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Infrastructures informatiques : qui sont les maîtres du monde ? Première partie.

 

Masters of the universeLes infrastructures ont un rôle essentiel dans le succès des systèmes d’information ; ce sont les fondations des usages innovants.

J’ai écrit récemment un billet sur les innovations qui se préparent dans les « infrastructures 2.0 » des 3 à 5 prochaines années.

Aujourd’hui, je vous propose d’analyser quels sont les fournisseurs qui comptent, ceux dont les solutions sont au cœur de toutes ces innovations. 

S’il fallait résumer en un mot la situation actuelle, ce serait : 

Oligopoles.

Dans tous les secteurs clefs de l’infrastructure, de deux à quatre fournisseurs dominent le marché.

Analysons la situation dans les domaines suivants :

  • Les microprocesseurs.
  • Les systèmes d’exploitation des objets d’accès.
  • Les navigateurs.
  • Les clouds publics.
  • Les réseaux.

 

Microprocesseurs

Le secteur des microprocesseurs est un duopole :

  • Intel, avec sa gamme X86, qui depuis plus de 30 ans domine les marchés des PC et des serveurs, et AMD, compatible x86 avec entre 15 et 20 % de part de marché selon les années.
  • L’éco-système ARM, qui a pris le pouvoir sur le marché des objets mobiles smartphones et tablettes.

Intel-vs-ARM ecosystem

Comme le montre ce schéma, le monde ARM regroupe de très grands acteurs du marché et sa grande diversité s’oppose au modèle « intégré » d’Intel.

Une guerre sans merci est déclarée entre Intel et ARM :

  • Intel essaie de prendre place sur le marché des smartphones et tablettes, en forte croissance quand son marché traditionnel des PC est en chute libre.
  • ARM contre-attaque en proposant des solutions serveurs à faible consommation.

Resteront-ils chacun hégémoniques sur leurs marchés respectifs actuels ou vont-ils réussir à envahir le territoire ennemi ? La réponse dans 5 ans.

 

Systèmes d’exploitation des objets d’accès

Trois fournisseurs se partagent aujourd’hui le marché des systèmes d’exploitation, tous objets d’accès confondus, comme le montre clairement ce graphique.

Les trois OS dominants

Les évolutions des 5 dernières années ont été spectaculaires :

  • Microsoft, qui contrôlait environ 70 % du marché en 2009, quand les PC étaient encore les objets d’accès dominants, a en 2013 encore 25 % de part de marché.
  • Apple, avec MacOS et iOS, a doublé sa part de marché de 10 % à environ 20 % sur cette même période.
  • Google, avec Android, inexistant en 2009, possède aujourd’hui 50 % du marché des systèmes d’exploitation.

Tous les autres acteurs, BlackBerry, Symbian... ont été laminés et se partagent les 5 % qui restent.

Est-ce qu’un quatrième acteur significatif, avec plus de 5 à 10 % de part de marché, peut apparaître dans les 3 à 5 années qui viennent ? C’est possible, mais loin d’être certain ; s’il fallait donner un nom, ce serait Firefox OS qui peut réussir dans les pays en émergence. Les trois acteurs dominants actuels seront encore là dans 5 ans, mais leurs parts de marché respectives peuvent encore beaucoup changer.

 

Navigateurs

Deux leaders dans les microprocesseurs, trois dans les systèmes d’exploitation et... quatre dans les navigateurs.

Market Share browsers 8:2013  World

Ce graphique montre l’évolution de leurs parts de marché respectives sur l’ensemble du monde au cours des 5 dernières années. Le quasi-monopole d’Internet Explorer jusqu’en 2005 a fait place à un oligopole avec trois leaders et un outsider, Safari.

La performance de Chrome est impressionnante : né en 2008, il a pris la tête avec plus de 40 % du marché.

A part Opera, je ne vois aucun nouvel entrant capable de prendre quelques % de part de marché dans les cinq ans qui viennent. Cet oligopole à quatre devrait se maintenir de nombreuses années.

 

Clouds publics : IaaS, Infrastructure as a Service

Ils sont trois grands industriels à avoir investi massivement depuis 2006 dans des centres de calcul proposant des services IaaS, comme le démontre ce graphique.

Cumulative CAPEX amazon google microsoft rackspace

Les montants cumulés de leurs investissements sont de 12 milliards de dollars pour Amazon AWS, 15 pour Microsoft et 21 pour Google. 

Les investissements du quatrième, Rackspace, ne représentent que 10 % de ceux des trois leaders et il n’est pas certain que Rackspace puisse rester longtemps dans la course.

