Combien d’informaticiens professionnels, demain ? L’urgence ! Anticiper 2021+, dès aujourd’hui. Troisième partie : quels métiers d’avenir ? Où ?
Infrastructures informatiques : qui sont les maîtres du monde ? Première partie.

D’une démarche pilotée par la demande à une approche pilotée par l’offre : une rupture rendue possible par la R2I, Révolution Industrielle Informatique

 

Poubelle MOA MOE Cahier chargesCahier des charges ?  Maîtrise d’ouvrage ? Maîtrise d’œuvre ? Toute personne qui a travaillé dans le monde des Systèmes d’Information en France connait ces expressions et ces modes de travail.

Je vous propose simplement de les... rayer de votre vocabulaire à partir d’aujourd’hui !

La R2I, Révolution Industrielle Informatique et en particulier sa dimension SaaS, Software as a Service, vont bouleverser tous les modes de travail des informaticiens avec leurs « clients » internes.

 

Démarche traditionnelle : priorité à la demande

J’ai un peu de nostalgie en pensant aux modes de travail anciens, résumés dans ce schéma. Ces « ex bonnes pratiques » avaient perduré pendant plusieurs dizaines d’années.

Offre et Demande - Ancien monde

1 - Cahier des charges. Lorsque les métiers souhaitent disposer d’une application informatique pour répondre à une de leurs attentes, ils créent un groupe de travail pour formaliser ces attentes sous forme d’un cahier des charges. C’est l’un des rôles principaux de la MoA, Maîtrise d’Ouvrage. Ce document, de plusieurs centaines de pages, souvent « signé » par les utilisateurs est alors transmis à la MoE, Maîtrise d’Œuvre qui sera chargée de traduire ces demandes en une application informatique.

Amphibious carComme les dimensions techniques et financières sont peu présentes à cette étape, on arrive souvent à des demandes « légèrement » irréalistes, comme cette superbe voiture amphibie dont j’ai un besoin impératif pour traverser la Seine quand les ponts sont embouteillés.

2 - Choix des outils de construction. Les « ouvriers » de la MoE vont commencer leur travail en découvrant le cahier des charges. 

Dans le meilleur des cas, ils pourront choisir les outils de construction de cet objet unique, que ce soit un ERP traditionnel tel que SAP ou Oracle applications ou un langage de développement comme Java ou PHP.

Trop souvent, la MoE sera soumise aux résultats aléatoires d’un « Appel d’Offres » auquel répondront des fournisseurs et des sociétés de services.

Livres appels d'offresAprès plusieurs mois d’attente, envoi de l’appel d’offres, délais laissés pour y répondre, analyse des réponses reçues... le choix du vainqueur est fait, et la dimension financière est prioritaire dans la majorité des cas.

Toute une série d’ouvrages est consacrée à cette démarche historique.

Le secteur public est aujourd’hui condamné à cette approche pour tout projet de taille moyenne ou grande, et cela explique en partie les graves difficultés de l’informatique dans les organisations publiques qui ne sont jamais libres de leurs choix techniques.

Very old gun3 - Construction de la solution. Commence alors le long et complexe travail de construction d’un « objet unique au monde », une application qui va essayer de répondre aux demandes de la MoA et du cahier des charges. Dans les temps préindustriels, c’était le cas pour la majorité des objets, comme ce magnifique fusil ancien.

L’heureux propriétaire de cet objet unique devait ensuite préparer des munitions spécifiques à son arme. Fiabilité et robustesse n’étaient pas toujours au rendez-vous.

Dans notre monde informatique préindustriel, nous sommes encore dans cette même situation. Il n’y a pas deux applications Oracle identiques dans le monde ; l’application Oracle de l’entreprise A n’est jamais interchangeable avec l’application Oracle de l’entreprise B.

Il ne s’agit pas de critiquer les entreprises ou les personnes qui, pendant des dizaines d’années, ont mis en œuvre ce processus artisanal ; elles suivaient ce qui était considéré comme les « meilleures pratiques » de l’époque. 

C’est cette démarche qu’il faut changer, radicalement, immédiatement !

 

Démarche innovante : priorité à l’offre

Avec l’arrivée de la R2I et des offres industrielles SaaS, les entreprises peuvent prendre un virage à 180° et donner la priorité à l’offre.

Avant de l’appliquer au monde de l’informatique, il n’est pas inutile de rappeler que c’est la démarche universelle et normale dans tous les mondes industriels.

Auto journal spécial salon autoJe souhaite acheter une nouvelle voiture et recherche un 4x4 capable de transporter 5 adultes et 2 enfants. Est-ce que je vais écrire un cahier des charges ? Bien sur que non. J’achète des journaux spécialisés qui vont me proposer le catalogue complet des voitures qui correspondent, raisonnablement, à mes attentes. En tenant compte des options possibles, j’aurai le choix entre une petite centaine de modèles.

Ce schéma présente cette démarche innovante, révolutionnaire quand elle est appliquée au monde de l’informatique.

