique “Zéro trust”.

● Des processus informationnels 100% numérisés, rendant l’usage du papier et de la signature manuscrite inutiles.

Cela devrait vous occuper pour au moins deux ou trois années !

 


Après COVID-19 : quelles Transformations Numériques universelles ? Première partie : la règle 4 x 50

 

AdS DPC COVID-19 over Europe SJ’avais abordé le sujet des impacts de la crise COVID-19 sur les Systèmes d'Information des entreprises dans mon billet précédent.

Aujourd’hui, j’ai choisi de me concentrer sur les composants universels d’une Transformation Numérique qui sont pertinents pour toutes les entreprises, petites, grandes ou moyennes, publiques ou privées et qui sont devenus encore plus essentiels pour affronter avec succès un monde post COVID-19.

La première partie analyse les ruptures apportées dans le monde par le COVID-19 et qui auront de profonds impacts sur les solutions et usages numériques.

La deuxième partie présente les actions prioritaires que doivent mener les entreprises pour tenir compte de ces ruptures dans leur Transformation Numérique.

 

COVID-19 : créateur de ruptures fortes et irréversibles

Le COVID-19 est devenu le vecteur le plus important de changements majeurs dans le monde entier depuis la Deuxième Guerre mondiale.

C’est au départ une crise médicale mondiale majeure, mais pas beaucoup plus grave que beaucoup d’autres épidémies ou pandémies récentes.

Ce qui est profondément nouveau, ce sont les impacts majeurs qu’aura le COVID-19 sur les comportements de milliards de personnes et sur les économies mondiales. Le modèle dit de “confinement”, importé de Chine, adopté par une grande majorité de pays aura, en quelques mois, créé un grand nombre de ruptures, fortes et irréversibles.

Je vais me concentrer dans ce billet sur un petit nombre de changements économiques, humains et sociaux qui auront des impacts forts sur les usages numériques des entreprises et qui vont leur demander d’accélérer leur Transformation Numérique.

Il semble qu’un consensus s’est réalisé sur le fait que le monde “Post COVID-19” dans lequel nous entrons va durer un minimum de deux années. C’est l’hypothèse que je retiens dans ce billet.

COVIC pandemic last 2 years

Les professionnels sérieux du monde de la santé pensent que la disponibilité en masse d’un vaccin efficace peut au mieux devenir une réalité dans les 18 à 24 mois qui viennent.
Ce remarquable article de la revue Nature explique les 8 manières possibles de l’obtenir et liste plus de 90 recherches en cours.

COVID-19 Vaccines projects

J’ai choisi de privilégier quatre changements majeurs :

● Une crise économique profonde.

● La peur de l’autre.

● Le travail distribué.

● De nouveaux modes de fonctionnement pour les entreprises.

 

Une crise économique profonde

La réduction de la croissance économique, dans le monde entier attendra un niveau jamais rencontré depuis la crise de 1929, comme le prévoit le FMI, Fonds Monétaire International. Ces prévisions font l’hypothèse que le virus sera beaucoup moins actif dans la deuxième partie de l’année 2020, et rien ne garantit que ce sera le cas.

IMF Recession prediction 2020

Les débats entre croissance économique et avenir de la planète faisaient encore rage il y a six mois ; le COVID-19 a déclenché en 3 mois une récession mondiale, dans tous les pays. Ralentir la croissance, c’est impossible, disaient les économistes, le COVID-19 l’a fait.

Il faut maintenant imaginer de nouveaux modèles d’évolution de l’économie mondiale ; personne n’a de réponses claires à proposer.

Ce graffiti dans le métro de Hong Kong le résume très bien : “On ne peut pas retourner à la normale, parce que la normale que nous avions été justement le problème”.

Graffiti HongKong COVID-19

Des secteurs entiers d’activités seront bouleversés, pour longtemps : transport aérien, commerce de proximité, industrie automobile et aérienne, tourisme international, restauration, hôtellerie d’affaires et touristique, immobilier de bureaux…

Même si l’histoire ne se répète jamais, la croissance exponentielle des sites de e-commerce en Chine date de 2003, année de la crise sanitaire du virus SARS.