Pour concurrencer sérieusement les trois leaders IaaS, le ticket d’entrée minimal est le milliard de dollars d’investissements annuels ; je ne vois personne, en Europe, prêt à se lancer dans cette aventure.

 

Réseaux

All cars alikeLes réseaux d’accès, et en particulier les réseaux sans fil, sont des éléments clefs de la performance des infrastructures modernes et pourtant, il n’y a pas dans ce secteur d’acteurs capables d’influencer sérieusement le marché !

Au grand dam des opérateurs, leurs offres sont maintenant devenues des « commodités » et se ressemblent toutes, comme beaucoup de voitures modernes. Quelles sont les différences fortes entre des offres de SFR, Orange; Free ou Bouygues Telecom en France, d’AT&T et Verizon aux USA ? Malgré tous leurs efforts marketing, les opérateurs sont perçus comme très interchangeables, le prix des services devenant le principal critère de décision, aussi bien pour le grand public que pour les entreprises.

C’est encore plus vrai pour les réseaux Wi-Fi, disponibles dans des millions de lieux publics, de plus en plus souvent gratuits. Le rôle croissant des réseaux Wi-Fi dans les infrastructures va accroître un peu plus cette banalisation des offres de réseaux.

Par contre, on retrouve encore des oligopoles dans les briques de base des réseaux :

  • Cisco et Juniper dominent pour le moment le marché des routeurs et commutateurs. L’arrivée des solutions Open Source, autour d’OpenFlow et de SDN (Software Defined Networks) pourrait, dans les 5 années qui viennent, faire exploser ce duopole.
  • Dans les infrastructures sans fil, 3G+ et LTE, ils sont quatre, Alcatel, Ericsson, ZTE et Huawei, mais avec des offres de plus en plus proches et interchangeables. (MaJ du 28 août : j'avais oublié de citer NSN, Nokia Solutions & Networks.)

 

Une première synthèse

Ce tableau de synthèse, où figurent les acteurs clefs dans les principaux domaines des infrastructures, met en évidence :

Matrice maître du monde infrastructures

  • Le très petit nombre de fournisseurs cités, sept au total.
  • Microsoft et Google sont les seuls présents trois fois, et... sur les mêmes créneaux. On comprend mieux pourquoi ce ne sont pas les meilleurs amis du monde !
  • Tous les autres fournisseurs sont présents dans un seul domaine, à part Apple qui en couvre deux.

Dans la deuxième partie de cette analyse, je parlerai des grands acteurs « sans influence », des spécificités du marché de l’entreprise et des tendances prévisibles pour les 5 prochaines années.

 


D’une démarche pilotée par la demande à une approche pilotée par l’offre : une rupture rendue possible par la R2I, Révolution Industrielle Informatique

 

Poubelle MOA MOE Cahier chargesCahier des charges ?  Maîtrise d’ouvrage ? Maîtrise d’œuvre ? Toute personne qui a travaillé dans le monde des Systèmes d’Information en France connait ces expressions et ces modes de travail.

Je vous propose simplement de les... rayer de votre vocabulaire à partir d’aujourd’hui !

La R2I, Révolution Industrielle Informatique et en particulier sa dimension SaaS, Software as a Service, vont bouleverser tous les modes de travail des informaticiens avec leurs « clients » internes.

 

Démarche traditionnelle : priorité à la demande

J’ai un peu de nostalgie en pensant aux modes de travail anciens, résumés dans ce schéma. Ces « ex bonnes pratiques » avaient perduré pendant plusieurs dizaines d’années.

Offre et Demande - Ancien monde

1 - Cahier des charges. Lorsque les métiers souhaitent disposer d’une application informatique pour répondre à une de leurs attentes, ils créent un groupe de travail pour formaliser ces attentes sous forme d’un cahier des charges. C’est l’un des rôles principaux de la MoA, Maîtrise d’Ouvrage. Ce document, de plusieurs centaines de pages, souvent « signé » par les utilisateurs est alors transmis à la MoE, Maîtrise d’Œuvre qui sera chargée de traduire ces demandes en une application informatique.

Amphibious carComme les dimensions techniques et financières sont peu présentes à cette étape, on arrive souvent à des demandes « légèrement » irréalistes, comme cette superbe voiture amphibie dont j’ai un besoin impératif pour traverser la Seine quand les ponts sont embouteillés.

2 - Choix des outils de construction. Les « ouvriers » de la MoE vont commencer leur travail en découvrant le cahier des charges. 

