L’Europe, leader mondial dans les usages numériques au service de la planète ?

 

(Remarque : billet très long, mais le sujet est tellement important…)

AdS DPC Laptop wih European flag  SS 195322339Dans un billet précédent, j’ai étudié trois scénarios économiques possibles qui permettraient à l’humanité de ne pas transformer la planète en un espace “inhabitable”.

Quel sera le scénario retenu au niveau mondial ? Je n’en sais rien et je n’ai pas la prétention de pouvoir peser très lourd dans ce choix.

Par contre, tous les auteurs cités dans ce billet sont d’accord sur un point : les innovations technologiques, et en particulier numériques, auront un rôle essentiel dans la réussite de leurs plans d’action.

Pourquoi parler de l’Europe et pas de la France ? Réussir à jouer un rôle significatif dans le monde numérique de demain sera très difficile pour l’Europe. La France, seule ? Poser la question, c’est y répondre...

Dans ce texte, je propose que l’Europe prenne le leadership mondial dans la mise en œuvre du numérique au service de la planète.

Je suis persuadé que :

● C’est possible.

● L’Europe dispose des moyens financiers pour y arriver.

● L’Europe a les compétences humaines nécessaires.

● Les professionnels européens du numérique sont prêts à s’impliquer fortement pour ce combat.

 

Ne pas regarder dans le rétroviseur

AdS DPC Forward Backward S 73105080Nous sommes en 2021, pas en 2000. Il est impératif que l’Europe regarde devant elle, sur ce qu’elle peut faire pendant les 10 à 20 années qui viennent.

Se lamenter sur les batailles numériques perdues au cours des 10 à 15 dernières années, c’est contre-productif et dangereux.

Hélas ! C’est ce qui se passe trop souvent en ce moment.

Oui, l’Europe a fait de graves erreurs avec son incapacité à anticiper les grandes innovations de ces 15 dernières années.

J’en donnerai deux exemples, sur des technologies essentielles :

Les infrastructures Clouds Publics

Les Infrastructures IaaS, Infrastructures as a Service, sont arrivées en 2006 avec AWS, Amazon Web Services. Depuis, Microsoft avec Azure, Google avec GCP, Alibaba en Chine ont eux aussi investi massivement dans des infrastructures Clouds Publics.

Gartner MQ IaaS 8:2020Ces entreprises proposent aujourd’hui des solutions disponibles dans le monde entier, fiables, sécurisées, à des coûts raisonnables. Elles continuent à investir et à innover en ajoutant tous les ans des centaines de nouveaux services. Dès 2015, j’ai publié un billet sur ce thème pour expliquer que ces grands acteurs industriels du Cloud Public avaient gagné cette guerre.

Le  “Quadrant Magique” du Gartner Group publié en août 2020 sur l’IaaS est sans appel : les quatre entreprises que j’ai citées dominent le marché ; les deux anciens combattants, IBM et Oracle, sont relégués dans la catégorie des “acteurs de niche”.

Les solutions européennes ? Elles brillent par leur absence.

Les technologies de base de l’Intelligence Artificielle

Il y a deux ans, en janvier 2019, j’écrivais un billet au ton alarmiste sur les risques de retards irréversibles que prenait l’Europe dans le domaine de l’Intelligence Artificielle (IA).

AdS DPC AI China USA S 290881288Face au combat entre les deux géants du secteur, les États-Unis et la Chine, le nain européen restait inactif et se contentait de publier de “beaux rapports” sur le sujet. Je donnais 5 ans à l’Europe pour redresser la barre, si elle s’attaquait immédiatement à ce grand chantier.

Deux ans se sont écoulés depuis ce billet. Rien de sérieux n’a été fait pour mettre l’Europe en situation d’avoir un poids raisonnable dans les technologies de l’Intelligence Artificielle.

Conséquence : l’Intelligence Artificielle a rejoint le Cloud Public dans les combats perdus, de manière irréversible.

Une étude récente publiée par Oliver Wyman enfonce encore plus le clou.

Ce tableau compare les forces relatives des États-Unis, de la Chine et de l’Europe.

Digital scorecard - US vs China vs Europe

Les résultats sont édifiants : l’Europe est dernière dans tous les domaines sauf un, celui des talents humains. J’y reviendrai à la fin de ce billet ; c’est notre atout principal et le seul domaine où aucune de ces trois forces économiques n’a pris une avance irréversible.

AdS DPC regret vs change S 385947449On peut regretter ces erreurs majeures, oui. Ce n’est pas une raison pour ressasser ses échecs, regarder dans le rétroviseur, se déchaîner contre les grands méchants GAFAM, coupables d’avoir réussi là où l'Europe a échoué.

Quelle est la meilleure manière pour l’Europe de rater les opportunités numériques de demain ? Dépenser bêtement son énergie, ses ressources humaines et financières pour des causes perdues d’avance.

Je préfère regarder devant moi, imaginer ce qu’il est possible de faire d’innovant et d’utile pour la compétitivité de l’Europe au service du sauvetage de la planète.

Il y a deux axes d’actions possibles pour mettre le numérique au service de la planète :

● Promouvoir la Frugalité Numérique : faire en sorte que les infrastructures et les usages numériques aient le moins d’impacts négatifs possible sur la planète.

● Utiliser les innovations numériques pour rendre toutes les activités humaines plus économes en ressources matérielles et énergétiques.

Un double défi, auquel l’Europe peut donner des réponses positives, rapidement.

 

Frugalité numérique des entreprises, un sous ensemble des défis écologiques

Et si les entreprises européennes devenaient les meilleures élèves du monde dans leurs usages numériques respectueux de la planète ?

La Frugalité Numérique, que d’autres préfèrent nommer la Sobriété Numérique, est une démarche qui consiste à optimiser tous les composants du numérique pour qu’ils aient le minimum d’impacts sur la planète.

J’ai publié au début de l’année 2020 plusieurs billets sur le thème de la Frugalité Numérique.

Dans le premier de ces billets, j’avais identifié six domaines d’actions possibles.

J’ai depuis ajouté un septième domaine, celui de l’Informatique Industrielle des Objets (IIoT).

Frugalité Numérique - sept composants

Sans réécrire ces billets, je vais en rappeler les idées essentielles.

Les six premiers composants font partie des infrastructures numériques ; ce sont eux qui consomment des matières premières et de l’énergie.

● Centres de calculs

● Objets d’accès

● Informatique Industrielle des objets

● Réseaux

● Stockage de données

● Impression

Le septième composant, les usages numériques ne consomment pas directement des ressources ; ils mettent en œuvre des composants d’infrastructures qui eux consomment des ressources. Sans usages numériques, on n’aurait pas besoin d’infrastructures numériques !

Remarque importante : mes analyses sont centrées sur les infrastructures et les usages professionnels du numérique, domaine que je maîtrise raisonnablement bien.

Une grande partie des recommandations valables pour le monde professionnel sont transposables dans le grand public, mais pas toutes.

Quels sont les messages essentiels à retenir sur le thème de la Frugalité Numérique des entreprises ?

● Mener une Transformation Numérique forte peut aussi être très bon pour la Frugalité Numérique. Les solutions innovantes telles que le Cloud Public, les usages SaaS sont beaucoup plus économes en énergie que les solutions historiques.

● Trop d'idées dangereuses et fausses sont véhiculées par les médias et beaucoup de soi-disant spécialistes. Quelques exemples de ces fake news :

○ Envoyer un courriel consomme beaucoup d’énergie.

○ Il faut effacer la majorité de ces courriels.

○ La vidéoconférence en haute définition consomme beaucoup plus qu’en basse définition.

○ Les centres de calculs géants des grands acteurs du Cloud Public sont mauvais pour la planète.

Fake News frugatlité numérique

● Il est fondamental d’avoir un message positif, moderne sur le numérique. Les risques liés à un rejet des innovations numériques et à une tentation d’un retour en arrière restent élevés. Il faut prendre le temps d’expliquer, de démontrer, de rassurer pour que les collaborateurs de l’entreprise comprennent les apports positifs des solutions numériques innovantes sur la planète.

● Il reste encore beaucoup de travail à réaliser pour mieux comprendre toutes les dimensions de ces consommations et développer des indicateurs performants qui permettent aux entreprises de mesurer leurs usages et leurs progrès dans leur démarche de Frugalité Numérique.

● Sensibiliser toutes les personnes concernées reste une priorité :

○ Dirigeants.

○ Spécialistes du Numérique.

○ Collaborateurs.

● J’ai pu observer dans les entreprises où j’ai travaillé sur ces sujets une remarquable appétence pour le thème de la Frugalité Numérique. C’est une excellente nouvelle ; tous les collaborateurs comprennent rapidement les enjeux et sont prêts à faire évoluer leurs usages numériques pour réduire leurs impacts négatifs sur la planète.

En Europe, les entreprises et les citoyens sont très sensibilisés aux enjeux climatiques et prêts à agir pour réduire rapidement leurs impacts. Il devrait donc être raisonnablement facile de mettre en œuvre des politiques de Frugalité Numérique efficaces, rapidement.

Les plus grands dangers, je le répète, c’est de jouer sur des peurs ancestrales et de transmettre des informations fausses mais spectaculaires.

Expliquer, rationnellement, factuellement, quelles sont les actions à entreprendre pour réussir à devenir frugal, numériquement, c’est hélas plus compliqué que je ne le pensais au départ.

 

Le numérique, présent dans la majorité des activités humaines

Les usages numériques, professionnels ou personnels, n’existent que parce qu’ils participent à nos activités.

Quels secteurs prioritaires pour la planète ? Trois approches différentes

J’ai choisi de présenter trois analyses différentes des secteurs prioritaires d’action pour que notre planète reste habitable le plus longtemps possible :

● La vision des Nations Unies.

● La démarche de la Commission Européenne.

● Les recommandations de Bill Gates.

Il en existe sûrement d’autres, mais ces trois-là donnent suffisamment de pistes d’action, peut-être même un peu trop, si l’on souhaite être pragmatique et aller vite.

La vision des Nations Unies

Dans ce document, les Nations Unies définissent 17 objectifs pour garantir un développement durable de la planète

UN Sustainable 17 goals

Pauvreté, faim, éducation, santé… je ne vais pas analyser chacun de ces 17 objectifs. Ils sont tous importants et personne ne peut être contre ces améliorations universelles.

Comment éviter qu’ils ne restent des vœux pieux ? Comment gérer les priorités et les incompatibilités potentielles ? Pour prendre un exemple : croissance économique et consommation responsable, en même temps, c’est tout sauf simple.

