Les 3 ans de Google Apps
Microsoft adore le Cloud Computing ! Message officiel de Steve Ballmer.

Pourquoi Microsoft voue une haine viscérale au Cloud Computing

(Remarque : texte plus long qu’à l’habitude)

Black Clouds Pourquoi ce titre ? Est-ce que l’on n’entend pas chez Microsoft tous les responsables au plus haut niveau vanter les louanges du Cloud Computing, des nouvelles offres Azure...

Lors des journées Microsoft Techdays célébrées à Paris du 8 au 10 février 2010, le Cloud, sous la marque Azure, était très présent.
Hugo Lunardelli est l’auteur d’un des blogs les plus «positifs» sur Microsoft ; dans son compte rendu de cette manifestation, Produits Microsoft Techdays il écrivait :
«... voir Microsoft souligner qu’il était seul en mesure de proposer un continuum de solutions allant du dacatencer traditionnel au cloud computing en passant par toutes les solutions hybrides situées entre ces deux éléments

Ce texte  est tout sauf un pamphlet primaire «anti Microsoft».
Ce que je vous propose, c’est une analyse froide, objective et financière des impacts du Tsunami Cloud Computing sur les finances de Microsoft.

La décennie Cloud a démarré en 2010 ; ce n’est pas demain matin que ses impacts vont s’en faire sentir à plein, mais on en voit déjà les premiers résultats.
J’ai par exemple évoqué les «soldes» faites par Microsoft sur un produit non encore annoncé, Office 2010.

Microsoft vient d’annoncer les prix d’Office 2010 en Angleterre, avec une baisse d’environ 30 % par rapport à la version 2007.

Et ce n’est qu’un début ...

Ce texte n’est pas une critique des produits commercialisés par Microsoft, dont les qualités et les défauts ne sont pas en cause. Comme je l’ai écrit dans un texte très récent, même le meilleur avion à hélice du monde n’avait aucune chance face à l’arrivée de la révolution des moteurs à réaction.


Les sources de bénéfices de Microsoft, fin 2009

Logo Xbox Depuis plus de 10 ans, Microsoft a tout tenté pour se diversifier : Xbox, moteur de recherche Bing...

Malgré tous ces efforts, et des dizaines de milliards de dollars investis en R&D, les résultats ne sont pas au rendez-vous.
L’arrivée de Ray Ozzie en numéro deux de la société reste l’une des clefs de la mutation de Microsoft vers le Cloud ; un long article d’Infoworld présente positivement les efforts réalisés par Ray, tout en restant sceptique sur sa capacité à contrer Google.

Microsoft profit by divisions Ce tableau présente la répartition des bénéfices de Microsoft selon ses lignes de produits, sur les trois dernières années.

Les chiffres sont sans appel :
Fin 2009, ce sont les produits historiques, Office, Windows poste de travail et les solutions Windows Server qui font que Microsoft gagne encore beaucoup d’argent.
Toutes les autres divisions, autour de l’Internet ou des plateformes de jeux, perdent de l’argent ou équilibrent tout juste leurs comptes.

Microsoft share 2000 - 2010 La bourse américaine l’a d’ailleurs bien compris et considère Microsoft comme une valeur de rendement et non pas de croissance. Avec un bénéfice trimestriel qui oscille entre 5 et 8 milliards de dollars, Microsoft reste l’une des entreprises américaines les plus rentables.

Le cours de l’action Microsoft n’a pas vraiment fait des étincelles depuis 10 ans ! Il est en ce début de 2010 inférieur à sa valeur de janvier 2000.

10 ans bourse Apple, Ms, Google C’est encore plus frappant quand on compare les cours de Microsoft à ceux de Google et d’Apple sur la même période ; ils ont respectivement augmenté de 400 % et 700 %.

Ballmer Cloud Zombies Alors, pourquoi s’inquiéter ? En ce début 2010, la situation est tout sauf catastrophique, comme le montrent les résultats à fin décembre 2009 :
- Les bénéfices trimestriels restent très élevés, supérieurs à 8 milliards de dollars.
- Windows a encore plus de 90 % de part de marché sur les PC et Windows 7 est mieux accepté par le marché que Vista.
- Office est archi dominant sur les postes de travail de toutes les entreprises.
- Windows Server a acquis une bonne crédibilité dans les centres de calcul.

Oui, mais... le Tsunami Cloud Computing est annoncé !


Impacts du Cloud Computing sur les bénéfices de Microsoft

Si vous pensez que le Cloud Computing n’est qu’une mode passagère, une vaguelette de changement,  la suite de ce texte va vous paraître totalement irréaliste. Dans le cas contraire, vous devriez, pour l’essentiel, partager mes conclusions.

