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10 « ex bonnes pratiques » à abandonner et... 10 bonnes résolutions pour 2014. Troisième partie : dites non aux Clouds Privés !

 

3 2 1Dans la première partie de cette série de billets, j’ai présenté les 10 « ex bonnes pratiques » à abandonner en 2014.

Dans la deuxième partie, j’ai proposé trois NBP, « Nouvelles Bonnes Pratiques » concernant les postes de travail.

Et trois « ex bonnes pratiques » de moins !

Banned Private CloudDans cette troisième partie, je vais aborder le thème des serveurs et de « l’ex bonne pratique » numéro 4, concernant les clouds privés.

La Nouvelle Bonne Pratique 4 est très simple à formuler :

NBP 4 : Le Cloud Privé sera à jamais banni de ma stratégie informatique.

  

Cloud Privé : une fiction dangereuse

Lorsque l’expression cloud computing a émergé, vers l’année 2008, on ne parlait que d’un seul Cloud, en clair le Cloud Public.

Google Trends cloud ComputingLes avantages industriels du Cloud Public sont bien connus des lecteurs de ce blog ; j’en rappellerai rapidement les principaux :

  • Les fournisseurs industriels du Cloud Public investissent massivement dans des infrastructures de plus en plus puissantes, et font profiter les entreprises clientes des économies d’échelle. Entre 2006 et 2013, AWS, Amazon Web Services, a baissé 32 fois son prix de vente de l’heure de calcul.
  • Pour les entreprises utilisatrices du Cloud Public, c’est un basculement complet d’une logique financière CAPEX (investissements) vers une logique de coûts de fonctionnement OPEX.
  • Le Cloud Public permet de répondre à toutes les problématiques de variabilité de la charge et de l’imprévisibilité de la demande.
  • Les nouvelles ressources d’infrastructures, serveurs ou stockage, peuvent être mises en œuvre en quelques minutes et non pas en quelques jours ou quelques mois.

AWS re-invent 2013-Public vs Private CloudComme le rappelait Amazon à la conférence Re:Invent de 2013, aucun, vraiment aucun des avantages du Cloud Public ne peut se retrouver dans un Cloud privé.

Comment expliquer qu’une idée aussi farfelue, aussi dénuée d’intérêt que le Cloud Privé est pu naître et grandir avec autant de rapidité ?

La réponse dans le prochain paragraphe...

  

Cloud Privé : un contre-feu allumé par des « anciens combattants »

Panique à bord ! Une grande partie des fournisseurs traditionnels ont très vite compris que le Cloud Public représentait un danger mortel pour leurs activités liées aux centres de calcul privés.

Journey to the private cloudIls se sont donc rapidement donné le mot et ont allumé ensemble un contre-feu en lui donnant le nom, d’ailleurs bien trouvé, de Cloud Privé.

Leur message ? Oui, le Cloud est une bonne idée, mais il faut commencer par... un Cloud Privé !

Qui sont-ils, ces fans du Cloud Privé ?

  • Les vendeurs de serveurs, IBM, HP, Oracle-Sun, Dell... 
  • Les fournisseurs de solutions de réseaux d’entreprises : Cisco, Juniper...
  • Les éditeurs de logiciels de gestion d’infrastructures : Computer Associates, HP....
  • Les champions de la virtualisation : VMWare, Citrix, Microsoft...
  • Des DSI, heureusement peu nombreux, qui croient encore que leur pouvoir se mesure à la taille de leurs centres de calcul, au nombre de serveurs qu’ils gèrent et aux effectifs de leurs équipes internes.

Et... ils ont raison d’avoir la trouille ! Les entreprises qui basculent tout ou partie de leurs infrastructures sur des solutions de Cloud Public n’achètent plus leurs produits ou leurs services.

On pouvait espérer que les grands acteurs industriels des clouds publics allaient devenir leurs nouveaux clients, mais, hélas pour les fournisseurs historiques, ce n’est pas le cas !

Google, Facebook et beaucoup d’autres conçoivent ou fabriquent leurs propres serveurs, routeurs et autres commutateurs Internet. 

Logo Open Compute ProjectL’exemple le plus emblématique est le mouvement Open Compute Project, lancé par Facebook en avril 2011, il y a presque 3 ans.

Facebook Open Compute SwitchFacebook a mis en « open source » tous les plans de ses centres de calcul, de ses serveurs et de ses outils réseaux. Ceci permet aux très grandes entreprises qui auraient encore besoin d’un centre de calcul privé de profiter, à coût zéro, des « meilleures pratiques » dans tous ces domaines.

