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Le Cloud Computing, au service du gouvernement... US !


Deficit france - Tous les états du monde utilisent massivement l’informatique...
A titre d’exemple, les dépenses informatiques des organisations gouvernementales américaines sont comprises entre $120 B et $130 B, soit environ 100 milliards d’euros par an.
- Tous les états du monde ont des soucis budgétaires...
- Tous les états du monde sont à la recherche de solutions informatiques plus économiques...

Pour réduire rapidement leurs dépenses informatiques, tous les états du monde doivent déployer immédiatement des solutions Cloud Computing / SaaS, Software as a Service.

Oui, mais...
Comme beaucoup d’entreprises, et souvent plus que les entreprises, les organismes publics sont soumis à des contraintes légales en terme de sécurité et de confidentialité des données qui rendent parfois délicate cette migration vers le Cloud.


Le Cloud, «Persona Grata» pour les organismes publics américains

Fisma Le 26 juillet 2010, Google a obtenu pour Google Apps la certification FISMA, Federal Information Security Management Act.

En pratique, cela signifie que toutes les organisations gouvernementales américaines, aux niveaux fédéraux, états ou locaux, peuvent utiliser Google Apps et les autres outils proposés par Google pour gérer leurs données, à l’exception, bien compréhensible, des données «classified» (confidentiel défense).

C’est une grande première pour le Cloud Computing ; Google est la première solution SaaS à obtenir cette certification.

Les conditions de cette certification FISMA :
- Les données sont stockées dans des centres calculs sur le territoire américain.
- Une version spécifique de Google Apps est proposée aux organismes publics ; ce sont exactement les mêmes outils que ceux proposés aux entreprises, mais ils disposent d’un espace de stockage réservé.

Google Apps for government En pratique, Google a créé un «Community Cloud», un «nuage communautaire gouvernemental», où seront stockées toutes les données des organismes publics.

L’état du Colorado avait anticipé cette certification ! Un bureau central, le Colorado's Statewide Internet Portal Authority (SIPA), a signé un accord avec un revendeur Google local pour proposer Google Apps à tous les organismes de l’état, ce qui représente un potentiel de 300 000 utilisateurs.
Le «Larimer County» sera l’un des premiers à en profiter, en migrant 1 800 personnes pendant le Week End du 4 juillet, date symbolique, car c’est celle de la fête nationale américaine !


Quels impacts pour les organisations gouvernementales françaises ?

Secure doc Après la certification SAS 70 type II déjà obtenue, cette nouvelle certification FISMA est une excellente nouvelle pour toutes les entreprises et les organismes publics qui utilisent déjà ou envisagent de déployer Google Apps.

Les procédures de sécurité très contraignantes exigées par FISMA seront appliquées par Google dans les quarante centres de calcul répartis par le monde ; toutes les entreprises, publiques ou non, vont en bénéficier.

Google proposait déjà une solution similaire pour les entreprises européennes ; elles peuvent obtenir que leurs données soient mémorisées dans le sous-ensemble de centres de calcul situés en Europe.

Google Apps pour A Nationale, Elysée.. Avec FISMA et la possibilité que les données soient hébergées en Europe, Google Apps va s’imposer encore plus rapidement comme la solution de référence pour l’immense majorité des organismes publics français, au niveau de l’Etat, des régions, des départements ou des communes.


C’est aussi une excellente nouvelle pour toutes les écoles, collèges, lycées et universités qui peuvent migrer plus «sereinement» vers la version «éducation» de Google Apps, totalement gratuite !

Notre ministre du budget, qui cherche des économies rapides dans les dépenses de l’Etat, les citoyens qui paient les impôts ne vont s’en plaindre !

(Rappel : je suis cofondateur de Revevol, distributeur de Google Apps dans plus de dix pays, dont la France.)


«L’homo interneticus» restera-t-il «l’homo sapiens» ? (Deuxième partie)


Nicolas Carr Rappel : Le troisième livre de Nicholas Carr, «What the Internet is doing to our brains: the shallows.», s’intéresse aux impacts d’Internet sur le cerveau humain. La première partie de cette analyse a mis en évidence les découvertes récentes des neurosciences sur l’extraordinaire plasticité de notre cerveau.

