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Quelle stratégie pour Samsung, après le Galaxy S4 ?

 

A la sortie de l’iPhone 5, j’avais écrit un billet qui parlait de « non-événement » et qui m’avait valu de très nombreux commentaires, pas toujours positifs !

Samsung JK Shin With Galaxy 4Le 14 mars 2013, Samsung a annoncé le Galaxy S4 ; après le succès du S3, les attentes du marché étaient très fortes, même si un grand nombre de fuites dans les jours qui précédaient avaient un peu tué le suspense.

Est-ce que c’est aussi un « non-événement » ? Je ne le pense pas, mais ce n’est pas tant le produit lui-même que les informations que j’en tire sur la stratégie de Samsung, concernant les OS mobiles.

 

Galaxy S4 : les faits

Lé 14 mars 2013, à minuit heure de Paris, je m’étais confortablement installé devant mon écran pour assister au lancement du S4, au Radio City Music Hall de New York.

C’était la première fois que Samsung lançait un produit important sur les terres de son concurrent Apple.

Disons-le tout net ; cette conférence de presse était nulle !

Si vous en avez le courage, regardez quelques moments de cette soirée, qui avait été diffusée en direct sur Internet et que vous pouvez trouver sur YouTube.

 

Un spectacle lamentable, des artistes nuls, une mise en scène inexistante, des moments très sexistes... J’espère que le responsable de ce naufrage aura été « remercié » et prié de faire un autre métier.

Beaucoup plus grave pour Samsung, la « vedette » de la soirée, le Galaxy S4 et ses fonctions innovantes ont été noyés dans le reste du spectacle et les très nombreux journalistes présents avaient du mal à isoler les points clefs de l’annonce.

Factuellement, le Galaxy S4 est un smartphone qui a sa place parmi les meilleurs, dans la continuité des solutions existantes.

Galaxy S4 compared to iphone 5 & moreA chaque annonce d’un nouveau smartphone important, on trouve des tableaux comme celui-là qui le comparent à ses principaux rivaux.

Immédiatement, les « Fan-Boys » d’Apple, de BlackBerry, Windows Phone ou d’Android ont publié des commentaires démontrant que leur enfant chéri était bien meilleur que le S4 ; ce n’est vraiment plus le sujet, car, pour la majorité des utilisateurs « normaux », ils répondent tous à leurs attentes.

Galaxy 4 picture compared to othersIl devient de plus en plus difficile de faire la différence entre ces différents modèles !

La conférence de presse s’est terminée sans donner deux informations "a priori" importantes :

  • Disponibilité : depuis, des informations complémentaires parlent de la dernière semaine d’avril 2013, mais sans préciser dans quels pays.
  • Galaxy S4 700 €Prix : aux USA, les fournisseurs ont la mauvaise habitude de ne pas indiquer le prix vrai, mais de parler du prix subventionné, ce qui n’a aucun sens. On commence à le voir apparaître sur des sites Web à 700 €, ce qui est quand même très cher. Je viens de réussir, enfin, à acheter un Nexus 4, libre, pour 300 € TTC.

 

Galaxy S4 : le premier smartphone « SamDroid »

Samdroid logoSamDroid ? Rapprochement de Samsung et Android, dans la lignée du célèbre Wintel, Windows - Intel.

La majorité des fabricants de smartphones Android rajoutent une surcouche logicielle au-dessus d’Android ; le succès de la gamme « Nexus » s’explique en grande partie par le fait que les utilisateurs ont accès à une version 100 % Android.

Dans le cas du S4, Samsung a franchi une étape majeure ; il n’y a pas eu de références à Android pendant toute la conférence de presse, même si le S4 utilise la dernière version, 4.2, de cet OS ; jusqu’à quand ?

Toutes les innovations présentées étaient des fonctionnalités logicielles développées spécifiquement par Samsung, et qui seront réservées à ses propres produits.

Je ne remets pas en cause la valeur de ses innovations telles que :

  • Samsung Dual CameraSmart scroll : permet de naviguer sans toucher au téléphone, par un mélange de mouvements des yeux et du poignet.
  • Smart pause : la lecture d’une vidéo s’arrête quand les yeux regardent ailleurs.
  • Dual camera : permet d’enregistrer, simultanément, les images prises par les deux caméras du Galaxy S4 ; astucieux.

Dans le monde de l’Open Source, on appelle cela un « Fork ». A partir d’aujourd’hui, je serais étonné que Samsung propose des Android haut de gamme, comme il l’avait fait il y a deux ans en distribuant le Google Galaxy Nexus.

