Travailleurs en première ligne, nouvelle priorité de toute Transformation Numérique

 

Blog FLW Image livre siège terrainDès 2018, dans le livre “Dirigeants, Acteurs de la Transformation Numérique” que j’ai écrit avec Dominique Mockly, P-DG de Teréga, nous avions mis en évidence le rôle clef des acteurs du terrain, comme le montre ce schéma extrait ce livre.(Il est maintenant disponible, en version papier et Kindle).

L’expression qui s’impose aujourd’hui pour parler de ces acteurs du terrain est FrontLine Workers, travailleurs en première ligne (FLW). J’utiliserai souvent cette abréviation dans ce billet. Je rencontre aussi les mots “FirstLine Workers” ; dans la suite de ce texte, je considère qu’elles sont similaires et définissent les mêmes populations.

Je pronostique que 2021 sera une année de rupture dans l’équipement numérique de ces FLW. Toutes les entreprises qui emploient un fort pourcentage de FLW vont basculer une part majeure de leurs budgets informatiques ou numériques pour que ces FLW ne soient plus les parents pauvres de la Transformation Numérique.

 

FLW : largement majoritaire en nombre parmi les travailleurs

La COVID-19 a brutalement mis en évidence que le monde entier dépendait, pour son fonctionnement, pour sa survie, des travailleurs en première ligne.

Transporteurs, magasiniers, agents d’entrepôts, agriculteurs, installateurs, mécaniciens, infirmiers, policiers, pompiers, facteurs… La liste est longue de tous ces métiers qui permettent à sept milliards de personnes de se nourrir, se déplacer, se soigner ou maintenir en fonctionnement ces milliards d’objets que nous utilisons quotidiennement.

Estimation nombre de FLWCombien sont-ils ? Peu de personnes savent répondre à cette question.

L’enquête dont est extrait le graphique ci-dessous a été faite auprès de DSI en septembre 2020. Leur réponse était voisine de 50% pour les cols blancs et 50% pour les FLW, des chiffres très loin de la réalité.

80% Workers are FLW or 2 7 BUne remarquable étude réalisée par Emergence en 2018 montre que les FLW représentent… 80% des travailleurs dans le monde ! Oui, vous avez bien lu, les cols blancs ne représentent que 20% des effectifs dans les entreprises.

Les FLW représentent environ 2,7 milliards de personnes. Il faut rester prudent face à ces chiffres et les considérer comme une raisonnable évaluation de la réalité.

3 out of 4 workers are FLWUne autre étude dont je donne ici l’un des résultats annonce des chiffres voisins : les FLW représentent 75% de la population et sont au nombre de 2,5 milliards.

Les écarts entre les mesures de ces deux études sont faibles ; ils confirment l’essentiel :

● Les FrontLine Workers sont très majoritaires, entre 75% et 80% des actifs.

● Ils sont très nombreux : plus de 2,5 milliards de personnes.

 

FLW, les oubliés de la Transformation Numérique

01 net  les deskless  les oubliés du SICe thème des oubliés de l’informatique, j’en parle depuis… longtemps. Avant de démarrer mon blog en 2006, j’avais eu l’honneur d’écrire de nombreuses rubriques dans l’un des plus anciens et prestigieux journaux informatiques, 01 Informatique. J’ai retrouvé un texte, publié en 2004, dont le titre était : “Les “deskless”, les oubliés du SI ?.

Depuis 2004, la situation n’a pas changé, je pense même qu’elle a empiré. Les entreprises ont massivement investi pour équiper les cols blancs de solutions informatiques de plus en plus complexes, de plus en plus chères, de plus en plus puissantes.

Une étude, publiée par la revue Forbes, réalisée par Microsoft contient des informations intéressantes sur ce décalage entre cols blancs et FLW.

Microsoft Proportion of Frontline Workers Digitally connectedJ’en ai extrait quelques graphiques, et je vous conseille de la lire dans son intégralité.

Près de 50% des FLW ne sont pas connectés au SI de leur entreprise ! Difficile d’utiliser des applications informatiques si l’on n’est pas connecté…

FLW écart entre souhaits et réalités● Le décalage entre ce que “souhaitent” les dirigeants interrogés et la réalité est très grand :

  • Partager l’information avec les FLW : souhaité par 81% des dirigeants, une réalité dans 29% des cas.
  • Donner de l’autonomie aux FLW : souhaité par 81% des dirigeants, une réalité dans 22% des cas.

Ces quelques exemples suffisent pour vous rappeler une réalité que vous rencontrez dans vos entreprises :

les FLW sont aujourd’hui les grands oubliés de la Transformation Numérique.

 

FLW, des attentes numériques très différentes de celles des cols blancs

Vous avez déjà rencontré un travailleur en première ligne qui adore remplir des formulaires ? Moi, jamais !

Tous, absolument tous, se plaignent du temps perdu à faire de la “paperasse” !

Il faut comprendre, accepter que le numérique n’est pas leur métier, et que moins ils y passent du temps, plus ils sont heureux.

Difficultés FLW Dans l’étude sur les FLW, réalisée à la demande de Google, la liste de leurs principales difficultés se concentre sur deux thèmes, comme le montre la liste ci-dessous :

● La difficulté d’accès à l’information pertinente pour faire leur métier.

● Les piètres performances des outils techniques mis à leur disposition.

C’est pour moi un signal encourageant : pour répondre aux attentes universelles des FLW, les priorités sont connues :

● Leur fournir des outils simples et fiables. Les tablettes et smartphones du marché, durcis si nécessaire, répondent bien à cette demande.

● Leur permettre d’accéder, sur le terrain, immédiatement, aux seules informations dont ils ont besoin.

AdS DPC Forget Everything S 227002110Amis DSI et spécialistes des solutions numériques que vous avez déployées depuis des dizaines d’années pour les cols blancs, oubliez tout ce que vous savez sur la meilleure manière de répondre aux attentes de ces cols blancs si vous souhaitez réussir avec les FLW !

ERP intégrés, écrans de 15 pouces avec surabondance d’informations, tableaux Excel avec des dizaines de lignes et de colonnes… rien de cela ne fonctionnera avec les FLW.

Comment construire des solutions numériques qui répondent aux attentes des FLW ?

Je vous propose quelques pistes de réflexion et d’action :

● Commencez par aller sur le terrain, faites le travail avec ces FLW, vivez leur quotidien pour comprendre la réalité de leurs besoins. Je parle d’expérience : la manière dont le travail est fait sur le terrain ne correspond jamais à ce que les cols blancs du siège imaginent être les meilleures pratiques.

● Construisez des applications spécifiques, cas par cas, qui collent aux attentes de chaque famille de FLW. Dans une usine, l’opérateur sur une chaîne de production, le cariste, le magasinier, la personne qui réceptionne les livraisons… tous ont besoin d’une application spécifique, construire pour répondre à leurs attentes, et seulement à leurs attentes.

AdS DPC Low code S 251719607● Utilisez en priorité les nouveaux outils Clouds No-Code et Low-Code pour construire, en quelques jours ou semaines, ces applications spécialisées.

● Utilisez les solutions informatiques existantes, construites pour les cols blancs, comme des sources d’information pour ces applications spécialisées. Ne mettez jamais un SAP ou un Oracle Applications entre les mains d’un FLW !

Un dernier point, et c’est probablement le plus important : vous aurez en face de vous des clients très reconnaissants qu’on s’intéresse à eux, enfin.

 

Solutions numériques pour les FLW : quels potentiels ?

Gartner worldwide IT spending 2019 - 2021Le Gartner Group a publié, début 2020, juste avant la crise liée à la COVID-19, ses prévisions de dépenses informatiques mondiales pour 2019, 2020 et 2021.

Pour 2020, je retiens deux chiffres :

● Dépenses totales : 3 865 $B.

● Dépenses liées aux logiciels d’entreprise : 503 $B.

Ce même Gartner regarde de plus en plus vers les FLW ; depuis 2019, il publie une courbe du “hype” sur les technologies dédiées aux FLW.

Gartner on FLWDans son édition 2020, une phrase a retenu mon attention : “Gartner prévoit que jusqu’à 70% des investissements des cinq prochaines années dans les mobiles et solutions d’accès seront consacrées aux FLW”.

Growth in IT investments for frontline by sectors 2Dans l’étude réalisée par Emergence citée plus haut, leur recherche montre que tous les secteurs où l’on trouve la majorité des FLW prévoient d’augmenter leurs investissements de 50% à 100% vers ces FLW.

FLW - Nombre et budgets IT 2020 2025J’ai préparé ce graphique pour mettre en évidence les potentiels majeurs de croissance des outils numériques qui ciblent les FLW :

● Pourcentage de population : 20% cols blancs, 80% FLW.

● Budgets informatiques en 2020 : 80% pour les cols blancs, 20% pour les FLW.

● Une estimation de la répartition de ces budgets informatiques en 2025 si on s’occupe sérieusement des FLW : 35% pour les FLW, 65% pour les cols blancs.

Si ces ordres de grandeur se vérifient, les budgets informatiques pour les FLW vont croître de 600 $B en 5 ans.

Dans le domaine des logiciels, si l’on garde comme référence les mêmes pourcentages :

Dépenses en logiciels FLW en 2020 : 20% de 500 B$ = 100 B$.

Dépenses en logiciels FLW en 2025 : doublement soit 200 B$, un accroissement de 100 $B.

Baselines WIzyEMM & WIzyVisionVous comprendrez mieux pourquoi, dans mon activité d’éditeur de logiciel SaaS avec Wizy.io, nous avons décidé de cibler en priorité nos offres sur… les FLW !

● La “baseline” de WizyEMM, gestionnaire de terminaux Android : “ Frontline Android Devices Management”.

● La “baseline” de WizyVision : ” Images power Frontline Work”

Venture underfunding FLWTout reste à faire dans ce domaine des logiciels pour FLW. Ce graphique montre que les VC, Ventures Capitalists, n’ont consacré que 1% de leurs investissements à des solutions FLW.

Wizy.io prévoit de lancer une levée de fonds dans les semaines qui viennent. N'hésitez pas à nous contacter si vous êtes un Business Angel ou un fonds d'investissement prêt à nous accompagner dans notre croissance sur un marché presque vierge, en très forte croissance !

 

Des bénéfices pour les FLW et pour les entreprises, en même temps

FLW a deux définitions possibles :

● FrontLine Workers, les collaborateurs en première ligne.

● FrontLine Work, les processus de l’entreprise pour lesquels ces collaborateurs ont un rôle dominant.

Ce qui est passionnant et positif, c’est que l’on peut, en même temps, améliorer en profondeur les processus de l’entreprise tout en proposant des modes de travail plus intéressants aux collaborateurs en première ligne.

Je vais l’illustrer par un exemple réel, construit avec la solution WizyVision dont j’ai parlé plus haut.

Un technicien d’entretien doit assurer la maintenance ou la réparation d’une machine.

Exemple usage FLW mesure1 - Avec son smartphone ou sa tablette, il prend une photo de la machine, qui est transmise au SI de l’entreprise.

2 - A l’aide de fonctions d’Intelligence Artificielle et de Machine Learning, le SI identifie la machine, trouve toutes les données pertinentes et remplit automatiquement la fiche de travaux. On élimine des saisies manuelles, sources d’erreurs et de pertes de temps.

3 - Quand l’opération est terminée, le technicien saisit les seules données nouvelles liées à son intervention, qui mettent à jour immédiatement le SI de l’entreprise. Ces données sont disponibles pour toute personne qui en aurait besoin, col blanc ou FLW.

Vous connaissez beaucoup de techniciens d’entretien qui adorent remplir des formulaires papier ou sur leur smartphone, surtout s’ils sont sur le terrain et que la météo est mauvaise ?

Vous connaissez beaucoup d’entreprises qui trouvent intelligent de ressaisir ou de contrôler en central des données prises sur le terrain ?

FL work et FL Worker Win WInCette dimension “gagnant gagnant”, entreprise et collaborateur, on va la retrouver dans des centaines de cas d’usages, chaque fois que l’on prendra la peine de répondre avec des solutions numériques adaptées à la réalité des besoins des travailleurs en première ligne.

 

Synthèse

80% des travailleurs sont des Frontline Workers ; ils ont été jusqu’à présent les grands oubliés de l’informatique et du numérique.

AdS DPC Frontline Workers S 338869676

Investir pour les FLW apporte des bénéfices rapides et démontrables pour les entreprises, tout en améliorant la qualité de vie de ces FLW.

Les outils pour construire les solutions numériques dont ont besoin les FLW sont disponibles, immédiatement.

Faire de 2021 l’année des travailleurs en première ligne, voilà un bel objectif pour votre Transformation Numérique.


Solutions numériques en Europe, mi 2020 : une qualité exceptionnelle

 

AdS DPC Pessimism sur visage S 349567679Halte à la sinistrose ! Le pessimisme numérique, ça suffit ! Tout va mal dans le numérique, basta ya !

Je n’en peux plus, de ces discours de politiques, de dirigeants et de responsables du numérique qui ne parlent que des dangers du numérique, des risques qu’il fait courir aux entreprises, aux états et même à la planète.

Et si l'on regardait, en priorité, ce qui fonctionne bien dans le numérique ?

C'est le thème de ce billet d’humeur, pour vous aider à préparer un été et une reprise en septembre qui ne soient pas d’une noirceur numérique totale.

Rappel : ce billet est centré sur les solutions professionnelles, pas celles destinées au grand public.

 

Offre de solutions numériques en 2020

Nous sommes en 2020, pas en 2000 ! Les progrès réalisés par l’offre de solutions dans tous les domaines du numérique ont été spectaculaires, exponentiels.

Les entreprises ont tout sous la main pour réussir leur Transformation Numérique.

BIS - Infra  Soutien  MétiersJe vais à nouveau utiliser mon modèle B I S ; il a maintes fois fait la preuve de son efficacité, en définissant les trois domaines :

● I = Infrastructures.

● S = Usages Support (Universels, non spécifiques d’un secteur d’activité).

● B = Usages Business (Cœur métiers).

Ce billet fait le point sur ce qui fonctionne bien dans ces trois domaines.

Il n’est pas nécessaire de créer un suspense “insoutenable”. En 2020, les solutions Clouds Publics ont tout gagné, ne laissant que des miettes aux offres numériques historiques que certaines entreprises s’obstinent à garder dans leurs centres de calcul privés en fin de vie.

AdS DPC 90 : 10 SS 28371184Je résume en deux chiffres la situation des offres de solutions numériques en 2020 :

● 90 % des besoins numériques professionnels trouvent d’excellentes réponses sur le marché.

● Pour 10 % des besoins numériques, les entreprises manquent encore de réponses de qualité.

 

Infrastructures = IaaS, Infrastructures as a Service

En créant en 2006 AWS, Amazon Web Services, la première offre IaaS (Infrastructure as a Service) du monde, Amazon a lancé la plus grande révolution qui est jamais existé dans le monde des infrastructures.

En 2020, les jeux sont faits, comme le montre sans ambiguïté le récent quadrant magique IaaS du Gartner Group publié en juillet 2019.

Gartner MQ IaaS 7:2019

On a rarement vu un quadrant magique plus simple :

● Pas de challengers, pas de visionnaires.

● Trois leaders : AWS, Microsoft Azure et Google GCP.

● Trois acteurs de “niche” : deux anciens combattants, IBM et Oracle, et un Chinois, Alibaba, qui est lui en croissance.

Comme je le rappelais dans mon billet précédent, la richesse des services proposés par les trois leaders est impressionnante, et de nouveaux services naissent toutes les semaines.

Toutes les fonctions d’infrastructures dont ont besoin les entreprises sont disponibles chez AWS, Azure ou GCP.

Il y a deux autres dimensions positives dans l’IaaS que je souhaite rappeler, l’omniprésence de l’Open Source et des interopérabilités de plus en plus faciles à mettre en œuvre.

Open Source

Ces géants IaaS ont vite compris qu’il était idiot et peu efficace de créer chacun dans son coin des briques de base d’infrastructures propriétaires. Ils se sont vite mis d’accord pour utiliser les mêmes grands standards, tous Open Source. Quelques exemples :

● Linux domine les systèmes d’exploitation utilisés en IaaS. Microsoft annonce fièrement que plus de 40 % des usages d’Azure ce font avec Linux. Windows Server, dernier survivant des solutions propriétaires, disparaît petit à petit du paysage IaaS.

Open Container Initiative● Docker pour les containers. L’OCI, Open Container Initiative a été créée dès 2015 pour coordonner les travaux dans ces domaines. OCI est hébergé par la Linux Foundation.

● Kubernetes pour gérer les containers : Kubernetes a été créé par Google, et utilisé par AWS et Azure, avec parfois quelques variantes.

Interopérabilités

Il est beaucoup plus facile, en 2020, de porter des applications d’un Cloud Public à un autre qu’il ne l’était dans l’Ancien Monde des dinosaures numériques de le faire d’un centre de calcul privé à un autre.

Deux exemples :

VMWare on AWS● VMWare était le fournisseur dominant des machines virtuelles. VMWare a signé des accords avec AWS, GCP et Azure qui permettent de porter à l’identique ses machines virtuelles sur ces trois Clouds Publics.

● Dans le monde des containers, qui remplacent rapidement les machines virtuelles, Google a donné l’exemple avec Anthos, qui permet de porter ses usages conteneurisés vers AWS ou Azure. Microsoft propose une solution similaire avec Arc.

Résumé : entreprises, en 2020, vous avez à votre disposition une large palette de solutions d’infrastructures exceptionnelles, pérennes et interopérables. Problème réglé.

 

Usages Support = SaaS, Software as a Service

Messagerie, webconférences, CRM, gestion des ressources humaines, budgets, trésorerie…

Pour tous ces usages support, il existe de remarquables solutions SaaS, Software as a Service.

Combien ? Plus personne n’est capable de les compter ; j’estime que le nombre de solutions SaaS Support dépasse les 30 000 ou 40 000 produits.

À l’inverse du marché IaaS, de type oligopole, celui du SaaS a permis la naissance de milliers d’éditeurs différents, dans tous les pays du monde.

Dans Next40, la liste des 40 startups françaises ayant levé le plus d’argent, on trouve plusieurs éditeurs SaaS d’usages support tels que Klaxoon, Ivalua ou Talentsoft.

En France, PlayFrance, une initiative récente, souhaite référencer les éditeurs “made in France”. Ce tableau ne regroupe pas l’ensemble de l’offre française, comme il le prétend, mais montre que l’offre est large, et c’est une bonne nouvelle.

PlayFrance map of solutions

Cette initiative est sympathique, mais je ne l’ai pas rejointe, alors que je participe avec la société Wizy.io à la création et au développement de solutions SaaS en France, WizyEMM et WizyVision.

Pourquoi ? Les phrases ci-dessous, extraites du manifeste publié par PlayFrance, mettent en évidence, une fois de plus, un mal français récurrent : faire appel à l’état quand les forces du marché vous sont contraires.

Manifeste PlayFrance blog

Des dizaines d’éditeurs SaaS nés en France sont devenus des leaders mondiaux, seuls, sans s’appuyer sur les béquilles de l’état.

L’initiative GAIA-X, dont j’ai dit tout le “bien” que j’en pensais dans mon billet précédent, est née en Allemagne et la France s’y est raccrochée au dernier moment.

L’initiative PlayFrance est née en France et espère créer d’ici la fin de l’année 2020 un “PlayEurope”.

Jouer au gaulois revanchard, obliger les responsables du numérique dans les entreprises à acheter 50 % de solutions “nationales”, c’est irréaliste, idiot, inapplicable, contre-productif et probablement contraire aux règles européennes sur la concurrence. N’oublions jamais que le numérique n’est pas une fin en soi, mais un ensemble de moyens permettant aux entreprises de devenir plus performantes.

EuroCloud BarcelonaQue les acteurs européens du numérique s’associent, mènent des actions de marketing en commun, c’est une excellente idée. J’ai été l’un des premiers à rejoindre EuroCloud France, il y a plus de dix ans. J’ai applaudi à la création d’une fédération d’EuroCloud dans plusieurs pays tels que l’Allemagne et l’Espagne. J’ai participé comme représentant de la France aux jurys européens qui élisaient les meilleures solutions lors des Trophées Eurocloud. Cette photo a été prise lors des trophées européens de 2015 à Barcelone.

De belles sociétés comme RunMyProcess ou BIME ont profité de ces trophées pour augmenter leur notoriété et grandir très vite.

De ridicules querelles de chapelle ont fait capoter cette initiative européenne et quelques Eurocloud, dont la France, continuent à travailler, chacun dans son coin. Désespérant !

AdS DPC Defense Offense S 319141188Dans le marché des SaaS Support, l’Europe et la France peuvent encore prendre une place honorable sur l’échiquier mondial du numérique. Oui, mais ce n’est pas en jouant uniquement la défense, en diabolisant de remarquables sociétés internationales, “coupables” d’avoir réussi, que l’on peut espérer gagner. Il est urgent de miser en priorité sur l’offensive, en permettant aux éditeurs SaaS européens d’aller porter le fer sur les marchés mondiaux.

Je ne le répéterai jamais assez : en 2020, les marchés du numérique sont mondiaux. Il est illusoire d'espérer réussir à long terme si l’on a une vision étriquée, nationale ou même européenne du marché des SaaS support.

Bessemer Ventures vient de publier une remarquable étude, “State of the Cloud 2020”, dont j’ai extrait cette carte du monde. Elle présente les acteurs importants du Cloud qui ne sont pas basés aux USA. L’Europe y est très présente, ce qui confirme ma position optimiste.

Bessemer Cloud leaders not USA

Je termine sur une note positive pour les responsables du numérique dans les entreprises :

En 2020, 99 % de vos besoins pour les fonctions support sont disponibles en SaaS avec des offres nombreuses et de grande qualité.

Répondre aux attentes des entreprises pour tous les usages support : problème réglé !

 

Usages Métiers = SaaS verticaux, PaaS, Low Code et No Code

Les usages cœurs métiers, le B du modèle B I S, correspondent à des activités qui sont spécifiques d’un secteur d’activité : banques, énergie, transport, agriculture…

En 2020, il existe trois familles de réponses pour les usages “B” :

● SaaS verticaux.

● PaaS, Platform as a Service.

● Plateformes Low Code et No Code.

Ces trois démarches sont complémentaires ; il n’y en a pas une qui soit meilleure que l’autre.

Une bonne nouvelle, une fois de plus : avec ces trois réponses, les entreprises ont les moyens de répondre aux attentes des métiers de manière très performante !

Le schéma ci-dessous met en évidence les deux principales différences entre ces trois démarches :

● Outils utilisés pour construire ces réponses.

● Qui est en charge de fournir la solution.

Usages B Metiers - Trois réponses

SaaS verticaux

Après s’être attaqués dans une première étape aux usages support, les éditeurs de solutions SaaS ont abordé les solutions verticales. En 2020, l’offre de verticaux SaaS couvre un grand nombre d’industries. Il reste beaucoup à faire, et c’est un domaine où des éditeurs européens peuvent espérer prendre des parts de marché importantes. Doctolib ou Meero sont des exemples encourageants de premiers succès de la France dans les SaaS verticaux.

J’ai déjà cité l'étude de Point Nine sur les éditeurs SaaS en France : j’en ai extrait cette liste des solutions SaaS verticales. Difficile de ne pas être… optimiste quand on voit le grand nombre d’entreprises citées.

