Quatre risques numériques majeurs pour notre planète : 2022 - 2030+ (Troisième partie)

 

XExponential with man runningDans la première partie de cette analyse, j’ai présenté le danger numérique le plus immédiat, les cyberattaques sur les infrastructures physiques de transport.

Dans la deuxième partie, j’ai analysé quels pourraient être les impacts d’une guerre dans le détroit de Taiwan sur l’industrie des microprocesseurs.

Dans cette troisième partie, j'aborde le thème des risques liés à la croissance exponentielle des potentiels des technologies numériques.

Exponentiel ! C’est le mot clef de ce billet.

(Texte exceptionnellement long, vu la richesse des thèmes abordés.)

 

Horizon 2030 : non-maîtrise de la croissance exponentielle des potentiels des technologies numériques

Je vous propose de commencer par un rappel des fondamentaux de la croissance exponentielle.

L'exponentiel est un phénomène fréquent dans la nature : la diffusion des virus, la croissance du nombre de bactéries dans des tubes d’essai ont des croissances exponentielles. La pandémie COVID-19 a fait beaucoup pour que la compréhension des impacts d’une croissance exponentielle augmente dans le monde entier.

Même la croissance de vos avoirs financiers placés à 2% dont vous réinvestissez les dividendes suit une croissance exponentielle, même si ce n’est pas très “visible”.

XPuissance exponentielDans la suite de ce texte, quand je parlerai de croissance exponentielle, je ferai les hypothèses suivantes :

● Le taux de croissance annuel est supérieur à 20%.

● La durée de cette croissance est supérieure à 20 ans.

Ces deux dimensions, taux et durée, sont essentielles pour comprendre les véritables impacts d’une croissance exponentielle. Dans ce tableau, je compare les croissances d’un investissement selon que le taux est de 10%, 20% ou 50%, sur une durée de 10 et 20 années.

XExponential book coverJe suis abonné depuis plusieurs années à “Exponential View”, la lettre d’information d’Azeem Azhar. Il a publié en septembre 2021 un livre, sobrement intitulé Exponential. C’est une bonne synthèse sur le sujet et il vous permettra d’approfondir une grande partie des thèmes que j’aborde dans ce billet. Cet ouvrage a été nommé livre technologique de l’année 2021 par le journal Financial Times.

Pour faciliter la compréhension des défis posés par la croissance exponentielle des technologies numériques, je les ai groupés en trois familles :

● Les décalages entre des technologies exponentielles et un monde linéaire ou logarithmique.

● La naissance, croissance et domination d’entreprises capables de maintenir une croissance exponentielle de leurs activités.

● Trois technologies exponentielles de rupture, que je considère comme les plus importantes : le Cloud Public, l’Intelligence Artificielle (IA) et l’informatique quantique.

 

Décalages entre des technologies exponentielles et un monde linéaire ou logarithmique

Il y a déjà 5 ans, en novembre 2016, Thomas Friedman publiait “Thank You for Being Late”, livre remarquable qui évoquait les décalages entre des technologies exponentielles et la capacité plus lente du monde à s’adapter. Je l’ai déjà cité dans un billet précédent sur notre capacité à absorber l’innovation.

J’en ai extrait ce graphique en y ajoutant mon grain de sel. Il n’y a pas d’échelle de temps précise, mais il indique clairement que nous avons passé un cap majeur : les technologies évoluent maintenant plus vite que nos capacités à les maîtriser.

XThanks for being late

Friedman parle de l’adaptabilité humaine ; je l’ai segmentée en quatre composants:

Les personnes, en tant qu’individus. C’est à titre personnel que nous sommes les plus rapides pour accepter les innovations numériques. C’est vrai dans le monde entier, depuis la banalisation d’Internet et des smartphones, il y a 15 ans.

Les entreprises, privées ou publiques. Elles ont plus de mal à absorber les nouvelles technologies. De nombreux fournisseurs l’ont compris et proposent en priorité leurs innovations au grand public avant de le faire pour les entreprises. Quelques exemples :

○ Google : Gmail est né en 2004, Google Apps en 2007.

○ Facebook (Meta) : Workplace est annoncé en 2016, regroupant des fonctions disponibles sur les solutions grand public depuis 5 à 10 ans.

Les gouvernements. Leur temps de réponse aux innovations est, sauf exception, très lent. Les manques d’appétences et de compétences de la majorité des personnages publics pour le numérique sont catastrophiques.

Les lois. Suite logique du point précédent, les lois qui abordent les sujets numériques sont toujours dramatiquement décalées par rapport à la réalité des technologies. J’ai écrit sur mon blog tout le “bien” que je pensais du principe de précaution inséré dans la constitution française, l’outil anti-innovation le plus puissant que je connaisse.

XAdS DPC Slow fast snail S 102818567Quels sont les risques liés à l’irruption de l’exponentiel dans nos vies ?

● Nous avons tous énormément de mal à visualiser ce qu’est une croissance exponentielle. Nous sommes nés dans une culture de l’évolution linéaire.

● Le deuxième, c’est de ne pas comprendre qu’un monde exponentiel change les règles du jeu classiques, et dans tous les domaines, techniques, humains et organisationnels.

● Le troisième et hélas le plus dangereux c’est de croire que nous avons le temps et qu’il n’y a aucune urgence à s’adapter.

 

La naissance, croissance et domination d’entreprises capables de maintenir une croissance exponentielle de leurs activités

Dans le paragraphe précédent, j’ai parlé des entreprises qui ont beaucoup de mal à s’adapter à des évolutions exponentielles. Ce sont en priorité toutes celles qui travaillent dans des secteurs où les dimensions physiques des biens et des services créent des limites logiques à la croissance. Les économistes parlent de la réduction des retours marginaux.

Le nombre de réfrigérateurs ou de voitures par foyer, le nombre de comptes bancaires ne peuvent croître de manière infinie. La croissance de ces marchés est représentée par une courbe en S, avec une accélération forte au début suivie d’une saturation progressive.

On le voit bien sur ce célèbre graphique qui montre que la vitesse d’adoption de nouveaux produits est de plus en plus rapide, mais passe par une asymptote quand on approche des 100% de taux d’équipement.

XTechnology adoption goes faster over time

XCover book  Scale by Geoffrey West Un livre publié par Geoffrey West en 2017, “Scale”, sur les lois universelles de la croissance démontre que, en 2010, le taux de croissance des 30 000 entreprises qu’il avait étudiées était de zéro.

La situation change du tout au tout quand on parle d’entreprises dont les marchés sont des biens ou services numériques ; les limites physiques à la croissance disparaissent.

Ces entreprises nées avec le numérique sont capables de créer des cultures de croissance exponentielle de leurs activités.

Les effets “réseaux” de cette croissance permettent d’accroître la performance des entreprises du numérique avec leur taille, à l’inverse des entreprises classiques.

Les chiffres de Netflix sont très révélateurs de cette rupture :

● En 2010, 2 100 employés, 2,1 B$ de CA, 1 M$ par employé.

● En 2020, 9 400 employés, 25 B$ de CA, 2,7 M$ par employé, 3 fois plus !

XMarket value tech giantsCe graphique financier montre à quel point cette évolution a été rapide et profonde.

En 2005, avant le smartphone et la croissance du Web, les entreprises ayant les plus grandes valorisations boursières étaient dans des secteurs classiques. Microsoft était la seule entreprise du secteur informatique dans la liste.

En 2020, les entreprises du secteur numérique trustent les premières places. La seule exception est la société pétrolière Saudi Aramco. Il est révélateur de voir que Tesla figure dans cette liste ; j’y reviendrai.

Ces technologies numériques à large spectre, Internet, smartphone, clouds publics ont un autre impact majeur : elles permettent à des secteurs d’activités traditionnels de se réinventer en devenant des métiers où le numérique est omniprésent.

J’ai sélectionné deux secteurs où ce mouvement est très fort, la santé et l’automobile.

L’industrie de la santé.

Dans un billet récent de mon blog, je parle de la recherche d’un vaccin COVID-19 par la société Moderna. En utilisant le Cloud Public AWS, elle a expliqué que le temps nécessaire pour trouver le vaccin était passé de 20 mois à 42 jours, une réduction dans un rapport 14.

XGenome sequencing costs downUn autre exemple est celui de la séquence d’analyse d’un génome humain :

● Première réussite en l’année 2000 : coût estimatif de 500 M$ à 1 000 M$.

● En 2021, ce coût est tombé à environ 100$.

● Cette baisse correspond à une exponentielle 1000 fois plus rapide que la loi de Moore pour les microprocesseurs.

L’industrie automobile.

Cette industrie traditionnelle vit une triple rupture : moteurs électriques, informatique omniprésente et évolution vers la conduite autonome. Une voiture, c’est aujourd’hui un ensemble d’ordinateurs hyper puissants sur quatre roues.

XClassical vs electrical cars vendors dataL’impact économique sur ce secteur est impressionnant. Ce graphique montre que la valorisation boursière des trois principales entreprises historiques qui produisent 22 millions de véhicules est de 505 B$, quand les trois fournisseurs de rupture, natifs électriques, produisent seulement 500 000 véhicules et sont valorisés 1 300 B$.

La valorisation, rapportée au nombre de véhicules, est dans un rapport 115!

Quels sont les dangers numériques majeurs dans ce cas ?

Les géants natifs du numérique ont réussi à construire une culture interne de croissance exponentielle qu'ils ont maintenue pendant plus de 20 années. Rien n’indique qu’ils ne sont pas capables de le faire pendant les 10 ou 20 années qui viennent.

Des secteurs entiers de l’économie vont devenir numériques dans des métiers qui avaient une culture de croissance faible et linéaire : finance, assurance, transport, distribution…

Faisons l’hypothèse, optimiste, que les entreprises traditionnelles sont capables d’atteindre un taux de croissance de 10%. En regardant le tableau financier au début de ce billet, elles peuvent croître 6,7 fois d’ici à 2041 quand les géants du numérique pourraient le faire plus de 3 000 fois s’ils sont capables de maintenir leur croissance actuelle de 50%.

XAdS DPC truck crushing competition S 124316691Peut-on envisager, peut-on accepter que des entreprises comme Google, Amazon, Microsoft, Tesla et autres Apple deviennent 5, 10 ou 100 fois plus grandes qu’aujourd’hui ?

Peut-on envisager, peut-on accepter que des milliers d’entreprises traditionnelles, leaders actuels de leurs secteurs d’activités, soient marginalisées dans les 20 ans qui viennent ?

Peut-on créer dans ces entreprises traditionnelles une culture de croissance exponentielle avant qu’il ne soit trop tard ?

Ce sont des questions essentielles pour l’avenir des économies traditionnelles. Faire l’autruche et ne pas se les poser, c’est certainement la plus mauvaise réponse.