Cette deuxième partie fait le point sur les liens entre le fonctionnement de notre cerveau et Internet.
Hyperliens, multimédia, instantanéité, multitâches, bidirectionnalité... Ce sont, pour Nicholas Carr, les éléments qui différencient le plus Internet de nos «outils de l’esprit» traditionnels.

J’ai aussi choisi de mettre en évidence trois thèmes majeurs des «shallows» :
- Le bouleversement de notre relation au livre.
- Les processus de mémorisation.
- Les rôles et la responsabilité de... Google dans ces mutations.


Hypermédia

Hypermedia La numérisation de tous les contenus, textes, images, sons, vidéos a mis fin à la fragmentation historique des médias et de leurs outils de consommation.

Un livre pour un texte, un vinyle pour la musique, une cassette VHS pour un film, tout ceci disparait rapidement, remplacé par des «pages Web» multimédias où l’on peut accéder instantanément à un document PDF, Pandora pour sa radio sur mesure et à une vidéo YouTube.

Ces contenus multimédias se transforment en «hypermédia » par la généralisation des liens hypertextes. Si l’on y rajoute le multifenêtrage, l’interactivité, l’Internet se transforme en un :

  «Écosystème de technologies d’interruption»

L’hégémonie du Web sur le packaging et la circulation de l’information numérique devient totale, marginalisant progressivement tous les autres médias.
Nicolas Carr cite plusieurs études qui démontrent que plus il y a de liens, plus la dimension multimédia d’une page Web est grande, moins la compréhension d’un texte est bonne !
Tout ce passe comme si nos cerveaux, débordés par ces hyperliens, le multitâche, la variété des médias, retournaient à un état plus primitif, pré-Gutenberg !


Instantanéité

Eparpiller - Confetti Pour un «digital native» de la génération Y, devenir invisible sur le Web si l’on ne réagit pas en permanence, si l’on ne nourrit pas son réseau social est un risque majeur qu’il ne peut plus prendre.
S’y rajoute la nature «bi directionnelle » du Web 2.0, très différente des médias historiques tels que livre, presse, radio ou TV ; elle nous pousse à réagir en permanence et augmente encore le nombre d’interruptions que doit gérer notre cerveau.

Un internaute est aussi accaparé par la forte dimension «physique» du Web : on clique, on passe en mode portrait ou paysage sur l’iPhone ou l’iPad, on réagit à des signaux sonores ou visuels, on fait glisser sa souris....
En résumé :

L’Internet accapare notre attention pour mieux... l’éparpiller !


Le livre et Internet

Pour Nicholas Carr, l’impact d’internet sur notre capacité de lecture et de compréhension d’un livre classique, papier, est l’un des plus forts et des plus préoccupants.

Old Book Ce n’est pas la première fois que la fin des livres avait été annoncée, par erreur. Lamartine en 1831 disait que le seul livre survivant serait un journal. Philip Hubert pronostiquait, en 1889, après l’invention du phonographe que l’on écouterait les livres.

Quelques idées-forces défendues par Nicholas Carr :
- Avec Internet, on passe plus de temps à lire, mais... moins de temps à lire des livres.
- Les mots de l’écran ne sont plus les mots du livre.
- Nous avons migré vers un mode de lecture instantanée : pages Web, publicité, menus, étiquettes...Il est très différent du mode de lecture en profondeur que nous utilisions pour les livres.
Christian Science Monitor - La majorité des Américains passent plus de 8 heures par jour devant un écran, de TV, d’ordinateur ou de téléphone, souvent simultanément et moins de temps à ouvrir des revues et surtout des livres. Ceci a déjà entrainé la disparition ou la Webisation de journaux historiques, tels que le «Christian Science Monitor» et le mouvement s’accélère.

Internet a commencé à bouleverser tout l’écosystème du livre classique, papier, qui existait depuis plus de 500 ans.
Tout change ! Comment on écrit, comment on lit et comment on commercialise le livre.

Japan Mobile Novel Au Japon, les «nouvelles» écrites depuis des téléphones mobiles sont devenues des best-sellers ; en 2007 les trois meilleures ventes appartenaient à cette catégorie.

Le succès des e-books se confirme ; il sera amplifié par la banalisation des «fonctions e-book» sur des outils numériques universels tels que les smartphones ou l’iPad.
Mais, un e-book avec des liens, ce n’est plus un livre !