Point nine list Vertical SaaS French

En référence au schéma des trois familles de solutions, un SaaS vertical est :

● Développé et maintenu par un éditeur de solutions.

● Un outil “sur étagère” avec toutes les qualités d’une solution SaaS multitenant.

PaaS, Platform as a Service

AdS DPC Three Developpers Woman & men  S 213634957Dès 2015, j’écrivais dans mon blog un billet annonçant la renaissance du métier de développeur professionnel. Ce message a été entendu par des entreprises innovantes qui ont recréé des équipes internes de développement.

Développeur professionnel en 2020 ? Quel beau métier ! Quel bonheur !

Les développeurs professionnels disposent d’outils PaaS d’une exceptionnelle qualité, proposés par… les grands acteurs IaaS, AWS, GCP et Azure. Ne pas utiliser aujourd’hui ces plateformes de développement, ce serait priver bêtement vos équipes des moyens de travailler efficacement.

Tout se passe dans le Cloud ! Ce n’est pas par philanthropie que Microsoft a dépensé 7,5 milliards de dollars pour racheter GitHub, la plus grande base de données de code du monde. La concurrence dans ce domaine est forte, et des solutions comme GitLab proposent des solutions au moins aussi performantes.

Les développeurs professionnels ont acquis de nouvelles compétences dans des domaines tels que le Devops ou le Serverless. Ils peuvent construire rapidement de remarquables applications cœur métiers sur mesure, permettant aux entreprises de gagner en compétitivité grâce au numérique.

Toutes les entreprises deviennent constructeurs de solutions numériques dans le Cloud. Je suis persuadé que beaucoup d’entre elles vont devenir… éditrices de solutions SaaS verticales, dans leurs métiers qu’elles connaissent mieux que quiconque.

En référence au schéma des trois familles de solutions, un outil PaaS est :

● Proposé par les trois grands acteurs IaaS.

● Mis en œuvre par des développeurs professionnels.

Low Code, No Code

No Code Low codeTous les besoins cœur métiers ne demandent pas la construction d’applications complexes par des développeurs professionnels. Il existe aussi une forte demande pour des dizaines, des centaines d’applications légères, à forte valeur ajoutée.

C’est le terrain de chasse favori des outils de développement Low Code et No Code (LC/NC).

Les plateformes de Cloud Public ont permis la naissance de très nombreux outils LC/NC ; leur nombre a explosé au cours de ces cinq dernières années.

Les outils LC/NC permettent à des personnes qui ne sont pas des développeurs professionnels de construire des applications numériques. Ils existent depuis les débuts de l’informatique et les plus célèbres dans l’Ancien Monde étaient Excel et Access de Microsoft.

J’ai toujours été un farouche opposant de ces outils LC/NC, pré cloud, et écrit plusieurs billets à ce sujet, en particulier contre les applications Excel.

La situation des développements LC/NC est différente dans le cloud public : tout est réalisé en mode collaboratif, sur des données communes et on évite, pour l’essentiel, la création de silos numériques dans les entreprises.

Différences entre Low Code et No Code

La frontière entre Low Code et No Code est difficile à établir ; il y a un continuum de complexité croissante depuis le No Code vers le Low Code.

En utilisant l’analogie avec les permis de conduire :

● No Code : permis B, que l’immense majorité des personnes est capable d’obtenir.

● Low Code : permis D, nécessaire pour conduire des véhicules de plus de 8 personnes, qui demande plus de préparation.

PaaS vs LC:DC BoxingDe nombreux développeurs professionnels se méfient de ces outils LC/NC, craignant qu’ils phagocytent leur travail. C’est une grave erreur : ces outils LC/NC permettent aux métiers de construire eux-mêmes de nombreuses applications légères à forte valeur ajoutée. Ceci réduit fortement le nombre de demandes qui atterrissent sur le bureau de la DSI et permet aux développeurs professionnels de concentrer leur énergie sur les fonctions essentielles, à construire avec les outils PaaS qu’ils sont les seuls à maîtriser.

En référence au schéma des trois familles de solutions, les outils Low Code et No Code sont :

● Proposés par des éditeurs de logiciels SaaS.

● Mis en œuvre par des développeurs dans les directions métiers.

Quel bonheur de pouvoir écrire cette phrase toute simple :

Répondre aux attentes des entreprises pour tous les usages cœur métier : problème réglé !

 

Solutions numériques exceptionnelles, pour tous les besoins

J’ai utilisé trois fois l’expression : “problème réglé” ; ce n’est pas par hasard. En reprenant le modèle B I S comme référence, j’ai mis en évidence à quel point les offres de solutions numériques sont, en 2020, capables de répondre à la très grande majorité des demandes des entreprises, de toutes les entreprises, quelles que soient leurs secteurs d’activité ou leur taille.

BIS - Infra  Soutien  Métiers réponses cloudCe schéma confirme ce que j'écris depuis des années dans ce blog :

Le Cloud Public fournit aujourd’hui les meilleures réponses, et dans tous les domaines :

● Iaas pour les infrastructures.

● SaaS pour les usages Support.

● SaaS verticaux, PaaS, Low Code et No Code pour les usages métiers.

 

Sécurité et confidentialité de très haute qualité

Un raisonnement rationnel et posé comme celui que je présente dans ce billet démontre que les entreprises trouvent dans les Clouds Publics tout ce dont elles ont besoin pour réussir leur Transformation Numérique.

AdS DPC Reject SS 106726173Comment se fait-il qu’un grand nombre de personnes intelligentes soit encore, en 2020, aussi réticent et refuse d’utiliser les solutions numériques disponibles dans les Clouds Publics ?

L’objection que j’entends le plus souvent est celle de la sécurité des Clouds Publics et de la confidentialité des données.

J’ai abordé en profondeur ce sujet de la “confiance” ; j’irai ici à l’essentiel.

Les Clouds Publics AWS, Azure et GCP sont, et de très loin, les infrastructures numériques les plus sécurisées du monde. Elles protègent aussi les données que leur confient les entreprises mieux que ne peuvent le faire en interne 99,99999 % d’entre elles.

Les failles de sécurité, les vols de données sont inexistants dans les Clouds Publics. Quand ils se produisent, et cela arrive souvent, c’est toujours dans des centres de calculs privés gérés par les entreprises.

Cloud Act YetiÀ bout d’arguments, les anti Clouds Publics sortent leur arme fatale, le Cloud Act, qui n’a… strictement rien à voir avec le Cloud.

J’attends toujours que l’on me cite un seul cas concret d’une entreprise française qui aurait subi une attaque liée au Cloud Act.

J’ai enfin trouvé la définition qui convient pour définir le Cloud Act : c’est le Yeti du numérique !

Tout le monde en parle, personne ne l’a jamais vu !

 

Tentation mortelle de repli de l’Europe du numérique sur elle-même

Des solutions numériques exceptionnelles existent, à la disposition des entreprises du monde entier. Il faut tout faire pour que les entreprises européennes continuent à pouvoir les utiliser comme vecteur majeur de leur compétitivité, dans une compétition mondiale.

Comme je l’ai dénoncé dans ce texte, il existe une tentation forte de protectionnisme numérique en Europe et en France. Il serait criminel de mettre des bâtons dans les roues des entreprises qui recherchent les meilleurs outils numériques disponibles, en les obligeant à choisir des solutions “nationales”. Ralentir la capacité des entreprises à se moderniser par une Transformation Numérique en leur imposant des solutions “suboptimales”, non merci !

AdS DPC Snail french flag SS 73162555

Ce n’est vraiment pas le moment, surtout quand il faudra travailler encore plus pour relancer l’économie après l’arrêt brutal lié au COVID-19 !

L’application “StopCovid” française est une parfaite illustration de ce mouvement de repli sur soi. J’avais dénoncé, dès le mois d’avril, cette absurdité qui consistait à refuser l’aide proposée par Apple et Google qui représentent 99% des smartphones utilisés en France ; pour une fois, miracle, ils avaient accepté de collaborer.

Erreur stop Covid

Résultat, hélas prévisible : une application qui ne fonctionne pas bien sur iOS, incompatible avec toutes celles des autres pays. Hallucinant : la France a osé demander à Apple de modifier le mode de fonctionnement de Bluetooth sur iOS pour s’adapter à l’application française. Apple n’a pas daigné répondre à cette demande, quelle outrecuidance !

Les premiers résultats sont pour le moins “décevants” : 14 alertes envoyées et un coût exorbitant par alerte, de près de 13 000 €.

Reconnaître que l’on s’est trompé ? Il n’en est pas question et le gouvernement va lancer une étude, payante évidemment, pour comprendre pourquoi les Français n’ont pas compris comment utiliser StopCovid. C’est la faute des utilisateurs, je crois réentendre un discours des informaticiens des années 1990.

Un mea culpa du gouvernement m’aurait un peu rassuré. Ce refus d’accepter la réalité d’un échec lié à de mauvais choix technologiques est très inquiétant.

Répéter ces comportements des dizaines de fois au cours des prochaines années, pour défendre nos solutions nationales, quelle belle recette pour pénaliser les entreprises avec un maximum d’efficacité !

Il existe heureusement des décisions positives telles que l’usage d’AWS par la BPI pour gérer le PGE, Prêt Garanti par l’État, qui montre que l’on peut garder espoir. Il y aura bien sûr des grincheux qui vont réagir négativement et regretter cette décision.

 

Synthèse

Ce billet est tout entier tourné vers un optimisme numérique raisonné : la qualité et la variété des solutions numériques disponibles en 2020 sont exceptionnelles. Elles permettent aux entreprises de toute taille et de tout secteur de mener une Transformation Numérique rapide en ayant la certitude que la technologie ne sera plus jamais sur le chemin critique.

AdS DPC Laptop wih European flag  SS 195322339Je vois hélas apparaître dans le ciel européen un gros “Cloud” noir : il a pour nom priorité aux solutions numériques européennes pour remplacer des solutions numériques existantes qui fonctionnent très bien. Ce serait un crime majeur contre la compétitivité de nos entreprises, au nom de combats non rationnels et d’arrière-garde.

Mesdames et messieurs les politiques, faites confiance aux professionnels du numérique dans les entreprises et laissez-les libres de leurs choix. Vos compétences dans ces domaines sont, hélas, souvent plus proches du zéro Kelvin que du zéro Celsius.

 

Mais...tout n’est pas parfait

90 % des besoins numériques des entreprises trouvent d’excellentes réponses dans les offres existantes. Cela signifie qu’il reste 10 % de problèmes non réglés.

Data reposesitoryJ’en ai identifié deux qui me paraissent prioritaires :

● Créer une indépendance entre les données et les applications, pour que les entreprises reprennent le contrôle de leurs données vis-à-vis des éditeurs et des fournisseurs d’infrastructures.

● Augmenter le niveau de protection pour un tout petit pourcentage de données d’importance vitale, quand des attaques puissantes de pays tiers pourraient mettre en danger des entreprises ou des secteurs clefs de l’économie.

Dans ces deux domaines, l’Europe et la France peuvent apporter des réponses fortes et innovantes.

Améliorer ce qui doit l’être, et uniquement ce qui doit l’être, ce sera le thème de mon prochain billet.


Après COVID-19 : quelles Transformations Numériques universelles ? Deuxième partie : solutions numériques

 

DPC universal toolsLa première partie de ce billet a présenté les changements majeurs induits par le COVID-19 dans le fonctionnement de toutes les entreprises.

Cette deuxième partie est centrée sur les solutions numériques universelles que toutes les entreprises doivent mettre en œuvre pour gérer ces changements majeurs et se préparer à des futurs numériques de plus en plus imprévisibles.

Ces recommandations sont valables, quels que soient les secteurs d’activité ou les pays où sont installées les entreprises.

Comme dans la première partie de ce billet, j’ai fait le choix de me concentrer sur un petit nombre de réponses universelles :

● Infrastructures pérennes et solides.

● Usages “bureautique” universels pour tous.

● Données indépendantes des usages et des infrastructures.

● Confiance dans les usages numériques.

● Processus informationnels numériques de bout en bout.

 

Infrastructures pérennes et solides

Les infrastructures numériques sont les fondations sur lesquelles s’appuient les usages numériques. Elles sont essentielles mais souvent “invisibles”.

Pour l’illustrer, je vous propose l’exemple d’un spectacle d’opéra :

Orchestre opera CTO

● L’orchestre est dans une fosse, presque invisible depuis la salle, sauf pendant l’ouverture. Ce sont les infrastructures.

● Les chanteurs sont sur la scène, bien visibles, les grandes vedettes du spectacle. Ce sont les usages.

● Le chef d’orchestre est dans la fosse pour l’essentiel du temps. Lors des applaudissements de fin de spectacle, les chanteurs l’invitent sur scène. Il représente le CTO, Chief Technical Officer, le patron des infrastructures.

La crise du COVID-19 a remis sur le devant de la scène les infrastructures, qui étaient auparavant les parents pauvres de l’informatique.

Réseaux sous-dimensionnés, serveurs incapables de répondre aux variations de charge, postes de travail à distance incapables d'accéder aux applications… des millions de salariés et de clients en ont fait l’expérience.

J’ose espérer que le COVID-19 aura enfin dessillé les yeux des dirigeants et DSI qui refusaient de moderniser leurs infrastructures, thèmes que j’ai abordés des dizaines de fois dans ce blog.

Pour aller à l’essentiel, je vous propose trois axes d’action :

- Fermer une fois pour toutes vos centres de calculs privés, hors de prix, passoires de sécurité, gloutons en énergie, rigides… pour basculer dans les grands clouds publics industriels AWS, GCP ou Azure. Ce n’est plus “vers le Cloud”, c’est : “Cloud public, maintenant !

J’ai imaginé un indicateur très simple pour savoir où vous en êtes : le pourcentage de vos applications qui sont encore prisonnières de vos centres de calcul privés :

Pourcentages Applications en Cloud Public Rouge vert

● Compris entre 100 % et 50 % : danger absolu. Changez de DSI et de CTO.

● Compris entre 50 % et 20 % : zone de risques plus raisonnable.

● Inférieur à 20 % : Bravo, vous êtes prêts à affronter toutes les prochaines crises.

DPC WAN network-  Basculer tous vos réseaux sur des solutions 100 % Internet et ne pas lésiner sur la vitesse et sur les redondances pour permettre à tous vos collaborateurs de travailler, où qu’ils soient. Des défaillances de réseaux ne sont plus acceptables en 2020.

Chromebook   PWA HTML5- Imposez un navigateur comme seule fenêtre d’accès à 100 % de vos applications HTML5, disponible sur tous les PC, Macintosh, Chromebooks, smartphones et tablettes. Je vous propose un investissement “somptuaire” pour vous aider dans cette démarche : vous achetez un Chromebook et une application qui ne fonctionne pas sur cet objet d'accès est… définitivement interdite d’entrée dans votre entreprise.

Pourquoi donner autant d’importance aux infrastructures numériques dans un monde post COVID-19 ?

● Sans infrastructures fiables, rien ne fonctionne.

● Elles sont plus stables, plus pérennes que les usages.

● Bien anticipées, elles seront capables d’héberger des nouvelles applications dont personne ne peut connaître à l’avance la nature.

● Elles sont par nature universelles, pour l’essentiel indépendantes des pays et des secteurs d’activité des entreprises.

AdS DPC roman road S 114071534L’exemple des infrastructures routières en est une bonne illustration. Beaucoup de routes actuelles sont construites là où existaient déjà des routes romaines. Les voitures électriques circulent aussi bien que les thermiques sur les routes actuelles. Il faut simplement adapter des équipements annexes pour distribuer de l’énergie électrique en plus des produits pétroliers.

Tout ceci devrait donner encore plus de pouvoir aux CTO, responsables d’infrastructures, ce que j’appelle de mes vœux depuis longtemps.

 

Usages “bureautique” universels pour tous

Outils bureautique anciensAprès les infrastructures universelles, votre deuxième priorité est les usages universels “bureautique”, et pour 100% de vos collaborateurs.

Les outils bureautiques universels, écrire, calculer, dessiner, présenter, communiquer… ont toujours été les premiers à être déployés quand de nouvelles infrastructures informatiques arrivent. Le tableur a accéléré la diffusion des PC, la messagerie électronique a été le premier usage d’Internet et du Web.

La première solution SaaS dans un cloud public utilisée par des millions de personnes a été Google Apps, disponible en 2007, renommé G Suite. Par rapport aux outils anciens de l’époque, Office de Microsoft, G Suite apportait deux innovations majeures :

● La possibilité de partager des contenus.

● La collaboration native permettant de produire des contenus à plusieurs, en partageant une seule et même version.

Brutalement plongés dans un monde où le travail à distance devenait la norme, tous les collaborateurs de l’entreprise ont redécouvert le rôle essentiel de ces fonctions de base.

L’autre grand vainqueur est la vidéoconférence. Le marché, en faible croissance, était encore dominé début 2020 par des solutions de l’Ancien Monde, telles que Webex ou GoToMeeting. En quelques semaines, l’expression “organiser une conférence Zoom” c’est banalisée.

Dans les mois qui viennent, toutes les entreprises peuvent et doivent immédiatement moderniser leurs outils bureautiques poussiéreux en prenant deux décisions “simples” :

Interdire et éliminer tout outil bureautique archaïque qu’il faut encore installer sur les postes de travail. Parmi les candidats évidents :

○ Microsoft Office : Word, Excel, PowerPoint...

○ Les clients lourds de messagerie et agenda : Outlook, Mail d’Apple…

○ Les outils de vidéoconférence à installer:  Teams, Webex, Skype, Zoom…

● En cohérence avec ce qui a été écrit sur les infrastructures, n’accepter que les outils accessibles depuis un navigateur :

○ G Suite de Google, Remotely de Zoho ou la version Web de Microsoft 365 pour les fonctions de base, envoyer des courriels, écrire, calculer ou présenter.

○ Des solutions natives WebRTC pour la vidéoconférence : Whereby, Meet de Google ou Bluejeans.

Logos WebRTC Bluejeans whereby Meet

Ce sont des décisions que je préconise depuis… plus de dix ans et que de nombreuses entreprises innovantes avaient mises en œuvre avant que le COVID-19 n’apparaisse. Ces entreprises ont répondu instantanément, sans aucun effort, aux attentes de tous leurs collaborateurs à distance.

Que ces décisions de bon sens soient encore considérées comme révolutionnaires ou impossibles en 2020 dépasse l’entendement et met en évidence l’impossibilité qu'ont une majorité d’entreprises à innover dans ces domaines universels.

Microsoft Fluid Office DocumentMiracle, et grande nouvelle ! Microsoft découvre en mai 2020 que collaborer nativement sur des documents est utile ! Un nouveau service, Microsoft Fluid Framework, permettra, quand il sera disponible dans quelques mois, de faire ce que permet Google Docs depuis 2007. Microsoft annonce fièrement que cette solution sera plus puissante que celle de Google ; 13 ans après, c’est quand même un minimum !

La troisième décision est de loin la plus importante mais demande que les deux premières aient été mises en pratique.

Il s’agit d’équiper 100 % des collaborateurs de ces outils bureautiques universels.

La crise du COVID-19, c’est aussi la revanche des opérationnels, des personnes qui sont sur le terrain et pas dans des bureaux : infirmiers, chauffeurs routiers, éboueurs, policiers, équipes de maintenance, ambulanciers… Ils ont tous droit, ils ont tous besoin, et souvent plus que les cols blancs, d’utiliser ces outils de partage, de communication et de collaboration.

Cet objectif peut se résumer en une phrase simple :

100 % des collaborateurs équipés d'outils natifs Web, pour produire, partager, collaborer et communiquer, quels que soient les contenus.

100 % Collaborateurs équipés

 

Données indépendantes des usages et des infrastructures

Il y a un peu moins d’un an, j’ai proposé une évolution du modèle initial B I S que j’avais imaginé en 2015.

Nouveau modèle BISD - Infra  Soutien  Métiers -DataJ’y ai ajouté une dimension D, données, pour cette nouvelle version, B I S D.

Le monde numérique post COVID-19, imprévisible, rend cette évolution encore plus pertinente.

Des données, indépendantes des applications et des infrastructures, deviennent les nouvelles ressources numériques universelles. Elles peuvent être mises à la disposition de tous les collaborateurs de l’entreprise, quelles que soient les applications qu’ils utilisent.

Il faut aussi prendre en compte les différentes natures d’information dont a besoin l’entreprise. Pour trop de professionnels de l’informatique, les données structurées, financières, ressources humaines ou commerciales sont les seules dignes d’intérêt.

J’ai identifié 6 grandes familles d’information ; les trois premières sont universelles, les trois autres sont liées aux métiers des entreprises :

AdS DPC Data in a laptop● Contenus bureautiques : textes, tableaux, présentations, PDF…

● Données structurées : financières, commerciales…

● Données multimédias : images, photos, vidéos…

● Données géographiques : cartographie, géolocalisation…

● Données 3D : ingénierie, industrie…

● Séries temporelles : analyses financières, maintenance industrielle...

Organiser cette indépendance entre les données, les infrastructures et les applications est urgent ; ce sera tout sauf facile, mais la résilience du Système d’Information qui en découle deviendra un atout majeur pour les entreprises qui réussissent cette indépendance.

 

Confiance dans les usages numériques

Nouvelles infrastructures, usages universels intensifs, travail à distance généralisé, les responsables de la sécurité doivent prendre en compte ces changements profonds et proposer des solutions différentes, qui répondent à de nouvelles attentes.

DPC Trust roots shared S 44760182On n’a plus le droit de bloquer ces évolutions irréversibles sous des prétextes de sécurité et de confidentialité. Il faut les accompagner, les encourager, en proposant de nouvelles solutions de sécurité.

La bonne nouvelle ? Ces solutions innovantes existent. J’y ai consacré un billet publié il y a environ 1 an : “Cloud, la confiance”. J’en résume le contenu en une phrase :

la sécurité des solutions numériques dans les Clouds Publics est, dans 99,9999% des cas, meilleure que celles que fournissent les antiquités telles que VPN ou pare feux périmétriques.

Démarche Zéro Trust

Les démarches  “zéro trust” sont aujourd’hui les meilleures réponses aux attentes des entreprises. Elles font l’hypothèse par défaut que rien n’est sécurisé et qu’il faut tout contrôler.

Ce schéma présente les 5 fonctions essentielles d’une démarche zéro trust :

● Vérifier l’identité de la personne qui se connecte. On complète les mots de passe par d’autres techniques regroupées dans la famille MFA, Multi Factor Authentication.

● S’assurer que l’on peut faire confiance à l’objet d’accès, quel qu’il soit.

● Chiffrer les données, en transit et dans les objets d’accès.

● Autoriser les accès aux applications, une par une, selon les personnes, selon les lieux d’accès.

● Fournir des outils d’audit pour des contrôles a posteriori quand c’est nécessaire.

Démarche zero trust

L’offre de solutions de haute qualité permettant de mettre en œuvre une démarche zéro Trust est très riche ; le plus difficile, c’est probablement de faire des choix !

Résumons : il est interdit de soulever les alibis de la sécurité et de la confidentialité des données pour bloquer les évolutions urgentes et indispensables rendues nécessaires par la crise du COVID-19.

99% des personnes qui refusent ces évolutions, qui continuent à penser que les armes obsolètes du siècle dernier sont encore les meilleures, sont des trouillards ; ils ont peur d’affronter des attaquants innovants, très puissants, et se réfugient dans leurs châteaux forts moyenâgeux, “protégés” par des pare feux démodés. 