On retrouve aussi les difficultés évoquées précédemment : il devient impératif que les gouvernements et les lois soient capables de s’adapter beaucoup plus vite à cette nouvelle situation économique de rupture.

En seront-ils capables ?

 

Trois technologies exponentielles de rupture

Ces trois technologies de rupture sont : le Cloud Public, l’Intelligence Artificielle (IA) et l’informatique quantique.

Cloud Public, le grand catalyseur

En 2021, le Cloud Public n’est plus une innovation ! Ce schéma donne les dates de naissance des principaux composants du Cloud Public :

● SaaS, Software as a Service : Salesforce en 2000.

● IaaS, Infrastructures as a Service : AWS, Amazon Web Services en 2007.

● PaaS, Platform as a Service : Google Compute Engine en 2009.

● (Pour rappel) : j’ai été cofondateur de Revevol, la première société de services dans le Cloud, en 2006.

XDates naissance Cloud IaaS SaaS PaaS Revevol

La première phase de la croissance exponentielle des solutions Cloud Public couvre la période 2007 à 2017. Ceci ne veut pas dire que cette croissance est ralentie en 2018, au contraire. Depuis 2018, les jeux sont faits, les grands acteurs sont en place et il n’y a plus une seule entreprise raisonnable qui n’a pas décidé de basculer l’essentiel de ses usages numériques sur le Cloud Public.

XValeurs boursières acteurs cloudsPour enfoncer le clou (pas le cloud), j’ai représenté sur ce graphique la valeur boursière, le 15 novembre 2021, des trois géants occidentaux du Cloud Public, Amazon, Microsoft et Google.

● Ces valeurs boursières sont comprises entre 1 800 milliards et 2 500 milliards de dollars.

● La somme des valeurs boursières de cinq grands “anciens combattants” de l’informatique, Intel, Cisco, Oracle, SAP et IBM n’atteint pas les 1 000 milliards de dollars, la moitié de la valeur de chacun des trois leaders.

● Les valeurs boursières cumulées des entreprises du CAC 40 français sont de 2 364 milliards d’euros, soit environ 2 700 milliards de dollars.

Il est urgentissime de ne plus perdre une semaine de plus à se lamenter sur les combats perdus comme les infrastructures cloud public IaaS. Je me suis longuement exprimé sur les erreurs de l’Europe dans ce domaine dans ce billet récent.

L’une des caractéristiques intéressantes des innovations numériques, c’est qu’elles se font la “courte échelle”. Elles servent d’accélérateur pour de nouvelles solutions : les réseaux sans fil très haut débit accélèrent les usages du Cloud Public, qui à son tour crée une demande forte pour des transferts de données.

Le Cloud Public est devenu aujourd’hui la fondation des autres innovations numériques à croissance exponentielle.

En 2021, ne pas basculer rapidement sur des solutions Cloud Public, IaaS, SaaS ou PaaS n’est plus une option.

Xvitesse logarithmique organisations vs technologieComment qualifier entreprises, dirigeants et DSI qui s’obstineraient dans ce refus ?

Je pourrais utiliser des mots tels que ringard ou retardataire.

Je préfère utiliser le mot “logarithmique”. Maintenir le statu quo, ne rien changer aux modes d’utilisation actuels des outils numériques, ressasser les alibis éculés sur les dangers du Cloud Public, c’est avoir une démarche logarithmique de non-évolution.

En 2022, l’offense maximale que l’on pourra faire à un dirigeant ou un DSI sera de le traiter de dirigeant logarithmique ou de DSI logarithmique.

 

Intelligence Artificielle

XDarthmouth summer plaqueL’expression et les concepts de base de l’Intelligence Artificielle ont été formalisés lors de la célèbre conférence de 1956 à l’Université de Dartmouth aux États-Unis.

C’était il y a plus de 65 ans !

Il a fallu attendre 50 ans avant que les outils numériques disponibles permettent de mettre en pratique les concepts développés pendant cette conférence.

Comme le montre ce schéma, c’est le Cloud Public qui a permis à l’IA de décoller. L’analogie avec l’industrie des voitures électriques est frappante.

XAI - Moteur cloud - énergie data

● L’IA a besoin de beaucoup de puissance de calcul : elle est disponible dans le Cloud Public.

● L’IA a besoin de grandes capacités de stockage de données : elles sont disponibles dans le Cloud Public.

● L’énergie dont a besoin l’IA, ce sont des données : les grands acteurs du Cloud Public, Amazon, Google et autres ont des millions de clients pour alimenter en données leurs algorithmes.

X2007 - Cloud  2017 - Machine Learning - ExponentialAprès la décennie Cloud Public, entre 2007 et 2017, la décennie IA prend le relais en 2018 et aura une croissance exponentielle exceptionnelle au minimum jusqu’en 2027.

L’Intelligence Artificielle est un exemple emblématique de la capacité de combiner les progrès exponentiels de plusieurs technologies numériques pour aller encore plus vite.

J’en prendrai deux exemples simples.

Les processeurs spécialisés dans l’IA voient leurs performances s’accélérer encore plus vite que les processeurs universels tels qu’Intel. Ce graphique, extrait du livre “Exponential”, compare la pente de la loi de Moore (Intel) à celle des processeurs IA.

L’accélération des performances est spectaculaire.

XAI law vs Moore Law

XNew IA TensorFlow processors NVIDIA on AWSNvidia est l’un des fournisseurs les plus innovants de processeurs spécialisés pour l’IA.
Il suffit que Nvidia annonce de nouveaux processeurs pour qu’AWS les propose dans ses Clouds Publics.

Regardez bien ce tableau : une dizaine de nouvelles instances de calcul, dans des gammes de puissance très large, permettent, immédiatement, à toute entreprise qui souhaite travailler sur des projets ambitieux en IA d’avoir de nouveaux outils à sa disposition.

Nouveaux processeurs + Cloud Public = progrès immédiats en IA !

Où en est-on, en 2021, en Intelligence Artificielle ?

En 2017, j’ai écrit deux billets sur l’IA, ici et . Pour l’essentiel, ils restent pertinents.

Les professionnels de l’IA parlent de trois niveaux d’Intelligence Artificielle :

● ANI : Artificial Narrow Intelligence, une IA monoactivité.

● AGI : Artificial General Intelligence, une IA capable de résoudre des problèmes très variés, à l’image de ce dont sont capables une femme ou un homme.

● ASI : Artificial Super Intelligence, une IA ayant des capacités supérieures à celles des humains les plus intelligents.

En 2021, les solutions ANI sont omniprésentes dans les entreprises innovantes, construites pour l’essentiel avec des outils de Machine Learning et Deep Learning.

Nous connaîtrons une croissance exponentielle des usages ANI pendant les 5 à 10 prochaines années.Tous les géants du numérique, et en particulier du Cloud Public, investissent massivement dans l’IA de type ANI.

C’est aussi un secteur où l’innovation est portée par des startups. Comme le montre ce graphique, les investissements dans les startups IA ont atteint 70 B$ en 2020.

XInvestissements startup dans AI USA Chine Europe

Dans le secteur de l’IA aussi, la compétition entre les USA et la Chine est maximale.

80% des investissements sont réalisés en Chine et aux USA ; la part de l’Europe est, gentiment dit, très modeste.

Verra-t-on, avant l’année 2030, la naissance de solutions IA en AGI ou ASI ? Je ne pense pas être le seul à ne pas pouvoir répondre à cette question.

Les risques posés par l’arrivée, un jour, de solutions d’IA en AGI et ASI sont immenses.

Serons-nous capables de maîtriser ces outils avant qu’ils ne nous contrôlent ? Nous avons encore quelques années devant nous pour y réfléchir, mais il n’est pas trop tôt pour se pencher sérieusement sur le sujet.

En attendant, les risques majeurs ne sont pas à chercher dans les dangers potentiels d'une IA de type AGI ou ASI. On les trouve dans l’incapacité de trop nombreuses entreprises à utiliser immédiatement, et efficacement, les remarquables solutions d’IA simples disponibles. En plus, ces solutions vont s’améliorer de manière spectaculaire dans les années qui viennent.

 

Informatique quantique

Je pense qu'il n'existe pas un sujet numérique plus complexe que celui de l’informatique quantique.

Mes compétences sur ce sujet sont minimales, mais j’ai quand même décidé d’en parler ; l’informatique quantique, quand elle sera disponible, possède toutes les caractéristiques d’une technologie de rupture.

Cette vidéo de 4 minutes, tournée dans le centre de recherches Google sur l’informatique quantique, donne une bonne idée de la complexité du sujet et de l’importance des investissements nécessaires.

XCouverture livre Quantique OlivierÀ tous ceux qui souhaitent aborder sérieusement le sujet, je recommande la lecture d’un ouvrage exceptionnel, écrit par Olivier Ezratty : “Comprendre l’informatique quantique, édition 2020”.

Cet ouvrage, disponible gratuitement en PDF, contient 682 pages ; même si, comme moi, vous ne comprenez pas tout, sa lecture est passionnante. Il contient au début un portrait des grands scientifiques mondiaux qui ont permis la naissance de toutes les sciences et technologies sur lesquels s’appuient aujourd’hui les entreprises qui ont pour objectif de développer des ordinateurs quantiques opérationnels.

La lecture de cet ouvrage permet de se rendre compte de l’extraordinaire complexité du sujet. Cela aide beaucoup à lire avec un œil critique les annonces spectaculaires sur le sujet.

Des géants de l’informatique comme IBM, Google, Microsoft ou Intel, des startups qui ont levé beaucoup d’argent comme Rigetti Computing (200 M$), D-Wave (200 M$) ou IonQ (85M$) travaillent à la création d’ordinateurs quantiques. Ils utilisent tous des technologies très différentes, preuve s’il en est que l’on est vraiment au tout début de cette révolution technologique.

Ils partagent tous un même objectif : créer la "suprématie quantique”.
Cette suprématie quantique signifie que ces ordinateurs quantiques seront capables de performances des milliers de fois supérieures à celles des plus puissants ordinateurs binaires existants.

J’ai regroupé dans ce tableau quatre annonces récentes qui parlent de suprématie quantique. Ce sont, par dates d’annonce croissante :

XNews on Quantum computing

● 2018 : À la conférence Disrupt, l’informatique quantique sera une réalité dans 3 ans, en clair en 2021.

● 2019 : une annonce par Google, ensuite retirée, proclamait avoir fait en 20 minutes ce que le plus puissant ordinateur mettrait 10 000 années à calculer.

● 2020 : Une équipe chinoise annonce être capable de réaliser des calculs spécifiques 100 trillions de fois plus rapidement que le superordinateur le plus avancé.