La démarche de la Commission Européenne

Cover Mission Economy Mariana MazzucatoCette démarche a été très influencée par Mariana Mazzucato, économiste italo-américaine qui enseigne en Grande-Bretagne. Elle a écrit’un livre passionnant, “Mission Economy”, qui plaide pour un rôle beaucoup plus actif des États dans le monde de l’économie. Je vous encourage à lire cet ouvrage, qui nous oblige à nous poser beaucoup de questions. Que, en dernière de couverture, le Pape François fasse l’éloge d’une économiste de gauche, c’est un signal fort.

Je ne sais pas si les équipes du Président Macron ont lu ce livre, mais l’expression “Quoi qu’il en coûte” (Page 181) est l’une des idées clefs qu’elle défend pour répondre aux grands défis de l’humanité !

Elle a participé activement à la définition des missions retenues par la Commission Européenne.

L’exemple phare utilisé par Mariana Mazzucato pour promouvoir sa démarche est celui de la mission Apollo aux États-Unis, pour amener des équipages humains sur la Lune. Il a fallu moins de 10 années au gouvernement américain pour réussir cet exploit, entre les années 1963 et 1972.

Elle explique très bien, dans un long chapitre, comment le gouvernement américain a pris le leadership de ce projet, a mis de côté ses méthodes traditionnelles de gestion pour aller beaucoup plus vite et assumer l’essentiel des risques de cette mission.

En décembre 2019, lors de la présentation de son plan d’action, la Présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen, a clairement référencé le projet Apollo en disant :

“This is Europe's man in the moon moment”.

Man in the moon for Europe

Ce “Green Deal” a pour objectif de rendre l’Europe totalement neutre carbone en 2050, dans moins de 30 années.

EU five Key missions for climate controlCe plan d’action européen a choisi cinq secteurs prioritaires d’action, ce qui me paraît un nombre raisonnable :

● Lutter contre les changements climatiques.

● L’eau, dans toutes ses dimensions, océans, mers, terrestres…

● Des villes neutres climatiques et intelligentes.

● La lutte contre le cancer.

● La santé des sols et les aliments.

EU Challenges OceanChacun de ces grands projets a été décomposé en missions principales, qui sont à leur tour découpées en plans d’action. À titre d’illustration, ce schéma illustre ce que propose l’Union Européenne pour le grand projet “Océan propre” et la mission "Océan sans plastiques”.

Cette démarche, raisonnablement pragmatique, pourrait permettre de mettre en œuvre rapidement des actions concrètes.

C’est à ce niveau que l’on peut déterminer, cas par cas, comment le numérique peut apporter sa contribution à chaque projet.

Je n’ai pas regardé en détail tous ces projets, mais je suis persuadé qu’il y a plusieurs centaines de solutions numériques innovantes qui peuvent s’y rattacher.

Les recommandations de Bill Gates

Bill Gates + cover How to avoid a climate disasterLe récent livre de Bill Gates, “How to Avoid a Climate Disaster” propose des pistes d’action très pertinentes et j’encourage tout le monde à le lire. Il est bien écrit, facile à lire et très factuel, ce qui est important en ce moment.

Dans le sous-titre de ce livre, on peut lire : “ The solutions we have and the breakthroughs we need”. En clair, les solutions dont nous disposons aujourd’hui ne sont pas suffisantes pour répondre aux défis climatiques que doit affronter l’humanité. Ceci représente une excellente opportunité pour l’Europe : trouver les réponses de rupture que Bill Gates appelle de ses vœux.

Bill Gates part d’une hypothèse simple : il est indispensable de réduire les excès actuels d’émissions de gaz à effet de serre de 51 milliards de tonnes par an à zéro.

Ses analyses l'ont conduit à segmenter ces 51 milliards de tonnes en cinq grandes activités :

● Fabriquer (ciment, acier, plastique...).

● Se connecter (électricité).

● Agriculture (plantes, animaux).

● Se déplacer (avions, camions, navires marchands...).

● Rester au chaud ou au frais (chauffage, rafraîchir, climatisation...).

Dans le tableau ci-dessous, j’ai repris ses chiffres en ajoutant aux pourcentages les valeurs absolues.

Secteurs clefs émetteurs Greenhouse gas - Bill Gates

Je trouve cette classification très efficace ; elle permet de comprendre immédiatement où sont les grands gisements de progrès.

Green Premium

Bill Gates propose aussi de mesurer, pour toutes les activités, ce qu’il nomme le “Green Premium”, le surcoût qu’il faut payer pour remplacer une ressource carbonée par une qui ne l’est pas. C’est à mon avis un excellent outil de mesure, même s’il n’est pas toujours facile de le calculer.

Je vais prendre, à titre d’exemple les calculs de “Green Premium” pour les trois produits essentiels analysés dans le chapitre “fabriquer” :

● Plastique (Éthylène) : Green Premium compris entre 9% et 15%.

● Acier : Green Premium compris entre 16% et 29%.

● Ciment : Green Premium compris entre 75% et 140%. Par sa nature même, le ciment est l'un des matériaux les plus difficiles à fabriquer sans émettre beaucoup de CO2.

Les innovations, et les innovations numériques en priorité seront indispensables pour réduire ou éliminer les Green Premium. Plus ils sont élevés, plus les innovations seront nécessaires et rentables. Innover pour les activités avec des Green Premium élevés, c’est un bon critère pour établir des priorités d’action en Europe.

Un autre exemple est celui des viandes élaborées à partir de végétaux. Le Green Premium actuel de ces produits est de l’ordre de 80 à 90%. Il a beaucoup baissé au cours des 5 dernières années. De très nombreuses start-up travaillent sur ce thème. Remplacer tous les bovins par des végétaux pour produire de la “viande” est une piste très sérieuse.

L’autre option, encore expérimentale, est de créer directement de la viande à partir de cellules souches de viande. Le Green Premium de ces technologies est très élevé pour le moment, mais c’est aussi un domaine où de nombreuses innovations de rupture sont à l’étude.

Électricité décarbonée

C’est pour Bill Gates l’une des pistes les plus importantes et les plus urgentes.

En simplifiant à l'extrême son raisonnement :

● Pour les clients finaux, entreprises ou particuliers, la seule énergie à consommer est l’électricité.

● On peut d’ici à 2050 réussir à produire de l’électricité 100% décarbonée.

Sur ce dernier point, je vous conseille de consulter l’étude publiée en décembre 2020 par l’Université de Princeton, et ses… 345 pages. Cela fait beaucoup de bien de lire une véritable étude scientifique sur un sujet complexe, avec des tonnes de données et de graphiques, loin des discours extrémistes et non argumentés de trop de responsables politiques.

Princeton Net-Zero America 2050

Cette étude ne concerne que les États-Unis, mais les mêmes démarches peuvent être appliquées dans tous les continents, et en particulier en Europe.

Princeton Net Zero change in the mix of electricity sourcesJ’en ai extrait ce graphique qui montre comment les sources d’énergie pour créer de l’électricité doivent évoluer aux États-Unis pour, en même temps :

● Doubler leur consommation d’électricité d’ici à 2050.

● Obtenir que cette production d'électricité soit décarbonée à 100%.

L’Europe est beaucoup plus avancée que les États-Unis sur ce sujet de l’électricité propre, et la France en particulier avec le nucléaire, seule énergie décarbonée disponible en permanence, qu’il vente ou pas, qu’il y ait du soleil ou pas.

Une approche croisée : Commission Européenne + Bill Gates

Les propositions de la Commission Européenne sont intéressantes, la vision de Bill Gates aussi.

Il m’est venu l’idée de combiner les deux pour obtenir le tableau ci-dessous.

Vision Bill Gates vs Europe Climat

On obtient ainsi 25 cases correspondant à des actions possibles.

J’ai mis quelques étoiles où les correspondances sont évidentes. Il doit être possible d’imaginer des usages numériques innovants pour les 25 cases.

En résumé

Ce ne sont pas les domaines d’actions qui manquent pour lesquels il faut trouver des innovations fortes si l’on souhaite réduire les gaz à effet de serre avant l’année 2050. Il faudra choisir ses priorités avec soin.

Une fois de plus, Bill Gates fait une proposition pragmatique que je trouve pertinente : un projet qui n’a pas le potentiel de réduire d’au moins 1 milliard de tonnes les émissions de CO2 ne doit pas être prioritaire.

À nous de passer à l’action, en Europe, pour prendre la tête de ce mouvement.

 

S’appuyer sur les compétences numériques en Europe

AdS DPC woman with European flag S 263715196Dans la première partie de ce billet, j’ai fait référence à l’étude Oliver Wyman qui montre que le seul domaine dans lequel l’Europe n’est pas totalement dépassée par les États-Unis ou la Chine est celui des talents humains.

Il ne faut pas gaspiller la dernière cartouche qui nous reste !

Les atouts de l’Europe dans le domaine humain :

● Les volontés fortes des Européens de se mettre au service de la planète.

● Des formations scientifiques de haut niveau.

● Des compétences remarquables dans les sciences du numérique, et du logiciel en priorité.

● De nombreuses start-up numériques du logiciel qui sont nées au cours des 20 dernières années.

J’ai publié en 2020 un billet optimiste sur la qualité des solutions numériques disponibles en Europe.

En Europe, nous pouvons agir dans les deux dimensions que j’ai présentées dans ce billet :

● Frugalité Numérique.

● Innovations numériques au service de la planète.

Comment agir au mieux, rapidement, dans ces deux dimensions ?

 

Frugalité Numérique européenne

Je propose un plan d’action simple, concret, en deux étapes.

1 - Créer un référentiel permettant aux entreprises de mesurer leur Frugalité Numérique

C’est une première étape indispensable : fournir un référentiel sérieux, scientifique, permettant de mesurer la Frugalité Numérique dans les sept dimensions que j’ai proposées.

Il faudra faire un tri sévère dans l’arsenal des informations disponibles et des méthodes de mesure existantes pour arriver à un consensus fort sur ce sujet. Comme je l’ai indiqué au début de ce billet, le nombre d’informations fausses qui circulent sur ce sujet est très élevé, et l’Europe a besoin d’un référentiel basé sur des données fiables.

En étant réaliste, j’estime qu’il faudra environ 18 mois pour publier une première version de ce document de référence. L’objectif est de le diffuser avant la fin de l’année 2022.

2 - Utiliser ce référentiel pour récompenser les meilleures entreprises

AdS DPC Top 100 S 113263215On pourra ensuite organiser à partir de 2023 un concours annuel récompensant les 100 meilleures organisations européennes en matière de Frugalité Numérique.

