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Très haut débit : et si la France se trompait d’époque ?

Broadband world Forum Paris Fin septembre 2009, Paris aura été l’hôte de deux salons consacrés au très haut débit.

Le premier, “Broadband World Forum”, comme son nom l’indique clairement, était un événement international et a eu lieu du 7 au 9 septembre.

Salon Odébit 2009 Le second, “ODEBIT 2009”, très centré sur l’équipement du territoire national français, aura lieu les 22 et 23 septembre 2009.
Je m’y suis inscrit, bien sûr, car c’est un sujet stratégique sur lequel je travaille beaucoup.

En lisant le programme, quelle ne fut pas ma surprise en constatant qu’il n’était question, pour l’essentiel, que de la fibre optique !

Je suis très inquiet, car j’entends actuellement en France un discours simpliste sur ce sujet :
- La France est en retard sur le Très Haut Débit, oui.
- Les pays qui sont en avance, Japon, Corée du Sud ont déployé de la fibre optique, oui.
- Donc, il faut déployer de la fibre optique en France !

Et si ce raisonnement, en apparence logique, était erroné ?
C’est ce que je vous propose d’analyser avec moi.


Les atouts de la France, aujourd’hui

Remarque : ce que j’écris sur la France est valable pour la grande majorité des pays développés.

Haut débit en France 7_2009La France n’a pas à rougir de sa position concernant les accès à Internet :

- Elle est très bien placée en Europe dans le haut débit, entre 1 et 10 Mbits. Une récente enquête de l’ARCEP, l’organisme de régulation des télécoms, montre que près de 19 millions de foyers étaient connectés à Internet, fin juillet 2009.

- Les tarifs pratiqués pour les accès Internet, en majorité ADSL, sont très compétitifs, grâce à une forte concurrence entre les principaux acteurs.


Les retards de la France, aujourd’hui

Horloge en retard Nous avons un très grand retard dans le déploiement du très haut débit (THD),
Dans la suite de ce texte, je prendrai comme hypothèse de travail que le THD commence à 50 Mbit/s. D’autres préfèrent parler de 100 Mbi/s minimum, mais je considère que 50 Mbit/s permettent déjà un saut qualitatif majeur en termes d’usages de l’Internet.

L’échec retentissant du premier plan câble, suivi d’un déploiement “anémique” de la fibre optique font que, aujourd’hui, la France est dans le peloton de queue des pays où le THD est déployé.
Une des nombreuses études publiées récemment sur le sujet place la France en 23e position pour le débit descendant, et 37e pour les débits montants, devant les Etats-Unis, mais loin derrière les leaders.

Ce retard est-il sérieux ? Oui !
Est-il important de le combler rapidement? Oui !

Dans le contexte de ce blog, centré sur les usages professionnels des outils informatiques, je suis persuadé que les entreprises ont beaucoup à gagner, en termes de productivité et de compétitivité, si elles peuvent proposer un accès THD à leurs collaborateurs.


La fibre optique pour tous, un combat d’arrière-garde ?

Salon Odébit 2009 Conférences FTTH FTTB, FTTO, FTTx, (Fiber To The Building, Office, anywhere...) ! Ce sont les thèmes omniprésents de la conférence ODEBIT 2009.

Au début des années 90, de très nombreux pays étaient en retard pour les réseaux téléphoniques filaires, Pologne, Maroc, Sénégal...
Se sont-ils précipités pour installer des fils de cuivre partout ? Non, ils ont eu l’intelligence de sauter une génération technologique et de passer directement au GSM, téléphonie sans fil.  Dans tous ces pays, le taux d’équipement est très élevé et dépasse souvent les 60 à 80 %  de la population.

Au début des années 2010, la France, et beaucoup d’autres pays se trouvent devant une situation identique, concernant les fibres optiques.

Seront nous aussi intelligents que les pays en émergence des années 90, seront nous capables de sauter une génération et de faire, pour le THD, ce qu’ils ont fait pour la voix, c'est-à-dire déployer directement des réseaux  Très Haut Débit.... sans fil.

C’est une question stratégique majeure, au moment où des décisions d’investissements importants vont être prises.

Prenons l’exemple de notre déjà célèbre Grand Emprunt National.
Investir dans des infrastructures du futur, c’est, si j’ai bien compris, son objectif prioritaire et je trouve cela une excellente idée.
Mais quand je lis , et , que la fibre optique serait la solution retenue, j’ai envie de crier “casse-cou”.

Le discours de Jean-Ludovic Silicani, Président de ‘l’ARCEP, le 10 septembre 2009 à l’occasion du séminaire “Numérique : investir aujourd’hui pour la croissance de demain”, confirme mes inquiétudes. Il y parle des moyens de financer la fibre, selon la densité de la population et donne cette définition du THD :

“....vers le très haut débit qui se caractérise, quant à lui, par l’arrivée de la fibre optique jusqu’aux logements.”

Dans ce même discours, il annonce aussi que “ Ce chantier représentera un surcroît d’investissement considérable : plusieurs dizaines de milliards d’euros.”

Pour plus d’informations sur ce séminaire “politique”, je vous conseille le blog d'Olvier Ezratty, qui a écrit trois textes très détaillés sur cet événement.

Installation Fibre optique Creuser des dizaines de milliers de kilomètres de tranchées pour installer des fils ! En 2010 !