Dry lake s Comme l’ont montré les graphiques précédents, Microsoft tire encore, en ce début 2010, l’essentiel de ses bénéfices des trois lignes de produits historiques.
La migration des entreprises vers des solutions Cloud Computing va, très vite, assécher les trois sources historiques de bénéfices de Microsoft.
Ce «changement climatique» majeur aura atteint son maximum d’ici une dizaine d’années, mais dès 2015 on pourra en mesurer les impacts.

Je vous propose donc un saut en avant raisonnable, de cinq années, pour mesurer le niveau de tarissement des trois sources de bénéfices de Microsoft en ... 2015.


2015 : Serveurs et outils

Tous les acteurs industriels du Cloud Computing,, Amazon, Facebook, Google, IBM, Yahoo! ... utilisent quasi exclusivement des solutions Open Source pour gérer leurs maxi centres de calcul ; elles ont pour noms Linux, Cassandra, Hadoop, HipHop, Mapreduce, Memcached, Traffic server ...

Indian reserve Windows Azure Avec Azure, Microsoft est le seul grand acteur du Cloud qui continue à proposer des solutions propriétaires, Windows Server, SQLServer, .Net ...

En 2010, Microsoft dispose encore d’une des plus grandes armées de développeurs du monde formée à ses solutions. Dans beaucoup d’entreprises et de SSII, cette population a défendu ses compétences, ses «certifications» et à réussi à ralentir la vague Open Source.
En 2015, une majorité des applications «historiques» telles que les grands ERP et les solutions métiers développées sur mesure n’auront pas migré sur des clouds publics ;  elles resteront dans des clouds privés, utilisant les mêmes solutions techniques qu’en 2010 (N’oublions pas que Cobol est encore très présent en 2010 !).

North American Indian Cette «tribu» des développeurs sur solutions Microsoft restera donc encore forte en 2015, même si elle commencera à souffrir du vieillissement que l’on connait aujourd’hui dans la tribu des spécialistes Mainframe IBM.

La division Serveurs de Microsoft sera donc celle dont les bénéfices devraient le moins baisser ; une grande majorité d’entreprises auront encore des centres de calcul privés utilisant Windows Server et les outils de développement de Microsoft.

Mais la migration vers les clouds publics de 50 % des applications fonctionnant sous Windows Server, la virtualisation des serveurs restant, combinées à une forte pression sur les prix, vont réduire de 60 % les bénéfices de cette division.

Bénéfices serveurs et outils en 2015 : 40 % des bénéfices 2010.


2015 : Windows poste de travail

2010 a bien commencé pour cette division de Microsoft, avec le succès de Windows 7 qui fait un peu oublier le fiasco de Vista.

Windows8 On commence à évoquer chez Microsoft Windows 8, qui pourrait apparaître en 2012.
Hélas pour Microsoft, ce dernier rejeton de la famille Windows fera un bide retentissant, car la demande d’0S lourds sera devenue minimale.

En 2015, pour accéder aux solutions Cloud, les entreprises utiliseront majoritairement des objets mobiles et légers, comme je l’ai souvent évoqué.

Jolycloud - Chrome OS Ces OS légers qui équipent ces postes mobiles ont pour noms JoliCloud, ChromeOS, Android, MeeMo. Ils sont tous Open Source et gratuits pour les constructeurs.
Comme on l’a déjà vu lors de l’arrivée des Netbooks en 2008, Microsoft a été obligé de brader Windows XP, à un prix inférieur à 3 €, pour contrer l’offensive Linux.

Face à d’excellentes solutions Open Source et gratuites, Windows 8 et Windows Mobile 7 ne pourront plus lutter, avec leurs prix actuels. Pour sauvegarder le plus possible ses parts de marché, Microsoft sera obligé de réduire très fortement les prix de vente de ses OS à tous les constructeurs, même les plus fidèles tels que Dell ou HP.

HP recommande Windows Les excellentes relations qu’entretenait Microsoft avec les grands constructeurs vont s’envenimer avec l’arrivée du Cloud Computing et l’on verra de moins en moins sur leurs sites des phrases comme : «xxx recommande Windows 7 édtion ultimate»

Oui, il existera encore beaucoup de PC fonctionnant sous Windows en 2015.
Oui, mais ... ce seront pour l’essentiel des versions «anciennes», telles que Windows 7 et les nouvelles versions commercialisées le seront avec des marges beaucoup plus réduites qu’en 2010.
Les bénéfices opérationnels de la division Windows poste de travail auront, en 2015, chuté d’environ 70 %.

Bénéfices Windows poste de travail en 2015 : 30 % des bénéfices 2010.


2015 : Office

Logo office 2010 Il y a en 2010 environ 1 000 millions d’utilisateurs d’Office, toutes versions confondues.

En 2015, il en reste 200 millions qui estiment, parfois avec raison, qu’une solution très puissante sur le poste de travail est indispensable pour leur tableur ou leur «PauvrePoint»». Ces 200 millions ont gardé leur version favorite, 2003, 2007 ou 2010 et n’ont pas acheté la nouvelle version 2014, bien qu’elle soit en promotion à 37 € HT pour toutes les entreprises.