Cela ressemble beaucoup à la démarche suivie par Amazon avec sa tablette Kindle Fire, qui a un noyau Android, mais qui est profondément modifiée pour privilégier les accès aux contenus ... Amazon.

 

Samsung: trop de cordes à son arc ?

Il devient difficile de s’y retrouver dans l’offre de smarphones Samsung ! 

J’ai résumé sur ce graphique les cinq principales familles d’OS mobiles utilisés par Samsung.

Samsung multiple mobile OS

Essayons d’y voir clair :

  • Android : reste, aujourd’hui, et de très loin, l’OS mobile avec lequel Samsung vend le plus de smartphones.
  • SamDroid : vient d’être annoncé, avec le Galaxy S4.
  • Samsung Ativ OdysseyWindows Phone 8 : ATIV Odyssey est le nom du smartphone Samsung qui utilise cet OS ; dire que ce n’est pas un best-seller est un euphémisme. Interrogé à la suite de sa conférence de presse par le Wall Street Journal, J. K Shin, patron de la division mobiles, n’est pas tendre pour Windows mobile ; je cite :

« Smartphones and tablets based on Microsoft's Windows operating system aren't selling very well. There is a preference in the market for Android. In Europe, we're also seeing lackluster demand for Windows-based products. »

(Les smartphones et les tablettes utilisant les OS Windows de Microsoft ne se vendent pas très bien. Le marché préfère Android. En Europe, nous voyons aussi une demande « terne » pour ces produits».)

Certains analystes parlent d’une démarche « machiavélique » ; Samsung aurait mis des Windows Phone à son catalogue pour obliger Microsoft à consacrer son temps et ses ressources à Samsung, aux dépens d’autres fournisseurs potentiels. Et si c’était vrai ?

  • Bada : c’était la première tentative de Samsung de commercialiser un OS maison ; malgré sa puissance marketing et financière, Samsung n’a pas réussi à l’imposer. Bada représente entre 1 et 2 % du marché mondial.
  • Tizen : J’ai longuement parlé de Tizen dans des billets récents. 

Samsung vient d’annoncer que les premiers smartphones équipés de Tizen seront commercialisés fin août ou début septembre 2013.

Le positionnement choisi par Samsung pour Tizen m’a surpris : les premiers modèles seront très haut de gamme, comme le confirme dans cet interview un dirigeant de Samsung.

Je cite : “The device will be the best product equipped with the best specifications.”

(« Ce smartphone sera le meilleur produit, équipé des meilleures caractéristiques »).

Mieux que le Galaxy S4 qui vient d’être annoncé ?

 

Quels seront les OS mobiles poussés par Samsung ?

Hand-fiveCinq OS différents, c’est beaucoup, c’est trop ! Il va falloir faire le tri.

  • Le sort de Bada est connu : Samsung a annoncé qu’il sera fusionné avec Tizen.
  • Windows Phone 8 : sera abandonné par Samsung dès que Microsoft cessera de l’aider à développer sur cet OS.
  • SamDroid : Samsung aurait très envie d’en faire sa solution phare.
  • Tizen : sera poussé au maximum, car ce sera le seul OS « maison ». 
  • Android : Samsung aimerait bien en vendre de moins en moins...

PrisonerAvec Tizen et SamDroid, Samsung se rapproche d’une démarche « à la Apple », en étant le seul à proposer un ensemble matériel + logiciel qui lui est spécifique. Je ne suis pas certain que c’est une stratégie gagnante à long terme, surtout s’il faut faire vivre deux plateformes très différentes.

Je suis persuadé que Samsung gardera aussi une version native d’Android, peu modifiée :

  • Il faut être prêt à répondre aux demandes des marchés en émergence, les plus importants demain.
  • Il faut aussi répondre à la demande d’utilisateurs, à mon avis de plus en plus nombreux, qui vont exiger des smartphones Android natifs pour ne pas être prisonniers d’un fournisseur de matériels.

Samsung est, aujourd’hui, le plus grand fournisseur mondial de smartphones. Sur un marché très volatil, et comme l’ont montré les chutes spectaculaires de BlackBerry, Nokia ou Microsoft, il peut à son tour, en moins de 2 ou 3 ans, perdre cette position dominante en pariant sur les mauvais chevaux.


Le TCO des Clouds Publics est-il toujours inférieur à celui des centres de calcul privés ?

 

Saugatuck-logo_02J’ai souvent cité dans ce blog les travaux, très sérieux, de la société d’études de marché Saugatuck, dirigée par mon ami Bill McNee, qui sont pour l’essentiel consacrés aux infrastructures Cloud et aux usages SaaS, Software as a Service.