Dans le meilleur des cas, ils pourront choisir les outils de construction de cet objet unique, que ce soit un ERP traditionnel tel que SAP ou Oracle applications ou un langage de développement comme Java ou PHP.

Trop souvent, la MoE sera soumise aux résultats aléatoires d’un « Appel d’Offres » auquel répondront des fournisseurs et des sociétés de services.

Livres appels d'offresAprès plusieurs mois d’attente, envoi de l’appel d’offres, délais laissés pour y répondre, analyse des réponses reçues... le choix du vainqueur est fait, et la dimension financière est prioritaire dans la majorité des cas.

Toute une série d’ouvrages est consacrée à cette démarche historique.

Le secteur public est aujourd’hui condamné à cette approche pour tout projet de taille moyenne ou grande, et cela explique en partie les graves difficultés de l’informatique dans les organisations publiques qui ne sont jamais libres de leurs choix techniques.

Very old gun3 - Construction de la solution. Commence alors le long et complexe travail de construction d’un « objet unique au monde », une application qui va essayer de répondre aux demandes de la MoA et du cahier des charges. Dans les temps préindustriels, c’était le cas pour la majorité des objets, comme ce magnifique fusil ancien.

L’heureux propriétaire de cet objet unique devait ensuite préparer des munitions spécifiques à son arme. Fiabilité et robustesse n’étaient pas toujours au rendez-vous.

Dans notre monde informatique préindustriel, nous sommes encore dans cette même situation. Il n’y a pas deux applications Oracle identiques dans le monde ; l’application Oracle de l’entreprise A n’est jamais interchangeable avec l’application Oracle de l’entreprise B.

Il ne s’agit pas de critiquer les entreprises ou les personnes qui, pendant des dizaines d’années, ont mis en œuvre ce processus artisanal ; elles suivaient ce qui était considéré comme les « meilleures pratiques » de l’époque. 

C’est cette démarche qu’il faut changer, radicalement, immédiatement !

 

Démarche innovante : priorité à l’offre

Avec l’arrivée de la R2I et des offres industrielles SaaS, les entreprises peuvent prendre un virage à 180° et donner la priorité à l’offre.

Avant de l’appliquer au monde de l’informatique, il n’est pas inutile de rappeler que c’est la démarche universelle et normale dans tous les mondes industriels.

Auto journal spécial salon autoJe souhaite acheter une nouvelle voiture et recherche un 4x4 capable de transporter 5 adultes et 2 enfants. Est-ce que je vais écrire un cahier des charges ? Bien sur que non. J’achète des journaux spécialisés qui vont me proposer le catalogue complet des voitures qui correspondent, raisonnablement, à mes attentes. En tenant compte des options possibles, j’aurai le choix entre une petite centaine de modèles.

Ce schéma présente cette démarche innovante, révolutionnaire quand elle est appliquée au monde de l’informatique.

Offre et demande - R2I

1- Grandes lignes des besoins. Les clients internes, face un problème, une nouvelle opportunité, expriment leurs attentes dans un langage métier très simple. Quelques exemples :

  • Mes commerciaux ont du mal à suivre les demandes de nos clients, et à coordonner celles qui arrivent par téléphone et par Internet.
  • Je souhaite pouvoir mener, périodiquement, des enquêtes de satisfaction auprès des acheteurs de mes produits.
  • Nous perdons beaucoup de temps, tous les mois, pour réconcilier les chiffres du budget avec les résultats fournis par la comptabilité, car nous utilisons Excel pour cet exercice.
  • ...

2 - La DSI comme spécialiste de l’offre. Les clients internes expliquent à la DSI quelles sont leurs attentes, un peu comme un patient qui va voir son médecin, généraliste ou spécialisé, pour parler d’un problème de santé.

Dictionnaire Vidal médicamentLes médecins ont une « bible », le Vidal, qui donne les caractéristiques détaillées de tous les médicaments disponibles sur le marché.

Ce n’est pas parce que l’information est disponible pour tous que l’automédication est la bonne réponse. Comme patient, je fais confiance à un professionnel qui a une connaissance approfondie de l’offre, des avantages, des inconvénients, des contre-indications de ces médicaments et saura me conseiller au mieux de mes besoins.

3 - Propositions de solutions. La DSI peut, très rapidement, retourner voir ses clients internes et présenter des solutions SaaS opérationnelles qui correspondent raisonnablement aux demandes exprimées, avec les avantages, les inconvénients et les coûts de chaque option. 

