Numérique et technologie, meilleures armes contre le réchauffement climatique?

 

AdS DPC thumb up positif S 183628565Et si le numérique et la technologie étaient les meilleures armes pour lutter contre le réchauffement climatique ?

C'est par ce thème essentiel que je termine ma série de quatre billets sur le numérique, ses dangers et ses potentiels.

Dans la première partie de cette analyse, j’ai présenté le danger numérique le plus immédiat, les cyberattaques sur les infrastructures physiques de transport. Début février 2022, des attaques sur des ports européens ont, hélas, confirmé mon pronostic.

Dans la deuxième partie, j’ai analysé quels pourraient être les impacts d’une guerre dans le détroit de Taiwan sur l’industrie des microprocesseurs.

Dans la troisième partie, j’ai abordé le thème des risques liés à la croissance exponentielle des potentiels des technologies numériques.

Cette quatrième partie analyse le grand défi mondial de la maîtrise du réchauffement climatique et des rôles, positifs, que peuvent y jouer le numérique et la technologie.

Il est impossible de parler du réchauffement climatique en se focalisant uniquement sur le numérique et la technologie.

J’ai organisé ce billet en quatre parties :

● Quels défis à l’horizon 2030.

● Quels acteurs pour lutter contre le réchauffement climatique.

● Un acteur clef : les organismes financiers.

● Un acteur clef : numérique et technologies.

J'ai écrit un texte très long, avec beaucoup de références, de graphiques et de liens, pour vous donner la possibilité d'étudier en profondeur ce sujet majeur, qui nous concerne tous. J'espère que ce gros effort vous sera utile et vous aidera dans vos réflexions sur ce thème.

N'hésitez pas à partager largement autour de vous ce billet, si vous pensez qu'il peut aider d'autres personnes à avoir une vision complète et positive des actions a mener pour sauver la planète avant 2030.

 

1 - Horizon 2030+ : réchauffement climatique hors de contrôle

Dans la lutte contre le réchauffement climatique, le numérique n’est pas l’alpha et l'oméga des réponses, loin de là.

Commençons par les mauvaises nouvelles : le World Economic Forum a publié en janvier 2022 son rapport sur les risques globaux pour 2022.

À la question : quelle est votre position sur l’avenir du monde, 16% seulement des répondants ont une vision positive ou optimiste.

XWEF - Outlook for the world

Je fais partie des personnes qui sont convaincues que le réchauffement climatique est un danger mortel pour la planète. Cette conviction s'est construite petit à petit, par l’étude de nombreux documents, une analyse scientifique et rationnelle des chiffres qui montrent les évolutions de ces dernières décennies.

Le club de ceux qui nient les impacts de l’homme sur le climat, des personnes qui croient que la terre est plate, des antivax, des chantres de la décroissance… je n’en fais pas partie.

J’ai écrit en 2021 deux billets sur les différents scénarios possibles pour affronter cette crise :

Quel avenir pour la planète : “More from Less” ou “Less is More”.

L’Europe, leader mondial dans les usages numériques au service de la planète.

Si une rupture forte dans les actions menées pour réduire le réchauffement climatique ne se produit pas rapidement, si les mesurettes actuelles sont maintenues, le monde sera dans une situation catastrophique en 2030.

Ce n’est pas pour cela qu’il faut céder au catastrophisme (Doomism en anglais), au contraire. Dans la suite de ce texte, j’analyse ce que différents “acteurs” peuvent faire pour rendre cette catastrophe évitable.

 

2 - Quels acteurs pour lutter contre le réchauffement climatique

J’ai identifié six familles d’acteurs qui peuvent avoir un rôle dans la lutte contre le réchauffement climatique :

● Les organisations internationales : ONU, COP…

● Les pays.

● Les entreprises.

● Les particuliers.

● Les organismes financiers.

● Les innovations technologiques et numériques.

Chacune de ces familles d’acteurs peut agir sur les deux dimensions :

● Offre : réduire l’offre d’énergies carbonées et d’émissions de gaz à effet de serre.

● Demande : réduire la demande en énergie, carbonée ou non.

XClimat - Potentiels Acteurs - Offre et demande + Numérique + org InternDans ce premier tableau, je vous présente mon évaluation personnelle des impacts positifs potentiels que chacun de ces six acteurs pourrait avoir sur l’offre et la demande d’énergies carbonées. Cinq étoiles correspondent au plus haut impact possible, une étoile au plus faible.

Je vais aller vite sur les quatre premiers acteurs.

Je traiterai plus à fond le cinquième, les organismes financiers ; c’est un domaine où des décisions rapides peuvent avoir des impacts positifs immédiats.

L’essentiel de ce billet sera consacré au sixième, numérique et technologies, qui est celui sur lequel j’ai une raisonnable compétence.

Organismes internationaux et états

La dernière COP, 26e du nom, a pris fin à la mi-novembre 2021, après 15 jours de négociations à Glasgow.

XCop 26 temperature pledgeLe rapport final dit, de manière “diplomatique”, que l’objectif de limiter à 1,5° le réchauffement climatique est toujours atteignable (Reach) mais il faudra pour cela en faire plus (further actions needed).

Traduit en langage “normal” : les décisions annoncées après la COP 26 ne permettent pas d’atteindre cet objectif.

Ces organismes internationaux pourraient avoir un impact majeur s’ils avaient le courage de prendre des décisions fortes et contraignantes. La réalité est, hélas, tout autre.

Peut-on faire confiance aux organismes internationaux et aux responsables politiques des grands pays du monde pour agir en profondeur, et très vite ?

La réponse actuelle est claire : non !

XDon't look up posterSorti sur Netflix en décembre 2021, nominé aux Oscars, le film “Don’t look up” est une remarquable illustration de cette capacité des politiques à regarder “ailleurs”, à chercher en permanence des excuses pour ne pas agir.

Pris individuellement, les états sont encore plus désarmés que les organismes internationaux pour prendre des décisions qui auront des impacts globaux sur le climat. Les états ont heureusement des capacités pour agir localement, qu’il ne faut pas négliger.

J’en prendrai un seul exemple, celui de la Norvège. La Norvège a pris dès 2016 la décision d’interdire la vente de véhicules thermiques à partir de 2025. Les Norvégiens ont vite compris qu’acheter un véhicule thermique était un très mauvais investissement et qu’ils ne pourraient pas le revendre. Comme le démontre ce graphique, les impacts ont été immédiats : les ventes de véhicules thermiques seront proches de zéro… dès 2022 !

C’est un bon exemple de l’impact de décisions sur l’anticipation des acteurs économiques. L’objectif fixé à 2025 sera atteint avec trois ans d’avance, en 2022.

XVentes voitures thermiques Norvège

XPlan Economie Française Shift projectEn France, le Shift Project vient de publier son “plan de transformation de l’économie française”. Je ne peux pas le commenter ; l’ouvrage était indisponible quand j’ai écrit ce texte. Je suis par contre inquiet quand je lis dans la préface, écrite par Jean-Marc Jancovici, les mots suivants : “Nous devons être capables de naviguer dans un monde sans nouveautés techniques décisives”. C’est une démarche inverse que je pousse dans ce texte.

 

Les entreprises

Il faut séparer les entreprises, acteurs de l’offre d’énergie carbonée et toutes les autres qui consomment de l’énergie, carbonée ou pas.

Entreprises, acteurs de l’offre d’énergie carbonée.

Peut-on leur faire confiance pour mettre fin à leurs activités sans pressions extérieures fortes ? La réponse est évidente : non.

XThe new climate war coverUn livre remarquable, “The New Climate War”, écrit par Michael Mann, démonte les démarches machiavéliques utilisées par les entreprises pour se défausser de leurs responsabilités sur… les particuliers.

Ces démarches sont très anciennes et touchent beaucoup d’industries. Les producteurs de tabac, de pesticides, d’amiante, de peinture au plomb ont été des précurseurs dans ce domaine.

Un autre exemple, moins connu, est révélateur de ces démarches de l’offre qui culpabilise l’usage. Il est possible d’ajouter à une cigarette des produits qui font qu’elle s'éteint toute seule si on la pose sur une table. Ceci permettrait d’éviter les morts par incendie qui se produisent trop souvent, mais représenterait un coût additionnel pour les producteurs. La réponse des fabricants de tabac a été simple : il faut empêcher les draps de s’enflammer quand un mégot allumé tombe dessus. Des milliards ont été dépensés pour ajouter des produits toxiques aux tissus domestiques et les rendre ininflammables quand il aurait suffi de prendre le problème à la source.

Dans son livre, Michael Mann estime qu’une centaine de très grandes entreprises mondiales sont responsables de 70% des émissions de gaz à effet de serre.

Je reviendrai sur ce sujet majeur quand j’aborderai le rôle des organismes financiers.

 

Les entreprises, consommatrices d’énergie

XSecteurs clefs émetteurs Greenhouse gas - Bill Gates copieToutes les entreprises consomment de l’énergie pour fonctionner, certaines plus que d’autres. Dans son analyse des secteurs les plus consommateurs d’énergie, Bill Gates place en tête l’industrie et en particulier les secteurs de l’acier et du ciment. L’industrie produit 31% des 51 milliards de tonnes de CO2 émises en un an, 15,81 milliards de tonnes.

Numérique et technologies sont des forces puissantes pour améliorer tous ces processus de fabrication et leur permettre de réduire leur consommation d’énergie à production constante.

 

Les particuliers

Est-ce que nous pouvons, individuellement, réduire notre consommation d’énergie et nos impacts négatifs sur le climat ? La réponse est oui.

Il faut par contre être attentif aux pièges posés par les entreprises productrices d’énergie carbonée, qui essaient par tous les moyens de nous culpabiliser, comme je l’ai expliqué plus haut.

XAdS DPC Waste reduce reuse S 277729989Les exemples sont innombrables :

● Il faut trier les déchets : et si l’industrie ne produisait pas de produits jetables?

● Il faut se déplacer moins : et si l’on produisait plus de voitures électriques?

● Nous sommes tous coupables, individuellement : merveilleuse méthode pour dédouaner les producteurs.

Vous êtes un mauvais citoyen pour la planète si vous n’êtes pas végan, si vous voyagez, si vous regardez Netflix… Faire reposer l’essentiel des efforts sur les actions individuelles est l’une des illusions les plus dangereuses de ce combat pour la planète.

 

3 - Acteur clef : les organismes financiers

Je partage l’opinion de Michael Mann sur ce sujet essentiel : agir sur la finance est probablement la méthode la plus rapide et la plus efficace pour réduire l’usage d’énergies carbonées.

Tarir les flux financiers qui financent les projets liés aux énergies carbonées, c’est les rendre impossibles.

XLargest banks invest in fossil fuelsLa situation actuelle est catastrophique : comme le démontre cet article, les investissements dans les énergies fossiles par les banques restent très élevés. Depuis les accords de Paris en 2016, les 60 plus grandes banques mondiales ont financé 3,8 T$ de nouveaux projets dans les énergies fossiles. (1 Trillion US = mille milliards européens).

3 800 milliards de dollars ! Si ces sommes n’avaient pas été disponibles, il est évident que ces projets financés n’auraient pas été lancés.

Ce document très complet de 80 pages, ”Banking on Climate Chaos”, fait le point sur les financements bancaires, analysés par grandes familles de projets et par banque.

Dans ce classement de la honte, le “champion” français est dixième. Il s'agit de BNP Paribas; sur la période 2016-2020, les sommes investies, de 121 milliards de dollars, sont… en croissance !

Sur ce schéma, j’ai visualisé les principales pistes qui permettraient d’agir pour tarir ces financements des énergies fossiles.

XActeurs sur climat -Finance

XAdS DPC Risks > Reward  SS 170136001

Organisations financières : il faut  les convaincre qu’investir dans les énergies carbonées, c’est un placement à très haut risque et dont la rentabilité ne sera jamais au rendez-vous. Financer un pipeline pétrolier, l’exploitation d’un gisement de gaz fossile ou la construction d’une nouvelle raffinerie, ce sont des projets dont la durée de vie s’étale sur des dizaines d’années. C’est un message que tous les investisseurs comprennent très bien.

Organisations internationales : elles ont réussi dans certains domaines à imposer des règles très fortes, comme dans le cas des gaz CFC qui détruisent la couche d’ozone. Faire peser la menace d’une interdiction des financements d’énergies fossiles à partir de 2025 ou 2030 suffirait à bloquer, immédiatement, tous ces financements. C’est ce qui c’est produit avec les véhicules thermiques en Norvège.

Pays : il suffirait qu’un petit nombre de pays importants, en Europe par exemple, interdisent aux organismes financiers présents sur leur territoire tout nouveau financement de projets liés aux énergies carbonées. Tous les organismes financiers présents dans le pays seraient concernés, quelle que soit leur nationalité d’origine. Je pronostique un effet domino rapide. La peur que ces décisions soient contagieuses et se répandent dans d’autres pays aura un effet majeur sur les dirigeants financiers qui ont horreur des risques politiques.

XOil industry terrified of college kidsParticuliers : l’un des mouvements les plus efficaces est celui des étudiants américains qui ont réussi, difficilement, à obliger de grandes universités à ne plus investir dans les énergies fossiles. Ils obtiennent de plus en plus un engagement de désinvestir. Comme l’explique très bien cet article, l'industrie pétrolière américaine est paniquée par ces actions qui donnent des résultats dans les plus grandes universités comme Harvard ou Yale. Harvard gère un portefeuille d’investissements de 53 milliards de dollars ! Les lobbyistes de l’industrie pétrolière financent des projets de loi qui tentent de rendre illégales ces actions.

XDivestissement fossil fuel 41 T$ in 2021Ce document très complet, de 39 pages, fait le point sur les désinvestissements réalisés ou annoncés à la fin de l’année 2021.

J’en ai extrait ce graphique qui montre que les fonds qui ont pris la décision de désinvestir dans les énergies fossiles gèrent un total de 41 T$ !

Les quelques chiffres que j’ai présentés montrent à quel point la dimension financière est essentielle dans la lutte contre les énergies fossiles.

Bloquer les financements d’énergies fossiles, c’est :

● Possible.

● Rapide.

● Très efficace.

● Obtenir des résultats immédiats.

 

4 - Un acteur clef : numérique et technologies

C’est le thème prioritaire de ce billet : quels peuvent être les impacts positifs du numérique et plus généralement de l’innovation technologique sur les émissions de gaz à effet de serre?

Il est de plus en plus difficile de dissocier numérique et innovation technologique : le numérique est le moteur principal de toute innovation technologique, quel qu’en soit le secteur.

XModerna 42 jours Re-InventJe prendrai un exemple récent dans le domaine de la santé, que j’ai déjà cité dans mon blog. Le vaccin contre la COVID-19 de Moderna a été mis au point en 42 jours en utilisant toute la puissance du Cloud AWS. Le CEO de Moderna estime qu’il lui aurait fallu 20 mois (novembre 2021) si les solutions Cloud Public n’avaient pas existé. Combien de millions de vies ont été sauvées par le Cloud Public ?

Ce schéma servira de base à la suite de ce billet.

XActeurs sur climat - Numérique

Il met en évidence les différents impacts possibles du numérique sur les entreprises, les particuliers, l’offre d’énergie et la demande d’énergie. Je ferai référence aux numéros de ce schéma pour aborder ces sept interactions.

Je n’aborde pas les impacts potentiels du numérique sur les organisations internationales, les pays ou les organismes financiers ; pour moi, ils sont mineurs.

 

Frugalité Numérique : flux 1, 2, 3 et 4

XFrugalité Numérique processeurLa frugalité numérique, que d’autres préfèrent appeler sobriété numérique, a pour objectif de réduire au maximum les impacts des usages numériques sur le réchauffement climatique, et en priorité la consommation d’énergie.

En 2020, j’ai publié sur ce blog quatre textes sur la frugalité numérique :

Présentation générale.

Les centres de calcul

Les objets d’accès

Les réseaux

Chacun de ses textes représente un gros travail de recherche de données fiables. Dans le domaine de la frugalité numérique, un grand nombre de données publiées sont fausses et peuvent amener les particuliers et les entreprises à prendre des décisions contre-productives.

Je fais le choix de présenter ici un tout petit nombre d’exemples concrets de solutions numériques qui peuvent améliorer notre sobriété numérique immédiatement. Il serait aussi possible de parler des usages qui sont nocifs pour la planète.

Ma position générale est très claire : utilisés avec un minimum d’intelligence et de pragmatisme, les outils numériques sont d’excellents moyens de réduire nos consommations d’énergie et nos impacts négatifs sur la planète.

Je suis un farouche opposant du “Numérique Bashing” et j’ai les données pour argumenter ma position.

Les quatre textes référencés contiennent des informations plus détaillées sur tous ces sujets. J’ai fait le choix de ne présenter que les impacts positifs du numérique et de la technologie.

 

Flux 1 et 4 : numérique et entreprises

XOld Desktop Mac● Les ordinateurs portables consomment beaucoup moins d’énergie que les anciens PC fixes à écrans cathodiques.

● Fermer ses centres de calculs privés et basculer sur des clouds publics réduit d’un ordre de grandeur sa consommation d'énergie électrique.

XEmail vs Cloud Collaboration● Travailler en mode collaboratif pour créer à plusieurs un document ou une présentation réduit dans un rapport 20+ les échanges de données par rapport aux démarches archaïques qui consistaient à s’envoyer des documents par mail en pièces jointes, ce que résume remarquablement bien ce schéma. Il montre les échanges entre 4 personnes essayant de créer un document en commun, à gauche avec Word de Microsoft, à droite en mode collaboratif avec Google Workspace.

● Dématérialiser ses échanges numériques avec les clients, les partenaires et les fournisseurs transmet des bits qui consomment beaucoup moins d’énergie que des documents papier.

 

Flux 2 et 3 : numérique et particuliers

● Le smartphone est le meilleur ami de la planète. Un smartphone remplace des dizaines d’objets qui consommaient beaucoup d’énergie et de matières premières : caméscope, appareil photo, réveil, lecteur de CD/DVD, montre…

● Les usages d’un smartphone permettent de réduire fortement sa consommation de documents papier : encyclopédie, cartes, guides touristiques, dictionnaires, albums photos, documents de voyages…

● Visionner un film Netflix est beaucoup moins consommateur d’énergie que d’acheter un DVD que l’on ne regardera qu’un tout petit nombre de fois.

 

Flux 4 : Réduire la consommation d’énergie et les émissions des entreprises

Je m’intéresse ici aux activités “métiers” des entreprises industrielles qui produisent de l’acier, du béton, de l’aluminium ou des machines. Le texte de Bill Gates que j’ai cité plus haut montre que l’industrie est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre. Toute action dans ces métiers est prioritaire et aura des impacts majeurs.

XHybrit Fossil Free SteelCet article explique comment les fournisseurs d’acier s’attaquent au problème.

Le premier exemple cité : en août 2021, une aciérie de la société Hybrit en Suède a produit de l’acier sans utiliser du charbon, remplacé par de l’hydrogène. La production industrielle est prévue pour 2026.

Autre exemple récent en Europe : ArcelorMittal lance un grand programme de décarbonisation de ses activités avec un investissement de 1,7 milliard d’euros, soutenu par le gouvernement français. Objectif annoncé : réduire de 40% les émissions de CO2 sur le territoire français d’ici à 2030.

XArcelorMittal 1 7B€ investment

L’industrie du ciment produit 8% des émissions de CO2 dans le monde. C’est aussi l’une des industries les plus difficiles à décarboner.

Ce long article fait le point sur des dizaines de projets et réalisations en Europe pour s’attaquer au problème. Des réductions de 30% à 60% des émissions de CO2 sont envisagées.

Toutes ces industries travaillent aussi sur des démarches de capture des gaz émis, technologies regroupées sous le sigle CCUS : Carbon Capture Utilisation and Storage.

XCCUSCCUS regroupe deux réponses différentes :

● Utilisation : transformer le CO2 capturé en d’autres produits utiles.

● Stockage : injecter le CO2 dans le sol.

Ce site de l’IEA, International Energy, fait le point sur les très nombreuses démarches CCUS proposées.

Le Global CCS Institute est une autre source intéressante sur ce sujet. Ce document présente sur des centaines de réalisations ou projets dans le monde.

Les exemples que j’ai cités pourraient produire de premiers résultats significatifs dans la deuxième moitié de cette décennie, à partir de 2025 ou 2026.

Beaucoup de ces projets, de ces innovations technologiques, des solutions numériques proposées seront des échecs industriels, oui. Mon hypothèse de travail est que d’autres seront des succès, capables de se déployer à grande échelle dans les entreprises industrielles émettrices de grandes quantités de gaz à effet de serre.

Si l’on ferme le robinet d’investissements dans les énergies fossiles pour les organismes financiers, ils seront obligés de trouver d’autres terrains d’investissements.

Ils auront l’embarras du choix avec toutes ces entreprises innovantes qui développent des solutions à impacts positifs sur la planète.

Verdox, spin-off du MIT, qui a mis au point un dispositif de capture du CO2 plus efficace, vient de lever 80 M$, dont une partie vient de Bill Gates, investisseur très actif dans ces combats pour la planète.

 

Flux 6 : Numérique et demande d’énergie

C’est à mon avis le domaine où le numérique aura le moins d’impacts directs.

Comme on l’a vu plus haut, la demande d’énergie est en priorité liée aux demandes des particuliers et des entreprises.

XNormes ISO 50001 & 14000Une démarche pragmatique consiste à développer des indicateurs simples (KPI) pour aider les particuliers et les décideurs dans les entreprises à mesurer et suivre les impacts de leurs usages.

De premières normes, telles qu’ISO 50001 et ISO 14000, peuvent servir de base à ces mesures.

XSweep DashboardsPour les entreprises, de premières offres SaaS performantes, comme celle de la startup française SWEEP, permettent de piloter efficacement ses impacts carbone.

Ce sera plus difficile pour les particuliers : leurs consommations d’énergie sont réparties sur de nombreux lieux tels que domicile ou moyens de transport.

J’espère que des solutions simples permettront bientôt aux particuliers d’avoir un tableau de bord raisonnablement fiable et complet de toutes leurs consommations d’énergie.

 

Flux 5 et 7 : numérique et offre d’énergie

C’est dans ce domaine que je mets le plus d’espoir pour que des solutions de rupture permettent de disposer de suffisamment d’énergies non carbonées performantes avant 2030.

La croissance exponentielle des performances des solutions numériques, que j’ai présentée dans la troisième partie de cette série, s’appliquera aussi aux innovations dans le domaine de la production d’énergie.

J’ai choisi de ne parler que de trois domaines de progrès, parmi tous ceux qui sont possibles. Ce sont ceux qui ont, à mon avis, la meilleure probabilité d’apporter rapidement des réponses concrètes :

● Panneaux solaires.

● Stockage d’énergie électrique.

● Énergie nucléaire.

J’aurais pu aussi parler des éoliennes et de l’informatique quantique : cet article du JdN, “L’informatique quantique va-t-elle sauver la planète” présente les efforts de Microsoft dans ce domaine.

 

Panneaux solaires

L’énergie du soleil est la plus prévisible et la plus répandue sur la terre. Une étude du MIT donne les chiffres suivants :

● Énergie solaire arrivant sur terre en permanence : 173 000 térawatts.

● Ceci correspond à 10 000 fois l’énergie totale consommée sur terre.

● Avec des panneaux solaires ayant une efficacité de 20% et utilisés ⅓ du temps, cette énergie solaire couvre 300 fois les besoins de l’humanité.

Ce premier graphique montre le caractère exponentiel de la baisse du coût de l’énergie produite par des panneaux solaires : réduction dans un rapport 5 en 10 ans.

XSolar costs 2010 vs 2020

Ce deuxième graphique est encourageant : il montre que les experts ont sous-estimé la vitesse de cette réduction du coût. Ceux qui pensent que cette baisse va s’arrêter pourraient, à leur tour, être contredits par les faits.

XSolar costs reduction vs predictions

Ce troisième graphique (source Wikipédia) compare les coûts de l’énergie des différentes sources, en utilisant une mesure le “Levelized cost of energy”, qui calcule le prix de revient complet de production, selon des règles précises.

XLevelized cost of energy by source

En 2020, le solaire est devenu l’énergie la moins chère du monde, et personne ne va s’en plaindre.

 

Stockage d’énergie électrique

L’énergie électrique a beaucoup d’avantages, mais un grand problème, aujourd’hui; à l’inverse d’autres énergies comme le pétrole, le gaz ou le charbon elle est difficile à stocker.

Si l’on couple cette caractéristique avec le fait que les principales énergies renouvelables, solaires et éoliennes sont par nature intermittentes, on se trouve face au grand défi actuel de ces énergies renouvelables : comment stocker l’énergie électrique quand elle est abondante pour la restituer quand la production se réduit ?

Quel est le meilleur moteur de l’innovation ? Un problème difficile à résoudre !

Ceci explique pourquoi l’offre de solutions de stockage d’énergie est en forte croissance, avec des démarches très différentes, comme celles référencées dans cet article.

J’en ai sélectionné quatre, très différentes :

● L’énergie cinétique.

● La gravitation.

● L’hydrogène.

● Les batteries

L’énergie cinétique.

Cette technologie existe depuis très longtemps : les tours des potiers l’utilisaient dans l’antiquité. Elle consiste à transformer l’énergie électrique excédentaire en énergie cinétique stockée dans un volant d’inertie en mouvement.

XAmber Kinetics FlywheelsDes startups ont repris l’idée en améliorant les performances et les rendements qui peuvent atteindre 90%. Principaux avantages : durée de vie très longue et performances constantes dans le temps.

Amberkinetics (image jointe) et Revterra sont deux sociétés qui proposent des solutions opérationnelles à coupler avec des énergies renouvelables intermittentes.

La gravitation ou pesanteur

XEnergyVault gravity storageCette autre solution mécanique utilise l’énergie liée à la gravitation. EnergyVault, une des startup dans ce domaine, utilise des blocs de 35 tonnes qui sont soulevés par des grues automatiques quand l’énergie est disponible, énergie récupérée quand on les laisse redescendre vers le sol.

L’hydrogène

L’Europe et la France mettent beaucoup d’espoir sur cette technologie pour stocker dans de l’hydrogène à haute pression de l’énergie. C’est bien expliqué dans ce document de Teréga qui dispose dans le Sud Ouest de la France des plus grandes capacités de stockage de gaz en France dans des réservoirs naturels souterrains.