● 2021 : Le dirigeant d’une grande société de Venture Capital annonce que les ordinateurs quantiques seront, avant 2030, 1 trillion de fois plus rapides que les ordinateurs les plus puissants.

Faut-il croire toutes ces annonces ? Non !

Il y a quelques jours, sur ArXiv, le site Web sérieux qui publie des études scientifiques avant qu’elles n’aient été relues par d’autres spécialistes, une équipe chinoise a publié une étude montrant qu’elle pouvait, en changeant d’algorithme, exécuter le programme cité par Google sur un ordinateur binaire classique, et plus vite !

Si je devais répondre à la question : quand la suprématie quantique deviendra une réalité, et en rappelant que mes compétences dans le domaine sont minimales, je dirai :

Pas avant 2025, probablement avant 2030.

D'où vient cette grande incertitude ? Pour réussir, l’informatique quantique doit maîtriser un grand nombre de technologies différentes, comme des températures proches du zéro absolu. L’informatique quantique bénéficie bien sûr des avancées du Cloud Public et de l’IA, mais ce n’est pas suffisant.

Ce qui me fascine et me fait peur en même temps avec l’informatique quantique ?

XDouble exponentielleSi les prédictions de certains spécialistes se réalisent, on quitterait le monde de la croissance exponentielle des performances pour entrer dans celui du… double exponentiel.

Ce tableau explique la différence de croissance entre l’exponentiel simple et double.

Exemple : pour n = 5, une croissance exponentielle donne 32, une croissance double exponentielle en est déjà à 4,3 milliards ! Les chiffres suivants n’ont plus aucun sens pour moi.

Hartmut Neven, l’un des responsables du laboratoire de quantum computing de Google a proposé, modestement, de remplacer la loi de Moore par la loi de Neven :

“La croissance de la puissance de calcul des ordinateurs quantiques suivra une croissance double exponentielle.”

En résumé, l’informatique quantique :

● Deviendra une réalité.

● À quelle date ? Personne ne peut le dire aujourd’hui.

● Son arrivée sera la plus grande rupture connue dans le monde du numérique depuis qu’il existe.

● Anticiper ses bénéfices et domaines prioritaires d’usages est impossible, aujourd’hui.

● Anticiper ses risques est impossible, aujourd’hui.

 

Synthèse : s’adapter à un monde exponentiel

Depuis le début des années 2000, nous sommes rentrés dans un monde où la croissance exponentielle des technologies numériques va tout balayer sur son passage.

Imaginer un seul instant que l’on peut ralentir ces progrès technologiques exponentiels est une illusion, et une illusion mortelle ; elle peut laisser croire qu’il n’est pas nécessaire de s’y adapter, et très vite.

XTechnology exponential 3 waves + enterprisesCe schéma de synthèse résume très bien la situation pour les dix années qui viennent :

● Trois vagues technologiques majeures.

● Le Cloud Public est omniprésent, et sert de fondations pour les deux autres.

● L’Intelligence Artificielle, et en particulier ses composants Machine Learning et Deep Learning est déjà là. Elle va pénétrer toutes nos activités humaines.

● L’informatique quantique pourrait trouver de premiers usages opérationnels avant les années 2030.

● Des entreprises “exponentielles” sont nées au cours des 20 dernières années et vont continuer leur croissance à des rythmes très élevés pendant cette décennie.

Face à ces vagues exponentielles qui peuvent tout emporter sur leur passage, j’ai identifié de très nombreux risques, et ce sont tous des risques majeurs :

● Au niveau individuel, rester à quai et perdre tout contrôle sur sa vie numérique.

● Pour les entreprises, rester “logarithmiques” et se faire phagocyter par celles qui sont ou auront su devenir exponentielles.

● Pour les États, rester passif, légiférer mal et tardivement, lutter contre cette vague exponentielle au lieu de l’accompagner et d’y rechercher des bénéfices pour les citoyens.

XAttendre  c'est reculerDans les trois cas, j’ai utilisé le mot “rester”. Ce n’est pas fortuit : l'inaction est, de loin, le plus grand des dangers.

     Attendre, c’est reculer !

Dans la quatrième partie de cette analyse des risques liés au numérique, j’aborderai le thème du réchauffement climatique de la planète.


Quatre risques numériques majeurs pour notre planète : 2022 - 2030+ (Deuxième partie)

Dans la première partie de cette analyse, j’ai présenté le danger numérique le plus immédiat, les cyberattaques sur les infrastructures physiques de transport.

 

Horizon 2025 : guerre dans le détroit de Taiwan

Taiwan China missileMoins de 200 km séparent la Chine continentale de l'île de Taiwan.

Comme le montre cette carte publiée par la revue “The Economist”, Taiwan peut être atteint par tous les missiles chinois y compris ceux de courte portée et ceux envoyés depuis des navires de guerre.

Pour le peuple et le gouvernement chinois, et depuis toujours, Taiwan est partie intégrante de la Chine. Cette “réunification” est l’une des priorités du gouvernement actuel. Cela ne fait que 70 ans que Taiwan est politiquement séparé de la Chine continentale, une période très courte pour les Chinois qui ont une vision long terme du monde.

Dans un entretien récent avec CNN, fin octobre 2021, la Présidente de Taiwan confirme que les tensions sont au plus haut et que des troupes américaines sont sur place pour "entraîner" l’armée locale.

Taiwan Président on tensions with mainland China

Population China India US 2020Les différences de taille entre la Chine continentale et Taiwan sont énormes :

● Surface des pays : 9 600 000 km2 pour la Chine, 36 000 km2 pour Taiwan, un rapport de 1 à 267.

● Population : 1 400 M pour la Chine, 23 M pour Taiwan, un rapport de 1 à 61.

On retrouve ce même déséquilibre dans les forces militaires en présence, comme le montre ce tableau.

MIlitary imbalance Taiwan China

Ces chiffres sur la surface, la population et l’armement sont éloquents : l’issue d’un éventuel conflit militaire entre les deux pays ne ferait pas de doute.

La reprise en main de Hong Kong par le gouvernement central a montré que l’autonomie des territoires “déviants” se réduit très vite.

Une prise de contrôle de Taiwan par la Chine continentale se traduirait aussi par une perte quasi totale d’indépendance politique et économique pour Taiwan.

En quoi ce conflit représente-t-il un risque majeur pour l’industrie mondiale du numérique ?

TSMC Logo reliefJ’ai écrit l’année dernière un long billet sur mon blog pour parler de TSMC, Taiwan Semiconductor Manufacturing Company.

Je ne vais pas reprendre ici une analyse complète de l’industrie mondiale des microprocesseurs. Disons simplement que TSMC est l’une des entreprises les plus importantes de ce secteur.

Quelles seraient les conséquences d’une mainmise de la Chine continentale sur les activités de TSMC ? Il est essentiel pour toute l’industrie mondiale du numérique d’anticiper cette situation, et en particulier en Europe.

Semiconductors share by countries & companiesCe graphique donne la répartition des microprocesseurs par pays et fournisseurs en 2020.

TSMC est une entreprise basée à Taiwan, mais qui a déjà quelques unités de production en dehors de son pays d’origine, en particulier aux États-Unis et au Canada. En 2021, l’essentiel de la production reste concentré sur l'île de Taiwan.

La pénurie mondiale de microprocesseurs a déjà des impacts majeurs dans de nombreuses industries telles que l’automobile alors que TSMC fait tourner ses usines au maximum de leurs capacités. Cette pénurie devrait durer au moins jusqu’à la fin de l’année 2022, malgré les investissements massifs de TSMC, de plus de 100 milliards de dollars sur 3 ans.

Une fermeture éventuelle du robinet “microprocesseurs” TSMC par la Chine continentale aurait plus d’impacts sur l’économie mondiale que la crise pétrolière de 1973.

Les États-Unis ont signé en 2020 un accord important avec TSMC pour la construction d’une usine moderne, en 5 nm, dans l’Arizona. Cela représente un investissement de 12 milliards de dollars et il faudra attendre 2024 pour que cette unité de production soit opérationnelle.

Cette usine sera de taille “moyenne”, capable de produire 20 000 galettes (wafers) par mois quand les plus grandes unités sont capables d’en sortir 100 000 par mois.

Quatre chiffres résument ce projet américain de TSMC :

● Production en 5 nm. À partir de 2022, TSMC aura des usines en 3 nm à Taiwan.

● Durée de construction : 4 années.

● Investissement : 12 milliards de dollars.

● Capacité : 20 000 wafers par mois.

Que peuvent faire l’Europe et la France pour anticiper la prise de contrôle de Taiwan par la Chine continentale ?

Dans le plan d’investissement de 30 milliards France 2030 annoncé par le Président Emmanuel Macron, il y a un paragraphe consacré aux composants électroniques dont j’ai extrait ces quelques lignes, et c’est déjà un point positif.

Macron France 2030 composants

Je suis convaincu qu’il est urgent de renforcer le plus vite possible les capacités de production de microprocesseurs sur le sol européen. Sur ce diagnostic, je n’aurai aucun mal à avoir un consensus de la grande majorité des décideurs économiques et politiques en Europe.

Par contre, sur les modalités pratiques que je vais proposer, j’anticipe beaucoup de réticences et d’opinions divergentes.

J’ai une réponse à cette question : l’Europe doit imiter la démarche de la Chine au début de son développement économique à la fin du siècle dernier :

● Je constate un très grand déficit de compétences.

● J’accepte cette réalité, désagréable, et je ne fais pas l’autruche pour nier ce retard.

● Je demande aux leaders étrangers de venir s’installer sur mon territoire.

● J’organise un transfert progressif de compétences.

● C’est au seul niveau de l’Europe que tout doit se faire. La France, l’Allemagne ou tout autre pays européen qui tenterait de mener seul ce combat a une probabilité d’échec facile à estimer : 100%.

Ce graphique, publié par la Banque Mondiale, montre l’évolution des investissements étrangers en Chine entre 1979 et 2020. L’accroissement est spectaculaire pendant les années 1990, jusqu’à atteindre 6% du PNB de la Chine.

Investissements étranger en Chine 1979 - 2020

 

Garantir la sécurité des approvisionnements en microprocesseurs en Europe, mode d’emploi.

On l’a vu plus haut, il y a deux leaders mondiaux dans la fabrication des microprocesseurs, TSMC à Taiwan et Samsung en Corée du Sud.

Le plan d’action et le calendrier que je propose prennent en compte l’urgence du problème et le fait que, même en allant le plus vite possible, l’Europe n’est pas certaine d’éviter une crise majeure dans les 5 années qui viennent.

1 Décision de collaborer avec TSMC et Samsung.

En janvier 2022, la décision est prise de collaborer immédiatement avec TSMC et Samsung.