J’imagine plusieurs catégories : grandes entreprises, secteur public, PME…

On peut récompenser celles qui ont obtenu les meilleures performances, mais aussi celles qui ont réalisé les progrès les plus rapides.

Si cette double action est un succès, on peut envisager de rendre obligatoire, à partir de 2025, un bilan Frugalité Numérique pour toutes les grandes organisations européennes, publiques et privées.

 

Innovations numériques européennes au service de la planète

Risques états bénéfices entreprisesDans son livre que j’ai cité, Mariana Mazzucato considère que l’un des dysfonctionnements actuels les plus graves de l’économie vient du fait que les États ne profitent pas des investissements qu’ils font dans les secteurs de pointe : “Les risques pour les États, les bénéfices pour les entreprises privées”. L’un des exemples emblématiques cité est celui de Tesla aux États-Unis : Le DoE, Département de l’Énergie a fourni un prêt garanti de 465 M$ mais ne gardait ses 3 millions d’actions que si le prêt n’était pas remboursé. Quand on sait que le cours de l’action de Tesla a depuis été multiplié par 10, on ne peut pas dire que l'État ait fait une excellente affaire ! Au cours actuel, ces 3 M d’actions valent plus de 2 milliards de dollars.

Je trouve donc très pertinente la proposition faite fin mars 2021 par 35 licornes européennes.

AdS DPC smartphone with plant SS 200026499Elles demandent à la  Commission Européenne la création d’un fonds d’investissement souverain européen doté de 100 milliards d’euros de capital pour éviter que les entreprises innovantes qui naissent en Europe ne soient rapidement rachetées par des acteurs venant des États-Unis ou de Chine. On parle bien d’investissements dans les entreprises innovantes, pas de prêt. La dimension “économie verte” est très présente dans cette proposition.

Dans quels secteurs du numérique investir en Europe

C’est la question essentielle : l’Europe a les talents numériques ; comment les utiliser au mieux.

Ma position sur ce thème est très claire, depuis plusieurs années. Il faut privilégier les usages numériques innovants. Oui, cela veut dire abandonner des secteurs clefs comme les infrastructures IaaS ou les outils de base de l’Intelligence Artificielle pour lesquels les retards pris sont tels qu’il n’est plus possible pour l’Europe de revenir dans la compétition mondiale.

C’est en conjuguant les talents européens et les infrastructures américaines que l’Europe pourra construire des usages numériques compétitifs au niveau mondial.

Ce schéma simple, simpliste diront certains, résume ma position.

Develop Europe + Infra US = Usages monde

Cette position, positive, pragmatique, tournée vers l’avenir est, sera fortement contestée par une grande partie de la classe politique et des professionnels du numérique en Europe et en France.

Un article, publié le 3 avril 2021 dans le journal “Le Parisien” illustre très bien cet obscurantisme numérique nationaliste. Une professeure d’université en sciences de gestion, Johanna Habib, s’en prend à Doctolib, éditeur d’une solution SaaS bien connue qui facilite la prise de rendez-vous médicaux. Elle a un double défaut, je cite :

“C’est un outil qui a su devenir incontournable, pour les patients comme pour les professionnels de santé.”  Quel scandale ! Une application numérique qui a réussi à s’imposer toute seule, grâce à ses qualités et son ergonomie.

Avec Doctolib, on a un vrai problème de souveraineté…”. Faux ! Comme le montre ce graphique, l’immense majorité des investisseurs dans Doctolib sont français.

Investisseurs Doctolib

● Autre scandale : L’application Doctolib est hébergée par AWS, Amazon Web Services, dans ses serveurs… européens. L’héberger chez OVH à Strasbourg, cela aurait été une bien meilleure idée...

Ce dont l’Europe a besoin, et très vite, c’est de dizaines et de dizaines d’éditeurs SaaS à succès comme Doctolib, pas de discours négatifs de personnes dont les compétences en numérique sont proches du zéro absolu.

Se pose alors une deuxième question : dans quels domaines d’usages numériques l’Europe doit-elle investir en priorité ?

Je propose de repartir du tableau que j’ai construit, qui croise les visions de la Commission Européenne et de Bill Gates, avec ces 25 cases.

Europe investissement 100 B €Avec le fonds d’investissement souverain de 100 milliards d’euros, l’Europe peut investir dans 3 à 10 projets numériques innovants dans chaque case. On parle bien d’investissement, pas de financement.

Je suis persuadé que nous avons suffisamment de talents numériques et d’entrepreneurs pour qu’une centaine de projets numériques ambitieux correspondant à ces 25 cases soit proposée au fonds d’investissement souverain dans les 2 à 3 années qui viennent.

La démarche que je propose a de nombreux avantages :

● Elle mobilisera beaucoup de talents numériques européens prêts à s’investir pour la planète.

● Sur les 100 projets financés, une petite moitié pourrait donner naissance à des licornes européennes.

● Ces solutions numériques européennes au service de la planète pourront être déployées dans le monde entier.

● L’Europe devrait rentabiliser son investissement de 100 milliards d’euros. C’est tout sauf un crime que d’être capable de gagner de l’argent pour une bonne cause.

 

Résumé

AdS DPC Enthousiam - Success S 316495497L’Europe n’a pas perdu toutes les batailles du numérique. Il lui reste quelques cartes importantes à jouer, dans le domaine des usages.

Le temps est compté. Il faut agir vite, très vite en faisant preuve d’agilité, en prenant des décisions rapides et en assumant des risques d’échecs importants.

Mettre les talents européens au travail pour construire des solutions numériques qui aideront le monde entier à répondre aux défis du changement climatique qui nous menace, difficile d’imaginer un projet plus enthousiasmant pour motiver la majorité des citoyens européens.


Quel avenir pour la planète : More from Less ou… Less is More ?

 

AdS DPC Book S 57481023Je lis beaucoup, en ce moment.

Transformation Numérique, Frugalité Numérique, avenir de la planète, réduction des émissions de CO2, je ne suis pas le seul à être préoccupé par ces grands sujets. J’ai au cours de ces derniers mois acheté et lu une quinzaine de livres sur ces thèmes, et ce n’est qu’une petite partie de ce qui a été publié.

Two Books covers More & LessParmi ces lectures, deux livres importants, publiés récemment, utilisent les mêmes mots dans leur titre :

More from Less, par Andrew McAfee, en 2019.

Less is More, par Jason Hickel, en 2020.

Ce sont deux auteurs de qualité, compétents et motivés pour améliorer l’avenir de la planète.

Tous les deux proposent des solutions qui ont pour objectif de sauver notre planète, et ils le font avec passion, en s’appuyant sur des études sérieuses.

Mais...les solutions qu’ils proposent sont radicalement différentes !

Essayons d’y voir un peu plus clair.

 

Trois démarches possibles

La planète n’est pas en pleine forme et son avenir pose problème : la prise de conscience de cette situation est largement majoritaire dans l’opinion publique. Le changement de Président aux États-Unis est une bonne nouvelle et il y a de moins en moins de dirigeants politiques qui sont en position de déni de ces défis.

Climat une urgence mondiale  par pays
C’est ce que confirme une enquête réalisée à la fin de l’année 2020 auprès de plus d’un million de personnes. Elle indique, pays par pays, quel est le niveau perçu de l’urgence climatique ; la France est bien placée avec une réponse à 77%.

L’important, c’est de passer aux actes et de prendre des décisions.

En prenant le risque de simplifier, de caricaturer peut-être, je vous propose trois scénarios possibles :

● B = BAU, Business As Usual, ne rien changer.

● C = Croissance, oui, mais différente.

● D = Décroissance, seule option.

Climat Trois routes

Je vais utiliser les deux livres dont j’ai parlé comme référents des stratégies C et D :

● More from Less pour démarche C.

● Less is more pour démarche D.

 

BAU, Business As Usual, ne rien changer

Allo, la Terre ? Nous avons un problème.

Commençons par le plus facile : BAU, Business as Usual, ne rien changer n’est pas la solution aux problèmes de la planète. Le consensus mondial est raisonnablement universel sur ce point.

Pour l’illustrer, j’ai choisi trois indicateurs significatifs de la situation préoccupante actuelle.

La température moyenne à la surface de la Terre augmente depuis environ 100 années. Les scientifiques disent qu’il faut rester sous la barre de 1,5°C d’augmentation pour éviter des catastrophes. Ce graphique montre que la croissance actuelle, si elle continue, nous fera dépasser cette limite dans très peu d’années.

Global average temperature world

CO2 emissions worldwideLes émissions annuelles de CO2 sont en forte croissance depuis 1950. Ce graphique montre quels sont les principaux pays émetteurs. Au total, on est passé de 5 milliards de tonnes en 1950 à plus de 35 milliards en 2018, une multiplication par 7 en 70 ans.

Global material footprint worldbankL’extraction de matières premières de la terre elle aussi s'accroît depuis 50 ans, comme le montre ce graphique. Un consensus scientifique existe pour dire qu’il ne faudrait pas dépasser 50 milliards de tonnes par an. Depuis une vingtaine d’années, nous sommes au-dessus et ce chiffre augmente tous les ans.

Faire l’autruche, continuer comme si de rien n’était, ce n’est vraiment pas une démarche intelligente si l’on ne souhaite pas transformer notre planète en un espace inhabitable pour la majorité des humains. Si vous n’en êtes pas encore convaincu, le livre catastrophe de David Wallace-Wells, “The Uninhabitable Earth” vous expliquera, très bien, ce qui nous attend si l’on ne fait rien pour lutter contre le réchauffement climatique.

Restent donc les deux autres pistes possibles, une croissance différente ou la décroissance.

 

Croissance, oui, mais différente

J’ai déjà écrit longuement sur ce thème, en m’appuyant sur le livre « More from Less » de McAfee, déjà cité.

Pour les personnes qui ne souhaitent pas lire l’intégralité de ce long billet, j’en reprends quelques idées clefs :

● La croissance économique mondiale a fortement accéléré avec l’arrivée de la révolution industrielle autour des années 1850.

● Les innovations technologiques permettent depuis les années 1970 une dématérialisation de l’économie, un découplage entre la croissance économique et la consommation des ressources de notre planète.

● Les quatre éléments qui vont permettre de régler les problèmes de la planète :

  • Le capitalisme.
  • Le progrès technologique, et en priorité le numérique.
  • Des gouvernements responsables.
  • La prise de conscience du public.

En résumé, pour McAfee, on peut être optimiste sur la capacité des humains à affronter les défis posés par le réchauffement climatique.