Dans ce billet, je fais référence à l’une de leurs dernières études, qui analyse avec précision le TCO (Coût Total de Possession) des solutions d’infrastructures gérées en interne vis-à-vis des solutions externalisées.

Pourquoi ? Les études quantitatives sur ces sujets sont rares, et j’entends trop souvent des discours théoriques sur ces sujets, qui ne sont pas basés sur des mesures précises.

 

L’étude de Saugatuck

  Understanding Cloud Infrastructures costsPour faire le point sur le TCO des infrastructures serveurs, Saugatuck vient de publier une analyse comparative détaillée des offres de trois «Clouds publics, IBM, Rackspace et Dimension Data.

Saugatuck, comme toutes les sociétés d’étude, commercialise ses rapports, soit sous forme d’abonnement annuel, soit à la carte, la première formule étant rapidement plus avantageuse.

Je ne peux donc pas donner ici tous les résultats, mais il y a des informations que j’espère utiles que je peux donner dans ce blog.

 

Le modèle d’analyse utilisé pour la demande

Dans ce document de 13 pages, très analytique, Saugatuck a identifié trois variables principales pour l’entreprise qui envisage de migrer tout ou partie de ses applications sur un Cloud Pubilc :

  • Le niveau d’efficience des centres de calcul privés. En prenant comme référence les centres de calcul les plus efficients en termes de performances et de couts, Saugatuck utilise trois niveaux différents :
  • Efficience maximale.
  • 20 % de perte d’efficience.
  • 50 % de pertes d’efficience.

Saugatuck cost small workloadDans ses mesures, Saugatuck a trouvé que seules quelques très grandes entreprises peuvent atteindre l’efficience maximale. Les grandes entreprises sont dans les zones - 20 % à - 50 % et les petites et moyennes dans la zone des - 50%. Cette étude confirme que les économies d’échelle liées à la taille sont une réalité.

Sur le tableau simplifié que j’ai extrait de ce rapport, le coût mensuel en interne, pour les situations optimales est d’environ 1 000 dollars pour une charge de travail de petite taille (voir ci-dessous).

  • La nature des charges de travail à transférer. Les trois composants, partie Web, Application et base de données utilisée, ainsi que leur variabilité dans le temps sont les principaux critères à prendre en considération. Sans surprises, la rentabilité des clouds publics s’accroit avec la variabilité de la charge dans le temps, les applications ayant des pointes importantes étant celles qui profitent le plus des clouds publics.
  • Saugatuck Small workload

 

 

  • La taille des charges de travail à transférer. Saugatuck a défini trois niveaux de taille pour les applications, le plus souvent mesurés en nombre de machines virtuelles nécessaires. Comme on le verra plus loin, plus la charge de travail est légère, plus les clouds publics sont rentables.
  •  

    L’analyse comparative des offres de cloud public

    Logos IBM Dimension, RackspaceLes tableaux de synthèse comparent les coûts des infrastructures d’un centre de calcul privé avec ceux de Dimension Data, IBM et Rackspace.

    Deux remarques :

    • Les différences de coûts entre les fournisseurs de Cloud publics sont très significatives et peuvent atteindre un rapport de 1 à 2 dans certains cas.
    • Les entreprises clientes ont intérêt à comparer les offres et faire jouer la concurrence pour accroître les réductions de coûts potentielles.
    • Dans la majorité des cas analysés, Dimension Data est le fournisseur le plus agressif en termes de prix, suivi par Rackspace, IBM étant souvent le plus cher des trois.

    Je regrette un peu que le leader incontesté des infrastructures Cloud, Amazon Web Services, n’est pas été inclus das cette étude, qui privilégie les fournisseurs ayant plus une culture «hébergeurs» que IaaS, Infrastructures as a Service.

     

    Quelques résultats de cette étude

    TCO La synthèse tient en une phrase :

    «Our bottom line? Cloud resource use makes terrific sense to help reduce enterprise IT costs – when Cloud is used in the right way(s) for the right workloads.»

    (L’utilisation des ressources du Cloud a énormément de valeur pour aider les entreprises à réduire leurs coûts informatiques - quand elles sont utilisées à bon escient et pour des charges de travail adaptées).

    Les fourchettes de bénéfices que l’on peut attendre d’un portage d’une charge de travail informatique peuvent varier :

    • De 5 % à près de 70 % pour les charges légères.
    • De 10 % à près de 40 % pour les charges moyennes.
    • De 5 à environ 20 % pour les charges importantes.