Pourquoi les deux quand la Corée du Sud ne fait pas l’objet de menaces similaires à celles que fait peser sur Taiwan la Chine continentale ?

Il y a une double raison à cette proposition :

● La croissance de la demande de microprocesseurs va s’accélérer et le risque de surproduction est faible comparé à celui de la pénurie.

● Avoir deux acteurs puissants en Europe réduit, un peu, les risques de dépendance.

2 Définition claire des objectifs de cette collaboration

L’Europe demande officiellement à TSMC et Samsung d’installer chacun en Europe une unité de production de microprocesseurs avec les niveaux technologiques les plus élevés possibles.

TSMC factoryL’exemple de l’usine TSMC aux États-Unis peut servir de point de départ, mais l’Europe doit être encore plus ambitieuse.

Chacune des deux usines construites en Europe, l'une par TSMC, l’autre par Samsung aura les caractéristiques minimales suivantes :

● Production en 5 nm et 3 nm.

● Capacité minimale : 100 000 wafers par mois.

● Durée de construction : 5 années, avec une première tranche disponible en 3 années.

● Investissements : 50 milliards de dollars.

 

Probabilité de réussite de ce projet ambitieux et réaliste : inférieur à 5%

Je ne fais pas beaucoup d’illusions sur les chances de succès de ma proposition, mais comme le dit un proverbe espagnol : “El no, ya lo tengo” (la réponse non, je l’ai déjà).

Pourquoi mes propositions ont-elles aussi peu de probabilité de succès ?
● Décider vite, l’Europe a beaucoup de mal à le faire. Il suffit d’écouter Elon Musk se plaindre des lenteurs de l’administration allemande qui ont beaucoup ralenti la mise en route de sa “gigafactory” de batteries, proche de Berlin.

Tesla GigaFactory Berlin October 2021

● Où seront installées ces deux usines ? Prévoir au moins 3 ans de débats et de conflits entre tous les pays qui voudraient accueillir ces investissements de 100 milliards.

● Levées de boucliers nationalistes : on va ouvrir l’Europe à nos grands concurrents et abandonner notre souveraineté dans le domaine des microprocesseurs. Comme si cette indépendance existait aujourd’hui !

● Des politiques vont pousser l’idée que l’Europe doit faire naître en son sein des sociétés concurrentes de TSMC et Samsung. Nous n’en avons ni les compétences, ni le temps, ni les ressources financières. Il ne faut pas recommencer dans le domaine des microprocesseurs les erreurs qui ont été commises dans celui des infrastructures Cloud Public.

AdS DPC downward spiral S 467051230Dans le domaine des microprocesseurs, l'Europe peut encore enclencher une spirale infernale de l’échec en mettant en avant des idées théoriques d’indépendance et en oubliant les réalités économiques de ce secteur essentiel. Est-ce qu’il est plus intelligent d’importer des puces électroniques fabriquées en Asie ou de demander à des entreprises asiatiques de les fabriquer en Europe ? C’est la seule question pratique qu’il faudrait avoir le courage de se poser.

Mes propositions seraient une excellente nouvelle pour les quelques entreprises européennes existantes qui ont encore des compétences dans le domaine des microprocesseurs.

Je pense en particulier à :

● ASML, la société des Pays-Bas, leader mondial dans la gravure des circuits électroniques.

● STMicroelectronics et SOITEC, en France. Ces deux entreprises de la région de Grenoble ont des positions fortes de niveau mondial sur des créneaux précis.

 

Quel calendrier pour cette perte d’indépendance de Taiwan

Je ne suis pas un devin et n’ai pas une boule de cristal qui me donne des réponses claires à cette question.

Connaissant la volonté de la Chine continentale de récupérer Taiwan, la seule question qui reste posée est : quand ?

China Xi JinpingLe Président de la Chine continentale, Xi Jinping, va recevoir les pleins pouvoirs jusqu’en 2027 et pourrait même rester plus longtemps, avec en ligne de mire le centenaire de la naissance de la révolution, en 2049. Ceci lui permettra de mener une véritable politique à long terme comme les aiment les dirigeants chinois.

Que se passera-t-il si un processus d’annexion de Taiwan est lancé ?

● L’Europe resterait un spectateur sans pouvoir réel face à un éventuel conflit dans cette zone.

● Est-ce que les États-Unis seraient prêts à déclencher une troisième guerre mondiale pour sauver Taiwan ?

US election 2024Quel pourrait être le bon moment pour la Chine si elle souhaite mener une guerre éclair contre Taiwan ? Les prochaines élections présidentielles américaines sont prévues le 5 novembre 2024. Une invasion de Taiwan en septembre ou octobre 2024 poserait des problèmes “délicats” de décision au Président Biden, à quelques semaines de cette élection. Le déséquilibre des forces militaires en présence pourrait amener à une prise de contrôle rapide, avant la fin de l’année 2024 ou avant le 20 janvier 2025, date de prise de ses fonctions par le nouveau Président des États-Unis.

Je ne souhaite pas que Taiwan soit annexée, et la majorité des Européens partagent cette position. Ce n’est pas pour cela qu’il faut ignorer cette menace forte sur nos approvisionnements en circuits électroniques.

Il reste peu de temps à l’Europe pour passer à l’action et mettre en œuvre le plan que je propose, qui ne donnera pas de résultats avant 2025, au plus tôt.

En résumé : si l’Europe n’a pas pris, avant la fin de l’année 2022, la décision de construire sur son territoire des usines TSMC et Samsung, comme je le propose… il sera trop tard et nous aurons perdu une guerre numérique de plus.

Dans la troisième partie, je parle des défis liés à la croissance exponentielle des performances des outils numériques.

Mise à jour du 26 novembre 2021

L'histoire s'accélère et met en évidence l'urgence de ce problème:

1 - Les Etats-Unis signent un accord avec Samsung pour l'installation au Texas d'une nouvelle unité de production de microprocesseurs, pour un investissement de 17 milliards de dollars.

2 - Le Japon décide de financer 50% des investissements qui seront réalisés sur son territoire dans le domaine des usines de microprocesseurs.

Deux des plus grandes puissances économiques mondiales prennent des décisions pragmatiques : nous avons besoin des compétences de Taiwan et de la Corée du Sud pour réduire les risques de pénuries de microprocesseurs, on les invite sur nos territoires.

L'Europe ne peut pas être absente de ce mouvement mondial, se serait suicidaire.

 


Quatre risques numériques majeurs pour notre planète : 2022 - 2030+ (Première partie)

 

AdS DPC Optimism Pessimism S 295856884Les lecteurs de mon blog connaissent mon optimisme, ma vision positive du futur et en particulier des évolutions des solutions numériques.

Ce n’est pas pour autant que je ne suis pas sensible aux risques majeurs qui menacent notre planète et nos vies, au contraire.

Ces risques sont nombreux ; j’ai choisi d’en présenter quatre, par ordre chronologique prévisible d’arrivée. Ce sont les risques que je pense être les plus élevés, ceux qui ont une forte probabilité de déclencher des crises mondiales majeures.

Pour chacun de ces risques, la dimension “numérique” est centrale.

● Horizon 2022 - 2023 : cyberattaques sur les infrastructures physiques de transport.

● Horizon 2025 : guerre dans le détroit de Taiwan.

● Horizon 2030 : non-maîtrise de la croissance exponentielle des potentiels des outils numériques.

● Horizon 2030+ : réchauffement climatique hors de contrôle.

Il existe probablement pour vous d’autres risques majeurs, liés au numérique ; n'hésitez pas à les évoquer dans vos commentaires.

La complexité de ces sujets et la longueur de mes textes m’ont amené à couper ce blog en plusieurs parties.

 

Horizon 2022 - 2023 : cyberattaques sur infrastructures physiques de transport

Depuis des années, une des priorités des États et des entreprises a été de protéger leurs données et en particulier les données personnelles. Le RGPD européen est un bon exemple des réglementations établies dans ce domaine. L’accès non autorisé à des données est grave, mais rarement mortel.

À l’inverse, les cyberattaques sur les infrastructures physiques peuvent tuer des centaines, des milliers de personnes.

Il y a une urgence absolue à protéger les installations physiques de transport, dans tous les domaines :

● Eau

● Gaz

● Électricité

● Télécommunications

● Transports de personnes : métros, trains, avions…

La majorité de ces infrastructures physiques sont gérées par des solutions informatiques regroupées sous le nom de SCADA (Supervisory Control and Data Acquisition).

Le danger que j’évoque est celui de la prise de contrôle à distance d’un SCADA par des acteurs externes. Une fois qu’ils ont pénétré un SCADA, ils peuvent déclencher des opérations dans les infrastructures physiques pouvant entraîner des morts d’hommes : ouverture ou fermeture de réseaux, injection de produits dangereux dans l’eau…

Pour éviter ces attaques, la seule défense actuelle est la déconnexion à 100%, pas à 99,99% entre les réseaux SCADA et Internet. Nul ne peut garantir qu’une liaison entre un SCADA et Internet, aussi sécurisée soit-elle, ne sera pas utilisée pour infecter le SCADA.

Réseau SCADA indépendant Internet : Cloud

Ce n’est pas une sécurité parfaite, comme l’a démontré l’attaque Stuxnet contre une installation nucléaire iranienne en 2010. Ce virus aurait été introduit par une clef USB.

Ces attaques sont prises au sérieux, comme le montre cet article récent de l’OTAN sur les réseaux électriques.

Quelles sont les mesures urgentes que je propose pour la France et l’Europe ?

● Audit immédiat de TOUS les réseaux physiques français et européens, avant la fin de l’année 2022.

● Identification et suppression de 100% des liens Internet et cloud public de ces infrastructures.

● Création d’un RGPD des infrastructures, RGPDIST (Infrastructures Stratégiques de Transport).

Ces mesures de précaution et de sécurité mettront nos infrastructures physiques à l’abri des cyberattaques les plus dangereuses. Elles ont un inconvénient majeur ; elles réduisent la capacité des entreprises à gérer efficacement leurs infrastructures.

Heureusement, il existe une réponse moderne pour gérer en toute sécurité une infrastructure numérique : construire un jumeau numérique, “Digital Twin” en anglais.

 

Généralisation des jumeaux numériques

Un jumeau numérique, c’est une “image” numérique d’une installation physique, que l’on peut utiliser pour simuler son fonctionnement et prendre les décisions qui s’imposent.

Jumeau numérique

Les grandes plateformes de cloud public, AWS, Azure ou GCP proposent déjà des solutions performantes pour créer des jumeaux numériques. En 2021, AWS a probablement l’offre la plus riche et plus avancée du marché, mais les deux autres acteurs font des progrès rapides.