Réduction surface agriculture élevage

Ce graphique illustre cette capacité : la surface agricole utilisée pour l’élevage baisse depuis les années 2000 alors que l’on consomme plus de viande dans le monde.

 

Décroissance, seule option

Le sous-titre du livre de Jason Hickel, « Less is More », résume très bien son thème principal :

“How Degrowth Will Save the World” ou “Comment la décroissance sauvera le monde”.

Book the divide Jason Hickel Jason Hickel, anthropologue et économiste, a passé sa jeunesse au Swaziland en Afrique et ses expériences locales ont fortement influencé ses réflexions. Son livre précédent, “The Divide”, défend avec brio la thèse que pendant les 500 dernières années les pays du Nord, en commençant par l’Angleterre, ont pillé les pays du Sud pour assurer leur croissance et sont à l’origine de la pauvreté en Amérique du Sud, Afrique et une grande partie de l’Asie.

Je pense que toute personne qui se préoccupe de l’avenir de la planète devrait lire ces deux ouvrages de Jason Hickel. Il faut le faire avec l’esprit ouvert, car ils bousculent un grand nombre d’idées reçues. On peut ne pas être d’accord avec ses thèses et ses recommandations, mais ces deux livres obligent à se poser beaucoup de questions, de bonnes questions.

Sans avoir la prétention de résumer “Less is More”, j’ai choisi une dizaine des messages les plus forts, pour vous donner envie d’aller plus loin et de le lire.

● Le capitalisme ne peut pas survivre sans croissance. La “religion” de la croissance, du PNB, le “Growthism”, est dominante dans le monde entier. Une croissance moyenne de 3% par an est nécessaire à la survie du capitalisme.

● La maîtrise des énergies fossiles à partir du XIXe siècle a accéléré ce mouvement de croissance : un baril de pétrole, soit 160 litres, fournit une énergie équivalente à 4,5 années de travail physique humain.

Hickel CO2 responsability for North countries● En acceptant l’hypothèse retenue par les scientifiques que l’atmosphère ne peut pas accepter plus de 350 ppm de CO2, les pays avancés, les “pays du Nord” sont responsables de… 92% des excès actuels d’émission.

● Il n’y a plus aucune relation entre la croissance du PNB et le bien-être de la société. On peut vivre, très bien, dans une société sans croissance.

● De nombreux pays, Danemark, Costa Rica, Portugal… ont des espérances de vie, des qualités de vie largement supérieures à celles de pays comme les États-Unis qui ont un PNB par personne beaucoup plus élevé.

● Il est urgent de remplacer le PNB par d’autres indicateurs qui prennent en compte la qualité de la vie. L’OCDE propose le BLI, “Better Life Index”. La France n’est pas trop mal placée.

OCDE France BLI Better Life Index

● C’est en investissant dans les biens communs, la santé, l'éducation, l'alimentation... que la planète peut s’en sortir.

● Des alternatives à la croissance existent : la justice et la lutte contre les inégalités.

● L’ONU a calculé que l’on peut obtenir les meilleurs résultats pour l’humanité dans tous ces biens communs, éducation, santé… avec un PNB de 10 000$ par habitant. Cette somme est inférieure au PNB moyen du monde aujourd’hui, de 11 300$ !

● Platon contre Aristote, Descartes contre Spinoza, les philosophes qui ont considéré que l’on pouvait séparer la pensée de la matière : “Je pense donc je suis”, sont à l’origine des grandes catastrophes que l’homme a imposées à la nature et aux autres espèces vivantes.

● La technologie est essentielle pour lutter contre les catastrophes écologiques qui viennent, oui, mais elle ne sera pas suffisante.

En résumé

Le monde n’a plus besoin de croissance. Il faut mieux répartir les richesses dans le monde, à l’intérieur de chaque pays et entre les pays du Nord et du Sud.

Il ne s’agit pas pour autant de revenir à un monde ancien ni de rejeter les progrès de la technologie.

Eoliennes anciennes et aujourd'hui

Changer la gouvernance du monde, taxer plus le capital et moins le travail, proposer gratuitement les services essentiels tels que l’enseignement et la santé à tous les citoyens du monde, c’est possible tout en réduisant les niveaux actuels d’activité.

 

Peut-on réduire la pauvreté dans le monde sans croissance économique ?

Sur tous les sujets qui touchent notre planète, je connais peu de sources d’informations aussi pertinentes et sérieuses que “Ourworldindata”.

Our World in Data HP

Les graphiques que je vais utiliser dans ce paragraphe viennent de ce site.

Les inégalités de revenus par personne dans le monde sont très fortes selon les continents et les pays. L’ONU et la majorité des organismes qui travaillent sur ce sujet utilisent l’échelle suivante :

● Pauvreté absolue : moins de 1,9$ par jour.

● Revenus de subsistance : entre 1,9$ et 10$/jour.

● Revenus faibles : entre 10$ et 30$/jour. Ce chiffre de 30 $/jour définit aussi la pauvreté dans les pays riches.

● Revenus suffisants : au-delà de 30$/jour.

Ce graphique montre comment se répartissent les continents sur cette échelle de revenus.

Global income distribution by world Region

Deux chiffres résument les très forts décalages selon les continents :

● Dans les pays riches, États-Unis, Europe du Nord… les ¾ des personnes vivent avec plus de 30$/jour.

● Dans les pays subsahariens, 40% des habitants vivent avec moins de 1,9$/jour.

Ce deuxième graphique, un peu plus complexe à lire, donne pour de nombreux pays à la fois le nombre de personnes qui vivent avec moins de 30$/jour et le nombre d’habitants du pays. La taille de ces rectangles indique donc combien de personnes sont concernées.

Share of people living with less than 30$

Il n’y a que 16% de personnes dans le monde qui disposent de 30$/jour pour vivre.

Qui ne serait pas heureux de savoir que l’on est arrivé à donner à la grande majorité de la population mondiale un revenu décent de 30 $/an ? C’est le Danemark qui a été choisi comme le pays le plus performant dans ce domaine, avec un PNB raisonnable et un faible niveau de pauvreté.

Petit problème : pour y arriver, dans les conditions actuelles de fonctionnement de l’économie mondiale, les calculs faits par les économistes qui ont établi ces graphiques montrent qu’il faudrait, pour arriver au niveau du Danemark, accroître d’un facteur 5 la taille de l’économie mondiale.

Croissance 5X pour niveau Danemark

Même les plus grands partisans de la croissance économique seront d’accord pour dire que notre planète ne peut pas absorber une croissance aussi forte.

Ces chiffres confirment, si cela était nécessaire, que le scénario BAU, Business As Usual, ne permet pas de répondre aux défis posés à la planète.

 

Place du numérique dans ces trois scénarios.

Il faudra faire des choix, entre ces trois scénarios très différents : ce seront des décisions majeures, à fortes dimensions politiques et géopolitiques.

Un seul pays, un seul continent ne peut pas, à lui seul, permettre à la planète à s’en sortir. Il y a trop d’interdépendances entre les états et les phénomènes climatiques sont mondiaux.

Je peux avoir, personnellement, des préférences pour l’un ou l’autre de ces scénarios ; je sais aussi que je n’ai pas de pouvoir réel d’influencer les responsables politiques dans leurs décisions.

Par contre nous, les professionnels du numérique, nous pouvons avoir un rôle positif majeur à jouer pour aider la planète, quel que soit le scénario politique retenu parmi les trois que j’ai présentés.

Les solutions numériques peuvent apporter leur contribution positive dans les trois cas, même si ce ne sera pas avec la même intensité.

Ces solutions numériques peuvent avoir des impacts positifs rapidement, avant 2030, peut-être plus vite que les actions menées dans d’autres domaines.

Je suis aussi profondément persuadé que l’Europe du numérique peut trouver là un domaine d’action passionnant, capable de mobiliser beaucoup d’énergies et de compétences.

Les Européens sont prêts à relever ce défi. Le MIT vient de publier son “Green Future Index” pour l’année 2021. Ce document d’une trentaine de pages classe 76 pays selon les progrès et les engagements qu’ils ont pris pour aller vers un monde avec moins de carbone.

Bravo l’Europe ! Sur les 20 meilleurs pays… 15 sont européens et la France est 4e.

MIT 20 best countries for Green Future

Ce sera le thème de mon prochain billet sur ce sujet :

L'Europe, leader mondial dans les usages numériques au service de la planète ?


Maîtriser ses données : grand défi des prochaines années (Deuxième partie)

 

AdS DPC 2 with fingers S 375623058Dans la première partie de ce billet, j’ai présenté les deux “visions” différentes qui sont nécessaires pour gérer efficacement des données numériques :

● Technique, avec la nécessité d’utiliser plusieurs solutions logicielles, toutes dans des clouds publics.

● Métiers, qui n’ont pas à savoir comment les différentes données dont ils ont besoin sont gérées par les équipes de la DSI.

La deuxième partie de ce billet présente les défis auxquels il faut répondre pour assurer une “transparence utilisateur” entre ces deux visions et les indépendances à créer entre infrastructures, données et usages.


Vision technique, vision métiers des données

Créer une transparence entre ces deux visions, c’est un défi majeur mais passionnant pour tous les professionnels de la gestion des données.

Je reviens sur l’exemple présenté dans la première partie de ce billet, celui du technicien qui assure la maintenance d’une installation industrielle.

Sur son smartphone, il a besoin, selon les étapes de son processus d’intervention, d’un plan, d’un document PDF, de photos, de données temporelles…

Ce n’est pas à lui de savoir dans quelle base de données les informations dont il a besoin sont stockées.

Les applications métiers, construites pour répondre, cas par cas, aux attentes spécifiques des collaborateurs doivent pouvoir “piocher” les données nécessaires dans les différents réservoirs disponibles.

Vision Infrastructures + Métiers données

Ce schéma peut faire peur à des dirigeants et des professionnels du numérique par son apparente complexité. Au contraire, les efforts initiaux qui sont nécessaires pour “architecturer” les données deviennent vite une arme redoutable pour les entreprises qui suivent ce chemin. Elles peuvent construire des applications adaptées aux attentes des métiers plus vite. Il devient aussi possible de changer certaines briques logicielles sans prendre le risque que tout l’édifice des données s’écroule.

 

Les trois indépendances

Ce nouveau schéma présente les composants du modèle B I S D d’une manière légèrement différente. Il permet de visualiser la nouvelle démarche d’indépendances que j’ai imaginée et qui aidera les entreprises à construire des solutions numériques innovantes, flexibles et évolutives.