Hyve servers on Open Compute Facebook DesignDe nouveaux fournisseurs, tels que Hyve Solutions, se sont précipités dans ce créneau en fournissant des serveurs, routeurs ou commutateurs compatibles Open Compute et OpenFlow.

Quel avantage concurrentiel reste-t-il aux fournisseurs historiques tels que HP, Dell ou Cisco ? Poser la question, c’est fournir la réponse...

  

Cloud Privé : une fausse bonne idée

Le Cloud Privé ne peut offrir aucun des avantages du Cloud Public, toutes les personnes qui font une analyse rationnelle de cette question arrivent à cette même conclusion.

On peut alors se poser une autre question : est-ce que le Cloud Privé à des avantages autres que ceux d’un Cloud Public, et qui pourraient en justifier l’existence ?

NephophobiaQuels sont les arguments utilisés, avec plus ou moins de bonne ou mauvaise foi, par les promoteurs des Clouds Privés ? Ce sont tous ceux qui se basent sur la « néphophobie », la peur du Cloud et que l’on peut rappeler ici :

Sécurité : les clouds privés sont plus sécurisés que les clouds publics, car ce sont les collaborateurs de l’entreprise qui s’en occupent. Il suffit de lire les documents publiés par Google ou Amazon sur leurs mesures de sécurité pour comprendre que 99, 999 % des entreprises n’ont pas les moyens de sécuriser leurs centres de calcul privés avec un niveau équivalent de protection. N’oublions pas non plus que plus de 70 % des failles de sécurité viennent de l’intérieur ! Un responsable réseau mécontent ou licencié, c’est une menace redoutable, à l’intérieur de votre forteresse. 

Target-hackedConfidentialité : « Mes » données seront à l’abri dans « mes » centres de calcul privé ; oui, autant que mon argent sous mon matelas ! La grande enseigne de distribution Target a fait la une ces dernières semaines avec des dizaines de millions de comptes clients piratés ; personne n’a relevé le fait que Target gère ses propres centres de calcul, car le piratage des centres de calcul privés est d’une banalité affligeante.  Pour les pirates, Target était une « cible » très facile ! 

J’ose à peine imaginer tout ce que j’aurais pu lire si les données de Target avaient été gérées par un fournisseur de Cloud Public ! On vous l’avez bien dit ! C’est une honte ! Ils sont nuls ! On ne peut pas leur faire confiance ! Il faut être irresponsable pour confier ses données « stratégiques » à un cloud privé !

Ligne maginotLocalisation des données : mes données sont plus en sécurité si elles sont stockées dans mon pays. Les grands méchants étrangers, tels que la NSA américaine, n’y auront pas accès. Quel angélisme ! Comme si la « ligne maginot Informatique » française avait du sens. Voilà un grand chantier que l’on pourrait confier à nos spécialistes de la sécurité des systèmes d’information : construisez-nous un PHM, Parefeu Hexagonal Maginot.

Posez la question à la Présidence de la République mexicaine dont plusieurs centaines de milliers de courriels ont été piratés dans leur messagerie Exchange gérée en interne.

Il existe encore, hélas, des législations rétrogrades qui obligent certains métiers à mettre en œuvre des politiques d’hébergement de leurs données sur le territoire national. La loi est toujours en retard d’une guerre dans le domaine des technologies, mais les entreprises ne peuvent pas se mettre hors-la-loi et cela permettra, pendant quelques années, aux « clouds souverains » de bénéficier de marchés captifs et non concurrentiels.

  

Synthèse

Yeti in the snowCette quatrième NBP a le mérite de la simplicité ; elle a surtout pour objectif d’éviter aux entreprises de graves et coûteuses erreurs si elles étaient tentées (par toutes les personnes qui y voient leur propre intérêt) de mettre en pratique un concept totalement virtuel, sans existence réelle et... très dangereux.

Résumons : 

« Le Cloud Privé, c’est le Yeti de l’informatique, tout le monde en parle, personne ne l’a jamais vu. »

Dans la quatrième partie, je m’occuperai des « ex bonnes pratiques » 5, 6, 7 et 8, relatives aux applications.