Audi vs NissanSi je reprends l’exemple automobile du choix d’un 4x4, le client comprendra très bien les différences de performances et de coûts entre un Qasqai et une Audi Q7, sachant que les deux véhicules répondent aux « besoins » !

Une fois le choix fait, en collaboration entre les clients internes et la DSI, il restera à « configurer » la solution choisie, dont on connaît, à l’avance, les performances et les coûts, car il s’agit d’une solution industrielle, d’un produit que l’on met en œuvre, pas d’une solution que l’on construit.

Entre la définition des grandes lignes des besoins et l’utilisation de la solution industrielle choisie, il se sera écoulé quelques semaines, au plus quelques mois.

 

Connaissance approfondie de l’offre : une priorité pour la DSI

Feriez-vous confiance à un médecin qui consulterait le Vidal pour trouver un médicament très classique pour soigner une maladie banale comme une grippe ou une angine ?

WeloveSaaS gestion projetDe la même manière, une connaissance approfondie de l’offre devient une priorité pour une équipe informatique si elle souhaite conserver sa crédibilité auprès de ses clients qui, eux, ont aujourd’hui beaucoup amélioré leur connaissance des offres existantes.

Des « Vidal du SaaS » existent ; CloudShowplace de mon ami Jeff Kaplan ou WeloveSaaS en sont deux exemples. (MaJ du 20/8/2013 : autre source, SaaSGuru)

La « non-curiosité » de trop nombreux responsables informatiques. Il n’y a pas que Cisco, HP, IBM, Microsoft, Oracle ou SAP sur terre ! (par ordre alphabétique)

IgnoranceLors de mes échanges, très fréquents, avec des responsables informatiques, je suis souvent surpris de leur faible connaissance de l’offre de solutions, que ce soit dans les infrastructures ou dans les usages. Plus grave encore, je constate une absence de volonté de découverte des offres intéressantes qui ne font pas partie des « grands », des solutions « à la mode ».

Il existe un deuxième danger majeur, la tendance actuelle des DSI et des services achats à « référencer » un tout petit nombre de fournisseurs. Cette démarche, censée leur faciliter la vie, ne fait que pérenniser des solutions historiques, souvent en fin de vie, surtout quand les principaux critères de sélection sont la taille et le nombre d’années d’existence du fournisseur.

C’est un frein majeur à l’innovation, à la performance et à la réduction des coûts.

StartupsHeureusement, je reçois des premiers signaux encourageants qui me montrent que la connaissance des offres innovantes est perçue comme une priorité par des DSI qui ont compris que l’offre s’impose maintenant à la demande.

A titre d’illustration, je collabore avec une grande entreprise du nord de la France, du secteur de la distribution, qui organise plusieurs voyages par an en Californie pour rencontrer des start-ups et avec qui je partage mon carnet d’adresses.

 

Un meilleur service rendu, pour tous

Un scandale ! L’offre qui s’impose à la demande ! Ils seront nombreux les informaticiens qui vont réagir de la sorte à mon discours et qui restent persuadés que la trilogie historique « Cahier des charges, MoA, MoE » reste la bonne démarche en 2013.

Win-winJ’espère qu’ils comprendront très vite que cette nouvelle approche, pilotée par l'offre, est une démarche « gagnant-gagnant » pour les clients et les informaticiens :

  • Les clients internes de l’entreprise disposeront, dans des délais courts, à prix raisonnables, d’applications industrielles qui répondent à l’essentiel de leurs attentes.
  • Les professionnels de l’informatique pourront jouer un véritable rôle de conseil et avoir la certitude que les solutions qu’ils proposent... fonctionnent.

Par contre il va falloir beaucoup, beaucoup de temps pour que les grandes entreprises et les organismes publics changent leurs modes de pensée et leurs procédures pour pouvoir tirer profit de cette démarche industrielle...

 


Combien d’informaticiens professionnels, demain ? L’urgence ! Anticiper 2021+, dès aujourd’hui. Troisième partie : quels métiers d’avenir ? Où ?

 

Delete jobInitialement, je n’avais pas prévu d’écrire une troisième partie, mais les nombreux commentaires et échanges que j’ai eu à la suite du premier et deuxième billets m’ont amené à me poser deux questions :

- Quels seront les métiers porteurs en informatique en 2021+ ?

- Qui seront les principaux employeurs d’informaticiens, en 2021+ ?

Ce sont des questions complexes, et il est plus difficile d’y répondre que ce que j’avais tenté dans les deux premiers billets, définir les grandes tendances. 