Vook 1 Les «vooks» (vidéobooks) débarquent ! De grands éditeurs tels que Simon & Schuster, proposent des livres avec des vidéos incrustées dans les pages virtuelles.

En analysant le mouvement des yeux sur une page Web, on a découvert que l’internaute faisait de plus en plus une lecture en mode «F». Il lit les premières lignes en entier, survole à moitié le milieu de la page et saute rapidement à la page suivante.

Book scanner for Google Pour numériser les livres, Google a mis au point des outils capables de lire 430 langages différents. Malgré les difficultés actuelles et transitoires rencontrées par Google Books, sur les copyrights, les réticences de certains gouvernements, ce mouvement est irréversible ; demain, tous les livres seront disponibles en mode numérique !
Oui, mais numériser un livre, c’est rompre sa linéarité et encourager sa lecture, sa consommation par tout petits morceaux, comme on lit des citations.

L’impact des réseaux sociaux sur le livre est aujourd’hui marginal, mais va s’amplifier. Des groupes de lecteurs commencent à «remixer» des livres, à partager leurs réactions, à mettre des commentaires...
Va-t-on assister la fin de l’écriture et de la lecture solitaire ?

Un livre classique est un produit fini, sur le Web il devient un processus continu. En résumé :

Comment lit-on sur le Web ? On ne lit pas !


La mémoire et Internet

Petit rappel.
Short term memory Le cerveau utilise deux zones de mémoire très différentes, court terme et long terme. Nos processus de pensée, nos actions de «traitement» de l’information se réalisent dans la mémoire court terme ; les informations qui y résident ont une durée de vie très courte.

La mémoire long terme est utilisée pour garder, de manière pérenne, les informations, mais le processus de mise en mémoire long terme est très complexe et consommateur de temps.
Pour en comprendre l’essentiel, et si vous ne l’avez pas encore fait, je vous conseille vivement de lire le célèbre texte de George Miller «The Magical Number Seven, Plus or Minus Two: Some Limits on our Capacity for Processing Information» écrit en 1956. (Le nombre magique sept, plus ou moins deux...)

Peut-on, doit-on externaliser sa mémoire sur Internet ?
Beaucoup de scientifiques pensent que c’est inéluctable et... une bonne chose. Le cerveau, libéré de ce travail de mémorisation, pourrait se consacrer à beaucoup d’autres activités plus «nobles».
Nicolas Carr prend clairement position contre cette thèse, et la considère même comme très dangereuse.

Computer memory human memory L’analogie de la mémoire humaine fonctionnant comme une mémoire informatique est tentante :
Mémoire court terme = mémoire de l’ordinateur.
Mémoire long terme = disques magnétiques ou «Cloud».

Oui, mais cette analogie est... totalement fausse. Le modèle «informatique» de la mémoire ne correspond absolument pas à la réalité d’une mémoire humaine, organique, vivante et dynamique.

Passer de la mémoire court terme à la mémoire long terme, pérenne est un processus complexe qui prend au moins une heure. La mise en mémoire long terme de nouvelles informations induit des changements anatomiques dans le cerveau, des réactions chimiques et la création de nouvelles synapses.

Le vieux dicton : «on apprend mieux en dormant» est confirmé par les éludes les plus récentes, qui montrent que le cerveau a besoin de temps pour mémoriser «chimiquement» les informations.

Ce qui inquiète beaucoup Nicholas Carr, c’est que nos modes d’usages d’Internet induisent une perte progressive de notre capacité à créer des mémoires pérennes : «L’acquisition de connaissance dans la mémoire long terme, «deep learning & thinking», est rendue très difficile par Internet».

C’était principalement par la lecture «profonde» des livres que nous nourrissions notre mémoire long terme. Si, comme l’a montré le paragraphe précédent, notre capacité à lire des livres se réduit fortement, notre mémoire long terme ne va plus être alimentée !

Memory loss Nicholas Carr pense qu’Internet nous donnera l’illusion de disposer d’une mémoire long terme infinie ; rien n’est plus faux !
En surchargeant notre mémoire court terme par des milliers d’interruptions, Internet réduit fortement notre capacité à créer une mémoire long terme structurée et cohérente, ce qui avait été l’une des plus grandes avancées des 500 dernières années.

Si Nicholas Carr a raison sur ce point, c’est très inquiétant.


Google, Dieu ou Satan ?