 

  


10 « ex bonnes pratiques » à abandonner et... 10 bonnes résolutions pour 2014. Deuxième partie : postes de travail

 

Poubelle 10 %22ex best practices%22Dans la première partie de cette série de billets, j’ai présenté les 10 « ex bonnes pratiques » à abandonner en 2014.

Comme l’on fait remarquer de nombreux commentaires, l’important, après le diagnostic, c’est de définir les « nouvelles bonnes pratiques ».

Dans cette deuxième partie, je vais aborder les trois NBP, « Nouvelles Bonnes Pratiques », qui remplacent les trois anciennes « ex » 1, 2 et 3 :

  • Postes de travail obèses.
  • Master PC. 
  • Suites bureautiques obèses.

 

Un navigateur, point d’entrée universel sur le Système d’Information

NBP 1 : A partir de 2014, toute application nouvelle déployée dans l’entreprise devra être accessible par un navigateur moderne.

Les entreprises innovantes ont compris cela depuis longtemps, et disposent aujourd’hui d’un parc important d’applications auxquelles tous les clients de l’entreprise, internes ou externes, peuvent accéder depuis un navigateur.

Browsers Europe 1:2014Les tendances sur les navigateurs se confirment : en Europe, les trois leaders, Chrome, Firefox et Internet Explorer représentent 90 % des parts de marché, Safari étant en 4e position avec environ 6 %.

Dans la majorité des entreprises, grandes et moyennes, il reste encore beaucoup d’applications métiers en mode Client/Serveur ou même en interface mode caractère, et pour lesquelles des solutions « n-tiers » permettant un accès navigateur n’ont pas été mises en œuvre.

Workspaces AWSA court terme, une démarche pragmatique permettant de gérer la transition vers un S.I. 100 % navigateur consiste à déployer une solution de VDI, Virtual Desktop Infrastructure.
Les nouvelles solutions VDI, telles que celles proposées par AWS avec Workspaces, dont j’ai parlé récemment, permettent de réduire un peu le coût de cette démarche.

L’OS sous-jacent aura de moins en moins d’importance, jusqu’à devenir, progressivement, un élément mineur du poste de travail, son rôle principal étant de donner la parole à des navigateurs.

Dans les 12 à 18 mois, les améliorations des standards Web, tels que WebRTC pour les communications synchrones ou HTML5 permettront aux entreprises de proposer à leurs clients, externes et internes, un Système d’Information 100 % navigateur. C’est déjà possible aujourd’hui, en ce début d’année 2014, ce sera généralisé en 2016.

En résumé :

  • Toutes les applications proposées par l’entreprise sont accessibles depuis un navigateur.
  • Les quatre navigateurs principaux, Chrome, Firefox, IE et Safari sont acceptés, dans leurs dernières versions.

 

Variété des objets d’accès mobiles

Le choix d’un accès navigateur aux applications ouvre une voie royale à la deuxième nouvelle bonne pratique :

NBP 2 : les clients internes de l’entreprise peuvent choisir le poste de travail qui leur convient.

Liberté postes de travailCe choix peut être très large : un PC, une tablette ou un smartphone, et en toute indépendance vis-à-vis du système d’exploitation de ce dernier.

Evantail solutions postes travailPour mettre en œuvre cette deuxième bonne pratique, les entreprises ont le choix entre deux démarches principales :

  • Elles proposent un catalogue, un éventail de solutions, parmi lesquelles les clients internes font leur marché. Pour les aider dans leurs choix, il suffit de fixer pour chacun d’entre eux un coût d’usage mensuel et de le refacturer dans le budget de leur direction.
  • Mettre en œuvre un projet AVOP (Apportez Vos Outils Personnels), BYOD en anglais. En pratique, cela signifie qu’un collaborateur fait lui-même le choix de son poste de travail, le finance, le maintient, l’assure... C’est ce qui se passe aujourd’hui avec les voitures des collaborateurs, dans un monde professionnel où la « voiture de fonction » est devenue une exception. Demain, le « PC de fonction » deviendra aussi rare !

En résumé :

  • Des objets d’accès mobiles sont proposés en priorité ; les « PC de bureau » sont installés par exception, pour des usages spécifiques.
  • Toutes les familles d’objets d’accès mobiles, PC, Macintosh, tablettes, smartphones ou autres à venir (Google Glass, montres intelligentes...) sont autorisées dans l’entreprise.
  • Le système d’exploitation des objets d’accès n’est pas un critère de choix ou d’exclusion ; Android, ChromeOS, FirefoxOS, iOS, MacOS, Windows (sous toutes ces formes) ... sont des options acceptées.