    Cette étude démontre aussi que dans les rares cas de très grandes entreprises qui gèrent exceptionnellement bien leurs centres de calcul privés, basculer sur des clouds publics pour des applications utilisées massivement, peut... augmenter le TCO de ces applications.

    En résumé :

    Sushi private cloud

    • Les très grandes entreprises qui gèrent exceptionnellement bien leurs centres de calcul privés doivent faire une analyse préalable de leurs usages informatiques pour déterminer les activités qu’il conviendrait de garder en interne.
    • Pour toutes les entreprises, petites, moyennes et grandes et pour les très grandes, mais gérant «normalement» leurs centres de calcul privés, les solutions Cloud Publics, proposées par les acteurs les plus compétitifs auront toujours un TCO plus bas.
    • Les différences de coûts entre les fournisseurs de clouds publics sont suffisamment fortes pour que ce qu’il est rentable de confier à l’un ne le soit plus pour un autre.

     


    Plan très haut débit pour tous : comment réduire les coûts de 17 milliards, raccourcir le calendrier de 5 ans et... offrir un meilleur service !

    (Texte plus long qu’à l’habitude au vu de l’importance et de l’urgence du sujet.)

    Ambition Numérique Hollande Clermont FerrandLe 20 février 2013, lors de son passage à Clermont-Ferrand, François Hollande, Président de la République Française, a parlé de l’ambition numérique pour la France.

    Je trouve cela très important et positif ; tout ce qui sera fait pour aider la France à accélérer son acculturation numérique va dans le bon sens.

    Le 28 février 2013, le gouvernement français c’est réuni pour un séminaire sur le numérique et 18 mesures ont été annoncées ; c’est peut-être beaucoup.

    Très Haut DébitParmi tous les éléments de cette « feuille de route numérique », j’ai choisi d’analyser en profondeur la mesure 9, « Le Très Haut Débit pour tous dans 10 ans », qui fait l’objet d’un document spécifique.

    Pourquoi : 

    • C’est celle qui demanderait l’investissement le plus élevé : 20 milliards d’euros sur 10 ans
    • Elle sert de « fondation » à la majorité des autres mesures.
    • Les réseaux sont indispensables pour les usages innovants de l’informatique : pas de réseaux, pas de cloud...

     

    Les éléments clefs du plan Très Haut Débit du gouvernement

    Très Haut Débit ? La définition proposée est raisonnable :

    • 50 Mb/s de débit descendant.
    • 5 Mb/s de débit montant.

    Alors, pourquoi ce plan est-il voué à l’échec, avant même de commencer ?

    Très haut débit fibreL’erreur capitale est d’avoir une vision « monothéiste » de la solution, le seul « Dieu » fibre optique ayant droit de cité.

    Je cite : 

    • « Une ambition technologique : déployer un nouveau réseau en fibre optique (FttH = Fiber to the Home) qui a vocation à remplacer à terme le réseau téléphonique actuel en cuivre. »
    • « L’investissement financier majeur du Gouvernement et la mise en place d’un pilotage renforcé permettront de garantir qu’en 2022, 100 % de la population et du territoire national seront couverts en très haut débit, très majoritairement en fibre optique jusqu’à l’abonné. »

    Dans le document qui présente ce projet, je n’ai pas trouvé une seule fois des mots comme 4G, LTE, ou réseaux sans fil. Les réseaux 3G sont cités deux fois, mais uniquement en référence à la situation actuelle.

    Réussite échecLes résultats de ce choix technique aberrant, ce sont deux chiffres qui scellent l’échec du projet :

    • 20 milliards d’investissements.
    • 10 ans, donc 2023 : le temps nécessaire pour le déploiement, ce qui est bien sur beaucoup trop long.

    Les jeunes lecteurs de ce blog ne l’ont pas connu, mais nous allons droit dans le mur, comme la France l’avait déjà fait... dans les années 1990. La France lançait un premier plan « câble », au sens télévision du terme avec le choix de la technologie coaxiale, déployée avec succès dans de nombreux pays tels que la Belgique, la Suisse ou les USA.

    L’échec de ce plan était entériné dès 1994 ; pour lui succéder, on parlait des « autoroutes de l’information » et on misait sur... la fibre optique.

    Le montant des investissements nécessaires annoncé était de 150 à 200 milliards de francs, soit de 23 à 31 milliards d’euros sur une période de 20 ans. 

    Le calendrier prévu s’étalait sur 20 ans ; 1994 + 20 = 2014, c’est-à-dire l’année prochaine !