Nicholas Carr a une vision très ambivalente de Google. Il est le premier à reconnaître les apports du moteur de recherche et des autres outils grand public, qu’il utilise beaucoup. Il est en même temps très critique de la vision «technocentrique» de leurs dirigeants.
Article Is google making us stupid L’article qui a servi de base à ce livre, publié il y a deux ans dans la revue «The Altantic», avait d’ailleurs pour titre :
«Is Google Making Us Stupid?» (Est-ce que Google nous rend idiot ?»
(Il a été traduit en français)

Nicholas Carr évoque une «Eglise Google» et aucun de ses trois principaux responsables n’échappe à sa critique, même si c’est Eric Schmidt qui est le plus mis en cause, avec des citations telles que  :
«Google est construit sur la science de la mesure.»
« Le moteur de recherche parfait = qui comprend exactement ce que vous voulez dire et vous donne exactement ce que vous désirez.»
«... Utiliser la technologie pour résoudre des problèmes qui n’ont jamais été résolus, et l’Intelligence artificielle est le plus complexe de tous !» (Interview en 2005).

Google good or evil Question posée par Sergey Brin : « Google : Dieu ou Satan ?»

Larry Page : le cerveau ne ressemble pas à un ordinateur, c’est un ordinateur.

Pour Nicholas Carr, l’objectif de toutes les actions et de tous les produits de Google est clair : réduire le coût d’accès à Internet et en accroître la couverture en termes de contenu». Je le cite :
«Google is in the business of distraction»
(Google est dans le métier de l’interruption)

Nicholas Carr résume ainsi ses craintes :
«Ce que Taylor a réalisé pour le travail manuel,
Google le fait pour le travail du cerveau.»

Nicholas Carr ne fait pas de l’anti-Google primaire, au contraire. Il est très admiratif de l’intelligence de ses équipes et de ses milliers d’ingénieurs, capables de développer des outils que tous les internautes ont envie d’utiliser.
Ce qui l’inquiète, c’est la «faiblesse de l’homme» face à la puissance des outils du Web !


Synthèse

Brain internet Fantasmes ? Réalités ? Les profondes et rapides mutations du cerveau humain induites par l’usage intensif d’Internet : faut-il s’en inquiéter ?
Je vous encourage fortement à lire les «Shallows» de Nicholas Carr, à en découvrir les richesses et surtout à vous faire votre propre opinion sur les thèses qu’il défend.

Fat woman gym 2 Quand nos nouveaux modes de vie citadins ont multiplié le nombre de personnes obèses (75 % des Américains sont en surpoids), on a vu fleurir des gymnases.
Quels seront les nouveaux «gymnases de l’esprit» dont nous aurons besoin pour maintenir nos cerveaux en forme si Internet se transforme en «junk food» intellectuelle ?

L’internet, n’est ni ange ni démon, mais modifie en profondeur, et très vite, les mécanismes profonds de notre cerveau. En être conscient, c’est déjà une première victoire.
Comprendre les impacts potentiels, c’est pouvoir réagir, apprendre à utiliser Internet différemment, à prendre conscience des risques.

Si j’avais une seule critique à faire à Nicholas Carr, ce serait de ne pas proposer de réponses à la question de fond qu’il pose dans son livre :
«Si Internet risque de nous rendre stupide, quels sont les remèdes à cette possible dégénérescence de notre cerveau ?»

Comme il avait beaucoup de mal à terminer son livre, Nicholas Carr c’était «mis au vert», physiquement, et au sens Web, en réduisant fortement ses usages Internet. A la fin de cette période, qu’il a beaucoup appréciée, il a résumé son sentiment ainsi :

«I missed my old brain.» (Mon vieux cerveau me manquait.)

Et si la lecture des «Shallows» était un premier pas vers un usage plus responsable d’Internet ?

«L’homo interneticus» restera-t-il «l’homo sapiens» ?


The shallows couverture  Nicholas Carr vient de publier son troisième livre, au titre inquiétant :

«What the Internet is doing to our brains: the shallows.»
(Les impacts d’Internet sur nos cerveaux : les bas-fonds.)


Ce sera encore un grand succès de librairie, après ses deux ouvrages précédents, «Does IT matters?», qui avait secoué la profession informatique et «The big switch», très orienté «Cloud Computing» et dont j’ai déjà parlé dans ce blog.