 

Usages : outils bureautiques, « Cloud » et Collaboratifs

Cloud-collaborationQuelles sont les seules applications auxquelles on peut accéder depuis n’importe quel poste de travail, quel que soit sa nature ou son système d’exploitation ? Les applications natives Web, ce qui permet de formuler la troisième nouvelle bonne pratique :

NBP 3 : les outils universels de collaboration et de communication sont des applications Cloud.

Pour les entreprises, cela représente un changement majeur dans les habitudes de travail du milliard de personnes qui utilisent encore aujourd’hui les outils historiques de Microsoft, Office, Exchange, Sharepoint ou d’IBM, Lotus Notes.

Cloud Business email Radicati Group MQLa bataille pour la maîtrise de ce nouveau marché gigantesque va être homérique, entre l’ancien, Microsoft, et le nouveau, Google, comme le montre clairement cette analyse faite par le groupe Radicali ; tous les autres acteurs ont été définitivement distancés.

J’ai écrit de nombreux textes sur ce sujet, le premier et le plus détaillé il y aura bientôt 3 ans, mais mes conclusions de l’époque restent encore pour l’essentiel valides aujourd’hui. 

En 2014, les entreprises ont le choix entre deux solutions fondamentalement différentes :

  • Google Apps, la seule alternative professionnelle véritablement SaaS, Software as a Service, multi-tenant, proposée par un seul fournisseur, Google, et dont 100 % des fonctionnalités sont accessibles depuis un navigateur sur n’importe quel objet. Google Apps répond très bien aux NBP 1 et NBP 2.
  • Microsoft Office 365, version modernisée d’une solution historique, version hébergée et non SaaS. Office 365 ne répond pas aux règles NBP 1 et NBP 2 ; pour profiter des fonctionnalités haut de gamme de la solution Office 365, il est nécessaire de disposer de la suite Office sur un poste de travail obèse Windows, ce qui nous renvoie aux « ex bonnes pratiques » 1 et 3. Venant de Microsoft, cela n’étonnera personne...

 

Synthèse

Gartner TCO PCCes trois « nouvelles bonnes pratiques » permettent de répondre aux attentes de tous les « stakeholders » :

  • Les clients externes :  les applications proposées par l’entreprise sont accessibles depuis tout objet d’accès équipé d’un navigateur, sans avoir à passer par une place de marché spécifique.
  • Les clients internes à qui, enfin, on va pouvoir laisser la liberté de choisir le ou les postes de travail adaptés à leurs véritables attentes.
  • Les directions informatiques, qui vont arrêter de dépenser des fortunes pour gérer un « Master » et des postes de travail obèses dont le TCO est proche de 6 000 $/an, dixit Gartner.

Dans la troisième partie, je règlerai son compte à l’ex bonne pratique 4, les clouds privés. 

 


LaaS : Legacy as a Service

  

LaaSJe viens de... créer un nouvel acronyme dans le monde du Cloud Computing :

LaaS, Legacy as a Service.

En effet, à ma grande surprise, quand j’ai fait une recherche sur Google pour savoir ce qui existait sur ce thème que j’avais envie de traiter... il n’y avait aucune référence à cette expression !

Aws reinvent logoCette idée m’est venue après avoir visionné les deux vidéos « keynote » de la deuxième conférence re-Invent, organisée par AWS, Amazon Web Services en novembre 2013.

Je n’ai pas pu assister à cette conférence qui a réuni environ 9 000 personnes, mais je vous encourage tous à prendre le temps de regarder dans leur intégralité ces deux vidéos, bien qu’elles soient très longues :

  • La présentation d’Andy Jassy, Senior VP d’AWS. Elle est plutôt centrée sur les dimensions métiers et les intervenants extérieurs, passionnants, sont des dirigeants tels que Jeff Smith, CEO de SunCorp, l’une des plus grandes banques australiennes. Attention : cette vidéo dure... 1 h 40.

 

 

  • La deuxième vidéo, présentée par Werner Vogels, le CTO d’AWS, dure elle aussi très longtemps, 1 h 50. Elle est plus technique, mais facilement compréhensible par tous.

  

Louis Naugès et Werner Vogels mars 2010 CigrefEn mars 2010, j’avais invité Werner Vogels à présenter sa vision du Cloud et d’AWS au CIGREF, le Club Informatique des Grandes Entreprises pendant un petit déjeuner dans leurs locaux. A ma grande surprise, à ma grande tristesse, seulement 6 entreprises parmi les plus de 130 entreprises qui en sont membres étaient présentes lors de cette réunion passionnante.