Les données liées à l’activité physique des infrastructures, pression, voltage, vitesse, volume… sont déjà saisies pour alimenter un SCADA. Il est nécessaire d’envoyer en même temps toutes ces données vers le jumeau numérique pour qu’il puisse simuler le fonctionnement de l’infrastructure source.

Dominique Mockly avec IO baseLorsque Teréga, l’entreprise qui gère le réseau de transport et stockage du gaz dans le sud de la France, a décidé de construire son jumeau numérique, elle s'est trouvée devant un problème universel pour tout jumeau numérique : comment transmettre les données vers le jumeau numérique sans risquer que ce canal de transmission soit utilisé dans l’autre sens ?

Devant un problème qui n’avait pas de solutions sur le marché, Teréga a pris la décision de proposer des réponses innovantes et d’inventer et breveter des produits qui répondent à cette attente universelle.

En juin 2021, les équipes de Teréga Solutions et Dominique Mockly, le P-DG de l’entreprise, ont présenté IO-Base, leurs offres innovantes, matérielles et logicielles.

IO-Base Composants

Cette solution, qui s’appuie sur AWS, permet de construire un jumeau numérique sécurisé.

Le composant matériel se nomme Indabox ; c’est une diode numérique qui interdit tout transfert de données dans le sens Cloud vers les infrastructures locales. C’est ce boîtier que tient Dominique Mockly dans sa main.

Comme le montre ce schéma d’un jumeau numérique avec Indabox, l’alimentation des données physiques vers le Cloud AWS est unidirectionnelle, cette diode physique interdisant tout retour d’information depuis le Cloud.

Jumeau numérique avec Indabox

Il y aura, hélas, des catastrophes dès 2022 ou 2023, dans de nombreux pays industrialisés.

Main SCADA risks SLes installations informatiques dans ces infrastructures sont souvent très anciennes, utilisant des solutions dont les mises à jour de sécurité n’ont pas été faites depuis des années. Il est possible de rencontrer des serveurs fonctionnant avec des versions Windows XP ou antérieures.

Les États-Unis sont en première ligne des risques industriels dans ces domaines.

Après les États-Unis, ce sont probablement les pays africains qui sont les moins bien préparés pour résister à ces cyberattaques.

Un exemple récent : le blocage des stations de distribution de carburant en Iran, le 26 octobre 2021.

Les impacts humains de ces cyberattaques peuvent être dramatiques, et se mesurer en centaines ou milliers de morts.

Cyberattack on infrastructuresIl est clair pour moi que des dizaines d’infrastructures critiques de transport sont déjà infectées, en état de veille, de "pré-attaque". Des cyberattaques mortelles peuvent se déclencher à tout instant.

Ce seront en priorité des attaques déclenchées par des états contre d’autres états.

Les suspects “classiques” sont bien connus : Chine, Corée du Nord, Russie, Iran…

Croyez-vous pour autant que les autres grands pays comme les États-Unis, la France ou l’Europe ne préparent pas eux aussi des cyberattaques de ce style ?

Moi, pas une seconde.

Dans la deuxième partie de cette analyse, j’aborde le thème de Taiwan.

Dans la troisième partie, je parle des défis liés à la croissance exponentielle des performances des outils numériques.

 


Microsoft Office 365, hors-la-loi dans les organismes publics français ?

Indignez vous couverture livre Stéphane HesselDès que cette note de la DINUM a été publiée, j’ai reçu sur Twitter et LinkedIn de nombreux messages me demandant d’exprimer mon avis sur son contenu. J’ai beaucoup hésité avant d’écrire ce texte. J’ai aussi attendu quelques jours pour ne pas publier un billet d’humeur et essayer d’en parler de la manière la plus rationnelle possible.

Ce n’a pas été facile !

La longueur de ce billet s’explique par ma volonté de répondre clairement, de manière factuelle, aux principales questions posées par cette note. Cela représente beaucoup d’heures de travail et de recherches pour que mes réponses soient les plus solides possibles.
J’espère que ce billet vous aidera dans vos réflexions et actions futures, surtout si vous le lisez dans son intégralité.

Information de dernière heure ! La cinquième option que je présente dans ce billet change du tout au tout la donne et me redonne espoir. Je vous laisse la découvrir.

 

Les faits

Note DINUM TitreLa DINUM, Direction interministérielle du numérique, a publié le 15 septembre 2021 une note de 2 pages sur les usages de la solution Microsoft Office 365 dans les administrations.

Je vous recommande de lire ce texte, et plutôt deux fois qu’une, avant de continuer la lecture de mon billet.

Le message général est limpide : l’utilisation de la solution Office 365 de Microsoft proposée sur son Cloud Public Azure n’est pas souhaitée dans les ministères.

Une analyse plus fine du texte est nécessaire pour mieux en comprendre la portée, l’impact et surtout la “pertinence”.

 

Données sensibles

AdS DPC Données sensibles S 214581614Je cite : “ Les solutions collaboratives bureautiques et de messagerie proposées aux agents publics relèvent des systèmes manipulant des données sensibles”.

Pour un scoop, c’est un scoop ! Oui, des données sensibles peuvent être stockées dans des documents bureautiques ou transmises par messagerie.

Oui, mais vous connaissez des solutions informatiques qui ne manipulent pas des données sensibles ? Moi, non.

● Il y a des données sensibles dans les outils financiers ? Oui.

● Il y a des données sensibles dans les outils commerciaux ? Oui.

● Il y a des données sensibles dans les outils ressources humaines ? Oui.

● Il y a des données sensibles dans les outils de gestion de production ? Oui.

● Il y a des données sensibles échangées pendant les vidéoconférences ? Oui.

● …

Si la DINUM a une doctrine cohérente, la logique de cette note doit donc s’appliquer à 100% des outils numériques utilisés par les agents publics.

Toutes les données sensibles doivent être conformes à la doctrine “Cloud au Centre” et n’utiliser une offre de Cloud commercial que si elle est qualifiée SecNumCloud par l’ANSSI.

IaaS SaaS PaaS VerbotenCette doctrine n’élimine que 90% des solutions IaaS, Infrastructures as a Service, et plus de 95% des 50 000 solutions SaaS, Software as a Service, disponibles en 2021.

Retour à la case départ, avant l’année 2000, quand est née la première solution SaaS au monde, Salesforce.

Le secteur public français doit tirer un trait sur les centaines de milliards investis dans ces remarquables solutions depuis 21 ans.

C’est une position absurde, irréaliste, impossible et ridicule. Les grandes ESN françaises vont se frotter les mains ; elles devraient recréer en mode “on premise” ou “clouds nationaux”, ce qui est la même chose, toutes les solutions Cloud du marché mondial.

Communication entre les ministères et le reste du monde

Admettons, pendant quelques minutes, qu’il soit possible de porter l’ensemble des outils bureautiques de tous les organismes publics français sur des plateformes SecNumCloud.

Je croyais naïvement que les outils de communication servaient en priorité à échanger avec des clients, des citoyens, des entreprises privées, d’autres pays… Ces données “sensibles” ne pourront plus sortir de leur ligne Maginot numérique, car elles pourraient être consultées par des personnes extérieures.

Secteur Public français chateau

Bienvenue dans un monde où le secteur public ne parle qu’au secteur public ! Il y a longtemps que je n’étais pas tombé sur une idée plus absurde !

Rappel : un premier essai, en 2016

Ce n’est hélas pas la première fois que des personnes n’ayant aucune compétence dans les outils numériques pondent des notes administratives dignes de figurer dans l’Olympe de l’absurdie.

Cette note de 2016 signée par le directeur chargé des “archives de France”, certainement la personne la mieux placée pour parler de l’informatique en “nuage”, considère que tous les documents administratifs sont par nature des…. trésors nationaux et doivent être traités comme tels. Votre taxe d’habitation, votre cadastre, votre déclaration d’impôt doivent être protégés comme la Vénus de Milo et n’ont pas le droit de sortir du territoire national !

Documents administratifs - Trésors nationaux

Inapplicable, cette note n’a jamais été appliquée. C’est tout le bien que je souhaite à cette nouvelle proposition de la DINUM.

 

Les solutions proposées par la DINUM

Mettre la priorité sur une “nationalisation” des outils de bureautique, de communication et de collaboration est un non-sens total. La probabilité de succès de cette démarche est, fort heureusement, proche de zéro.

C’est encore pire quand on regarde quelles sont les solutions proposées. Qu’une organisation qui est supposée porter la doctrine numérique de l’État français pour les prochaines années ose en 2021 faire des recommandations de ce type dépasse l’entendement.

Il y a quatre réponses proposées :

● Construire (Build) une solution.

● S’appuyer sur le consortium “Bleu”.

● Utiliser SNAP.

● Attendre.

Analysons, une par une, ces propositions.

Construire sa solution bureautique

Nous sommes en 2021 ! Je cite :” … évaluer l’opportunité de construire (build) et d’opérer (run) une offre de service “bureautique collaborative et messagerie”...”

Oui, vous avez bien lu ! La DINUM encourage les ministères à construire eux-mêmes leurs outils bureautiques. Non seulement il est intelligent de les construire, mais c’est aussi le rôle de ces ministères de les opérer.

AdS DPC homme caverne informaticien S 41954934Dans les deux cas, c’est évidemment la meilleure utilisation possible des ressources humaines informatiques de l'État français. Comme vous le savez tous, il y a un tel surplus d’informaticiens de haut niveau dans le secteur public que l’on peut en utiliser sans problème un grand nombre pour écrire du code pour une messagerie électronique.

Un DSI qui ferait en 2021 une proposition aussi absurde à sa Direction Générale serait immédiatement licencié pour faute professionnelle grave, et sans indemnités.

Pour ceux qui l’auraient oublié :

● Première version de Microsoft Exchange : 1993

● Première version de Google Apps : 2007

● Première version de Microsoft Office 365 : 2011

Combien de milliards de dollars ont été investis pour construire, améliorer et exploiter ces outils universels, utilisés dans le monde entier ?

S’appuyer sur “Bleu”

Logo Bleu Cap Gemini Orange SBleu, c’est une association créée entre Orange et Capgemini pour proposer leur version d’Office 365 sur des serveurs “souverains” gérés par eux en France. Cette annonce a été faite en mai 2021.

Le texte de ce communiqué de presse est très clair : c’est un projet, tout le texte est écrit au futur ou au conditionnel. Aucune date n’est annoncée pour sa mise en fonctionnement, nul ne sait où et quand les centres de calcul nécessaires seront construits.

Publier un communiqué de presse, c’est facile et rapide. Mettre en œuvre ce qui est annoncé, c’est… un peu plus compliqué.

Au-delà du flou de cette annonce, c’est le principe même du projet qui m’interpelle et me rend très dubitatif sur sa faisabilité.