Il y a aussi beaucoup de métiers informatiques que je ne connais pas bien : développement de jeux, informatique embarquée, calculs scientifiques complexes... 

Je compte sur les lecteurs compétents dans ces domaines pour enrichir les échanges par leurs commentaires.

IT college grads downEst-ce un signe de cette prise de conscience ? Une étude qui vient d’être publiée aux USA montre que le nombre d’étudiants en informatique au « College » décroit depuis plusieurs années, de 11 % entre 2003 et 2012.

 

Quels métiers informatiques, dans les infrastructures

It-infrastructureLes métiers informatiques d’avenir dans les infrastructures seront en priorité des métiers du logiciel. Il y aura bien sur beaucoup de personnes pour fabriquer les serveurs, postes de travail et routeurs, mais ce ne seront pas des métiers d’informaticiens. 

La caractéristique majeure de ces métiers : Open Source dans leur grande majorité.

Les solutions logicielles d’infrastructures seront, à plus de 80 %, Open Source en 2021+.

On connait déjà, en 2013, les principaux leaders, mais de nouveaux entrants feront certainement leur apparition, que ni vous ni moi ne connaissons. La seule certitude est qu’ils seront tous Open Source.

Tous les domaines de l’infrastructure sont concernés :

Netcraft Webservers marketshare top 1M sites 7:2013

  • Systèmes d’exploitation des objets d’accès : Android, ChromeOS, FirefoxOS, Linux... 
  • Navigateurs : Chrome et Firefox.
  • Serveurs Web : Apache et Nginx. Comme le montre ce graphique, IIS de Microsoft, seule solution propriétaire, représente moins de 20 % du marché des serveurs Web utilisés par le million des sites les plus visités. IIS vient d’être dépassé par Nginx et se trouve maintenant en troisième place.
  • Bases de données et big data : MySql, MariaDB, MapReduce, Hadoop...
  • Réseaux : Asterisk, OpenFlow et SDN, Software Defined Networks.

Le monde des solutions d’infrastructure propriétaires va-t-il disparaître d’ici 2021+ ? Non, mais les survivants seront peu nombreux.

Logo Open Source couleurs MicrosoftIl reste un acteur propriétaire majeur, Microsoft avec les Windows (Server, 8, RT et Phone), Internet Explorer, IIS, SQLServer... mais il doit se sentir bien seul face à toutes les solutions open source qui l’entourent.

Je me pose beaucoup de questions sur l’avenir des leaders actuels dans le monde des réseaux, Cisco, Juniper... Ils ont tous proclamé leur « amour » pour les solutions SDN, Software Defined Networks, dont fait partie OpenFlow, mais ils ont surtout annoncé « leurs » versions propriétaires. 

Est-ce que le monde des réseaux peut rester le dernier bastion propriétaire dans les infrastructures ? Je ne le pense pas, mais il est possible que l’Open Source, même s’il progresse fortement, ne soit pas encore dominant en 2021.

L’annonce par Cisco, en août 2013, de la suppression de 5 % de ses effectifs, soit 4 000 personnes, confirme mes inquiétudes sur l’avenir de ces grands acteurs historiques.

OpenSource CommunityOui, il sera possible de faire carrière dans les infrastructures, en 2021+, mais pour cela il faudra :

  • Faire le choix d’une communauté Open Source forte.
  • Travailler en priorité chez un fournisseur de solutions.
  • Etre un très bon ingénieur logiciel, car dans une communauté Open Source, on ne peut pas cacher très longtemps sa médiocrité !

  

Quels métiers informatiques, dans les applications

SaaS, Software as a ServiceSi, dans les infrastructures, l’Open Source va dominer, dans le monde des applications, ce seront les solutions... SaaS, Software as a Service.

En 2021+, les ingénieurs logiciels qui souhaitent faire carrière dans les applications seront en priorité chez les éditeurs de logiciels SaaS, qui couvriront plus de 80 % des besoins des entreprises.

Ils feront partie d’équipes très spécialisées dans un métier ou une application transverse universelle telle que messagerie ou gestion de projets.

L’un des principaux critères de choix sera la taille des équipes de développeurs :

  • Une majorité d’équipes sera de petite taille, comme celle qui travaille pour 37Signals, créateur de Basecamp et de Highrise et qui emploie moins de vingt personnes.
  • D’autres préfèreront rejoindre de grandes équipes, qui peuvent dépasser le millier de personnes, comme Amadeus dans le secteur du voyage.