XCB Insights Europe lead in HydrogenCB insights est une source d’information d’une exceptionnelle richesse et qualité sur de nombreux domaines. Ils ont publié en février 2022 ce rapport de 150 pages qui fait le point sur les investissements dans le secteur de l’énergie en 2021. J’en ai extrait ce graphique qui montre que l’Europe investit plus sur l’hydrogène que les États-Unis ou l’Asie. C’est le seul domaine dans lequel l’Europe est en tête !

Autre bonne nouvelle : le congrès annuel des ingénieurs de France, en mars 2022, sera consacré à l’hydrogène.

 

Les batteries

C’est la technologie qui vient immédiatement à l’esprit quand on pense stockage d’énergie, et c’est de loin la plus utilisée aujourd’hui. Je ne vais pas analyser le marché des véhicules électriques, mais me concentrer sur les usages industriels des batteries pour stocker l’énergie sur de longues périodes.

La baisse du coût du kilowatt des batteries les plus répandues, Lithium-Ion, est, elle aussi, exponentielle, comme le montre ce graphique.

XPrice batteries Lithium Ion over time

XTesla Battery park AustraliaTesla est un acteur majeur de ce marché. L’une des plus grandes installations a été construite en Australie, avec une capacité de 1 274 MWh. Elle est opérationnelle depuis décembre 2021.

Des dizaines d’entreprises travaillent sur des alternatives à la filière Lithium-Ion, et il est difficile de les citer toutes. Sodium-ion, Zinc-ion et Dual Carbon sont trois des pistes les plus prometteuses.

J’ai construit ce tableau comparatif de ces trois solutions à partir d’un article très complet, publié en février 2022.

XBatteries comparaison

Une quatrième technologie, Metal-ion, attire aussi les investisseurs : Bill Gates et ArcelorMittal ont investi 360 M$ dans Form Energy, qui utilise l’acier, ce qui explique la présence d’ArcelorMittal au capital.

XCB Insights Global Energy FundingCette très longue liste de solutions de stockage d’énergie montre à quel point l’innovation est forte dans ce domaine clef. Ce graphique, extrait du même document CB Insight, montre que les investissements dans les startups de l’énergie ont atteint 36 milliards de dollars en 2021, en croissance de 260% par rapport à 2020 !

Il faudrait vraiment être un irréductible pessimiste pour penser que toutes ces innovations seront des échecs.

 

Énergie nucléaire

Le nucléaire est une énergie qui déclenche des passions, pas toujours rationnelles.

Mon objectif, ici, est d’en parler de la manière la plus rationnelle possible. Les spécialistes du nucléaire me pardonneront les simplifications que je suis amené à faire.

XMortality rate:EnergyLes faits :

● Le nucléaire est une énergie non carbonée.

● Le nucléaire est la source d’énergie la plus sûre au monde : charbon, gaz, pétrole ont tué beaucoup plus de personnes que le nucléaire.

Il y a deux grandes familles de solutions pour produire de l’énergie nucléaire :

● Fission = casser de gros noyaux pour en faire de moins gros.

● Fusion = assembler des petits noyaux pour en faire des plus gros.

Cet article l’explique en quelques lignes. Pour en savoir plus, je vous renvoie aux textes de Wikipedia sur la fission et la fusion.

Aujourd’hui, l’électricité est produite dans le monde par des réacteurs de fission nucléaire, et de grande taille.

D’ici à 2030, je vois venir des mutations majeures dans les solutions permettant de produire de l’énergie électrique nucléaire.

Familles de centrales nucléaires 1J’ai construit ce tableau pour présenter les quatre familles principales de solutions qui pourraient être opérationnelles en 2030.

D’ici à 2030, trois nouvelles familles de réacteurs nucléaires pourraient voir le jour:

● Fission : réacteurs de petite taille.

● Fusion : réacteurs de grande taille.

● Fusion : réacteurs de petite taille.

 

Petits réacteurs industriels de fission

À Belfort, dans son discours de février 2022 sur l’avenir du nucléaire en France, le Président Emmanuel Macron a parlé d’EPR, mais aussi annoncé le lancement de la fabrication de “SMR”, Small Modular Reactors.

Dans ce domaine des petits réacteurs, la France est en retard : Russes, Chinois et Américains ont lancé des projets et des réalisations depuis plusieurs années.

XPetite centrale nucléaire Rolls RoyceL’un des projets européens à haut potentiel est celui proposé par Rolls-Royce, qui s’appuie sur son expérience dans les sous-marins à propulsion nucléaire. Rolls-Royce propose de construire une usine qui fabriquera, de manière industrielle, ces petits réacteurs nucléaires. Ils seront ensuite transportés sur les sites où ils seront installés, dans le monde entier.

Cette approche me fait penser à la démarche industrielle d’Elon Musk avec SpaceX qui a révolutionné le monde des lanceurs.

 

Fusion : réacteurs de grande taille

Le projet emblématique de réacteur nucléaire de grande taille pour la fusion est le réacteur Tokamak ITER.

XITER Agreement MeetingLes chiffres relatifs à ITER sont impressionnants, et confirment le gigantisme de ce projet :

● Lancé officiellement en 1985, quand Jacques Chirac était président de la République en France.

● Membres : Communauté Européenne, Russie, Chine, États-Unis, Inde, Japon, Corée…

● 20 ans après : accord sur lieu de construction, près d’Aix-en-Provence en France.

● Surface du site : 180 hectares, dont 42 pour le réacteur.

● Poids du réacteur : 23 000 tonnes.

● Production d’énergie prévue : 500 MW, 10 fois les 50 MW nécessaires pour le faire fonctionner.

● La première production de plasma était prévue fin 2025, 40 ans après le lancement du projet. Les dernières estimations, fin 2021, parlent maintenant de 2035.

● Le budget initial, de 6 milliards d’euros, est aujourd’hui de 18 à 22 milliards d’euros. Les opposants parlent d’un budget de 45 à 65 milliards d’euros.

● ITER, expérimental, ne sera jamais connecté au réseau. Il faudra attendre le successeur, DEMO, pour avoir une version industrielle en 2050.

● L’industrialisation éventuelle n’est pas prévue avant 2070.

XITER construction Octobre 2021

Les critiques d’ITER se font de plus en plus nombreuses :

● En juillet 2021, l’ASN, Autorité de Sureté Nucléaire, a publié un rapport montrant que des composants importants n’avaient pas passé les tests nécessaires.

● La revue Energy Times tire le signal d’alarme en octobre 2021.

Vous l’avez compris : je ne suis pas convaincu qu’ITER sera l’un des sauveurs de la planète.

 

Fusion : réacteurs de petite taille

De toutes les options présentées, je pronostique que ce sont ces réacteurs de fusion de petite taille qui seront la réponse la plus performante aux besoins du monde en énergies non carbonées et non intermittentes.

Les progrès spectaculaires de ces dernières années dans la fusion nucléaire sont attribués au numérique, comme le confirme Chris Hansen, chercheur à l’Université de Washington dans cet article : “Our ability to model and move forward on some of these scientific and technological developments because of increased computing power has really been a difference maker.” (Notre capacité à modéliser et à faire avancer certains de ces développements scientifiques et technologiques grâce à une puissance de calcul accrue a vraiment fait la différence.)

Un rapport très complet, publié par la Fusion Industry Association au Royaume-Uni, fait le point sur l’extraordinaire dynamique de ce secteur. J’en ai extrait quelques graphiques.

23 startups privées ont été créées entre 1992 et 2020. La moitié sont nées entre 2016 et 2020. Ce rapport contient aussi des fiches détaillées sur chacune de ces 23 sociétés.

XNumber of private fusion companies

XWorld Map fusion startupCette carte montre que la majorité de ces startups de la fusion sont aux États-Unis, mais l’Europe avec six sociétés reste dans la course. La société française est Renaissance Fusion, basée à Grenoble.

Les financements sont au rendez-vous, mais à l’échelle des startups :

XFunding for fusion companies● Le total est proche de 2 milliards de dollars, à comparer aux 20 milliards déjà dépensés pour ITER.

● 95% de ces financements sont privés, les États n’apportant que 5%.

● Pour les startups financées, la moyenne des fonds levés est de 100 M$.

● TAE Technologies, en Californie, est la plus financée, avec 880 M$.

XDifferent technical fusion solutions by startupsCe qui m’a le plus frappé dans ce rapport, c’est la grande variété des technologies utilisées par ces startups, comme on le voit dans ce tableau. (Ne me demandez pas de vous expliquer les différences entre ces approches.)

La question à laquelle il est le plus difficile de répondre est : “quand ces petits réacteurs seront-ils opérationnels et connectés au réseau de distribution électrique ?

XWhen Will fusion be connected to the gridCe graphique regroupe les prévisions de ces startups. La majorité des réponses indiquent les années 2030.

Familles de centrales nucléaires 2050Pour terminer ce long chapitre sur l’énergie nucléaire, je vous livre mon pronostic sur la situation telle que je la vois en 2050. (Rappel, je ne suis pas un spécialiste du nucléaire).

 

Les grandes centrales de fission pourraient faire jeu égal avec les petites centrales de fusion, chacune fournissant environ 40% de l’énergie électrique venant du nucléaire.

 

Synthèse

XClimat - Réalité - Acteurs - Offre et demande + Numérique + org InternAu début du premier de ce billet consacré aux défis climatiques, j’avais construit un tableau évaluant quels pourraient être les impacts potentiels des six familles d’acteurs identifiés.

Dans ce nouveau tableau, j’ai ajouté deux colonnes qui présentent la réalité de ces impacts, tels que je les pronostique.

Je fais le pari suivant : numérique et technologies seront les moyens les plus puissants, les plus efficaces pour lutter contre ce réchauffement climatique.
Les cinq autres familles d’acteurs auront aussi des rôles importants à jouer sur l’offre et la demande ; je les mets à égalité, avec trois étoiles chacune.

Pour vous aider à établir de manière plus précise votre propre évaluation des rôles potentiels de ces six acteurs, j’ai aussi construit ce nouveau tableau chiffré :

Climat - Acteurs - Offre et demande + Numérique + Org Intern. - Mon pronostic

● Les deux premières colonnes proposent une fourchette large des rôles possibles, sur l’offre et la demande, des six acteurs.

● Les deux autres colonnes sont utilisées pour que chacun fasse son pronostic. Je l’ai rempli avec les miens pour que vous en ayez un exemple.

● Le total dans chaque colonne doit être égal à 100%.

Nous aurons probablement des visions différentes, et c’est normal.

L’important, c’est que chacun comprenne qu’il y a de nombreux moyens d’action pour attaquer ce défi majeur du réchauffement climatique.

Oui, je souhaite rester optimiste et anticiper un monde qui aura su, en 2030, maîtriser les quatre défis que j’ai identifiés.

Serons-nous capables, au niveau mondial, de nous mobiliser, immédiatement, sans laisser des personnes, des entreprises, des États et des organisations internationales bloquer les décisions urgentes qu’il convient de prendre ?

Je laisse à chaque lecteur le soin de répondre à cette question.


Dirigeants, vos rôles dans la transformation numérique au service des équipes terrain

 

XScénarios équipement équipes terrainDans un billet récent, j’ai abordé la dimension financière de l’équipement numérique des équipes terrain.

J’en reprends uniquement le tableau final, qui donne le coût complet d’une solution frontique, à savoir un smartphone et des applications numériques universelles.

Le coût mensuel par personne est compris entre 8 € et 25 €.

Je terminais en disant que la dimension financière était la plus simple à régler et que les dimensions management sont les plus complexes à régler.

C’est le thème de ce billet.

 

Les défis posés par l’équipement numérique des équipes terrain

Remarque préliminaire: ce que j'écris dans ce billet ne concerne pas votre entreprise !

Chez vous, tout est parfait, impeccable et les équipes terrain disposent des meilleurs outils numériques du monde.

C’est chez les autres que l’on rencontre les problèmes que j’expose ici:

● Dans la majorité des entreprises, les équipes terrain n’ont pas leur mot à dire sur le choix des outils numériques que l’on met à leur disposition.

● Dans la majorité des entreprises, les dirigeants n’ont pas la moindre idée de la réalité des activités des équipes terrain.

● Dans la majorité des entreprises, les équipes informatiques et numériques achètent ou développent des solutions numériques pour les équipes terrain sans faire le moindre effort pour aller sur le terrain et essayer de comprendre quelles sont leurs véritables attentes.

XAdS DPC filling forms S 37816129● Dans la majorité des entreprises, équiper tous les cols blancs d’un PC haut de gamme et d’un smartphone est une évidence quand on refuse trop souvent de fournir aux équipes terrain un smartphone professionnel, les obligeant à utiliser des formulaires papier, en 2022!

Dans toutes ces entreprises, cette fracture numérique entre les cols blancs et les équipes terrain doit cesser, et vite.

Comment ? En demandant aux dirigeants de prendre le problème en main et… de le résoudre.

La bonne nouvelle: c’est possible, rapidement.

 

Démarche Top Down - Bottom Up

La démarche proposée a déjà été suivie avec succès par un petit nombre d’entreprises innovantes.

Elle répond aux quatre défis que j’ai identifiés dans le paragraphe précédent et s’appuie sur un double mouvement, “Top-Down” et “Bottom-up”.

XWIzyVision - Top Down & Bottom Up

Pour la partie Top-down, les équipes dirigeantes ont la responsabilité d’impulser une stratégie claire, avec plusieurs objectifs:

● Faire de la réduction de la fracture numérique entre cols blancs et équipes terrain une priorité.

● Proposer des outils numériques qui encouragent une collaboration entre ces deux populations et rendent plus facile le partage d’information.

● Choisir des outils qui garantissent la pérennité des solutions proposées et évitent la prolifération d’un “Numérique Fantôme” comme on l’a connue pour les cols blancs.

● Mettre la sécurité et la protection des données au cœur des préoccupations.

Pour les équipes terrain, la démarche bottom-up répond à d’autres objectifs:

● Accepter le fait que les solutions numériques n’ont pas pour premier objectif de contrôler l’activité des équipes terrain, mais de les rendre plus efficaces dans leurs métiers.

Ceux qui font, savent. Ce sont les équipes terrain qui sont les mieux placées pour déterminer quels sont les outils numériques qui peuvent les aider dans leurs activités.

● Comprendre que la variété des activités demandées aux équipes terrain est beaucoup plus grande que ne le pensent les dirigeants.

● Instaurer une confiance réciproque entre les équipes terrain et les cols blancs.

● C’est en mettant entre les mains des équipes terrain des outils numériques universels, “frontiques”, qu’elles seront capables d’imaginer les dizaines de cas d’usage simples, à forte valeur ajoutée, qui les aideront dans leurs activités quotidiennes.

 

Les dirigeants acteurs

J’ai identifié quatre familles de dirigeants dont les rôles sont prioritaires pour assurer le succès d’une transformation numérique au service des équipes terrain.

XQuatre familles managers pour équipes terrain

L’ordre dans lequel je les présente n’ai pas dû au hasard; il va du plus important au moins important:

1. DRH, Direction des Ressources Humaines.

2. Directions métiers opérationnels, où travaillent les équipes terrain.

3. DSIN, Direction des Systèmes d’Information et du numérique.

4. DG, Direction Générale.

Par contre, la chronologie de l’ordre des interventions n’est pas la même: DRH, DSI, DG et Directions métiers opérationnels. C’est celui que je vais suivre dans mon analyse.

 

Rôle de la Direction des Ressources Humaines

Quand on parle d’équipes terrain, on fait référence à des personnes. Il est logique que la DRH d’une entreprise soit en première ligne pour orchestrer la disparition de la fracture numérique interne entre les cols blancs et les équipes terrain.

En France, les collaborateurs des équipes terrain, les personnes qui ne peuvent pas télétravailler, représentent environ 60% des salariés. C’est très variable selon les secteurs d’activités.

Faire rentrer les équipes terrain dans le monde numérique, toutes les personnes de ces équipes, quelle que soit leur formation initiale, ou souvent leur absence de formation, c’est investir sur la capacité de ces hommes et de ces femmes à progresser dans leurs compétences et leurs apports à l’entreprise.

C’est l’une des plus belles missions que puisse prendre en charge une DRH innovante.

J’ai participé il y a quelques semaines à un débat organisé par l’UODC, Université ouverte des compétences, qui avait invité Sandra Hazelart, DRH du Groupe Monoprix.

XDRH Monoprix

Avec l’accord total du DG du Groupe, la démarche qu’elle pousse pour prendre en compte les attentes des équipes terrain est exceptionnelle par sa portée et les innovations qu’elle porte.

Gérer les évolutions de carrière, en particulier pour les caissières dont on sait que le nombre va baisser, mettre plus de collaborateurs au contact des clients, équiper 22000 collaborateurs de smartphones sont quelques-unes des actions les plus spectaculaires poussées par Sandra Hazelart.

Les entreprises françaises ont besoin de beaucoup plus de DRH aussi exceptionnelles!

 

Rôle de la Direction des Systèmes d’Information et du Numérique

Quand on parle d’informatique et de numérique au service des équipes terrain, il est essentiel que les équipes de la DSIN soient impliquées dès le début du projet.

Dans le cas des usages frontiques à destination des équipes terrain, leurs rôles sont orientés en priorité vers les infrastructures.

Pourquoi? Les usages seront imaginés dans une démarche bottom-up par les équipes terrain, sans que les équipes de la DSIN n’aient à s’en occuper.

La DSIN doit proposer une plateforme numérique pérenne qui servira de support à tous les usages déployés par et pour les équipes terrain.

XFLW Modèle BISDUne fois de plus, le modèle B I S D (Business, Infrastructures, Support, Données) que je propose depuis des années s’applique très bien pour les usages au service des équipes terrain:

● I = Infrastructures Cloud pour la puissance et la pérennité.

● S = Usages support, ce que sont les applications frontiques.

● D = Base de données indépendante des usages.

● B = Usages métiers, pour des applications métiers spécifiques des équipes terrain.

La DSIN doit garantir:

● La cohérence de tous les usages qui seront imaginés par les équipes terrain.

● Que ces usages ne vont pas générer une nouvelle vague d’informatique fantôme comme cela c’est passé avec les cols blancs.

● Que la solution proposée ne va pas créer un nouveau “silo de données”.

● Que les échanges entre les solutions existantes au service des cols blancs et celles construites pour les équipes terrain seront possibles, chaque fois que nécessaire.

C’est avec tous ces objectifs en tête dès le premier jour et en travaillant en étroite collaboration avec les équipes informatiques et numériques d’entreprises innovantes comme Teréga que Wizy.io a construit la solution frontique WizyVision.

XComposants WizyVisionWizyVision a tout pour répondre aux attentes d’une DSIN:

● Basé sur GCP, le Cloud Public de Google: garantit une puissance sans limites et la possibilité de déployer les solutions sur tous les continents.

● DAC, Digital Asset Center: la seule base de données professionnelle au monde construite pour gérer et sécuriser tous les contenus photos créés par les équipes terrain.

● Frontspace: application mobile au service des équipes terrain.

● ML Studio: permet de construire des applications de Machine Learning en mode No-Code, permettant de reconnaître des objets métiers spécifiques.

● API: toutes les fonctionnalités de WizyVision sont ouvertes par API pour échanger, dans les deux sens, avec les applications existantes.

Oui, il est possible en 2022 à une DSIN de proposer rapidement une plateforme technologique moderne et pérenne qui permet de construire des dizaines de cas d’usages pour les équipes terrain.

 

Rôle de la Direction Générale

AdS DPC Rowing boat S 307629349Il est classique de dire que toute action dans une entreprise doit être initiée par la Direction Générale. Dans la pratique, il est illusoire de demander à une Direction Générale d’être le chef d’orchestre de toute transformation; ils n’en ont matériellement pas le temps.

Sur ce grand chantier de la suppression de la fracture numérique des équipes terrain, comme sur beaucoup d’autres, la DG doit être une facilitatrice et une coordinatrice des actions menées par les dirigeants plus directement impliqués.

 

Rôle directions métiers opérationnelles

Les équipes terrain travaillent dans ces directions opérationnelles, que ce soit dans l’industrie, le transport, la logistique, la distribution, l’hospitalité, la santé, la construction ou l’agriculture.

J’inclus aussi dans les directions métiers les managers de premier niveau, en contact direct avec les équipes terrain. Ce sont eux qui ont le plus de capacité à piloter la transformation numérique opérationnelle des équipes terrain.

Les objectifs de ces directions métiers sont clairs:

● Augmenter les compétences de leurs équipes terrain.

● Accroître leur efficience.

● Accepter que la démarche “bottom-up” soit la plus efficace.

Pour y parvenir, le plus efficace est de mener une première opération d’expérimentation, par échantillonnage:

● Mettre entre les mains d’un groupe le plus représentatif possible de collaborateurs des outils numériques universels frontiques.

● Leur demander de trouver les premiers cas d’usages.

● Faire la synthèse des meilleures pratiques nées sur le terrain.

L’entreprise peut ensuite industrialiser la diffusion des solutions numériques et généraliser les cas d’usage identifiés comme les plus pertinents à l’ensemble des collaborateurs.

Comme le montre ce schéma, de nouveaux cas d’usages naîtront en permanence, au fur et à mesure que les collaborateurs s’approprient ces outils frontiques.

XEtapes équipement FLW

 

Illustration de la démarche sur un cas concret

Pour illustrer cette démarche, je vous propose un exemple concret: une entreprise du secteur de la distribution qui emploie 4000 collaborateurs dans les équipes terrain, répartis entre 150 points de vente, 100 supermarchés et 50 supérettes de centre-ville.

XProjet FLW dans supermarchéQuelles sont les étapes de la phase d’expérimentation de l’équipement numérique des équipes terrain de cette entreprise?

● Sélectionner 20 supermarchés et 10 supérettes, les plus différents possibles en matière de localisation, de taille et de marché.

● Choisir 200 collaborateurs volontaires et motivés, 5% des effectifs, dans ces 30 points de vente, aux profils et activités les plus variés possibles.

● Équiper ces 200 personnes d’outils frontiques de base: un smartphone et une application telle que WizyVision.

● Leur donner carte blanche, pendant 15 jours, pour trouver et documenter des cas d’usages pertinents qui les aideraient dans leurs activités quotidiennes.

● Faire ensuite l’inventaire de toutes les propositions de cas d’usages.

Les chiffres qui suivent sont une estimation, mais ils sont basés sur des réalisations de ce type déjà menées à bien:

● Nombre moyen de cas d’usages proposés par chacun des 200 collaborateurs: 4.

● Nombre total de cas d’usages proposés: 200 x 4 = 800.

● Des cas d’usages similaires seront proposés par ces 200 collaborateurs. En faisant l’hypothèse que le taux de redondance des cas d’usages proposés est de 70%, on aura quand même identifié 240 cas d’usages différents!

Il est alors possible de passer à la phase industrialisation avec la certitude que ce sera un succès pour l’entreprise:

● Equiper les 4 000 collaborateurs avec un smartphone et les cas d’usages pertinents. Selon les métiers, on peut décider:

    ○ D’équiper la personne d’un smartphone individuel.

    ○ De la mise à disposition d’un smartphone partagé, en particulier pour les personnes qui travaillent à tour de rôle sur les mêmes métiers.

● Présenter, par petits groupes, métier par métier, à tous les collaborateurs les cas d’usages proposés. Ce sont les salariés qui ont identifié les cas d’usages qui seront chargés d’en faire la promotion et la démonstration.

● Demander à tous les salariés maintenant équipés de proposer eux aussi des cas d’usages qui n’avaient pas encore été identifiés. Ceci devrait rapidement générer un minimum une centaine de nouveaux cas d’usages.

● À la fin de ce processus en deux étapes, qui peut se réaliser en moins d’une année, 350 applications simples, à forte valeur ajoutée auront été déployées pour les 4 000 collaborateurs, dans les 150 points de vente.

 

Synthèse: réduire la fracture numérique pour les équipes terrain, un beau défi management des 5 prochaines années

Fracture numérique cols blancs FLWIls sont 2 700 millions dans le monde, ils sont dramatiquement sous-équipés en outils numériques, les collaborateurs des équipes terrain vous demandent à vous, les dirigeants, d’enfin penser à eux.
DG, DRH, DSIN, Dirigeants métiers, vous avez une responsabilité forte, une obligation morale devant vous: faire que, d’ici à 2025, il n’y ait plus de fractures numériques entre les cols blancs et les équipes terrain dans vos entreprises.

Ce billet est le cinquième que je publie sur ce sujet essentiel, et voici, en rappel, les quatre premiers:

Problème : après les cols blancs, priorité aux FLW, Front Line Workers.

Comment : après un ordinateur pour chaque col blanc, un smartphone pour chaque FLW.

Pourquoi : fractures numériques.

Finances : coûts des solutions numériques: cols blancs et équipes terrain.

Management : ce billet.

Il ne vous reste plus... qu’à passer à l’action.


Coûts des solutions numériques universelles : cols blancs et équipes terrain

 

XFLW & Woman Office workerCela fait deux ans que je parle dans ce blog des deux grandes populations clientes du Système d’Information des entreprises, les cols blancs et les équipes terrain, les FLW, Front Line Workers en Anglais.

Les outils universels cols blancs, bureautiques, sont massivement déployés depuis les années 1990. Les entreprises investissent “naturellement” pour ces cols blancs sans se poser la question de la rentabilité de cet investissement, jugé indispensable pour que les cols blancs puissent travailler.

À l’inverse, chaque fois que je propose à une entreprise d’équiper les équipes terrain d’outils numériques universels, j’ai droit à la question : quelle est la rentabilité de ce projet?

Je vous propose dans ce billet de comparer les coûts de mise à disposition d’outils numériques universels pour les cols blancs et pour les équipes terrain.

 

Un résumé de l’histoire informatique des entreprises

Comment résumer l’évolution de l’informatique professionnelle depuis ses premiers pas?

J'ai l’ambition de faire en quelques lignes et deux schémas!

Xusages structurés - universels cols blancs FLWSur ce premier schéma, je vous propose une matrice à quatre cases:

● Usages structurés et usages universels.

● Cols blancs et équipes terrain.

La première segmentation est liée à la nature des applications:

● Les usages structurés correspondent à des processus complexes, qui suivent des règles strictes, telles que la comptabilité, la paye ou la facturation. L’automatisation de ces processus structurés a été la priorité des entreprises, et c’est logique.