Microsoft Data center Office 365 en FranceHéberger une nouvelle instance d’Office 365 dans un centre de calcul, Microsoft le fait en permanence et déploie cette solution dans de nombreux pays, dont la France.

De nombreux organismes publics ont déjà profité de cette option pour utiliser Office 365 depuis des centres de calculs Microsoft en France, ce qui me paraît logique et raisonnable.

Ce qui chagrine certains politiques, c’est que ce soit Microsoft qui gère les infrastructures et les logiciels, ce qu’il fait très bien.

Les lobbies sécuritaires nationaux se déchaînent contre cette “ingérence” insupportable.

Je ne vais pas revenir sur des thèmes que j’ai déjà traités souvent dans ce blog.

Le grand méchant Microsoft va lire vos mails, le Cloud Act (qui n’a rien à voir avec le Cloud), la NSA, le gouvernement américain.. menacent la souveraineté nationale de la France et de l’Europe et leur confier nos messageries représente un risque inacceptable.

Avec “Bleu”, nous serons tranquilles, mieux protégés, à l’abri d’ingérences étrangères.

Sur le principe, on ne peut pas ne pas être d’accord, mais le diable se cache dans les détails.

Quelques questions :

● “Bleu” annonce que ses instances d’Office 365 seront indépendantes de celles de Microsoft. Comment les créer, les mettre à jour, appliquer les patchs de sécurité si Microsoft n’y a pas accès ?

● Cette démarche s’oppose frontalement au principe de base des solutions SaaS, qui sont multitenant, avec un seul fournisseur de la solution. Qui me garantira qu’il n’y aura pas divergence progressive entre la version officielle Azure et la version “Bleu” ?

● Comment transmettre les gigantesques fichiers de ces applications depuis Microsoft vers “Bleu” ? Comme Office 365 n’est pas une solution Open Source, il faudra accepter les fichiers en mode exécutable. Qui pourra me garantir qu’ils ne sont pas livrés avec des accès ouverts au gouvernement américain ?

Buzzati Désert des TartaresJe ne voudrais pas être à la place des informaticiens de “Bleu” quand ils auront à gérer tous ces problèmes opérationnels complexes.

Quel livre je peux recommander aux responsables informatiques des ministères qui choisiraient l’option “Bleu” pour les aider à faire que le temps paraisse moins long ? Le désert des Tartares, évidemment...

SNAP

Cette note recommande aux ministères d’utiliser SNAP. Je dois vous avouer, à ma grande honte, que je ne connaissais pas l’existence de cette solution ; j’ai donc recherché ce qu’était SNAP.

SNAP, c’est l’acronyme de Sac à dos Numérique de l’Agent Public. L’image du sac à dos est bien choisie, car il s’agit d’un ensemble hétérogène de sujets qui touchent aussi bien aux infrastructures, les réseaux et les terminaux, qu’au sujet de ce blog, le point 4, “Développer des outils de communication et de collaboration pour les agents unifiés à l’échelle interministérielle."

Thèmes SNAP

SNAP4, pour outils collaboratifs

SNAP4Comme le montrent ces deux extraits du site qui présente SNAP, point 4, sur les outils collaboratifs, des financements sont disponibles :

● 88 M€ au total.

● Pour des projets qui peuvent atteindre 8 M€.

Financements SNAP 4

88 M€, c’est à la fois beaucoup d’argent et très peu.

Beaucoup, car on peut développer de nombreuses applications simples à forte valeur ajoutée avec cette somme.

Très peu, ridicule même, pour espérer construire une plateforme industrielle de communication et de collaboration capable de concurrencer Office 365.

Attendre

Dans cette note, la DINUM a bien compris que les trois premières réponses proposées ont un “petit” défaut : aucune n’est opérationnelle en 2021 !

Cela fait désordre quand la solution que l’on souhaite remplacer existe depuis 10 ans, utilisée par des millions de personnes.

La réponse “magique” de la DINUM, pour permettre aux ministères qui souhaiteraient respecter les recommandations de cette note, c’est… d’attendre et de continuer avec les solutions innovantes des années 1990, un client lourd Microsoft Office et un serveur Microsoft Exchange dans des centres de calcul historiques gérés par les ministères. Enthousiasmant !

C’est, malgré tout, parmi les quatre options proposées… la moins mauvaise !

Pour ceux qui me connaissent bien, pour m’entendre dire que l’option de ne rien faire en numérique est la moins mauvaise, il faut vraiment que toutes les autres soient catastrophiques.

 

Si, par malheur...

Si, par malheur, cette note de la DISUM se transformait en règles contraignantes qui s’imposent aux organismes publics, les conséquences en seraient catastrophiques.

Nos amis européens vont bien rigoler, se réjouir de voir les organismes publics français faire un saut spectaculaire… de 15 ans en arrière !

Rappel : la première solution moderne de bureautique, cloud, collaborative, est arrivée en France en 2007, avec Google Apps.

À l’époque, la France était dans le peloton de tête de l’innovation informatique : 60% des entreprises qui avaient testé Google Apps avant son annonce officielle à Paris , avant les Etats-Unis, étaient françaises.
Valeo a été en 2007 la première entreprise au monde à déployer à grande échelle, pour plus de 35 000 personnes, Google Apps.

Nous étions, avec Laurent Gasser, les deux fondateurs de la société Revevol, à l’origine de cette belle réussite française.

 

Miracle ! Une cinquième option, exceptionnelle, pointe le bout de son nez !

J’étais sur le point de finaliser ce billet quand j’ai reçu une information qui m’a redonné espoir dans l’avenir de la bureautique dans les organismes publics.

La solution Google Workspace, avec tous ses composants, est depuis peu référencée sur le catalogue numérique du gouvernement, comme le montre cette page de leur site.
La centrale d’achat du gouvernement, l’UGAP, a mis Google Workspace à son catalogue.

Google Workplace au catalogue gouvernement

Si cette cinquième option est confirmée dans la version 2 de cette note de la DINUM, c’est une avancée extraordinaire pour les organismes publics français.

Une véritable solution cloud, native SaaS multitenant, proposant l’ensemble des fonctionnalités bureautiques, communication et collaboration est disponible. C’est, parmi les cinq options, la seule solution moderne, pérenne, opérationnelle en 2021.

Ma recommandation à tous les organismes publics : précipitez-vous, dès le 27 septembre 2021, pour passer commande de Google Workspace pour 100% de vos collaborateurs.

Ne laissez pas passer cette occasion d’accélérer votre Transformation Numérique avec la solution universelle de bureautique, de communication et de collaboration la plus innovante du marché mondial.

Soyons très clairs : cette cinquième option, la possibilité de déployer Google Workspace, rend caduques les quatre autres options auxquelles faisait référence cette note de la DINUM.

 

Le b.a.-ba d’une bonne gouvernance numérique en 2021

Ce paragraphe est écrit pour aider les quelques responsables politiques chargés du numérique dans le secteur public en France qui n’ont pas eu l’opportunité de suivre les évolutions majeures de l’informatique et du numérique au cours des 20 dernières années.

Il leur permettra d’actualiser rapidement leurs compétences.

Les lecteurs de mon blog y retrouveront des idées que je défends depuis longtemps.

Le modèle B I S D

Modèle BISD - Infra  Soutien  Métiers -Data copieJ’ai proposé ce modèle B I S D d’architecture du numérique en 2019,

I = Infrastructures.

Toutes les organisations, publiques et privées, doivent basculer le plus vite possible sur des clouds publics professionnels, fermer ses centres de calculs privés et passer d’une logique CAPEX à une démarche OPEX.

Ce graphique, publié par Synergy Research, montre que les entreprises européennes l’ont bien compris et plébiscitent les grands leaders mondiaux.

Sur un marché en forte croissance, la part des acteurs européens est passée de 28% en 2017 à 16% en 2021.

Synergy part de marché Cloud européen

Il y a en France de la place pour des acteurs sérieux tels qu’Outscale de Dassault ou Scaleway de Free, qui sont capables de répondre à des besoins très spécifiques.

S = Support

Les usages support sont tous ceux qui sont présents dans toutes les entreprises et organisations publiques, quelles que soient leurs activités. La bureautique, les outils de communication et de collaboration en sont les composants les plus universels. Finance, ressources humaines, commercial sont d’autres domaines où les usages support sont omniprésents.

En 2021, la seule réponse numérique responsable pour les usages support, ce sont les solutions SaaS multitenant, dans les clouds publics. Dans le monde, le duopole des années 1990, Microsoft et IBM, a été remplacé par le duopole Microsoft et Google. Il reste encore quelques acteurs de niche, comme Zoho.

Imaginer une seconde que les organismes publics français puissent se transformer en Astérix de la bureautique… quelle bêtise, quelle perte de temps !

D = Données

Reprendre le contrôle de ses données est une priorité de toutes les entreprises ; j’ai écrit en 2021 deux billets sur ce thème, et .

J’ai aussi abordé au début de ce billet le thème des données, mais il existe un autre sujet important que je souhaite évoquer, l’Open Data.

Open Data Gouvernement françaisLa France a pris une position de leader européen dans un domaine clef, la mise à disposition des données publiques avec sa démarche volontariste dans l’Open Data.

Petites questions : est-ce que ces données Open data sont sensibles ? Est-ce que ces données Open data sont des trésors nationaux ? Est-ce que le contenu d’un courriel envoyé par un employé de mairie est plus “sensible” que les données du plan cadastral disponible en Open data ?

J’ai vraiment beaucoup de mal à concilier la vision positive, ouverte, innovante du secteur public français dans le domaine des “Open Data” avec cette démarche rétrograde sur les outils bureautiques présentée par la note de la DINUM.

B = Business, cœur métier

C’est le SEUL domaine où les organismes publics, centraux ou régionaux, peuvent investir dans le développement d’applications à forte valeur ajoutée.

Logo COTER NumériqueC’est encore plus important dans les organismes régionaux, départements et villes, qui ont tous des centaines d’applications métiers spécialisées à mettre en œuvre.
La mutualisation de ces applications métiers aurait beaucoup de valeur et des organismes comme le COTER, club d’échanges entre les DSI des collectivités locales, pourraient y jouer un rôle majeur.

Déployer ses applications en version SaaS multitenant sur un acteur français de l’infrastructure aurait bien sûr beaucoup de sens. “Cloud au Centre”, oui, mais pour les seuls usages métiers spécifiques du secteur public.

 

Formation

J’anime depuis des dizaines d’années des séminaires en interne dans des entreprises et des organismes publics pour expliquer à leurs dirigeants, leurs équipes informatiques et tous leurs collaborateurs quelles sont les tendances majeures en matière du numérique.