Quelle ringardise ! Quel gâchis financier !

Et si l’on sautait, directement, dans l’ère du THDM, Très Haut Débit Mobile ?

Attention, il ne s’agit pas de nier l’intérêt de la fibre optique, indispensable, et depuis longtemps, pour les infrastructures internet en moyenne et longue distances.  Dans ce domaine, tout est déjà prêt ; on estime que plus de 80 % des fibres optiques déjà installées en France ne sont pas utilisées. Elles pourront être mises en service pour relier tous les émetteurs THDM que l’on peut installer au cours des 5 prochaines années.


Le Très Haut Débit pour “presque tous”, oui, mais ... mobile !

Les priorités étaient totalement différentes au “Broadband World Forum” ; les réseaux sans fil étaient omniprésents dans tous les discours. Le nouveau CEO d’Ericsson, Hans Vestberg, dans son exposé prévoit que “In five years] we will almost have 3 billion mobile broadband subscribers”  (dans 5 ans (en 2014), il y aura presque 3 milliards d’abonnés haut débit mobile.)

Speed Mobile networks:fixed Les progrès réalisés par les réseaux sans fil, 3G+ et HSPA aujourd’hui, LTE et/ou WiMax demain, sont spectaculaires ; comme le montre très bien ce graphique, leurs performances se rapprochent aujourd’hui de celles des réseaux filaires.

J’ai publié sur ce blog, en avril 2009, cinq textes sur les réseaux haut débit, filaires et sans fil. Le premier est et celui qui parle plus spécialement des réseaux très haut débit sans fil, ici.

Je ne vais donc pas reprendre en détail ce sujet, mais aller à l’essentiel.

Dès 2010/2011, les réseaux sans fil LTE permettront de proposer des vitesses de transfert, en descente, de l’ordre de 100 Mbit/s.
Forrester Utilisateurs Internet Mobile 2014 En clair, ces réseaux sans fil auront les mêmes performances que la fibre optique FTTH dont la France envisage de s’équiper.
Le cabinet d’études Forrester prévoit, lui aussi, une très forte croissance du nombre d’utilisateurs haut débit mobile en Europe.

Une question simple : quand un réseau sans fil propose les mêmes performances qu’un réseau filaire, quel est celui qui va gagner, celui qui aura les faveurs du public, celui qu’il faut privilégier ?

Vous connaissez la réponse !


Un plan d’action Très Haut Débit Mobile pour la France : comment ?

La France souhaite investir dans les infrastructures, tant mieux ; une opportunité extraordinaire se profile à l’horizon :

Devenir, en 5 ans, l’un des premiers pays au monde à proposer du Très Haut Débit Mobile pour 90 % de la population.

J’entends déjà les arguments de tous ceux qui vont lutter contre cette idée :
- Ce n’est pas possible.
- Aucun pays ne l’a fait.
- Les antennes sont dangereuses pour la santé.
- Les technologies LTE ou WiMax ne sont pas opérationnelles
-....

Il y a bien sûr une part de risques, raisonnables, à ce lancer dans ce projet d’investissement, mais les signes encourageants sont très nombreux :
 - La Suède a annoncé un projet dans cette direction.

LTE chip - Les premiers modems LTE à 100 Mbit/s arrivent sur le marché.

- Tous les acteurs industriels du marché sont conscients du potentiel de ces technologies.

3G Modem WiFi - On peut déjà acheter des “modems” qui transforment le signal HSPA ou LTE en Wi-Fi, partageable par plusieurs personnes. Ces petits boitiers pourraient, demain, remplacer les “box” ADSL, en offrant en plus la possibilité de les transporter dans sa maison de vacances ou son camping favori ! Autre avantage, le coût de l’abonnement LTE sera partagé par tous les utilisateurs de ce boitier.

Le plan d’action que je propose est simple, trop simple peut-être :

Mains partenariat - Partenariat Public / Privé : cela tombe bien, il y a trois, bientôt quatre opérateurs mobiles en France qui vont, de toute façon, investir sur LTE. Le Grand Emprunt National peut, en versant une somme raisonnable de l’ordre du milliard d’euros à chacun, donner un très fort coup d’accélérateur à ces investissements.

- Libérer le plus vite possible les fréquences de la télévision analogique pour ces réseaux ; dans ces bandes de fréquences, relativement basses, il faut moins d’antennes pour couvrir le territoire national.

- Donner priorité à la couverture des zones géographiques de faible et moyenne densité au démarrage du projet, car ce sont celles qui en ont le plus besoin. Les opérateurs mobiles n’ont pas besoin d’aides de l’État pour financer les espaces à très haute densité de clients.

- Ne pas financer le déploiement de la fibre optique FTTH ou FTTO. Les opérateurs sont parfaitement capables de déterminer dans quelles zones, à forte densité, il est rentable pour eux de proposer des solutions FTTH pour les particuliers ou FTTO pour les entreprises.

Transformer un retard en opportunité ; c’est ce que peut faire aujourd’hui un pays comme la France en misant sur le Très Haut Débit Mobile.

FTTx ou LTE pour le Très Haut Débit : un choix simple, un choix stratégique, un choix qui peut profondément impacter la compétitivité de notre économie.

Espérons qu’une grave erreur d’investissement ne soit pas commise dans les semaines qui viennent !

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