Le DSI “nouveau” est arrivé !
SOA est out, DBA arrive !

Web 2.0, expliqué simplement !

Web_20_with_people_1 De nombreux textes de mon blog font référence au Web 2.0. C’est aussi la “base line” de son titre. Des lecteurs m’ont demandé de préciser ce qui se cache derrière ce concept.

Je vous propose donc ce texte, destiné aux personnes qui souhaitent avoir une vision complète, et je l’espère, claire de ce que représente Web 2.0.
C’est ce que nos amis américains nomment un “101” sur le sujet.

(Les super pros du sujet peuvent faire l’économie de la lecture de ce texte)

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Le lancement “officiel” de l’expression Web 2.0 est lié à une conférence organisée par 0’Reilly en 2005. Le long article qu’il a publié en mars 2005 est une excellente synthèse sur le sujet ; il a été traduit en plusieurs langues, dont le français.
Le graphique ci-joint, extrait de cet article, célébrissime, présente tous les “meme”, ou concepts liés à Web 2.0.

Je vous propose quatre dimensions d’analyse des spécificités du Web 2.0, humaine, technique, fournisseur et financière.

Dimension humaine

La dimension humaine de Web 2.0 est, de loin, la plus importante. Dans le Web 1.0, un internaute était “consommateur” d’information et de pages Web ; Web 2.0 lui donne la parole.
Wikis, Blogs, Podcasts, Vblogs, RSS permettent à des millions de personnes de s’exprimer, de devenir producteurs du Web.

Tag_cloud_web_20_1 Les dimensions partage, groupe, communauté prennent le pas sur l’usage individuel.  Les nouveaux lieux de rencontre, tels que Myspace aux USA ou Skyblog en France, permettent à des millions de jeunes internautes de partager, d’échanger leurs idées, leurs photos ou leurs vidéos.  La qualité n’est pas toujours au rendez-vous ? Qui peut, honnêtement s’en étonner ? Tous les cinéastes amateurs ne sont pas Spielberg.
Qu’ils aient envie de partager leur production est plus important que la qualité de leur travail.

Les étiquettes, tags en anglais, sont une excellente illustration de ce mouvement.  Chaque personne indexe l’information selon ses goûts et l’ensemble de ces tags permet de savoir, à tout instant, quels sont les thèmes ou les idées qui intéressent l’une des communautés du Web.

Ces changements sont amplifiés par l’arrivée des “digitaux natifs”. Marc Prensky est à l’origine d'une typologie des utilisateurs en trois familles :
- Digital Natif : né avec la PlayStation, le téléphone mobile, la photo numérique, l’Ipod. Pour lui, le courriel est déjà dépassé, remplacé par SMS, chats et autres outils synchrones.
- Digital Immigrant : né analogique (comme moi), il a fait un effort pour s’adapter, mais gardera toujours son “accent” analogique. J’avoue humblement mon incompétence pour manipuler une manette de PlayStation, avec ses 17 commandes, et à écrire des SMS aussi rapidement que sur mon clavier AZERTY. Il y a même des immigrants récents qui impriment leurs courriels ! (Pas moi, je le promets)
- Analogiste : n’a pas encore pris le virage. Il fait lire ses courriels par sa secrétaire qui les imprime pour les lui transmettre.  Il en reste, beaucoup, mais ils seront en minorité dans cinq ans.

DSI, responsables des ressources humaines, n’oubliez pas que les digitaux natifs sont, seront vos clients, vos salariés de demain.
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Marc Prensky a réalisé des études passionnantes sur le potentiel des jeux vidéo pour faciliter l’apprentissage dans tous les domaines, y compris la médecine.  Son dernier livre “Ne me dérange pas, Maman, j’apprends...” est sorti il y a quelques jours.
Il faudrait immédiatement le faire lire par tous les parents, tous les professeurs qui considèrent encore que la maîtrise d’un jeu vidéo sur une PSP est un signe de retard intellectuel ! 
Ceci ferait, à mon avis, plus pour l’amélioration du système éducatif français que les dix dernières réformes avortées de nos différents ministres de l’éducation !