Je serai très honoré que la DINUM et d’autres organismes publics me mettent à contribution pour les aider dans leur mission de sensibilisation pour promouvoir dans le secteur public une vision moderne, positive et enthousiasmante des solutions numériques d’avenir.

J’ai préparé un document qui présente les différentes interventions que je peux mener. Ce tableau en présente une synthèse.

Actions sensibilisation Louis Naugès copie

En conclusion

La France est le seul pays européen qui se ridiculise avec ses défilés tous les samedis de quelques milliers d’antivax, où l’on retrouve des personnes mues par des objectifs très différents. Je suis scandalisé quand je vois des responsables politiques participer à ces manifestations, aveuglés par de minables considérations politiciennes qui ignorent la science et la rationalité. Ces politiques sont des assassins (meurtre avec préméditation) qui auront sur la conscience des milliers de morts inutiles. L’exemple actuel de la Guyane est le plus monstrueux.

Anti Pass Sanitaire  anti cloud publicLes responsables politiques qui tiennent des discours irresponsables “anti-Cloud” sont dans la même logique de refus de comprendre les évolutions modernes du numérique, de déni de la réalité. Ce sont les assassins en puissance de la compétitivité numérique des organismes publics français. Ces organismes ont peu de ressources, humaines et financières, pour faire face aux demandes prioritaires. Leur faire perdre du temps, de l’efficacité en publiant des notes qui freinent encore plus leurs capacités à évoluer, ce n’est certainement pas ce qu’il y a de plus intelligent.

Oui, je crois beaucoup aux potentiels de la France et de l’Europe dans les métiers du numérique, comme je l’ai écrit dans ce billet récent. Il faut simplement, comme je l’explique, bien choisir ses priorités. Développer en interne des solutions bureautiques ne fait pas partie de mes recommandations !

Chien Aboie  caravane passeSous sa forme actuelle, l’annonce de la DINUM montre à quel point une petite partie des responsables politiques du numérique en France restent dans un modèle de combats d’arrière-garde, en essayant de remonter le cours de l’histoire informatique des 20 dernières années. Ils conduisent dans un monde où l’innovation numérique est exponentielle, les yeux rivés sur le rétroviseur.

Heureusement, le panorama numérique dans le secteur public français change totalement avec cette autorisation de Google Workspace.

AdS DPC enfant nœud papillon bravo S 94633934Je serai le premier à féliciter la DINUM quand sortira une deuxième note, avec le même poids que la première, pour confirmer que tous les organismes publics, centraux et territoriaux, ont la possibilité, en mettant en œuvre Google Workspace, de consacrer leurs ressources numériques limitées, en personnes et en euros, à des projets à forte valeur ajoutée dans leurs activités cœur métiers.

En même temps, je suis certain que la DINUM va recevoir une pluie de critiques de tous ceux qui se réjouissaient après la publication de cette note.

Favoriser Google Workspace, une véritable solution Cloud SaaS, par rapport à une solution “pseudo-Cloud”, Microsoft Office 365, utilisée par plus de 90% des personnes avec leur client lourd Outlook-Office, vieux de 30 ans, c’est pour moi une décision courageuse et intelligente.

Il faudra maintenant attendre la réaction des dirigeants de Microsoft France...


Numérique : après les cols blancs, priorité aux FLW, Front Line Workers

 

- Office Workers & FLWDans un billet publié à la fin de l’année 2020, j’ai mis en évidence à quel point les FLW, Front Line Workers, les travailleurs en première ligne, sont essentiels dans l’économie mondiale.

Aujourd'hui, j'analyse les profondes différences entre les solutions numériques dominantes, destinées en priorité aux cols blancs, et celles dont ont besoin les FLW.

Je n’aborde pas dans ce billet le thème des usages au service des clients externes ; mon analyse se centre sur les solutions numériques à destination des clients internes.

Les dirigeants et les DSI doivent se fixer une nouvelle priorité pour les 5 années qui viennent : répondre aux véritables attentes numériques des FLW.

Pour cela, il est nécessaire d’“oublier” une grande partie de leurs certitudes actuelles sur ce qu’ils pensent être les bonnes pratiques numériques.

L’objectif ambitieux de ce billet est de servir de référence pour toutes les entreprises qui décident de mettre des solutions numériques de qualité au service de leurs FLW.

Sa longueur est le prix à payer pour présenter des réponses sérieuses et pérennes.

 

Les FLW, Front Line Workers

(Rappel des points essentiels développés dans le billet cité plus haut.)

- 80% Workforce is desklessLes FLW sont environ 2 700 millions dans le monde et représentent 80% des travailleurs, face aux 20% de cols blancs. On les nomme aussi les “Deskless”, les sans bureaux.

Les FLW passent l’essentiel de leur temps sur le terrain, dans une usine, un champ, un camion de livraison, un entrepôt, un restaurant, une boutique, un chantier de travaux publics...

Leur métier de base n’est jamais le numérique. Tous les FLW ont besoin de l’aide du numérique, mais c’est toujours en soutien de leur métier principal.

 

Cols blancs et FLW : principales différences

Pendant les 50 premières années de l’informatique, les entreprises et les équipes informatiques ont concentré leurs efforts à répondre aux attentes des cols blancs. Quand on devait équiper des FLW, on leur donnait accès aux mêmes applications que les cols blancs.

Ce tableau présente les principales différences qu’il faut prendre en compte pour réussir une transformation numérique au service des FLW.

- Différences office workers vs FLW

Leur nombre : les FLW sont 5 fois plus nombreux que les cols blancs. C’est une moyenne mondiale et les situations varient selon les pays ou les secteurs d’activités.

Dans beaucoup de pays africains, les FLW agriculteurs peuvent représenter jusqu’à 60% de la population active.

À l’inverse, dans une banque française, plus de 95% des collaborateurs sont des cols blancs.

Les budgets informatiques : dans une étude pour l’année 2020 citée dans mon billet précédent sur les FLW, le Gartner Group estime que 80% des dépenses informatiques étaient consacrées aux cols blancs et seulement 20% aux FLW.

Ramenés à chaque salarié, ces chiffres sont encore plus surprenants : en moyenne, les entreprises dépensent en informatique 16 fois moins pour un FLW que pour un col blanc !

Les objets d’accès : la majorité des applications informatiques ont été développées pour des terminaux puis des PC. Le clavier, l’écran et la souris sont des outils banalisés pour tous les cols blancs.

Pour les FLW, le smartphone est devenu l’objet d’accès aux applications informatiques le plus répandu. Il est parfois remplacé par une tablette, mais pratiquement jamais par un PC.

Les interfaces : Les cols blancs travaillent en priorité sur des textes et des chiffres, disponibles sur les claviers de leurs PC. Les applications mises à disposition des FLW sont majoritairement copiées de celles destinées aux cols blancs et essaient d’imposer ces mêmes interfaces claviers. Pour répondre aux véritables attentes des FLW, les usages numériques devront changer de paradigme et privilégier les interfaces images, plus naturelles, plus efficaces pour des usages terrain.

 

Solutions numériques existantes pour les FLW

En 2020, il existe de nombreuses applications destinées aux FLW, souvent de haute qualité, qui répondent à de véritables besoins.

Pour l’essentiel, ces applications ne sont pas en “rupture” avec celles disponibles pour les cols blancs. Elles numérisent des processus existants, basés sur des formulaires historiques papier.

Suivis de chantiers, gestion de planning d’intervenants sur le terrain, mesures de niveaux de stocks dans des rayons de supermarché… ces processus ont été améliorés par l’usage de tablettes ou de smartphones, mais sans les repenser en profondeur. Parfois, l’image sera utilisée, mais en pièce jointe, comme élément de confirmation ou de justification. L’image ne sera pas au cœur de la démarche, du processus.

- Praxedo -SaaS Gestion interventionsCe sont des solutions spécialisées, qui répondent aux attentes d’un métier.

La solution française Praxedo en est une belle illustration : cette offre SaaS aide les entreprises à gérer leurs équipes d’intervention, et elle le fait très bien.

Un autre exemple est la startup MaintainX qui vient de lever 50 M$ pour accélérer sa croissance dans la gestion des workflows de maintenance industrielle.

 

Mettre à profit les solutions informatiques existantes

Ce schéma simple a pour ambition de résumer l’évolution de l’informatique des entreprises au cours des 60 dernières années.

Pourquoi avoir choisi 1960 comme année de départ ? Il y avait des ordinateurs avant.

1960, c’est l’arrivée du premier ordinateur universel de gestion, l’IBM 360, qui s'est rapidement imposé comme la solution dominante dans les entreprises. Plus de 5 000 grandes entreprises dans le monde utilisent encore en 2021 les Mainframe Z d’IBM, successeurs des 360.

- 1960 - 2030 - Technologie Cols blancs FLW

- La courbe en rouge représente l’évolution exponentielle de la puissance des solutions informatiques, infrastructures et usages.

- La courbe en bleu montre l’évolution des attentes des cols blancs. Il a fallu attendre longtemps, plus de 50 ans, avant que les solutions informatiques puissent répondre à toutes les attentes des cols blancs. Depuis 2015, l’offre est en avance sur ces attentes, et l’écart entre les deux va encore s’accroître d’ici à 2030.

- La courbe en vert montre l’évolution des attentes des FLW. Grands oubliés de la Transformation Numérique, les entreprises ont ignoré les attentes des FLW, alors qu’elles étaient moins complexes que celles des cols blancs !

Plutôt que de se plaindre  de cette situation, il faut penser à demain, et la météo numérique est au beau fixe pour les FLW. En 2021, les potentiels immédiats des solutions disponibles sont très largement supérieurs aux réponses actuelles proposées aux FLW. Il est possible, rapidement, de rattraper ce retard et de fournir aux FLW des réponses de qualité à toutes leurs attentes. J’espère qu’en 2030 on aura atteint la même situation que pour les cols blancs : le numérique aura répondu à l’essentiel des demandes de tous les FLW du monde.

Comparées à celles des cols blancs, les attentes des FLW sont :

● Simples : le numérique n’est pas leur activité principale, mais une assistance à leurs métiers. Plus les solutions proposées seront simples, plus les FLW seront heureux !

● Spécialisées : le cariste dans un entrepôt, la personne qui vérifie la qualité des produits finis, l’agriculteur qui analyse une plante malade… toutes ces activités demandent des solutions numériques très spécialisées, adaptées à chacun de ces métiers.

● Spécifiques : au lieu de construire des ERP pour FLW, les entreprises doivent développer des dizaines, des centaines de petites applications spécifiques pour coller aux véritables besoins des FLW.

J’aurais aimé parler d’applications S3, Simples, Spécialisées et Spécifiques, mais l'expression est déjà utilisée par AWS pour sa solution de stockage S3, Simple Storage Service.