Charge brigade légère 1Ils n’ont même pas l’excuse de la bravoure, de l’inconscience des Anglais lors de la “charge de la brigade légère”, envoyée au massacre contre les forces russes très équipées en artillerie.

Je n’ai aucun respect pour eux.

À l’inverse, j’ai beaucoup d’admiration pour les dirigeants, DSI et RSSI qui acceptent les défis de ce Nouveau Monde numérique et ont le courage de tout mettre en œuvre pour créer une confiance raisonnable, au service de leur entreprise et de ses collaborateurs.

En résumé de ce qui vient d’être écrit, le schéma ci-dessous regroupe les quatre fondations universelles nécessaires pour aborder avec succès un monde post COVID-19.

Universels SI - Infrastructures Données Usages universels

Les entreprises qui sont en cohérence avec ce schéma disposent de fondations infrastructures et applicatives universelles solides et pérennes, qui leur permettent d’affronter un futur imprévisible avec la certitude de pouvoir répondre aux défis nouveaux qu’elles devront affronter.

Tout n’est pas réglé pour autant ! Il faut maintenant s’attaquer à un très gros morceau, la numérisation de tous les processus informationnels.

 

Processus informationnels, numériques de bout en bout

Nous sommes en 2021 : la majorité des salariés travaillent à distance et l’entreprise doit gérer des dizaines de processus pour :

● Organiser l’embauche d’un nouveau collaborateur qui va travailler chez lui, en Nouvelle-Zélande.

● Lancer un appel d’offres pour un nouveau logiciel.

● Préparer le budget 2022 de la filiale espagnole.

● Faire approuver par le conseil d’administration les comptes de 2020.

● …

Processus Wheels 100% numérique

Dans le monde pré COVID-19, l'entreprise avait la possibilité, pour ces processus, de faire approuver ou signer des documents papiers.

L'entreprise a impérativement besoin, dans un monde post COVID-19 :

AdS DPC Online document editing SS 276062556● Que ces processus soient numériques de bout en bout, sans jamais passer par la case papier.

● Que toutes les personnes concernées puissent modifier les documents numériques, sans les imprimer.

● Que les documents puissent être signés par des personnes à distance, tout en restant numériques.

● Que tous les contenus créés pendant ces processus soient accessibles à distance par les personnes qui y ont droit.

Ce “cahier des charges” est simple à définir, mais monstrueusement difficile à mettre en œuvre dans l’immense majorité des organisations.

AdS DPC sceau seal old paper S 180208132Quel est le plus beau symbole de l’Ancien Monde ? Le parapheur !

Signe majeur du pouvoir, les parapheurs trônent sur les bureaux des dirigeants et attendent que ces maîtres du monde mettent leur “sceau” sur les documents qu’ils contiennent.

Parapheurs Gérard DarmaninEn arrivant dans ses nouveaux bureaux au ministère des Finances, Gérard Darmamin s'est plaint du nombre de parapheurs qui attendaient sur son bureau.

Combien en restera-t-il quand il quittera son poste ?

Il ne faut pas oublier que la majorité de ces processus mettent en jeu, non seulement des collaborateurs de l’entreprise, mais aussi des partenaires externes, clients, fournisseurs ou prestataires, souvent dans plusieurs pays.

Docusigned by Louis Naugès 2Les solutions qui permettent cette numérisation de bout en bout, signature comprise, existent depuis longtemps. Cela fait des années que je signe tous les documents des entreprises dont je suis actionnaire et membre du conseil d’administration avec l’application Docusign, l’un des leaders de ce marché.

Pour rester fidèle à ma démarche qui privilégie des indicateurs simples, je vous propose l’exercice suivant :

● Comptez le nombre total de parapheurs qui circulent aujourd’hui dans votre entreprise.

● Planifiez une réduction progressive de ce nombre, qui pourrait suivre le calendrier suivant, ambitieux mais réaliste :

○ Réduction de 20 % à la fin de l’année 2020.

○ Réduction de 50 % à la fin de l’année 2021.

○ Réduction de 80 % à la fin de l’année 2022.

○ (Il est interdit de remplacer 3 parapheurs sur le même bureau par un parapheur plus grand !)

Nombre parapheurs dans entreprise

Objectif zéro parapheur !

Si vous réussissez cet exploit, vous aurez fait un pas de géant vers un transformation numérique majeure.

AdS DPC Paper to digital S 88196772Dans les entreprises qui auront réussi cette numérisation de bout en bout de la grande majorité de leurs processus numériques, tout le reste suivra, de manière évidente. Elles seront en position de force pour innover dans tous les usages que je n’ai pas abordés dans ce billet, leurs usages numériques spécifiques, cœurs de métiers.

 

Synthèse

DPC Woman with ? SS 78180253La Transformation Numérique accompagne et facilite les mutations profondes et pérennes, rendues indispensables dans un monde post COVID-19. Elle permet aux entreprises de s’adapter en permanence, et rapidement, à des environnements de plus en plus imprévisibles.

“Il vaut mieux être préparé à des catastrophes qui ne se produisent pas que de ne pas être prêts pour des catastrophes qui elles arrivent”. C’est un bon résumé des responsabilités des dirigeants.

Pour conclure, je vous propose une synthèse des caractéristiques d’une entreprise qui a compris quelles sont les transformations numériques universelles et indispensables pour réussir dans un monde Post COVID-19 :

● Des infrastructures numériques industrielles, robustes et évolutives :

○ Basculement de tous les serveurs dans des clouds publics.

○ Des réseaux rapides mis à la disposition de 100 % des collaborateurs, où qu’ils soient.

○ La possibilité d’accéder à 100 % des applications numériques depuis un navigateur, sur tout objet d’accès, smartphone, tablette, Chromebook ou PC.

● La possibilité de travailler depuis tout lieu, bureau, domicile, hôtel… en faisant confiance aux collaborateurs et sans outils intrusifs de surveillance.

● Des usages bureautiques universels, pour tous, permettant de travailler en mode collaboratif natif sur tout type de contenu, textes, tableurs, présentations, données structurées, multimédia…

● Des outils pour créer la “confiance” dans le cloud, dans une logique “Zéro trust”.

● Des processus informationnels 100% numérisés, rendant l’usage du papier et de la signature manuscrite inutiles.

Cela devrait vous occuper pour au moins deux ou trois années !

 


Après COVID-19 : quelles Transformations Numériques universelles ? Première partie : la règle 4 x 50

 

AdS DPC COVID-19 over Europe SJ’avais abordé le sujet des impacts de la crise COVID-19 sur les Systèmes d'Information des entreprises dans mon billet précédent.

Aujourd’hui, j’ai choisi de me concentrer sur les composants universels d’une Transformation Numérique qui sont pertinents pour toutes les entreprises, petites, grandes ou moyennes, publiques ou privées et qui sont devenus encore plus essentiels pour affronter avec succès un monde post COVID-19.

La première partie analyse les ruptures apportées dans le monde par le COVID-19 et qui auront de profonds impacts sur les solutions et usages numériques.

La deuxième partie présente les actions prioritaires que doivent mener les entreprises pour tenir compte de ces ruptures dans leur Transformation Numérique.

 

COVID-19 : créateur de ruptures fortes et irréversibles

Le COVID-19 est devenu le vecteur le plus important de changements majeurs dans le monde entier depuis la Deuxième Guerre mondiale.

C’est au départ une crise médicale mondiale majeure, mais pas beaucoup plus grave que beaucoup d’autres épidémies ou pandémies récentes.

Ce qui est profondément nouveau, ce sont les impacts majeurs qu’aura le COVID-19 sur les comportements de milliards de personnes et sur les économies mondiales. Le modèle dit de “confinement”, importé de Chine, adopté par une grande majorité de pays aura, en quelques mois, créé un grand nombre de ruptures, fortes et irréversibles.

Je vais me concentrer dans ce billet sur un petit nombre de changements économiques, humains et sociaux qui auront des impacts forts sur les usages numériques des entreprises et qui vont leur demander d’accélérer leur Transformation Numérique.

Il semble qu’un consensus s’est réalisé sur le fait que le monde “Post COVID-19” dans lequel nous entrons va durer un minimum de deux années. C’est l’hypothèse que je retiens dans ce billet.

COVIC pandemic last 2 years

Les professionnels sérieux du monde de la santé pensent que la disponibilité en masse d’un vaccin efficace peut au mieux devenir une réalité dans les 18 à 24 mois qui viennent.
Ce remarquable article de la revue Nature explique les 8 manières possibles de l’obtenir et liste plus de 90 recherches en cours.

COVID-19 Vaccines projects

J’ai choisi de privilégier quatre changements majeurs :

● Une crise économique profonde.

● La peur de l’autre.

● Le travail distribué.

● De nouveaux modes de fonctionnement pour les entreprises.

 

Une crise économique profonde

La réduction de la croissance économique, dans le monde entier attendra un niveau jamais rencontré depuis la crise de 1929, comme le prévoit le FMI, Fonds Monétaire International. Ces prévisions font l’hypothèse que le virus sera beaucoup moins actif dans la deuxième partie de l’année 2020, et rien ne garantit que ce sera le cas.

IMF Recession prediction 2020

Les débats entre croissance économique et avenir de la planète faisaient encore rage il y a six mois ; le COVID-19 a déclenché en 3 mois une récession mondiale, dans tous les pays. Ralentir la croissance, c’est impossible, disaient les économistes, le COVID-19 l’a fait.

Il faut maintenant imaginer de nouveaux modèles d’évolution de l’économie mondiale ; personne n’a de réponses claires à proposer.

Ce graffiti dans le métro de Hong Kong le résume très bien : “On ne peut pas retourner à la normale, parce que la normale que nous avions été justement le problème”.

Graffiti HongKong COVID-19

Des secteurs entiers d’activités seront bouleversés, pour longtemps : transport aérien, commerce de proximité, industrie automobile et aérienne, tourisme international, restauration, hôtellerie d’affaires et touristique, immobilier de bureaux…

Même si l’histoire ne se répète jamais, la croissance exponentielle des sites de e-commerce en Chine date de 2003, année de la crise sanitaire du virus SARS.

Cette crise COVID-19 aura eu au moins un avantage : elle nous a fait prendre conscience que des débats économiques et sociaux qui nous déchiraient encore il y a quelques mois n’étaient pas aussi essentiels qu’on le croyait.

Le Brexit ? La réforme des retraites ? Les gilets jaunes ? Que cela nous paraît anodin, aujourd’hui !

 

La peur de l’autre

Dans sa célèbre réunion des actionnaires, qu’il a tenue pour la première fois le 4 mai 2020 face à une salle vide alors que 40 000 personnes y assistaient tous les ans, Warren Buffett a bien résumé la situation par cette phrase :

"Fear is the most contagious disease you can imagine."

(La peur est la maladie la plus contagieuse que l’on peut imaginer)

Distanciation sociale ou distanciation physique ? Peu importe, ces expressions qui n’existaient pas en février 2020 vont durablement s’imposer dans nos vies et nos comportements.

L’autre, la personne que l’on croise dans la rue, dans son bureau, dans son immeuble, l’autre représente un danger grave, porteur potentiel d’un virus d’autant plus inquiétant qu’il est invisible.

Tous ceux qui ont un peu voyagé sont conscients des fortes différences culturelles qui existent dans les relations humaines et sociales selon les pays.

● Les embrassades sont généralisées dans les pays latins tels que l’Espagne ou l’Italie.

● La distance physique est plus forte dans les pays du nord de l’Europe.

● Cette distance est encore plus marquée dans la majorité des pays asiatiques.

● La France est, selon mes expériences, à mi-chemin entre les cultures latines et nordiques.

Ce tableau donne les statistiques mondiales d’impacts par pays, le 10 mai 2020, veille du déconfinement en France. Est-ce une coïncidence si parmi les pays les plus touchés par le COVID-19 on trouve l’Italie, l’Espagne et la France ?

CoronaVirus top countries for death 10 mai 2020

Les deux autres sont les Etats-Unis, dirigés par un incompétent absolu et la Grande-Bretagne, qui avait essayé une démarche différente, et qui a dû faire marche arrière, rapidement.

Chinese distanciation in car manufacturingCette photo, prise dans une usine automobile en Chine à l’heure du repas de midi, montre que les ouvriers ont très vite adopté un comportement distant. Peut-on imaginer facilement le restaurant d’entreprise de Renault utilisant la même organisation ?

Amsterdam restaurants mediamatic 2Ce n’est probablement pas par hasard si c’est un restaurant des Pays-Bas qui a, le premier, imaginé de mettre des cabines fermées en verre sur sa terrasse en bord de canal.

La question qu’il faut se poser : est-ce que la majorité des Français, dans leurs comportements de groupe, familiaux ou professionnels, vont revenir à des habitudes “latines” ou basculer sur des modes d’échanges “nordiques” ?

Si, comme je le pense, les Français ne revenaient pas en arrière, poussés par ce sentiment pérenne de peur de l’autre, la fin des serrements de main et des accolades dans le monde professionnel pourrait devenir définitive.

 

Un changement majeur qui va durer : travailler depuis chez soi

Le télétravail n’est pas né avec le COVID-19. Depuis des dizaines d’années, politiques, dirigeants, syndicats et autres CHSCT débattent des conditions qu’il fallait réunir pour que le “télétravail” soit possible.


Portrait Télétravailleur en France 2:2019Une étude sur le télétravail en France dans le secteur privé a été réalisée par le groupe d’assurances Malakoff-Médéric en février 2019, un an avant l’arrivée du COVID-19.

Le journal Le Parisien en a présenté un excellent résumé : un peu plus de 5 millions de personnes, 29 % des salariés, pratiquent le télétravail, partiellement dans la grande majorité des cas.

Combien le faisaient dans le cadre d’un accord d’entreprise ? Seulement 9% des 29%.

Arrive mars 2020 : en quelques jours, des dizaines de millions de travailleurs, en France et dans le monde, ont basculé dans un monde nouveau pour eux, celui du travail à domicile. Les Américains, qui créent des acronymes pour tout, utilisent maintenant WFH, Working From Home, pour nommer ce mode de travail.

En 2 mois, ce qui paraissait impossible ou très compliqué a été mis en œuvre dans toutes les entreprises, y compris du secteur public, dont les enseignants.

Mon pronostic : ce basculement vers beaucoup plus de travail à distance, sera irréversible, le changement principal dans le fonctionnement des entreprises induit par le COVID-19.

De très nombreuses entreprises ont déjà annoncé qu’elles allaient maintenir le “WFH” pendant au moins toute l’année 2020. J’ai regroupé dans cette image les annonces du groupe automobile PSA, de Google et de Facebook.

WFH - Facebook  PSA  Google

Il est difficile d’appréhender tous les impacts de ce mouvement de fond, tant ils sont nombreux. Les plus évidents :

● Réduction forte de la demande de bureaux.

● Moins de déplacements domicile-travail.

● Réaménagement des espaces de vie personnelle pour y installer des lieux où l’on peut mieux s’isoler et participer à des vidéoconférences.

● Possibilité d’embaucher des collaborateurs dans toute la France, et dans le monde entier. L’entreprise distribuée peut devenir la norme.

● Plus d’opportunités de travail pour les personnes handicapées pour se déplacer.

Dress WFH vs Office● Changement des habitudes vestimentaires, comme le dit avec humour ce Tweet. On ne compte plus les cas où des personnes en vidéoconférence avaient un “haut” professionnel et ont montré par mégarde des “bas” moins habillés !

● ...

Un dernier signe qui ne trompe pas et montre que ce phénomène va durer : le gouvernement français a publié le 6 mai un long décret, signé par 8 ministres, sur les règles à appliquer pour le télétravail dans la fonction publique.

 

Mon prochain combat : mise hors la loi des logiciels de surveillance des travailleurs à distance

Zoom n’est pas le seul logiciel à voir ses usages augmenter avec l’arrivée du COVID-19. Une autre famille d’outils logiciels voit ses ventes exploser : les solutions qui permettent d’espionner les personnes qui travaillent à distance, loin des yeux de leurs surveillants. Je ne pouvais pas imaginer :

● Qu’il y en avait autant.

● Que de très nombreuses entreprises y faisaient appel.

Employee monitoring top 10 software

J’ai fait une analyse rapide de leurs fonctionnalités et de leur puissance ; les résultats sont terrifiants.

Cette liste non exhaustive montre que tout absolument tout ce que fait un travailleur à distance sur son poste de travail peut être analysé.

Employee monitoring main functions

Pour illustrer les “performances” de ces outils de surveillance, j’ai pris quelques exemples. Dans l’encadré ci-dessous :

● La solution Interguard annonce qu’elle peut prendre une photo de l’écran toutes les 5 secondes. Ils annoncent “fièrement” que l’on peut ainsi avoir un film complet de l’activité du collaborateur.

● Le logiciel Pragli mesure l’activité du clavier et peut prévenir le “garde-chiourme” que vous êtes un fainéant si vous n’avez pas utilisé votre clavier depuis 15 s. 15 s, cela signifie que toute période de réflexion est interdite !

WFH Contrôles 5 et 15 secondes

Dans ce troisième exemple, celui du logiciel Time Doctor, un “pop-up” apparaît sur l’écran du collaborateur dès qu’il accède à un site Web que Time Doctor considère comme n’étant pas directement lié à l’application professionnelle.

TIme Tracking- Pop Up %22Are you Working ?%22

Cerise sur le gâteau, ces logiciels sont hors de prix, comme le montre l’exemple de Teramind. La version intermédiaire coûte 25 $ par mois et par personne.

Petit rappel : la version business de G Suite, très complète, coûte moins de 10 $ par mois et par personne.

Teramind time tracking pricing

Vous souhaitez faire échouer vos projets de généralisation du travail à distance, j’ai le moyen infaillible d’y arriver : installez l’un de ces logiciels espions.

Amercican Slaves in JailVous montrerez ainsi de manière éclatante toute la “confiance” que vous avez dans vos collaborateurs ! Que des solutions de ce type existent encore en 2020 me laisse pantois : je croyais, naïvement, que l’esclavage avait été supprimé en France en 1848.

Je suis tellement indigné par ce danger que j’envisage de créer sur le Web une liste noire des entreprises scélérates qui osent déployer ces outils.

 

Nouveaux modes de fonctionnement pour les entreprises

Repenser les organisations ? Le COVID-19 va obliger toutes les entreprises à se reposer beaucoup de questions sur leurs modes de fonctionnement.

J’ai choisi, pour illustrer ces ruptures, quelques exemples concrets.

 

Priorité aux opérationnels

Infirmiers, aide-soignants, pompiers, livreurs, éboueurs, chauffeurs routiers… Politiques et dirigeants ont redécouvert avec le tsunami COVID-19 que ces métiers du terrain, opérationnels, avaient de la valeur !

AdS DPC opérationnels

J’espère, je pense que cette prise de conscience du rôle clef de ces métiers opérationnels dans toutes les entreprises sera l’un des acquis durables de ces derniers mois.

Image livre DTN inversion siège terrainC’est un thème que nous avions longuement abordé dans le livre : “Dirigeants, Acteurs de la Transformation Numérique”, co-écrit avec Dominique Mockly, dont ce schéma est extrait.

Mettre les fonctionnels, ressources humaines, finances, commerce, Direction Générale… au service des opérationnels devient une nouvelle priorité, un beau défi.

 

Réduction des déplacements physiques longue distance

Faire des milliers de kilomètres en avion pour participer à une réunion de 4 heures ?

Organiser une formation en présentiel pour 15 personnes venant de différents établissements de l’entreprise ?

Avant l’arrivée du COVID-19, peu d’entreprises se posaient ces questions et elles trouvaient naturel, normal de voir des collaborateurs perdre 2 ou 3 journées de leur temps, dépenser des milliers d’euros pour assister à des réunions et des conférences.

Ces déplacements sont, du jour au lendemain, devenus impossibles. Miracle ! On découvre que l’on peut très bien s’en passer. Les réunions en visioconférence, les formations en “distanciel” se sont multipliées et les collaborateurs ont découvert que c’était possible, plus efficace, moins générateur de temps perdu.

J’ai une très mauvaise nouvelle pour les compagnies aériennes : l’essentiel de leurs revenus et de leurs marges venait des déplacements professionnels ; ils vont, de manière définitive, se réduire très fortement.

Non seulement les entreprises vont limiter au maximum ces déplacements qui seront jugés non indispensables, mais en plus, voyager en avion deviendra encore plus pénible. L’attaque des tours du World Trade Center avait augmenté les contraintes de sécurité dans les aéroports. Le COVID-19 va y rajouter les contraintes de santé.

Airtravel very bad 2

Les rares avantages qu’il y avait à voyager en classe affaires vont aussi se réduire : fermeture des salons VIP, repas et boissons réduites… Il est difficile de boire une coupe de champagne ou de déguster une tranche de foie gras avec un masque !

Moins de clients, taux de remplissage réduits : le prix des billets d’avion est condamné à augmenter, ce qui va accélérer ce cercle vicieux de la décroissance du trafic aérien.

Mon pronostic : les budgets déplacements en avion des entreprises vont se réduire de plus de 50%.

 

Quel avenir pour les bureaux centraux

On l’a vu plus haut, le travail à distance va se banaliser et être utilisé par plus de monde, plus longtemps.

Basecamp, une entreprise qui commercialise un logiciel SaaS de gestion d’activité, que j’ai souvent cité dans mes blogs, est en travail distribué à 100% depuis sa création, il a plus de 15 années. Elle restera une exception, oui, mais il n’est pas déraisonnable d’imaginer que, dans les 5 années qui viennent, le taux d’occupation des bureaux centraux actuels baisse de 50 % ou plus.

Les partisans de cette culture d’entreprise où des centaines de personnes travaillaient dans un même lieu en vantaient les avantages : convivialité, interactivité, échanges informels… Si, comme je le pense, la distanciation physique et sociale devient permanente, une grande partie de ces avantages disparaîtra.

Vous avez détesté les bureaux ouverts, open space ? Vous allez adorer les bureaux...séparés par des cubes en verre !

Bureaux séparés par écrans verres

Déjeuner à la cantine, séparé de 2 m de ses voisins ? Bonjour la convivialité ! Nettoyer les boutons-poussoirs de la machine à café après chaque personne, se déplacer dans des couloirs à sens unique… Est-ce que j’ai envie de travailler dans ce « Nouveau Monde » ? Perdre son temps dans des réunions physiques où l’on est tellement séparé des autres qu’il faut parler fort pour se faire entendre ? Est-ce que je ne serais pas mieux chez moi, en interactivité numérique ?

Paris la défenseToutes les grandes métropoles tertiaires doivent se poser la question : quel est l’avenir des centres d’affaires tels que la Défense à Paris ?

Si, chaque jour, 50% des personnes qui “allaient au bureau” travaillent à distance, la demande de bureaux va baisser de 50 %, et rapidement.

La liste des secteurs d’activités qui vont souffrir des changements des modes de travail induits par le COVID-19 va s’allonger :

● Gestionnaires de grands centres de bureaux.

● Immobilier d’entreprise.

● Aménagement de bureaux.

● Services aux entreprises dans les bureaux : restauration, nettoyage, gardiennage, parking...

Depuis plusieurs dizaines d’années, des appartements de centre-ville avaient été transformés en bureaux. Et si un mouvement inverse démarrait en 2021 ?

Il ne devrait pas être très difficile de transformer les “cités dortoirs” en espaces mixtes, où l’on vit et où l’on travaille.