    L’histoire est un éternel recommencement....

    En résumé :

    Ce plan Très Haut Débit pour tous a des objectifs tout à fait louables.

    Chute chevalCe plan Très Haut Débit pour tous a quatre défauts majeurs, liés aux solutions envisagées :

    • Des coûts prohibitifs : 20 milliards d’euros annoncés.
    • Un délai beaucoup trop long : 10 ans, soit 2023.
    • Le choix d’une seule solution technique dominante : la fibre optique.
    • Il ne tient absolument pas compte des évolutions exceptionnellement rapides des technologies réseaux en termes de performances et de coûts, et en particulier des réseaux sans fil.

     

    Il est encore temps de rectifier le tir !

    Je n’aurais pas réagi aussi vite, et aussi fortement, si je ne pensais pas qu’il y avait d’autres moyens d’atteindre les objectifs annoncés.

    Better faster cheaperDans le contexte économique actuel difficile de la France, j’ai une excellente nouvelle pour nos responsables politiques :

    • On peut faire mieux.
    • On peut faire plus vite.
    • On peut, surtout, faire beaucoup, beaucoup moins cher.

    Quelles sont les solutions raisonnables, économiques et rapides pour permettre à la France de :

    • Proposer du Haut Débit pour tous, immédiatement.
    • Proposer du Très Haut Débit pour tous, rapidement.

     

    Le Haut Débit pour tous, aujourd’hui

    Je cite à nouveau le document publié par le gouvernement, concernant la situation actuelle sur le haut débit :

    « Un objectif de cohésion urgent et crucial : réduire la fracture numérique en apportant du haut débit de qualité (3/4Mbits/s) à l’ensemble des foyers, par l’utilisation de toutes les technologies qui peuvent s’inscrire dans l’objectif final. »

    Vitesse ADSL disponible ARCEP juin 2012Dans ce même rapport, on trouve ce graphique, publié par l’ARCEP, qui donne le pourcentage de foyers qui n’ont pas accès au haut débit, en octobre 2012 ; ils sont moins de 1 %, ce qui représente autour de 500 000 foyers.

    J’ai une excellente nouvelle pour ces « oubliés de l’ADSL » ; ils peuvent mettre en œuvre, immédiatement, une solution... beaucoup plus rapide et à coût raisonnable,... rendue possible par un nouveau satellite d’Eutelsat.

    Cette offre, commercialisée sous le nom de Tooway, permet de disposer de débits intermédiaires entre le haut débit et le très haut débit : 20 Mb/s en descente et 6 Mb/s en montée. Pour ceux qui ne s’en souviennent pas, l’ADSL sur réseau cuivre plafonne à 500 kb/s en montée.

    Tooway tarifs FranceIl n’y a pas une seule habitation en France, à l’exception peut-être des troglodytes, qui ne peut pas y accéder, en 2013.

    Les différences de coûts sont liées au volume de données transférées :

    • 30 € /mois pour 10 Go.
    • 40 € /mois pour 20 Go.
    • 50 € /mois pour 30 Go, et de l’illimité pendant la soirée.

    Oui, ce sont des tarifs un peu supérieurs à ceux de l’ADSL classique, mais avec des performances supérieures.

    Certains Conseils Généraux l’ont bien compris et subventionnent ces abonnements.

    Dans le cadre du plan Très Haut Débit, un investissement de 100 à 200 M€ permettrait d’assurer la promotion de cette offre, encore peu connue, et d’aider les foyers modestes à s’équiper, immédiatement.

    Problème immédiat du Haut Débit pour tous : réglé.

     

    Le Très Haut Débit pour tous, rapidement

    Il est incompréhensible, inadmissible, déraisonnable, ridicule... que ce rapport prospectif, qui fixe des objectifs à l’horizon 2023, ne dise pas un mot sur les extraordinaires avancées des solutions sans fil.

    Mobile & Wi-Fi tablets & SmartphonesPas un mot non plus sur le fait que 80 % des objets d’accès à Internet sont aujourd’hui mobiles : tablettes, smartphones, PC portables... et qu’ils se connectent en priorité, aujourd’hui, sur des réseaux sans fil, 3G ou Wi-Fi, comme le montre clairement de graphique.

    Pas un mot non plus sur le fait que tous les citoyens, toutes les personnes qui travaillent ont besoin du Haut Débit et du Très Haut Débit en priorité dans des situations de mobilité.

