Blu-Ray, HD-DVD, DVD et CD, chronique d’une mort annoncée ?
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Disparition des supports physiques, suite, exemple de ... Bach !

Intgrale_bach A la suite de mon texte précédent, et des dizaines de commentaires qu’il a déjà suscités, j’ai envie de préciser certaines de mes idées en m’aidant de ... Jean Sébastien Bach !
Merci à Mr Lindorf qui m’a fait remarquer, avec raison, que j’utilisais le mot “digital” alors que seul “numérique” est correct dans la langue française.  Je me suis fait “piéger” en pensant au DVD, Digital Video Versatile Disk ; j’espère éviter cette erreur à l’avenir.

Pour les fans de musique classique, j’en suis, l’annonce cette semaine de l’intégrale de Bach sur 155 CD pour 99 euros est, en apparence, une très bonne nouvelle. Elle fait suite à l’intégrale de Mozart, du même éditeur, en 170 CD, au même prix, que j’avais achetée il y a quelques mois.

C’est aussi, pour répondre à l’un des commentaires fait sur mon texte précédent, un excellent moyen, économique, pour étaler sa grande culture musicale sur une étagère de son salon, à côté de l’Encyclopedica Britannica.

Quelques questions financières

Offre_bach_1 Sans avoir besoin des fonctions haut de gamme d’Excel, je peux calculer le prix de vente moyen par CD de ces collections ; il tourne autour de :
60 centimes d’euro/CD.

L’édition Mozart c’est déjà vendue à plus de 200 000 exemplaires, ce qui est exceptionnel dans le secteur de la musique classique.
Tout le monde a gagné de l’argent, sauf Bach : les musiciens, très nombreux, l’éditeur, les disquaires et les grands distributeurs, FNAC et autres.  N’oublions pas qu’il faut tenir compte du coût, non marginal, des supports, plus de 150 CD.

Disque_23_euros_1 On ne peut pas ne pas se poser des questions sur la distribution des coûts et des marges quand des CD de musique sont commercialisés à 20 euros ou plus, et que l’on sait que la part des artistes ne dépasse jamais 10 %.  L’écart de prix entre ces CD à l’unité et la collection Bach est dans un rapport 30.
Ce n’est pas marginal !

Pourquoi je n’achèterai pas la collection Bach

Eliminons deux mauvaises raisons pour ne pas l’acheter :
- Le prix : je peux, encore, investir 100 euros pour des CD.
- La qualité des enregistrements : ce sont de bons enregistrements, avec de bons musiciens et une bonne qualité technique.  Les fans de Jean Sébastien (ils l’appellent évidemment par son prénom) vous diront qu’il existe, pour chaque morceau, des interprétations bien supérieures. ils ont raison, mais les plaisirs que des mélomanes “normaux”, comme moi, peuvent retirer de cette intégrale économique sont déjà exceptionnels.

Intgralemozart La véritable raison du non-achat est que je sais, maintenant, que je ne l’écouterai pas
J’aurais bien sur le plaisir de me dire que je “pourrais” écouter n’importe lequel des concertos ou des arias de Bach ; mon expérience avec Mozart me montre que je ne l’ai pas fait.
Ma collection Mozart est dans mon appartement en Espagne, je pourrais l’emporter en France mais je ne l’aurais jamais sous la main en voyage, avec le thème qui m’intéresse.  J’écoute beaucoup plus iTunes sur mon Powerbook que des CD.
Je pourrais aussi, sans difficultés techniques, transformer les 155 CD en MP3 et les archiver sur mon disque dur ; je n’en ai, ni le temps, ni la patience.

Vite, la version numérique !

J’ai envie de poser une question “idiote” :
Pourquoi ne pas commercialiser, en même temps, une version numérique de l’intégrale de Bach ?

Il n’y a aucune impossibilité technique.
Les Masters, versions originales de ces enregistrements, sont certainement enregistrés en mode numérique, avec une très haute qualité. 
Il existe de nombreux formats numériques musicaux, avec des niveaux de qualité différents. Comme le faisait remarquer avec pertinence un commentaire, il ne faut pas sacrifier la qualité musicale en proposant uniquement du MP3 trop compressé.  D’autres formats, y compris le format ouvert Ogg-Vorbis, permettent de garder une qualité finale proche de l’original.  Le même phénomène existe en photo numérique, où l’accroissement de la taille des mémoires numériques permet de stocker des photos en format brut RAW, et pas seulement en .jpg.