Mon pronostic : les budgets immobiliers de bureaux des entreprises vont se réduire de plus de 50%.

 

Distribution plus innovante des temps et lieux de travail

Il n’est pas difficile de définir les besoins minima raisonnables de l’espace de travail d’une personne en travail distribué :

Collaborateur Basecamp WFH● Un espace de 15 à 20 m2, bien éclairé, bien isolé phoniquement.

● Un accès réseau à 100 Mb/s.

● Et… rien d’autre !

Le pays ? La région ? La ville ? Le village ? Peu importe !

L’entreprise distribuée deviendra la norme, rapidement. Wizy, dont je suis l’un des dirigeants, en est une bonne illustration : ses équipes sont réparties entre l’Espagne, Paris, Angers, Singapour, l’Australie… Nos réunions de management se font toutes en vidéoconférences, la principale difficulté étant de trouver des créneaux horaires compatibles avec ces différentes zones mondiales.

 

Résumé de la première partie

Je vous propose, pour résumer cette première partie, de définir un nouveau mode de fonctionnement des entreprises :

La règle 4 x 50

● 50 % des collaborateurs en travail à distance à tout moment.

● Réduction de 50 % des déplacements longue distance.

● Basculement de 50 % des actions de formation en “distanciel”.

● Réduction de 50 % de la surface des bureaux utilisés.

Règle 4 x 50

Ce sont bien sûr des moyennes, qui peuvent varier d’une entreprise à l’autre.

Par contre, si vous faites le total des quatre pourcentages pour votre entreprise, il devrait être proche de 200, les écarts par rapport à la moyenne de 50 % se compensant partiellement.

Votre score pourra varier entre 0 et 400 :

● Score 0 : rien ne change, on redémarre comme avant.

● Score 200 : votre entreprise a pris la mesure des changements nécessaires.

● Score 400 : votre entreprise se lance dans un monde nouveau, dans la position de "early adopters".

Cette règle 4 x 50 deviendra rapidement un indicateur universel des changements permanents induits par le COVID-19 dans toutes les entreprises.

Dans la deuxième partie de cette analyse, j'analyse les outils universels dont on besoin les entreprises pour se préparer à un monde post COVID-19.


Transformation Numérique : l’après COVID-19, mode d’emploi pour 2020

 

(Long billet : l’importance du sujet l’impose et vous avez probablement un peu plus de temps que d’habitude pour le lire et... mettre en pratique les recommandations qu’il contient.)

Couverture livre DTN copie 2Depuis quelques semaines, dans le monde entier, le Coronavirus COVID-19 a obligé toutes les organisations, privées ou publiques, petites, moyennes ou grandes à apprendre à travailler autrement, très vite et sans préavis.

A la fin de l’année 2018, j’avais publié avec Dominique Mockly, PDG de Teréga, le livre :

Dirigeants, Acteurs de la Transformation Numérique

Ce livre, écrit avec Google Docs et publié sur Amazon pour s’appuyer sur les outils modernes du Cloud Computing, ne faisait pas référence au COVID-19. Il a aidé des organisations innovantes qui avaient bien avancé dans leur Transformation Numérique à s’adapter rapidement aux nouveaux modes de travail rendu indispensables par les règles de confinement.

Mise à jour du 17 avril 2020 : ce livre est maintenant disponible en format numérique, Kindle.

A l’inverse, dans une majorité d’entreprises, cette pandémie COVID-19 a mis en évidence des défaillances de leur Système d’Information et la possibilité pour leurs collaborateurs de travailler efficacement, loin de leurs bureaux traditionnels.

Ce billet aborde les thèmes suivants :

  • Principaux dysfonctionnements mis en évidence.
  • Comment une Transformation Numérique réussie a permis de mieux résister.
  • Comment se préparer pour redémarrer, autrement.
  • Pourquoi, demain, on doit, on peut concilier Transformation Numérique et Frugalité Numérique.
  • Quelles sont les décisions prioritaires à prendre avant la fin de l’année 2020.

(Pour éviter de répéter ce que j’ai souvent écrit dans ce blog, je vais référencer de nombreux billets déjà publiés.)

 

Dysfonctionnements d’un Système d’Information mis en évidence par le COVID-19

AdS DPC Confinement COVID-19 S 332567052Les strictes mesures de confinement annoncées en mars 2020 dans de nombreux pays, et exécutoires en quelques heures, ont obligé les entreprises, leurs collaborateurs et leurs partenaires à bouleverser leurs modes de travail et d’organisation. Fin mars 2020, la moitié de la population mondiale était confinée à son domicile.

Tous les défauts des informatiques archaïques, que je dénonce depuis plus de dix ans, ont immédiatement resurgi. Pour ne pas accabler ces entreprises qui font l’autruche, je ne citerai que les plus évidents.

Centres de calcul privés (appelés à tort clouds privés) sous-dimensionnés

Le confinement est annoncé en France le 17 mars. Immédiatement, les sites des grands acteurs du commerce comme Monoprix ou Leclerc… ne répondent plus ! Surprise ? Non !

Sites marchands down coronavirus

Est-ce que vous pensez que la demande n’a pas augmenté au moins autant sur le site d’Amazon ? Avez-vous entendu parler d’une panne sur le site marchand Amazon ? Non !

OVH Panne 30 mars 2020Même les hébergeurs ne sont pas à l’abri de ces pannes : OVH en a fait la démonstration le 30 mars 2020. Il faudra bien qu'un jour les hébergeurs et leurs clients finissent par comprendre que leur métier n’a strictement rien à voir avec celui des fournisseurs industriels de Clouds Publics comme AWS, Azure ou GCP.

Croire encore en 2020 que la sécurité des accès se fait par des VPN (Virtual Private Networks)

Les défenseurs de VPN me font penser à… “la belle au bois dormant”. Ils se sont endormis en l’an 2000 et ont été réveillés sans ménagement en 2020 par des milliers d'utilisateurs désespérés qui essayaient vainement de travailler, confinés dans leur domicile.

En 2017, j’avais écrit un billet expliquant pourquoi le principe de la sécurité “périmétrique” était un mythe périmé et dangereux. Je ne suis pas le seul à le penser, heureusement.

Death of VPN with Coronavirus

Encore trop de collaborateurs équipés de PC fixes

Old Desktop PCDans le grand public, si l’on met de côté les “gamers”, les ventes de PC fixes ont disparu. Ce n’est hélas pas encore le cas dans toutes les entreprises. PC mobiles et Chromebooks sont les seuls objets d’accès professionnels qui permettent de travailler en tout lieu, à toute heure.

Ces déficiences techniques sont graves, mais ce n’est rien par rapport aux visions dépassées de dirigeants et à l’absence de préparation des salariés aux nouveaux modes de travail qu’il est nécessaire de maîtriser pour être efficace en mode “confinement”.

C’est le cas en France, comme le montre cet article de la revue Capital.

Ce n’est pas mieux aux USA ! Le CEO de Charter, grande entreprise du secteur des télécoms, ose écrire aux salariés que : “travailler au bureau est plus efficace pour tous, y compris ceux qui pourraient télétravailler”.

Watching you WFHLa paranoïa des dirigeants qui ont peur de perdre le contrôle sur les activités des salariés qu’ils ne “voient pas” peut prendre des formes extrêmes : une entreprise annonce que tout ce que font leurs salariés sur leur PC est enregistré : sites Web visités, une copie d’écran toutes les dix minutes...

Education Nationale & CoronavirusOn en a eu aussi un exemple éclatant dans le monde de l’éducation nationale, quand plus de 15 millions d’apprenants ont dû basculer en mode enseignement à distance en 48 heures. Je ne mets pas en cause le dévouement et les efforts de l’immense majorité des enseignants, mais l’absence d’innovation dans les outils numériques déployés dans les écoles, lycées et universités.

J’avais abordé, il y a juste un an, ce sujet majeur dans un billet.

Dès 2014, j’avais identifié les 10 “ex bonnes pratiques” qu’il fallait abandonner et les dix NBP, Nouvelles Bonnes Pratiques, à adopter pour la période 2014-2021.

Hélas, en 2020, ces “ex bonnes pratiques” sont encore trop incrustées dans les entreprises qui n’ont pas pris le chemin de leur Transformation Numérique.

Je terminais ce billet en donnant rendez-vous en 2021 pour établir les NBP pour la décennie qui commence en 2021. A mon grand désespoir, je suis encore, en 2020, obligé de me battre pour que les NBP de 2014 soient mises en œuvre.

Sept outils innovation - Traditionnels copieDur, dur, de changer les organisations et leur SI !

J’avais aussi écrit en 2017 un autre billet qui identifiait sept signaux forts d’innovation ; ils sont plus que jamais d’actualité.

Il y a, heureusement, des entreprises qui ont pu s’adapter immédiatement aux défis posés par le confinement COVID-19.

 

Transformation Numérique réussie : meilleure résistance aux crises telles que COVID-19

Depuis plus de dix ans, dans ce blog, par mes actions de sensibilisation et missions de conseil, je pousse les organisations à réinventer leurs usages et leurs infrastructures informatiques et numériques.

Beaucoup reste à faire : en reprenant la courbe de Gauss de l’innovation que j’ai souvent utilisée, j’estime que la France est encore entre la zone “innovateurs” et “majorité initiale”.

Moins de 20 % des entreprises françaises ont basculé dans un monde “numérique prioritaire”, “Digital First” en anglais.

Gauss innovation -Etat France 2:2020

Il faut énormément de courage de la part des dirigeants et des équipes de professionnels du numérique pour aller au-delà des mots et passer à l’action ; je l’ai expliqué en détail dans ce billet au titre clair : Transformation Numérique, le courage ou la trouille.

J’ai pu échanger ces derniers jours avec les rares entreprises que je connais et qui ont entrepris depuis plusieurs années une Transformation Numérique majeure. Cela fait chaud au cœur quand un dirigeant félicite publiquement son DSI après une conférence vidéo qui a réuni plusieurs centaines de personnes et qui a fonctionné sans hiatus, car les collaborateurs étaient bien équipés et… bien préparés.

Techniquement, il n’y a rien de magique : on connaît très bien les outils et solutions à mettre en œuvre pour qu’une entreprise soit prête à affronter une crise comme celle du COVID-19.

J’ai publié en 2017 plusieurs billets qui identifiaient les technologies clés des prochaines années ; les échanges “vidéos” en faisaient bien sûr partie.

La liste qui suit n’est pas exhaustive, mais va à l’essentiel.

Basculement des infrastructures sur des Clouds publics industriels

Ceci permet de répondre aux évolutions imprévisibles de la demande des entreprises :

● Variabilité de la charge.

● Résilience.

● Fiabilité.

Même les géants du Cloud n’ont pas toujours la puissance disponible pour faire face à de fortes augmentations des usages, comme ce fut le cas pour Microsoft 365.

Bravo quand même, Microsoft, qui a su faire face, sans trop réduire les services proposés, à une augmentation de sa charge très importante, proche de 800 %. Combien d’entreprises gérant elles-mêmes leurs infrastructures en auraient été capables ?

Généralisation des accès aux applications par navigateur

Chromebooks sold out Covid-19Ceci permet à tout collaborateur, quel que soit son objet d’accès, PC Windows, Mac, smartphones, tablettes ou Chromebook, d’accéder à l’ensemble des applications de son entreprise, où qu’il soit. Les avantages des Chromebooks sont encore plus évidents dans ces périodes de crise ; j’en ai longuement parlé dans ce billet.

Ce Tweet donne une liste de produits en rupture de stock aux USA : les Chromebooks en font partie, mais, hélas, après les armes à feu !

Des usages SaaS, Software as a Service, pour toutes les fonctions support

G Suite de Google n’a connu aucune panne significative au niveau mondial depuis le début de la crise.

Des dizaines d’autres fournisseurs de solutions SaaS, tels que Workday, Coupa ou Talentsoft, ont encaissé de fortes croissances de la demande tout en garantissant un haut niveau de service.

La nouvelle vedette du logiciel, Zoom, qui permet des vidéoconférences de haute qualité avec une facilité d’usage exceptionnelle a connu une forte croissance du nombre d’entreprises qui l’ont déployé, comme le montre ce graphique. N’oublions pas que Zoom existe depuis… plus de dix ans, et avait déjà démontré la qualité de ses services.

Number new users Zoom

Autre chiffre éloquent : le nombre de nouveaux utilisateurs pendant les 3 premiers mois de 2020 est supérieur à ceux de toute l’année 2019 !

Ceci ne doit pas occulter les sérieuses zones d’ombre de Zoom, en particulier sur la sécurité et la confidentialité des échanges. Des alternatives protégeant mieux la confidentialité des données existent : parmi les meilleures, Whereby, société norvégienne et 100% compatible avec le standard WebRTC, ce qui évite toute installation sur les postes de travail.

Sécurité, confiance, confidentialité des données

Cela fait longtemps que de remarquables outils existent, qui permettent aux collaborateurs des entreprises qui ont basculé sur les clouds publics de travailler en toute confiance ; je vous renvoie à ce long billet sur ce thème.

Quelques exemples :

Zscaler help for Coronavirus● Pour accéder de chez soi aux applications de l’entreprise sans souffrir les lenteurs d’un VPN, la solution Zscaler est une excellente réponse. Une entreprise de plus de 70 000 collaborateurs a remplacé au mois de mars 2020 ses VPN catastrophiques par Zscaler.

● Les solutions de SSO, Single Sign On, qui permettent de sélectionner les applications auxquelles on peut accéder à distance en toute sécurité.

En partageant avec tous ses clients ses connaissances, Zscaler protège efficacement, immédiatement, contre les attaques “innovantes” des hackers qui utilisent les craintes liées au COVID-19.

C’est parce qu’elles avaient pris en compte les dimensions humaines, culturelles et organisationnelles, en accompagnant tous les collaborateurs dans ce voyage passionnant qu’est une Transformation Numérique que des entreprises ont pu, immédiatement, basculer dans des modes de travail distribué.

Pour les autres, il est urgent de… s’y préparer, sérieusement.

 

Se préparer, pendant les semaines qui viennent

Who leads Digital TransformationCe Tweet résume remarquablement bien la situation : Le COVID-19 sera le catalyseur principal des nombreuses Transformations Numériques qui vont démarrer pendant la deuxième moitié de l’année 2020.

L’activité économique va rester faible pour la majorité des entreprises en avril et mai 2020.

Dirigeants et responsables informatiques des entreprises qui n’ont pas encore sérieusement “numérisé” votre entreprise, je vous propose de profiter de ces deux mois pour vous mettre en ordre de bataille avant de passer à l’action.

Information et sensibilisation

Commandez immédiatement (dès qu’Amazon livrera) un exemplaire de “Dirigeants, Acteurs de la Transformation Numérique” pour chacun de vos dirigeants, pour chaque collaborateur de votre DSI et demandez-leur de le lire avant la fin du mois de mai 2020.

Ils auront acquis les bases essentielles pour préparer les étapes suivantes.

En mai ou juin, si vous pouvez organiser un séminaire, en ligne ou en présentiel, d’une journée pour, ensemble, échanger sur ces thèmes, ce sera très utile.

Travail distribué, WFH en anglais (Working From Home)

Il ne suffit pas de donner un PC portable à un collaborateur, un accès internet aux applications de l’entreprise pour que, par un coup de baguette magique, il s’adapte immédiatement à ces nouveaux modes de travail.

Lisez, faites lire les trois livres publiés par les fondateurs de Basecamp, une remarquable solution SaaS de gestion d’activités. Ils ont été, depuis le premier jour, les pionniers du travail à distance.

Rework, publié en 2010, il y a dix ans, déjà !

Remote, publié en 2013.

It doesn't have to be crazy at work, publié en 2018.

Three books Basecamp

Ces trois livres sont courts, remarquablement écrits, faciles à lire, pragmatiques et remplis d’excellents conseils que l’on peut mettre en pratique immédiatement.

Des dizaines de personnes se sont proclamées expertes en télétravail ces dernières semaines. Rien ne remplacera jamais les dix ans d’expérience de Basecamp dans ces domaines.

Ces trois livres sont redevenus des “best-sellers” depuis quelques semaines, quelle surprise !

Pour compléter ces ouvrages, les règles de communications professionnelles efficaces utilisées en interne par Basecamp sont aussi une lecture indispensable.

Créez, dès que les activités de votre organisation auront repris un rythme presque normal, un groupe de combat qui aura deux missions :

● Mettre en pratique, avant la fin de l’année 2020, de premiers éléments d’une Transformation Numérique. Ce point est détaillé dans la suite du billet.

● Définir, avant la fin de l’année 2020, la nouvelle stratégie numérique qui sera déployée à partir de 2021.

 

COVID-19, Transformation Numérique et… Frugalité Numérique

La Frugalité Numérique a pour objectif de prendre en compte les dimensions énergétiques et climatiques de toute action dans le domaine du numérique. C’est un sujet que j’ai abordé dans plusieurs billets en ce début d’année 2020.

Excellente nouvelle : j’ai démontré que les meilleures décisions concernant une Transformation Numérique réussie sont aussi… les meilleures décisions en matière de Frugalité Numérique.

Je prendrai juste un chiffre extrait de l’un de mes billets sur le sujet :

Fermer ses centres de calcul privés et basculer sur des clouds publics divise au minimum par 6 la consommation d’énergie électrique nécessaire pour exécuter toutes les applications de l’entreprise.

Je vous propose donc de faire… d’une pierre deux coups.

Une pierre deux coups Transformation  Frugalité numérique

Votre entreprise peut, en démarrant dans la deuxième moitié de l’année 2020, se fixer deux objectifs simultanés :

● Accélérer sa Transformation Numérique.

● Lancer de premières actions pour améliorer sa Frugalité Numérique.

En regroupant ces deux objectifs, ils seront plus faciles à atteindre que de manière séparée. Vous pourrez plus facilement motiver tous vos collaborateurs en mettant en évidence les bénéfices de cette double transformation, pour eux, leur entreprise et la planète.

 

Un avant, un après COVID-19, pour votre Transformation Numérique

En juin 2020, après 3 mois de confinement qui auront impacté les modes de fonctionnement de 100% des organisations, la vie économique va redémarrer, lentement.

Devant l’immensité des tâches qui attendent les entreprises après plusieurs mois d’activités réduites, face à des marchés dont on ne sait pas comment ils vont réagir, la tentation sera forte de revenir au statu quo.

Il y a deux démarches possibles, remarquablement résumées par ce double dessin :

1. Ce n’est pas le moment, c’est impossible.

2. Transformer ce défi en opportunité : rien n’est impossible.

Just do nothing  its impossible 2

Mon pronostic est clair : le monde « post COVID-19 » ne sera plus le même qu’avant la pandémie :

● Le grand public ne l’acceptera plus.

● Les collaborateurs auront de nouvelles exigences.

● Les états changeront leurs stratégies en matière d’approvisionnement, de relocalisation d’activités…

● Les clients grand public et professionnels  des entreprises seront plus exigeants et basculeront dans un monde “numérique prioritaire”.

Les entreprises n’auront pas le choix : une Transformation Numérique forte et rapide deviendra indispensable. Au lieu de subir cette mutation, dirigeants et responsables informatiques peuvent prendre les devants et transformer ce défi en opportunité.

Que c’est-il passé entre février et fin mars 2020 ?

Du jour au lendemain, les entreprises ont dû apprendre à travailler en réduisant fortement leurs modes de fonctionnement habituels :

● Disparition des réunions physiques.

● Des bureaux centraux vidés de la majorité de leurs collaborateurs.

● Sans aucune possibilité de se déplacer sur de longues distances, en avion, en train ou en voiture.

● En ne participant plus aux grands salons professionnels de leur secteur d’activité.

● Sans organiser ou participer à des formations en présentiel.

● En ne rencontrant plus physiquement leurs prospects pour présenter leurs offres.

● ….

Ce sont les activités en bleu sur le graphique ci-dessous. Le niveau de réduction de chacune de ces activités est différent : il est passé d’une base 100 en février 2020 à un taux réduit A1, probablement compris entre - 50% et - 100%.

COVID-19 : un avant  un après

Du jour au lendemain, les entreprises ont été obligées de pousser de nouveaux usages :

● Un nombre beaucoup plus élevé de salariés qui travaillent depuis chez eux.

● Une explosion du nombre d’audio et vidéo conférences.

● Travailler à plusieurs sur un même document.

● Organiser des formations “on line”. (C’est ce que m’a demandé de faire le Mastère Système d’Information de Grenoble Ecole de Management où j’interviens, pour un cours de deux journées.)

● Créer des Webinaires pour présenter leurs solutions à des prospects.

● ...

Ce sont les activités en rouge sur le graphique ci-dessus. Le niveau de croissance de chacune de ces activités est différent : il est passé d’une base 100 en février 2020 à un taux plus élevé N1, probablement compris entre + 50% et + 2 000%.

 

Transformation Numérique : actions concrètes prioritaires en 2020

Je vous propose de partir du schéma des activités qui ont baissé et monté entre février et avril 2020.

Pour chacune de ces activités, vous pouvez :

● Mesurer les niveaux de départ, base 100 à fin février 2020.

● Mesurer quel est le niveau, A1 ou N1, atteint par chaque activité, à fin mars ou fin avril.

Profitez des semaines qui viennent pour déterminer, en concertation entre toutes les parties prenantes, collaborateurs, informaticiens et dirigeants, les nouveaux niveaux, A2 ou N2, que vous souhaitez atteindre à la fin de l’année 2020 pour chacune des activités.

Fin mars 2020, le cabinet d’études 451 Research a publié les résultats d’une enquête auprès de dirigeants. J’en ai extrait le tableau suivant, qui montre quels sont les impacts permanents probables du COVID-19 sur les modes de travail. Il peut vous aider à formuler vos propres hypothèses.

451 research - COVID-19 impacts on ways of working

La démarche la plus mauvaise serait le “laissez faire” et d’attendre pour voir quel sera le nouveau point d’équilibre atteint quand l’entreprise aura retrouvé un niveau d’activité proche de la normale.

BAU, Business As Usual, n’est plus une option. Les entreprises doivent “profiter” des ruptures créées par le COVID-19 pour reprendre la main et faire des choix forts sur les nouveaux modes de travail, les nouveaux outils numériques qu’elles souhaitent mettre en œuvre avant la fin de l’année 2020.

C’est ce que j’ai appelé les “Objectifs Management” sur le schéma présenté plus haut.

J’ai construit ce tableau pour vous aider dans votre réflexion ; les chiffres qu’il contient sont donnés à titre d’exemple et ne sont pas des recommandations.

Après COVID-19 - priorités modes de travail

Chaque entreprise doit sélectionner les activités qu’elle a identifiées comme pertinentes et :

● Mesurer les valeurs en janvier 2020.

● Mesurer les valeurs en avril 2020.

● Déterminer des objectifs pour décembre 2020.

Une Transformation Numérique complète demande de repenser l’ensemble des usages numériques de l’entreprise ; elle demande plusieurs années d’efforts intenses.

L’urgence, la priorité d’ici la fin de l’année 2020 est de se concentrer sur les usages et les outils universels liés aux activités communes à la grande majorité des collaborateurs.

Cette priorité peut se résumer en une phrase simple :

Travailler, collaborer, partager et communiquer... autrement

 

Synthèse : optimisme et action

Il y aura un avant et un après COVID-19, et ils seront différents, dans toutes les entreprises.