Je viens de terminer la lecture des «Shallows» ; j’ai été passionné, interpellé !
Toute personne qui s’intéresse à l’évolution de l’humanité, qu’elle soit ou non grande utilisatrice d’Internet, le lira avec intérêt, surprise et/ou inquiétude, car il aborde des thèmes majeurs et... troublants.

Shallows versions by language S J’aurais aussi aimé pouvoir vous dire qu’il est possible de le lire en français. Comme le montre cette liste des éditions disponibles, la langue de Molière ne fait pas partie des priorités pour la traduction de ce livre ; le portugais et le coréen seront disponibles avant le français !

Je vous en conseille vivement la lecture cet été ; il ne vous laissera pas indifférent !
Vous serez aussi, comme moi, frappé par la «forme» de ce livre ; c’est un vrai livre à l’ancienne, vierge de tout schéma, graphique, tableau, images ou .... liens internet !

Tout le contraire de ce blog !



Résumé, pour un «homo interneticus»

Dans «The Shallows», Nicholas Carr constate que, comme beaucoup d’Internautes, il a de plus en plus de mal à lire des documents qui dépassent quelques lignes.

C’est en pensant à vous, Internaute intensif, «homo interneticus», que je résume dans ce paragraphe les idées clefs de son livre, au cas où vous n’auriez plus le courage ou la capacité de lire l’intégralité de ce blog, ou... le livre de Carr, qui, tous les deux dépassent... les 140 caractères !

Homo interneticus

- Les travaux récents de la neuroscience démontrent que notre cerveau est dans un état d’apprentissage permanent ; nous développons de nouveaux modes de pensée, mais nous pouvons aussi perdre les anciens si nous les pratiquons moins.
- Les outils «informationnels» changent nos manières de penser et d’agir.
- Les changements induits par ces outils dans nos manières de penser sont très rapides et souvent irréversibles.
- Internet, le plus récent de ces outils, aura au moins autant d’impacts sur nos cerveaux que l’alphabet, les cartes, l’horloge ou l’imprimerie.
-  Si on met de côté l’alphabet et le système numérique, l’Internet pourrait être la technologie de changement de nos cerveaux la plus puissante, au moins depuis l’apparition du livre.
- L’Internet est à notre service et devient aussi notre maître.
- L’internaute perd une grande partie de ses capacités de concentration, de contemplation et de réflexion.
- Déléguer à Internet notre mémoire est une grave erreur ; le fonctionnement de la mémoire humaine n’est pas comparable à celle d’un ordinateur.
- La lecture complète d’un livre devient impossible ou insupportable pour beaucoup d’internautes, y compris ceux qui ont fait de longues études littéraires.
- Ce que Taylor a réalisé pour le travail manuel, Google risque de le faire pour le travail du cerveau.


Une plongée dans des recherches récentes des neurosciences

Neuro - science Une partie importante du livre de Carr fait le point sur les dernières avancées de la neuroscience sur nos modes de pensées. Bien que totalement incompétent dans ce domaine, j’ai trouvé passionnant ces chapitres, dont je vais tenter d’extraire quelques idées-forces.

- Contrairement aux idées qui avaient cours durant les siècles derniers, le «câblage» de notre cerveau ne se termine pas à l’adolescence.
Depuis une quarantaine d’années, grâce aux progrès des outils d’analyse du cerveau, des dizaines d’expériences ont démontré l’étonnante plasticité du cerveau humain. En résumé :
- Tous les circuits neuronaux, qu’ils concernent le toucher, l’ouïe, la vision, la pensée, l’apprentissage, la mémoire sont sujets au changement, rapidement, et à tout âge.
- Notre cerveau est «massivement modifiable» ; cette capacité, même si elle décroit un peu avec l’âge, ne disparait jamais.
- Plasticité ne signifie pas élasticité. En clair, lorsque notre cerveau développe de nouvelles connexions, il peut aussi laisser mourir les anciennes, si elles ne sont plus utilisées avec une fréquence suffisante.


Quelques exemples

Nicholas Carr a réalisé un gros travail de compilation sur des études récentes menées par les meilleures équipes de recherche en neuroscience.
Il a aussi réalisé un important travail historique sur ce sujet, en remontant à la plus haute antiquité.