Modèle BISD - Infra  Soutien  Métiers -Data - 3 indépendances

Trois indépendances sont mises en évidence :

● Indépendance 1 : entre les infrastructures et les usages, qu’ils soient Support ou Métier.

● Indépendance 2 : entre les infrastructures et les données, dans leurs dimensions techniques.

● Indépendance 3 : entre les usages et les données, dans leurs dimensions d’usages.

Puzzle Infra usages donnéesCette démarche d’architecte s’oppose frontalement à celle de ceux qui s’obstinent à croire aux vertus des solutions intégrées, que j’ai visualisées dans ce puzzle.

Quelques grands fournisseurs historiques s’accrochent encore à cette fiction des avantages des solutions intégrées. Elles ont, pour eux, l’intérêt majeur de garder leurs clients dans une prison dont il est très difficile de sortir. Il y a encore, hélas, de trop nombreux DSI et dirigeants qui se laissent bercer par le chant de ces sirènes.

Ces sirènes maléfiques informatiques sont bien connues ; j’en ai identifié les quatre espèces les plus dangereuses :

● Les éditeurs d’ERP intégrés.

● Les grands acteurs historiques des bases de données structurées.

● Les fournisseurs d’infrastructures propriétaires “on premise”.

● Les grandes ESN qui recommandent ces trois espèces de sirènes. Elles vont ensuite profiter, pendant des années, des budgets millionnaires des entreprises qui se sont laissées séduire par la mélodie insidieuse mais tentante de l’intégration.

Ulysse sirènesDirigeants et DSI, essayez de réduire au maximum les rencontres avec ces sirènes du malheur. Si, comme Ulysse, vous ne pouvez pas éviter de croiser leur chemin, attachez-vous à votre bureau, les mains liées derrière votre chaise, pour éviter de signer le moindre contrat !

 

Indépendance 1 : Usages - Infrastructures

Le principe est simple : les évolutions des infrastructures et des applications doivent être aussi indépendantes que possible.

C’est l’indépendance dont je parle depuis le plus longtemps, mais elle reste plus que jamais d’actualité.

J’ai publié un premier billet sur ce thème en… 2008, il y a plus de 12 ans. Ce principe est maintenant bien accepté par la majorité des entreprises raisonnables, et c’est une bonne nouvelle.

L’une des réponses les plus efficaces est aussi la plus simple : toute application nouvelle qui n’est pas accessible depuis un navigateur moderne est strictement interdite. En 2008, cette affirmation faisait débat. Aujourd’hui, elle est acceptée par tous les professionnels du numérique.

Indépendance 1 - I - B & S navigateur


En 2015, les PWA, Progressive Web Apps ont fait leurs débuts. Les PWA sont des applications Web qui ’installent un lien sous la forme d'une icône sur les objets mobiles Android et iOS.

Logo PWAEn pratique, cela signifie qu’une application développée en mode PWA peut être utilisée sur les trois grandes plateformes modernes :

● Navigateur

● Android

● iOS

Ceci évite aux entreprises d’écrire trois versions différentes de la même application !

PWA a un autre avantage, de plus en plus intéressant : une entreprise peut diffuser une application PWA pour Android et iOS sans passer sous les fourches caudines des places de marché de ces deux fournisseurs.

Garantir cette indépendance entre les applications et les infrastructures qui y accèdent est en 2021 possible avec les solutions navigateurs et PWA. Toute autre approche est suicidaire, car elle obère les capacités d’évolution d’un Système d’Information.

Le mot “obérer” s’impose ici : il signifie accabler de dettes, compromettre l’avenir.

 

Indépendance 2 : Données - Infrastructures

Cette indépendance entre les données et les infrastructures est une préoccupation plus récente, mais qui s'impose rapidement.

La gestion de cette indépendance incombe aux équipes de la DSI : elle n’intéresse pas directement les métiers, même s’ils en sont les grands bénéficiaires.

Les progrès réalisés dans ce domaine depuis les trois dernières années sont spectaculaires, et c’est une excellente nouvelle. L’émergence de trois grands leaders mondiaux dans les infrastructures Cloud a facilité cette amélioration. Les fournisseurs de solutions de gestion de données structurées sont les pionniers de cette indépendance. Quelques exemples :

BigQuery Omni. BigQuery est l’entrepôt de données créé par Google pour son Cloud GCP. La nouvelle version, BigQuery Omni, annoncée en 2020, peut être utilisée sur AWS et Azure.

Snowflake, solution d’entrepôts de données créée par des Français, est elle aussi disponible sur les trois clouds publics.

Databricks a pour ambition de proposer une solution qui combine entrepôt de données, analyse des données et intelligence artificielle. Databricks est disponible sur...AWS, GCP et Azure.

Cohesity est une solution de sauvegarde, elle aussi présente sur AWS, Azure et GCP.

Indépendance 2 données - infrastructures

J’entends souvent des DSI évoquer les risques de devenir “prisonniers” de leurs fournisseurs de Clouds Publics et faire la promotion des solutions multiclouds. Ce sont en priorité les DSI les plus réticents aux solutions Clouds publics qui cherchent des alibis, des excuses pour ne pas faire le saut !

Les solutions que je viens de présenter, et beaucoup d’autres réduisent à néant ces alibis.

Je souhaite abandonner AWS pour basculer sur Google Cloud ? Pas de problèmes, je peux porter mon environnement Snowflake ou Databricks de l’un vers l’autre.

Les DSI innovants, pragmatiques et tournés vers l’action l’ont bien compris ; la majorité d’entre eux ont fait le choix de deux de ces trois leaders et savent très bien qu’ils ne sont pas prisonniers de leurs choix.

 

Indépendance 3 : Usages - Données

Cette troisième indépendance entre les applications (Support et Business) et les données (D) est la plus complexe, mais probablement la plus essentielle à long terme.

Le principe est simple à énoncer : il faut sortir les données de leurs prisons applicatives, et les exporter dans les outils choisis par l’entreprise pour gérer de manière unifiée les six familles de données présentées dans la première partie de ce billet.

Indépendances 3 usages données

Une majorité des applications historiques des entreprises sont encore installées dans leurs centres de calculs privés. Les bases de données utilisées ont pour nom DB2, Oracle ou SQL Server. Les ERP les plus répandus restent SAP, Oracle (PeopleSoft…) ou Microsoft Dynamics.

Les données créées par ces applications sont prisonnières de leurs applications. Il est impossible d’y accéder directement.

Prison logicielle applications historiques

La situation n’est pas plus simple avec les applications Support, utilisées en SaaS, Software as a Service. Quand une entreprise décide d’utiliser un logiciel SaaS tel que Salesforce, Workday ou Talentsoft, elle doit accepter les choix d’infrastructures IaaS et des bases de données utilisées faits par l’éditeur du logiciel SaaS.

SOR SaaS with their own data

Ce que souhaitent tous ces éditeurs de logiciels, traditionnels ou SaaS, c’est que l’entreprise paye autant de droits d’accès que le nombre de personnes qui vont accéder aux données qu’elles produisent, même si ce sont pour des usages très occasionnels et depuis d’autres applications.

AdS DPC jail prison window open S 159270914Ouvrir les prisons dans lesquelles sont enfermées les données, c’est la nouvelle priorité des entreprises innovantes, et c’est tout sauf simple !

La démarche qui pourrait devenir la norme serait de… répliquer en temps réel toutes les données créées par ces applications pour les copier dans des espaces de stockage indépendants de ces applications. Ceci oblige l’entreprise à doubler sa capacité de stockage, en priorité pour les données structurées. Les capacités de stockage dans les clouds publics et leurs coûts très bas font que ce doublement des volumes n’est plus le problème principal.

Les difficultés viennent de la “mauvaise volonté” de nombreux éditeurs et du petit nombre de solutions logicielles performantes pour assurer ces transferts de données.

L’une des startups les plus prometteuses dans ces domaines était Attunity ; elle a été rachetée par Qlik et son nouveau nom est Qlik Replicate, nom en phase avec ses fonctionnalités.

Comme le montre ce tableau, Qlik Replicate donne accès à beaucoup de logiciels, historiques et SaaS. Les résultats peuvent être stockés, quelle surprise, dans les trois grands clouds publics.

Qlik replicate solutions 3

Cette vidéo YouTube présente le mode de fonctionnement de Qlik Replicate.

Je pronostique et j’espère que l’offre de solutions permettant d’organiser ces réplications de données pour en retrouver la maîtrise va s'enrichir rapidement.

Logo FivetranParmi les nouveaux entrants sur ce marché de la réplication, la société Fivetran est devenue une licorne en 2020 après avoir levé 100 M$.

C’est justement parce que cette troisième indépendance entre les usages et les données est la plus difficile à mettre en œuvre qu’il faut s’attaquer immédiatement à ce grand défi.

Je suis effondré quand je constate qu’un nombre important de DSI et dirigeants prennent exactement… le chemin inverse !

Le plus spectaculaire contre-exemple de cette absence d’indépendance entre les usages et les données est un produit dont j’ai déjà dit beaucoup de “bien” : S/4HANA de SAP.

SAP:4HANA GuantanamoCette solution est géniale pour... SAP ; elle leur assure des dizaines d’années d’entreprises enfermées dans un “Guantanamo Numérique”. Les ESN dont j’ai parlé au début de ce billet sont prêtes à jouer les rôles de gardiens des DSI emprisonnés.

Elle est catastrophique pour les entreprises qui sont obligées de choisir une base de données propriétaire SAP pour leurs données structurées. C’est d’autant plus inexcusable que c’est justement dans le domaine des solutions de gestions de données structurées que l’offre de solutions cloud est la plus abondante. Honte aux DSI et entreprises qui acceptent d'entrer dans cette prison numérique monstrueuse, la fleur au fusil, alors que rien ne les y oblige.

AdS DPC Ja Nein S 91268040Qu’un éditeur de logiciel comme SAP soit capable d’imposer sa volonté à ce point là, que des entreprises parmi les plus grandes du monde n'aient pas le minimum de courage nécessaire pour dire “Nein!”, ce n’est vraiment pas glorieux pour la profession des DSI.

Vous voulez créer de la dette numérique pour des années ? S/4HANA est le moyen le plus efficace pour y arriver, et de très loin !

 

Indépendance Usages - Données : deux exemples

Pour illustrer et rendre plus concret cette indépendance entre les usages et les données, je vous propose deux exemples, un dans le domaine des données structurées et l’autre pour les contenus multimédia.

Données structurées

Les données structurées sont encore, et de très loin, les plus utilisées dans toutes les entreprises. Cet exemple est pertinent pour toutes les entreprises, quel que soit leur secteur d’activité.