● Les usages universels, peu structurés, correspondent à des applications dont tout le monde a besoin. Pour les cols blancs, il s’agit d’outils bureautiques pour écrire, calculer, envoyer un courriel, gérer son agenda…

La seconde dimension correspond au profil des personnes:

● Cols blancs.

● Équipes terrain.

J’ai analysé les différences entre ces deux populations dans plusieurs billets de ce blog:

Après les cols blancs, priorité aux FLW, Front Line Workers.

Après un ordinateur pour chaque col blanc, un smartphone pour chaque FLW.

Fractures numériques.

Le deuxième schéma présente le calendrier des grandes dates de l’informatique dans ces deux dimensions, usages et population.

XEvolution informatique Cols Blancs FLW

Ce schéma met en évidence quelques idées fortes:

● L’équipement des cols blancs a précédé celui des équipes terrain.

● Les solutions structurées ont été déployées avant les outils universels.

● C’est la naissance de nouvelles générations d’objets d’accès qui accélère ces évolutions.

Il y a quatre dates clés:

1960: arrivée des premiers ordinateurs universels comme l’IBM 360 et des terminaux à écran 3270 IBM. Ils sont utilisés en priorité pour des applications structurées de gestion.

1990: démocratisation des premiers PC et arrivée simultanée des outils bureautiques tels que le traitement de texte ou le tableur. Microsoft réalise un hold-up sur ce marché avec Windows et Office.

XSteve Jobs with Iphone  12010: les premiers smartphones font leur apparition dans le monde professionnel et des entreprises innovantes commencent à équiper les équipes terrain avec des applications structurées. L’annonce en 2007 par Steve Jobs du premier iPhone restera une date majeure dans l’histoire du numérique mondial.

2020: démocratisation des smartphones dans le monde entier et émergence des premières applications universelles, frontiques, pour les équipes terrain.

L’accélération exponentielle de ces évolutions est confirmée par la réduction des écarts entre ces dates:

● 30 ans entre 1960 et 1990.

● 20 ans entre 1990 et 2010.

● 10 ans entre 2010 et 2020.

 

Cols blancs : coûts bureautiques

Remarque préalable: tous les calculs qui sont faits dans ce paragraphe et le suivant s’appuient sur des hypothèses moyennes raisonnables. Chaque entreprise pourra utiliser ses propres chiffres pour calculer ses coûts en utilisant le même modèle de calcul.

XCoûts outils universels cols blancsPour simplifier les calculs et avoir des chiffres qui sont les plus pertinents possibles pour un maximum d’entreprise, j’ai fait les hypothèses suivantes:

● Tous les cols blancs disposent d’un PC et d’un smartphone.

● La durée de vie d’un PC est de 5 ans et celle d’un smartphone de 3 ans.

● Tous les cols blancs utilisent une solution bureautique cloud, Office 365 de Microsoft ou Google Workspace.

● Les calculs sont faits dans deux situations, hypothèse de base et hypothèse haute.

● Je ne tiens compte que des coûts directs. Les coûts indirects, tels que formation ou support, ne sont pas chiffrés.

● Les coûts réseaux, très variables d’une entreprise à l’autre, d’un pays à l’autre, ne sont pas pris en compte.

Résultat : la mise à disposition de solutions bureautiques pour les cols blancs représente un coût direct mensuel compris entre 61 € et 115 € par personne.

 

Équipes terrain : coûts frontiques

XCoûts outils universels équipes terrainPour les équipes terrain, les hypothèses sont les suivantes:

● Les collaborateurs des équipes terrain sont équipés d’un smartphone.

● La durée de vie d’un smartphone de 4 ans. Le fait que la majorité de ces smartphones soient des modèles “durcis” permet de les garder plus longtemps.

● Pour garantir la sécurité et faciliter leur gestion, tous les smartphones sont équipés d'un logiciel EMM, Enterprise Mobile Management.

● Les collaborateurs des équipes terrain utilisent une solution frontique cloud. J’ai pris comme exemple WizyVision.

● Les calculs sont faits dans deux situations, hypothèse de base et hypothèse haute.

● Je ne tiens compte que des coûts directs. Les coûts indirects, tels que formation ou support, ne sont pas chiffrés.

● Les coûts réseaux, très variables d’une entreprise à l’autre, d’un pays à l’autre, ne sont pas pris en compte.

Résultat : la mise à disposition de solutions frontiques pour les équipes terrain représente un coût direct mensuel compris entre 12 € et 39 € par personne.

 

Comparaison des coûts bureautiques et frontiques

Ce petit tableau de synthèse regroupant les chiffres clés des calculs faits pour les solutions bureautiques cols blancs et les solutions frontiques pour équipes terrain donne un résultat intéressant:

L’équipement bureautique des cols blancs coûte entre 3 et 5 fois

plus cher que l’équipement frontique d’une équipe terrain.

XCoûts universels cols blancs vs équipes terrainCet écart est le plus grand quand on fait le choix des solutions de base, ce qui correspond à la situation la plus fréquente dans les entreprises.

Le paradoxe soulevé au début de ce texte devient encore plus surprenant:

● Les entreprises équipent sans justifications économiques tous les cols blancs de solutions numériques.

● Les mêmes entreprises exigent des justifications économiques pour équiper de solutions numériques les équipes terrain alors que les montants en jeu sont entre 3 et 5 fois plus faibles!

 

Equipement numérique des équipes terrain : principaux scénarios

Vous avez décidé d’équiper vos équipes terrain de solutions frontiques : quels sont les budgets à prévoir?

Pour faire les calculs, j’ai pris pour les coûts la moyenne entre l’hypothèse de base et l’hypothèse haut de gamme.

XScénarios équipement équipes terrainDans ce tableau, je propose trois hypothèses sur la situation initiale:

H1 : les équipes terrain sont déjà équipées d’un smartphone et d’applications structurées. Dans ce cas, le coût additionnel est uniquement celui de l’application frontique.

H2 : les équipes terrain ne sont pas équipées de smartphones et chaque collaborateur reçoit un smartphone individuel. Le coût par personne est celui de la solution complète, smartphone et application frontique.

H3 : les équipes terrain ne sont pas équipées de smartphones et les smartphones seront partagés entre plusieurs personnes. Ce sera le cas dans des entreprises où les horaires de travail exigent que plusieurs personnes occupent successivement les mêmes postes. Le coût par personne est celui de la solution complète, divisé par le nombre de collaborateurs qui partagent le smartphone. L’hypothèse choisie est d’un smartphone partagé en moyenne par trois personnes.

Selon le scénario retenu, le coût par personne pour équiper de solutions frontiques les équipes terrain est compris entre 8 € et 25 € par mois.

Chaque entreprise peut maintenant calculer facilement le bénéfice minimum qu’elle doit obtenir pour justifier cet investissement. Le paramètre souvent utilisé pour ce calcul sera le temps gagné par les collaborateurs des équipes terrain.

 

Résumé

Faire tomber l’alibi financier comme excuse pour ne pas déployer des solutions frontiques auprès des équipes terrain, c’est l’objectif de cette analyse.

XAdS DPC course de haie 110 m S 70653933Trouver une rentabilité rapide aux solutions frontiques, c’est presque le plus facile!

Il reste des barrières plus difficiles à faire tomber avant que l’équipement des équipes terrain avec des solutions universelles, frontiques, ne devienne aussi “naturel” que l’équipement des cols blancs avec des outils bureautiques.

Ce sera le thème d’un prochain billet.


Fractures numériques

 

XPItch Valérie PecresseSouveraineté numérique, frugalité numérique, fracture numérique… Ces thèmes ont été abordés par des candidats à la Présidence de la République française lors du “Pitch” auquel j’ai assisté le 9 mars 2022.  Il était organisé par une dizaine d’organisations professionnelles, dont le CIGREF et Systematic.

Je me suis rendu compte que j’avais souvent traité dans ce blog les thèmes de la souveraineté numérique et de la frugalité numérique, mais que je n’avais pas encore abordé celui de la fracture numérique.

En écoutant les candidats à la Présidence de la République, il était clair que l’expression “fracture numérique” n’avait pas la même signification pour tout le monde.

Je vous propose dans ce billet d’analyser quatre dimensions différentes de la fracture numérique, d’où le pluriel dans le titre:

● Technique

● Humaine

● Financière

● Organisationnelle.

Quelle est la fracture numérique la plus importante? Ce n’est probablement pas celle à laquelle vous pensez.

Pour le savoir, il faudra lire ce billet dans son intégralité.

 

Fracture numérique technique

Une fracture numérique technique, c’est l’impossibilité d’accéder à un service numérique liée à l’absence de solutions techniques.

En 2022, deux des freins qui existaient au début de l’informatique ont sauté.

Objets d’accès. Jusqu’en 2007, l’objet d’accès dominant à des applications informatiques était l’ordinateur personnel, d’un coût et d’une complexité d’usage qui en limitaient fortement la diffusion.

XSteve Jobs presents iPhoneDans cette vidéo mythique, Steve Jobs d’Apple présente pour la première fois l’iPhone. Si vous ne l’avez jamais regardée, il est indispensable de le faire. C’est la plus spectaculaire annonce d’une innovation numérique qui ait jamais eu lieu.

Aujourd’hui, plus de 6 milliards de personnes utilisent un smartphone, qui est devenu, et de loin, l’objet d’accès au numérique le plus utilisé dans le monde.

XNumber of smartphones users worldwide

XNumber of apps on Google play & iOSServeurs et services. Des milliers de services, professionnels et personnels sont disponibles, gratuitement, chez les géants d’Internet tels que Google ou Facebook, mais aussi proposés par des centaines de fournisseurs nationaux. Plus de cinq millions d’applications mobiles sont disponibles sur Google Play et iOS.

Réseaux. La seule fracture numérique technique potentielle qui reste est celle liée aux réseaux. La situation est très différente d’un pays à un autre. 100% des personnes qui résident à Monaco ont accès à des réseaux filaires par fibres optiques à 1Gb/s et des réseaux mobiles 5G. Ce n’est pas le cas au Burkina Faso.

XCouverture 3G:4G opérateurs FranceEn France, les zones blanches, sans couvertures réseau fixes ou mobiles, sont en forte réduction, comme le montrent les chiffres publiés par l’ARCEP en mars 2022. En 4G, les quatre opérateurs couvrent 99% de la population et entre 90% et 94% du territoire. Il reste quand même entre 6% et 10% de zones non couvertes.

Dans ce document publié par l’ARCEP en janvier 2022, les opérateurs s’engagent à un taux de couverture mobile de 97,7% de la population en janvier 2027.

Il existe des solutions qui permettent d’affirmer qu’il est possible d’avoir accès à du haut et très haut débit sur 100% du territoire français, et immédiatement.

Comment? La réponse vient du ciel, des satellites. Plusieurs solutions sont disponibles en France, dont Tooway et Starlink de SpaceX.

Xantenne ToowayTooway: service qui s’appuie sur un satellite Eutelsat géostationnaire avec un débit descendant maximum de 22 Mb/s et montant maximum de 6 Mb/s. Une version professionnelle, Tooway Business, permet des débits supérieurs, 50 Mb/s en descente et 10 Mb/s en montée.

XContainer of Starlink antennas in Ukraine tweet● On parle beaucoup en ce moment de Starlink, le réseau de satellites basse altitude lancé par SpaceX d’Elon Musk. Après l’invasion de l’Ukraine par le dictateur Poutine, et à la demande de son Président, Zelensky, Elon Musk a livré en quelques jours un conteneur avec des antennes permettant de se connecter au réseau Starlink. Starlink permet aux armées ukrainiennes d’avoir des accès Internet très haut débit en tout point du territoire.

XStarlink speedtest & antennaComme le montrent ces mesures Speedtest, Starlink permet d’obtenir 144 Mb/s en descente et 20 Mb/s en montée, avec une latence faible de 30 ms. Starlink est disponible en France depuis le milieu de l’année 2021. Cet article montre que la mise en service ne prend pas plus de 30 minutes.

Résumé. En France, la fracture numérique technique n’existe plus en 2022.

Les couvertures classiques, fibre optique, 4G et 5G couvrent plus de 90% de la population. En attendant que ces services se déploient dans les zones blanches existantes, des solutions satellites sont immédiatement opérationnelles pour ceux qui en ont besoin, que ce soit pour des usages professionnels ou personnels.

 

Fracture numérique humaine

En France, comme dans tous les pays du monde, il y a des personnes qui ne sont pas capables ou n’ont pas l’envie d’utiliser des services numériques.

Le CREDOC, l’ARCEP et le ministère de l'Économie et des Finances publient tous les ans le baromètre du numérique, document très complet sur les usages numériques en France.

Vous pouvez télécharger sur cette page la version 2021 de ce rapport, de 350 pages.

XCREDOC usages internet:age et niveau éducation

J’en ai extrait ce graphique qui montre les proportions d’internautes selon leur âge et leur diplôme.

Sans grande surprise, on constate que ces deux dimensions sont des prédicteurs du taux d’usage d’Internet.

● Sur l’âge, il est encourageant de constater que le niveau d’usage reste raisonnablement stable entre 12 ans et 69 ans. Le décrochage ne se fait qu'à partir de 70 ans.

● Le niveau d’éducation est un marqueur encore plus fort du taux d’utilisation d’Internet. En 2020, les non-diplômés ont un niveau d’usage inférieur à celui des plus de 70 ans.

● Il semblerait que la pandémie COVID-19 a fortement accéléré en 2020 le niveau d’usage des Français et Françaises parmi les plus de 70 ans et les non-diplômés.

XTablette senior FacilotabDes initiatives sont prises pour réduire cette fracture numérique humaine. Elles passent en priorité par une simplification des outils et des applications.
Des tablettes “seniors” sont proposées par le Groupe La Poste ou l’entreprise Facilotab.

XSmartphone Mobiho SeniorIl existe aussi des smartphones adaptés aux attentes des seniors, avec des affichages plus grands et plus simples, comme ce modèle Mobiho commercialisé par Darty.

La fracture numérique humaine peut être réduite, elle ne disparaîtra pas.

Formation, accompagnement et outils plus simples sont importants pour diminuer cette fracture numérique humaine. On peut réduire de manière significative le pourcentage des personnes qui sont encore dans l'illettrisme numérique. L’alphanétisation, la formation au numérique peuvent être renforcées, oui, mais elles ne feront pas des miracles.

X7% des français non connectésUne étude publiée fin janvier 2022 estime qu’il reste en France 7% de personnes qui n’ont ni smartphone ni accès Internet. C’est un chiffre encourageant: 93% des Français peuvent accéder à des services numériques.

 

Fracture numérique financière

Dans de nombreux pays, les coûts d’utilisation de solutions numériques sont hors de portée de la majorité des personnes.

Cette analyse a été réalisée en 2020 sur les coûts d’accès à Internet et du MB transmis dans les principaux pays du monde. Dans ce tableau, j’ai sélectionné les moins chers, les plus chers et les données relatives à la France.

XInternet access costs:countries

On laissera de côté le cas aberrant de l'Érythrée, l’un des pays les plus pauvres de la planète et l’un des cinq à avoir voté contre la résolution de l’ONU condamnant l’invasion de l’Ukraine.

Que nous apprennent ces chiffres:

● Ce sont trop souvent dans les pays les plus pauvres que l’accès à Internet est le plus cher, tels que la Mauritanie, les Comores ou le Burundi où le coût de transfert de 1MB dépasse les 100$. Des pays très “démocratiques” comme le Turkménistan font aussi partie des pays les plus chers.

● Parmi les pays où l’usage du numérique est le moins cher, on trouve de nombreux pays de l’Europe de l’Est, comme l’Ukraine, la Russie ou la Roumanie;  le MB y a un coût inférieur à 0,1$.

● La France est dans la moyenne des coûts des pays développés, avec le MB à 0,48$.

Situation de la France

En France les coûts liés à l’usage du numérique sont raisonnables et ne sont plus un frein majeur qui contribue à la fracture numérique.

L’étude de l’ARCEP sur les réseaux mobiles au 3e trimestre 2021 montre qu’il y a en France un taux d’équipement en abonnements mobiles proche de 120%, soit 1,2 abonnement par personne.

XTaux pénétration mobile France T3:2021

XSamsung galaxy et iphone maxEn clair, toute personne en France qui souhaite accéder à des services numériques a les moyens financiers de le faire. Il est possible d’acheter un smartphone de bon niveau comme ce Samsung A02s à moins de 160 €. Personne n'a besoin d’un iPhone 13 ProMax avec 1To à 1839 € pour accéder à Internet!

Résumé. Dans la majorité des pays développés et démocratiques, il n’existe plus de réelle fracture numérique financière.

C’est hélas dans les pays les plus pauvres et les moins démocratiques, l’un allant souvent avec l’autre, que l’accès à des services numériques a un coût prohibitif. Les dirigeants politiques de ces pays font tout pour interdire l’accès à Internet à leurs citoyens.

 

Fracture numérique organisationnelle

Cette quatrième fracture numérique, personne n’en parle, personne n’en a pris conscience.
C’est pourtant, est de loin, la plus importante, en particulier dans les pays développés comme la France.

Cette fracture numérique est présente dans l’immense majorité des entreprises, petites et grandes, publiques et privées.
Ceux qui me suivent sur mon blog commencent probablement à comprendre de quelle rupture numérique je parle:

Le décalage inacceptable entre l’accès à des solutions numériques des cols blancs

et des équipes terrain, les FLW, Front Line Workers en anglais.

Cette fracture numérique est présente partout, sous vos yeux, et vous ne la voyez pas, ou faites semblant de l’ignorer.

J’ai publié deux longs billets sur ce blog pour montrer l’importance de ces équipes terrain dans les entreprises et le fait que les solutions numériques construites pour les cols blancs ne sont absolument pas adaptées aux attentes des équipes terrain.

XVenture underfunding FLWQuelques chiffres clés sur cette fracture numérique:

● Les équipes terrain, c’est 80% des actifs dans le monde, comparé à 20% pour les cols blancs.

● Les pourcentages d’investissement dans les outils numériques sont inversés: 20% pour les équipes terrain, 80% pour les cols blancs.

● 1%, oui, vous avez bien lu, 1% seulement des investissements réalisés par les VC, Venture Capitalists, vont à des entreprises qui proposent des solutions pour les équipes terrain.

● J’ai résumé la situation dans ce tableau:

XRatios Cols blancs FLW investissements & VC○ Le ratio des investissements numériques entre équipes terrain et cols blancs est de 1 à 16. Pour 1 € investi pour une personne du terrain, on investit 16 € pour un col blanc.

○ Le ratio des investissements des VCs entre les solutions pour équipes terrain et cols blancs est de 1 à 400!

Tous ces chiffres montrent clairement que cette fracture numérique organisationnelle est, de très loin, la plus importante des quatre fractures étudiées.

 

Les attentes numériques des équipes terrain

Une étude passionnante publiée en 2021 par Emergence fait le point sur les attentes des équipes terrain concernant leurs outils numériques.

J’ai regroupé dans ce tableau sept des principaux résultats de cette étude, numérotés de 1 à 7 pour en faciliter la lecture.

XEmergence stats on FLW

1. 70% des équipes terrain souhaitent disposer de plus de technologies numériques.

2. Devant le refus des entreprises de les équiper, plus de la moitié des équipes terrain, 56%, font le choix d’utiliser leurs outils personnels pour des usages professionnels. C’est catastrophique pour la sécurité et favorise le développement d’un numérique fantôme!

3. 60% des équipes terrain ne sont pas satisfaites de la situation et pensent qu’il est possible de l’améliorer. Qu’attendez-vous pour répondre à cette attente?

4. Les équipes terrain pensent qu’elles ont droit, elles aussi, à des logiciels de qualité. Logique, non?

5. Pendant la pandémie COVID-19, 65% des équipes terrain disent que les entreprises n’ont pas fait l’effort d’un investissement supplémentaire dans des outils numériques. Beaucoup de paroles pour les encourager, les féliciter, mais pas d’argent pour investir!

6. 78% des équipes terrain disent que les solutions numériques proposées seront un élément important au moment de choisir un métier. Le “grand remplacement” devrait accélérer ce mouvement.

7. Enfin, et c’est pour moi le plus important, les trois principales raisons pour lesquelles les équipes terrain ne sont pas plus équipées en solutions numériques sont:

a. Leur non-connaissance des outils numériques qui existent pour leurs métiers. Un travail de sensibilisation est nécessaire, mais facile.

b. Des contraintes budgétaires: honte à vous, les dirigeants.

c. L’absence de compréhension par les cols blancs du siège de la réalité du terrain et comment les solutions numériques pourraient les aider. C’est le cas dans la majorité des grandes entreprises: les collaborateurs du siège ne vont jamais sur le terrain!

Il est probable que les résultats de cette étude correspondent aussi à ce qui se passe dans votre entreprise.

À tous les décideurs, je pose cette question simple:

Dirigeants, DSI, patrons d’usines, responsables syndicaux, comment osez-vous laisser cette fracture numérique perdurer, sous vos yeux, dans vos entreprises?

Il est urgent, et possible, d’agir pour que cette fracture numérique organisationnelle se réduise dans votre entreprise, et dès le mois d’avril 2022.

 

Comment supprimer cette fracture numérique organisationnelle

Comme je l’ai expliqué dans les lignes qui précèdent, le décalage entre les investissements réalisés par les entreprises pour les cols blancs et les équipes terrain est de 16 à 1.

La priorité, c’est de rééquilibrer, un peu, les investissements en faveur des équipes terrain.

Pour cela, il faut agir sur les deux populations en même temps:

XAdS DPC Office Worker PC smartphone tablet S 297068563● Arrêtez de chouchouter les enfants gâtés dans vos bureaux, dirigeants, cadres, collaborateurs qui osent se plaindre quand ils n’ont pas le dernier smartphone qui vient de sortir, un PC léger et puissant à la fois, des logiciels haut de gamme… Un peu de “frugalité numérique” pour les cols blancs pendant les deux années qui viennent leur fera du bien.

● Investissez immédiatement pour équiper vos équipes terrain avec des outils numériques essentiels, universels et indispensables.

Dans les années 1990, les entreprises ont massivement investi sur des postes de travail ordinateurs personnels et des outils logiciels universels, bureautiques, pour les cols blancs. Ces outils, traitement de texte, tableur, messagerie et agenda électronique… étaient les mêmes, quels que soient le secteur d’activité ou la taille des entreprises. Ces investissements, en priorité autour de Windows et Office, ont été à l’origine du succès de Microsoft.

En 2022, la même démarche peut s’appliquer aux équipes terrain.

Avec quels outils numériques? Les équipes terrain ont elles aussi besoin d’un objet d’accès et de logiciels adaptés.

Objet d’accès

L’ordinateur personnel n’est absolument pas adapté aux besoins des équipes terrain. C’est le smartphone qui s’impose dans la majorité des cas. Ce smartphone peut parfois être remplacé par une tablette.

Le grand vainqueur est Android:

XSamsung Xcover Pro● Choix important de fournisseurs.

● Des prix raisonnables, qui commencent à 200 € pour des smartphones professionnels.

● La possibilité, si nécessaire, de choisir des smartphones “durcis”, avec des batteries amovibles et des protections renforcées contre les chocs ou l’eau. Le Samsung Galaxy Xcover Pro est un bon exemple d’un smartphone durci à coût raisonnable.

● Dans quelques rares cas spécifiques, par exemple l’industrie du luxe, les entreprises feront le choix d’un smartphone Apple iOS pour les équipes terrain en magasin.

La deuxième question à se poser est liée au partage éventuel d’un smartphone pour des usages personnels et professionnels:

● Mode COPE (Company Owned, Personally Enabled): le smartphone est fourni par l’entreprise et elle permet au salarié de s’en servir pour ses usages personnels.

● Mode COBO (Company Owned, Business Only): le smartphone est fourni par l’entreprise pour un usage uniquement professionnel.

● Mode BYOD (Bring Your Own Device): l’entreprise autorise le salarié à utiliser son smartphone personnel pour des usages professionnels.

En France, le mode COBO s'impose dans la majorité des cas. L’entreprise peut équiper le smartphone d’un logiciel EMM de sécurisation et de gestion et le collaborateur terrain préfère avoir son smartphone personnel séparé.

Logiciels universels pour équipes terrain.

Après la bureautique, mot que j’ai créé à la fin des années 1970, je vous propose le mot “Frontique”, pour définir les outils universels des équipes terrain, les Frontline Workers en anglais, les personnes qui sont “au front”.

XSolutions universelles cols blancs vs FLWEn 2018, j’ai constaté qu’il n’existait pas de solutions frontiques pour les équipes terrain. Comme tous les entrepreneurs quand ils découvrent un marché à très haut potentiel, nous avons développé avec Laurent Gasser la solution SaaS WizyVision, qui “Fait parler les photos pour les équipes terrain”.

C’est, à ma connaissance, une première mondiale: une plateforme logicielle complète qui répond aux besoins universels de base de toutes les équipes terrain, quelles que soient les activités ou la taille des entreprises.

Toute personne qui sait prendre une photo avec un smartphone peut utiliser WizyVision, immédiatement, avec zéro formation.

Je reviens sur la deuxième fracture numérique, humaine. En mettant la photo au cœur de la démarche, WizyVision permet à 100% des collaborateurs des équipes terrain de rentrer dans le monde du numérique, y compris les personnes illettrées. Il y en a beaucoup dans le monde, y compris en France. Je suis humainement très fier de ce résultat. 

Je suis prêt à prendre avec vous le pari suivant:

il n’y a pas dans votre entreprise une seule personne des équipes terrain qui ne puisse pas trouver un usage à forte valeur ajoutée pour elle et pour votre entreprise, en utilisant le duo de choc “Smartphone + WizyVision”.

Quels budgets pour équiper les équipes terrain

Faisons l’hypothèse que la première barrière est tombée: les dirigeants acceptent l’idée qu’il est urgent de réduire la fracture numérique qui existe dans leur entreprise entre les cols blancs et les équipes terrain.

Reste une deuxième barrière à franchir: combien cela va-t-il coûter à mon entreprise?

Le calcul que je vous propose correspond à des hypothèses raisonnables pour la majorité des entreprises.

● Objet d’accès. Un smartphone avec son logiciel EMM de sécurisation et de gestion: coût mensuel dans la fourchette de 10 € à 20 € par mois. La principale différence vient de l’abonnement éventuel à un réseau mobile. Si les équipes terrain restent dans un bâtiment de l’entreprise, usine ou entrepôt, le WiFi peut suffire.