Dimension technique

C’est la plus évidente, la plus visuelle, la plus connue. Elle est essentielle, mais n’aurait qu’un impact mineur sans la dimension humaine.
S’il fallait la définir en une phrase, je vous proposerais :
   
   l’universalité du Web, l’ergonomie du Client/Serveur.

Google_earth_mit_3    Les outils disponibles permettent, aujourd’hui, de construire des services Web 2.0 universels, accessibles par tous, partout, sur tout objet d’accès, avec une qualité de présentation et une ergonomie au moins égale à celle que l’on rencontre sur les meilleures applications disponibles sur un PC.
Les deux exemples les plus célèbres, à juste titre, sont Google Earth et Gmail.

La conjonction de plusieurs mouvements technologiques convergents accélérera le succès du Web 2.0 :

- L’arrivée de réseaux rapides, fixes et mobiles (ADSL, Wi-Fi, Wimax...).
Sans un accès à des réseaux rapides (1 Mbit/s mini), Web 2.0 resterait un concept.

- La mobilité omniprésente : Le Web 2.0 mobile, en émergence, sera dominant en 2011. Les 2 milliards de téléphones mobiles, à fin 2005, deviendront 3 milliards fin 2010 ; 80 % des objets mobiles, smartphones, PDA ou ordinateurs portables, seront équipés d’un navigateur capable d’accéder aux services Web 2.0.
Les services Web 2.0 mobiles seront la clef des succès de demain, comme l’a compris PayPal avec Paypal mobile.

- Des serveurs pour héberger les services et les données, très puissants, très économiques pour l’utilisateur (voir mon texte sur l'hébergement gratuit)

- L’information, la donnée est la ressource essentielle. La création et la mise à jour des données essentielles sont très coûteux : cartes, inventaire de livres ou de vidéo...Les entreprises capables de faire ces investissements seront capables de les vendre, cher, à tous les fournisseurs de services Web 2.0.

- Des Objets d’accès très variés, allégés, que je propose d’appeler CWR, Client Web Riche.
Un CWR est un objet d’accès Web, équipé d’un navigateur moderne (Firefox, Opera, Safari, IE7...) et des plug-ins de base : Flash, JavaScript, JVM. La majorité des CWR seront mobiles, demain.

- Les applications traditionnelles, qu’elles se vendent en boîte sur PC ou en mode ASP, sur le Web, seront toutes remplacées par des Services, le plus souvent gratuits. Tous ces services seront hébergés sur les serveurs, Internet et Intranet.

- Les outils de construction de ces Services Web existent déjà ; ils ont pour nom AJAX, Eclipse, Flash-Flex, Ruby on Rails, Microformats ou PHP.
Web 2.0 voit naître une nouvelle famille de services, en situation de ß perpétuel. La version ß d’un service n’est plus une étape vers une version figée, c’est la situation “stable” d’un service en changement dynamique.
Essayez d’expliquer ce concept à un responsable des études dans une grande entreprise ou à un vendeur de logiciels en boîtes ; bon courage !

Dimension offre

Chaque nouvelle génération de solutions informatiques crée des mutations et des opportunités pour les fournisseurs ; Web 2.0 ne fera pas exception à la règle.
Les fournisseurs qui réussiront sont ceux qui, non seulement comprennent, mais mettent en pratique les nouvelles règles du jeu.

- La fin, proche, de la vente de licences logicielles.  Les services proposés le seront, soit gratuitement, soit sous forme de souscription flexible, que l’on peut arrêter à tout moment.  S’y ajoute la dimension humaine : les digitaux natifs n’ont jamais, de leur vie, acheté un logiciel en boîte !

- L’ouverture maximale de ses services. Propriétaire, fermé = échec garanti !
L’exemple le plus évident est celui des API, points d’entrée dans les services existants. Amazon, eBay ou Google ont, tous, ouverts leurs API pour permettre à d’autres fournisseurs de s’appuyer sur leurs services pour en proposer de nouveaux.  Les écosystèmes qui seront capables de proposer le plus de services liés sont ceux qui vont réussir.