2010, c’était probablement encore un peu tôt pour les très grandes entreprises, même si AWS existe depuis 2006. 

Avant de proposer une première définition de LaaS, Legacy as a Service, un bref rappel de ce que sont les informatiques « historiques », ou « legacy » de la majorité des entreprises est nécessaire.

  

L’environnement « Legacy » informatique des entreprises.

En simplifiant au maximum, en caricaturant l’existant informatique des entreprises, j’ai construit ce schéma de synthèse :

Legacy solutions

  • Des postes de travail PC Wintel sur lesquels est installé Microsoft Office.
  • Des dizaines, des centaines d’applications traditionnelles, ERP tels qu’Oracle applications ou SAP, applications sur mesure écrites en Cobol, Java, C++ ou autres langages.
  • Des serveurs hébergés dans des centres de calcul privés.

ON y retrouve un grand nombre des « ex bonnes pratiques » que j’avais évoquées dans mon billet précédent.

Les plateformes Cloud natives ne savaient pas prendre en charge efficacement ces informatiques historiques et étaient condamnées à attendre que les entreprises mettent à niveau leurs infrastructures et leurs usages, ce qui prendra des années et des années.

Le bossu LagardèreL’idée que je propose, et qui est rendue possible par les évolutions rapides des solutions industrielles Cloud est de renverser la proposition, en s’inspirant de la célèbre tirade de Lagardère dans le livre « Le bossu » :

« Si tu ne viens pas au Cloud, le Cloud ira à toi ! »

 

Legacy as a Service : une première définition

Les solutions industrielles Cloud Computing d’infrastructures et SaaS, Software as a Service pour les applications existent depuis une dizaine d’années.

La majorité les usages actuels concernent des applications nouvelles, telles que CRM ou pilotage RH, pour remplacer des applications existantes

Ce sont les entreprises jeunes, avec peu d’historiques, de « legacy », qui ont su, les premières, tirer profit des IaaS, Infrastructures as a Service.

L’idée du LaaS, Legacy as a Service est simple :

Legacy solutions en LaaS

 

LaaS = La capacité de porter tout ou partie de ses infrastructures et applications historiques sur le Cloud avec un minimum de changements.

En reprenant mon graphique d’un environnement Legacy, une solution LaaS me permet de porter tous les composants, postes de travail, applications et serveurs dans un Cloud public. C’est donc une démarche qui peut être mise en œuvre rapidement, sans attendre la refonte des grandes briques d’un Système d’Information historique.

Une fois de plus AWS se positionne en pionnier du Cloud et en proposant toute une série d’outils et de services qui vont rendre possible, en 2014, le démarrage du LaaS.

J’ai donc choisi, pour illustrer concrètement la démarche LaaS, de m’appuyer sur les dernières annonces d’AWS. D’autres acteurs du Cloud devraient rapidement annoncer leurs solutions LaaS, mais AWS a pour le moment une grande longueur d’avance.

Les images que je vais utiliser dans la suite de ce billet sont des photos extraites des deux vidéos que j’ai citées au début. Elles sont donc de qualité moyenne, mais suffisante, je l’espère, pour illustrer mon propos.

 

LaaS pour postes de travail

La gestion des postes de travail historiques PC Windows + Office est un enfer pour toutes les entreprises, que ce soit en mode traditionnel ou en mode client léger type Citrix.

Une nouvelle option est apparue récemment, la VDI, Virtual Desktop Infrastructure, permettant d’héberger des images virtuelles des postes de travail. Microsoft, Citrix, VMWare et beaucoup d’autres se sont engouffrés dans ce créneau qui était très rentable au vu des prix très élevés pratiqués.

AWSWorkspace ½ priceA re:Invent 2013, AWS a annoncé Workspaces, une solution de VDI Cloud native, qui devrait révolutionner ce marché naissant, en annonçant que Workplaces a un coût 50 % plus faible que la concurrence.

Dans la foulée de cette annonce, le cours de bourse de Citrix a baissé de 10 % et celui de VMWare de 4 %.

Les prix annoncés par AWS Workspaces sont sur l’image ci-dessous.