Cette crise COVID-19 aura eu au moins un avantage : elle nous a fait prendre conscience que des débats économiques et sociaux qui nous déchiraient encore il y a quelques mois n’étaient pas aussi essentiels qu’on le croyait.

Le Brexit ? La réforme des retraites ? Les gilets jaunes ? Que cela nous paraît anodin, aujourd’hui !

 

La peur de l’autre

Dans sa célèbre réunion des actionnaires, qu’il a tenue pour la première fois le 4 mai 2020 face à une salle vide alors que 40 000 personnes y assistaient tous les ans, Warren Buffett a bien résumé la situation par cette phrase :

"Fear is the most contagious disease you can imagine."

(La peur est la maladie la plus contagieuse que l’on peut imaginer)

Distanciation sociale ou distanciation physique ? Peu importe, ces expressions qui n’existaient pas en février 2020 vont durablement s’imposer dans nos vies et nos comportements.

L’autre, la personne que l’on croise dans la rue, dans son bureau, dans son immeuble, l’autre représente un danger grave, porteur potentiel d’un virus d’autant plus inquiétant qu’il est invisible.

Tous ceux qui ont un peu voyagé sont conscients des fortes différences culturelles qui existent dans les relations humaines et sociales selon les pays.

● Les embrassades sont généralisées dans les pays latins tels que l’Espagne ou l’Italie.

● La distance physique est plus forte dans les pays du nord de l’Europe.

● Cette distance est encore plus marquée dans la majorité des pays asiatiques.

● La France est, selon mes expériences, à mi-chemin entre les cultures latines et nordiques.

Ce tableau donne les statistiques mondiales d’impacts par pays, le 10 mai 2020, veille du déconfinement en France. Est-ce une coïncidence si parmi les pays les plus touchés par le COVID-19 on trouve l’Italie, l’Espagne et la France ?

CoronaVirus top countries for death 10 mai 2020

Les deux autres sont les Etats-Unis, dirigés par un incompétent absolu et la Grande-Bretagne, qui avait essayé une démarche différente, et qui a dû faire marche arrière, rapidement.

Chinese distanciation in car manufacturingCette photo, prise dans une usine automobile en Chine à l’heure du repas de midi, montre que les ouvriers ont très vite adopté un comportement distant. Peut-on imaginer facilement le restaurant d’entreprise de Renault utilisant la même organisation ?

Amsterdam restaurants mediamatic 2Ce n’est probablement pas par hasard si c’est un restaurant des Pays-Bas qui a, le premier, imaginé de mettre des cabines fermées en verre sur sa terrasse en bord de canal.

La question qu’il faut se poser : est-ce que la majorité des Français, dans leurs comportements de groupe, familiaux ou professionnels, vont revenir à des habitudes “latines” ou basculer sur des modes d’échanges “nordiques” ?

Si, comme je le pense, les Français ne revenaient pas en arrière, poussés par ce sentiment pérenne de peur de l’autre, la fin des serrements de main et des accolades dans le monde professionnel pourrait devenir définitive.

 

Un changement majeur qui va durer : travailler depuis chez soi

Le télétravail n’est pas né avec le COVID-19. Depuis des dizaines d’années, politiques, dirigeants, syndicats et autres CHSCT débattent des conditions qu’il fallait réunir pour que le “télétravail” soit possible.


Portrait Télétravailleur en France 2:2019Une étude sur le télétravail en France dans le secteur privé a été réalisée par le groupe d’assurances Malakoff-Médéric en février 2019, un an avant l’arrivée du COVID-19.

Le journal Le Parisien en a présenté un excellent résumé : un peu plus de 5 millions de personnes, 29 % des salariés, pratiquent le télétravail, partiellement dans la grande majorité des cas.

Combien le faisaient dans le cadre d’un accord d’entreprise ? Seulement 9% des 29%.