1- Des expériences passionnantes ont été menées sur des personnes ayant eu un accident cérébral et devenues hémiplégiques. Il est possible, après quelques semaines d’exercices intensifs, de permettre au cerveau de se «re-programmer» et de redonner une forte autonomie à des patients qui avaient perdu le contrôle de la main et du pied touchés par cet accident.
Au-delà de ces cas extrêmes, l’idée clef que j’en retiens et que la plasticité du système nerveux est son état «normal» pendant toute la vie.

2 - A la suite d’une chute de cheval, Friedrich Nietzsche, à 34 ans, perdait la vue et avait de plus en plus de difficultés à lire et à écrire.

MAE Mailing Hansen 2 En... 1882, il acheta une des premières machines à écrire, inventée par le danois Malling- Hansen, qui travaillait pour l’Institut Royal Hollandais des sourds-muets.
Ayant acquis la maîtrise de ce clavier, il recommença à écrire, les yeux fermés. Très vite, ses lecteurs lui firent remarquer qu’il avait changé de style ; ses textes étaient plus denses, plus courts. Nietzsche répondit : « Vous avez raison, nos outils d’écriture influent sur la création de nos pensées». 

Que peut-il se passer, aujourd’hui, avec les SMS et Twitter ?


3 - On a demandé à deux groupes de personnes, l’un composé d’Internautes chevronnés, l’autre de novices n’ayant jamais navigué sur le Web, d’utiliser un navigateur pour des tâches simples. Les zones du cerveau activées pour ces deux groupes étaient très différentes.

Brain-scan Le groupe de novices a ensuite suivi un entrainement d’exercices de recherche sur le Web, d’une heure par jour pendant 6 jours. Les mêmes tests ont été à nouveau réalisés pour les deux groupes et... les mêmes zones du cerveau étaient maintenant activées, pour les novices comme pour les pros !

En 6 heures ! Quelles peuvent être les conséquences sur notre cerveau de centaines d’heures d’usages d’Internet ?

4 - «Nous devenons ce que nous pensons
Des expériences ont démontré que les changements dans nos cerveaux peuvent être déclenchés par nos seules pensées, sans aucune action physique. L’une des expériences citées compare deux groupes de personnes apprenant à jouer une mélodie simple au piano.
Un premier groupe l’a fait physiquement, en pratiquant sur un piano, l’autre l’a fait «virtuellement», assis devant un piano, mais sans jamais toucher le clavier.
Dans les deux groupes, les changements mesurés dans le cerveau ont été identiques.


Les outils qui ont modifié nos manières de penser, notre cerveau

Nicholas Carr les appelle les «intellectual technologies», les «outils de l’esprit». Ce sont les principaux outils qui ont profondément modifié les modes de pensée de l’humanité et... ils sont très peu nombreux.
Il en cite quatre :
- L’alphabet, mis au point par les Grecs en 750 AC, avec son jeu de caractères très dense de 24 signes, il a permis l’essor de l’écriture comme substitut à la voix dans le transfert de la connaissance.
Socrate, l’orateur, contre Platon, l’écrivain, c’est un vieux débat !

- La cartographie, pour nos relations à l’espace.

- L’horloge mécanique, pour nos relations au temps ; ce sont les moines qui en sont à l’origine, pour pouvoir mieux rythmer leurs cycles de prières.

Clay, Papyrus, Wax - Les différents supports de l’écriture, la lourde argile des Sumériens contre le papyrus léger des Egyptiens (PC de bureau contre PC portable !), l’arrivée de la tablette de cire (iPad !), premier support effaçable. Ce sont surtout, au milieu du XV siècle, les inventions de Gutenberg qui ont permis la diffusion massive et économique de la connaissance écrite.

- La réduction de la taille des outils, que ce soit la montre portable ou le format «octavo» des livres (notebook !), en les démocratisant et en permettant un accès en mobilité a profondément changé les usages.
 
Depuis une quinzaine d’années, l’Internet a pris le relais comme nouvel «outil de l’esprit». Il aura des impacts sur le fonctionnement de notre cerveau au moins aussi importants, et plus rapides que  les quatre technologies historiques.

(Fin de la première partie)
La suite de ce texte sur l’»homo Interneticus» sera publiée dans un deuxième billet.
Elle fera le point sur quelques-uns des forts changements induits par internet, et en particulier sur le fonctionnement de notre mémoire, les dangers de nos dépendances à Google, notre difficulté à nous concentrer et à lire des livres «en profondeur».