AdS DPC Before After Sea view S 176408860

Pour préparer un “après” qui est “meilleur” pour les entreprises, leurs collaborateurs, sans oublier la planète, accélérer Transformation Numérique et Frugalité Numérique seront indispensables dès la deuxième moitié de l’année 2020.

Les outils numériques pour le faire sont tous opérationnels, fiables, économiques, prêts à être déployés immédiatement.

Vos prochaines étapes :

● Utiliser les deux mois qui viennent pour établir un plan d’action pour 2020.

● Le mettre en œuvre, dès le milieu de l’année.

Bon courage ! Faire d’un gigantesque défi mondial une opportunité, c’est encore possible !


Hommage à Clayton Christensen, un géant de la pensée managériale

 

Clayton Christensen HBRLe 23 janvier 2020 est mort à 67 ans Clayton Christensen, un des plus grands penseurs de ces dernières années sur la stratégie des entreprises. Par ses écrits, il a influencé d’innombrables dirigeants, de Intel à Apple en passant par les fondateurs de startups. Je suis fier de dire que j’ai utilisé ses idées dans des startups avec lesquelles j’ai collaboré et d’autres où je travaille encore. J’en présente un exemple récent à la fin de ce billet.

En 2006, il y a 14 ans, au début de ce blog et à la veille de créer l’entreprise Revevol, j’avais écrit un billet pour expliquer les principes de base de la démarche de Clayton Christensen.

J’ai décidé de le republier aujourd’hui, tel quel, sans en changer un seul mot. Le fait que ce texte soit encore d’actualité est le meilleur hommage que je puisse rendre à cet homme exceptionnel.

J’ai ajouté quelques paragraphes à la fin du billet de 2006 pour illustrer l’influence majeure que continue à avoir Clayton Christensen dans l’industrie du numérique.

 

Billet original de 2006

Christensen photoClayton Christensen, professeur à l’Université de Harvard, a écrit trois livres importants sur l’innovation :

- The Innovator's Dilemma

- The Innovator's Solution

- Seeing What's Next : Using Theories of Innovation to Predict Industry Change

Les idées qu’il défend permettent d’appréhender les mécanismes de base de l’innovation et expliquent pourquoi tant d’entreprises et de produits nouveaux échouent.  Ces idées s’appliquent à tous les secteurs d’activité, mais sont particulièrement pertinentes pour tout ce qui touche aux technologies de l’information.

Christensen bookC’est une lecture indispensable pour toute personne qui s’intéresse sérieusement aux innovations et à leurs impacts.

Ce texte présente un résumé très succinct des idées de Christensen et mon interprétation de leurs applications dans le monde de l’informatique, et en particulier du Web 2.0.

Les points clefs de la démarche de Christensen

Sur ce premier graphique, une ligne représente le rythme d’évolution du progrès technique. Les performances des matériels et des logiciels s’améliorent en permanence ; la capacité des disques durs double tous les ans.

Christensen model 1

La deuxième droite représente l’évolution des attentes des clients ; elle évolue moins rapidement que les performances des outils.

J’ai fait apparaître deux familles de produits, A et B.

A : Produits matures, surdimensionnés

Les produits de type A ont dépassé les attentes de la très grande majorité des utilisateurs.  En informatique, de nombreux produits appartiennent à cette famille ; citons, par exemple :

- Les bases de données Oracle ou DB2

- La suite bureautique Office

- Les processeurs Intel pour PC professionnels

Chacun pourra, à sa guise, rajouter d’autres produits à cette liste.

Les fournisseurs de ces produits se heurtent à un problème sérieux : ils ont de plus en plus de mal à convaincre le marché que les nouvelles versions apportent une valeur ajoutée suffisante pour justifier un changement.

B : Produits encore insuffisants

Il existe encore beaucoup de produits dont les performances ne sont pas jugées satisfaisantes par la majorité des utilisateurs ;  ce sont, par exemple :

- La vitesse des réseaux mobiles 3G pour le transfert des données

- L’autonomie des batteries des micro-ordinateurs portables

- La distance utile d’usage des bases Wi-Fi.

Les fournisseurs de ces produits sont dans une situation très positive ; toute amélioration des performances est immédiatement plébiscité par le marché, jusqu’au jour où ils croisent la ligne des attentes et se retrouvent en postillon de type A.

Les appareils de photos numériques en fournissent un bon exemple ; jusqu’en 2005, le nombre de mégapixels était un argument de vente important, car les utilisateurs voyaient clairement la différence entre 2 et 5 Mégapixels.  Cette course est aujourd’hui terminée ; pour la très grande majorité des photographes amateurs, une photo de 10 MPixels, imprimée en 10x15, n’est pas visuellement meilleure que si elle pesait 6 MPixels.

Innovations de rupture

L’un des apports essentiels de Christensen a été de mettre en évidence ce qu’il nomme les innovations de rupture.

Christensen model 2

Face à la saturation progressive du marché, pour les produits de type A, des entreprises innovantes lancent des produits de rupture, qui en font beaucoup moins, mais à des prix très compétitifs.

Ces produits ont l’intelligence de ne pas attaquer de front les leaders, mais commencent par prendre deux marchés clefs : les personnes qui se contentent de solutions raisonnables et les “non-utilisateurs ” actuels qui ne pouvaient pas acheter les produits leaders.

La Logan de Renault illustre parfaitement ce processus ; elle est vendue dans les pays émergents comme première voiture, dans une configuration minimale, autour de 5000 euros.  Dans les pays avancés, la Logan est achetée dans une version “haut de gamme”, à 9000 euros, par des personnes qui ont découvert qu’elles n’ont pas besoin de “plus” de voiture pour répondre à leurs véritables attentes.

Je propose de définir deux familles de produits innovants, C et D.

C : Produits innovants, en devenir

Skype à ses débuts, Asterisk, l’autocommutateur Open Source, l’immense majorité des start-ups à succès rentrent sur le marché avec des produits de type C ; ils ont des fonctions minimales, incomplètes, mais les proposent à des prix très bas, voire même gratuitement.

En proposant des services au rapport qualité/prix imbattable, les produits de type C trouvent rapidement des “clients innovants” qui sont capables d’arbitrer entre fonctionnalités, performances et coûts et savent utiliser ces produits en tenant compte de leurs limites.

D : Produits innovants, proche maturité

David GoliathTrès rapidement, en quelques mois, les produits de type C ont trouvé leur marché et des millions de clients les utilisent.  Ils évoluent alors rapidement vers des produits de type D, dans la situation “idéale” où il y a une bonne adéquation entre leurs fonctionnalités et les attentes de la majorité des clients, et non plus seulement des clients innovants.

Skype, aujourd’hui, en est une bonne illustration : avec la fonction SkypeOut d’appels économiques de tous les numéros, la possibilité d’utiliser un téléphone “normal” au lieu d’un casque et des dizaines d’autres améliorations, Skype est proche de la réponse complète, économique et raisonnable aux attentes des particuliers et des entreprises

MySQL, JBoss, sont d’autres exemples de produits qui ont atteint le niveau D.  En répondant bien aux attentes du cœur de marché, ils commencent alors à sérieusement concurrencer les fournisseurs produits de type A, qui doivent se concentrer sur les clients ayant des besoins très complexes, ce qui devient un marché de ... niche.

Fournisseurs : quelle stratégie d’innovation ?

Le modèle d’innovation A/B/C/D proposé par Christensen est très efficace pour aider un fournisseur dans sa stratégie d’innovation.

Castle- Face à un marché de type A, la meilleure solution consiste le plus souvent à ... chercher un autre créneau.  Les acteurs en place, puissants et à forte notoriété, ont les moyens marketing et financiers de s’opposer efficacement à toute tentative d’entrée sur ce marché.

- Si le marché est en situation B, toute innovation qui apporte une réelle amélioration des performances sera rapidement acceptée par les clients et a beaucoup de chance de réussir.  La couverture nationale de la France en réseau Edge par Bouygues Telecom, le succès fulgurant du Wi-Fi, première solution rapide de réseau sans fil sont des exemples d’innovation de type B.

- Trouver un produit ou un service de type C est la voie royale de l’innovation moderne.  L’entreprise répond à une double demande, de clients attirés par une solution plus économique et de nouveaux clients, non-utilisateurs actuels de ces services, le plus souvent pour des raisons de coût. Les fournisseurs de solutions A sont désarmés face à ces innovations de rupture C car ils ne peuvent pas mettre en danger leur rente de situation en répondant par des baisses de prix massives.

- Passer rapidement au niveau D des services proposés est indispensable si l’innovateur veut protéger son marché initial et rentrer sur le marché de masse des clients aux attentes raisonnables. La principale difficulté sera souvent de savoir résister au danger de l’hypertrophie fonctionnelle. En se transformant en fournisseur de type A, il laisserait alors le champ libre à un nouvel innovateur de type C, capable de l’attaquer avec une nouvelle offre de rupture !

DSI : décisions intelligentes face à l’innovation

Ce même modèle A/B/C/D peut être utilisé par un DSI pour mieux analyser les innovations qui lui sont proposées.

- Face à un nouveau service de type A, la meilleure réponse consiste à refuser les nouvelles versions qui n’offrent aucun avantage important à l’immense majorité des utilisateurs.  C’est souvent difficile, car ce sont les fournisseurs déjà en place, connus, puissants qui proposent des solutions A.

- Pour un DSI, une innovation de type B est “idéale”. Il pourra proposer à ses clients un nouveau service, de nouveaux niveaux de performance qui seront accueillis avec enthousiasme pas les utilisateurs.

- Les innovations de type C sont plus délicates à gérer par la DSI ; c’est le cas, aujourd’hui, de la majorité des Services Web 2.0 pour les entreprises.

La clef de la réussite consiste à choisir, comme premiers clients, des petits groupes d’utilisateurs innovants, raisonnables, capables de comprendre les avantages et les limites des solutions et de s’y adapter.  C’est dans ma mise en œuvre réussie de solutions de type C que l’on reconnaît les meilleurs DSI innovants.

Bouée- Un DSI a deux approches possibles pour les solutions de type D. Il peut attendre que les produits aient atteint le niveau D, en faisant l’impasse sur les offres de type C ; ce sera la stratégie choisie par une majorité de DSI, “prudent” face à l’innovation.

Pour ceux qui auront installé, à petite échelle, des solutions de type C, le passage en D se fera naturellement, par extension des premières implantations à l’ensemble de l’entreprise et en s’appuyant sur les nouvelles versions de ces services, arrivés à maturité. La probabilité de réussite sera plus élevée, la mise en route plus rapide.

L’analyse proposée par Christensen est un outil extrêmement puissant de compréhension des différentes facettes de l’innovation.

En positionnant toute innovation qui lui est proposée dans l’une des quatre familles A/B/C/D, un DSI peut, rapidement, proposer une réponse adaptée à son style de management et à la capacité de son organisation à absorber des innovations.

Refuser des innovations de rupture, type C, peut être la meilleure décision pour un DSI prudent dans une organisation traditionnelle !

J’espère, et je suis sûr qu’il y a quand même quelques DSI innovants pour les mettre en œuvre et donner à leurs entreprises un avantage concurrentiel significatif.

Optimiste je suis né, optimiste je reste !

Fin du texte du billet original

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Théories de Clayton Christensen : elles sont là pour durer

HBR Essentials on ChristensenClayton Christensen était professeur à Harvard ; cette université a eu la bonne idée de regrouper et de publier immédiatement dans ce catalogue les principaux articles qu’il a écrits pour la HBR, Harvard Business Review ; bravo pour la réactivité.

Le succès planétaire de ses livres a fait que l’expression “Disruptive Innovation” a souvent été utilisée de manière erronée. C’est pour cela que Clayton Christensen a publié en 2015 un long article qui clarifie sa position sur les usages “excessifs” de son modèle d’innovation.

A titre d’illustration, il explique pourquoi Uber n’est pas, selon lui, une entreprise “disruptive”, contrairement à ce que pense la majorité des personnes.

Andrew Ng on ChristensenDe très nombreux témoignages ont été publiés dans la journée qui a suivi l’annonce de son décès. Tous saluent ses grandes qualités humaines et le fait que ses idées seront encore au cœur des réflexions stratégiques des dirigeants pendant de nombreuses années.

J’ai pensé que la meilleure manière de lui rendre hommage était d’illustrer, sur le cas concret d’une startup dont je suis l’un des dirigeants, comment son modèle a servi de base à sa création et à son démarrage.

 

Illustration sur un cas concret : WizyVision en 2020

WizyVision propose des solutions qui permettent à toutes les entreprises de gérer en SaaS, Software as a Service, leurs contenus multimédias, images, photos et vidéos, ce que nous avons nommé un “Média Hub”.

WizyVision HP

Aujourd’hui, le marché des contenus multimédias a quelques caractéristiques fortes :

● Il a pour nom DAM : Digital Asset Management.

● Il s’adresse en priorité aux départements communication et marketing.

● Il offre des fonctions haut de gamme telles que la gestion des droits ou la capacité de créer et modifier des images et des vidéos.

● Les fournisseurs dominants sont de grandes entreprises qui sont présentes sur ce marché DAM depuis plusieurs dizaines d’années : Adobe, OpenText…

● Ce sont des solutions chères, donc réservées à un tout petit nombre d’utilisateurs dans les entreprises.

Les solutions DAM actuelles sont en position "A" sur les graphiques de Christensen. (Voir billet de 2006).

Pour cette “étude de cas”, je vais m’appuyer sur quelques phrases clefs, extraites de cet article de 2015 cité plus haut, pour illustrer comment WizyVision répond à la définition ”innovation de rupture”. Cette analyse pédagogique permet de mieux comprendre les fondamentaux d’une démarche de ce type.

Christensen model for WizyVision

Phrase 1 : “Disruption” describes a process whereby a smaller company with fewer resources is able to successfully challenge established incumbent businesses. (La rupture décrit un processus où une entreprise plus petite, avec moins de ressources, est capable de défier avec succès des entreprises présentes sur ces marchés depuis longtemps.)

WizyVision, née en 2019, emploie une dizaine de salariés et se développe sur fonds propres, qui ne se mesurent pas en millions d’euros ! En 2019, Adobe, créée en 1982, 21 000 salariés, avait un Chiffre d’Affaires de 11 milliards de dollars. OpenText, la plus grande entreprise de logiciels du Canada, née en 1991, emploie 12 000 personnes et son Chiffre d’Affaires 2019 était de 3 milliards de dollars.

 

Phrase 2 : In the case of new-market footholds, disrupters create a market where none existed. Put simply, they find a way to turn nonconsumers into consumers. (Dans le cas des entreprises qui s’attaquent à un nouveau marché, les entreprises de rupture créent un marché qui n’existait pas. Dis simplement, elles trouvent le moyen de transformer les non-consommateurs en consommateurs.)

WizyVision vs DAM Small group  large GroupWizyVision s’adresse à tous les collaborateurs d’une entreprise, qui n’ont pas accès aujourd’hui à un DAM, et propose, à des prix très compétitifs, les fonctions essentielles d’accès et de collaboration sur des contenus photos et vidéos. Le coût de la solution est indépendant du nombre d’utilisateurs, ce qui permet de proposer des services nouveaux à 100% des collaborateurs d’une entreprise.

En 2020, WizyVision se trouve en position "C" sur les courbes de Christensen.

 

Phrase 3 : Disruptive innovations, on the other hand, are initially considered inferior by most of an incumbent’s customers. (Les innovations de rupture sont, d’un autre côté, considérées au début comme inférieures par la majorité des clients existants.)

WizyVision a été éliminé d’appels d’offres DAM “classiques” car nous n’avions pas la réponse à l’impressionnante liste des fonctionnalités demandées. Ceci nous a amenés à changer notre nom initial, WizDAM, en WizyVision pour nous démarquer clairement des solutions DAM existantes.

 

Phrase 4 : The term “disruptive innovation” is misleading when it is used to refer to a product or service at one fixed point, rather than to the evolution of that product or service over time. (L’expression “innovation de rupture” n’est pas adaptée quand elle est utilisée pour parler d’un produit ou d’un service à un instant donné, plutôt que de se référer à l’évolution de ce produit ou de ce service dans le temps.)

WIzyVision de C à D sur ChristensenWizyVision démarre en 2020 avec une offre MVP (Minimum Viable Product) qui propose les fonctions de base suffisantes pour apporter de la valeur à des utilisateurs qui n’avaient jusqu’à présent jamais eu accès à un outil leur permettant de gérer leurs contenus multimédias. En s’appuyant sur la puissance des clouds publics et des outils d’Intelligence Artificielle, l’offre de WizyVision évolue très vite et développe des services innovants que les fournisseurs classiques seront incapables de proposer. Il s’agit en priorité de répondre aux attentes des collaborateurs opérationnels pour des cas d’usages métiers spécifiques, dopés à l’Intelligence Artificielle.

L'objectif de WizyVision est de se trouver, le plus vite possible, en position "D" sur les courbes de Christensen.

Phrase 5 : The fact that disruption can take time helps to explain why incumbents frequently overlook disrupters. (Le fait que cette rupture prend du temps explique pourquoi les fournisseurs existants ignorent souvent les entreprises de rupture sur leurs marchés.)

Il est encore trop tôt pour savoir si WizyVision sera ou non sur le radar des leaders actuels des outils DAM. Mon sentiment est qu’ils vont considérer que le marché va rester focalisé sur les besoins spécialisés et complexes des départements de communication et de marketing. Le “nouveau” marché des usages multimédia pour tous les collaborateurs d’une entreprise ne leur semblera pas porteur, et ils seraient incapables de l’adresser au vu de leurs structures de coûts.

 

Phrase 6 : In contrast, the digital technologies that allowed personal computers to disrupt minicomputers improved much more quickly. (En revanche, ce sont les technologies numériques qui ont permis aux ordinateurs personnels de perturber beaucoup plus vite les mini-ordinateurs.)

C’est l’un des avantages clefs de lancer une entreprise numérique en 2020. En proposant dès le début une offre SaaS sur un cloud public, WizyVision a la capacité de rendre ses solutions immédiatement accessibles aux entreprises du monde entier. En s’appuyant sur les meilleurs logiciels existants dans les domaines du stockage, du traitement des images et des vidéos, de l’intelligence artificielle, WizyVision est en capacité de rentrer très vite dans un grand nombre d’entreprises et d’avoir un plus grand nombre d’utilisateurs de ses solutions que les grands acteurs existants, limités au seul créneau des départements marketing et communication.

 

Phrase 7. Some disruptive innovations succeed; some don’t. (Quelques innovations de rupture réussissent, d’autres pas.)

AdS DPC failure success S 133104203Créer une entreprise est toujours difficile et parsemé d’incertitudes ! Suivre à la lettre les enseignements de Clayton Christensen et avoir tous les attributs d’une innovation de rupture n’est pas une garantie de succès ! Il faudra attendre quelques années pour savoir si WizyVision réussit à s’imposer en répondant à des attentes qui n’étaient pas couvertes par les solutions existantes.

Rendez-vous est pris en 2022 !

 

Synthèse

AdS DPC Leadership S 170209190Clayton Christensen fait partie de ces très rares personnes qui auront profondément influencé des milliers de dirigeants. Il leur a permis :

● “Disrupteurs”, de faire tomber plus rapidement les acteurs dominants.

● “Disruptés”, de mieux comprendre les risques et s’adapter pour résister aux nouveaux entrants.

Ces combats entre “disrupteurs” et “disruptés” vont s’intensifier dans les années qui viennent. Les dirigeants qui ne l’ont pas encore fait doivent impérativement lire les principaux ouvrages de Clayton Christensen et, surtout, en appliquer les principes dans leurs différents métiers.

Le monde a perdu, cette semaine, un très grand monsieur.

 


Numérique, technologies, au service de la planète ?

 

Cover book More for LessEt si la croissance du numérique et de toutes les technologies innovantes était bonne pour la planète ?

En cette période de COP25, se poser la question a du sens.

Je viens de terminer la lecture de “More From Less”, de Andrew McAfee, économiste et chercheur au MIT de Boston, publié il y a quelques semaines.

Dans une période où le pessimisme l’emporte, en particulier sur l’avenir de notre planète, il est réconfortant de lire un ouvrage qui propose une vision optimiste, positive de ce qu’il est possible de faire, rapidement.

Comme le dit un commentaire de Christine Lagarde sur la couverture, son contenu est vraiment contre-intuitif”. J’ai moi aussi eu souvent des réactions de surprise ou de rejet devant certaines des affirmations et démonstrations d’Andrew McAfee. 

Cet ouvrage n’est pas la seule source que j’ai utilisée pour écrire ce billet, trois fois plus long que d’habitude, mais c’est lui qui m’a donné envie de l’écrire.

Je vous demande aussi d’avoir le “courage” de ne pas rejeter les idées que je présente avant de l'avoir lu dans son intégralité.

 

Un peu d’histoire économique : avant la révolution industrielle

More From Less” est un livre d’économiste, et l’on s’en rend compte rapidement : il y a de nombreuses références à des études scientifiques et beaucoup de graphiques qui illustrent des tendances à long terme.

Face aux défis posés par le réchauffement climatique, beaucoup pensent que la solution de tous les maux de la planète est dans le retour au passé, à l’époque qui a précédé la révolution industrielle, qui a commencé vers les années 1800.

Auriez-vous souhaité vivre avant l’année 1800 ? Moi, non !

En 1800, il y avait un milliard de personnes sur terre, dont l’espérance de vie moyenne était de... 40 années.

Comme le montre ce graphique, cette espérance de vie avait des hauts et des bas prononcés ; les graves crises sanitaires, telles que la peste, déclenchaient des baisses brutales de l’espérance de vie des humains. 

Sur la période 1000 - 1800, cette espérance de vie a été en moyenne de 28 années !

Espérance vie monde 1500 - 2015

Sur cette même période, 1000 - 1800, le revenu par personne avait augmenté de 50%, en… 800 ans, un taux de croissance exceptionnel !

 

La première révolution industrielle, à partir de l'année 1800

La première machine à vapeur de Watt et Boulton date de l’année 1776. C’est pour de nombreux historiens de l’économie “l’idée la plus puissante au monde”, et elle annonce la première révolution industrielle.

La croissance économique décolle rapidement à partir de l’année 1800. L’une des caractéristiques essentielles de cette première révolution industrielle, c’est le parallélisme entre cette croissance économique et la consommation de ressources matérielles extraites de la terre, comme le démontre Andrew McAfee dans son livre. 

J’en ai extrait deux graphiques qui illustrent ce parallélisme :

- Croissance économique des USA et la consommation d’acier, d’aluminium et d’engrais, entre les années 1900 et 1970.

PRI - US GDP & Ressources :: 1900 - 1970

- Croissance économique des USA et la consommation d’énergie, entre les années 1800 et 1970.

PRI - US GDP & Energy :: 1800 - 1970

Il n’a pas fallu très longtemps pour que des économistes s’inquiètent de cette forte croissance ; ce pessimisme se retrouve dans deux ouvrages cités par Andrew McAfee.

- William Jevons publie en 1865 “la question du charbon”. Il prédit qu’au rythme actuel de croissance de sa consommation, tout le charbon disponible aura disparu en moins de 100 ans.

  - Alfred Marshall publie “Principes de l’économie” en 1890. Ce livre de 800 pages, un grand texte à la base de l’économie moderne, annonce que “we want more”, que l’humanité en demande toujours plus et que les ressources de la terre ne sont pas infinies.