Arrive mars 2020 : en quelques jours, des dizaines de millions de travailleurs, en France et dans le monde, ont basculé dans un monde nouveau pour eux, celui du travail à domicile. Les Américains, qui créent des acronymes pour tout, utilisent maintenant WFH, Working From Home, pour nommer ce mode de travail.

En 2 mois, ce qui paraissait impossible ou très compliqué a été mis en œuvre dans toutes les entreprises, y compris du secteur public, dont les enseignants.

Mon pronostic : ce basculement vers beaucoup plus de travail à distance, sera irréversible, le changement principal dans le fonctionnement des entreprises induit par le COVID-19.

De très nombreuses entreprises ont déjà annoncé qu’elles allaient maintenir le “WFH” pendant au moins toute l’année 2020. J’ai regroupé dans cette image les annonces du groupe automobile PSA, de Google et de Facebook.

WFH - Facebook  PSA  Google

Il est difficile d’appréhender tous les impacts de ce mouvement de fond, tant ils sont nombreux. Les plus évidents :

● Réduction forte de la demande de bureaux.

● Moins de déplacements domicile-travail.

● Réaménagement des espaces de vie personnelle pour y installer des lieux où l’on peut mieux s’isoler et participer à des vidéoconférences.

● Possibilité d’embaucher des collaborateurs dans toute la France, et dans le monde entier. L’entreprise distribuée peut devenir la norme.

● Plus d’opportunités de travail pour les personnes handicapées pour se déplacer.

Dress WFH vs Office● Changement des habitudes vestimentaires, comme le dit avec humour ce Tweet. On ne compte plus les cas où des personnes en vidéoconférence avaient un “haut” professionnel et ont montré par mégarde des “bas” moins habillés !

● ...

Un dernier signe qui ne trompe pas et montre que ce phénomène va durer : le gouvernement français a publié le 6 mai un long décret, signé par 8 ministres, sur les règles à appliquer pour le télétravail dans la fonction publique.

 

Mon prochain combat : mise hors la loi des logiciels de surveillance des travailleurs à distance

Zoom n’est pas le seul logiciel à voir ses usages augmenter avec l’arrivée du COVID-19. Une autre famille d’outils logiciels voit ses ventes exploser : les solutions qui permettent d’espionner les personnes qui travaillent à distance, loin des yeux de leurs surveillants. Je ne pouvais pas imaginer :

● Qu’il y en avait autant.

● Que de très nombreuses entreprises y faisaient appel.

Employee monitoring top 10 software

J’ai fait une analyse rapide de leurs fonctionnalités et de leur puissance ; les résultats sont terrifiants.

Cette liste non exhaustive montre que tout absolument tout ce que fait un travailleur à distance sur son poste de travail peut être analysé.

Employee monitoring main functions

Pour illustrer les “performances” de ces outils de surveillance, j’ai pris quelques exemples. Dans l’encadré ci-dessous :

● La solution Interguard annonce qu’elle peut prendre une photo de l’écran toutes les 5 secondes. Ils annoncent “fièrement” que l’on peut ainsi avoir un film complet de l’activité du collaborateur.

● Le logiciel Pragli mesure l’activité du clavier et peut prévenir le “garde-chiourme” que vous êtes un fainéant si vous n’avez pas utilisé votre clavier depuis 15 s. 15 s, cela signifie que toute période de réflexion est interdite !

WFH Contrôles 5 et 15 secondes

Dans ce troisième exemple, celui du logiciel Time Doctor, un “pop-up” apparaît sur l’écran du collaborateur dès qu’il accède à un site Web que Time Doctor considère comme n’étant pas directement lié à l’application professionnelle.

TIme Tracking- Pop Up %22Are you Working ?%22

Cerise sur le gâteau, ces logiciels sont hors de prix, comme le montre l’exemple de Teramind. La version intermédiaire coûte 25 $ par mois et par personne.

Petit rappel : la version business de G Suite, très complète, coûte moins de 10 $ par mois et par personne.

Teramind time tracking pricing

Vous souhaitez faire échouer vos projets de généralisation du travail à distance, j’ai le moyen infaillible d’y arriver : installez l’un de ces logiciels espions.