Il n’y a aucune impossibilité financière.
Disque_dur_250_go Les 155 CD Bach représentent environ 100 Go sur CD.
Compressés en MP3 +, il suffit d’environ 10 Go pour stocker la collection complète des CD.
En haute définition numérique, faisons l’hypothèse que l’on a aussi besoin des 100 Go.
Le plus petit des disques durs externes a aujourd’hui une capacité de 250 Go, pour un prix inférieur à 100 euros.
En 2007, une clef USB aura une capacité de 10 Go, suffisante pour tout mémoriser en MP3.  C’est quand même plus confortable à transporter que 155 CD !

Je suis prêt, immédiatement, à acheter l’intégrale Bach sur un disque dur USB pour un prix proche de celui des 155 CD.  Je suis même prêt à payer un peu plus cher, de l’ordre de 120 à 150 euros.  A ce prix là, il y aura certainement des dizaines de Go supplémentaires disponibles sur le disque.
J’ai ainsi obtenu, pour un prix raisonnable, une double valeur :
- Le contenu musical, de bonne qualité.  Je dispose de tous les moyens modernes pour indexer ces musiques et accéder, rapidement, à la plage que je désire.
Je peux laisser le contenu sur ce disque dur, le transposer sur mon ordinateur portable ou le mémoriser dans mon espace numérique personnel Internet.
- Un disque dur, que je pourrais réutiliser par la suite, à l’inverse de mes 155 CD qui n’ont aucune valeur si la musique qu’ils contiennent ne m’intéresse plus.

Un futur, proche, je l’espère !

Les premiers éditeurs de musique qui oseront distribuer des œuvres sur support physique en mode numérique verront leurs ventes exploser.  Ceux qui n’y croient pas sont les mêmes qui disaient que vendre 200 000 exemplaires de Mozart était impossible.
Je souhaite, aujourd’hui, j’exigerai, demain, de pouvoir choisir entre deux modes d’accès aux contenus :
- Des versions Web, sans support physique. C’est une excellente approche lorsque le volume à transmettre est raisonnable, par exemple un opéra de trois heures. 
Ce sera aussi la meilleure solution dans une logique d’écoute une fois, d’une œuvre que je ne suis pas certain de vouloir conserver.Desert_island_1
- Des versions supports numériques préchargés, disques durs ou mémoires flash, pour des cas exceptionnels comme les intégrales de Bach ou des Beattles.  Chacun choisira d’acquérir de cette manière les musiques qu’il souhaiterait emporter sur son île déserte.

Pourquoi ne pas le proposer, immédiatement ?

Les “majors” sont traumatisés par les fameuses copies pirates qui circulent sur Internet.  Ils oublient trop vite que le piratage n’a pas attendu Internet.  Il y a toujours eu, il y aura toujours un marché parallèle où se vendent des CD ou DVD illégaux. 
La seule, la meilleure protection contre ce phénomène est de promouvoir des méthodes de distribution performantes, à prix raisonnable.  Le nombre de plages musicales vendues à 1 euro par iTunes double tous les ans.
Je suis certain de ne jamais rencontrer sur un marché aux puces des copies illégales des intégrales de Mozart ou de Bach ; il est trop coûteux, non rentable d’en créer des copies.

N’oublions pas l’arme suprême : faire confiance aux internautes, aux clients. 
J’espère lire, demain, des phrases telles que :
“Vous venez d’acquérir une œuvre à un prix raisonnable ; merci, pour permettre à ses auteurs de continuer à imaginer d’autres moyens de vous ravir, d’éviter d’en distribuer des copies non autorisées”.
Ce sera, à mon avis, plus efficace que d’essayer d’envoyer des huissiers au domicile de tous les internautes qui auraient commis le crime capital de copier illégalement une œuvre.

En 2006, oser proposer un Blu-Ray ou un HD-DVD à 40 euros est un non-sens total, économique et culturel.  La seule, petite, chance d’éviter que cette nouvelle génération de supports soit un fiasco total est de les proposer à un prix maximum de 10 euros.

Gravemajors1_1 Que les éditeurs qui ne veulent pas comprendre les profondes mutations du marché ne s’étonnent pas :
- d’en vendre très peu
- de stimuler l’intelligence de tous les hackers du monde pour leur permettre de trouver les moyens de faire sauter les protections qu’ils croient, naïvement, être efficaces.

Lutter avec des contraintes idiotes (DRM) contre les évolutions de la technologie, des cultures et des usages de ses clients est une absurdité.
Si les éditeurs actuels de musique et de films ne le comprennent pas, qu’ils ne comptent pas sur moi pour aller verser une larme sur leur tombe, qu’ils auront eux-mêmes creusée.

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