Quel prix pour la musique, la vidéo, l’information numérique ?
Plateformes ouvertes, clefs du pouvoir, demain ?

Prix de l’information numérique, suite...

En moins d’une semaine, après mon premier texte sur les prix auxquels nous sommes prêts à utiliser légalement des informations numériques, toute une série d’événements se sont produits.
Ils m’ont donné envie de publier une “petite” suite.


Musique classique numérique

Dg_music_shop_2 Pour tous les amateurs de musique classique analogique, le label DG, Deutche Grammophon, a toujours été la marque de prestige par excellente.
DG vient d’annoncer, cette semaine... une boutique en ligne où ils vont commercialiser une grande partie de leur prestigieux catalogue.

J’ai retenu quelques points significatifs de cette annonce.

Les choix techniques sont “raisonnables” et modernes :
Dg_tech_specs - Format MP3 à 320 Kb/s, ce qui donne une qualité tout à fait acceptable pour la grande majorité des mélomanes, dont je fais partie, qui n’ont pas la chance d’avoir “l’oreille absolue”.
- Pas de DRM ; personne ne va s’en plaindre !
- Pas d’ostracisme concernant les lecteurs : iPod, Walkman.. On remarquera simplement que le Zune n’est même pas cité !
- Un livret d’accompagnement en PDF : une très bonne idée.

Les options financières sont “raisonnables” :
Dg_prix_opra_2 - Prix alignés sur ceux d’iTunes.
- 12 euros pour chaque “album”, équivalent à un CD.
- 1,29 euro par piste ; on peut s’étonner que DG accepte de “saucissonner” la musique classique en pistes ; ce n’est pas idiot, en particulier quand on propose un recueil d’airs d’opéras, tous indépendants les uns des autres.
- Des promotions à 20 % sur une sélection de titres
- Tout nouveau client peut se procurer, gratuitement, l’une des pistes de son choix, valable sur tout le catalogue.

Une richesse du catalogue très “raisonnable” :
- 24 000 titres sont disponibles, immédiatement ; c’est beaucoup plus que ce que l’on peut trouver dans les “bacs” des plus grands disquaires spécialisés en musique classique. Un bon exemple de “longue traine”.

- 600 titres sont disponibles en MP3 alors qu’ils sont épuisés sur support physique.  Excellente idée de DG qui peut ainsi commercialiser des titres épuisés avec un investissement marginal.
- Tous les titres les plus récents sont disponibles, y compris le dernier “tube” d’Hélène Grimaud, son interprétation d’une œuvre “peu connue”, le concerto l’Empereur de Beethoven.
Je ne suis pas certain que les disquaires traditionnels vont beaucoup apprécier.

Je pense que je vais faire de nombreuses visites à de ce site DG, même s’il n’est pas encore très “Web 2.0”. Je n’y ai pas trouvé de lien RSS, mais on peut quand même utiliser un outil Web 1.0 et s’abonner par email à la newsletter.


Quand l’imagination vient aux artistes !

Oimen_sur_musique_1_2 Cette même semaine, le site “people” de 01 informatique, 01men, a présenté les différentes démarches suivies par quatre artistes pour s’adapter, intelligemment, à un marché en profonde mutation.
Il va sans dire qu’aucun d’entre eux n’a choisi la voie archaico- paléontologique du procès aux internautes.

Il est passionnant d’analyser ces quatre stratégies, totalement différentes, mais qui s’appuient sur un même constat :

- La valeur d’un artiste est multidimensionnelle : on ne peut plus dissocier la vente de la seule musique, des concerts et des opérations de merchandising. J’entends déjà les cris des personnes qui vont trouver que c’est indécent de parler gros sous et pas de culture ; demander quand même aux artistes s’ils n’ont pas besoin de quelques euros pour vivre.
Oimen_sur_musique_2_2
- Certains, comme Madonna, confient leur destinée à des sociétés spécialisées dans les spectacles, Live Motion, en abandonnant les majors.

- D’autres, comme Robbie Williams, font le mouvement inverse ; ils confient leur avenir à EMI, un major avec des contrats “360” qui couvrent aussi les concerts.

- Le groupe de Rock RadioHead a choisi une démarche très Web 2.0 en laissant les internautes choisir le prix auxquels ils paient la musique.

- Autre démarche très originale : Prince a vendu son CD “Planet Earth” à un journal britannique qui l’a distribué gratuitement à ... 3 millions d’exemplaires.  Les disquaires ont ensuite refusé de vendre ce CD !

Dans un cas comme dans l’autre, seuls changent les signataires ; tous ont compris qu’il fallait manager un artiste dans toutes ses dimensions. La vente des CD ne représente plus que 30 % du CA total d’un artiste.


Le refus de l’innovation : une démarche très ancienne

Versac, sur son célèbre blog, publie un long texte qui met en pièces le rapport Olivennes.

Bastiat_2 Je vous en conseille la lecture, et surtout celle des commentaires, très enrichissante.
J’y ai trouvé la référence à un texte jubilatoire de Frédéric Bastiat, un économiste français du X1X ème siècle, très peu connu dans son pays.

Il propose la :
“Pétition des fabricants de chandelles, bougies, lampes, chandeliers, réverbères, mouchettes, éteignoirs, et des producteurs de suif, huile, résine, alcool, et généralement de tout ce qui concerne l'éclairage”.

Fnac_ternes Ce petit chef d’œuvre d’humour propose simplement, pour accroître le CA de ces métiers, d’interdire une ressource gratuite “insupportable”, la lumière du soleil.

Cette pétition propose donc de fermer toutes les fenêtres et ouvertures dans les appartements, maisons et bureaux, pour obliger tout le monde à utiliser en permanence l'éclairage artificiel !

Toutes les personnes qui ont osé écrire le rapport Olivennes devraient être condamnées à apprendre ce texte par cœur et aller le lire, tous les week-ends de Noël dans les boutiques de... la FNAC.

Commentaires