Amercican Slaves in JailVous montrerez ainsi de manière éclatante toute la “confiance” que vous avez dans vos collaborateurs ! Que des solutions de ce type existent encore en 2020 me laisse pantois : je croyais, naïvement, que l’esclavage avait été supprimé en France en 1848.

Je suis tellement indigné par ce danger que j’envisage de créer sur le Web une liste noire des entreprises scélérates qui osent déployer ces outils.

 

Nouveaux modes de fonctionnement pour les entreprises

Repenser les organisations ? Le COVID-19 va obliger toutes les entreprises à se reposer beaucoup de questions sur leurs modes de fonctionnement.

J’ai choisi, pour illustrer ces ruptures, quelques exemples concrets.

 

Priorité aux opérationnels

Infirmiers, aide-soignants, pompiers, livreurs, éboueurs, chauffeurs routiers… Politiques et dirigeants ont redécouvert avec le tsunami COVID-19 que ces métiers du terrain, opérationnels, avaient de la valeur !

AdS DPC opérationnels

J’espère, je pense que cette prise de conscience du rôle clef de ces métiers opérationnels dans toutes les entreprises sera l’un des acquis durables de ces derniers mois.

Image livre DTN inversion siège terrainC’est un thème que nous avions longuement abordé dans le livre : “Dirigeants, Acteurs de la Transformation Numérique”, co-écrit avec Dominique Mockly, dont ce schéma est extrait.

Mettre les fonctionnels, ressources humaines, finances, commerce, Direction Générale… au service des opérationnels devient une nouvelle priorité, un beau défi.

 

Réduction des déplacements physiques longue distance

Faire des milliers de kilomètres en avion pour participer à une réunion de 4 heures ?

Organiser une formation en présentiel pour 15 personnes venant de différents établissements de l’entreprise ?

Avant l’arrivée du COVID-19, peu d’entreprises se posaient ces questions et elles trouvaient naturel, normal de voir des collaborateurs perdre 2 ou 3 journées de leur temps, dépenser des milliers d’euros pour assister à des réunions et des conférences.

Ces déplacements sont, du jour au lendemain, devenus impossibles. Miracle ! On découvre que l’on peut très bien s’en passer. Les réunions en visioconférence, les formations en “distanciel” se sont multipliées et les collaborateurs ont découvert que c’était possible, plus efficace, moins générateur de temps perdu.

J’ai une très mauvaise nouvelle pour les compagnies aériennes : l’essentiel de leurs revenus et de leurs marges venait des déplacements professionnels ; ils vont, de manière définitive, se réduire très fortement.

Non seulement les entreprises vont limiter au maximum ces déplacements qui seront jugés non indispensables, mais en plus, voyager en avion deviendra encore plus pénible. L’attaque des tours du World Trade Center avait augmenté les contraintes de sécurité dans les aéroports. Le COVID-19 va y rajouter les contraintes de santé.

Airtravel very bad 2

Les rares avantages qu’il y avait à voyager en classe affaires vont aussi se réduire : fermeture des salons VIP, repas et boissons réduites… Il est difficile de boire une coupe de champagne ou de déguster une tranche de foie gras avec un masque !

Moins de clients, taux de remplissage réduits : le prix des billets d’avion est condamné à augmenter, ce qui va accélérer ce cercle vicieux de la décroissance du trafic aérien.

Mon pronostic : les budgets déplacements en avion des entreprises vont se réduire de plus de 50%.

 

Quel avenir pour les bureaux centraux

On l’a vu plus haut, le travail à distance va se banaliser et être utilisé par plus de monde, plus longtemps.

Basecamp, une entreprise qui commercialise un logiciel SaaS de gestion d’activité, que j’ai souvent cité dans mes blogs, est en travail distribué à 100% depuis sa création, il a plus de 15 années. Elle restera une exception, oui, mais il n’est pas déraisonnable d’imaginer que, dans les 5 années qui viennent, le taux d’occupation des bureaux centraux actuels baisse de 50 % ou plus.