Comme on l’a vu plus haut, les solutions pour gérer des données structurées sont légion ; j’ai choisi quelques noms dans le schéma ci-dessous, mais il peut s’appliquer à beaucoup d’autres produits.

Indépendance Usages - Données : Structurées

En partant du bas du schéma, on trouve :

● Les applications qui sont les sources principales de contenus structurés. Ce sont aussi bien des applications anciennes telles que SAP ou PeopleSoft que des solutions SaaS comme Salesforce ou Workday.

● Les nouveaux logiciels “extracteurs” de données, Qlik Replicate ou Fivetran. Ils sont capables, si nécessaire, de faire ces extractions au fil de l’eau, en temps réel, pour garantir que les données extraites auront le même niveau de fraîcheur que dans les applications.

● La couche “D”, “Données indépendantes” Data Warehouse, Data Lake ou tout autre nom que l’on souhaite lui donner.

● Les applications d’usages spécifiques de l’entreprise, développées sur mesure ou disponibles en SaaS, qui accéderont aux données de la couche D. À ce niveau, on n’a plus à se préoccuper de savoir si la donnée vient de SAP ou de Workday ; on accède à des données structurées qui sont les mêmes pour tous les collaborateurs de l’entreprise.

Données multimédia

À l’inverse des données structurées, la gestion des données multimédia est encore balbutiante dans la majorité des entreprises.

Le schéma ci-dessous présente quelques cas d’usages possibles de la solution WizyVision, qui a été créée pour répondre à ce problème.

(Rappel : WizyVision est développé par Wizy.io, société dont je suis l’un des cofondateurs. Cette solution est née pour répondre aux besoins d’une entreprise industrielle qui ne trouvait pas de réponse satisfaisante sur le marché.)

Indépendance usages données - exemple multimédia

Les trois composants de WizyVision sont :

Digital Repository : base de données spécialisée dans les contenus multimédia (D du modèle B I S D).

DAC = Digital Asset Center : outil universel (S du modèle B I S D) qui permet à tous les collaborateurs d’une entreprise d’accéder aux contenus du Digital Repository.

ML Studio : outil “No Code” qui donne la possibilité aux collaborateurs des entreprises de construire eux-mêmes des modèles de ML, Machine Learning pour répondre à des besoins métiers spécifiques (B du modèle B I S D).

● Pour la dimension (I) du modèle B I S D, WizyVision est construit sur l’infrastructure GCP, Google Cloud Platform.

L’alimentation du Digital Repository peut se faire de plusieurs manières. Sur la partie basse de ce schéma, j’en ai représenté quatre, qui illustrent différents cas d’usages :

● Récupérer les données multimédia existantes dans un logiciel DAM traditionnel (Digital Asset Management) que les équipes des directions marketing ou communication souhaitent mettre à la disposition, contrôlée, de tous les collaborateurs de l’entreprise.

● Recevoir depuis un drone des photos ou des vidéos pour surveiller des installations industrielles ou des réseaux de distribution physiques tels que l'électricité, l'eau ou le gaz.

● Déployer en Edge Computing des outils spécialisés d’analyse d’images pour identifier par caméras vidéos des défauts sur une ligne de production.

● Permettre à des FLW, Front Line Workers, travailleurs en première ligne, d’enregistrer, directement depuis leur smartphone, des images pendant des opérations de maintenance.

Pour les usages, dans la partie haute du schéma, les collaborateurs peuvent accéder au Digital Repository :

● Depuis le DAC, Digital Asset Center, outil universel qui leur permet de retrouver tous les contenus multimédia dont ils pourraient avoir l’usage.

● Depuis une application métier spécialisée construite avec ML Studio, des FLW peuvent trouver tous les contenus multimédia dont ils ont besoin pour accélérer et améliorer leurs processus métiers.

Dans la logique de ce billet, le composant D, Digital Repository, est indépendant des deux autres, DAC et ML Studio. Il peut être utilisé seul, pour enregistrer tous les contenus multimédia d’une entreprise. Des API permettent d’y accéder avec toutes les applications existantes qui auraient besoin de ces contenus multimédia.

Je pronostique que ce sera le composant de WizyVision qui aura le plus de clients.

 

Synthèse

Ces deux longs billets ont mis en évidence les défis qui se posent aux entreprises qui souhaitent reprendre la maîtrise de leurs données, de toutes leurs données.

DPC old Climbing road S 15104963Il a surtout présenté des pistes innovantes, solides et pérennes pour y répondre ; elles s’appuient :

● Sur le modèle d’architecture B I S D.

● La double vision, technique et métiers, des données.

● Les trois indépendances qu’il faut créer pour reprendre la main sur ses données.

● Des offres de solutions de plus en performantes sur lesquelles on peut s’appuyer.

Le chemin pour y arriver est long, escarpé, plein d'embûches, oui, mais les bénéfices et les avantages concurrentiels que vont en retirer les entreprises ayant eu le courage d’entreprendre le voyage feront vite oublier les difficultés rencontrées en cours de route.


Cybersécurité : ne pas se tromper de combat

 

AdS DPC 1 milliard billion S 240309178Les cyberattaques font la une depuis quelques jours ; la cybersécurité devient une priorité nationale, une de plus...

Deux hôpitaux, quelques mairies découvrent les joies des rançongiciels et, COVID-19 oblige, la classe politique française unanime décide qu’il faut faire cesser ces attaques inacceptables.

Comme s’il existait des attaques de diligences, de banques ou d’hôpitaux acceptables…

La méthode française pour s’attaquer à un problème est bien connue. Elle comporte deux volets :

● Un plan.

● L’annonce d’un gros chiffre. On précise en annexe ou en tout petit que ce chiffre correspond à des dépenses ou investissements étalés sur un grand nombre d'années.

Le Président Emmanuel Macron a mis en pratique cette démarche le 18 février 2021, en annonçant, quelle surprise :

● Un plan cybersécurité.

● Un budget de 1 milliard d’euros. Un chiffre rond, cela fait sérieux. Ce budget sera réparti sur la période 2021 - 2025, soit environ 200 millions d’euros par an.

Macron Cybersécurité 1 B€

Personne n’a la moindre idée de la manière dont ce milliard a été calculé, ni de comment cette somme sera dépensée.

Devant l’urgence de la situation, j’ai décidé de plancher cette nuit sur le sujet pour apporter, modestement, mais rapidement quelques éléments de réponse.

C’est le sujet de ce billet.

 

L’offre de solutions de cybersécurité : très en avance sur les usages

J’ai une excellente nouvelle pour le gouvernement français : la part de ce budget à consacrer à développer de nouvelles offres de solutions est facile à mesurer : Zéro Euro.

Depuis des dizaines d’années, des centaines de sociétés innovantes, dans le monde entier, ont développé des produits logiciels exceptionnels qui couvrent toutes les dimensions techniques pour se protéger efficacement des cyberattaques.

À titre d’illustration, le tableau ci-dessous dresse une carte de plus de 80 produits de nouvelle génération qui s’appuient sur l’Intelligence Artificielle (IA) pour combattre le cybercrime.

Map Cybersecurity with AI solutions

Des centaines d’autres solutions, elles aussi très performantes, travaillent de manière plus traditionnelle, car elles sont nées avant l’arrivée de l’IA.

En résumé

L’offre de solutions pour se protéger des cyberattaques n’est plus le problème en 2021.

Il y a même une surabondance de solutions et la principale difficulté des experts sérieux dans le domaine est de faire son choix parmi autant de produits exceptionnels.

Ceci m'amène à faire une première recommandation pratique au gouvernement français, après avoir vu la répartion prévisionnelle de ce budget de 1 milliard d'euros.

Toutes les sommes présentes dans la première colonne de ce tableau peuvent être ramenées à... zéro euro :

  • Rajouter encore plus de solutions à une offre déjà surdimensionnée, quelle absurdité.
  • Il faudra en plus des années pour produire ces "nouvelles solutions", et sans aucune garantie qu'elles soient perfomantes.
  • Il y a vraiment beaucoup plus intelligent, plus efficace à faire pour s'attaquer à la cybercriminalité.

Répartition plan cyber

Ceci représente 515 millions de moins dans les dépenses et autant dans les financements. Dans la suite de ce billet, j'indiquerai comment on peut réallouer ces sommes.

 

Protéger les infrastructures et les usages

Cybersécurité - Infrastructures usages sans réponsesLes lecteurs de mon blog connaissent bien cette distinction :

● Les infrastructures, serveurs, réseaux, objets d’accès sont les fondations d’un Système d’Information.

● Les usages ou les applications s’appuient sur ces infrastructures pour créer de la valeur pour les clients, internes et externes de chaque entreprise.

● Ceci est valable pour toutes les entreprises, TPE, PME, ETI ou grandes, privées ou publiques, dans tous les pays du monde.

Dans ce court billet, je vais aller à l’essentiel.

 

Cybersécurité : quelles réponses opérationnelles en 2021

Cette distinction entre infrastructures et usages sert de référence pour proposer des réponses opérationnelles, immédiatement.

Infrastructures

Dans les infrastructures, la protection des centres de calcul où fonctionnent serveurs et outils de stockage des données est essentielle.

Il existe deux grandes familles de centres de calcul :

● Les centres de calculs privés : chaque entreprise gère un ou plusieurs bâtiments où se trouvent ces serveurs.

Cloud security● Les Clouds Publics : ce sont des serveurs gérés par de grands industriels mondiaux qui mettent leurs ressources au service des entreprises. C’est la démarche IaaS, Infrastructure as a Service. Trois grands fournisseurs dominent le marché : AWS d’Amazon, Azure de Microsoft et GCP de Google.

En 2021, face aux cyberattaques, il n’y a plus qu’une seule décision de bon sens :

Fermer le plus vite possible tous les centres de calcul privés et obliger 99,99% des entreprises à basculer sur des clouds publics.

Aucune entreprise, même parmi les plus grandes, celles qui sont membres du CIGREF, Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises, n’a les ressources techniques, humaines et financières suffisantes pour offrir un niveau de sécurité équivalent à ceux proposés par les industriels IaaS.

Sécurité des infrastructures serveurs : problème réglé.

Usages

Pour se protéger efficacement des cyberattaques, la profession des professionnels de ces outils utilise une expression très parlante : Zero Trust.

Zero Trust : cela veut dire que l’on fait l’hypothèse que rien n’est sécurisé et qu’il faut tout protéger.

Les principaux composants d’une démarche Zero Trust sont résumés sur ce schéma.

Démarche zero trust

Je reprends ici quelques lignes d’un blog récent où je présentais Zero Trust.