AWS Workplaces pricesIls vont de 35 à 75 $ par mois et par poste de travail, ce qui fait de 420 à 900 $ par an. Je suis quand même surpris par ces coûts élevés, sachant qu’ils représentent la moitié des coûts VDI actuels.

Une véritable solution Cloud, un navigateur sur un objet mobile, c’est quand même... beaucoup moins cher !

  

LaaS pour applications 

Tous les grands acteurs du Cloud, tels que Google ou Salesforce, ont déjà des places de marché où l’on peut trouver des composants complémentaires à leur offre de base.

AWS vient d’annoncer une « marketplace », mais d’un genre différent : elle regroupe de très nombreuses applications « legacy », comme celles qui sont présentes sur cette image, SAP, Microsoft...

AWS Marketplace 2C’est une avancée importante pour le LaaS ; les entreprises vont pouvoir porter leurs applications historiques sur AWS sans changements significatifs.

C’est une évolution importante vis-à-vis des solutions traditionnelles d’hébergement, car l’on bascule dans une démarche de coûts de fonctionnement, OPEX et non plus d’investissements, CAPEX.

Je n’ai pas besoin d’écrire un paragraphe spécial sur la migration des serveurs, car cette fonction est disponible depuis plusieurs années avec les solutions IaaS, Infrastructures as a Service.

 

 Deux exemples d’entreprises leaders, SunCorp et DowJones

J’ai choisi d’illustrer mes propos par deux des nombreuses entreprises qui interviennent dans les vidéos AWS. L’une des raisons de ce choix est qu’elles appartiennent à des secteurs jugés souvent conservateurs, la banque et les services financiers. 

AWS SunCorp Bank CEOJeff Smith, le PDG de SunCorp, une des grandes banques australiennes, est venu personnellement présenter la démarche de sa banque. Il n’est pas fréquent de rencontrer un PDG de banque parlant d’informatique avec autant de passion et de compétences !

SunCorp a fait le choix stratégique de migrer l’essentiel de ses applications sur AWS, dans une logique LaaS. L’un des éléments les plus spectaculaires de ce projet est sa vitesse d’exécution, comme on le voit sur cette photo.

AWS Suncorp Bank migration

  • Un mois pour obtenir l’accord du Conseil d’administration.
  • Deux mois pour régler les problèmes de conformité, de risques et de gouvernance.
  • Au bout de 3 mois, les premières applications avaient été migrées.
  • Il faudra 18 mois, 18 mois seulement, pour migrer 2 000 applications.

Je ne connais pas beaucoup de grandes banques françaises qui ont des calendriers informatiques aussi serrés...

Le deuxième exemple est celui de la société financière Dow Jones ; c’est Stephen Orban, son CTO (responsable des infrastructures) qui a fait la présentation.

AWS Dow Jones CTOSur cette photo, on retrouve un message proche de celui de SunCorp : il est prévu de migrer 3 000 applications en moins de 2 ans.

AWS Dow Jones Data CentersCette deuxième photo concerne les centres de calcul ; ils vont passer en 3 années de 40 à 6, et bien sur avec une migration sur AWS.

Rappel : vous trouverez dans les deux vidéos déjà citées de très nombreux autres exemples intéressants de LaaS.

 

Synthèse : LaaS, un puissant accélérateur de la R2I 

La possibilité d’utiliser des solutions LaaS est une excellente nouvelle pour les entreprises, et en particulier pour les plus grandes.

LaaS devient un accélérateur très puissant d’une migration vers le Cloud et la R2I, Révolution Industrielle Informatique, comme le montre ce schéma.

Migration Cloud Natif + LaaS

Flèche 1 : migrer le maximum d’applications vers des solutions SaaS natives et des infrastructures IaaS. Cette démarche reste prioritaire, car elle permet d’obtenir tous les bénéfices des solutions Cloud industrielles.

Flèche 2 : migrer vers un environnement LaaS l’essentiel des infrastructures et applications héritages qu’il n’est pas raisonnable de basculer immédiatement vers des solutions natives Cloud. Ceci permet de bénéficier quand même des avantages du Cloud, mais à moindre échelle.

Flèche 3 : dans une étape ultérieure, migrer, composant par composant, les briques du SI historique qui sont en LaaS vers des solutions Cloud natives. 

Avec l’arrivée de solutions LaaS en 2014, les entreprises voient disparaître l’un des derniers freins réels à leur capacité à migrer leur Système d’Information historique vers le Cloud. 

L’année 2014 commence vraiment très bien...