    Je propose à tous les responsables politiques qui ont leur mot à dire sur ce dossier de lire de toute urgence les remarquables documents, gratuits, publiés récemment par la société Qualcomm sur les différents moyens de répondre au challenge qui attend tous les pays : 

    Absorber une augmentation dans un rapport 1000 des flux de données mobiles.

    Qualcomm 1000x Data ChallengeQualcomm est l’un des leaders mondiaux dans la production de processeurs et de circuits radios qui équipent les smartphones et tablettes.

    Le « résumé » de ces solutions est un document de quelques pages qui présente, très bien, les quatre axes complémentaires d’actions possibles : 

    • Une meilleure gestion des fréquences radios disponibles, qu’elles soient libres (Wi-Fi), sous licence (HSPA+, LTE...) ou en mode ASA, Authorized Shared Access, permettant à plusieurs acteurs de partager certaines fréquences peu utilisées.
    • La construction de réseaux hétérogènes, les « HetNets », qui privilégient les micro et pico cellules. Ces antennes de faible puissance et de faible couverture, pour les zones denses, complètent les antennes classiques qui sont réservées aux zones à faible densité d’utilisateurs.

    Qualcomm - Het Nets 1000 x   -

    • L’utilisation de l’approche « inside - out » ou NSC, Neighborhood Small cells, qui consiste à utiliser les outils déployés dans les maisons et bureaux pour alimenter aussi les utilisateurs externes. Les réseaux communautaires Wi-Fi, tels que FON ou Free Wi-Fi, en sont de bons exemples, et ces mêmes techniques peuvent être utilisées pour les réseaux HSPA+ ou LTE.
    • Une meilleure gestion des réseaux existants et en particulier les usages « peer to peer » tels que Wi-Fi direct ou LTE direct, qui permettent des échanges directs entre objets mobiles et soulagent d’autant les réseaux traditionnels.

    Pour chacune de ses solutions, Qualcomm a publié des dossiers très complets, très clairs, auxquels tout le monde peut accéder. Vous pouvez, à titre d’exemple, lire celui qui présente le challenge 1000x ou celui qui parle des HetNets et des cellules de petite taille.

    En résumé :

    L’avenir des usages, l’avenir des réseaux, l’avenir des objets d’accès se trouvent dans la mobilité, la capacité de se connecter en permanence, n’importe où, à partir de n’importe quel objet.

    Une étude très détaillée sur les usages mobiles, qui vient d’être publiée par l’association GSMA, confirme cette très forte croissance des usages mobiles.

    La bonne nouvelle : les nouvelles solutions sans fil permettent, très rapidement, de répondre à toutes les demandes de Haut Débit et de Très Haut Débit.

     

    Très haut débit pour tous : quelles technologies pour un plan B alternatif

    OptionsLa réponse que je propose est basée sur des principes simples :

    • Aucune solution technique ne peut, seule, répondre à tous les cas de figure.
    • Dans un pays comme la France, avec un mélange de zones d’habitations denses, moyennes et faibles, le pragmatisme et le mélange des solutions sont les seules réponses raisonnables.

    Le plan B que je propose s’appuie sur les choix technologiques suivants :

    1 La fibre optique joue un rôle clef, oui, mais dans les infrastructures pour relier tous les points d’accès mobiles et en priorité toutes les antennes LTE et LTE Advanced. On parle donc de quelques centaines de milliers de points à équiper, pas de dizaines de millions de foyers. 

    LTE et son évolution, LTE Advanced, seront les réseaux universels de base utilisés pour proposer le Très Haut Débit, déployés aussi bien en zones denses qu’à faible population. Les fréquences basses autour de 700 à 800 MHz, libérées par l’arrêt de la télévision analogique sont bien adaptées aux zones rurales et les fréquences hautes, entre 1,5 et 3 GHz, pour les zones denses. 

    Evolution LTE SpeedLes réseaux LTE et LTE Advanced atteindront en 2015 les vitesses théoriques maximales suivantes :

    • 1 Gb/s en descente.
    • 500 Mb/s en montée.
    • Même en faisant l’hypothèse raisonnable que la vitesse pratique sera 5 à 10 fois inférieure, on atteint un minimum de 100 Mb/s en descente et de 50 Mb/s en montée ; c’est largement au-dessus des seuils fixés par le plan actuel.

    Lors du salon Mobile World Congress de Barcelone de février 2013, DoCoMo, le plus grand opérateur mobile japonais, a annoncé qu’il allait déployer son réseau LTE à plus de 100 Mb/s, en 2013.