Les partisans de cette culture d’entreprise où des centaines de personnes travaillaient dans un même lieu en vantaient les avantages : convivialité, interactivité, échanges informels… Si, comme je le pense, la distanciation physique et sociale devient permanente, une grande partie de ces avantages disparaîtra.

Vous avez détesté les bureaux ouverts, open space ? Vous allez adorer les bureaux...séparés par des cubes en verre !

Bureaux séparés par écrans verres

Déjeuner à la cantine, séparé de 2 m de ses voisins ? Bonjour la convivialité ! Nettoyer les boutons-poussoirs de la machine à café après chaque personne, se déplacer dans des couloirs à sens unique… Est-ce que j’ai envie de travailler dans ce « Nouveau Monde » ? Perdre son temps dans des réunions physiques où l’on est tellement séparé des autres qu’il faut parler fort pour se faire entendre ? Est-ce que je ne serais pas mieux chez moi, en interactivité numérique ?

Paris la défenseToutes les grandes métropoles tertiaires doivent se poser la question : quel est l’avenir des centres d’affaires tels que la Défense à Paris ?

Si, chaque jour, 50% des personnes qui “allaient au bureau” travaillent à distance, la demande de bureaux va baisser de 50 %, et rapidement.

La liste des secteurs d’activités qui vont souffrir des changements des modes de travail induits par le COVID-19 va s’allonger :

● Gestionnaires de grands centres de bureaux.

● Immobilier d’entreprise.

● Aménagement de bureaux.

● Services aux entreprises dans les bureaux : restauration, nettoyage, gardiennage, parking...

Depuis plusieurs dizaines d’années, des appartements de centre-ville avaient été transformés en bureaux. Et si un mouvement inverse démarrait en 2021 ?

Il ne devrait pas être très difficile de transformer les “cités dortoirs” en espaces mixtes, où l’on vit et où l’on travaille.

Mon pronostic : les budgets immobiliers de bureaux des entreprises vont se réduire de plus de 50%.

 

Distribution plus innovante des temps et lieux de travail

Il n’est pas difficile de définir les besoins minima raisonnables de l’espace de travail d’une personne en travail distribué :

Collaborateur Basecamp WFH● Un espace de 15 à 20 m2, bien éclairé, bien isolé phoniquement.

● Un accès réseau à 100 Mb/s.

● Et… rien d’autre !

Le pays ? La région ? La ville ? Le village ? Peu importe !

L’entreprise distribuée deviendra la norme, rapidement. Wizy, dont je suis l’un des dirigeants, en est une bonne illustration : ses équipes sont réparties entre l’Espagne, Paris, Angers, Singapour, l’Australie… Nos réunions de management se font toutes en vidéoconférences, la principale difficulté étant de trouver des créneaux horaires compatibles avec ces différentes zones mondiales.

 

Résumé de la première partie

Je vous propose, pour résumer cette première partie, de définir un nouveau mode de fonctionnement des entreprises :

La règle 4 x 50

● 50 % des collaborateurs en travail à distance à tout moment.

● Réduction de 50 % des déplacements longue distance.

● Basculement de 50 % des actions de formation en “distanciel”.

● Réduction de 50 % de la surface des bureaux utilisés.

Règle 4 x 50

Ce sont bien sûr des moyennes, qui peuvent varier d’une entreprise à l’autre.

Par contre, si vous faites le total des quatre pourcentages pour votre entreprise, il devrait être proche de 200, les écarts par rapport à la moyenne de 50 % se compensant partiellement.

Votre score pourra varier entre 0 et 400 :

● Score 0 : rien ne change, on redémarre comme avant.

● Score 200 : votre entreprise a pris la mesure des changements nécessaires.

● Score 400 : votre entreprise se lance dans un monde nouveau, dans la position de "early adopters".

Cette règle 4 x 50 deviendra rapidement un indicateur universel des changements permanents induits par le COVID-19 dans toutes les entreprises.

Dans la deuxième partie de cette analyse, j'analyse les outils universels dont on besoin les entreprises pour se préparer à un monde post COVID-19.