● Solution WizyVision. Prévoir entre 5 € et 10 € par mois, selon la richesse fonctionnelle nécessaire.

XCoût Equipement FLW - Equipe terrainCoût mensuel complet: entre 15 € et 30 € par mois. En France, ceci correspond à 1 heure ou 2 heures du salaire d’un collaborateur payé au SMIC.

La question de la rentabilité de l’équipement des équipes terrain doit se traiter cas par cas, selon les différents métiers.

Il suffit de répondre à la question simple: est-ce que l’usage de ce tandem “Smartphone + WizyVision” fait gagner au minimum 1 ou 2 heures par mois à chaque collaborateur?

J’ai une question subsidiaire pour vous: combien de dirigeants font ce type de calcul pour… les cols blancs?

On aura vraiment réglé cette facture numérique organisationnelle le jour où les entreprises auront compris qu’un smartphone pour les équipes terrain est aussi indispensable qu’un ordinateur personnel pour les cols blancs.

À vous de décider… quand.

 

Synthèse: ces fractures numériques peuvent s'additionner

Ces quatre fractures numériques, technique, humaine, financière et organisationnelle ne peuvent pas être étudiées indépendamment les unes des autres.

Les personnes de plus de 70 ans, peu diplômées, sont souvent celles qui ont les revenus les plus faibles. Quand elles vivent dans des zones où la couverture Internet, fixe ou mobile, est mauvaise, elles n'ont pas les moyens de s’équiper d’une antenne satellite. Ces fractures numériques vont perdurer dans les usages grand public du numérique.

Dans les entreprises, la situation est plus simple:

Quatre fractures numériques ● La fracture technique a sauté: elles sont capables de proposer des solutions réseau haut débit dans tous les lieux de travail, bureaux, usines ou entrepôts.

● La fracture numérique humaine n’existe pas; tous les collaborateurs sont capables de prendre des photos avec un smartphone.

● La fracture financière n’en est plus une: faire gagner 1 à 2 heures par mois à tous les collaborateurs terrain, c’est tout sauf “mission impossible”.

Il reste un défi, et il est de taille, celui de la fracture organisationnelle.

Il devient urgent pour les entreprises d’équiper immédiatement tous les collaborateurs des équipes terrain, et je dis bien tous, d’outils numériques modernes, un smartphone et des logiciels adaptés.

 


Après l’invasion de l’Ukraine par Poutine: les souverainetés européennes prioritaires

 

XThe economist cover UkraineJe ne connais pas la Russie.

Je ne connais pas l’Ukraine.

Je ne suis pas un spécialiste de la géopolitique mondiale.

Je suis par contre, comme l’immense majorité des Français, indigné par cette invasion d’un pays démocratique, l’Ukraine, invasion décidée par un dictateur et assassin, Vladimir Poutine.

Depuis quelques années, un grand débat a lieu en France sur la Souveraineté Numérique, et j’y prends une part active. Cette invasion de l’Ukraine m’a fait réfléchir sur le concept plus large de souverainetés européennes, et j’emploie le pluriel à dessein.

C’est le thème de ce billet.

 

Poutine n’est pas la Russie

Nous ne devons jamais parler de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais de l’invasion de l’Ukraine par Poutine. C’est Poutine, et lui seul, qui a pris, seul, cette décision d’envahir un pays démocratique pour des raisons pseudohistoriques qui n’ont ni queue ni tête.

Une grande partie du peuple russe, ses élites, ses dirigeants, ses militaires n’ont jamais demandé à Poutine de déclarer cette guerre. Il ne faut cependant pas oublier qu’environ 50% des salariés russes travaillent pour le secteur public ou des entreprises appartenant à l’État, ce qui les rend très dépendants.

Comme tous les dictateurs, Poutine est un homme seul, qui vit dans la peur permanente d’un assassinat par les personnes qui l’entourent. Il n’écoute plus personne, ne fait plus confiance à personne, ce qu’ont confirmé de très nombreuses personnalités qui connaissent bien la Russie.

Hubert Seipel, un journaliste allemand, a été l’une des rares personnes non russes autorisée à passer de longs moments avec Poutine et en a tiré un film qui a été diffusé en Allemagne sur la chaîne publique ARD le 27 février 2022. Ce film confirme ce sentiment de solitude.

XPutin tables with macron and generalsLes photos ahurissantes des “micro-tables” de réunion utilisées par Poutine valent plus qu’un long discours. Elles transmettent des messages terribles de solitude et de défiance.

Honte aux hommes et femmes politiques français qui se sont moqués de notre Président Emmanuel Macron quand il a été reçu par Poutine avec cette petite “grande” table.

Si la longueur de la table est un signe de mépris et de défiance, alors le signal est clair:

Poutine a encore plus peur de ses collaborateurs et des Russes que de la France et de l’Europe.

C’est un très bon signe.

 

Quelles souverainetés nationales pour la Russie

J’ose espérer que Poutine s’est posé la question des dépendances de son pays avant de décider de se lancer dans une guerre atroce qui n’a aucune justification.

La Russie est une dictature et Poutine avait tous les moyens à sa disposition pour garantir les souverainetés nationales de ce pays. Il n’y est pas arrivé.

En 2022, aucun pays au monde ne peut vivre en autarcie ; la souveraineté nationale absolue est un mythe.

En quelques jours, la Russie a découvert qu’elle était dépendante du reste du monde, et dans de nombreux domaines.

J’ai choisi quelques exemples, non exhaustifs, mais en privilégiant ceux qui ont une dimension numérique:

XRussian analyst - Stock Market is deadLe système financier international, SWIFT et autres. Le rouble est devenu une devise non convertible et la bourse de Moscou est morte. Cet interview en direct, sur la télévision russe, d’un analyste financier qui porte un toast à la mort de la bourse russe est révélateur. La tête et la réaction de la journaliste devant cette annonce sont révélatrices de son effroi.

● Visa et Mastercard arrêtent leurs opérations en Russie. Les opérations avec des cartes émises par les banques russes sont bloquées, en Russie et à l’étranger. American Express fait de même.

XRussian queue in Moscow MetroLes fournisseurs de solutions de paiement par mobile. Apple et Google ont désactivé leurs outils de paiement en Russie. On voit sur cette photo des citoyens russes obligés de faire la queue pour acheter avec des roubles des billets dans le métro de Moscou.

XSabre AmadeusLes moyens de transport aériens. En plus de la fermeture des espaces européens aux avions russes, y compris les jets privés des oligarques, les deux grands systèmes de réservation de voyages, l’Américain Sabre et l'Européen Amadeus, ont bloqué les compagnies aériennes russes comme Aeroflot. Ceci interdit en pratique aux Russes de réserver des billets d’avion, y compris pour des vols intérieurs.

XIntel AMD TSMC RussiaLes approvisionnements en composants électroniques. Dès le début de l’invasion, des industriels importants comme Intel, AMD et TSMC ont annoncé qu’ils arrêtaient les livraisons de composants électroniques à la Russie. La Russie a développé ses propres circuits électroniques, sous la marque Baïkal. Problème: les microprocesseurs Baïkal sont fabriqués par TSMC à Taiwan. Taiwan est sous la menace d’une invasion par la Chine continentale, alliée de la Russie, au moins pour le moment. Cette menace d’invasion plane aussi sur l'Europe comme je l’ai écrit dans ce billet de blog.

De nombreux fournisseurs de solutions informatiques arrêtent leurs ventes en Russie: Apple, Microsoft, Google, Samsung... la liste s'allonge tous les jours.

 

Souveraineté énergétique : les énergies fossiles russes

XAdS DPC Fossil energy S 450449570Est-ce que les énergies fossiles russes, charbon, gaz et pétrole sont très utilisées en Europe en 2022? Réponse: oui.

Est-ce que les énergies fossiles russes, charbon, gaz et pétrole sont très utilisées aux États-Unis en 2022? Réponse: non.

Est-ce que l’économie russe est très dépendante de ses exportations d’énergies fossiles? Réponse: oui.

Dans ce domaine des énergies fossiles, qui dépend le plus de qui, la Russie ou l’Europe? La réponse n’est pas simple.

XMain exports from RussiaLa forte dépendance de l'économie russe aux trois énergies fossiles, charbon, gaz et pétrole est mise en évidence par ce tableau des principales exportations russes en 2019. Quatre des principales sources de revenus sont liées aux énergies fossiles. La cinquième “unspecified commodities” regroupe vraisemblablement les produits alimentaires.


XRussian links exports to EuropeJ’ai regroupé trois informations qui mettent en évidence les dépendances, l’inverse des souverainetés, entre la Russie et l’Europe:

● 50% des exportations de la Russie, 20% de son PIB, sont liées au gaz et au pétrole.

● La Russie est le troisième exportateur mondial de charbon; l’Europe importe 44% du charbon russe.

● L’Europe importe 60% du pétrole russe.

XOil companies leaving Russia  except TotalDes géants de l’énergie pétrolière ont réagi rapidement à cette invasion.

BP, Exxon, Shell, qui ne font pourtant pas partie des entreprises les plus “vertueuses” du monde, ont annoncé qu’elles quittaient la Russie.

Je constate avec tristesse que le Français TotalEnergies est le seul grand acteur occidental qui n’a pas encore, à l’heure où j’écris ces lignes, annoncé son retrait de Russie. Je reste optimiste et pense que la pression des politiques et des Français obligera TotalEnergies à annoncer son retrait de Russie avant la fin du mois de mars 2022.

 

Temps court, pour la Russie

À court terme, en 2022 et 2023, l’armée russe se maintiendra en Ukraine, quelles que soient les pertes humaines des deux côtés, tant que Vladimir Poutine restera Président. Il n’acceptera jamais un retrait, qui serait un échec militaire et politique que sa mégalomanie ne supporterait pas.

La seule manière de mettre rapidement fin à cette invasion est l’élimination physique de Vladimir Poutine. Sur cette vidéo officielle russe, les deux responsables militaires qui sont présents quand Poutine annonce la mise en alerte de l’arsenal nucléaire russe n’ont pas l’air très enthousiastes.

Il est difficile de trouver une image plus parlante pour illustrer le pouvoir absolu de Poutine que celle de cette réunion du “Conseil de Sécurité” pour leur “demander leur avis”.

XConseil de sécurité Poutine Russie

Ils sont nombreux, les dictateurs qui ont été éliminés par leurs proches.

(Cette vidéo, non essentielle, montre comment sont morts 25 dictateurs.)

 

Temps long, pour la Russie : une souveraineté nationale qui pourrait disparaître


XUkraine Waterloo de PoutineL’invasion de l’Ukraine par le dictateur Poutine aura, pour la Russie, les résultats inverses de ceux qu’il espérait. Frans Timmermans, Vice-Président de la Commission Européenne, parle du “Waterloo de Poutine”, et je partage ce point de vue.

Projetons-nous dans la décennie qui démarrera en 2030.

La Russie est une statue aux pieds d’argile, un géant militaire et un nain économique.

Le PIB de la Russie est le douzième du monde, entre la Corée du Sud et l’Espagne.

XRussia within main world economies

Dans le paragraphe précédent, j’ai montré que les exportations de la Russie étaient dominées par les énergies fossiles.

L’invasion de l’Ukraine par Poutine va accélérer la volonté de l’Europe de ne plus dépendre des énergies fossiles, et en priorité de celles de la Russie. Les investissements dans les énergies renouvelables s’accéléreront et le nucléaire reprendra des couleurs, y compris dans des pays comme l’Allemagne et la Belgique qui avaient décidé de s’en passer.

XPays européens dépendant gaz russeComme le montre ce graphique, les efforts demandés à de grands pays comme l’Allemagne ou l’Italie seront gigantesques: en 2020, ils dépendaient à près de 50% du gaz russe.

Dans les dix ans qui viennent, les importations par l’Europe de pétrole, charbon et pétrole en provenance de Russie vont s'effondrer.

Europe indépendante énergie russe 2030Ceci est confirmé par cet entretien dans le journal l'Opinion avec Margrethe Vestager, Vice Présidente de la communauté européenne, publié au moment où je mettais la dernière main à ce texte. Il annonce une possible indépendance énergétique de la Russie en 2030. 

Quelles sont, dans l’autre sens, les principales importations de la Russie?

XRussian imports by countries and products

La Russie à une économie de pays en voie de développement: exportation de matières premières à faible valeur ajoutée et importation de produits manufacturés.

Ce que montrent aussi ces graphiques, c’est que la Chine est déjà, de loin, le pays dont la Russie dépend le plus pour ses importations. Cet article de la Tribune confirme ce rapprochement commercial entre la Chine et la Russie. Tout est en marche pour que la Chine prenne la Russie dans ses filets...

D’ici à 2030, la Chine sera aussi devenue le premier acheteur des matières premières russes. La Chine tiendra alors l’économie russe à sa merci, autant par les importations que les exportations.

En 2030, la Russie sera un pays rejeté par les États-Unis et l’Europe. Reste une inconnue, la position de l’Inde qui est difficile à évaluer. En 2022, l’Inde essaye de tenir un équilibre complexe entre ses deux grands voisins, la Chine et la Russie. De quel côté aura basculé l’Inde en 2030?

Two fish - Xi jinping & Putin B

L’invasion de l’Ukraine par Poutine en 2022 aura les résultats inverses de ceux qu’il espérait: l’empire russe aura disparu et la Russie sera devenue un vassal de la Chine, un pays mineur dans un monde tripartite, Chine, États-Unis et Europe.

 

Mise à jour du 8 mars 2022

A la suite d'un commentaire publié ce matin, je me suis posé la question:

Existe-t-il une alternative à cette vassalisation de la Russie vers la Chine?

Réponse: oui.

Les Russes, le peuple, l'armée ou les oligarches éliminent Poutine avant la fin de l'année 2022, et c'est tout à fait possible, je dirai même probable.

Aussitôt, l'Europe propose une paix des nobles aux Russes en levant les sanctions et les aidant à rélancer leur économie vers l'Ouest, pour réduire leur dépendance à la Chine.
On retrouve une idée très ancienne, et plus pertinente que jamais du Général de Gaulle:

                "L'Europe, depuis l'Atlantique jusqu'à l'Oural"

Une Russie qui collabore avec l'ensemble des pays de l'Europe de l'Ouest, c'est encore possible si Poutine est éliminé rapidement.

L'équilibre du monde serait plus raisonnable, avec trois grandes forces:
- Etats Unis
- Chine
- Europe + Russie

Comment l'Europe peut aider les Russes à éliminer Vladimir Poutine, ce devrait être une priorité absolue des dirigeants européens.

 

Les souverainetés européennes en question

L’Europe sortira renforcée de cette guerre abominable menée par le dictateur Poutine contre l’Ukraine. C’est difficile à écrire, mais c’est la réalité.

En plus de la souveraineté numérique, que je traite dans un paragraphe spécifique, j’ai identifié quatre autres souverainetés dont l’importance est devenue encore plus stratégique après cette invasion de l’Ukraine. Je les aborde dans l’ordre alphabétique.

Souveraineté alimentaire

XExportations Russe & Ukraine mais & bléL’Ukraine et la Russie étaient deux exportateurs importants de produits alimentaires vers l’Europe, et en particulier pour le blé, le maïs et le tournesol.
En 2020, ces deux pays représentaient environ 20% des exportations mondiales de blé et de maïs.

Une grande partie de la chaîne alimentaire européenne sera impactée par la hausse des prix de ces matières premières, en particulier dans l’élevage.

Souveraineté énergétique

XRussia  first provider in Europe of coal oil & gasJ’ai déjà longuement évoqué les dépendances énergétiques de l’Europe vis-à-vis de la Russie.

Ces trois graphiques montrent que la Russie est le premier fournisseur de l’Europe pour…les trois énergies fossiles, charbon, pétrole et gaz. (Source Eurostat)

Des décisions courageuses ont déjà été prises, comme l’arrêt de la mise en service du gazoduc Nord Stream 2 par l’Allemagne. La société de droit suisse, Nord Stream 2 AG, filiale du groupe pétrolier russe Gazprom, a licencié en mars 2022 tous ses collaborateurs.

Quels peuvent être les autres pays producteurs de charbon, pétrole et gaz capables de fournir rapidement à l’Europe les quantités d’énergies fossiles dont elle aura encore besoin pendant quelques années?

Comment, à quelle vitesse, les énergies non carbonées, et en priorité l’éolien, le solaire et le nucléaire peuvent se substituer aux énergies fossiles?

L’Europe devra trouver rapidement des réponses concrètes à ces deux questions si elle souhaite accroître sa souveraineté énergétique. Facile à écrire, difficile à réaliser.

Souveraineté militaire

Une force européenne de défense? Le premier projet dans ce sens, la CED, Communauté Européenne de Défense, a été lancé en 1950. C’est la France qui a fait échouer ce projet en 1954 alors que les autres pays, Allemagne, Pays-Bas, Belgique et Luxembourg l’avaient accepté.

Entre 1954 et 2021, l’Europe de la Défense est restée une idée sans mise en œuvre pratique.

Avec l’invasion de l’Ukraine, Poutine a réussi un exploit que personne n’avait pu faire avant lui, amener l’Allemagne à investir massivement pour son armée!

Un premier budget de 100 milliards d’euros a été annoncé et l’Allemagne va rapidement monter son budget militaire à 2% de son PIB.

Entre 1990, année de la réunification, et 2021, l’Allemagne avait réduit ses effectifs militaires de 500 000 à 200 000 personnes.

XAllemagne annonce 100 Milliards dépenses militairesUne vidéo de six minutes sur cette annonce est accessible dans ce lien vers France24.

L’Allemagne a aussi, pour la première fois, accepté d’exporter en Ukraine des armes "létales", missiles sol-air et roquettes antichars.

C’est un changement radical de la politique militaire en Allemagne, que personne n’avait anticipé.

Ces décisions allemandes peuvent, rapidement, relancer l’idée d’une armée européenne, dont les responsables seront uniquement des Européens. Cela ne se fera pas en quelques jours…

Souveraineté politique

Souverainetés alimentaires, énergétiques et militaires, il sera difficile de les mettre en œuvre s’il n’y a pas un pouvoir politique plus fort au niveau européen.

Souveraineté EuropéenneDans ce domaine aussi, Poutine a réussi l’exploit de permettre que ce sujet redevienne d’actualité, comme le rappelle cet article du JDD.

En France, la majorité des hommes et femmes politiques “souverainistes”, anti-européens, étaient aussi de grands admirateurs de Poutine. Est-ce que leur grand embarras actuel permettra à la France de prendre une position plus positive sur un accroissement du pouvoir politique de l’Europe? Il est encore trop tôt pour le dire.

 

Souveraineté Numérique

En ce début 2022, EuroCloud, le CIGREF et d’autres organisations du monde numérique ont publié des documents à destination des candidats à la Présidence de la République Française pour leur faire des recommandations et proposer des plans d’action dans le numérique.

XLe Pitch numérique des candidats élection présidentielleMercredi 9 mars 2022, les candidats ou leurs représentants, invités par Convergences Numériques, qui regroupe 10 associations du numérique, auront 15 minutes pour “Pitcher” leur programme numérique. J’y serai.

Vous dire que j’attends beaucoup de cette soirée, ce serait mentir. Les discours des politiques en période électorale sont pleins de belles phrases, d’envolées lyriques, surtout dans des domaines comme le numérique que peu d’entre eux maîtrisent.

L’expression “souveraineté numérique” sera prononcée des centaines de fois pendant cette soirée.

J’ai publié à la fin 2021 un long billet sur mon blog mettant en lumière mes profondes inquiétudes sur l’avenir du numérique européen d’ici à 2030.

Est-ce que l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine va donner à ces candidats de nouvelles idées sur les moyens d’accroître la souveraineté numérique de l’Europe? J’en doute.

Est-ce que les discours classiques pour le “Cloud Souverain”, contre les méchants GAFAM et autres Cloud Act vont évoluer? J’en doute.

XUS Cloud Services Cut in Russia L’annonce d’une probable coupure par les acteurs américains du cloud public, AWS, Azure et GCP de l’accès à leurs services IaaS par les organisations russes peut même renforcer le discours des opposants au Cloud Public: “ On vous a prévenu, s’ils peuvent couper les services cloud aux Russes, ils pourront aussi les couper à l’Europe s’ils le souhaitent”.

Il y a de profondes différences entre la situation de la Russie et de l’Europe. Aucun des trois acteurs américains du cloud public, AWS, Azure et GCP, n’a d’implantation de centres de calcul en Russie alors qu’ils en ont des dizaines dans les pays européens.

Si je reviens sur la liste des sanctions prises contre la Russie dans le monde numérique, on s’aperçoit que certaines d’entre elles ne pourraient pas être imposées à l’Europe:

● SWIFT est une société basée en Belgique.

● Amadeus a son siège social à Madrid, ses équipes de développement en France et son centre de calcul historique en Allemagne.

Par contre Visa et Mastercard sont aujourd’hui des sociétés américaines. Il existait une association indépendante, Visa Europe, mais elle a été achetée par Visa inc., de droit américain, en 2015.

La position que j’ai défendue dans ce billet de blog, à savoir que l’Europe doit choisir les combats qu’elle souhaite mener dans les domaines du numérique, sort renforcée de la tragédie ukrainienne.

Comme on l’a vu précédemment, la souveraineté numérique n’est pas la seule dont doit se préoccuper l’Europe.

L’invasion de l’Ukraine par le dictateur Poutine va nous obliger, nous Européens, à choisir nos priorités en matière de souverainetés européennes.

 

Quelles souverainetés prioritaires pour l'Europe

J’ai préparé ce tableau avec les cinq souverainetés, classées par ordre alphabétique.

C’est une question que j’aimerais bien poser aux candidats à l’élection présidentielle en France: merci de classer de 1, la plus importante, à 5, la moins importante, les souverainetés européennes à privilégier dans les années qui viennent, en tenant compte de la situation nouvelle créée par l’invasion de l’Ukraine.

J’ai beaucoup parlé de l’Europe dans ce texte. Quel est la position spécifique de la France dans ce débat?

Dans l’Europe, la France est bien placée dans trois de ces souverainetés:

France souverainetés énergie agricole nucléaireÉnergétique: avec son parc nucléaire le plus important d’Europe, la France est moins dépendante des énergies fossiles russes que ses voisins.

Alimentaire: l’agriculture française subvient à la majorité des besoins alimentaires des français. SI nécessaire, la France peut rapidement devenir autosuffisante dans l’alimentaire, en rééquilibrant ses productions vers des besoins prioritaires.

Militaire: l’armée française est, de très loin, la plus forte et la mieux entraînée de toute l’Europe. C’est aussi, maintenant que le Royaume Uni ne fait plus partie de l’Union Européenne, le seul pays qui dispose de l’arme nucléaire.

Les réponses à la guerre déclenchée par le dictateur Poutine ne peuvent qu’être européennes. La France est bien placée pour y participer et sera l’un des pays européens qui aura le moins à souffrir des ajustements indispensables.

La réponse la plus fréquente sera probablement, langue de bois politique oblige, qu’elles sont toutes aussi importantes. Les obliger à choisir nous éclairerait sur leurs visions à moyen terme de l'Europe et du monde.

XCinq souverainetés européennesJe me suis livré à cet exercice et vous propose d’établir, à votre tour, votre classement.

Vous pouvez aussi le partager autour de vous, et comparer les réponses. Je suis persuadé que vous obtiendrez des réponses très différentes, qui pourraient vous surprendre.

Cela a été tout sauf facile, en tout cas pour moi.

Étant un homme du numérique, la tentation était forte de mettre cette souveraineté en première position. Elle n’arrive pourtant qu’en quatrième position dans mon classement.

 

Mise à jour du 9 mars 2022

J’ai eu un échange passionnant avec Matthieu Hug, multi entrepreneur du cloud et CEO de Tilkal, entreprise qui propose une solution de traçabilité blockchain. 

Il m’a proposé ce schéma qui met les cinq souverainetés en perspective et m’a autorisé à le publier, merci Matthieu.

Modèle Matthieu Hug 5 souverainetés

Les idées fortes:

  • La souveraineté numérique est la fondation indispensable des autres souverainetés.
  • La souveraineté politique est indispensable pour agir sur toutes les souverainetés.
  • Les trois souverainetés, alimentaires, énergétiques et militaires, ne peuvent se développer que si les deux autres deviennent une réalité.

 

L’invasion de l’Ukraine par le dictateur Poutine aura fait faire en quelques jours un pas de géant à l’Europe dans sa prise de conscience qu’elle doit assumer une présence beaucoup plus forte dans un monde complexe et dangereux.

Espérons que cette prise de conscience se traduira par des actes forts et pérennes.

Le jeudi 24 février 2022 pourrait alors devenir une date clé dans l’histoire de l’Europe:

● Célébration de l'héroïsme du peuple ukrainien et de son jeune Président de 44 ans, Volodymyr Zelensky.

● Date à laquelle l’Europe a pris conscience qu’elle devait et pouvait devenir une puissance mondiale forte. Elle sera considérée comme la deuxième date de naissance de l’Union Européenne, après les accords de Maastricht du 1er novembre 1993.

Malgré cette tragédie qui touche le peuple ukrainien, je reste optimiste sur l’avenir de l’Europe, une fois que le cauchemar Poutine aura disparu des radars.


Après un ordinateur pour chaque col blanc, un smartphone pour chaque FLW, Front Line Worker

 

XOld IBM PCMicrosoft, entreprise créée en 1975, n’était pas à l'origine du premier ordinateur personnel. Mais, avec l’aide d’IBM pour les premiers PC MS/Dos, puis avec la création de Windows, Microsoft s'est imposé comme le fournisseur du Système d’Exploitation dominant sur le marché mondial des ordinateurs personnels.

Cet email, envoyé par Bill Gates à l’occasion du 40e anniversaire de la naissance de Microsoft, fait référence à l’objectif ambitieux de Microsoft à ses débuts :

              Bill Gates : “Un ordinateur personnel pour chaque bureau, pour chaque maison”.

Cette prévision a mis des dizaines d’années à devenir une réalité !

XMail One PC on every Desk

Je me souviens d’avoir évoqué cet objectif avec un dirigeant en lui disant : “demain, il y aura dans vos bureaux autant d’ordinateurs individuels que de téléphones.” Sa réponse fut immédiate : “OK, je vais supprimer des téléphones !”

Aujourd’hui, tous les cols blancs sont équipés d’ordinateurs personnels, portables dans plus de 90% des cas.