 


10 « ex bonnes pratiques » à abandonner et... 10 bonnes résolutions pour 2014 - Première partie

 

2014En ce début d’année 2014, je vous souhaite à tous les lecteurs de ce blog une excellente année, pleine d’innovations dans la construction de votre Système d’Information  en s’appuyant sur la R2I, Révolution Industrielle Informatique.

Best-PracticesDans ce premier texte publié en 2014, je vous propose d’identifier 10 « ex bonnes pratiques » qui sont devenues, aujourd’hui des « mauvaises pratiques ».

Votre première, et difficile résolution, sera de prendre la décision d’abandonner définitivement ces mauvaises pratiques.

Il faudra ensuite identifier les « nouvelles bonnes pratiques » à mettre en œuvre à partir de 2014. Ce sera fait dans la suite de cette série.

Important : il ne s’agit pas de porter un jugement de valeur sur ces « ex bonnes pratiques ». Elles avaient leur raison d’être, hier ; aujourd’hui, dans un monde informatique qui a profondément changé, elles deviennent des freins très dangereux qui bloquent l’innovation et la performance des Systèmes d’Information.

J’ai classé ces « ex bonnes pratiques » en quatre familles :

  • Postes de travail : 1, 2 et 3
  • Serveurs : 4
  • Applications, usages : 5, 6, 7 et 8
  • Management : 9 et 10

  

1 - Postes de travail obèses, PC 100 % wintel

Huge PCDepuis le début des années 1990, les postes de travail PC Wintel (Windows Intel) ont dominé l’informatique des entreprises. Pour un trop grand nombre de responsables informatiques, la réponse à toute demande est : une application qui fonctionne sur un PC Wintel, avec un écran de 15 pouces ou plus.

Nous sommes maintenant rentrés dans l’ère Post PC. Ceci ne signifie pas que les PC Wintel vont disparaître ; ils vont simplement devenir une plateforme parmi beaucoup d’autres, smartphones, tablettes, chromebook...

 

2 - Master PC

Masteriser PCLa gestion de ces PC Wintel est vite devenue un enfer pour les responsables informatiques. Leur réponse a été de créer un « Master », une version unique du PC pour tous les collaborateurs de l’entreprise, quels que soient leurs métiers ou leurs besoins.

Les entreprises ont compris que l’efficacité de ce Master PC n’était qu’une illusion, une coûteuse illusion. 

  

3 - Suites bureautiques obèses

Suites bureautiquesEntre les années 1990 et 2000, Microsoft a gagné deux batailles majeures, qui ont été à l’origine de sa spectaculaire réussite  :

  • Celle du poste de travail Wintel, évoquée ci-dessus.
  • Celle des suites bureautiques avec Office et ses formats propriétaires, ne laissant que des miettes aux concurrents. 

Malgré leur gratuité, les solutions Open Source n’ont jamais pu s’imposer et ne le feront jamais. Après 20 ans de bons et loyaux services, il est temps de mettre ces suites bureautiques dans des maisons de retraite, pour leur permettre de finir leur vie dignement.

En résumé : suite bureautique = machine à écrire du XXIe siècle.

  

4 - Clouds privés

Private cloud Microsoft HPCloud Privé ? Il s’agit là d’un cas particulier : une « ex bonne pratique » qui commence à peine à se mettre en place et qu’il est urgent de tuer avant qu’elle ne fasse des dégâts monstrueux.

Je suis assez confiant sur ce sujet et je pense que l’expression « Cloud privé » aura disparu de notre vocabulaire dans les 2 à 3 ans qui viennent.

  

5 - Solutions intégrées

Integrated solutionsIntégré, Intégration, intégrateur... tous ces mots sont omniprésents dans le vocabulaire des informaticiens. 

Encore une illusion qui disparait : celle qu’un fournisseur, une solution puissent répondre à tous les besoins d’une entreprise. C’est une réalité pour les TPE, les métiers très standardisés tels que les notaires ou les dentistes, mais cela n’a aucun sens pour les entreprises. Plus elles sont grandes, plus cette illusion est dangereuse et c’est pourtant les très grandes organisations qui ont cherché pendant très longtemps ce Saint Graal de l’intégré.

Intégré : un autre mot à rayer de votre vocabulaire en 2014.

  

6 - Unicité des solutions

Taille unique
Cette quête de l’unicité a été universelle dans l’informatique pendant ces 20 dernières années. On l’a déjà évoqué pour les postes de travail Master, les suites bureautiques... 