- Le respect absolu des standards du Web, sans essayer de tricher ! Tous les fournisseurs, même les plus puissants d’aujourd’hui, qui essayeraient de s’accrocher aux solutions ou formats propriétaires qui faisaient leur succès, seront laminés.  Nous allons assister à des combats sanglants, mais d’arrière-garde, dans ces domaines ; le cas ODF, pour les formats bureautiques, en sera un bon exemple.

- un retour à la raisonnabilité des solutions.  Il faut aller à l’essentiel, vite, proposer des services 95/5 (font 95 % de ce qui est demandé pour 5 % des coûts) et les faire évoluer, sans jamais tomber dans le travers de l’obésité fonctionnelle.  Des services tels que Writely ou Num-Sum remplaceront, progressivement, les suites bureautiques obèses.

Tableau_logos_web_20_1_2 - Une explosion du nombre de fournisseurs.  En moins de 12 mois, des dizaines de start-ups innovantes, dans le monde entier, ont été capables de proposer des services de qualité.  Beaucoup d’entre eux vont disparaître, d’autres seront rachetés, comme Flickr par Yahoo ou Writely par Google.
Nous devrons apprendre à vivre avec des dizaines de fournisseurs différents, loin des lubies des années 90 pendant lesquelles certains DSI ont essayé de trouver le fournisseur unique, capable de répondre à toutes leurs attentes.

Avoir été un fournisseur dominant pendant une génération d’informatique n’a jamais été une garantie pour le futur. 
De très grands, tels que Digital, Compaq ou Wang ont disparus ; d’autres, peu nombreux, comme IBM, ont su s’adapter.  Digital ou IBM, les fournisseurs leaders d’aujourd’hui devront choisir leur avenir, et vite.


Dimension financière

Les solutions et services Web 2.0 permettent de réduire, fortement, et rapidement, les coûtsSwatch_wathc_1 informatiques. Les exemples abondent :
- Gmail, 2,7 Go de stockage, gratuit
- Firefox, Thunderbird, gratuit
- Skype : échanges téléphoniques internationaux, gratuit.
- Typepad, qui me permet d’écrire ce blog : 8 euros par mois.
- Etc...
Ce qui devrait être une excellente nouvelle pour les entreprises et les organismes publics se transforme, de manière surprenante, en un casse-tête très compliqué !

  Gratuit ou économique = mauvais, dangereux, non professionnel !

Diamond_watch Faire disparaître cette équation de la tête des dirigeants et informaticiens sera, probablement, le plus grand frein à la diffusion des solutions Web 2.0 dans les entreprises.  Les logiciels Open Source ont mis dix ans à vaincre cette crainte, et ce n’est pas terminé.
Je vis parfois dans un monde économique bizarre ! Il y a quelques jours, le DSI d’une grande entreprise me disait : “Je viens de calculer le TC0 de mes PC, et j’arrive à plus de 3 000 euros par an, soit 50 % de mon budget informatique ; pouvez-vous m’aider à dépenser moins ?".
Je lui ai dit qu’il était possible, aujourd’hui, dans un monde Web 2.0,de diviser ce chiffre par 3 ou 4, et que j’étais prêt à l’y aider. J’attends toujours son appel.

Une rapide synthèse

Web 2.0 deviendra, en moins de cinq années, la plateforme informatique dominante pour toute entreprise, grande ou petite, publique ou privée ; j’espère que ces quelques lignes vous auront aidé à comprendre pourquoi.

Les solutions Web 2.0 sont encore imparfaites, les analogistes et digitaux immigrants ne sont pas encore prêts, les fournisseurs dominants de demain ne sont pas encore tous connus ; c’est vrai !
Raison de plus pour démarrer, immédiatement, une démarche qui permettra à chaque entreprise de préparer cette profonde mutation.

Pour en savoir plus

Outre l’article de O’Reilly, il suffit d’aller sur Google pour trouver...75 millions de références à Web 2.0.

J’anime bientôt un séminaire de deux journées sur le sujet, organisé par l’Institut CapGemini ; la prochaine session aura lieu en juin 2006.
 
La prochaine conférence Web 2.0 organisée par O’Reilly aura lieu en novembre à San Francisco. (LesWeb_20_confrence_2006_1 deux premières ont été “sold out” ; si vous souhaitez y participer, il ne faut pas attendre trop longtemps pour s’inscrire)

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