L’année 1970 marque un tournant majeur dans cette prise de conscience des impacts négatifs d’une croissance parallèle de l’économie et des ressources consommées.

Earth Day 22 April 1970  New York TimesLe 22 avril 1970, le premier “Earth Day”, jour de la terre, est organisé aux USA. Plus de 20 millions de personnes défilent dans les rues. Républicains et démocrates, pour une fois unis, y participent et les premières lois environnementales sont votées avant la fin de l’année 1970 :

  • Création de l’agence de protection de l’environnement, EPA.
  • Lois de protection des espèces en danger.
  • Lois sur air propre et eau propre : clean air, clean water.

Il y a un avant et un après “Earth Day”, qui est célébré tous les ans le 22 avril.

Andrew McAfee note dans son livre que l’humanité a toujours tendance à donner plus de valeur aux visions pessimistes face à celles qui sont optimistes. Nostradamus en est un bon exemple.

Ceci se vérifie dans les années qui suivent “Earth Day”. Cet article regroupe 18 prédictions de catastrophes qui, heureusement, ne se sont pas produites.

J’en ai extrait trois, à titre d’exemple :

  • Paul Ehrlich était l’un des plus pessimistes : il annonçait que, entre 1980 et 1989 (admirez la précision) 4 milliards de personnes, dont 65 millions d’Américains, allaient mourir de faim.
  • L’écologiste Kenneth Watt, l’organisateur de la Earth Day, prédisait que l’on allait vers un “âge de glace” avec une température qui baisserait de 4° d’ici à 1990 et de 11° en 2000 !
  • Un scientifique de l’académie des sciences, Harrison Brown, annonçait que les réserves d’or, d’argent, de plomb et de zinc auraient disparu en 1990, et celles de cuivre en 2000.

Cette année 1970 est aussi emblématique, car l’économie mondiale allait basculer dans la deuxième vague de la révolution industrielle, et personne ne s’en était rendu compte...

 

Révolution industrielle : l’après 1970, la dématérialisation de l’économie

C’est à mon avis l’apport principal de Andrew McAfee dans son livre, “More From Less”.

Il met clairement en évidence que, depuis 1970, il n’y a plus de parallélisme entre la croissance économique et l’usage des ressources finies de la terre.

Il a donné le nom de “dématérialisation” à ce phénomène majeur qui lui permet d’être raisonnablement optimiste sur l’avenir de la planète.

Il avait abordé le sujet dans son livre précédent, “Second Machine Age”, publié en 2015 et co-écrit avec Eric Brynjolfsson.

Un autre texte essentiel sur ce sujet a été publié en 2015 par Jesse Ausubel : “Le retour de la nature, comment la technologie libère l’environnement”. Quelques graphiques utilisés dans ce billet en sont extraits. 

C’est un document de quelques pages, dont la lecture est indispensable pour toute personne qui souhaite comprendre “rationnellement” les mutations positives et rapides de l’économie mondiale. Vous ne sortirez pas “indemne” de cette lecture !

Ces trois graphiques, choisis parmi plusieurs dizaines, illustrent ce découplage entre la croissance économique et la consommation de ressources physiques limitées, qui a commencé, je le rappelle, dès 1970, il y a 50 ans.

Découplage de la consommation d’énergie et de l’émission de CO2 aux USA (1800 à 2017).

US GDP & Energy 1800 - 2017

Décroissance des usages de matières premières aux USA (1900 à 2015)

Décroissance usages matières premières USA

Maïs aux USA : découplage entre surfaces plantées et production (1870 à 2015)

Rendements Mais USA

Un autre phénomène remarquable et positif c’est produit depuis 1970 : les conditions de vie de l’immense majorité de l’humanité se sont améliorées de manière exceptionnellement rapide.

En voici deux exemples : 

- Le nombre de personnes vivant en situation d’extrême pauvreté, avec moins de 1,25$ par jour, a fortement baissé depuis les années… 1970.

Population extreme powerty 1820 - 2015

- Nourriture, en Kcalories, disponible par personne, par continent. En 1970, l’Amérique du Sud, l’Asie et l’Afrique et la moyenne du Monde étaient sous le niveau de 2 500 Kcalories, correspondant aux besoins d’une personne qui travaille à temps plein. Depuis 2013, plus aucun continent n’est sous ce seuil.

Food in KCal : region 1970 - 2013

L’image de l’évolution du monde que me renvoient ces statistiques est… encourageante, alors que le discours dominant que j’entends tous les jours est anxiogène.

Qui croire ?

 

Deux visions du futur

Deux visions opposées du futur de la planète s’opposent aujourd’hui.

La première, pessimiste, alarmiste, considère que nous avons choisi le mauvais chemin, celui de la croissance, et qu’il est urgent de faire marche arrière.

Dans cette vision négative, les quatre cavaliers de l’apocalypse qui menacent le monde d’une mort rapide sont :

  • La croissance économique sans limites.
  • La mondialisation.
  • Les inégalités sociales.
  • La surpopulation.

4 cavaliers apocalypse

La deuxième, défendue avec brio par Andrew McAfee, considère que l’on est sur la bonne voie, que la dématérialisation de l’économie est une réalité en 2019 et que c’est au contraire… en accélérant que l’on pourra créer un monde où les futures générations pourront dire merci à leurs parents pour les actions qu’ils ont menées.

Il ne suffit pas d’avoir choisi la bonne direction, il faut continuer à agir avec force pour que les très nombreux problèmes qui restent à régler, et en priorité les évolutions du climat, trouvent des solutions pérennes.

Les “quatre chevaux de l’optimisme”, définis par Andrew McAfee comme moteurs de ces évolutions vers un monde meilleur sont :

  • Le capitalisme.
  • Le progrès technologique, et en priorité le numérique. (Technological progress)
  • Des gouvernements responsables. (Responsive Government)
  • La prise de conscience du public. (Public Awareness)

4 chevaux optimisme CTGP

Quelles sont les meilleures pistes, les plus grands dangers qui menacent cette dématérialisation de nos activités économiques ?


Accélérer la dématérialisation de l’économie

C’est le thème central du livre “More From Less” ; je vous en conseille fortement la lecture pour en comprendre dans le détail les modalités, que je vais résumer dans ce paragraphe.

Capitalisme

Liberté d’entreprendre, faire confiance au marché, encourager et rémunérer les entrepreneurs qui prennent des risques, investir pour réduire ses coûts, rechercher des profits… ce ne sont pas des démarches “honteuses”.

La situation est limpide : toutes les économies “riches” sont capitalistes en 2019.

Le contre-exemple parfait est celui du Venezuela. C’était, en 2001, le plus riche des pays d’Amérique du Sud avant qu'il ne bascule dans le socialisme pour devenir en moins de 20 ans un enfer pour ses citoyens. En 2018, 5 000 personnes par jour ont fui en Colombie. Le taux d’inflation de septembre 2019 n’était que de 39113 %, en “progrès” par rapport à celui d’août qui avait atteint 58561 %.

Deuxième exemple : l’Afrique subsaharienne  a un retard économique majeur par rapport au reste du monde ; c’est dans cette région que le nombre de régimes politiques ouverts et capitalistes est le plus faible.

A l’inverse, entre 1978 pour la Chine, et 1991 pour l’Inde, 40% de la population mondiale est devenue “plus capitaliste”, avec à la clef les extraordinaires résultats économiques obtenus par ces deux pays.

Le niveau de dématérialisation de l’économie, le niveau de santé varie fortement en fonction du niveau de développement économique des pays comme le montrent ces deux exemples :

- Les rendements agricoles, bœuf et lait, ont fait des progrès spectaculaires dans les pays riches, beaucoup moins dans les autres.

Animal yields by economical level of countries

Les taux de mortalité des mères et des enfants en bas âge ont baissé beaucoup plus vite dans les pays riches que dans les pays peu développés.

Maternal & child mortality:region 1990 - 2015

Les impacts de ces inégalités sur l’état de la planète ? Indira Gandhi l’a bien compris en disant lors de la première conférence de l’ONU sur l’environnement en 1972 que la pauvreté est le plus grand pollueur”. Les économies riches polluent beaucoup moins que les pauvres. C’est en créant plus de croissance, plus de richesse, avec plus d’innovation et de capitalisme que l’on peut améliorer la situation mondiale.

Innovations technologiques et numériques

Nous sommes devenus meilleurs dans ce que nous faisions ! La deuxième vague de la révolution industrielle, poussée en priorité par la croissance exponentielle de la puissance des outils numériques accélère ce découplement de la croissance économique et de l’extraction de ressources de la terre.

L’exemple le plus emblématique est celui du smartphone, apparu en 2007 : un smartphone de 200 g et quelques centaines d’euros remplace aujourd’hui :

  • De nombreux objets physiques :
    • Téléphone classique
    • Appareil de photo
    • Caméscope
    • Lecteur de cassettes audio ou de CD 
    • Lecteur de DVD
    • GPS
    • Réveil
    • Montre
    • Radio
    • Calculatrice

Smartphone remplace nombreux objets

Oui, un smartphone consomme des métaux nobles et rares et de l’énergie pour être fabriqué. Oui, il consomme aussi de l’énergie pendant ses usages. Dans les deux cas, c’est beaucoup moins que ce que consommaient l’ensemble des outils qu’il remplace. 

Merci, le smartphone ! Grâce à vous, la planète se porte mieux !

  • De nombreux supports “physiques” d’information :
    • Cartes routières imprimées
    • Album de photos
    • Encyclopédies et dictionnaires
    • Guides de voyages, de restaurants, d’hôtels...
    • Agenda papier, à renouveler tous les ans
    • Annuaire téléphonique de ses contacts
    • Collections de disques vinyle, de CD et de DVD
    • ...

Smartphone remplace nombreux contenus

Quel est le coût pour la planète d’un DVD que l’on achète pour visionner un film, que l’on garde et que l’on ne “re-garde” jamais plus ? Les dizaines de kilos de papier de l’Encyclopedia Universalis que personne ne consultera plus jamais, car les informations qu’elle contient sont obsolètes ont représenté beaucoup de bois et d’énergie pour être fabriqués.

Il existe de nombreuses démarches d’innovations techniques possibles pour accélérer cette dématérialisation de l’économie. Les quatre principales sont bien identifiées :

  • Réduire les usages : les premières boîtes de Coca-Cola en aluminium pesaient 85 g en 1996 ; elles pèsent 12,85 g en 2011. Cela représente une diminution du poids de 85 %.
  • Remplacer : un kilogramme d’Uranium 235 dans une centrale nucléaire procure autant d’énergie que 2 à 3 millions de tonnes de charbon. C’est aussi une ressource non renouvelable, oui, mais de plus en plus recyclable, et elle n’émet aucun gaz à effet de serre.
  • Optimiser : le taux de remplissage des avions est passé de 56 % en 1971 à 81% en 2018 avec le développement des programmes informatiques de “Yield Management” qui optimisent ce taux de remplissage en faisant varier les prix de vente. Une augmentation de 44 % de l’efficacité du transport aérien mondial, c’est tout sauf marginal. Ils sont hélas encore nombreux ceux qui regrettent la “bonne vieille époque” où le prix d’un billet de train ou d’avion était stable et prévisible...
  • Supprimer : les énergies hydrauliques, éoliennes et solaires ne consomment aucune ressource terrestre périssable pendant leur fonctionnement. Elles consomment des ressources pour leur fabrication, oui, mais comme toutes les sources d’énergie, telles que les turbines à gaz ou les moteurs diesels. Le numérique est un très bon élève dans ce domaine. Comme le montre ce graphique, les entreprises GAFAM, si souvent décriées, sont les plus vertueuses du monde dans leurs usages d’énergies renouvelables. Elles représentent 5 des 6 meilleurs au monde ; Google est maintenant à 100 %. Merci aux GAFAM, de la part de la planète reconnaissante…

Best users energy Google

 

Gouvernements responsables

Le capitalisme, l’innovation sans aucun contrôle peuvent engendrer des catastrophes et la majorité des économistes responsables disent que les gouvernements ont des rôles clefs à jouer pour fixer des règles fortes qui protègent les personnes et la planète.

Ce sont les gouvernements qui doivent prendre en compte les “externalités négatives”, aussi appelées les “spillovers”. Une entreprise qui pollue l’air ambiant ou la rivière où elle déverse ses déchets chimiques sans pénalités ne fera probablement pas beaucoup d’efforts pour réduire ses nuisances.

Tout n’est pas noir dans ce domaine, et plusieurs succès majeurs ont déjà été obtenus.

La suppression des émissions de CFC, pour protéger la couche d’ozone, en est un bon exemple. Le protocole de Montréal signé en 1987 prévoyait au départ une réduction de 50% des émissions ; il a été étendu rapidement à 100%. Les entreprises qui utilisaient ces gaz pour leurs produits tels que les aérosols ont rapidement trouvé des substituts et ont, en même temps, réduit leurs prix de revient !

CFC reduction

Autre succès majeur : les émissions de polluants par les voitures, y compris les SUV et les Pick-up, ont été réduites de 99% aux USA entre 1970 et 2019, avec des moteurs qui en plus sont 42% plus légers. Et c’est aux USA ! L’Europe a fait beaucoup mieux.

Il reste beaucoup de problèmes majeurs pour lesquels il n’existe pas, aujourd’hui, de solutions satisfaisantes.

Andrew McAfee a clairement identifié le domaine où le rôle des états est primordial : gérer la “tragédie” des ressources communes, accessible par tous, n’appartenant à personne, comme les océans et les problèmes de sur-pêche. Dans ce domaine aussi, nous avons fait des progrès, insuffisants, mais réels.

Le rejet des plastiques dans les mers est l’un de ces sujets à régler de toute urgence ; on estime ce volume à 8 millions de tonnes par an. Ce chiffre fait peur, et c’est bien sur l’objectif.

Et si, sur ce défi précis, l’on regardait avec un peu de pragmatisme et de rationalité la réalité.

Pour résoudre ce problème, un jeune hollandais de 18 ans, Boyan Slat, a créé en 2013 la société OceanCleanUp. Son histoire est passionnante, inspirante et confirme qu’il faut faire confiance à la jeunesse, à l’entreprise et la technologie pour s’attaquer aux grands problèmes du monde.

Sa première idée était de récupérer les plastiques déjà dans l’océan et il a construit des bateaux qui sont opérationnels pour cela.

Il s’est ensuite posé une excellente question : et si l’on prenait le problème à la base : que ce passerait-il si on pouvait intercepter ces plastiques dans les rivières avant qu’ils n’atteignent la mer ?

Des caméras posées sur les ponts des rivières, aidées par des logiciels d’intelligence artificielle, ont mesuré le volume de plastique charrié par les rivières du monde. Ces mesures, loi de Pareto oblige, ont montré que 1 000 rivières étaient responsables de 80 % des rejets de plastique dans la mer.

Un peu d’arithmétique simple, partant du chiffre de 8 millions de tonnes par an, montre que ces 1 000 rivières transportent chacune en moyenne 6 400 tonnes par an, soit 17 tonnes par jour.

La nouvelle version de leur bateau, baptisé “interceptor”, annoncé en fin 2019, est capable d’ingurgiter entre 50 et 100 tonnes de plastiques par jour. Il est alimenté à 100 % en énergie solaire et peut fonctionner 24h/24. Le premier bateau a été testé avec succès aux Pays-Bas, qui n’est pas le pays le plus ensoleillé du monde !

Bateau ramassage plastiques rivières

Regardez cette vidéo de 25 minutes,


c’est une excellente cure d’optimisme avant le début de la nouvelle année !

En prenant l’hypothèse basse de 50 tonnes, et sans tenir compte des progrès qui seront réalisés au cours des prochaines années, il suffirait de 1000 bateaux OceanCleanUp dans le monde pour que le flux de plastiques nouveaux dans la mer soit tari. Boyan Slat c’est fixé comme objectif de fabriquer ces 1 000 bateaux en 5 ans ! Bravo pour l’ambition.

Les trois premiers sont déjà opérationnels en Indonésie, Malaisie et Vietnam ; les deux prochains seront en République Dominicaine et à … Los Angeles.

Je ne connais pas le prix de vente d’une tonne de plastique aux entreprises qui les recyclent, mais chaque bateau peut récupérer jusqu’à 18 000 tonnes de plastiques par an. Je suis prêt à parier que cette opération sera économiquement rentable, sans avoir besoin de subventions des états.

J’ai choisi d’analyser pour vous en détail ce problème précis pour montrer que l’on peut, que l’on doit être optimiste.

J’aimerais bien que toutes les personnes qui se plaignent en permanence de la pollution des mers par les plastiques et qui en parlent dans les médias se fassent le relais de ce projet “OceanCleanUp” pour que tous les gouvernements des pays où sont ces 1 000 rivières commandent immédiatement leur “Interceptor”. Ce que je crains, c’est qu’ils ne le fassent pas en prétextant que “cela ne peut pas fonctionner” alors que leur véritable motivation est toute autre, hélas. Si cela fonctionne, mon métier de lanceur d’alerte disparaît !

Andrew McAfee confirme la tendance de l’humanité à donner plus de valeur aux visions pessimistes face à celles qui sont optimistes. Il cite dans son livre plusieurs économistes qui essaient d’aller contre ce biais négatif, mais avec beaucoup de difficultés : Simon, Rosling, Pinker, Roser….

 

Le défi le plus urgent : réchauffement climatique

LE problème le plus urgent, non réglé aujourd’hui est celui du climat. Il a été remarquablement résumé par le scientifique Kim Nicolas :

  • Ça se réchauffe.
  • C’est nous.
  • Nous en sommes sûrs.
  • C’est mauvais.
  • Nous pouvons trouver des solutions.

Nasa Climate

De premières solutions sont connues, telles qu’une taxe carbone mondiale. En faisant payer, cher, les pollueurs, qui sont pour l’essentiel des acteurs économiques “capitalistes”, on peut leur faire confiance pour trouver des moyens techniques et numériques innovants pour réduire leur facture. 

L’absence totale de résultats significatifs après la COP25 qui vient de se terminer à Madrid n’est pas un signal positif. 25 000 personnes se sont réunies pendant 2 semaines, sans trouver le moindre accord sérieux. En 2020, à l’inverse de ce qui c’était passé en 1970 après le “Jour de la terre” ou à Montréal en 1987 pour le CFC, il existe trop de gouvernements “irresponsables”, tels que les USA ou le Brésil, dont les dirigeants incompétents refusent les évidences scientifiques et croient, ou font semblant de croire que le réchauffement de la terre n’est pas lié aux activités humaines.

Un accord sur une taxe carbone n’a pas pu être signé ; c’était pourtant l’objectif prioritaire de cette COP25...

 

Défis pour les années 2020 - 2025

AdS DPC green HopeNous connaissons les quatre chevaux de l’optimisme qui peuvent, ou non, nous faire avancer rapidement vers un monde meilleur.

Où en sommes-nous, à la veille de l’année 2020 ?

Je sens profondément qu’il y a d’excellentes raisons de garder espoir

Je suis très optimiste sur la dimension technologique et numérique, raisonnablement optimiste sur la dimension capitalisme, prudent sur la dimension politique et très inquiet en ce qui concerne le grand public.

Technologie et numérique

Des milliers d’entreprises existantes, des milliers d’entrepreneurs travaillent tous les jours, dans le monde entier, pour imaginer des innovations technologiques de rupture qui apporteront des réponses aux nombreux défis qu’il faut affronter pour permettre à notre planète de rester un lieu de vie exceptionnel pour tous les humains.

Sur cette dimension “technologie”, je ne suis pas inquiet, au contraire. Nous aurons à notre disposition de plus en plus de solutions performantes pour continuer à dématérialiser notre économie.

Capitalisme

Le capitalisme moderne fonctionne bien, plutôt mieux qu’il y a des dizaines d’années. Le financement des startups en est un bon exemple : il est plus facile en 2020 de lancer des entreprises innovantes qu’il y a 20 ans.

Appuyer sur les accélérateurs de l’innovation technologique et numérique et de plus de capitalisme est la meilleure solution pour améliorer la situation de la planète, et non pas un ralentissement et un retour à monde ancien, perçu comme meilleur, alors que ce n’était absolument pas le cas.

Gouvernements responsables

Je n’ai pas envie de sombrer dans un pessimisme noir que l’absence totale de résultats de la COP25 pourrait déclencher. Les décisions du continent Europe de devenir “neutre carbone” en 2050 sont encourageants, même si la Pologne a refusé de s’engager. Des pays comme la Hongrie et la République tchèque ont obtenu que le nucléaire fasse partie des solutions envisageables ; il faut les remercier de cette position qui pourrait permettre à d’autres pays, comme la France, de “redécouvrir” les vertus des solutions nucléaires pour apporter rapidement des solutions fiables et sûres aux enjeux climatiques mondiaux.

Prise de conscience du public

Je suis beaucoup plus inquiet sur la dimension prise de conscience du public

La volonté des jeunes générations de s’attaquer au problème du réchauffement climatique me remplit d’espoir. En même temps, le suis consterné par leur trop forte sensibilité aux “fake news” et leur tendance à rechercher des solutions dans le passé plutôt que de se projeter dans un futur où l’innovation technologique est l’une des clefs du succès.

Les croyances qui ont bloqué et bloquent encore l’évolution raisonnable, raisonnée des innovations et d’une croissance “More From Less” sont de plus en plus nombreuses, fortes et inquiétantes. 

Quelques illustrations :

Terre plate créationistes

  • La terre est plate. Même s’ils sont ultra-minoritaires, il est quand même très “surprenant” de constater qu’il existe encore des personnes qui sont convaincues que la terre est plate, quand des millions d’images venant des satellites démontrent le contraire.
  • Le créationnisme, persuadé que le monde c’est créé comme l’indique la Bible. Ce mouvement est très présent aux USA comme le démontre, hélas, la création en 2016 du parc d’attractions Ark au Kentucky. Il présente aux visiteurs, heureusement moins nombreux que prévu, l’histoire de l’humanité en suivant à la lettre les enseignements de la Bible.
  • Les vaccins sont dangereux pour les enfants. Apprendre que la France fait partie des pays champions du monde des anti vaccins ne me rend pas très fier d’être français. Bravo, l’Europe ! Le nombre de cas de rougeole a doublé sur les six premiers mois de 2019 par rapport à 2018, avec déjà une centaine de morts qui auraient pu être évités. Et si l’on passait une loi permettant que les parents qui ne vaccinent pas leurs enfants puissent être jugés comme assassins de ces autres enfants morts par leur faute ?
  • L’énergie nucléaire est dangereuse. La France est l’un des pays d’Europe qui a le meilleur bilan carbone grâce au pari politique et économique audacieux du Général de Gaulle dans les années 1970 de promouvoir une énergie électrique avec une forte composante nucléaire. Rationnellement, c’est l’énergie la moins dangereuse du monde, mais essayer d’en convaincre des organismes comme Greenpeace, c’est tout sauf simple ! Que c’est difficile pour ces personnes, ces organismes qui ne prennent en compte que l’affectif de faire des choix cartésiens ! La fusion nucléaire, les nouvelles “petites” centrales sont des pistes d’amélioration exceptionnelles. Ne pas soutenir ces innovations, ne pas y investir, c’est rendre un très très mauvais service à la planète. 
  • Tous les OGM doivent être interdits. Le “golden rice” est un riz génétiquement modifié pour apporter des vitamines A aux personnes qui en manquent. L’UNICEF estime que 670 000 personnes meurent et 500 000 enfants deviennent aveugles chaque année à cause de cette carence. Les progrès sont tels que le "golden rice" version 2 est disponible depuis 2005 et produit 23 fois plus de vitamine A que la version 1. 107 prix Nobel sont pour, la Fondation Bill et Melinda Gates soutient le projet, mais Greenpeace est contre, car… cela ouvrirait la porte à d’autres OGM ! Ils font croire que les “grands méchants” industriels vont utiliser le "golden rice" comme un cheval de Troie pour inonder ensuite la planète d’autres OGM. Avoir ces millions de morts sur la conscience, cela ne les empêche pas de dormir ? Ces raisonnements “extrémistes” sont mortellement dangereux. Oui, il est réaliste de penser que certains OGM vont créer des crises alimentaires, oui, mais d’autres, beaucoup d’autres vont sauver des millions de vie. Cette culture assassine du risque zéro est l’une des plus grandes menaces pour l’humanité.