Par contre, les FLW, Front Line Workers, équipes en première ligne, restent les grands oubliés de la Transformation Numérique.

En ce début d’année 2022, je vous propose à mon tour un objectif ambitieux :

     Louis Naugès : un smartphone pour chaque FLW avant la fin de l’année 2025.

Les entreprises innovantes, soucieuses de leur compétitivité et de la nécessité de faire rentrer les FLW dans l’ère du numérique, auront atteint cet objectif avant 2025.

Dans ce billet, j’ai l’ambition de vous proposer un mode d’emploi clair, complet, opérationnel, concret pour vous permettre d’équiper immédiatement tous les FLW de votre entreprise avec des outils numériques qu’ils plébiscitent, qui les rendent plus efficaces et plus productifs.

Personne ne peut être contre cet objectif…

Si votre entreprise emploie des FLW, vous devez impérativement lire ce billet pour préparer le futur de leur équipement numérique.

 

Rappel : Les FLW, Front Line Workers, équipes en première ligne

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le concept de FLW, Front Line Workers, j’ai écrit récemment deux billets consacrés à ce thème :

Travailleurs en première ligne, nouvelle priorité de toute Transformation Numérique.

Numérique, après les cols blancs, priorité aux FLW, Front Line Workers.

J’en résume ici les idées clefs.

Les FLW sont les travailleurs en première ligne, les “deskless”, les sans bureaux, par opposition aux cols blancs. Quelques chiffres essentiels :

● Cols blancs = 20% de la population mondiale des actifs.

● FLW = 80% de la population mondiale des actifs.

● Principaux secteurs d’activités avec majorité de FLW : industrie, transport, logistique, agriculture, hôpitaux, hôtels…

● Dans les économies avancées, Etats-Unis, Europe… le pourcentage de FLW est plus faible, comme le montre cette étude réalisée par OMDIA en 2020. Il est compris entre 65 et 70%, encore largement majoritaire.

XOmdia 70% FLW

 

Situation actuelle : bienvenue dans le Numérique Fantôme des FLW

Un smartphone pour chaque FLW : c’est déjà une réalité en 2022 !

Problème, ce sont dans la majorité des cas des smartphones personnels, utilisés en priorité pour des usages personnels et, parfois, aussi pour des usages professionnels.

C’est l’un des exemples les plus frappants du décalage qui existe entre les vitesses d’introduction des solutions numériques dans le grand public et dans les entreprises.

Dans un grand groupe français de la distribution avec qui j’échangeais récemment, on m’a cité un cas “de Numérique Fantôme” typique. Dans les magasins, les FLW ont créé des groupes WhatsApp avec 250 personnes, le maximum autorisé par cette application, pour échanger des photos liées à leurs activités professionnelles. J’expliquerai, à la fin de ce billet, comment transformer ce numérique fantôme FLW en une application officielle, beaucoup plus performante, en utilisant la solution Frontspace de WizyVision.

XNetskope Iceberg 10 xLe numérique fantôme (Shadow IT en anglais) : il a toujours existé et a explosé avec l’arrivée des solutions SaaS, Software as a Service, depuis le début des années 2000.

Une enquête menée par l’éditeur de solutions de sécurité Netskope a montré que le nombre de solutions SaaS utilisées est dix fois supérieur à celui estimé par les équipes informatiques.

En refusant de fournir aux FLW des outils numériques d’entreprise, les entreprises prennent le risque de répéter les mêmes erreurs commises avec les cols blancs et de voir se multiplier des cas d’usages de numérique fantôme FLW.

 

Cols blancs et FLW : des outils numériques différents

Le premier réflexe, logique, des entreprises qui décident d’équiper leurs FLW avec des outils numériques est de leur proposer les mêmes solutions qui ont fait leurs preuves avec les cols blancs. J’ai personnellement commis cette erreur au début des années 2010 quand je militais pour donner une adresse courriel à tous les FLW.

Il est clair, aujourd’hui, que c’était une mauvaise idée : les FLW ont besoin d’outils numériques différents :

● Le texte, le formulaire, ce n’est pas ma tasse de thé.

● Le courrier électronique, non merci.

● Un ordinateur portable : vous plaisantez ?

Fidèle à une démarche que je préconise depuis des dizaines d’années, je vais clairement séparer :

● Les solutions d’infrastructures, en l'occurrence, les objets d’accès et les réseaux.

● Les usages, les applications, qui apportent de la valeur aux FLW et qui s’appuient sur ces infrastructures.

Pour les réseaux au service des FLW, encore plus que pour les cols blancs, les seules réponses possibles sont des réseaux sans fil, WiFi, 4G et 5G. Dans la suite de ce billet, je fais l’hypothèse, raisonnable, que des réseaux sans fil sont disponibles pour les FLW.

Sur les objets d’accès, les études que nous avons menées avec WizyVision ont confirmé des différences majeures, résumées dans ce tableau.

XOffice Workers & FLW Interfaces - Outils accès● Les cols blancs maîtrisent depuis des dizaines d’années les ordinateurs personnels. Ils sont aussi très à l’aise avec l’interface clavier-texte-souris, qui leur permet de créer des tableaux, des présentations et des documents.

● Pour les FLW, ordinateur de bureau et clavier ne seront jamais leurs outils favoris. Ils sont par contre tous capables :

    ○ D’utiliser un smartphone.

    ○ De prendre des photos.

    ○ D’ajouter un commentaire vocal qui sera automatiquement traduit en texte et rattaché à une photo.

Ceci confirme l’hypothèse formulée au début de ce billet, proposer :

             Un smartphone pour chaque FLW avant la fin de l’année 2025.

Comment choisir un smartphone pour les FLW ? C’est l’objet du prochain paragraphe.

 

Equiper les FLW avec un smartphone : principales options

Je vais centrer mon analyse sur les smartphones Android, qui équipent ou équiperont l’immense majorité des FLW. On rencontre peu de smartphones Apple dans les usines, chez les transporteurs ou les compagnons sur un chantier de construction.

Les entreprises doivent répondre à deux questions :

● Quel smartphone Android choisir ?

● Quelles sont les options de possession du smartphone, entre l’entreprise et le FLW ?

Je vais parler en priorité des smartphones ; dans certains cas, une tablette Android sera plus efficace, mais ce qui suit est valable pour les smartphones et les tablettes.

Choix du smartphone Android

Il faut rentrer, un peu, dans la technique pour comprendre les options proposées pour le Système d’exploitation Android.

1 - AOSP : Android Open Source Project

Il s’agit de la version native, “Open Source” d’Android. C’est celle que doit maintenant utiliser Huawei après l’interdiction par le gouvernement américain d’accéder aux “Services” de Google.

Cette version de base ne permet pas de donner accès aux services essentiels de Google, tels que le Google Play Store et la géolocalisation avec Google Maps. Elle ne doit pas être choisie par les entreprises européennes pour équiper les FLW.

2 - GMS : Google Mobile Services

GMS est la version d’Android installée sur la quasi-totalité des smartphones commercialisés en dehors de la Chine. Ce document explique en détail les fonctionnalités et les avantages de GMS.

XVersions Android - AOSP  ManagedPour être certifié GMS, un smartphone doit passer un grand nombre de tests. C’est un peu la réponse de Google à Apple. GMS lui permet de mieux contrôler les nombreux fournisseurs et les centaines de modèles Android disponibles, en garantissant aux acheteurs qu’ils disposent tous des mêmes fonctionnalités de base.

Ce tableau dresse une liste très complète des principales fonctionnalités disponibles sur un smartphone GMS.

Les points essentiels à mémoriser, sur les avantages de GMS :

● Met à disposition les fonctionnalités et applications de Google.

● Donne accès aux API de Google.

● Permet d’utiliser le Google Play Store.

Pour équiper les FLW la version GMS d’Android s’impose clairement.

XLogo Android Enterprise recommendedParmi tous les smartphones GMS, les équipes Android ont établi une sélection de modèles adaptés aux attentes des entreprises, les offres “Android Enterprise”.

Option Zero Touch. Je recommande fortement aux entreprises de choisir des smartphones qui disposent de l’option Zero Touch. Elle permet de gérer plus facilement des flottes de terminaux en autorisant l’enrôlement automatique des smartphones OTA (Over the Air) dans l’EMM choisi pour gérer les utilisateurs et les applications sans avoir besoin d’accéder physiquement aux terminaux.

La deuxième question qui se pose est : smartphone standard ou version durcie.

XRugged Zebra device1 - Les smartphones durcis (Rugged en anglais) sont adaptés à des conditions d'utilisation qui demandent des smartphones plus résistants.

Les principales fonctionnalités recherchées par les entreprises :

● Batteries que l’on peut remplacer. C’est de loin la demande la plus importante.

● Résistance aux chutes, à l’eau.

● Lecteurs rapides de codes barres ou de QR codes.

● ATEX, pour les environnements où les risques d’explosion sont importants.

Les prix de ces smartphones durcis sont dans la fourchette de 500 € à 2 000 €. Les entreprises demandent de plus en plus de smartphones durcis à des prix raisonnables, inférieurs à 1 000 €.

Les principaux fournisseurs de smartphones Android durcis ont pour noms : Zebra, Honeywell, Samsung…

J’ai fait une recherche sur le site d’Android Entreprise pour les smartphones durcis disponibles en Europe, et j’ai trouvé 83 modèles différents. Chaque entreprise y trouvera ceux qui conviennent aux différents profils de FLW.

XAndroid Devices Europe rugged

2 - Les smartphones standards, qui sont aussi utilisables par les cols blancs (Knowledge Workers).

Tous les FLW n’ont pas besoin d’un smartphone Android durci. Il existe d’excellents smartphones GMS non durcis qui répondent aux attentes de nombreux FLW.

Ces smartphones standards ont deux avantages :

● Des prix plus bas, qui commencent à environ 300 €.

● L’offre est plus abondante, avec 241 modèles Android Entreprise disponibles en Europe.

XAndroid Devices Europe all

 

Options de possession d’un smartphone professionnel par un FLW

Il y a trois démarches possibles pour équiper un FLW d’un smartphone :

● Utiliser deux smartphones séparés, un professionnel et un personnel.

● COPE : Company Owned, Personally Enabled. L’entreprise fournit un smartphone au FLW et l’autorise à l’utiliser à titre personnel.

● BYOD : Bring Your Own Device. Le FLW est propriétaire du smartphone et s’en sert aussi officiellement pour ses usages professionnels.

Chacune de ces trois démarches est possible. Ce sont avant tout des considérations organisationnelles, culturelles et humaines qui vont orienter les choix d’une entreprise.

Cet article présente clairement ces options.

Deux smartphones séparés

Cette démarche est la plus simple à mettre en œuvre.

XDeux smartphones indépendantsIl y a de nombreuses situations pour lesquelles c’est la seule option raisonnable.

On peut citer quelques exemples :

● Environnement sécurisé : le smartphone ne doit pas quitter la zone de travail.

● Smartphones durcis : ils ne sont pas adaptés à un usage personnel.

● Smartphones professionnels non nominatifs, en libre-service, partagés par plusieurs FLW.

● Équipement de FLW pendant de courtes périodes : saisonniers, intérimaires, sous-traitants…

Un seul smartphone, pour usages professionnels et personnels.

XUn seul téléphone perso & proAvant de présenter ces deux options, il est important de comprendre ce que permet aujourd’hui de faire un smartphone Android moderne.

Création de “containers” indépendants : il est possible de créer deux espaces totalement indépendants sur un même smartphone :

● Un container professionnel, “Work profile”.

● Un container personnel, “Personal profile”.

● Chacun de ses deux containers est indépendant, en matière d’applications et de données. Si un FLW utilise Google Maps pour son travail et ses usages personnels, il y aura deux versions de Google Maps installées.

● Le FLW peut être autorisé à mettre “off” le container professionnel, par exemple pendant le Week-End, pour ne pas recevoir de communications de son entreprise.

Démarche COPE. C’est l’entreprise qui prend la main et choisit les smartphones qui seront proposés aux FLW. Elle peut aussi contrôler les règles d’usages et quels opérateurs télécoms seront sélectionnés.

Démarche BYOD. C’est le collaborateur FLW qui fait le choix du smartphone Android qu’il va accepter de partager avec son entreprise. Rien ne garantit qu’ils seront tous “Android Enterprise”, donc faciles à gérer. C’est pour cela qu’il y a un point d'interrogation face à EMM. Seuls les téléphones Android Entreprise le permettent.

Je constate que la démarche COPE est choisie en priorité par les entreprises innovantes qui ont équipé des FLW avec un seul smartphone, professionnel et personnel. On en verra deux exemples plus loin dans ce billet.

 

Indispensable : un EMM, Enterprise Mobile Management

Quelle que soit la démarche choisie, Il n’est pas raisonnable d’équiper un FLW avec un smartphone pour des usages professionnels sans y installer un logiciel EMM, Enterprise Mobile Management, qui a deux grandes familles de fonctions :

● Sécuriser le smartphone. Parmi les fonctions essentielles, on trouve :

    ○ Utilisation obligatoire d’un blocage d’écran.

    ○ Effacement à distance en cas de vol ou de perte.

    ○ Contrôle des réseaux WiFi auxquels le smartphone peut se connecter.

    ○ Chiffrement natif des données.

    ○ Limites d’utilisation : définir la zone géographique dans laquelle le smartphone est autorisé à fonctionner.

    ○ Rendre impossible un “factory reset”.

● Gérer le smartphone et les applications :

    ○ Garantir que les seules applications autorisées professionnellement sont installées dans le work profile.

    ○ Interdire toute installation d’applications qui ne viennent pas du Google Play Store.

    ○ Gérer de manière centralisée la flotte des smartphones des FLW.

Dans le domaine des EMM aussi, l’offre est abondante. Une recherche sur le site Android Entreprise, en sélectionnant les fonctionnalités les plus importantes, propose 31 solutions.

XAndroid EMM main features 31

On y trouve des solutions qui existent depuis de nombreuses années, telles que SOTI, VMWare Workspace ou Mobileiron. Parmi les plus récentes, je peux citer l’une des plus modernes et des plus compétitives, WizyEMM, proposée par la société Wizy.io. (Dont je suis l’un des fondateurs !)

 

Cas d’usages 1 : La Poste en France

Le Groupe La Poste est un pionnier dans l’équipement de ses collaborateurs du terrain avec un smartphone. Le projet Facteo a démarré il y a presque 10 ans, en 2012.

Aujourd’hui plus de 70 000 facteurs sont équipés d’un smartphone Android standard.

La priorité a été donnée à des applications métiers, telles que l’aide aux personnes âgées, pour pallier la baisse continue du courrier papier, qui était initialement le principal métier des facteurs.

La démarche COPE a été choisie : le facteur dispose d’un environnement personnel étanche sur le smartphone fourni par l’entreprise. Le fait que La Poste soit aussi un opérateur téléphonique mobile a facilité la mise à disposition d’accès à un réseau mobile.

XPhoto par facteur d'un françaisCela fait aussi plaisir de voir que La Poste était présente au CES de Las Vegas en 2020 pour faire la promotion de ses solutions numériques innovantes. Elle en profite pour accompagner plusieurs startups sur ce salon.

La dimension humaine du métier de facteur, en particulier en milieu rural, sera mise en lumière lors d’une exposition des meilleures photos prises par les facteurs. Cette exposition sera visible en 2022 à la grande poste du Louvre à Paris. C’est une très belle initiative, bravo !

 

Cas d’usages 2 : Walmart aux Etats-Unis

Walmart, peu connu en Europe, est un distributeur dont 70% des revenus se font aux Etats-Unis. C’est aussi le plus important employeur privé du monde avec 2,2 millions de collaborateurs.

En 2021, Walmart a lancé un grand programme d’équipement en smartphones de ses  “Associates”, les FLW payées à l’heure chez Walmart. Ce sont en priorité les personnes présentes dans les supermarchés et hypermarchés.

La première vague d’investissements en 2021 ne concerne que 50% de cette population. Cela représente quand même… 740 000 smartphones Samsung Android !

Xarticle Walmart 740 000 smartphones

Dans ce webinaire, d’une durée de 20 minutes, organisé par Android Entreprise à la fin de l’année 2021, deux collaboratrices de Walmart présentent ce projet, les principaux objectifs et les premiers résultats obtenus. Me@Walmart, c’est le nom de l’application mobile qui regroupe toutes les fonctionnalités auxquelles ont accès les Associates.

XWalmart employee image 740 000 & freeComme pour le Groupe La Poste, une démarche COPE a été choisie. Les collaborateurs de Walmart peuvent utiliser librement leur smartphone professionnel pour des usages personnels. Même aux Etats-Unis, la fracture numérique existe et l’un des objectifs de Walmart est de réduire, un peu, cette fracture.

 

Equipement d’un FLW avec un smartphone : éléments budgétaires

Il n’est pas raisonnable de proposer à des dirigeants d’investir pour les FLW sans leur donner des éléments budgétaires. Comme toutes les infrastructures numériques, un smartphone pour FLW coûte et… ne rapporte rien. Les bénéfices viennent des usages.

XSmartphone FLW - BudgetCe tableau résume les coûts estimatifs de deux solutions :

● Une hypothèse basse, avec un smartphone normal.

● Une hypothèse haute, avec un smartphone durci haut de gamme.

● Dans les deux cas, la durée de vie estimée du smartphone est de 4 années.

Le coût complet mensuel de mise à disposition d’un smartphone pour FLW, incluant le smartphone, l’EMM et un abonnement à un réseau sans fil est dans une fourchette de 17,5€ à 46,5€.

Chaque entreprise fera ses propres calculs, mais je pense qu’elle sera dans la majorité des cas dans cette fourchette de coût.

 

Un smartphone, pour quoi faire ? Quels usages “Frontiques” pour les FLW

Ads DPC FLW with smartphone reading meter S 208354616Depuis longtemps, les entreprises ont équipé en priorité les FLW de smartphones dans des métiers pour lesquels c'était un outil indispensable, utilisé plusieurs heures par jour, tels que :

● Logistique dans les entrepôts.

● Relevés de compteurs.

● Maintenance d’équipements chez les clients.

● Transporteurs comme Chronopost ou DHL.

On restait dans des cas d’usages très spécialisés, et la grande majorité des FLW n’était pas concernée par ces outils, ce qui explique le déficit actuel d’équipement numérique des FLW dans les entreprises.

Dans le monde des cols blancs, ce sont les usages bureautiques qui ont été à l’origine de la banalisation des ordinateurs personnels et des outils Web tels que la messagerie ou la visioconférence.

Pour les usages universels des FLW, je propose d’utiliser le mot “Frontique”, en espérant qu’il aura le même succès que le mot Bureautique que j’avais créé… Il y a fort longtemps.

Le nombre d’outils bureautiques universels est très réduit. Je fais l’hypothèse qu’il en sera de même pour le nombre d’outils frontiques.

J’ai choisi d’illustrer le concept de solutions frontiques par deux outils SaaS :

● we advocacy

● WizyVision

Ce sont deux exemples de solutions françaises !

 

Premier exemple de solution “Frontique” : we advocacy

XLogo weadvocacywe advocacy est une jeune société française qui propose une solution innovante, et pour le moment, unique : la capacité pour une entreprise de communiquer “Top Down” vers des collaborateurs n’ayant pas d’adresse email. we advocacy a d’autres fonctionnalités, mais je m’intéresse ici uniquement à son apport pour les FLW.

L’application mobile we advocacy est proposée à tous les FLW pour leur smartphone personnel ou professionnel ; ils ont le droit de refuser de l’installer ou de l’activer.

Si le FLW accepte de l’utiliser, cette application fonctionne exactement comme un SMS classique.

we advocacy permet aux entreprises :

De communiquer les mêmes informations vers les FLW et les cols blancs :

    ○ Sous forme de textes, d’images ou de vidéos.

    ○ Événements importants (formations).

    ○ Messages de la direction.

    ○ Lancement de nouveaux produits.

    ○ Newsletter d'entreprise.

    ○ ...

Elle peut être utilisée par plusieurs services et notamment la DSI (alertes autour d'incidents, maintenances programmées) et les RH (offres d'emplois, invitation autour de démarches RH).

Elle permet également d’organiser des sondages simples, réguliers, qui permettent de mieux suivre le ressenti des FLW au cours du temps.

De donner à un chef de chantier la possibilité de communiquer directement avec toute son équipe, en temps réel.

L’entreprise Colas Rail utilise l’application we advocacy ; ces deux exemples sont liés à la vie des chantiers et aux informations relatives à la pandémie COVID-19.

XWeadvocacy Colas Rail

Lors de mes échanges avec les fondateurs de we advocacy, ils m’ont indiqué quels étaient les bénéfices les plus importants remontés par les entreprises clientes :

Augmente le sentiment d’appartenance des FLW à l’entreprise.

Améliore la marque employeur, thème important pour des FLW qui sont des personnes qui changent souvent d’entreprise.

Très simple à déployer et à utiliser : aucun retour négatif, pas de nécessité de formation.

Parmi les difficultés qu’il faut surmonter, l’une des principales reste souvent la “défiance” vis-à-vis de l’employeur, d’où l’importance de laisser le choix au FLW de l’utiliser ou pas.

 

Deuxième exemple de solution “Frontique” : Frontspace de WizyVision

WizyVision a été construit sur l’une des hypothèses présentées au début de ce billet : l’image deviendra l’interface dominante pour les FLW.

XComposants WizyVisionInvisible pour le FLW, mais essentielle, il y a au cœur de l’offre de WizyVision une base de données professionnelles d'images, DAC, Digital Asset Center.

Sur le smartphone du FLW, l’application mobile est Frontspace, qui existe avec plusieurs niveaux de puissance :

● Une version de base, pour prendre des photos, les partager et les sauvegarder dans la base de données DAC. C’est l’option “Klik&Share”.

● Une version plus puissante, qui permet de développer, en “No Code”, des processus légers construits autour de l’image. Il est possible d’utiliser des fonctions d’IA standards telles que l'OCR ou la reconnaissance d’objets.

● Le FLW peut aussi activer la fonction “voix vers texte” et ajouter un commentaire vocal aux photos qu’il prend.

● Avec ML Studio, on peut construire, en “No Code”, des modèles de reconnaissance d’objets métiers spécifiques.

Frontspace est une solution 100%  “frontique”, universelle : les cas d’usages potentiels sont très variés, dans tous les secteurs d’activités qui emploient des FLW.

XInformatique fantome FLW Avantages inconvénientsPour illustrer les avantages de la solution Frontspace, je reviens sur l’exemple du numérique fantôme dans la distribution, présenté au début de ce billet.

1 - Dans la colonne “Numérique Fantôme :

● Le smartphone utilisé est celui du collaborateur FLW, non sécurisé et non géré.

● L’application utilisée pour partager des photos est WhatsApp :

    ○ C’est une image “pauvre”. Toutes les métadonnées, comme la géolocalisation et l’horodatage, sont perdues.

    ○ Le partage de l’image au sein de l’entreprise est impossible, en dehors du groupe WhatsApp.

    ○ Une photo, liée à une activité professionnelle, peut être partagée librement par tous les collaborateurs du groupe WhatsApp, à l’extérieur de l’entreprise, sans aucun contrôle possible.

2 - Dans la colonne Numérique Gérée par l’entreprise :

● Le smartphone est sécurisé et géré, que ce soit un smartphone dédié à l’entreprise ou partagé en mode COPE. Dans les deux cas, un EMM est installé pour garantir cette sécurité et cette gestion.

● Avec l’application Frontspace :

    ○ Toute la richesse informationnelle de la photo est conservée, toutes les metadata sont disponibles, telles que :

        ■ Géolocalisation.

        ■ Horodatage.

        ■ Lecture de tous les textes contenus dans la photo.

        ■ Lecture des éventuels codes barres ou QR codes.

        ■ Reconnaissance d’objets.

        ■ …

    ○ L’intégralité des photos est stockée dans le DAC, sécurisée et accessible à toutes les personnes de l’entreprise en fonction des droits d’accès qui leur sont attribués.

Cet exemple simple illustre bien les potentiels majeurs d’une solution professionnelle frontique comme Frontspace pour… tous les collaborateurs FLW pour qui l’image et la photo ont une valeur importante dans leurs activités.

 

Petite synthèse sur les usages frontiques pour les FLW

Les premiers outils bureautiques pour les cols blancs étaient réservés à des profils spécialisés : les matériels et logiciels de traitement de texte étaient utilisés par les dactylos et secrétaires.

L’arrivée du tableur sur les ordinateurs personnels et de la messagerie électronique ont ouvert la bureautique à tous les cols blancs, cadres compris.

Je pronostique que le même phénomène va se répéter pour les FLW. Après les premières applications métiers réservées à des professionnels comme les chauffeurs de Chronopost, l’arrivée de solutions frontiques comme We advocacy ou WizyVision va permettre, progressivement, à 100% des FLW d’accéder à des usages numériques universels, quels que soient leurs métiers.
Cela fait quand même 2 700 millions de FLW dans le monde à équiper !

XOutils universels FLW EuropeDans mon billet récent sur l’avenir du numérique en Europe, j’ai identifié l’équipement des FLW comme l’un des sept “DC2E” (Digital Commando of Excellence in Europe), domaines dans lesquels l’Europe pouvait encore jouer un rôle important dans l’industrie numérique mondiale.

we advocacy, WizyVision et WizyEMM sont des solutions SaaS françaises, pouvant être utilisées par des FLW dans le monde entier. C’est déjà le cas pour WizyEMM et WizyVision, avec des clients sur les 5 continents.

Oui, l’Europe du numérique a un avenir radieux, si l’on choisit bien ses combats !

 

Concilier équipement des FLW et  frugalité numérique

XAdS DPC Man with two smartphones S 412828136Deux smartphones par personne, c’est très mauvais pour la planète !

J’ai écrit plusieurs billets sur la frugalité numérique, dont un sur les objets d’accès.

XSmartphones numbers - FrugalitéL’information pertinente pour la planète sur le sujet de l’équipement des FLW avec un smartphone est liée à la consommation d’énergie pendant les phases de construction et d’utilisation.

Les chiffres sont sans appel : si je garde un smartphone pendant 3 années :

● Les ¾ de l’énergie sont liées à sa fabrication initiale.

● ¼ seulement est lié à son usage.

Si l’on revient sur les différentes options d’équipement d’un FLW, la solution deux smartphones est la plus mauvaise pour la planète, car elle rajoute ¾ de consommation d’énergie pour le deuxième smartphone, les usages restant identiques. On passe d’une consommation d’énergie de “1” à 1,75”, presque un doublement.