● Vérifier l’identité de la personne qui se connecte. On complète les mots de passe par d’autres techniques regroupées dans la famille MFA, Multi Factor Authentication.

● S’assurer que l’on peut faire confiance à l’objet d’accès, quel qu’il soit.

● Chiffrer les données, en transit et dans les objets d’accès.

● Autoriser les accès aux applications, une par une, selon les personnes, selon les lieux d’accès.

● Fournir des outils d’audit pour des contrôles a posteriori quand c’est nécessaire.

Zero Trust, c’est le remplacement des technologies archaïques que certains d’entre vous ont connu dans une vie antérieure : VPN sur les postes de travail et Pare Feu périmétrique autour des centres de calcul privés.

Comme je l’ai écrit au début de ce billet, l’offre de solutions est pléthorique. Ce tableau présente quelques-unes des solutions qui participent à cette démarche Zero Trust, parmi les plus connues du marché

Outils solutions zero Trust

 

Cybersécurité - Infrastructures usages avec réponsesEn reprenant la même image que j’avais utilisée pour séparer infrastructures et usages, on peut résumer les deux démarches qui permettent de bien se protéger contre des cyberattaques :

● Utiliser les clouds publics pour les infrastructures.

● S’appuyer sur des outils qui permettent une approche Zero Trust pour les usages.

 

Reste l’essentiel : les comportements humains

Je ne connais pas les deux hôpitaux qui ont déclenché cette réaction rapide du gouvernement français après avoir subi une cyberattaque. Ce que je sais, c’est qu’ils avaient tout faux : centres de calculs privés et pas de démarche Zero Trust.

J’ai envie de proposer au gouvernement français un objectif ambitieux et réaliste pour son plan cybersécurité :

Faire de la France l’un des pays les moins rentables et les plus coûteux pour réussir des cyberattaques contre ses entreprises.

Les cyberattaques vont continuer, vont devenir de plus en plus sophistiquées, c’est une évidence.

Penser une seule seconde que l’on peut garantir une sécurité parfaite contre les cyberattaques est une idée absurde.

La seule arme raisonnable, c’est donc la dissuasion. C’est le principe des portes blindées dans les appartements. Une porte blindée de qualité n’est jamais inviolable, mais ralentit beaucoup les cambrioleurs ; ils préféreront souvent s’attaquer à un autre appartement moins bien protégé.

Je propose donc que 100 % de ce budget de 1 milliard d’euros soit consacré à des actions vers les dirigeants et les responsables informatiques des entreprises, en étant très, mais très directif.

Il y a deux décisions prioritaires et “simples” à énoncer.

Décision 1 : toute entreprise présente sur le territoire français doit fermer rapidement ses centres de calcul privés.

Comment accélérer cette décision ? Attaquer les dirigeants au porte-monnaie.

● Pour les entreprises ayant des petits centres de calcul privés, de moins de 100 serveurs, une taxe sera établie sur la valeur comptable de ce centre de calcul :

○ 10% de cette valeur en 2022.

○ 20% en 2023.

○ 30% en 2024 et années suivantes.

● Pour les entreprises ayant des centres de calcul privés avec plus de 100 serveurs, elles sont peu nombreuses, cette taxe sera :

○ 0% en 2022, car il leur faut quand même plus de temps pour se préparer.

○ 20% en 2023.

○ 30% en 2024 et années suivantes.

Je prévois que le montant de ces taxes devrait rapidement rembourser le budget de 1 milliard d’euros prévu.

On taxe bien les produits dangereux pour la santé tels que le tabac ou l'alcool. Il est donc logique de taxer aussi les produits dangereux pour la santé de l'informatique, les centres de calcul privés.

Seringue Zero Trust SécuritéDécision 2 : vacciner rapidement au Zero Trust tous les responsables informatiques et les RSSI, Responsables de la Sécurité des Systèmes d’information. Cette vaccination devra être terminée avant juillet 2022. Un certificat de vaccination sera remis à toutes les personnes qui auront suivi avec succès cette formation. Il sera exigé pour pouvoir exercer ces professions à partir de janvier 2023.

L’essentiel du budget de 1 milliard d’euros sera consacré à la mise en œuvre de ces deux décisions. Cela représente beaucoup de travail et d’investissements en accompagnement et formation, mais ce seront vraiment des “investissements d’avenir”.

Comme je l'ai proposé plus haut, on peut récupérer la moitié du budget initialement prévu pour créer de nouveaux produits, soit 515 millions d'investissements et autant de financements

 

Résumé

Se protéger des cyberattaques est une priorité pour la France, comme pour tous les autres pays.

L’objectif ne sera jamais d’arriver à une protection parfaite. On le voit bien aujourd’hui avec les vaccins contre la COVID-19 : les meilleurs ont des niveaux de protection exceptionnels, supérieurs à 90 %.

Cet encadré propose un bel objectif aux décideurs qui vont relever le défi posé par ces cyberattaques : en réduire de 99% les dangers.

Infr Cloud + Usages ZT = 99% moins

Est-ce que je serai entendu ?

Est-ce que mes recommandations seront acceptées ?


Maîtriser ses données : grand défi des prochaines années (Première partie)

 

AdS DPC barre bateau S 270637175La prise de conscience de l’importance des données numériques c’est accélérée depuis 2 ou 3 années. En 2021, la “donnée” est sur toutes les lèvres.

Deux événements qui ont eu lieu en France en janvier 2021 le confirment.

Le GAIA-X French Hub a tenu sa première conférence plénière le 22 janvier 2021, sous les auspices du CIGREF. J’ai suivi cette conférence en ligne qui a duré toute la matinée. Le support est disponible au format PDF.

La priorité a été clairement mise sur les données ; neuf domaines clés ont été identifiés tels que la santé, l’énergie ou l’agriculture.

Gaia-x 9 data spaces

Assises de la donnée 28:2:2021Les assises de la Data Transformation se sont tenues à Bercy le 28 janvier 2021 ; Bruno Lemaire, ministre des Finances, en a fait l’ouverture.

Cette conférence a duré toute la journée et j’ai pu en suivre une grande partie. L’essentiel des conférences est disponible sur ce lien.

L’avenir du numérique européen passe par la donnée pour GAIA-X. “Les données sont au cœur de notre relance économique” pour le ministre des Finances de la France.

Quelles belles ambitions, quels beaux projets !

AdS DPC small man vs big Man S 55968372Je travaillais sur ce billet pendant que je regardais ces deux conférences ; j’ai eu un moment le sentiment de me sentir “tout petit” avec mon objectif d’aider chaque entreprise à améliorer sa gestion des données. Parler des entreprises quand l’avenir de la France et de l’Europe dépend des données, ce n’était vraiment pas au niveau voulu...

Je suis rapidement revenu à la raison : gérer efficacement ses données est déjà un défi d’une exceptionnelle difficulté pour chaque entreprise, et prendra plusieurs années. Sur ce thème, je pense pouvoir apporter de la valeur.

Au niveau de la France ou de l’Europe ? Je préfère laisser cette activité à d’autres.

Ce billet a pour ambition d’aider, un peu, les entreprises à reprendre la maîtrise de leurs données.

 

Rappel : modèle B I S et modèle B I S D

(Pour les lecteurs qui ne sont pas familiers avec ces deux modèles.)

En 2015, j'ai proposé un modèle d’analyse du Système d’Information (SI) des entreprises, nommé B I S :

B = Business, cœur métier en français : les applications liées aux activités spécifiques de chaque entreprise.

I =  Infrastructures : serveurs, réseaux, postes de travail, les fondations d’un SI.

S = Support, les applications transverses, universelles que l’on rencontre dans la majorité des entreprises.

En 2019, j’ai fait évoluer ce modèle en ajoutant la dimension D, pour données ; il est devenu le modèle B I S D.

Modèle BISD - Infra  Soutien  Métiers -Data

Les missions d’accompagnement des entreprises dans leur Transformation Numérique que j’ai menées entre 2015 et 2019 ont confirmé que les données occupent une place centrale dans la nouvelle version de mon modèle.

 

Les données : un peu d’histoire

Cover 10 000 years of recorded information STout au début de ma carrière en informatique, j’ai eu l’honneur et le privilège de rencontrer et de travailler aux USA avec Paul Strassmann quand il était DSI de Xerox. Cet homme exceptionnel, né en Europe de l’Est, a immigré aux USA après l’invasion de son pays par les Russes à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il a organisé pour Xerox une exposition remarquable sur “10 000 ans d’information enregistrée”. Le catalogue de cette exposition en présente quelques pièces exceptionnelles. C’est à ma connaissance la seule collection qui regroupe tous les moyens utilisés par l’humanité, dans toutes les civilisations, pour “enregistrer” des informations. Il est fascinant de voir comment, avec des techniques très différentes, les hommes ont, depuis 10 000 ans, cherché à mémoriser des données. L’une des pièces les plus rares (p 11) est l’un des seuls Quipus Péruviens restants, qui servait à enregistrer les… taxes. Les Espagnols avaient détruit systématiquement toutes ces “mémoires” pour effacer l’histoire du pays.

Aujourd’hui, l’immense majorité des données est mémorisée sous forme numérique. En 2021, les contraintes de volumes et de coûts ont disparu : il est possible de tout mémoriser. Comme le montre ce graphique, cette croissance des volumes de données est exponentielle ; on est passé entre 2010 et 2020 de 2 zettabytes à 60 zettabytes, une multiplication par 30.

Data stored from 2010 to 2024 - Zettabytes

Comment gérer efficacement ce déluge de données, qui ne fait que commencer ?

Je vous propose une démarche innovante qui, je l’espère, vous aidera à répondre à ce défi.

 

Les deux dimensions des données

Données dialogue SQL vs BudgetLorsque vous parlez de données à un professionnel du numérique, il pense immédiatement aux solutions disponibles.

Lorsque vous parlez de données avec les métiers, ils les voient sous la forme de contenus, financiers, humains ou autres.

C’est pour répondre à cette double vision des données qu’il est nécessaire d’avoir… une double réponse :

● La première, qui va proposer des solutions d’infrastructures numériques.

● La deuxième, qui parle des données dans le langage des métiers.

● Le défi, bien sûr, c’est de réconcilier les deux.

 

Dimension Infrastructures des données

J’ai participé à d’innombrables conférences, salons et séminaires où des professionnels du numérique parlent des données. Ce qui est fascinant pour moi, c’est que tout le monde se concentre sur un seul type de données, les données structurées.