Anti Vaccins & nucléaire

Comment éviter que ces croyances dangereuses, superstitions colportées par des inconscients qui ignorent la rationalité et la science ne bloquent des solutions qui peuvent rapidement sauver notre planète ?

Il faudra beaucoup de courage aux gouvernants de tous les pays du monde pour s’engager dans ces combats.

 

Synthèse

DTN - Pari de Pascal - Avenir climatMerci à tous ceux qui auront fait l’effort de lire jusqu’à la fin ce long billet. A l’aube de l’année 2020, il pose beaucoup de questions essentielles sur l’avenir de l’humanité.

Je vous propose un nouveau “Pari de Pascal” pour la planète :

- Hypothèse “Dieu Existe” = la dématérialisation existe. L’accélération du mouvement industriel de dématérialisation de l’économie permet de préparer un avenir positif, le dérèglement climatique restant une priorité absolue.

- Hypothèse “Dieu n’existe pas” : il faut appuyer sur le frein, ralentir la croissance, la mondialisation, l’innovation technologique et numérique, freiner la croissance démographique pour espérer revenir à un monde meilleur, dans lequel nous étions auparavant.

Je vous souhaite à tous une excellente année 2020, en exprimant le souhait que cette nouvelle année se termine avec un maximum d’avancées positives, rendues possibles par de belles innovations numériques et technologiques de rupture, que ni vous ni moi ne connaissons encore.

Mises à jour permanentes : je vais ajouter périodiquement des informations qui peuvent enrichir le débat sur ce sujet essentiel.

18 décembre 2019. De manière volontaire, toute la profession du transport maritime mondial vient de décider d'établir une taxe de 2$ par tonne sur le combustible très polluant utilisé par les navires qui font du transport international. Le "Capitalisme" va investir sur 10 ans 5 milliards de dollars avec pour objectif de devenir neutre carbone en 2050. Ils n'ont pas attendu des subventions des états, bravo.

18 décembre 2019. Une remarquable liste de 99 événements positifs pour la planète qui se sont déroulés en 2019 dans tous les domaines abordés dans ce billet : climat, santé, standard de vie, numérique, énergie...


Outils numériques modernes pour tous, priorité pour l’enseignement public

 

AdS DPC old school desk S 112203335Réussir la Transformation Numérique du monde de l’éducation est une des clefs de la réussite à long terme d’un pays, de tous les pays. En France, l’essentiel de l’effort éducatif, depuis le primaire jusqu’aux universités, est pris en charge par le secteur public, sous la responsabilité du Ministère de l’Education Nationale (MEN).

Le MEN est le plus grand employeur français, avec environ un million de salariés.

Peut-on améliorer rapidement, à faible coût, les “services numériques” proposés par le MEN à ses “clients”, des millions d’élèves et d’étudiants ?

Réponse : oui !

Comment ? C’est le thème de ce billet. Je mets en priorité l’accent sur les outils universels, utilisables par tous, élèves comme enseignants, en clair les outils bureautiques.

Remarque : les contenus des enseignements, les programmes pédagogiques ne sont pas abordés dans ce billet, strictement centré sur la dimension Transformation Numérique ; c’est à elle seule un chantier majeur.

 

Enseignement public en France : quelques chiffres

MEN chiffres clefsLe MEN a publié un document donnant les chiffres clefs de l’enseignement en France pour l’année 2018 :

  • 13 millions d’élèves en primaire et secondaire.
  • Part du secteur public : 80 %.
  • Coût annuel par élève : 6300€ en primaire et 9 700 € dans le secondaire, pris en charge par la communauté nationale, pas par les parents.

Coût étudiant en France 2016Ces chiffres n’incluent pas les universités et les enseignements supérieurs :

  • 2,7 millions d’étudiants.
  • 75 % des bacheliers démarrent des études supérieures.
  • Coût annuel par étudiant :     11 500 €.

La Transformation Numérique de l’éducation publique en France, c’est un beau défi, qui concerne :

  • 13 millions d’élèves et étudiants : 80 % du total de 16 millions.
  • 1 million de collaborateurs du MEN, enseignants (50 % du total) et administratifs (50 %).

 

Outils numériques universels actuels : une catastrophe

Dans l’immense majorité des établissements scolaires et universitaires qui dépendent du MEN, les outils numériques universels utilisés, quand il y en a, sont des vestiges du XXe siècle.

Office = MaE XXIe sièclePostes de travail : Office de Microsoft est dominant. Petit rappel : Office est disponible depuis 1990, il y a 30 ans. C’est la machine à écrire du XXIe siècle et l’on ose former la jeunesse française avec cet outil archaïque !

Le secteur public français est tombé amoureux des logiciels Open Source, trop souvent appelés à tort “logiciels libres”. En bureautique, ils ont pour noms OpenOffice ou LibreOffice, produits encore plus nuls que Microsoft Office ! Ils en font moins tout en continuant à demander une installation des logiciels sur les postes de travail. Le fait qu’ils soient gratuits et qu’ils ne viennent pas du grand méchant américain Microsoft n’enlève rien à leur nullité et leur archaïsme.

Solutions messagerie et agenda : on retrouve dans les établissements du MEN les antiquités du XXe siècle, Lotus Notes, annoncé par IBM en 1990 et Exchange de Microsoft qui date de 1996.

BlueMind solutionJe dois ajouter à cette liste une autre catastrophe nationale, la volonté de créer une solution “logiciel libre”, nationale, supposée remplacer les produits américains : elle a pour nom BlueMind et annonce “fièrement” qu’elle est compatible… Outlook !

C’est bien sûr une solution à… installer dans les centres de calculs, à gérer, à faire vivre, à mettre à jour… Signe majeur de modernisme : on peut aussi l’utiliser en mode hébergé !

Tout responsable informatique qui persiste en 2019 à installer des outils bureautiques dans ses centres de calcul mérite une sanction exemplaire : licenciement immédiat pour faute professionnelle grave, sans indemnités. C’est un peu plus “délicat” à mettre en œuvre dans le MEN ; il faudra simplement lui demander de changer de métier.

 

Ma première tentative de rupture numérique, sans succès, en 2015

Conférence éducation nationale Besançon 10:2015J’avais été invité en octobre 2015 par le DSI du MEN de l’époque, Mathieu Jeandron, à présenter ma vision des potentiels numériques devant les DSI des Académies françaises, à Besançon ; il y avait environ 200 personnes dans la salle.

Je leur ai demandé combien ils avaient de “clients” : silence dans la salle ; des clients ? J’ai du préciser ma pensée en disant que c’étaient les élèves des lycées et collèges qu’ils reçoivent dans leurs établissements ! La réponse : nous n’avons pas de clients mais environ 13 millions d’élèves.

Ma proposition était très simple : en septembre 2016, pour un investissement informatique de zéro euro, ils pouvaient proposer à leurs 13 millions de clients une solution bureautique de qualité, G suite. Je ne peux pas dire que ma proposition ait suscité un enthousiasme exceptionnel dans la salle !

Omnigraffle Modèle LN 2018 Pendant les échanges, on m’avait interrogé sur ce que je pensais du projet SIRHEN de gestion des ressources humaines du MEN. Je ne le connaissais pas et me le suis fait présenter en 5 minutes : en chantier depuis près de 10 ans, SIRHEN n’était toujours pas opérationnel et gérait, mal, 5 000 personnes au lieu du million prévu. J’ai donné mon verdict : une seule réponse, l’abandonner, immédiatement.

Vous imaginez facilement le tollé général.

L’annonce de son abandon a été décidée, trois ans plus tard, en juillet 2018, par le nouveau ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer ; bravo pour avoir eu le courage de prendre cette décision.

 

Les clients du MEN : des natifs numériques

Après cette image noire de la situation actuelle, passons aux éléments positifs qui peuvent faciliter la Transformation Numérique de l’enseignement public.

Le premier : l’immense majorité des élèves du secondaire maîtrise les outils numériques de base, et cette maîtrise se répand très vite dans le primaire.

AdS DPC Teens with smartphones SS 133544495 copie

Ce sont des “natifs numériques”, des personnes qui n’imaginent plus sortir sans leur smartphone et pour qui la culture du partage est banalisée ; photos, images ou vidéos.

Et si l’on utilisait intelligemment ces compétences numériques existantes pour rendre les missions du MEN plus efficaces, au lieu de les rejeter comme c’est trop souvent le cas. Interdiction des portables à l’école… une bonne idée ?

Hottest chat apps Google docsUn exemple récent confirme l’extraordinaire capacité d’innovation des natifs numériques dans l’usage des outils : des jeunes utilisent Google Docs pour… chatter de manière non contrôlée par leurs parents ou enseignants. Une preuve de plus, si c’était nécessaire, de leur capacité à imaginer des usages non prévus par le fournisseur de la solution.

 

Quels outils numériques universels, pour préparer l’avenir

Deuxième bonne nouvelle : tous les outils numériques universels dont a besoin le MEN pour réussir sa Transformation Numérique et préparer la jeunesse française aux modes de travail qu’il sera indispensable de maîtriser demain sont disponibles, depuis longtemps.

Comme pour les entreprises, les outils universels sont, impérativement :

  • SaaS, Software as a Service.
  • Collaboratif natif.
  • Accessibles depuis un navigateur, sur tout objet d’accès.

Ce sera une grande surprise pour les lecteurs de mon blog : l’outil universel que doit déployer en priorité le MEN, dans 100 % des établissements est… G Suite for Education de Google.

Gsuite pour éducationC’est, pour l’essentiel, la même version que G suite entreprise, mais avec une différence sympathique : gratuité totale, pour les élèves, les enseignants et les administratifs.

Pas besoin d’un tableur très puissant pour calculer le coût de cette solution pour les 14 millions de personnes à équiper : 14 M x 0 = 0 €.

J’entends déjà les réactions horrifiées des partisans de Microsoft Office 365, disant que c’est aussi une solution gratuite pour l’éducation, ce qui est exact.

Alors, pourquoi éliminer Office 365 ? Pour une raison majeure, fondamentale : il serait scandaleux, ridicule et suicidaire de former la jeune génération à des outils et des modes de travail obsolètes, avec les outils Office Word, Excel et PauvrePoint.

Ne venez pas me dire que l’on pourrait utiliser Office 365 en mode Web : c’est théoriquement vrai, mais faux dans la pratique de 98 % des organisations qui ont déployé cette solution, comme je l’ai clairement expliqué dans un billet récent.

Facebook for educationJ’aurais aimé pouvoir proposer une autre solution intéressante et complémentaire, Workplace for education de Facebook, autre outil très bien maîtrisé par les natifs numériques.

Pourquoi je ne peux pas la recommander ? La principale raison est financière : cette solution est gratuite pour les enseignants et les administratifs, mais pas pour les élèves. C’est, à mon avis, une erreur grave de Facebook. Je pronostique que la gratuité pour les élèves sera annoncée rapidement ; le MEN pourra alors compléter G Suite par Workplace by Facebook, comme le font aujourd’hui beaucoup d’entreprises innovantes.

En complément de G Suite for Education, les établissements d’enseignement peuvent utiliser une application “métier”, spécialisée, Google Classroom. Elle facilite les échanges entre les enseignants et les élèves.

Google Classroom + Logo

C’est, une bonne illustration du modèle B I S que j’utilise depuis 5 ans :

  • G Suite : une application S, support, universelle.
  • Classroom : une application B, cœur métier, spécialisée pour l’éducation.

 

Quels objets d’accès pour accompagner la Transformation Numérique du MEN

Le MEN devra promulguer une règle impérative : tous les objets d’accès qui disposent d’un navigateur moderne doivent pouvoir accéder à 100 % des applications proposées par le MEN à tous les élèves, les enseignants et administratifs. PC Windows, Macintosh, smartphones et tablettes Android ou iOS, tous sont autorisés. Toute application qui demande une installation sur les postes de travail est… définitivement interdite.

Il manque dans cette liste un outil innovant, qui devrait représenter demain l’essentiel du parc des objets d’accès dans les écoles : le Chromebook.

J’ai publié plusieurs billets sur les Chromebooks, le dernier récemment.
Un rapide rappel pour ceux qui ne connaissent pas bien les Chromebooks :

  • Ce sont des PC portables qui fonctionnent sous ChromeOS, pas sous Windows.
  • Tous les grands fabricants de PC proposent des Chromebooks : Acer, Asus, HP, Dell, Lenovo… Plusieurs dizaines de modèles différents sont disponibles.
  • Les 3 millions d’applications Android disponibles sur Google Play peuvent s’exécuter sur un Chromebook, nativement.
  • La gamme de prix va de 200 € à 800 €.

Pour le monde de l’éducation, il convient de privilégier :

  • Des modèles économiques, à moins de 300 € ou 400 €.
  • Impératif : des écrans tactiles, pour utiliser efficacement les applications Android.
  • La robustesse et la protection, raisonnable, contre les liquides.

A titre d’exemple, ce modèle proposé par ACER représente un bon compromis, à coût raisonnable.

Acer chromebook édu 2

En faisant l’hypothèse d’une durée de vie utile de 3 ans, pour tenir compte des “mauvais traitements” qu’ils vont subir, les Chromebooks représentent un coût mensuel d’environ 8 €.

Rappel : rien n’interdira aux élèves, enseignants ou administratifs d’utiliser leurs outils personnels, s’ils en sont satisfaits. Par contre, les seuls objets d’accès qui seront fournis par le MEN seront des Chromebooks.

 

Des premières réussites dans le monde éducatif en France

Google Suite est arrivé en France début 2007, il y a 12 ans, sous le nom de Google Apps.

Des établissements d’enseignement innovants, en dehors de l’éducation nationale, ont vite compris les avantages de ces outils.

Essec Google Apps 2009En septembre 2009, l’ESSEC avait déployé Google Apps pour tous ses étudiants, après avoir pris la décision en mai 2009, projet mené avec l’aide de Revevol.

De nombreux organismes de formation français ont pris la même décision.

Un signal d’espoir ? Avant de devenir l’actuel ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer était directeur général de l’ESSEC où G Suite est installé depuis 10 ans. Il connaît bien la solution et cela peut faciliter une prise de décision dans ce sens par le MEN.

 

Principaux bénéfices

Commencer la Transformation Numérique du MEN en déployant des outils universels modernes pour les 14 millions de personnes concernées est une démarche à très forte valeur ajoutée et à risques faibles. Cette première liste d’avantages va à l’essentiel.

Préparer toute la jeunesse française aux usages numériques modernes. Ce doit être la priorité absolue du MEN, c’est sa mission première.

Succès immédiat auprès des élèves. Ces solutions viennent du grand public :

  • AdS DPC kids with cup S 226471182Apprentissages immédiats.
  • Déjà connues et maîtrisées par une grande partie des élèves.
  • Ergonomie remarquable.
  • Capacités suffisantes : une boîte courrier électronique de 30 Go par personne.
  • Performances et résilience techniques : 1 500 millions de personnes ont un compte Gmail. Ajouter 14 millions de personnes représente moins de 1% d’utilisateurs supplémentaires.

Investissements faibles pour le MEN :

  • Aucun investissement pour les infrastructures, pour les logiciels et leur maintenance.
  • Il faudra par contre investir sur l’accompagnement des… enseignants et des administratifs. Ils sont souvent “analogistes” et ont déjà pris de mauvaises habitudes avec Microsoft Office, qu’ils devront perdre. Un beau défi !

Tous gagnants

Cette démarche s’inscrit très bien dans la ligne des objectifs louables de l’état français de réduire la dépense publique en offrant, en même temps, de meilleurs services :

  • AdS DPC every one wins tous gagnants S 113255416Gagnant pour l’état qui réduit ses coûts.
  • Gagnant pour les clients “élèves” avec de meilleurs services qu’ils maîtrisent déjà.
  • Gagnant pour les enseignants, qui peuvent utiliser des outils performants et mieux collaborer avec les élèves.
  • Gagnant pour les parents qui peuvent partager plus de contenus avec les enseignants et les écoles.
  • Surtout, gagnant pour le pays qui prépare ainsi toutes les nouvelles générations qui vont rentrer dans la vie active à l’usage des outils numériques modernes dont ils auront besoin.

J’allais oublier :  il n’y a… aucune contre-indication sérieuse et rationnelle à cette démarche innovante et courageuse.

 

“Bonnes” raisons pour ne pas suivre mes recommandations

Dès la sortie de Google Apps, j’ai pris mon bâton de pèlerin, d’évangéliste et rencontré de nombreuses écoles et universités du secteur public, persuadé que, comme aux Etats-Unis, 60 % des établissements seraient équipés de G suite en moins de 5 ans.

Je suis allé de refus en refus, avec des résistances beaucoup plus fortes que dans les entreprises, où elles étaient déjà élevées.

Je ne vais pas reprendre dans cette liste les arguments traditionnels contre les clouds publics, mais ceux, plus spécifiques, que j’ai le plus entendu dans le monde de l’éducation nationale

Ce sont des arguments irrationnels, ringuards et ridicules tels que :

  • AdS DPC No ! S 177153945Ce sont des solutions qui viennent des grands méchants GAFAM américains.
  • La sécurité de l’état français est menacée par la lecture des boîtes mail des élèves et des enseignants.
  • L’indépendance nationale de la France est en jeu.
  • Ce n’est pas Open Source, alors que près de 100 % des infrastructures de Google ou Facebook sont construites avec des solutions Open Source.
  • Les petits acteurs locaux de services informatiques ne vont plus gagner leur vie en gérant, mal, les centres de calcul microscopiques et mal sécurisés des écoles et universités.
  • … Je vous laisse rajouter toutes les autres “bonnes raisons” pour ne pas le faire.

 

Synthèse

Cette première Transformation Numérique du MEN autour des outils universels au service de leurs “clients” externes ne va pas résoudre, par magie, les défis majeurs de l’enseignement en France, c’est une évidence. C’est une première étape importante et elle ne peut que faciliter les actions suivantes en créant un environnement numérique plus ouvert, plus collaboratif.

DPC sunset Dawn with tree S 83411331Oui, il est possible, rapidement, de mettre des outils numériques modernes, économiques et à forte valeur ajoutée entre les mains des 13 millions de jeunes qui apprennent dans des établissements gérés par le million de collaborateurs du Ministère de l’Education Nationale.

Oui, ce doit être une priorité absolue pour la France.

Oui, ce sera difficile et il faudra du… courage pour affronter les très fortes résistances que ce projet de Transformation Numérique fera naître.

Je lance un appel urgent à tous les responsables du Ministères de l'Education Nationale : faîtes le, faîtes le vite, pour l'avenir de nos enfants, pour l'avenir de vos enfants.

Oui, les bénéfices sont tellement supérieurs aux risques que je n’ose pas imaginer que cette initiative ne démarre pas… en 2019.

 


Urgence absolue pour Europe et France : Intelligence Artificielle, 5 ans pour ne pas devenir des nains mondiaux !

 

Happy new year 2019 copieJe souhaite à tous celles et ceux qui me feront l’honneur de lire ce billet une excellente année 2019, avec beaucoup de réussite dans vos actions de Transformation Numérique.

Je commence souvent l’année avec un billet sur un thème que je juge important ; c’est particulièrement vrai aujourd’hui.

Le thème que j’aborde, la très probable incapacité de l’Europe et de la France à prendre à bras le corps, et immédiatement, le défi numérique le plus important des cinq prochaines années, la mise en œuvre opérationnelle de solutions d’IA, Intelligence Artificielle, fait que je suis très inquiet, presque pessimiste. Pour ceux qui me connaissent et savent à quel point je suis d’un naturel optimiste, c’est un signal d’alerte majeur !

Ce billet est plus long que d’habitude, mais j’espère que vous ferez l’effort de le lire en entier.

Dans la suite de ce billet, je parlerai surtout de l’Europe tant il est évident que la France, seule, n’a aucun espoir de jouer un rôle, même minime, dans le combat planétaire qui se joue en ce moment.

J’ai écrit récemment une tribune sur LMI, Le Monde Informatique, qui abordait ce sujet. Ce billet reprend, en les approfondissant, des idées qui en sont proches.

 

L’Intelligence Artificielle, les fondamentaux

AdS DPC Brain Artificial intelligence S 119953437J’ai publié depuis plusieurs années des billets sur l’intelligence Artificielle ; les grands principes de l’IA ont été présentés ici et .

Petit rappel : les spécialistes identifient trois niveaux dans l’IA :

  • ANI : Artificial Narrow Intelligence : une IA capable de s’attaquer à des problèmes très spécifiques, tels que le jeu de Go ou la reconnaissance d’images pour identifier des visages ou des cellules cancéreuses.
  • AGI : Artificial General Intelligence : une IA qui aurait les mêmes performances qu’un être humain, capable de traiter des activités très diverses.
  • ASI : Artificial Super Intelligence : une IA qui aurait des performances supérieures aux femmes et hommes les plus intelligents du monde.

L’essentiel des avancées rapides dans l’IA se fait aujourd’hui au premier niveau, ANI : ce billet se concentre sur le thème de l’ANI.

 

Intelligence Artificielle : situation, début 2019

Cela fait plus de 40 ans que les meilleurs spécialistes, en majorité américains et européens, ont formalisé les démarches, modèles et méthodes qui servent de base à l’IA.

AdS DPC Machine Learning pixels S 171904907Depuis une dizaine d’années, avec l’arrivée des solutions de clouds publics, la puissance de calcul et les capacités de stockage de données nécessaires pour l’exploitation opérationnelle de ces modèles, et en particulier du “Machine Learning” (ML) sont disponibles.

AWS, Google et Microsoft proposent des solutions logicielles “clé en main” qui permettent à des ingénieurs logiciels de bon niveau d’utiliser directement des outils de ML, sans avoir besoin d’être titulaire d’un doctorat en IA. Tensorflow et Caffe en sont deux exemples.

Une autre évolution majeure a lieu dans les processeurs ; des fournisseurs traditionnels comme NVidia et de nouveaux entrants tels que Google ou Facebook construisent des processeurs spécialisés et optimisés pour les applications d’IA et de ML.

La “nouvelle loi de Moore” sur l’augmentation de la puissance des processeurs s’applique maintenant aux processeurs dédiés à l’IA. Ce graphique montre un accroissement de 300 000 de la puissance de calcul entre 2012 et 2019 !

Augmentation puissance calcul processeurs IA

Les années 2007 - 2017 ont vu les solutions de clouds publics prendre le pouvoir, pour les infrastructures IaaS, les usages SaaS et les développements PaaS. Ces plateformes sont aussi devenues un préalable à tout usage d’Intelligence Artificielle.