Pour les entreprises et les collaborateurs soucieux de l’avenir de la planète, les deux options raisonnables sont :

● Deux smartphones dans les seuls cas où c’est indispensable, comme on l’a vu précédemment.

● Dans toutes les autres situations, la démarche COPE est à privilégier. Il faut pour cela vaincre les réticences d’un FLW à porter ses usages personnels sur un smartphone appartenant à l’entreprise. Je suis persuadé qu’une explication claire des avantages pour la planète d’une solution COPE fera tomber beaucoup des résistances des FLW.

 

Synthèse

Un smartphone par FLW deviendra la norme dans toutes les entreprises, plus ou moins rapidement.

XAdS DPC FLW in field with smartphone S 257294217C’est un chantier enthousiasmant, que je vous encourage à démarrer, immédiatement :

● Forte valeur ajoutée humaine, pour les FLW.

● Forte valeur ajoutée efficience, pour les entreprises.

● Forte rentabilité pour les entreprises.

● Des dizaines de cas d’usages possibles, immédiatement, en 2022.

Un jour, tous les FLW de votre entreprise seront équipés d’un smartphone pour des usages professionnels, c’est une évidence. Pourquoi attendre ?


J’ai mal à mon Europe du Numérique

 

XAdS DPC European commission & Flag S 70568070Depuis plusieurs décennies, je suis un acteur du monde de l’informatique et du numérique. J’ai aussi essayé d’anticiper les grandes tendances et d’identifier les solutions numériques qui pouvaient apporter des ruptures fortes sur ces marchés.

Il m’est arrivé de me tromper : à la fin des années 1990, j'annonçais la mort des mainframes… et ils sont toujours là !

Dans l’ensemble, je n’ai pas trop à rougir de la qualité de mes prévisions.

Je suis aussi un Européen convaincu, comme je l’explique en préambule à ce billet d’avril 2021 où je proposais déjà des pistes d’action pour que l’Europe reste compétitive dans la compétition mondiale du numérique.

J’ai aussi vu avec inquiétude l’Europe du Numérique perdre progressivement des parts de marché dans de nombreux secteurs d’activité.

Depuis 5 ans, la croissance exponentielle des performances des technologies et du chiffre d’affaires des entreprises leaders a profondément changé le panorama concurrentiel dans les industries du numérique.

L’Europe numérique est en danger !

XEurope du Numérique car crashL’Europe peut, d’ici à 2030, devenir un acteur marginalisé dans les industries du numérique.

Je n’ai pas envie que cela se produise !

Les actions et décisions récentes m’inquiètent beaucoup et mènent l’Europe du Numérique tout droit dans le mur.

XEurope numérique slow vs fastIl faut agir, vite, autrement !

C’est le thème de ce billet, de cet appel à une prise de conscience de la gravité de la situation actuelle de l’Europe du numérique.

Ce sont aussi, et surtout, des propositions d’actions rapides, concrètes, qui pourraient permettre à l’Europe de garder une place raisonnable dans l’industrie mondiale du numérique.

Je considère que ce billet est l’un des plus importants que j’ai jamais écrits.

Il est long, mais ce thème est essentiel et je suis certain que vous le lirez dans son intégralité avec beaucoup d’intérêt.

 

Situation de l’industrie du numérique dans le monde, fin 2021

XAdS DPC China dragon vs eagle USA S 282450384Je ne vais pas faire un panorama complet de l’industrie mondiale du numérique, mais choisir quelques secteurs clefs pour mettre en lumière des tendances de fond.

Depuis une dizaine d’années, la montée en puissance de la Chine dans l’industrie du numérique a été spectaculaire. La Chine se pose de plus en plus en challenger des États-Unis. Les infrastructures cloud et surtout l’Intelligence Artificielle (IA) en sont deux exemples majeurs.

 

XMQ Gartner IaaS 2021Cloud : IaaS, Infrastructures as a Service, AWS, GCP de Google et Azure de Microsoft. Les Chinois Alibaba et Tencent montent en puissance pendant que les anciennes gloires de l’informatique historique, IBM et Oracle, sont reléguées dans la case “Niche Players”.

 

Est-ce que l’Europe peut encore prendre part à ce combat dans l’IaaS ? Non !

 

Plateformes pour l’Intelligence Artificielle (IA)

En 2017, j’ai écrit deux billets qui présentaient les potentiels et les défis de l’IA, ici et .

Les besoins en puissance de calcul et capacité de stockage de données sont tels en IA que les solutions IaaS Cloud Public sont indispensables pour utiliser les modèles d’IA, en particulier en Machine Learning et Deep Learning.

Le Cloud Public est un préalable à l’IA.

XForrester Wave AIAlternative au cadran magique du Gartner, ce graphique “Forrester Wave” analyse les infrastructures pour l’IA. Il donne comme leaders les trois géants du Cloud Public cités plus haut. Nvidia, dont les processeurs sont massivement utilisés par AWS, GCP et Azure complète la liste dans la zone des leaders.

Les acteurs chinois ne sont pas présents sur ce graphique : leurs solutions sont utilisées en grande majorité en Chine, mais les spécialistes s’accordent pour dire que la Chine devrait passer devant les États-Unis en 2025 dans le domaine de l’IA.

Dès 2019, j’avais alerté l’Europe sur l’urgence absolue d’investir massivement dans l’IA face à la montée en puissance de la Chine.

Cet autre graphique confirme que le duopole États-Unis et Chine en IA va s'accélérer. Il montre la forte croissance des investissements des VC (Venture Capitalists) dans les startups de l’IA entre 2012 et 2020. La Chine et les États-Unis représentent 80% des investissements et l’Europe est très loin, derrière.

XInvestissements startup dans AI USA et Chine

 

Est-ce que l’Europe peut encore prendre part à ce combat dans les plateformes pour l’IA ? Non !

 

À côté de cette montée en puissance de la Chine face aux États-Unis, il existe de nombreux autres domaines de l’industrie du numérique dans lesquels des positions dominantes sont établies et où l’Europe est absente. Je vais en citer quatre:

● Les Systèmes d’Exploitation pour smartphones.

● Les navigateurs Web.

● Les solutions bureautiques cloud de communication et de collaboration.

● Les fondeurs de semiconducteurs.

 

Systèmes d’Exploitation (OS) pour smartphones

XSmartphone DuopolyAujourd’hui, le duopole d’Apple avec iOS et de Google avec Android est absolu, comme le montre ce graphique qui compare 2010 et 2019.

Cela n’a pas toujours été le cas. Avec SymbianOS, l’Européen Nokia avait environ 40 % du marché des téléphones mobiles en 2010.

 

Est-ce que l’Europe peut encore prendre part à ce combat dans les OS pour smartphones ? Non !

 

Navigateurs Web

Ce graphique montre l’évolution des parts de marché des navigateurs Web entre 2009 et décembre 2021. La marginalisation d’Internet Explorer, la diminution de la présence de Firefox et la montée en puissance de Chrome sont claires.

Le seul européen, Opera, est à moins de 3% de part de marché.

XBrowser market share Worldwide 12:2021

 

Est-ce que l’Europe peut encore prendre part à ce combat dans les navigateurs Web ? Non !

 

Solutions bureautiques cloud de communication et de collaboration

XMarket share US Office 365 vs Google WorkspaceDans ce domaine aussi, il existe un duopole entre Microsoft Office 365 et Google Workspace. Il est difficile d’avoir des statistiques fiables au niveau mondial, mais ce graphique, pour les USA, confirme l’essentiel : ces deux outils sont archidominants.

Les chiffres sont différents en Europe, où Microsoft est devant Google, mais cela ne change pas le fait que les concurrents y sont aussi marginalisés, comme dans le reste du monde.

 

Est-ce que l’Europe peut encore prendre part à ce combat dans les solutions bureautiques cloud de communication et de collaboration ? Non !

 

Les fondeurs de semiconducteurs.

Les fondeurs sont les entreprises qui ont les usines qui fabriquent les circuits électroniques pour la quasi-totalité des constructeurs informatiques comme Apple, Dell, HP, GCP ou AWS.

XSemiconductors share by countriesDans ce domaine aussi, il y a un duopole, mais ce sont deux pays d’Asie qui dominent le marché, Taiwan et la Corée du Sud.

Dans un billet de blog récent, j’ai mis en évidence le danger majeur de cette situation face à une probable invasion de Taiwan par la Chine Continentale dans les 5 années qui viennent.

Je reprends ce graphique qui montre que 80% des semiconducteurs sont fabriqués par Taiwan et la Corée du Sud. Les États-Unis sont à moins de 10% et l’Europe quasi absente.

 

Est-ce que l’Europe peut encore prendre part à ce combat dans les fondeurs de semiconducteurs ? Non !

 

J’imagine qu' à ce stade de la lecture, vous êtes désespéré et pensez que l’Europe a définitivement perdu la bataille de l’industrie mondiale du numérique.

Rassurez-vous, dans la suite de ce billet :

● Je vais d’abord vous expliquer pourquoi les démarches récentes en Europe sont dangereuses et pourraient lui interdire de conserver un rôle significatif dans cette industrie du numérique.

● Je propose ensuite des pistes qui montrent qu’il n’est pas trop tard pour réagir, mais qu’il faut le faire très vite.

 

Europe : les très mauvaises réponses actuelles

Je ne mets en doute ni l’intelligence des décideurs européens qui travaillent dans les domaines du numérique ni le fait qu’ils ont compris que c’était un sujet essentiel pour l’avenir de l’Europe.

Ce que je critique, et fortement, ce sont les démarches utilisées pour essayer de répondre à ces défis urgents, et qui justifient le titre de ce billet.

XLogos CloudWatt NumergyLes mauvaises réponses ont commencé tôt, en France, dès 2011, avec le lancement des clouds souverains français, CloudWatt et Numergy.

Dès 2012, j’avais émis des doutes sérieux sur leurs probabilités de succès.

L’avenir m’a hélas donné raison : en 2015, après avoir “cramé” plusieurs centaines de millions d’euros financés en grande partie par la Caisse des Dépôts, en clair nos impôts, Numergy et CloudWatt ont cessé leurs activités sans avoir produit un seul euro sérieux de valeur ajoutée.

En juin 2020, l’Europe, mais en pratique représentée seulement par la France et l’Allemagne, a lancé en grande pompe le projet GAIA-X, pour lutter contre la domination des clouds américains.

J’ai immédiatement pris la plume pour annoncer que ce projet n’avait aucune chance de réussir.

Consciencieusement, j’ai assisté par vidéoconférence à toutes les réunions organisées par GAIA-X. À chaque fois, j’en ressortais catastrophé, ayant entendu des discours théoriques, généraux, très loin des préoccupations réelles des entreprises.

Plus le projet avançait, plus le nombre de membres augmentait. Il est passé de 22 au départ à plus de 300 organisations aujourd’hui. De grands “européens” comme Microsoft, Huawei, Salesforce, Amazon ou Palantir ont rejoint GAIA-X.

XMembres GAIA-X

Vous savez gérer efficacement une organisation de 300 membres, aux intérêts souvent opposés ? Moi, non !

Cette structure lourde, devenue bureaucratique, est incapable d’avancer à un rythme compatible avec la vitesse d’évolution des solutions numériques.

Le départ de membres fondateurs comme Scaleway est un signal clair : GAIA-X est entré en unité de soins palliatifs. La meilleure issue que je peux souhaiter à GAIA-X, c’est une mort douce et rapide, avec le moins de souffrances possible pour ses membres.

Jamais deux, sans trois !

XLogo European Alliance for IndustrialLe 14 décembre 2021, l’Europe vient de pondre une nouvelle association au nom ronflant :

European Alliance for Industrial Data, Edge and Cloud.

J’ai consulté la liste des membres fondateurs : il y a un grand “progrès” par rapport à GAIA-X : ils sont déjà 39 au lieu des 22 pour GAIA-X !

Cela ne surprendra personne : plus de 60% des membres de cette nouvelle association sont… aussi membres de GAIA-X.

J’ai aussi analysé le formulaire permettant de demander à en faire partie. J’y ai trouvé cette liste, me demandant quels étaient mes centres d’intérêt.

XEuropean Industrial Cloud objective with Industrial Asso

Quelques remarques sur cette liste :

● Celui que j’ai mis en évidence par la flèche rouge est l’objectif de base de GAIA-X. Bis repetita.

● On y retrouve les thèmes récurrents, répétitifs, lassants, de souveraineté, de défense…

● Ahurissant ! Le mot “Industriel” ne figure pas dans cette liste alors que c’est censé être l’objectif principal de cette nouvelle association.

Avant même de se mettre en ordre de marche, cette alliance ouvre les portes à l’entrée de nouveaux membres, avec des critères de sélection très souples, y compris sur la possibilité d’organisations non européennes, mais ayant une activité en Europe de s’y inscrire.

Il n’est pas difficile de prévoir qu’il y aura plus de 100 membres avant la fin du premier trimestre de 2022.

Des organisations bureaucratiques, obèses, à la vitesse d’évolution logarithmique dans un monde exponentiel, c’est la meilleure recette pour que l’Europe du numérique aille dans le mur, et vite.

 

Quelles réponses positives possibles pour l’Europe du Numérique

Comme je l’ai expliqué dans le paragraphe précédent, l’Europe est mal partie pour arriver à se maintenir à une place honorable dans l’industrie mondiale du numérique.

XAdS DPC three plants growing S 204070496Il y a cinq préalables pour que l’Europe puisse garder espoir en changeant immédiatement de stratégie :

● Abandonner toute idée grandiose et universelle de “Souveraineté Numérique” dans tous les secteurs du numérique. En voulant tout faire, l’échec est garanti.

● Reconnaître qu’il y a de nombreux domaines où l’Europe n’a plus son mot à dire. J’en ai identifié six dans la première partie de ce billet et il y en a d’autres.

● Basculer sur une logique de composants et être très sélective dans le choix des domaines du numérique où il est encore possible pour l’Europe de mener le combat avec une probabilité raisonnable de réussite.

● Comprendre que le seul marché du numérique, c’est le monde entier. Toute vision étriquée, nationale ou européenne est suicidaire. Il vaut mieux être un acteur mondial important sur un créneau qu’être marginalisé en voulant attaquer un secteur “prestigieux”, mais où la probabilité de succès est très faible.

● Passer à l’action, et très vite, dans les seuls domaines numériques sélectionnés.

L’État d'Israël, avec moins de 10 millions d’habitants, a montré qu’il est possible d’avoir une présence forte et mondiale dans le numérique en choisissant un domaine d’excellence précis, en l'occurrence la sécurité informatique et en particulier la cybersécurité.

XCybersecurity investments in IsraelCet article de la revue Forbes montre comment l’État, les militaires et les investisseurs ont agi pour créer en Israël des compétences de très haut niveau qui le mettent au deuxième niveau mondial, derrière les États-Unis, mais devant la Chine et tous les pays européens.

C’est aussi le premier pays au monde à avoir ouvert un programme universitaire de doctorat en cybersécurité.

L’exemple d’Israël me permet de répondre par avance à des critiques que ce billet va générer sur la perte de “souveraineté nationale” de l’Europe.

 

Souveraineté numérique : un peu de pragmatisme, s’il vous plaît

Peu de personnes contestent le fait que l’État d’Israël est très sensible à la sécurité, dans toutes ses dimensions.

Cela n’a pas empêché Israël, en avril 2021, de rendre public un contrat pour la construction de Nimbus, un cloud gouvernemental qui sera construit par… AWS et GCP. Ces deux solutions seront utilisées pour des domaines “non critiques”, l’administration et l’armée !

XIsrael GCP AWS

En 2011, Thales avait participé à l’aventure catastrophique CloudWatt.

XThales Google cloud de confianceEn 2021, Thales revient sur le marché du Cloud Public, mais cette fois bien décidé à y réussir.

J’applaudis à l’annonce récente faite par Thales : proposer, en association avec Google GCP, un cloud de confiance en France qui sera disponible avant la fin de l’année 2022.

Au lendemain de cette annonce, on a évidemment eu droit à une levée de boucliers des partisans d’un Cloud souverain indépendant. Oui, il en reste encore…

XRemous après accord Cloud Thales Google

Cette solution est une excellente nouvelle pour un grand nombre d’entreprises françaises. Avant la fin de l’année 2022, elles auront à leur disposition :

● Une des meilleures solutions au monde de Cloud Public, avec tous ses services.

● Une garantie maximale de sécurité et de confidentialité, deux domaines dans lesquels l’expertise de Thales est mondialement reconnue.

Oui, la sécurité et la confidentialité des clouds publics sont une double préoccupation logique de toutes les entreprises. Pour y répondre, elles ont deux options :

● Attendre, attendre des solutions européennes qui seront à un niveau de services proche de ceux proposés par AWS, GCP ou Azure. En 2030, elles seront encore en train… d’attendre.

● Utiliser immédiatement, nativement, les services exceptionnels proposés par ces trois industriels et compléter par l’usage de plateformes communes telles que Thales-Google, pour des cas d’usages très spécifiques qui demandent des niveaux de sécurité et de confidentialité qu’elles jugent mieux adaptés à ces plateformes.

 

Création de DC2E : Digital Commando of Excellence in Europe

XAdS DPC Commando S 361029191J’ai donné le nom de DC2E (Digital Commando of Excellence in Europe) à la démarche que je propose pour l’Europe.

Le mot “commando” est essentiel dans cette démarche : il faut agir très vite, en petits groupes, avec des objectifs clairs.

Cette démarche s’inspire aussi de la célèbre méthode “two pizza team” imaginée par AWS. Les équipes d’AWS doivent pouvoir déjeuner avec deux pizzas, ce qui veut dire en pratique que le nombre de participants est inférieur à 8 ou 10.

Chaque équipe DC2E :

XTwo Pizza Teams AWS● A un leader désigné, responsable de la vie du DC2E.

● Le nombre de participants dans un DC2E est strictement limité à 10. L’acceptation éventuelle d’un nouveau membre est laissée à l’initiative du groupe, comme dans un grand nombre de clubs.

● Travaille sur ses seuls objectifs, indépendamment des autres équipes.

● Déploie sa solution, dès que l’équipe juge qu’elle est opérationnelle, sans se poser de questions sur l’état d’avancement des autres équipes.

(Il faudrait 75 pizzas pour une réunion plénière de GAIA-X !)

Trois remarques avant de vous présenter les pistes que je propose :

● L’idée qu’un pays européen seul, la France, l’Allemagne ou tout autre puisse réussir à tirer son épingle du jeu numérique est absurde.

● Des DC2E sont créés dans les seuls domaines où l’Europe a encore des probabilités raisonnables de réussite.

● L’ordre dans lequel je présente les sept DC2E que j’ai sélectionnés n’est pas lié à leurs importances relatives.

 

Proposition de sept DC2E pour 2022

Les deux premiers domaines correspondent à des secteurs d’activités numériques où des positions fortes existent déjà, mais qui laissent encore de la place pour que des entreprises européennes puissent y prospérer.

 

Microprocesseurs

La pénurie mondiale de microprocesseurs a mis en évidence l’importance majeure de cette industrie dans de nombreux métiers, tels que l’automobile.

Pour mieux en comprendre les enjeux, vous pouvez lire ce billet de mon blog où j’analyse en détail l’industrie des microprocesseurs.

Comme on l’a vu plus haut, le métier de fondeur est dominé par TSMC à Taiwan et Samsung en Corée. Dans ce domaine, ce que j’ai proposé, c’est que l’Europe imite les États-Unis et invite ces deux géants à installer des usines en Europe, pour réduire les risques liés à une guerre contre Taiwan.

Mon vœu semble sur le point d’être exaucé : l’Allemagne annonce être en pourparlers avec TSMC. J’espère simplement que l’on ne mettra pas des bâtons dans les roues de ce projet sous le prétexte idiot que TSMC n’est pas européen.

Le DC2E dans le domaine des microprocesseurs se concentrerait sur les autres activités suivantes:

● Conforter le leadership mondial d’ASML aux Pays-Bas, dans la production de machines lithographiques.

● Renforcer les liens entre deux entreprises qui sont bien placées dans leurs secteurs d’activité respectifs, SOITEC et STMicroelectronics. D’autres acteurs européens pourraient se joindre à ce tandem pour créer un pôle européen pérenne.

● Profiter du blocage actuel de la tentative de rachat d’ARM par Nvidia pour surenchérir et faire revenir ARM en Europe. ARM est né au Royaume-Uni. ARM est le leader mondial du design des microprocesseurs utilisés dans plus de 90% des smartphones.

● Faciliter l’installation de TSMC et Samsung sur le sol européen.

Tout ceci peut se réaliser en 2022, au moins en ce qui concerne les décisions. L’Europe aura alors une position forte et pérenne dans ce secteur clef des microprocesseurs.

 

Solutions SaaS pour entreprises

XCloud revenues IaaS PaaS SaaS 2016:2020 $Les logiciels SaaS, Software as a Service, sont nés en 2000 avec Salesforce.

Comme le montre ce graphique, les ventes de solutions SaaS sont largement supérieures à celles des IaaS et du PaaS. Elles représentent les ⅔ du marché des solutions Cloud.

J’estime qu’il y a plus de 50 000 acteurs SaaS différents. C’est un marché très éclaté où même les plus grands comme Salesforce ont une faible part de marché. L’Europe est déjà présente sur le marché mondial SaaS avec plus d’une centaine de licornes, réparties dans plusieurs pays.

XNombre licornes par pays européensLe DC2E SaaS aura comme objectifs :

● D’aider d’autres startups SaaS à devenir des licornes.

● Permettre à ces licornes de grandir.

● Créer les conditions économiques et humaines qui leur permettent de rester en Europe sans être rachetées par des acteurs étrangers, américains le plus souvent.

Il faut surtout éviter les discours nationalistes ridicules que j’entends trop souvent: “C’est un scandale, Doctolib est construit sur AWS”. C’est justement parce que Doctolib utilise AWS que la société a pu grandir aussi vite et répondre de manière exceptionnelle aux pics de la demande liées à la COVID-19.

À l’inverse de ces deux premiers DC2E, ceux qui suivent concernent des domaines qui sont encore en émergence, sans grands leaders mondiaux.

Ils demandent en priorité des compétences humaines de haut niveau dans le numérique. C’est une excellente nouvelle, car c’est la ressource la plus répandue en Europe.

 

Migration des Mainframe dans le Cloud

Plus de 5 000 très grandes entreprises, en priorité dans le secteur financier, utilisent encore des Mainframe IBM pour leurs activités cœur métier.

XLzlabs survey human ressources challengeToutes savent qu’elles vont devoir trouver les moyens de sortir de ces solutions “legacy”, l’une des raisons principales étant qu’il y aura de moins en moins de compétences humaines maîtrisant ces matériels et logiciels Mainframe. C’est ce que confirme une enquête menée par LzLabs auprès de clients Mainframe : 88% des entreprises anticipent des déficits de compétences, en Europe comme aux États-Unis.

Ce grand marché aiguise les appétits des ESN mondiales et des géants du Cloud Public, AWS, GCP et Azure.

Tout reste à faire dans ce domaine et ces migrations ne seront pas terminées avant la fin des années 2030. Aucune solution technique ne s'est imposée pour le moment.

Lzlabs, société européenne basée à Zurich dispose de l’une des solutions les plus prometteuses ; j’en avais parlé dès 2016 dans mon blog.

Il y a beaucoup de grandes ESN en Europe, et en particulier en France.

Le DC2E que je propose pourrait créer en 2022 une filière d’excellence regroupant LzLabs, quelques grandes ESN et les acteurs du Cloud Public pour proposer des services de migration compétitifs, et en priorité pour des clients… aux États-Unis.

 

Jumeaux numériques

Voilà un sujet essentiel, où tout reste à faire, dans le monde entier.

Dans ce billet de blog, j’alerte sur les risques majeurs que font peser sur l’humanité les cyberattaques sur les réseaux industriels de transport d’énergie et de personnes.

Construire un jumeau numérique, c’est déployer dans un cloud public une image numérique des installations physiques à gérer. Ceci permet de couper 100% des liaisons entre les outils qui gèrent l’installation physique et Internet, pour réduire au maximum les risques de cyberattaques.

XTeréga io-baseTeréga, entreprise française qui, avec GRTGaz, gère le cœur du réseau français de transport de gaz, a développé une technologie numérique unique au monde, io-base.

Io-base permet de transférer des données industrielles vers le jumeau numérique en garantissant que ce lien vers le Cloud et Internet est 100% unidirectionnel.

L’Europe peut créer en 2022 un DC2E sur les jumeaux numériques industriels et développer un savoir-faire mixte numérique et industriel qui permettra :

● De sécuriser rapidement les infrastructures de transport en Europe.

● Améliorer la compétitivité de ces entreprises en matière de simulation et de prévisions.

● Exporter hors d’Europe ce nouveau savoir-faire numérique.

Il y a des dizaines de milliers de jumeaux numériques à créer dans le monde avant 2030.

 

FLW : Front Line Workers, équipes en première ligne

De tous les DC2E que je propose, c’est certainement celui qui peut avoir le plus d’impact au niveau mondial.

Les FLW, Front Line Workers, travailleurs en première ligne, sont les grands oubliés actuels de la Transformation Numérique.

J’ai présenté en détail les potentiels des outils numériques innovants au service des FLW dans ce billet de mon blog.

Les FLW, ils sont 2 700 millions dans le monde, dans des activités aussi diverses que le transport, la construction, l’agriculture, la distribution ou la santé.

X80% of FLW in the world

Le sous-investissement en outils numériques pour les FLW est scandaleux : la majorité d’entre eux n’a même pas droit à un smartphone d’entreprise. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : pour 1 € investi pour un FLW, les entreprises dépensent 16 € pour un col blanc !

XWizyVision HPL’offre de solutions logicielles pour les FLW est balbutiante en 2021. L’une des solutions SaaS les plus innovantes, WizyVision, est proposée par une startup… française. (Disclaimer, j’en suis l’un des fondateurs).

On l’a vu dans la première partie de ce texte, le marché bureautique des outils universels pour les cols blancs est verrouillé par deux acteurs américains, Microsoft et Google.

Dans ce que j’ai nommé les outils “frontiques”, solutions universelles pour les FLW, tout reste à faire !

Faire de la réduction de la fracture numérique des FLW une cause européenne prioritaire, quel beau DC2E ! C’est quand même plus passionnant que d’essayer sans succès de grappiller quelques % de part de marché des outils bureautiques pour cols blancs.