Ce seront de plus en plus des métiers transfrontières, que l’on pourra exercer dans n’importe quelle région du monde : Europe de l’Ouest, Europe de l’Est, Asie.. Les compétences seront partout, la concurrence pour les talents, mondiale. 

Custom Software developmentEt du côté des entreprises utilisatrices ? Comme je l’avais indiqué dans la deuxième partie de cette analyse, ce sont les grandes organisations qui fourniront l’essentiel des emplois ; elles auront besoin d’ingénieurs logiciels pour construire les applications cœur de métier avec lesquelles elles voudront créer un avantage concurrentiel fort.

Pour ces applications spécifiques, une bonne compréhension du métier de l’entreprise sera indispensable. L’ingénieur logiciel de demain aura besoin d’une double compétence, technique bien sûr, mais aussi métier. L’époque du développeur « mercenaire », capable de passer de la banque à la chimie puis à l’automobile en quelques semaines est révolue.

 

Quels métiers informatiques, dans les services

IT services on keyboardA coté des métiers opérationnels informatiques, dans les infrastructures et les applications, il existe beaucoup de métiers de « service » tels que :

  • Définition de la stratégie informatique.
  • Choix des solutions et des fournisseurs.
  • Agrégation de composants d’infrastructures et d’applications.
  • Sécurité, SSO, authentification.
  • Assistance, support, hot-line.
  • Gestion des budgets.
  • Gestion des ressources humaines.
  • ...

Toutes les grandes organisations auront encore besoin, en 2021+, d’informaticiens pour prendre en charge ces activités de service. Est-ce que ce seront des informaticiens internes ? Est-ce que ce seront des personnes appartenant à des sociétés de services ? 

50% vers 70 % IT internesJe n’ai pas, aujourd’hui, de réponse précise à cette question. S’il fallait quand même faire un pronostic, je dirais que le pourcentage de ces activités qui sera réalisé par des collaborateurs internes sera supérieur aux 50 % actuels, probablement plus proche des 70 %, en grande partie pour permettre aux informaticiens en place de trouver de nouvelles activités qui remplaceront celles éliminées dans les infrastructures et les applications.

Les sociétés de services informatiques n’auront pas disparu en 2021+, mais elles sortiront à peine d’un traumatisme fort qui les aura obligées à basculer d’une culture dominante artisanale à une démarche industrielle.

SSII puzzleCes SISI, sociétés industrielles de services informatiques resteront, en 2021+, d’excellents points d’entrée dans la profession, surtout pour ceux et celles qui recherchent des métiers plus généralistes. Architectes S.I., agrégations de composants SaaS et aider les entreprises moyennes à construire un SI performant. Les clients ne manqueront pas pour ces activités à forte valeur ajoutée, mais... à faible volumétrie.

 

Quels employeurs d’informaticiens, en 2021+

Où seront les emplois d’informaticiens, en 2021+ ? Dans ce tableau, je propose une matrice des emplois informatiques selon les métiers et les employeurs :

Matrice Emplois IT activités: employeurs

  • ** pour la principale source d’emploi.
  • *  pour un niveau plus faible d’emploi.
  • -  pour un nombre d’emplois très faible.

Si je cherche un emploi intéressant d’informaticien en 2021+, il me faudra frapper aux portes suivantes :

  • Les fournisseurs de solutions industrielles, si je cherche un job dans les infrastructures ou les applications.
  • Les Sociétés Industrielles de Services Informatiques, pour tous les métiers de services, ce qui est... assez logique.
  • Les grandes organisations, mais avec moins de débouchés, pour tous les métiers informatiques, infrastructures, applications et services.
  • Si je souhaite travailler dans une PME, seuls des métiers de service me seront proposés.

  

Résumé : informaticien, en 2021+

Past, present, futureJ’ai écrit ces trois billets, non pas pour faire peur, mais au contraire pour aider les informaticiens en poste aujourd’hui, et les personnes qui envisagent de faire carrière dans l’informatique, à anticiper ce que pourrait être le marché du travail dans la prochaine décennie.

Je ne suis pas « infaillible », mais ces analyses sont le fruit de beaucoup de réflexions sur des métiers qui sont et peuvent rester passionnants.

S’il fallait résumer en trois phrases ces tendances : 

  • Un marché de plus en plus industriel, où il y a de la place pour des informaticiens très professionnels ; amateurs, s’abstenir.
  • Des emplois, en priorité chez les fournisseurs de solutions, puis dans les grandes organisations.
  • Une réduction de 50 % du nombre de professionnels de l’informatique dans le monde d’ici à 2021+.