    Les nouvelles antennes, proposées par Qualcomm ou Skycross, parmi beaucoup d’autres, sont maintenant capables de s’adapter dynamiquement à toutes ces fréquences pour permettre à un objet d’accès de se connecter en n’importe quel lieu, quelle que soit la fréquence LTE utilisée.

    Verizon Home AntennaOn peut aussi utiliser des antennes LTE fixes, installées à demeure dans les maisons ou les bâtiments professionnels. Cette antenne cylindrique, déjà utilisée aux USA par Verizon, permet d’alimenter 20 objets en Wi-Fi.

    3 Les réseaux 3G+ actuels, HSPA+, proposent aujourd’hui du haut débit. D’ici à 2015, les évolutions annoncées (voir le schéma des vitesses LTE) vont leur permettre de dépasser les 300 Mb/s en descente et 50 Mb/s en montée. Sans investissements importants pour les opérateurs, ces réseaux qui sont déjà massivement déployés vont donner accès à du ... Très Haut Débit sur l’ensemble du territoire français.

    Free Wi-Fi4 Les réseaux Wi-Fi, qui depuis l’arrivée en 2013 de la version 802.11ac dépassent le Gb/s, seront utilisés massivement, dans les bandes de fréquence libres 2,4 et 5 GHz, pour compléter les réseaux LTE et HSPA+.

    On les trouve en priorité dans les « Hotspots », hôtels, gares, lieux publics, mais aussi dans les trains, les avions, les bus ou les métros.

    Ils sont aussi utilisés en mode « Collaboratif », comme c’est déjà le cas aujourd’hui.

    5 Les solutions FttH, fibre optique pour l’utilisateur final, ne sont pas du tout abandonnées, au contraire. Je cite encore le rapport du gouvernement :

    Orange Fibre optique« Le souci de profit des opérateurs privés (notamment Orange, SFR, Bouygues Télécom, Free, Numéricable) les conduira naturellement à déployer des réseaux à très haut débit dans les zones rentables, c'est-à-dire ceux dont le coût est inférieur aux recettes espérées. Les zones rentables, zones d’investissements privés, se composent :

    • Des zones très denses, définies par l’ARCEP, qui incluent les 20 plus grandes agglomérations, soit près de 20 % de la population ;
    • Des zones denses pour lesquelles les opérateurs ont déclaré leurs intentions d’investissement en 2011, soit 3 415 communes, et un peu plus de 37 % de la population sur lesquels les opérateurs sont encouragés à mutualiser leurs efforts, notamment par le moyen du co-investissement.
    • Sur leurs fonds propres, les opérateurs vont donc apporter la fibre jusqu’à l’abonné à 57 % de la population française d’ici 10 ans. »

    Environ 50 % de la population française peut donc être couverte en FttH, sans que cela coûte un euro au contribuable.

    6 De nombreuses solutions complémentaires peuvent être utilisées, telles que le CPL (Courant Porteur en Ligne) ou les satellites. Le CNES travaille sur un projet de satellite permettant un accès à une vitesse de 50 à 100 Mb/s à partir de 2015. 

    Logo WIGig7 Rester attentif aux très nombreuses innovations réseaux qui vont certainement apparaître d’ici à 2017 et ne pas hésiter à les rajouter à la panoplie des solutions à utiliser.

    En résumé :

    Toutes les solutions techniques proposées dans ce plan B sont déjà opérationnelles et permettent d’atteindre l’objectif proposé d’une couverture Très Haut Débit sur tout le territoire Français.

      

    Très haut débit pour tous : quel calendrier pour un plan B alternatif

    Toutes les solutions techniques présentées, qui permettent de proposer du Très Haut Débit, pour tous sont déjà déployées en 2013 dans de nombreux pays.

    2017Je propose donc de fixer un nouvel objectif très raisonnable :

    Le Très Haut Débit pour tous en... 2017, soit dans cinq ans.

    Sans aucune action spécifique du gouvernement, une grande partie de cet objectif sera atteint naturellement, en laissant l’offre et la demande de solutions s’équilibrer.