Les 800 autres millions continuent à écrire, calculer... mais ils utilisent maintenant des solutions Web professionnelles collaboratives natives, proposées par Cisco, Google, IBM et Microsoft. Le prix référence de 2010, 3 € / personne / mois, a été maintenu et le niveau de fonctionnalités a fait d’énormes progrès.
Pour le grand public, ce sont des solutions gratuites qui sont utilisées ; il n’existe plus une seule personne censée sur terre pour «acheter» ses outils «participatique», messagerie, agenda, traitement de texte, tableur, présentation, wikis, blogs et microblogs, partages de photos et vidéos ...

La division Office de Microsoft est celle qui souffrira le plus du mouvement vers le Cloud. Microsoft est bien sur présent avec une offre Web d’excellente qualité, mais vendre 3 € par mois une solution Web qui demande de grosses ressources d’infrastructures (tous les fournisseurs proposent 50 Go en standard) a fait fondre les marges de 80 %.

Bénéfices Office en 2015 : 20 % des bénéfices 2010.


Quelle valeur boursière pour Microsoft, en 2015

MS opérating income 2006 - 2009 En ce début d’année 2010, la valeur boursière de Microsoft est d’environ 250 milliards de dollars.
En prenant comme valeur moyenne des bénéfices opérationnels (operating income) des quatre dernières années, on obtient les chiffres suivants :
Bénéfices Windows :     $   9 B
Bénéfices Office :         $ 10 B
Bénéfices serveurs :      $   1 B
Bénéfices totaux :      $ 20 B

Dans toute cette série de calculs, l’important, ce sont les ordres de grandeur et non pas des chiffres précis. Par exemple, la moyenne des «operating income» 2006 - 2009 est de 19, 36 B, mais en tenant compte des pertes des autres divisions, j’ai arrondi à $ 20 B pour ces trois divisions.

Si les hypothèses que j’ai faites sur les évolutions de ces différentes lignes de produits s’avèrent raisonnables, j’obtiens les chiffres suivants pour les bénéfices opérationnels de Microsoft en 2015 :

Bénéfices serveurs :      $   1 B x 40 % =     $ 0,4 B
Bénéfices Windows :     $   9 B x 30 % =     $ 2,7 B
Bénéfices Office :         $ 10 B x 20 % =     $ 2,0 B
Bénéfices totaux :                                   $ 5,1 B

Bénéfices Microsoft - 75 % Le bénéfice annuel de Microsoft passera donc de 20 milliards à environ 5 milliards de dollars, un chiffre encore respectable, mais qui correspond à une baisse de près de 75 %.

Comme on l’a vu plus haut, cela fait dix ans que la bourse considère que Microsoft est une valeur de rendement, dont le cours est étroitement lié à ses bénéfices. 
Sur ces hypothèses, je pronostique que la valeur boursière de Microsoft devrait elle aussi être divisée par quatre, soit :

Valeur boursière Microsoft en 2015 :

60 milliards de dollars



Scénario catastrophe ?

Je vais être attaqué de toutes parts pour faire de l’anti-Microsoft primaire, de la «finance fiction», pour travailler sur des hypothèses irréalistes... et je m’y suis préparé !

Je résume les grandes lignes du scénario que j’ai construit :
- Le Cloud Computing est la grande mutation informatique de la décennie 2010 - 2020.
- Le Cloud Computing va mettre à mal les trois principales sources actuelles de bénéfices de Microsoft.
- Microsoft n’arrive pas à trouver des relais de croissance suffisants dans ce nouvel environnement Cloud Computing pour enrayer une très forte chute de ses marges et de ses bénéfices.

Gisant 1 Sur les deux premiers points, il n’y a pas, de mon point de vue, la moindre incertitude.

Sur le troisième, j’aimerais bien me tromper ; malheureusement, ce qui c’est passé entre 2000 et 2010 ne me rend pas très optimiste sur les capacités de Microsoft à créer des lignes de produits et services capables de générer les milliards de dollars de nouveaux bénéfices nécessaires pour combler les pertes des divisions historiques.


Vague basque Comment demander à une entreprise d’accueillir à bras ouverts un Tsunami nommé Cloud Computing, quand elle sait très bien qu’il va balayer les 3/4 de ses bénéfices ?
Comment reprocher à Microsoft de tout faire pour retarder au maximum cette échéance ?

Aucun fournisseur informatique, aussi puissant soit-il aujourd’hui, ne pourra bloquer cette puissante vague Cloud Computing.
Seuls les fournisseurs capables de l’anticiper, de l’accompagner, de s’adapter aux nouveaux contextes technologiques qu’elle va induire seront encore des acteurs crédibles en 2020.

Tous ne seront pas au rendez-vous ...

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