Dans ce domaine aussi la plus grande sensibilité des entreprises européennes au bien-être des travailleurs FLW sera un atout supplémentaire.

Ce serait une belle revanche si dans quelques années les entreprises américaines se plaignaient que les offres de solutions frontiques sont majoritairement européennes !

 

Frugalité Numérique

Voilà encore un thème essentiel où tout reste à faire et pour lequel l’Europe est très bien placée pour devenir un leader mondial dans les solutions numériques qui permettent de réduire les impacts sur le climat de nos outils numériques professionnels.

J’ai écrit plusieurs billets sur ce thème de la frugalité numérique.

Quand j’ai écrit ces textes, au début de l’année 2020, les solutions permettant aux entreprises de mieux gérer et réduire les impacts sur la planète de leurs outils numériques étaient très peu nombreuses, presque inexistantes.

Les premières solutions de qualité sont maintenant disponibles.

XFrugalité Numérique Sweep HPL’une d’entre elles se nomme Sweep, créée par la multientrepreneuse Rachel Delacour. Sweep vient d’annoncer une levée de fonds série A de 22 M$ ; bravo.

Je suis convaincu que Rachel Delacour serait prête à rejoindre un DC2E qui mettrait les compétences et solutions existantes dans le domaine de la Frugalité Numérique au service des entreprises européennes pour les aider à réduire, rapidement et efficacement, leurs impacts carbone.

Les premières solutions opérationnelles sont là, disponibles, en Europe. En accélérant avec ce DC2E, on permettra à des éditeurs logiciels européens de prendre le leadership mondial dans les outils numériques au service du climat.

 

Réseaux privés 5G sur fréquences libres

J’ai parlé de ce sujet, qui concerne des technologies numériques très innovantes, dans un billet publié en décembre 2021.

Il devient possible, pour les entreprises, privées et publiques, de déployer des réseaux privés 5G en utilisant des gammes de fréquences libres. En pratique, cela leur permet de le faire sans avoir à passer par un opérateur télécom.

L’Europe prend en ce moment un retard inquiétant dans la libération de ces gammes de fréquences libres. Il y a une exception en Allemagne et plus de 120 grandes entreprises, en priorité industrielles, ont décidé de déployer ces réseaux privés 5G.

XAGURRE Liste membresEn France, il existe une association peu connue, l’AGURRE, qui regroupe 14 grandes entreprises, surtout dans le secteur du transport et de l’énergie, qui collaborent dans le domaine des réseaux privés d’entreprises.

Un DC2E qui organiserait une collaboration immédiate entre les organismes européens de régulation des télécoms, l’AGURRE et ces entreprises allemandes donnerait à l’Europe une longueur d’avance sur les autres pays dans la mise en œuvre d’une technologie qui peut donner des avantages concurrentiels majeurs aux entreprises industrielles. Au moment où l’on parle beaucoup de la réindustrialisation de l’Europe, il serait criminel de ne pas favoriser ces réseaux privés 5G.

Ce n’est pas un hasard si, pour la quasi-totalité des sujets abordés dans ce billet, j’ai mis des liens vers d’autres textes de mon blog. Cela fait des années que je suis sensible aux défis de la Transformation Numérique des entreprises et que j’alerte les lecteurs sur les défis et les potentiels de toutes ces solutions numériques innovantes.

Cela met en évidence une “raisonnable” cohérence dans les textes que je publie.

Je suis prêt à rajouter à cette première liste de sept DC2E d’autres thèmes pour lesquels l’Europe pourrait apporter des réponses compétitives au niveau mondial.

N’hésitez pas à me faire part de vos propositions.

J’ai fait le choix de présenter plus de solutions porteuses d’espoir, sept DC2E, que de domaines où l’Europe à perdu définitivement la bataille, au nombre de six.

Je reste un incorrigible optimiste !

 

Synthèse

Fin 2021, l'Europe du numérique est dans une situation critique.

Pour 2022, plusieurs pistes s’ouvrent pour l’Europe du numérique :

XEurope Numérique - quatre pistes

● La fanfaronnade : L’Europe croit, ou fait semblant de croire qu’elle a les moyens de rattraper son retard dans tous les domaines du numérique.

● Une vision théorique, bureaucratique, qui essaie de mettre d’accord tous les pays, tous les acteurs potentiels du secteur, qui sont souvent concurrents, avant de passer à l’action. C’est une garantie d’immobilisme et de choix de solutions à minima.

● Le désespoir : il n’y a plus rien à faire, l’Europe a perdu la bataille mondiale du numérique et sera définitivement dépendante de pays tiers pour toutes ses solutions numériques.

● Une démarche pragmatique, positive, rapide, qui consiste à choisir un petit nombre de domaines numériques où l’Europe peut exceller et garder une place importante dans la compétition mondiale.

Je suis persuadé que la quatrième est la bonne, qu’il n’est pas trop tard, qu’elle peut mobiliser un maximum d’énergies chez les nombreux professionnels européens du numérique qui, comme moi :

              N’ont pas envie … d’avoir mal à leur Europe Numérique.

 


Réseaux privés 5G : tsunami en approche avec la "Cloudification" des télécoms d’entreprise

 

XAmazon AWS risky bet BusinessWeekIl y a 15 ans, en 2006, on assistait à la naissance du Cloud Public dans sa dimension infrastructures, IaaS Infrastructure as a Service, avec AWS, Amazon Web Services.

À l’époque, des personnes “sérieuses” mettaient en doute la pertinence de cette décision de Jeff Bezos, CEO d’Amazon, comme le montre cet article de la revue BusinessWeek.

Cette innovation de rupture a changé, définitivement, l’industrie mondiale informatique ; les solutions Clouds Publics, dont AWS reste le leader, sont devenues indispensables pour toutes les entreprises.

XLogo AWS re-InventFin novembre 2021, pendant la semaine de conférences re:Invent 2021, AWS a annoncé qu’il faisait son entrée dans le monde des réseaux d’entreprises.

Je pronostique que cette “cloudification” des télécommunications professionnelles aura un impact aussi fort sur l’industrie des télécoms que celle du IaaS en 2006 sur celle de l’informatique traditionnelle.

XGauss Curve innovationComme tout changement “exponentiel”, les impacts seront faibles pendant les premières années, jusqu’en 2025. Seules quelques entreprises “Early Adopters”, au sens “courbe de Gauss” du terme, feront le saut.

En 2030, cette cloudification deviendra la norme, et sera mise en œuvre par les entreprises “Majority”.

(Un minimum de connaissances dans les technologies des réseaux est utile pour bien comprendre la portée des révolutions qui s’annoncent. Elles ne sont pas indispensables, mais en facilitent la lecture).

 

Réseaux : les annonces de rupture à la conférence AWS re:Invent 2021

Les temps forts de re:Invent sont les “Keynotes”, conférences plénières qui durent environ deux heures et pendant lesquelles les annonces majeures sont faites.

XAdam Selipsky keynote Re-invent 2021Cette année, pour la première fois, Adam Selipsky, le nouveau CEO d’AWS, a pris la place d’Andy Jassy, nommé CEO d’Amazon en remplacement de Jeff Bezos.

Deux de ces annonces importantes concernaient les télécommunications d’entreprises :

● La création de réseaux 5G privés. Le mot clef est “privé” : des réseaux 5G que les entreprises peuvent gérer elles-mêmes, sans faire appel à des opérateurs télécoms.

● La présentation des nouvelles annonces de Dish Network.

Important : les règles concernant la gestion des fréquences radio étant pour le moment très différentes entre les États-Unis et l’Europe, ces annonces concernent en priorité les États-Unis.

Je reviendrais longuement sur ces différences entre l’Europe et les États-Unis dans la suite de ce billet ; c’est un sujet essentiel.

Réseau privé 5G, par AWS

(Dans la vidéo de cette Keynote, l’annonce est faite pendant la période minutes 40 à 43)

Un rappel sur les avantages des réseaux 5G, valables aussi bien pour les réseaux grand public que pour ces nouveaux réseaux privés :

● Vitesse pouvant atteindre 10 Gb/s en descente.

● Très faible latence, entre 1 et 10 ms.

● Plus grande capacité pour connecter des millions d’objets.

AWS a annoncé qu’il devient… fournisseur de solutions de réseaux privés 5G, clef en main.

XAWS Reinvent 2021 - Keynote Adam Selipsky - AWS private 5G

AWS propose aux entreprises d’installer dans leurs immeubles de bureaux, leurs usines ou leurs entrepôts tout ce qui est nécessaire pour disposer d’un réseau privé 5G.

Il est important de comprendre pourquoi cette annonce est une rupture majeure :

1 - AWS est capable de fournir l’ensemble des composants nécessaires à la construction de ce réseau privé 5G :

● Les matériels.

● Les logiciels.

● Les cartes SIM.

● Les logiciels permettant la configuration automatique du réseau.

2 - Cette solution utilise des bandes de fréquences libres : comme pour le WiFi, l’entreprise peut déployer son réseau privé 5G sans demander d’autorisations aux organismes régulateurs des télécoms.

Un minimum de connaissance sur les réglementations des fréquences est nécessaire pour en comprendre l’importance. Mes amis professionnels des télécoms m’excuseront si je simplifie trop pendant ma démonstration.

Qualcomm, dans un webinaire et les documents correspondants, dont j’ai extrait quelques graphiques, présente les techniques utilisées pour construire des réseaux 5G NR-U (Next Radio-Unlicensed)

Il y a trois modes possibles d’utilisation d’un réseau 5G par les entreprises :

X5G NR-U three types of usages

● Anchored NR-U : Les fréquences sont utilisées en même temps par les opérateurs télécoms et par les entreprises.

● Standalone NR-U : l’entreprise construit un réseau 5G totalement autonome, pour son seul usage.

● 6 GHz spectrum greenfield : la gamme de fréquences 6 GHz a été rendue disponible pour des usages libres, à la fois pour la 5G et le WiFi 6E, nouvelle génération. Le chiffre 6, utilisé pour 6 GHz et le WiFi 6 est une coïncidence.

L’expression “Greenfield”, terrain vierge en français, utilisée pour cette gamme de fréquences veut dire que tout y est possible sans avoir à subir les contraintes des réseaux existants.

Comme le montre ce graphique, les 1 200 MHz libérés dans cette gamme de fréquence 6 GHz, représentent une capacité de transport gigantesque. À titre de comparaison, le WiFi 2,4 GHz dispose de 100 MHz.

X5G NR-U 6 Ghz potentials

3 - Le coût de la solution est indépendant du nombre d'objets connectés. C’est particulièrement important pour les objets IIoT (Industrial Internet of Things) connectés.

4 - AWS propose sa solution 5G privée en mode OPEX, “Pay as You Go”. On retrouve dans cette caractéristique l’une des ruptures majeures du Cloud Computing : le basculement de dépenses CAPEX, investissement, vers OPEX, fonctionnement.

En résumé : une entreprise peut demander à AWS d’installer un réseau privé sans fil 5G dans ses implantations sans avoir besoin d’appeler un opérateur télécom !

L’annonce est “preview available today”, en clair, cela signifie qu’elle devrait être opérationnelle durant l’année 2022.

Dish Network, avec AWS

Dish Network est un acteur américain des télécoms spécialisé dans la diffusion par satellite de contenus télévisuels et d’Internet. C’est une entreprise d’environ 15000 salariés, 10 millions de clients pour ses services télévisuels et 5 millions pour son réseau sans fil qu’ils ont racheté en 2019.

XMarc Rouanne Dish NetworkL’intervention de Dish Network est visible dans la vidéo de cette Keynote entre les minutes 43 et 52.

Cocorico ! La personne qui présente l’offre de Dish Network est Marc Rouanne, Chief Network Officer, Français et ingénieur CentraleSupélec.

On se retrouve une fois de plus dans une offre de rupture, rendue possible par l’arrivée d’une nouvelle technologie, les réseaux 5G dans des fréquences libres et en abondance.

L’ambition de Dish Network : devenir l’AWS des télécommunications sans fil.

Il est important de bien comprendre où se trouvent les ruptures : pour la première fois, il devient possible pour Dish Network de construire des réseaux sans fil sans être opérateur de télécommunications, sans acheter des licences, et dans le monde entier, car ce sont pour l’essentiel les mêmes fréquences libres qui sont utilisées dans tous les pays.

Quels sont les principaux avantages de cette nouvelle génération de réseaux sans fil :

● On peut construire un “réseau de réseaux” et non plus un réseau unique. Chaque entreprise pourra configurer son réseau selon ses besoins et le faire évoluer en permanence.

XAWS Reinvent 2021 - Keynote Adam Selipsky - Dish Networks of Networks

● Gestion optimisée des données pour les entreprises. Le réseau est nativement “data centric'', ce qui permet aux entreprises d’utiliser directement les données obtenues et stockées dans… le Cloud AWS.

● Il permet de déployer des solutions IIoT sans contraintes sur le nombre d’objets connectés.

XPrivate 5G for IIoT

● La couverture d’une région ou d’un pays peut se réaliser en quelques mois, avec une flexibilité maximale, dans le temps ou l’espace. On peut imaginer que certains de ces réseaux privés 5G pourront être déployés de manière temporaire, pour couvrir un événement sportif ou pendant la durée d’un grand chantier de travaux publics.

Cette annonce par Dish Network est une très bonne illustration de ce que je dis depuis longtemps : les infrastructures cloud seront de plus en plus les bases sur lesquelles des entreprises innovantes vont pouvoir créer des activités qui étaient impossibles avant.

Cette photo montre que Dish Network utilise pour démarrer une douzaine de services AWS.

XAWS Reinvent 2021 - Keynote Adam Selipsky - Dish AWS services used

J’ai présenté en détail les annonces faites à re:Invent 2021 dans le domaine des réseaux privés 5G. Dans les semaines et mois qui viennent, d’autres acteurs vont s'engouffrer sur ce marché gigantesque et proposer des offres similaires.

XAT&T private 5GL’opérateur historique AT&T annonce lui aussi qu’il veut fournir des réseaux 5G privés aux grandes entreprises. Quand on lui demande ce qu’il pense de l’arrivée d’AWS, on a droit à la réponse classique des acteurs installés : “ils ne sont pas concurrents, ils adressent un autre marché”. Ce déni de compétition est hélas classique ; on en a vu les résultats dans le secteur IaaS pour les IBM, Dell et autres HP.

Autre exemple, l’opérateur américain Verizon annonce le déploiement d’un réseau privé 5G en Grande-Bretagne, pour le port de Southampton, avec pour partenaires Nokia et Microsoft.

Rappel : ni Verizon, ni Nokia, ni Microsoft n’ont de licences opérateurs télécoms en Grande-Bretagne !

 

Une fois de plus, l’Europe prend du retard

Cette nouvelle génération de réseaux 5G privés crée une rupture majeure dans les potentiels d’usages des solutions numériques dans les entreprises, privées et publiques.

D’ici à 2030, des entreprises innovantes auront déployé des solutions permettant d’améliorer et leur compétitivité externe et leur efficience interne.

Pour cela, elles ont besoin, immédiatement, d’accéder à ces fréquences 5G libres.

Tout le monde le sait, mettre d’accord 28 pays est tout sauf facile, mais les délais que cela crée dans le monde du numérique ont des impacts catastrophiques.

XEurope struggling to share bandwithCe long article explique la différence entre les démarches européennes et américaines.

J’en ai extrait cette phrase :

The delay in finding a common, harmonized shared spectrum regime “will not necessarily delay the rollout of 5G networks, but some specifics — for instance, the wider deployment of private 5G networks — will unfortunately lag behind other regions”

“... Le déploiement extensif des réseaux 5G privés prendra hélas du retard sur d’autres régions”.

XEuropean decision on 6 GHz spectrumCe texte européen de juin 2021 présente les décisions prises pour la bande de fréquence des 6 GHz.

La bande de fréquence 5945 à 6425 MHz sera autorisée pour les déploiements de réseaux 5G privés. Cela représente 600 MHz, la moitié de ce qui est autorisé aux États-Unis.

L’Europe n’est pas totalement absente, heureusement. Les premières réalisations sont en cours ou en projet, comme le montre cet article, dont j’ai extrait les exemples français et allemands.

En Allemagne, 100 MHz ont été réservés pour les entreprises privées, entre 3700 et 3800 MHz. Résultat : 33 entreprises ont déjà réservé des licences privées, dont Bosch, BMW, BASF, Lufthansa, Siemens et VW. La priorité est clairement donnée aux entreprises industrielles, qui sont essentielles dans l’économie allemande.

La France a une démarche beaucoup plus prudente, en faisant du cas par cas, piloté par l’ARCEP. Deux exemples :

● 40 MHz, dans la bande des 2600 MHz, ont été alloués à Hub One, filiale d'ADP (Aéroports de Paris), pour un déploiement dans les aéroports d’Orly et de Charles de Gaulle.

XRéseau privé EDF 4G● EDF a aussi obtenu 20 MHz dans cette même bande des 2600 MHz pour la centrale nucléaire de Blaye.

J’ai relu plusieurs fois le titre de cet article en pensant qu’il y avait une erreur d’impression : on y parle d’un réseau privé… 4G ! On nous promet une évolution possible vers la 5G. Et nous sommes en 2021…

Ces atermoiements sur les autorisations pour créer des réseaux privés 5G auront un double impact très négatif en Europe :

● Les entreprises prendront du retard dans la mise en œuvre des usages innovants rendus possibles par ces réseaux privés 5G.

● Les nouveaux entrants sur ce marché de la 5G privée, comme AWS ou Dish Network auront le temps de consolider leurs nouvelles compétences aux États-Unis et dans d’autres pays. Quand l’Europe se réveillera, ils auront acquis une avance que les acteurs européens ne pourront pas rattraper. Je crains beaucoup que la répétition de ce qui c’est passé en Europe entre 2006 et 2011 dans le domaine des solutions IaaS.

 

Rapport du CIGREF sur la 5G

XCIGREF Titre rapport prospective 5GLe CIGREF, Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises, a publié en juin 2021 un dossier sur la 5G en France et en Europe. Ce document de 65 pages analyse cinq scénarios possibles, d’ici à 2030.

XScénarios 5G vu par CIGREFComme le montre ce schéma, l’analyse se concentre sur l’offre de solutions 5G, en mettant l’accent sur les rôles possibles des trois grands acteurs économiques mondiaux, les États-Unis, la Chine et l’Europe. C’est un sujet récurrent dans tous les domaines du numérique, que j’ai souvent traité dans ce blog.

Par contre, le thème que je traite dans ce billet, les ruptures rendues possibles par l’arrivée des réseaux privés 5G, n’est pas abordé dans ce document.

J’espère que le CIGREF, qui regroupe les grandes entreprises françaises qui devraient être les plus intéressées par les réseaux privés 5G va produire une suite à ce rapport.

 

Entreprises, indépendance croissante vis-à-vis des opérateurs télécoms

Cela fait plusieurs dizaines d’années que les entreprises ont commencé à prendre en main leurs destinées réseaux en se libérant des offres des opérateurs télécoms.

Je prendrai trois exemples pour l’illustrer, le WiFi, les réseaux téléphoniques internes et les réseaux MPLS (Multi Protocol Label Switching).

 

Le précédent du WiFi

XWiFI speed increaseLe WiFi, version sans fil d’Ethernet, est né il y a 20 ans, en 2001.

En 2001, la version V1 offrait une vitesse maximale de 11 Mb/s.

Depuis 2019, la version V6 permet d’obtenir 10 Gb/s.

La vitesse de transmission des données du WiFi a été multipliée par 1000 en 20 ans, autre bel exemple de croissance exponentielle des outils numériques.

Dans les entreprises, le succès du WiFi a été rapide, malgré les réticences de quelques RSSI qui en refusaient l’usage sous des alibis fallacieux d’absence de sécurité.

La pression des collaborateurs et les avantages évidents du WiFi ont fait tomber ces barrières :

● Fréquences libres, 2,4 et 5 GHz : pas besoin de licences opérateurs télécoms.

● Coût indépendant du nombre d’objets connectés.

● Sous la responsabilité, le contrôle et la gestion directe des entreprises.

● Basculement rapide de la gestion des réseaux WiFi dans le Cloud.

 

La fin des réseaux téléphoniques filaires dans les entreprises

Le bon vieux réseau téléphonique filaire est en voie de disparition dans les entreprises.

XFin RTC OrangeJe constate que dans les nouveaux immeubles de bureaux, les entreprises font l’impasse sur l’installation d’autocommutateurs et de réseaux filaires.

Ils sont remplacés par les smartphones dont sont équipés la majorité des cols blancs.

La disparition en France, d’ici à 2023, du réseau RTC, Réseau Téléphonique Commuté, va encore accélérer ce mouvement.

XGCP & AWS Call centerQuand les entreprises ont encore besoin de solutions téléphoniques performantes, comme c’est le cas pour les centres d’appels, elles font maintenant appel à des solutions logicielles… dans le Cloud.

 

La mort annoncée des réseaux MPLS

XSD WAN vs MPLSDès 2015, j’avais publié un billet sur mon blog qui annonçait la fin de l’âge d'or des réseaux MPLS utilisés par les entreprises pour leurs échanges intersites.

Depuis cette date, les progrès spectaculaires réalisés par les solutions SD-WAN (Software Defined Wide Area Networks) ont accéléré le mouvement. Ce sont de nouveaux acteurs comme Aryaka, pas les opérateurs télécoms, qui ont poussé ces nouvelles générations de réseaux intersites ou interentreprises.

Complexes, inflexibles, chères, les solutions MPLS représentaient pour les opérateurs télécoms une source importante de revenus et de bénéfices. Cette source se tarit.

 

Les réseaux privés 5G, un super WiFi ?

Pour visualiser ce que sera un réseau privé 5G, le plus simple, c’est d’imaginer un réseau WiFi qui a pris des stéroïdes.

J'utilise la nouvelle bande de fréquence 6 GHz qui peut être déployée simultanément pour le WiFi V6 et les réseaux privés 5G pour mettre en évidence les potentiels complémentaires de ces deux réseaux privés. Pour les puristes, on parle de WiFi 6E.

XWiFi6 & R 5G on same network 6 GHz

Les réseaux WiFi 6 et 5G privés sont complémentaires ; il est possible de les déployer indépendamment ou simultanément sur les mêmes sites. Pour la majorité des usages et des utilisateurs, ils offrent des performances proches et exceptionnelles :

● Très haut débit, supérieur en pratique à 1 Gb/s.

● Faible latence, inférieure à 10 ms.

De nombreux articles, comme celui publié par le Monde Informatique en mars 2021, présentent en détail les avantages et les inconvénients de ces deux technologies.

Avantages au WiFi :

XMQ Gartner Wireless LAN● Technologie bien maîtrisée, avec un grand nombre de fournisseurs comme le montre le quadrant magique du Gartner Group de septembre 2021.

● Lieux déjà équipés de WiFi.

● Environnements de bureaux.

● Installations de taille petite ou moyenne : quelques dizaines à quelques centaines de personnes ou d’objets connectés.

Avantages aux réseaux privés 5G :

● Usines de grande taille.

● Entrepôts, logistique.

● Installations industrielles réparties sur une grande surface, aéroports, ports maritimes, gares de triage, hôpitaux…

● Grand nombre d’objets à connecter, et en priorité pour IIoT.

L’inconvénient principal des réseaux privés 5G reste aujourd’hui la faible maturité des technologies utilisées et surtout les incertitudes qu’entretient l’Europe sur les conditions concrètes de leurs déploiements de manière industrielle et stable.

Il faut espérer que l’Europe n’attendra pas 2025 pour fixer un cadre juridique et technique solide permettant aux entreprises d’investir sur ces réseaux privés 5G en sachant que les solutions retenues seront pérennes.

Ce schéma simple résume ce que pourrait être l’architecture réseau d’une grande entreprise à partir de 2025 :

XNetworks in 2025

● La quasi-totalité des usages numériques est dans des clouds publics.

● Dans les lieux d’activités principaux, l’ensemble des communications est pris en charge par des réseaux privés 5G et WiFi. Ces réseaux sont gérés directement par l’entreprise et ne font pas appel à des opérateurs télécoms.

● Les échanges entre les lieux d’activités principaux et les clouds publics sont réalisés par des fibres optiques “privées”, fournies de plus en plus par des acteurs spécialisés, et à coût raisonnable. Tous les grands acteurs du Cloud Public ayant des centaines de PoP (Point of Présence), la distance entre les lieux d’activités et ces PoP est courte, donc économique. Ce sont plus des MAN (Metropolitan Area Networks) que des WAN (Wide Area Networks).

● Dans tous les autres lieux d’activités, petits bureaux, hôtels, chez soi (WFH, Working From Home), des réseaux WiFi 6 connectés à l’Internet public seront utilisés. Des outils “Zero Trust” garantiront une bonne sécurité des échanges.

J’ai beau chercher, je n’y trouve plus trace des solutions que les opérateurs télécoms traditionnels proposaient à leurs clients professionnels.

 

Quel avenir pour les offres professionnelles des opérateurs télécoms

Pendant des dizaines d’années, les offres pour les entreprises ont été la poule aux œufs d’or des opérateurs télécoms.

Ils pratiquaient des tarifs exorbitants, que j’avais déjà dénoncés dès 2010 :

XAdS DPC Tsunami S 103111638La décennie 2020 - 2030 verra plusieurs tsunamis s’abattre sur ces offres professionnelles qui vont toutes, une par une, être balayées par les nouvelles solutions que j’ai présentées dans ce billet.

Entre 2022 et 2025, un tout petit nombre d’entreprises, les “early adopters” vont faire le saut et cela aura peu d’impacts sur les revenus des opérateurs télécoms.

Les opérateurs télécoms les plus innovants ont compris que les ruptures qui arrivent sont irréversibles et profondes. Comme AT&T ou Verizon que j’ai cités au début, ils profiteront de leur avantage actuel, leur présence dans les entreprises, pour leur proposer très rapidement des solutions de réseaux privés 5G.

Cette démarche proactive ralentira la pénétration des nouveaux entrants comme AWS et Dish Network.

Les autres, ceux qui feront l’autruche, se réveilleront en 2030 en se demandant pourquoi ils n’ont plus de clients entreprises.

 

Résumé

XAdS DPC 2030 S 289684497Mes pronostics, avant la fin de cette décennie, en 2030 :

● La majorité des grandes organisations, privées et publiques, aura repris le contrôle de leurs communications et se sera libérée des opérateurs historiques.