Cette lubie de l’unicité touche aussi les logiciels : le même programme de paie pour tous les pays, le même logiciel de décisionnel pour tous les utilisateurs, une seule solution de gestion de projets, qu’ils concernent 5 personnes ou 500...

Nous vivons dans un monde extraordinairement varié, et c’est ce qui en fait la richesse et la valeur. L’informatique restera-t-elle le dernier bastion de ce mythe de l’unicité ?

Je compte sur vous pour que cela ne soit plus le cas...

  

7 - Le tout ERP

ERPPopularisés dans les années 90, les ERP, et en particulier les deux leaders SAP et Oracle Applications, sont omniprésents dans la majorité des grandes organisations.

Et une illusion de plus qui fait « Pschitt » ! Comment l’idée saugrenue qu’un logiciel puisse répondre aux besoins de milliers d’entreprises, quel que soit leur secteur d’activité, pour toutes les fonctions, financières, RH, commerciales... a pu être « gobée » par des décideurs raisonnables, restera toujours pour moi un grand mystère.

En 2014, il faudra manier le bistouri informatique avec dextérité pour, composant par composant, élaguer les ERP installés d’un maximum de fonctionnalités qui peuvent être confiées à des solutions SaaS industrielles.

 

8 - Applications Client / Serveur

Server_clientAvec l’arrivée du PC Wintel roi, les entreprises ont déployé des logiciels dont une partie des fonctionnalités étaient déportées sur ces PC, l’autre partie restant sur des serveurs. 

L’impossibilité de gérer proprement des centaines d’applications C/S sur des milliers de PC est devenue tellement évidente qu’une majorité d’entreprises ont été obligées de réinventer le « client léger » en remplaçant ces applications Client / Serveur par des applications Serveur / Serveur, pour le plus grand bénéfice d’éditeurs comme Citrix.

La solution ? Comme mesure conservatoire, ne plus déployer en 2014 une seule nouvelle application Client / Serveur.

 

9 - Maîtrise d’Ouvrage, Maîtrise d’Œuvre (MOA / MOE)

MOA MOE BrouetteMaîtrise d'Ouvrage, Maîtrise d'Œuvre : cette invention française n’a heureusement pas franchi les frontières de l’Hexagone, mais ses dégâts en France ont dépassé ceux des plus grandes tempêtes de ces dix dernières années.

La décision à prendre pour 2014 est simple : plus aucun nouveau projet informatique ne sera piloté par la démarche MOA / MOE. 

  

10 - Schémas directeurs 

Schéma directeur informatiqueC’est une autre spécialité française, avec un « pôle d’excellence » dans le secteur public : élaborer le « schéma directeur » de son Système d’Information, avec un horizon de planification qui approche souvent les 5 années.

Dans un monde imprévisible, où les entreprises, les technologies, les attentes des utilisateurs internes et externes changent de plus en plus vite, cette vision « cartésienne idéale » de ce que devrait être un Système d’Information dans plusieurs années est une utopie dangereuse.

En 2014, tous les budgets qui avaient été alloués à des schémas directeurs sont annulés ; on trouvera beaucoup de projets innovants qui pourront profiter de ces ressources libérées.

 

Situation actuelle dans les entreprises

La majorité des entreprises ont, bien entendu, et depuis longtemps, abandonné ces « ex-bonnes pratiques » !

 10Pour celles qui ne l’auraient pas encore fait, il est possible de réaliser un diagnostic rapide sur le niveau d’obsolescence de votre Système d’Information, en comptant un point pour toute « ex bonne pratique » qui est encore en vigueur dans votre entreprise.

  • 3 points ou moins : bravo ! Vous êtes sur la bonne voie, continuez.
  • Entre 4 et 6 points : vous avez fait une partie du chemin. Vous pourrez rejoindre, en 2014, le peloton de tête des entreprises performantes en continuant vos efforts.
  • 7 points et plus : alerte ! Vous avez devoir mettre les bouchées doubles en 2014 pour essayer de remettre à niveau votre Système d’Information.

 La deuxième partie de cette analyse propose les NBP, "Nouvelles Bonnes Pratiques" relatives aux postes de travail.

La troisième partie analyse la NBP 4, relative aux Clouds Privés.

La quatrième partie définit les NBP 5, 6, 7 et 8, relatives aux applications.

La cinquième partie présente les NBP 9 et 10, sur le Management des Systèmes d'Information.