    Quels sont les domaines où une action gouvernementale serait nécessaire pour s’assurer que cet objectif sera atteint en 2017 :

    • Un maillage rapide en fibre optique d’infrastructures dans les zones à faible densité, pour pouvoir déployer LTE et LTE Advanced.
    • Une meilleure coordination dans les allocations de fréquences et la promotion des solutions partagées, de type ASA, pour ne pas gaspiller les capacités limitées des réseaux sans fil. Le « refarming » de la bande 1 800 MHz pour LTE, proposé par Bouygues Telecom, va dans le bon sens.
    • Paris WifiLe déploiement de Hotspots Wi-Fi dans tous les bâtiments publics.
    • La mise en œuvre de micro-cellules LTE dans tous les lieux publics tels que mairies, écoles des zones à faible densité de population.
    • Exiger que toutes les « box fibre optique » qui seront déployées dans les entreprises, organismes publics et particuliers puissent être aussi des micro-cellules LTE et Wi-Fi communautaires pour que les « voisins » puissent en profiter. C’est déjà techniquement possible en 2013.
    • S’appuyer sur les fortes compétences réseaux des universités et écoles d’ingénieurs françaises pour développer des solutions innovantes qui permettent une plus grande efficacité de ces réseaux hétérogènes HetNets.

    En résumé :

    Il n’y a aucune impossibilité technique qui s’oppose à la réussite d’un plan B mis en œuvre avant la fin de 2017.

     

    Très haut débit pour tous : quel budget pour un plan B alternatif

    Robinet EuroJe n’ai pas la prétention de chiffrer ici avec précision le coût de ce plan B pour les contribuables français. 

    Par contre, je pense que la limite haute de ce coût est de l’ordre de 3 milliards d’euros, ce qui réduit la facture de 17 milliards par rapport au plan actuel du gouvernement.

    Je vous propose une première évaluation des principaux postes de dépenses publiques correspondant au plan B proposé, pour la période 2013 - 2017 :

    • Aider les personnes sans ADSL à installer des accès satellites Tooway : entre 100 et 200 M€.
    • Financer la fibre optique d’infrastructures pour permettre le déploiement des antennes LTE et LTE Advanced dans les zones à faible densité : 5 000 € par site pour 100 000 sites = 500 M€.
    • Réseaux LTE, LTE Advanced et HSPA + : tous les investissements sont pris en charge par les opérateurs = coût zéro pour le gouvernement.
    • FttH pour les particuliers : sous la seule responsabilité des opérateurs, qui devraient pouvoir équiper plus de 50 % de la population à coût zéro pour le gouvernement. Ce n’est probablement pas un hasard si l’Europe vient d’annoncer une réduction forte de ses subventions pour la fibre optique.
    • Déploiement de HotSpots Wi-Fi dans les lieux publics tels que les mairies : 200 000 installations à 1 000 € = 200 M€.
    • Déploiement de micro-cellules LTE dans les lieux publics : 100 000 installations à 1 000 € = 100 M€.
    • Financement de travaux de recherche appliquée sur les HetNets dans les écoles et universités : 20 projets à 10 M€ = 200 M€.

    En faisant le total de ces dépenses, j’ai eu la surprise d’arriver à... 1,2 milliard d’euros seulement, quand mon premier sentiment était que l’on pouvait atteindre 3 milliards.

    Il y a donc beaucoup de marges d’actions pour accélérer encore plus ce plan d’action !

    En résumé :

    Avec une dépense comprise entre 1 et 3 milliards d’euros, le gouvernement français permet à tous les citoyens et toutes les entreprises d’avoir un accès Très Haut Débit en 2017.

     

    Première synthèse

    Plan BJ’ai imaginé, seul, ce plan B en moins de 48 heures ; il est bien sur imparfait, peu précis et améliorable.

    Par contre, s’il tient la route, il permettrait :

    • De mettre la France en position de leader mondial dans le déploiement du Très Haut Débit pour tous.
    • De fournir à tous les Français, à toutes les entreprises, petites, moyennes ou grandes, une infrastructure de réseaux permettant de déployer des usages innovants et d’améliorer la compétitivité de notre économie, qui en a bien besoin.
    • De réduire, au minimum de 80 %, le budget que le gouvernement était prêt à engager.
    • De diviser par deux le calendrier initialement envisagé.

    Une étude plus approfondie peut être menée immédiatement et fournir, avant le début de l’été 2013, un plan B détaillé et chiffré qui permettra de choisir entre deux scénarios profondément différents.

    Le coût de cette étude serait minuscule, comparé aux bénéfices potentiels.

    Est-il raisonnable de ne pas lancer cette étude d’un plan B ?

    Une dernière remarque : si, à la fin de l’année 2017, le plan B proposé n’a pas tenu 100 % de ces objectifs, il sera toujours temps, sur la période 2017 - 2023, de mettre en œuvre les actions correctives nécessaires, en tenant compte des nouvelles solutions réseaux disponibles à ce moment.

    (Pour éviter tout malentendu : je n’ai aucun lien financier avec Qualcomm, Tooway ou autres fournisseurs de solutions cités dans ce texte.)