Oui, les données structurées, utilisées en comptabilité, en finance, pour la gestion des ressources humaines ou des stocks sont importantes. Mais, en 2021, elles ne sont pas les seules à être numérisées, et ce sont celles qui occupent les plus petits volumes !

J’ai identifié six grandes familles de données :

● Les données structurées.

● Les documents bureautiques : textes, tableurs, présentations, PDF…

● Les modèles 3D, utilisés en ingénierie, construction…

● Les séries temporelles, que l’on rencontre aussi bien en finance que dans l’industrie.

● Les contenus multimédia : images, photos, vidéos…

● Les données géographiques : cartographie, routes, météo…

Vision Infrastructures données

L’ordre dans lequel elles sont présentées, de droite à gauche, n’est pas le fruit du hasard, comme on va le voir maintenant.

Remarque concernant les solutions citées : l’avenir des données est dans les Clouds Publics ou...dans les Clouds Publics. Toutes les solutions historiques, que l’on rencontre encore dans les centres de calcul privés que quelques rares entreprises “frileuses” continuent à gérer ont vocation à disparaître, et très vite. Je ne vais donc référencer que des solutions “natives cloud”.

C’est aussi un domaine où quelques fournisseurs attardés essaient de faire croire à leurs clients qu’ils ont LA solution universelle, intégrée, pour tous les types de données.

On retrouve ce combat entre les solutions “universelles” et les “best of breed” dans tous les domaines du numérique, et la gestion des données n’y fait pas exception.

Données structurées

Ce sont les données pour lesquelles il existe le plus de solutions techniques, et de très loin. Bases de données SQL, entrepôts de données, Data Lake… des centaines de logiciels sont disponibles pour gérer les données structurées. Ce sont aussi les solutions de gestion de ces données structurées qui sont les mieux connues par les informaticiens. Les formations à la gestion des bases de données sont presque exclusivement centrées sur ce thème.

La société de Capital Risque A16z (Andreessen Horowitz) a publié ce graphique qui présente son “Architecture Unifiée d’Infrastructures de Données.” Il est d’une grande complexité, liste des dizaines de solutions qui sont toutes…quelle surprise, dédiées aux données structurées.

A16z Unified Data Management Model

Données bureautiques.

Gdrive collaborationC’est la deuxième famille de données la plus utilisée dans les entreprises. Toutes les entreprises créent et gèrent des rapports, des présentations, des contrats… Il existe des solutions leaders dans ce domaine, venant :

● Des fournisseurs d’outils bureautiques cloud comme GDrive de Google ou OneDrive de Microsoft.

● De sociétés spécialisées comme Box ou Dropbox.

Il ne viendrait à l’idée de personne d’utiliser une base de données structurées SQL pour gérer tous ses documents.

Les quatre familles de solutions techniques qui suivent sont moins universelles que ces deux premières. Ce sont des données que l’on ne rencontre pas dans toutes les entreprises. Conséquence : le nombre de solutions “Cloud” disponibles pour ces familles de données est plus réduit.

Modèles 3D

Dassault 3D experienceLa numérisation de toutes les activités d'ingénierie est banalisée depuis des dizaines d’années. C’est l’un des rares domaines du numérique où la France a un champion mondial, Dassault Systèmes. Depuis plusieurs années, Dassault Systèmes a pris le virage du Cloud avec ses solutions 3ds.com. La mise à disposition des modèles 3D dans le Cloud permet à des collaborateurs sur le terrain d’y accéder depuis un navigateur.

Séries temporelles

Amazon timestreamÉvolution d’un cours de bourse, suivi de la vitesse de rotation d’un moteur, variation de la température dans un four… les domaines d’activités où l’on souhaite suivre l’évolution d’une donnée au cours du temps sont très nombreux. Il a fallu attendre longtemps avant de voir apparaître des solutions logicielles spécialisées pour gérer efficacement ces types de données, et elles sont encore peu nombreuses. Amazon Timestream, disponible sur AWS, n’est arrivé qu’en 2019.

Contenus multimédia

Pendant longtemps, les contenus multimédia, photos, images ou vidéos, ont été réservés à des métiers spécialisés comme la communication ou le marketing. Des dizaines de solutions DAM, Digital Asset Management, existent pour répondre à ces besoins spécifiques.

Il y a 2 ans, nous avons recherché avec une entreprise industrielle française une solution simple de gestion de contenus multimédia dans le Cloud pour permettre à tous les collaborateurs de partager ces contenus.

WizyVision exempleComme aucune solution satisfaisante n’était disponible, l’entreprise Wizy.io, dont je suis l’un des fondateurs, a développé un logiciel SaaS pour les contenus multimédia. C’est devenu le produit WizyVision DAC, Digital Asset Center. Je peux le définir comme le premier outil universel, natif Cloud, pour la gestion des contenus multimédia.

Données géographiques

Des milliers de services numériques utilisent la géolocalisation : Uber, CityMapper et même StopCovid !

Toutes les entreprises n’ont pas les moyens de Google, Apple ou Uber pour construire sur mesure des solutions métiers qui s’appuient sur des dimensions géographiques. Il existe depuis des années des outils qui répondent à ce besoin, mais ils sont chers, complexes et construits sur des architectures anciennes.

Bonne nouvelle : les toutes premières solutions Cloud natives arrivent. L’une des plus prometteuses est Unfolded.ai. Les fondateurs sont d’anciens collaborateurs d’Uber ; ils avaient construit leurs applications en créant des briques Open Source, Kepler.gl et Deck.gl.

Unfolded.ai on Open Source platforms

Unfolded.ai s’appuie sur ces composants Open Source, ce qui est un gage de qualité et de pérennité.

 

Dimension infrastructures : en résumé

Petit à petit, l’offre de solutions natives Cloud s’enrichit, pour répondre à toutes les attentes des entreprises pour gérer leurs données. Dans des domaines comme le multimédia ou les données géographiques, pour lesquels les demandes des entreprises avaient du mal à trouver des réponses modernes, les premières offres sont maintenant disponibles.

Vision Infrastructures données + solutions

Oui, les métiers de gestionnaires des infrastructures de données seront de plus en plus complexes, car il faudra maîtriser plusieurs outils logiciels.

C’est la seule option raisonnable à long terme, face à la tentation, suicidaire, d'espérer trouver la solution unique qui répondrait à toutes les attentes, actuelles et futures, des entreprises pour la gestion de toutes les familles de données dont elles ont besoin.

Matrice gestion données ancien monde nouveau mondeCette matrice à quatre cases permet de visualiser les évolutions nécessaires des entreprises dans leur démarche de gestion des données :

● La situation historique la plus fréquente : des outils universels installés dans des centres de calculs privés

● Deux cases sans avenir : outil universel dans le cloud et outils spécialisés dans centres de calcul privés.

● Le point d’arrivée moderne : des outils spécialisés dans le cloud public.

 

Usages

La situation est plus stable dans le domaine des usages : les métiers ont des attentes raisonnablement bien connues et pérennes.

Toutes les entreprises ont besoin d’information dans des domaines universels tels que :

● Clients.

● Ressources Humaines.

● Finances.

Il existe aussi des attentes spécifiques à certains secteurs d’activités :

● Gestion de production.

● IIoT : Industrial Internet of Things, informations sur les objets connectés.

Vision métiers données

Les limites techniques de l’informatique des années 1960 à 1990, les coûts très élevés des solutions de stockage avaient conduit les entreprises à avoir une stratégie de gestion de la pénurie et à considérer que l’octet était une ressource rare et chère. Les données structurées financières et bureautiques textuelles étaient les seules à pouvoir être stockées dans des supports numériques. L’exemple probablement le plus célèbre est celui des années ; on n’avait gardé que les deux derniers chiffres pour économiser des octets. Le passage à l’année 2000 a montré à quel point cette économie initiale avait été la source de coûts très élevés quand il a fallu passer à quatre chiffres.

L’explosion des usages d’Internet et du Web a fait naître des sources d’information nouvelles, externes à l’entreprise, telles que les réseaux sociaux et les sites Web ouverts à tous.

Données sources internes - externes 1990 - 2020Entre 1990, année du début du Web, et aujourd’hui, les volumes de données créées en interne ont augmenté, mais raisonnablement. À l’inverse, les entreprises ont vu croître très vite les données d’origine externe.

Les FLW, Front Line Workers, les travailleurs en première ligne, ont été pendant trop longtemps les oubliés de la Transformation Numérique. Leurs besoins de données numériques n’étaient pas prises en compte et le papier restait leur outil principal.

L’exemple que je vais présenter montre comment ces FLW peuvent en 2021 profiter de ces différentes sources de données pour transformer en profondeur leurs modes de travail.

AdS DPC FLW with smartphone factory S 354388167Cet exemple est celui d’un technicien qui doit mener une opération de maintenance sur une installation industrielle de grande taille. Comme tous les FLW, il est équipé d’un smartphone. Il peut :

● Localiser le lieu d’intervention par la cartographie.

● Arrivé sur place, une simple photo lui permet de retrouver, dans la base multimédia, les références du matériel à réparer.

● Toutes les données des maintenances préalables s’affichent automatiquement sur son écran, à partir d’une base de données structurées. Aucune saisie manuelle n’est nécessaire.

● Il peut consulter à tout moment, dans la base des documents, le manuel d’entretien.

● S’il diagnostique que le problème vient d’irrégularités dans la pression d’alimentation en air comprimé, un coup d’œil sur les évolutions de la pression au cours des 3 derniers mois dans la base temporelle lui permet de confirmer son intuition.

● Un accès aux plans 3D de l’installation lui montre sur quel composant il doit intervenir.

● À la fin de son intervention, quelques photos après réparation vont enrichir la base multimédia, ce qui aidera un autre technicien d’entretien lors d’une prochaine visite.

● Tout ceci est réalisé en mode numérique 100%, sans avoir besoin d’utiliser le moindre support papier pendant l’intégralité des étapes de son intervention.

L’application sur mesure qui a été développée pour ce FLW fait appel aux six solutions logicielles de gestion des données, de manière totalement transparente pour lui.

C’est aussi un bon exemple d’un double bénéfice “Gagnant Gagnant” :

● Pour le Front Line Worker, qui peut se concentrer sur ses activités à forte valeur ajoutée, sans perdre du temps sur des fonctions administratives.

● Pour l’entreprise, à qui ce nouveau processus 100% numérique garantit que toutes les informations, de toute nature, sont à  jour en permanence.

Cet exemple permet d’introduire la deuxième partie de ce billet ; il présentera les indépendances nécessaires à créer entre les composants d’un Système d’Information construit sur le modèle B I S D.