En 2019, les entreprises qui ont raté le virage du cloud public, et elles représentent encore la grande majorité, seront dans l’incapacité totale de profiter des potentiels de l’IA.

 

2019 - 2025 : l’Intelligence Artificielle au cœur de tous les usages numériques


AdS DPC AI on Smartphone S 81474947En 2025, l’IA sera devenue “invisible”. Infrastructures, données, applications… toutes les briques d’un Système d’Information consommeront nativement des composants d’IA.

C’est déjà le cas pour les entreprises innovantes, et avec des résultats spectaculaires.

Google en est un excellent exemple dans les infrastructures. Google gérait très bien, depuis longtemps, des dizaines de centres de calcul, avec des PUE (Power Usage Effectiveness) inférieurs à 1,2 ; le PUE mesure la consommation d’énergie qui n’est pas utilisée pour les composants actifs d’un centre de calcul, serveurs et stockage. Le PUE parfait est de 1, quand 100 % de l’énergie est consacrée aux éléments actifs.

Google Self driving Data CenterGoogle a demandé à DeepMind, leur filiale Machine Learning, d’améliorer son PUE, si c’était encore possible. Les résultats obtenus sont impressionnants : en moins d’un an, la consommation d’énergie pour le refroidissement a été réduite de 30 %, et ils pensent arriver à 40 %. L’une des raisons de ce succès : les conditions climatiques sont différentes pour chaque centre de calcul et l’outil de ML est capable de prendre en compte les spécificités météo de chaque site.

Dans le domaine des usages, des progrès spectaculaires ont déjà été réalisés en médecine, dans la conduite de nos voitures, dans la reconnaissance des images et des vidéos. Tous les éditeurs de solutions SaaS ajoutent des composants d’IA dans leurs produits ; en toute modestie, Salesforce a nommé Einstein son outil d’IA !

Cette banalisation de l’IA dans tous nos usages, personnels et professionnels, sera l’innovation qui aura le plus d’impacts sur nos vies quotidiennes et nos activités. En 2025, on ne se posera plus la question de la valeur de l’IA, elle sera omniprésente et, je le rappelle, invisible.

 

2019 - 2025 : les clés de la réussite en Intelligence Artificielle se trouvent… en Chine

En 2025, la Chine sera devenue la première puissance mondiale dans les solutions et usages de l’Intelligence Artificielle.

IA - USA CHINA EUROPE 2018La première vague d’innovation en IA, entre 2010 et 2017, était portée par la mise au point des modèles et de fortes compétences en recherche et en cloud public. Les Etats-Unis, avec leurs universités et leurs entreprises de l’Internet, avaient un avantage majeur et ont pris de l’avance, souvent aidés par des compétences venues d’Europe.

Fin 2018, les poids respectifs des Etats-Unis, de la Chine et de l’Europe en IA sont visualisés sur ce graphique.

AI superpowers Kai-Fu LeeNous rentrons, en 2019, dans la deuxième étape de l’IA : la mise en œuvre et le déploiement de solutions opérationnelles dans tous les métiers. La Chine dispose de quatre atouts majeurs pour prendre le leadership de cette deuxième vague de l’IA : les données, des milliers d’entrepreneurs, des ingénieurs compétents en grand nombre et le soutien actif du pouvoir politique. C’est ce qu’explique, très bien, Kai-Fu Lee dans son livre récent (voir à la fin de cette rubrique).

Les données : “La Chine est l’Arabie Saoudite des données”, cette phrase extraite du livre de Kai-Fu Lee, résume très bien la situation. Baidu, Alibaba et Tencent disposent de plus de données que les Etats-Unis et l’Europe réunis. Les modèles de Machine Learning ont besoin de beaucoup de données, et ils les ont en Chine. C’est particulièrement vrai avec les deux leaders du paiement par mobile, AliPay et Tencent. Les Chinois font 50 fois plus de paiements par mobiles que les Américains ; ceci permet à Alibaba et Tencent de tout savoir sur les habitudes de centaines de millions de Chinois, dans leurs activités Internet et dans le monde physique.

Investments in IA startups - China  USA  Des entrepreneurs “gladiateurs” : les entrepreneurs chinois de l’Internet et de l’IA ont une mentalité de combattants “à la vie à la mort” que l’on ne rencontre ni en Europe ni aux Etats-Unis. Ils recherchent un domaine précis d’action pour gagner beaucoup d’argent, sans hésiter à copier et attaquer leurs concurrents, comme l’a fait Tencent dans le paiement par mobile pour contrer AliPay d’Alibaba. En 2017, 46% des investissements dans des startups de l’IA ont été réalisés en Chine, et “seulement” 44% aux Etats-Unis, ce qui laisse quelques miettes pour le reste du monde..

Des ingénieurs en IA, compétents, en grand nombre : dans la phase deux de l’IA, on a moins besoin de “chercheurs d’élite” et plus d’un très grand nombre d’ingénieurs de haut niveau capables de mettre en pratique les meilleures solutions logicielles en IA. Les universités chinoises en produisent des dizaines de milliers tous les ans.

XI Jin ping on AI ImportanceUn soutien politique fort : Xi JinPing, le président de la Chine, et tous les pouvoirs régionaux soutiennent massivement les investissements dans l’IA. Plusieurs centaines de “Silicon Valley de l’IA” ont été ouvertes en Chine ; beaucoup seront des échecs, mais des dizaines vont réussir et créer des pôles de compétences très compétitifs.

Dans les cinq années qui viennent, ce ne sont pas les technologies de l’IA qui vont faire la différence, ce sont leurs usages généralisés dans tous les métiers : banques, industries, assurances, automobile, santé, gouvernement, éducation, défense...

La Chine se crée, localement, des avantages concurrentiels majeurs. Ceci permet ensuite aux entrepreneurs chinois d’attaquer tous les autres marchés mondiaux en tirant profit de cette base locale. Oubliés, les avantages de la Chine liés à des ressources humaines nombreuses et peu coûteuses, c’est sur l’IA que ce pays va s’appuyer pour conquérir le reste du monde. Le président Trump ne l’a pas compris et continue à voir dans la Chine un danger avec ses supposés avantages concurrentiels anciens, dans la production à bas coût.

Alipay deal with UEFAUn exemple récent, parmi d’autres : AliPay vient de signer, pour 200 M$, un accord avec l’UEFA pour devenir leur partenaire financier pendant les 8 années qui viennent ; pour l’Europe, cela concerne en priorité l’Euro 2020 et l’Euro 2024. Quand on sait qu’AliPay a 700 millions de clients, plus que toute la population des Etats-Unis et de l’Europe réunis, les banques américaines et européennes, les sociétés comme Visa ou Mastercard doivent se préparer à une offensive majeure sur les paiements par mobiles. Sont-elles prêtes ? J’en doute.

 

Quel panorama pour l’Intelligence Artificielle, en 2025

La Chine sera loin devant, avec une croissance exponentielle des solutions, des données et des usages de l’IA dans toutes les activités économiques. Ce mouvement a déjà commencé et on se trouve devant une situation où les leaders mondiaux, chinois, seront bien placés pour ne laisser que des miettes aux acteurs des autres pays, Etats-Unis compris.

Ce duopole Etats-Unis et Chine dans les technologies numériques est déjà une réalité, depuis 2018. Ce tableau des 20 sociétés qui dominent internet est d’une clarté impressionnante :

  • En 2013, 13 étaient américaines, 3 chinoises et le reste du monde, 4.
  • En 2018, 12 étaient américaines, 8 chinoises. Reste du monde = 0.

World Largesty 20 tech giants 2013 - 2018

Les Etats-Unis seront en deuxième position, et perdront rapidement du terrain. Le “laissez-faire politique”, la non-compétence et le non-intérêt de Donald Trump pour ces sujets, l’éparpillement des données entre de trop nombreux acteurs (Google, Facebook, Apple, les banques…) ne permettront pas à ce pays de rester en tête de la course.

IA - USA CHINA EUROPE 2025 - scenario Europe aloneL’Europe et le reste du monde : si rien ne change, et très vite, les pays européens  en seront réduits à déployer des solutions et des usages métiers d’Intelligence Artificielle venant de Chine et, dans une moindre mesure, des Etats-Unis.
Dans un scénario où l’Europe continue son “petit bonhomme de chemin” en IA sans réagir rapidement, la répartition du pouvoir IA dans le monde sera celle que visualise ce graphique.

En me transformant en “historien”, j’ai identifié trois âges de “colonisation” ; cette simplification m’expose à de fortes critiques, mais je suis prêt à les affronter !

Le monde aura connu trois époques “coloniales” :

  • 200 ans de colonisation industrielle : l’Europe domine le reste du monde.
  • 20 ans de colonisation Internet et cloud : les Etats-Unis domine le reste du monde.
  • 5 ans de colonisation Intelligence Artificielle : la Chine domine le reste du monde.

On se retrouve, encore une fois devant une accélération exponentielle de l’évolution du monde.

Cette troisième époque coloniale démarre en 2019 ; peut-on encore l’éviter ?

 

Intelligence Artificielle : quelles options pour l’Europe et la France

L’Europe n’a aucune chance de survie dans un monde ou l’IA sera omniprésente si chaque pays y va séparément. En 2019, l’Europe a définitivement perdu la bataille du cloud public, ce n’est pas le moment de recommencer dans l’IA !

Je propose trois axes d’actions prioritaires :

1 - Une mobilisation immédiate, avec des actions fortes en 2019. Nous n’avons plus le temps de lancer de sympathiques études sur le sujet comme l’a fait la France avec le rapport préparé par Cédric Villani, devenu depuis… candidat à la mairie de Paris !

2 - Libérer les données en Europe : l’Europe a inventé la meilleure arme pour faire échouer l’intelligence Artificielle avec le... RGPD. Cette babélisation des données, cette incapacité à les utiliser pour des applications innovantes “non prévues” prive l’Europe de la principale ressource nécessaire au succès de l’IA, des données partagées par tout le monde.

3 - S’allier immédiatement avec les géants américains du cloud et de l’IA, AWS, Google et Microsoft, pour essayer de construire, ensemble, un front commun et retarder le plus possible l’hégémonie de la Chine en IA.

Nous en sommes très très loin, hélas !!! L’Europe continue à mener des combats d’arrière-garde, qui vont lui faire perdre la seule guerre numérique qui compte aujourd’hui, celle de l’Intelligence Artificielle.

Je suis très inquiet quand je vois nos grands esprits se réjouir quand on fait des procès à Facebook ou autres pour manquement à leurs obligations sur le RGPD.

Je suis très inquiet quand je constate encore un refus d’accepter le leadership des Etats-Unis dans le cloud. Continuons comme cela pendant 5 ans et… nous aurons définitivement perdu la guerre mondiale de l’IA !

The trouble is you think you have time

Je suis très inquiet, car la remarquable lenteur qui caractérise les décisions prises au niveau européen n’est pas compatible avec la vitesse à laquelle cette “colonisation IA” chinoise avance.

IA - USA CHINA EUROPE 2025 - scenario USA +EuropeReprenant mon naturel optimiste, le schéma qui suit pourrait visualiser la situation, fin 2025, si l’Europe et les Etats-Unis unissaient rapidement leurs forces en IA ?

Quelle est la probabilité que ce scénario optimiste se réalise ? 20% ? 10% ? 5%? 1% ? Je vous laisse choisir votre réponse...

Et si en Europe ce combat pour l’IA était plus urgent que celui contre le réchauffement climatique ?

Vous n’êtes pas convaincu des gigantesques défis que l'IA représente pour l'Europe ?

Lisez le remarquable livre de Kai-Fu Lee, “AI Super Powers”.

L’auteur a une double culture, américaine et chinoise : il a travaillé aux Etats-Unis chez Apple et Microsoft, est devenu président de Google en Chine avant de créer Sinovation, société d’investissement dans de futurs géants de l’IA en Chine.

Ce livre devrait être la première lecture obligatoire, en janvier 2019, de tous les responsables politiques et économiques européens.

J’y ai trouvé beaucoup d’idées qui ont inspiré ce billet.


IBM s’offre Red Hat : quels futurs possibles ?

 

IBM-RedHat logosDans une annonce qui a surpris beaucoup de monde, IBM a annoncé le dimanche 28 octobre 2018 (les marchés financiers sont fermés le dimanche) son intention d’acheter Red Hat, société surtout connue pour sa version professionnelle de Linux, utilisée en majorité dans les entreprises.

La Présidente et CEO d’IBM, Ginni Rometty, dans son annonce officielle dit que “ ...IBM deviendra le premier fournisseur mondial de cloud hybride...”

Le cloud est clairement la motivation officielle annoncée pour cette opération financière.

Que faut-il en penser ? J’ai laissé passer quelques jours avant d’écrire ce texte, pour me laisser du temps pour la réflexion.

Les faits 

IBM prévoit de débourser 34 milliards de dollars pour Red Hat ; c’est beaucoup d’argent !

Les chiffres sont “intéressants” :

Red Hat Financials 2017

  • IBM offre 190 $ par action, une prime de 63% sur le cours de bourse la veille de l’annonce, 117 $.
  • Cette somme représente 12 fois le CA de Red Hat en 2017 (2,9 B$) et 10 fois celui prévu pour 2018.
  • Bénéfices de Red Hat en 2017 : 260 M$. Le prix d’achat correspond à 130 fois les bénéfices !
  • CA d’IBM en 2017 : 79 B$, en baisse de 1%.
  • Bénéfices d’IBM en 2017 : 5,8 B$, en baisse de 52%.
  • IBM perd 4% en bourse le lendemain de l’annonce : sa valeur boursière passe sous les 110 B$ (10 fois moins qu’Apple).

En résumé, IBM a décidé de consacrer l’équivalent de ⅓ de sa valeur boursière à l’achat de Red Hat : raisonnable ?

C'est aussi l'opération financière la plus importante dans le monde du logiciel, comme le montre ce graphique. C'était jusqu'à présent Microsoft qui était en tête avec le rachat de LinkedIn.

Largest software acquisitions

 

IBM, aujourd’hui 

IBM est la seule société du secteur de l’informatique à avoir fêté son centenaire, en 2011 ; c’est exceptionnel, et bravo.

IBM est aussi, hélas, une société dont le chiffre d’affaires est en baisse constante depuis… 2011, l’année du centenaire.

Revenus IBM monde 1999 - 2017

En 2017, son CA de 79 B$ était inférieur à celui de 1999, et ne représentait plus que 74% du CA de 2011.

IBM continue à générer des bénéfices importants porté par ses activités historiques autour des Mainframe et des serveurs iSeries.

IBM arrive aussi, difficilement, à ralentir la baisse du cours de son action par des distributions de gros dividendes et des rachats massifs de ses propres actions.

Malgré ses efforts et le rachat de Softlayer, IBM n’a pas réussi sa percée dans le cloud public. AWS, Google et Microsoft font la course en tête et IBM a en pratique abandonné tout espoir de percer sur ce marché. Ce graphique, sans pitié, le montre bien : les investissements (CAPEX) des géants du cloud s’envolent et pendant ce temps… IBM réduit ses investissements !

CAPEX IBM Google AWS  Microsoft

En 2018, les jeux sont faits : IBM, n’est pas, ne sera plus jamais un acteur crédible sur le marché du cloud public.

 

Red Hat, aujourd’hui

Red Hat est la plus importante société mondiale commercialisant des solutions Open Source. L’essentiel de ses revenus vient encore de Linux : RHEL (Red Hat Enterprise Linux) est la version de Linux qui est, de très loin, la plus utilisée par les entreprises dans leurs centres de calcul privés.

Les fournisseurs de clouds publics ont des taux de croissance supérieurs à 50 % par an, car les entreprises basculent de plus en plus vers ces solutions. Je reviens sur ce point dans le prochain paragraphe.

RedHat Openshift KubernetesLes nouveaux standards dans le cloud public, Open Source eux aussi, sont les containers, avec Docker comme leader et Kubernetes comme solution dominante de gestion des containers.

Les dirigeants de Red Hat l’ont bien compris et proposent maintenant leur solution Kubernetes sous le nom d’OpenShift.

Aujourd’hui, Red Hat a :

  • Un pied dans l’ancien monde du centre de calcul privé avec RHEL.
  • Un pied dans le nouveau monde container/Kubernetes avec OpenShift.

 

Les marchés du cloud, aujourd’hui et demain

Depuis, 2006, année de la création d’AWS, Amazon Web Services, le basculement vers des solutions IaaS, Infrastructures as a Service, dans les clouds publics est un mouvement irréversible, mais toutes les entreprises n’y vont pas à la même vitesse.

Je vais utiliser, une fois de plus, la courbe de Gauss de l’innovation.

Ce premier schéma montre la situation du marché mondial du cloud, fin 2018, début 2019.

Gauss innovation - Cloud 2019

Les innovateurs et les premiers adopteurs ont basculé dans une logique cloud public et deviennent progressivement des entreprises “DataCenterless”, sans centres de calculs privés.

Les entreprises de la majorité tardive et retardataires sont encore dans une culture cloud privé.

Les entreprises de la majorité initiale sont dans une démarche “hybride”, avec une partie de leurs applications en cloud public, mais sans avoir pris encore la décision d’y aller à 100%.

Dans son discours officiel, IBM annonce qu’il veut répondre, avec le rachat de Red Hat, à la demande “majoritaire” des entreprises pour des solutions clouds hybrides et privées. A court terme, IBM a raison, il y a encore une demande forte pour ces familles de solutions.

Problème : le basculement vers les clouds publics s’accélère !

Dans ce deuxième schéma, j’anticipe la situation du marché dans 3 ans, début 2022.

Gauss innovation - Cloud 2022

La répartition pourrait être la suivante :

  • Plus de la moitié du marché aura fait le choix d’une démarche cloud public : innovateurs, premiers adopteurs, majorité initiale et une grande partie (70 % ?) de la majorité tardive.
  • L’autre partie de la majorité tardive (30% ?) restera dans une logique hybride.
  • Il ne restera plus que les retardataires à croire encore aux mérites du cloud privé ; ce sont les mêmes qui ont encore des Mainframes et sont les clients… d’IBM !

Conséquence : le marché des solutions serveurs propriétaires d’IBM et de Red Hat avec RHEL va se réduire comme peau de chagrin. Ceci va accélérer la décroissance des ventes de ces deux entreprises.

Est-ce que la fusion des solutions et des compétences d’IBM et de Red Hat peut enrayer ou ralentir cette inexorable descente aux enfers ?

C’est peu probable ; la vitesse de cette baisse d’activité dépend du mode de fonctionnement de ce tandem ; j’imagine trois scénarii possibles :

  • Cohabitation : chacun fonctionne indépendamment.
  • IBM prend le pouvoir.
  • Red Hat prend le pouvoir.

 

Scénario 1 : IBM et Red Hat cohabitent

AdS DPC cohabitation man woman S 39379477Pour éviter d’effrayer les clients actuels de Red Hat, IBM a annoncé qu’il ferait tout pour que Red Hat reste une solution neutre, “Suisse”.

Il y a très peu d’éléments communs entre les solutions d’IBM et celles de Red Hat ; j’ai du mal à trouver de possibles synergies entre les offres.

Les clients actuels d’IBM sont pour l’essentiel des grandes organisations “majorité tardive” ou “retardataires” : Red Hat est déjà très bien introduit dans ces entreprises et a probablement beaucoup plus de clients qu’IBM. Les possibilités de ventes croisées sont faibles dans le sens IBM vers Red Hat et nulles dans le sens Red Hat vers IBM.

Les actionnaires et dirigeants de Red Hat auront réalisé des gains financiers importants.

Les actionnaires d’IBM auront fait un mauvais investissement en sur-payant Red Hat, comme le montre déjà la baisse du cours d’IBM de près de 10 % dans les deux jours qui ont suivi l’annonce de l’achat de Red Hat.

Scénario 2 : IBM prend le pouvoir

IBM eat Red Hat fishLa patronne d’IBM, Ginni Rometty, 61 ans, a dépassé l’âge officiel de départ à la retraite des dirigeants de cette société, 60 ans, mais elle pourrait encore rester CEO pendant quelques années.

Dans ce scénario, les principaux dirigeants de Red Hat quittent la société et sont remplacés par des personnes venant d’IBM, avec pour conséquence le départ d’un grand nombre de collaborateurs de Red Hat.

Les résultats “spectaculaires” que l’on peut attendre d’une telle démarche ont été mis en évidence par le grand “succès” du rachat de Sun par Oracle. Les serveurs Sun et Solaris, leur version d’Unix, ont en pratique disparu du marché. De la même manière, les produits Open Source rachetés par Oracle, MySql pour les bases de données et Open Office pour la bureautique, ont été remplacés par MariaDB et Libre Office.

Il existe d’excellentes versions de Linux en alternative à RHEL, il existe d’excellentes solutions de gestion Kubernetes en alternative à OpenShift. Les clients actuels de Red Hat abandonneront rapidement ces solutions et IBM se retrouvera, dans 3 à 5 ans, avec une coquille vide, très cher payée.

 

Scénario 3 : Red Hat prend le pouvoir

Jim Whitehurst Red Hat  Ginni Rometti IBMEt si cette opération financière était le dernier coup d’éclat de Ginni Rometty avant de prendre sa retraite ?

Courant 2019, dès que l’opération de rachat est confirmée, Jim Whitehurst, le CEO de Red Hat, prend sa place et devient CEO de l’ensemble.

En poste chez Red Hat depuis plus de 10 ans, Jim en a fait la plus importante entreprise du monde de l’Open Source. A 51 ans, il est encore “jeune” et pourrait rester CEO d’IBM pendant une dizaine d’années.

Les défis organisationnels et humains de ce nouveau poste seraient gigantesques :

  • Dimension humaine : il y a 366 000 salariés chez IBM, 12 600 chez Red Hat, un ratio de 1 à 30. Transformer des IBMers en RedHaters : difficile de trouver plus difficile ! Il risque de rencontrer beaucoup de Red “Haters”, personnes qui refusent cette nouvelle culture.
  • Dimension culturelle : vendre des solutions en fin de vie à des clients “retardataires”, gérer une société de services de plus de 100 000 personnes, en concurrence avec des géants comme Accenture, Wipro ou CapGemini sont des métiers qu’il ne maîtrise pas et qui, à mon avis, ne l’intéressent pas du tout.

IBM a déjà survécu à crise profonde en embauchant en 1993 un CEO qui n’avait aucune expérience en informatique, Lou Gerstner, qui venait de l’alimentaire et du tabac, Nabisco.

Est-ce que Jim Whitehurst peut devenir le Lou Gerstner de 2019 ? C’est, des trois scénarii, celui qui a la plus faible probabilité d’échouer.

Synthèse : mon pronostic

AdS DPC Bad Choice S 51720876L’achat de Red Hat par IBM est une mauvaise décision, catastrophique, quel que soit le scénario qui s’impose.

Je le vois comme une fuite en avant qui s’appuie sur une vision passéiste du marché, sur l’illusion que les comportements actuels des entreprises “traditionnelles” vont perdurer.

 Remarque : les dirigeants de Red Hat et IBM sont des personnes intelligentes, avec beaucoup d’expérience ; ils n’ont pas pris cette décision à la légère et j’ose espérer qu’ils sont persuadés qu’elle est la meilleure pour leurs entreprises, et pas seulement pour leurs intérêts à court terme de dirigeants.

Je leur souhaite de tout cœur que les prochains mois, les prochaines années contredisent mes prévisions, pour le moins pessimistes...