Je vais donc utiliser dans la suite de ce texte les nommer FLW-S3.

Il y a une deuxième raison d’être optimiste quand une entreprise cherche à rattraper le retard pris par son Système d’Information au service des FLW. Elle peut réutiliser une grande partie des investissements déjà réalisés pour les cols blancs et les mettre au service des FLW.

- SI Partagé - White collars - FLW

Les technologies disponibles en 2021, telles que le Cloud et les API, permettent de connecter les nouvelles applications destinées aux FLW aux solutions existantes, et en priorité aux données qu’elles produisent.

Mon diagnostic, en résumé : les entreprises ont pris conscience de l’importance des FLW, comprennent quelles sont les différences des solutions numériques FLW par rapport à celles des cols blancs et peuvent s’appuyer sur les SI existants pour aller vite.

Quelles sont les prochaines étapes ?

 

Le modèle B I S D, appliqué aux FLW

- Modèle BISD - Infra  Soutien  Métiers -DataLorsque j’ai imaginé en 2015 le modèle B I S, Business, Infrastructures, Support, modifié en 2019 en B I S D en ajoutant la dimension Donnée, je m’adressais aux cols blancs, qui étaient encore la priorité des Systèmes d’Information.

Est-ce que ce modèle B I S D peut aussi être utilisé pour les FLW ? La réponse est : oui !

Prenons les quatre éléments, un par un.

I - Infrastructures.

Les solutions Cloud Public s’imposent aussi pour les FLW ; leur niveau de maturité en 2021 est tel qu’il n’y a plus d’alternatives crédibles.

S - Usages Support.

Les fonctions Support destinées aux cols blancs ne sont pas adaptées aux attentes des FLW. Les outils bureautiques classiques, les fonctions support en commerce, ressources humaines ou finances, ne font pas partie des outils SaaS dont ont besoin les FLW.

Il est nécessaire d’imaginer ces nouvelles fonctions support, universelles. Je propose de les nommer solutions “Frontiques”. Elles sont présentées dans la suite de ce billet.

B - Usages Business, cœur métier.

Ce sont les usages que j’ai nommés FLW-S3 dans un paragraphe précédent : simples, spécialisées et spécifiques. En 2021, les outils les mieux adaptés pour construire ces applications FLW-S3 sont regroupés dans les familles “No Code” et “Low Code”. Ils peuvent être utilisés directement par les métiers, au plus près du terrain.

D- Données.

Les applications destinées aux FLW peuvent accéder aux bases de données utilisées par les cols blancs pour les données structurées classiques. Ils ont en plus des besoins très spécifiques pour gérer efficacement les images qui seront au cœur de ces nouveaux usages.

Les spécificités du modèle B I S D pour les FLW sont résumées dans le schéma ci-dessous.

- modèle BISD -FLW

 

Solutions “Frontiques”

J’ai créé dans les années 1970 le mot “Bureautique” pour parler des outils informatiques universels utilisés par les cols blancs : traitement de texte, tableur, messagerie...

Il est difficile de parler de la Bureautique des FLW quand on sait qu’ils sont “deskless”, sans… bureaux !

Comment nommer les outils numériques universels qui seront utilisés par les FLW ?

Je vous propose le mot “Frontique”.

Est-ce qu’il aura le même succès que le mot bureautique ? L’avenir le dira.

Quelles seront les principales fonctionnalités frontiques ? Une chose est certaine, ce ne seront pas les fonctionnalités des cols blancs tels que le traitement de texte ou le tableur.

Elles seront liées à l’image, qui devient l’interface dominante pour les FLW.

Avec les équipes de WizyVision, nous travaillons sur ce sujet depuis des années.

Les premières fonctions frontiques que nous avons identifiées sont :

● Lire dans l’image : retrouver un numéro de série, relever une mesure...

● Trouver dans l’image : identifier un objet présent dans l’image pour apporter au FLW les informations pertinentes.

● Compter dans l’image : combien de produits dans un rayon, sur une palette...

● Mesurer dans l’image : calculer la surface ou le volume d’un objet, déterminer combien peuvent être chargés dans un camion...

D’autres fonctions universelles frontiques seront développées, mais en petit nombre. Le principe de base des fonctions frontiques est qu'elles doivent pouvoir être utilisées par la grande majorité des FLW, quels que soient leurs métiers et leurs secteurs d’activité.

 

Répondre aux attentes des FLW : les réponses de WizyVision

Je vais prendre pendant quelques minutes ma casquette de Chief Strategy Officer de Wizy.io, éditeur de solutions SaaS pour FLW, dont je suis l’un des cofondateurs.

Wizy.io a deux produits à son catalogue :

WizyEMM, un outil pour sécuriser et gérer les terminaux Android, en priorité pour les FLW, mais pas seulement.

WizyVision, qui met l’image au service des FLW, que je présente ici.

En tant que responsable de la stratégie, j’ai beaucoup réfléchi sur les attentes des 2 700 millions de FLW. Ce billet est en grande partie le fruit de ces réflexions.

Les équipes de WIzy.io ont construit les solutions WizyVision qui s’appuient sur le modèle B I S D pour FLW défini ci-dessus.

I - Infrastructures : parmi les trois acteurs principaux du marché, GCP de Google était un choix évident :

● Fortes compétences dans l’image et la vidéo avec Google Photos et YouTube. La majorité des API de Google dans ses domaines sont disponibles et utilisées par WizyVision.

● Des outils d’Intelligence Artificielle et de Machine Learning au plus haut niveau, tels que TensorFlow, plateforme développée par Google et mise en Open Source dès 2015.

● Avec Android, Google contrôle 85% du marché des mobiles et les FLW sont équipés à plus de 90% de smartphones ou tablettes Android. Les rares exceptions sont dans le secteur du luxe où, pour des questions d’image, les vendeurs sont parfois équipés d’iPhone et d'iPad.

● La majorité des FLW sont en Asie Pacifique, Amérique du Sud ou Afrique. Ce sont des zones où les accès à Internet sont souvent problématiques. Google est le plus grand propriétaire mondial de fibres optiques, maritimes et terrestres. Google vient aussi de signer un accord avec Starlink d’Elon Musk, qui fournira des accès 100 Mb/s par satellites à basse altitude, en priorité dans les zones à faible couverture Internet.

- Main types of Databases in CloudD- Données : lorsque j’ai cherché en 2019 pour une entreprise française une base de données, native cloud, spécialisée pour les contenus multimédias, j’ai découvert que l’offre était... inexistante. Ceci est confirmé par ce tableau, publié en 2020, des principales solutions de gestion de bases de données pour Kubernetes et les trois géants du Cloud Public.

L’offre est pléthorique pour les données structurées et semi-structurées, sous toutes leurs formes. Il faut aller à la dernière ligne du tableau pour voir “non structurées”, images, vidéos, sons….et les seules réponses disponibles sont non spécialisées, de type S3 chez AWS !

Pour combler ce vide technique surprenant, WizyVision a construit la première et la seule base de données cloud spécialisée pour les contenus multimédias, que nous avons appelée DAC, Digital Asset Center.

S - Usages Support, Frontiques : WizyVision développe progressivement l’ensemble des usages frontiques dont j’ai parlé plus haut. Comme ils sont construits sur GCP de Google, ils pourraient fournir à Google un avantage concurrentiel majeur vis-à-vis de son grand concurrent Microsoft !

- Solutions universelles cols blancs vs FLW

Pour les cols blancs, Google propose Google Workspace, une solution remarquable, mais qui se heurte au quasi-monopole historique des outils Office 365. À l’inverse, les premières solutions frontiques disponibles, construites sur GCP par WizyVision, auront un boulevard devant elles !

B - Usages Business, cœur métier : WizyVision propose une plateforme de Machine Learning “No Code”, ML Studio, qui permet aux entreprises et à ses partenaires de construire rapidement des modèles de Machine Learning, simples, dans la logique “FLW-S3” présentées plus haut.

- modèle BISD -FLW WizyVisionCes choix stratégiques sont résumés dans ce schéma qui présente les réponses de WizyVision pour le modèle B I S D des FLW.

Pour les entreprises qui décident de proposer des solutions numériques adaptées aux véritables attentes de leurs FLW, la bonne nouvelle, c’est qu’elles existent et sont opérationnelles. WizyVision a l’ambition de devenir un acteur mondial sur ce marché des FLW, mais d’autres offres existent ou vont apparaître dans les années qui viennent.

- Factory AI Cloud Image FLW smartphone WizyVisionCe schéma résume les points forts des solutions WizyVision :

● En priorité pour les FLW.

● Accessible par smartphone.

● L’image au cœur de la solution.

● Construit sur le Cloud.

● Utilise l’Intelligence Artificielle.

 

Investir dans des solutions numériques pour les FLW : quels bénéfices

- Problems with FLW bad ITLe sous-investissement dans les solutions numériques au service des FLW a de nombreuses conséquences négatives pour les entreprises, comme le montre cette étude réalisée par Android Entreprise :

● Perte d’efficacité pour l’entreprise.

● Salariés démotivés.

● Clients mécontents.

● ...

- Top reasons for investing in IT for FLWUne autre étude, réalisée par Emergence en 2018, montre, à contrario, qu’il y a beaucoup de bénéfices potentiels lorsqu'une entreprise investit dans des solutions numériques spécifiques pour les FLW.

Les bénéficiaires sont, en même temps :

● Les entreprises : productivité, réduction des coûts, conformité...

● Les salariés FLW, avec de meilleures conditions de travail et de communication.

● Les clients, au contact avec des FLW.

Équiper les FLW de solutions numériques performantes, ce sont des investissements de faible montant, à très forte rentabilité. Il serait dommage de s’en priver !

 

Résumé

- FL work  FL Worker  Fournisseurs WIn Win WInLe numérique au service des FLW sera l’un des principaux relais de croissance de l’industrie du numérique de cette décennie.

● Les entreprises de tous les secteurs d’activités qui emploient des FLW ont beaucoup à y gagner.

● Les FLW, enfin équipés des solutions numériques nativement construites pour eux, verront leur qualité de vie au travail s’améliorer rapidement.

● Les fournisseurs de technologies numériques, en infrastructures et en usages, qui seront les premiers à investir pour construire des solutions spécialisées pour les FLW prendront une longueur d’avance sur leurs concurrents et il sera difficile de les rattraper.

Un beau trio de gagnants en perspective !

Les potentiels sont impressionnants, les premières places sont à prendre, mais il faudra faire vite.

On l’a déjà vu avec le marché des solutions IaaS, Infrastructures as a Service dans le cloud : il était balbutiant en 2007, les jeux étaient faits en 2017.

Pour les FLW, les acteurs dominants seront en place, avant la fin de l’année 2030.