Offre et demande - R2I

1- Grandes lignes des besoins. Les clients internes, face un problème, une nouvelle opportunité, expriment leurs attentes dans un langage métier très simple. Quelques exemples :

  • Mes commerciaux ont du mal à suivre les demandes de nos clients, et à coordonner celles qui arrivent par téléphone et par Internet.
  • Je souhaite pouvoir mener, périodiquement, des enquêtes de satisfaction auprès des acheteurs de mes produits.
  • Nous perdons beaucoup de temps, tous les mois, pour réconcilier les chiffres du budget avec les résultats fournis par la comptabilité, car nous utilisons Excel pour cet exercice.
  • ...

2 - La DSI comme spécialiste de l’offre. Les clients internes expliquent à la DSI quelles sont leurs attentes, un peu comme un patient qui va voir son médecin, généraliste ou spécialisé, pour parler d’un problème de santé.

Dictionnaire Vidal médicamentLes médecins ont une « bible », le Vidal, qui donne les caractéristiques détaillées de tous les médicaments disponibles sur le marché.

Ce n’est pas parce que l’information est disponible pour tous que l’automédication est la bonne réponse. Comme patient, je fais confiance à un professionnel qui a une connaissance approfondie de l’offre, des avantages, des inconvénients, des contre-indications de ces médicaments et saura me conseiller au mieux de mes besoins.

3 - Propositions de solutions. La DSI peut, très rapidement, retourner voir ses clients internes et présenter des solutions SaaS opérationnelles qui correspondent raisonnablement aux demandes exprimées, avec les avantages, les inconvénients et les coûts de chaque option. 

Audi vs NissanSi je reprends l’exemple automobile du choix d’un 4x4, le client comprendra très bien les différences de performances et de coûts entre un Qasqai et une Audi Q7, sachant que les deux véhicules répondent aux « besoins » !

Une fois le choix fait, en collaboration entre les clients internes et la DSI, il restera à « configurer » la solution choisie, dont on connaît, à l’avance, les performances et les coûts, car il s’agit d’une solution industrielle, d’un produit que l’on met en œuvre, pas d’une solution que l’on construit.

Entre la définition des grandes lignes des besoins et l’utilisation de la solution industrielle choisie, il se sera écoulé quelques semaines, au plus quelques mois.

 

Connaissance approfondie de l’offre : une priorité pour la DSI

Feriez-vous confiance à un médecin qui consulterait le Vidal pour trouver un médicament très classique pour soigner une maladie banale comme une grippe ou une angine ?

WeloveSaaS gestion projetDe la même manière, une connaissance approfondie de l’offre devient une priorité pour une équipe informatique si elle souhaite conserver sa crédibilité auprès de ses clients qui, eux, ont aujourd’hui beaucoup amélioré leur connaissance des offres existantes.

Des « Vidal du SaaS » existent ; CloudShowplace de mon ami Jeff Kaplan ou WeloveSaaS en sont deux exemples. (MaJ du 20/8/2013 : autre source, SaaSGuru)

La « non-curiosité » de trop nombreux responsables informatiques. Il n’y a pas que Cisco, HP, IBM, Microsoft, Oracle ou SAP sur terre ! (par ordre alphabétique)

IgnoranceLors de mes échanges, très fréquents, avec des responsables informatiques, je suis souvent surpris de leur faible connaissance de l’offre de solutions, que ce soit dans les infrastructures ou dans les usages. Plus grave encore, je constate une absence de volonté de découverte des offres intéressantes qui ne font pas partie des « grands », des solutions « à la mode ».

Il existe un deuxième danger majeur, la tendance actuelle des DSI et des services achats à « référencer » un tout petit nombre de fournisseurs. Cette démarche, censée leur faciliter la vie, ne fait que pérenniser des solutions historiques, souvent en fin de vie, surtout quand les principaux critères de sélection sont la taille et le nombre d’années d’existence du fournisseur.

C’est un frein majeur à l’innovation, à la performance et à la réduction des coûts.

StartupsHeureusement, je reçois des premiers signaux encourageants qui me montrent que la connaissance des offres innovantes est perçue comme une priorité par des DSI qui ont compris que l’offre s’impose maintenant à la demande.

A titre d’illustration, je collabore avec une grande entreprise du nord de la France, du secteur de la distribution, qui organise plusieurs voyages par an en Californie pour rencontrer des start-ups et avec qui je partage mon carnet d’adresses.

 

Un meilleur service rendu, pour tous

Un scandale ! L’offre qui s’impose à la demande ! Ils seront nombreux les informaticiens qui vont réagir de la sorte à mon discours et qui restent persuadés que la trilogie historique « Cahier des charges, MoA, MoE » reste la bonne démarche en 2013.

Win-winJ’espère qu’ils comprendront très vite que cette nouvelle approche, pilotée par l'offre, est une démarche « gagnant-gagnant » pour les clients et les informaticiens :

  • Les clients internes de l’entreprise disposeront, dans des délais courts, à prix raisonnables, d’applications industrielles qui répondent à l’essentiel de leurs attentes.
  • Les professionnels de l’informatique pourront jouer un véritable rôle de conseil et avoir la certitude que les solutions qu’ils proposent... fonctionnent.

Par contre il va falloir beaucoup, beaucoup de temps pour que les grandes entreprises et les organismes publics changent leurs modes de pensée et leurs procédures pour pouvoir tirer profit de cette démarche industrielle...

 

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