● La “cloudification” des réseaux sera devenue une réalité. Les champions actuels du Cloud Public, AWS, GCP et Azure seront devenus les fournisseurs dominants de solutions réseaux pour les entreprises, et en priorité pour les grandes et les moyennes.

● Le plus important : les entreprises disposeront de solutions réseaux privés d’une qualité exceptionnelle, à des prix très compétitifs.


Quatre risques numériques majeurs pour notre planète : 2022 - 2030+ (Deuxième partie)

Dans la première partie de cette analyse, j’ai présenté le danger numérique le plus immédiat, les cyberattaques sur les infrastructures physiques de transport.

 

Horizon 2025 : guerre dans le détroit de Taiwan

Taiwan China missileMoins de 200 km séparent la Chine continentale de l'île de Taiwan.

Comme le montre cette carte publiée par la revue “The Economist”, Taiwan peut être atteint par tous les missiles chinois y compris ceux de courte portée et ceux envoyés depuis des navires de guerre.

Pour le peuple et le gouvernement chinois, et depuis toujours, Taiwan est partie intégrante de la Chine. Cette “réunification” est l’une des priorités du gouvernement actuel. Cela ne fait que 70 ans que Taiwan est politiquement séparé de la Chine continentale, une période très courte pour les Chinois qui ont une vision long terme du monde.

Dans un entretien récent avec CNN, fin octobre 2021, la Présidente de Taiwan confirme que les tensions sont au plus haut et que des troupes américaines sont sur place pour "entraîner" l’armée locale.

Taiwan Président on tensions with mainland China

Population China India US 2020Les différences de taille entre la Chine continentale et Taiwan sont énormes :

● Surface des pays : 9 600 000 km2 pour la Chine, 36 000 km2 pour Taiwan, un rapport de 1 à 267.

● Population : 1 400 M pour la Chine, 23 M pour Taiwan, un rapport de 1 à 61.

On retrouve ce même déséquilibre dans les forces militaires en présence, comme le montre ce tableau.

MIlitary imbalance Taiwan China

Ces chiffres sur la surface, la population et l’armement sont éloquents : l’issue d’un éventuel conflit militaire entre les deux pays ne ferait pas de doute.

La reprise en main de Hong Kong par le gouvernement central a montré que l’autonomie des territoires “déviants” se réduit très vite.

Une prise de contrôle de Taiwan par la Chine continentale se traduirait aussi par une perte quasi totale d’indépendance politique et économique pour Taiwan.

En quoi ce conflit représente-t-il un risque majeur pour l’industrie mondiale du numérique ?

TSMC Logo reliefJ’ai écrit l’année dernière un long billet sur mon blog pour parler de TSMC, Taiwan Semiconductor Manufacturing Company.

Je ne vais pas reprendre ici une analyse complète de l’industrie mondiale des microprocesseurs. Disons simplement que TSMC est l’une des entreprises les plus importantes de ce secteur.

Quelles seraient les conséquences d’une mainmise de la Chine continentale sur les activités de TSMC ? Il est essentiel pour toute l’industrie mondiale du numérique d’anticiper cette situation, et en particulier en Europe.

Semiconductors share by countries & companiesCe graphique donne la répartition des microprocesseurs par pays et fournisseurs en 2020.

TSMC est une entreprise basée à Taiwan, mais qui a déjà quelques unités de production en dehors de son pays d’origine, en particulier aux États-Unis et au Canada. En 2021, l’essentiel de la production reste concentré sur l'île de Taiwan.

La pénurie mondiale de microprocesseurs a déjà des impacts majeurs dans de nombreuses industries telles que l’automobile alors que TSMC fait tourner ses usines au maximum de leurs capacités. Cette pénurie devrait durer au moins jusqu’à la fin de l’année 2022, malgré les investissements massifs de TSMC, de plus de 100 milliards de dollars sur 3 ans.

Une fermeture éventuelle du robinet “microprocesseurs” TSMC par la Chine continentale aurait plus d’impacts sur l’économie mondiale que la crise pétrolière de 1973.

Les États-Unis ont signé en 2020 un accord important avec TSMC pour la construction d’une usine moderne, en 5 nm, dans l’Arizona. Cela représente un investissement de 12 milliards de dollars et il faudra attendre 2024 pour que cette unité de production soit opérationnelle.

Cette usine sera de taille “moyenne”, capable de produire 20 000 galettes (wafers) par mois quand les plus grandes unités sont capables d’en sortir 100 000 par mois.

Quatre chiffres résument ce projet américain de TSMC :

● Production en 5 nm. À partir de 2022, TSMC aura des usines en 3 nm à Taiwan.

● Durée de construction : 4 années.

● Investissement : 12 milliards de dollars.

● Capacité : 20 000 wafers par mois.

Que peuvent faire l’Europe et la France pour anticiper la prise de contrôle de Taiwan par la Chine continentale ?

Dans le plan d’investissement de 30 milliards France 2030 annoncé par le Président Emmanuel Macron, il y a un paragraphe consacré aux composants électroniques dont j’ai extrait ces quelques lignes, et c’est déjà un point positif.

Macron France 2030 composants

Je suis convaincu qu’il est urgent de renforcer le plus vite possible les capacités de production de microprocesseurs sur le sol européen. Sur ce diagnostic, je n’aurai aucun mal à avoir un consensus de la grande majorité des décideurs économiques et politiques en Europe.

Par contre, sur les modalités pratiques que je vais proposer, j’anticipe beaucoup de réticences et d’opinions divergentes.

J’ai une réponse à cette question : l’Europe doit imiter la démarche de la Chine au début de son développement économique à la fin du siècle dernier :

● Je constate un très grand déficit de compétences.

● J’accepte cette réalité, désagréable, et je ne fais pas l’autruche pour nier ce retard.

● Je demande aux leaders étrangers de venir s’installer sur mon territoire.

● J’organise un transfert progressif de compétences.

● C’est au seul niveau de l’Europe que tout doit se faire. La France, l’Allemagne ou tout autre pays européen qui tenterait de mener seul ce combat a une probabilité d’échec facile à estimer : 100%.

Ce graphique, publié par la Banque Mondiale, montre l’évolution des investissements étrangers en Chine entre 1979 et 2020. L’accroissement est spectaculaire pendant les années 1990, jusqu’à atteindre 6% du PNB de la Chine.

Investissements étranger en Chine 1979 - 2020

 

Garantir la sécurité des approvisionnements en microprocesseurs en Europe, mode d’emploi.

On l’a vu plus haut, il y a deux leaders mondiaux dans la fabrication des microprocesseurs, TSMC à Taiwan et Samsung en Corée du Sud.

Le plan d’action et le calendrier que je propose prennent en compte l’urgence du problème et le fait que, même en allant le plus vite possible, l’Europe n’est pas certaine d’éviter une crise majeure dans les 5 années qui viennent.

1 Décision de collaborer avec TSMC et Samsung.

En janvier 2022, la décision est prise de collaborer immédiatement avec TSMC et Samsung.

Pourquoi les deux quand la Corée du Sud ne fait pas l’objet de menaces similaires à celles que fait peser sur Taiwan la Chine continentale ?

Il y a une double raison à cette proposition :

● La croissance de la demande de microprocesseurs va s’accélérer et le risque de surproduction est faible comparé à celui de la pénurie.

● Avoir deux acteurs puissants en Europe réduit, un peu, les risques de dépendance.

2 Définition claire des objectifs de cette collaboration

L’Europe demande officiellement à TSMC et Samsung d’installer chacun en Europe une unité de production de microprocesseurs avec les niveaux technologiques les plus élevés possibles.

TSMC factoryL’exemple de l’usine TSMC aux États-Unis peut servir de point de départ, mais l’Europe doit être encore plus ambitieuse.

Chacune des deux usines construites en Europe, l'une par TSMC, l’autre par Samsung aura les caractéristiques minimales suivantes :

● Production en 5 nm et 3 nm.

● Capacité minimale : 100 000 wafers par mois.

● Durée de construction : 5 années, avec une première tranche disponible en 3 années.

● Investissements : 50 milliards de dollars.

 

Probabilité de réussite de ce projet ambitieux et réaliste : inférieur à 5%

Je ne fais pas beaucoup d’illusions sur les chances de succès de ma proposition, mais comme le dit un proverbe espagnol : “El no, ya lo tengo” (la réponse non, je l’ai déjà).

Pourquoi mes propositions ont-elles aussi peu de probabilité de succès ?
● Décider vite, l’Europe a beaucoup de mal à le faire. Il suffit d’écouter Elon Musk se plaindre des lenteurs de l’administration allemande qui ont beaucoup ralenti la mise en route de sa “gigafactory” de batteries, proche de Berlin.

Tesla GigaFactory Berlin October 2021

● Où seront installées ces deux usines ? Prévoir au moins 3 ans de débats et de conflits entre tous les pays qui voudraient accueillir ces investissements de 100 milliards.

● Levées de boucliers nationalistes : on va ouvrir l’Europe à nos grands concurrents et abandonner notre souveraineté dans le domaine des microprocesseurs. Comme si cette indépendance existait aujourd’hui !

● Des politiques vont pousser l’idée que l’Europe doit faire naître en son sein des sociétés concurrentes de TSMC et Samsung. Nous n’en avons ni les compétences, ni le temps, ni les ressources financières. Il ne faut pas recommencer dans le domaine des microprocesseurs les erreurs qui ont été commises dans celui des infrastructures Cloud Public.

AdS DPC downward spiral S 467051230Dans le domaine des microprocesseurs, l'Europe peut encore enclencher une spirale infernale de l’échec en mettant en avant des idées théoriques d’indépendance et en oubliant les réalités économiques de ce secteur essentiel. Est-ce qu’il est plus intelligent d’importer des puces électroniques fabriquées en Asie ou de demander à des entreprises asiatiques de les fabriquer en Europe ? C’est la seule question pratique qu’il faudrait avoir le courage de se poser.

Mes propositions seraient une excellente nouvelle pour les quelques entreprises européennes existantes qui ont encore des compétences dans le domaine des microprocesseurs.

Je pense en particulier à :

● ASML, la société des Pays-Bas, leader mondial dans la gravure des circuits électroniques.

● STMicroelectronics et SOITEC, en France. Ces deux entreprises de la région de Grenoble ont des positions fortes de niveau mondial sur des créneaux précis.

 

Quel calendrier pour cette perte d’indépendance de Taiwan

Je ne suis pas un devin et n’ai pas une boule de cristal qui me donne des réponses claires à cette question.

Connaissant la volonté de la Chine continentale de récupérer Taiwan, la seule question qui reste posée est : quand ?

China Xi JinpingLe Président de la Chine continentale, Xi Jinping, va recevoir les pleins pouvoirs jusqu’en 2027 et pourrait même rester plus longtemps, avec en ligne de mire le centenaire de la naissance de la révolution, en 2049. Ceci lui permettra de mener une véritable politique à long terme comme les aiment les dirigeants chinois.

Que se passera-t-il si un processus d’annexion de Taiwan est lancé ?

● L’Europe resterait un spectateur sans pouvoir réel face à un éventuel conflit dans cette zone.

● Est-ce que les États-Unis seraient prêts à déclencher une troisième guerre mondiale pour sauver Taiwan ?

US election 2024Quel pourrait être le bon moment pour la Chine si elle souhaite mener une guerre éclair contre Taiwan ? Les prochaines élections présidentielles américaines sont prévues le 5 novembre 2024. Une invasion de Taiwan en septembre ou octobre 2024 poserait des problèmes “délicats” de décision au Président Biden, à quelques semaines de cette élection. Le déséquilibre des forces militaires en présence pourrait amener à une prise de contrôle rapide, avant la fin de l’année 2024 ou avant le 20 janvier 2025, date de prise de ses fonctions par le nouveau Président des États-Unis.

Je ne souhaite pas que Taiwan soit annexée, et la majorité des Européens partagent cette position. Ce n’est pas pour cela qu’il faut ignorer cette menace forte sur nos approvisionnements en circuits électroniques.

Il reste peu de temps à l’Europe pour passer à l’action et mettre en œuvre le plan que je propose, qui ne donnera pas de résultats avant 2025, au plus tôt.

En résumé : si l’Europe n’a pas pris, avant la fin de l’année 2022, la décision de construire sur son territoire des usines TSMC et Samsung, comme je le propose… il sera trop tard et nous aurons perdu une guerre numérique de plus.

Dans la troisième partie, je parle des défis liés à la croissance exponentielle des performances des outils numériques.

Mise à jour du 26 novembre 2021

L'histoire s'accélère et met en évidence l'urgence de ce problème:

1 - Les Etats-Unis signent un accord avec Samsung pour l'installation au Texas d'une nouvelle unité de production de microprocesseurs, pour un investissement de 17 milliards de dollars.

2 - Le Japon décide de financer 50% des investissements qui seront réalisés sur son territoire dans le domaine des usines de microprocesseurs.

Deux des plus grandes puissances économiques mondiales prennent des décisions pragmatiques : nous avons besoin des compétences de Taiwan et de la Corée du Sud pour réduire les risques de pénuries de microprocesseurs, on les invite sur nos territoires.

L'Europe ne peut pas être absente de ce mouvement mondial, se serait suicidaire.

 


Quatre risques numériques majeurs pour notre planète : 2022 - 2030+ (Première partie)

 

AdS DPC Optimism Pessimism S 295856884Les lecteurs de mon blog connaissent mon optimisme, ma vision positive du futur et en particulier des évolutions des solutions numériques.

Ce n’est pas pour autant que je ne suis pas sensible aux risques majeurs qui menacent notre planète et nos vies, au contraire.

Ces risques sont nombreux ; j’ai choisi d’en présenter quatre, par ordre chronologique prévisible d’arrivée. Ce sont les risques que je pense être les plus élevés, ceux qui ont une forte probabilité de déclencher des crises mondiales majeures.

Pour chacun de ces risques, la dimension “numérique” est centrale.

● Horizon 2022 - 2023 : cyberattaques sur les infrastructures physiques de transport.

● Horizon 2025 : guerre dans le détroit de Taiwan.

● Horizon 2030 : non-maîtrise de la croissance exponentielle des potentiels des outils numériques.

● Horizon 2030+ : réchauffement climatique hors de contrôle.

Il existe probablement pour vous d’autres risques majeurs, liés au numérique ; n'hésitez pas à les évoquer dans vos commentaires.

La complexité de ces sujets et la longueur de mes textes m’ont amené à couper ce blog en plusieurs parties.

 

Horizon 2022 - 2023 : cyberattaques sur infrastructures physiques de transport

Depuis des années, une des priorités des États et des entreprises a été de protéger leurs données et en particulier les données personnelles. Le RGPD européen est un bon exemple des réglementations établies dans ce domaine. L’accès non autorisé à des données est grave, mais rarement mortel.

À l’inverse, les cyberattaques sur les infrastructures physiques peuvent tuer des centaines, des milliers de personnes.

Il y a une urgence absolue à protéger les installations physiques de transport, dans tous les domaines :

● Eau

● Gaz

● Électricité

● Télécommunications

● Transports de personnes : métros, trains, avions…

La majorité de ces infrastructures physiques sont gérées par des solutions informatiques regroupées sous le nom de SCADA (Supervisory Control and Data Acquisition).

Le danger que j’évoque est celui de la prise de contrôle à distance d’un SCADA par des acteurs externes. Une fois qu’ils ont pénétré un SCADA, ils peuvent déclencher des opérations dans les infrastructures physiques pouvant entraîner des morts d’hommes : ouverture ou fermeture de réseaux, injection de produits dangereux dans l’eau…

Pour éviter ces attaques, la seule défense actuelle est la déconnexion à 100%, pas à 99,99% entre les réseaux SCADA et Internet. Nul ne peut garantir qu’une liaison entre un SCADA et Internet, aussi sécurisée soit-elle, ne sera pas utilisée pour infecter le SCADA.

Réseau SCADA indépendant Internet : Cloud

Ce n’est pas une sécurité parfaite, comme l’a démontré l’attaque Stuxnet contre une installation nucléaire iranienne en 2010. Ce virus aurait été introduit par une clef USB.

Ces attaques sont prises au sérieux, comme le montre cet article récent de l’OTAN sur les réseaux électriques.

Quelles sont les mesures urgentes que je propose pour la France et l’Europe ?

● Audit immédiat de TOUS les réseaux physiques français et européens, avant la fin de l’année 2022.

● Identification et suppression de 100% des liens Internet et cloud public de ces infrastructures.

● Création d’un RGPD des infrastructures, RGPDIST (Infrastructures Stratégiques de Transport).

Ces mesures de précaution et de sécurité mettront nos infrastructures physiques à l’abri des cyberattaques les plus dangereuses. Elles ont un inconvénient majeur ; elles réduisent la capacité des entreprises à gérer efficacement leurs infrastructures.

Heureusement, il existe une réponse moderne pour gérer en toute sécurité une infrastructure numérique : construire un jumeau numérique, “Digital Twin” en anglais.

 

Généralisation des jumeaux numériques

Un jumeau numérique, c’est une “image” numérique d’une installation physique, que l’on peut utiliser pour simuler son fonctionnement et prendre les décisions qui s’imposent.

Jumeau numérique

Les grandes plateformes de cloud public, AWS, Azure ou GCP proposent déjà des solutions performantes pour créer des jumeaux numériques. En 2021, AWS a probablement l’offre la plus riche et plus avancée du marché, mais les deux autres acteurs font des progrès rapides.

Les données liées à l’activité physique des infrastructures, pression, voltage, vitesse, volume… sont déjà saisies pour alimenter un SCADA. Il est nécessaire d’envoyer en même temps toutes ces données vers le jumeau numérique pour qu’il puisse simuler le fonctionnement de l’infrastructure source.

Dominique Mockly avec IO baseLorsque Teréga, l’entreprise qui gère le réseau de transport et stockage du gaz dans le sud de la France, a décidé de construire son jumeau numérique, elle s'est trouvée devant un problème universel pour tout jumeau numérique : comment transmettre les données vers le jumeau numérique sans risquer que ce canal de transmission soit utilisé dans l’autre sens ?

Devant un problème qui n’avait pas de solutions sur le marché, Teréga a pris la décision de proposer des réponses innovantes et d’inventer et breveter des produits qui répondent à cette attente universelle.

En juin 2021, les équipes de Teréga Solutions et Dominique Mockly, le P-DG de l’entreprise, ont présenté IO-Base, leurs offres innovantes, matérielles et logicielles.

IO-Base Composants

Cette solution, qui s’appuie sur AWS, permet de construire un jumeau numérique sécurisé.

Le composant matériel se nomme Indabox ; c’est une diode numérique qui interdit tout transfert de données dans le sens Cloud vers les infrastructures locales. C’est ce boîtier que tient Dominique Mockly dans sa main.

Comme le montre ce schéma d’un jumeau numérique avec Indabox, l’alimentation des données physiques vers le Cloud AWS est unidirectionnelle, cette diode physique interdisant tout retour d’information depuis le Cloud.

Jumeau numérique avec Indabox

Il y aura, hélas, des catastrophes dès 2022 ou 2023, dans de nombreux pays industrialisés.

Main SCADA risks SLes installations informatiques dans ces infrastructures sont souvent très anciennes, utilisant des solutions dont les mises à jour de sécurité n’ont pas été faites depuis des années. Il est possible de rencontrer des serveurs fonctionnant avec des versions Windows XP ou antérieures.

Les États-Unis sont en première ligne des risques industriels dans ces domaines.

Après les États-Unis, ce sont probablement les pays africains qui sont les moins bien préparés pour résister à ces cyberattaques.

Un exemple récent : le blocage des stations de distribution de carburant en Iran, le 26 octobre 2021.

Les impacts humains de ces cyberattaques peuvent être dramatiques, et se mesurer en centaines ou milliers de morts.

Cyberattack on infrastructuresIl est clair pour moi que des dizaines d’infrastructures critiques de transport sont déjà infectées, en état de veille, de "pré-attaque". Des cyberattaques mortelles peuvent se déclencher à tout instant.

Ce seront en priorité des attaques déclenchées par des états contre d’autres états.

Les suspects “classiques” sont bien connus : Chine, Corée du Nord, Russie, Iran…

Croyez-vous pour autant que les autres grands pays comme les États-Unis, la France ou l’Europe ne préparent pas eux aussi des cyberattaques de ce style ?

Moi, pas une seconde.

Dans la deuxième partie de cette analyse, j’aborde le thème de Taiwan.

Dans la troisième partie, je parle des défis liés à la croissance exponentielle des performances des outils numériques.

 


TSMC, l’AWS de la production de circuits électroniques

 

Logo TSMCTSMC ? Posez la question autour de vous : connaissez-vous TSMC, savez-vous ce qu’ils font?

Il est probable que la majorité des personnes vous répondront qu’elles n’en ont pas la moindre idée.

TSMC, Taiwan Semiconductor Manufacturing Company, est, comme son nom l’indique, une société basée à Taiwan qui fabrique pour le compte d’autres entreprises des semi-conducteurs, en priorité des microprocesseurs.

La pénurie mondiale de microprocesseurs fait la une des journaux depuis quelques semaines. Elle met en évidence le rôle clef des “fondeurs”, les entreprises comme TSMC.

Que les plus grands constructeurs automobiles du monde soient obligés de fermer leurs usines parce que quelques composants électroniques indispensables font défaut, c’est une autre illustration de la sensibilité de l’économie mondiale à un petit nombre d’industries de base.

Pénurie puces mondiale automobile

En 2021, des milliers d’éditeurs de logiciels sont “infrastructures less” et s’appuient sur les solutions des géants du cloud public, AWS, GCP ou Azure pour leurs infrastructures.

En 2021, des centaines de concepteurs de composants électroniques sont “fabless”, sans usine de production et s’appuient sur TSMC pour fabriquer les composants qu’ils conçoivent.

TSMC joue, pour ces concepteurs de composants, le même rôle qu’AWS, IaaS pour les éditeurs de logiciels SaaS. TSMC, c’est un CaaS, Chip as a Service !

Dans ce billet, je présente un panorama raisonnablement complet de l’écosystème des composants électroniques. Il y a un grand nombre d’enjeux stratégiques mondiaux dans cette industrie ; il est important de comprendre comment elle fonctionne.

 

TSMC en quelques chiffres

TSMC est le numéro un mondial des fondeurs indépendants, qui travaillent exclusivement pour d’autres entreprises et ne commercialisent pas directement leurs microprocesseurs.

TSMC est né en 1987, il y a 35 ans. Bien que l’entreprise soit basée à Taiwan, son capital est détenu à 80% par des investisseurs étrangers ; elle est cotée à Taiwan et à New York.

TSMC a investi massivement dans l’innovation ; ils sont aujourd’hui les plus avancés dans les solutions de pointe. Dans cette industrie, l’un des indicateurs de performance est l’écart qui sépare deux connexions ; il se mesure en nanomètre, nm.

TSMC 5nm factoryTSMC est l’un des seuls, avec Samsung, à proposer depuis 2020 des microprocesseurs en 5 nm. Les investissements industriels nécessaires à la fabrication de ces microprocesseurs sont gigantesques, comme le montrent cette image d’une des usines TSMC en 5 nm et le montant des investissements réalisés par TSMC depuis 2009.

TSMC CAPEX 2009-2021

Les smartphones d’Apple avec les processeurs A14 sont construits en 5 nm par TSMC.

5 nm, c’est vraiment très petit, mais difficile à visualiser. Concrètement, cela signifie qu’il y a 134 millions de transistors par mm2.

Apple A14 chip componentsCe schéma des composants d’un processeur A14 d’Apple donne le vertige ! Sur 100 mm2, il y a presque 12 milliards de transistors.

TSMC prévoit de passer au 3 nm en 2021 et Apple a déjà réservé pour ses prochains iPhone toute la production de TSMC en 3 nm.

 

Microprocesseurs : qui fait quoi dans cette industrie

Nous utilisons tous des centaines de microprocesseurs dans notre vie quotidienne. On pense en priorité aux ordinateurs et smartphones. Ces microprocesseurs sont aussi présents dans des milliers d’objets de notre quotidien : voitures, télévisions, équipements électroménagers…

Ce sont les bases de tous les usages numériques et il est important de comprendre “qui fait quoi” dans cette industrie vitale pour toutes les activités économiques de la planète.

J’ai représenté sur ce schéma cinq niveaux d’acteurs qui interviennent dans cette industrie.

De bas en haut :

● Fournisseurs d’équipements industriels.

● Fondeurs : usines de fabrication.

● Concepteurs de processeurs : développent les architectures de microprocesseurs

● Objets d’accès : incorporent des microprocesseurs dans nos PC, tablettes ou smartphones.

● Serveurs Clouds publics : les grands acteurs du Cloud Public sont aussi des concepteurs de microprocesseurs.

Couches basses infrastructures numériques

Pour chacun de ces niveaux, j’ai sélectionné quelques acteurs économiques importants, présentés dans les prochains paragraphes.

Ce schéma sert de référence pour la suite de ce billet.

 

Fournisseurs d’équipements industriels

Les machines-outils utilisées par les fondeurs sont très spécialisées et complexes. Deux des leaders mondiaux dans ce domaine sont ASML et Applied Materials

ASML, Advanced Semiconductor Materials Lithography

ASML Dutch roots  30 yearsASML est encore moins connue que TSMC ! C’est pourtant le leader mondial de la lithographie, qui permet de dessiner les circuits électroniques en nm. ASML est une société… européenne, basée à Eindhoven aux Pays-Bas, ancienne filiale du groupe Philips. C’est l’un des très rares domaines du numérique où l’Europe a un leader mondial.

Si ASML arrêtait sa production de machines, toute l’industrie mondiale des composants électroniques serait rapidement à l’arrêt.

Cet article récent, publié le 15 avril 2021, montre que l’on commence à prendre conscience de l’importance d’ASML dans toute l’économie mondiale.

ASML indispensable à l'économie

Coïncidence ? Comme TSMC, ASML est née il y a 35 ans.

ASML Litho 2Grâce à des investissements massifs en R&D, ASML s'est construit un quasi-monopole dans les équipements lithographiques haut de gamme dont les fondeurs ont besoin pour fabriquer leurs circuits électroniques.

Cette image montre l’une de ces machines en train de graver une “galette” qui contient des centaines de microprocesseurs. N’oubliez pas qu’il y a sur une seule galette de l’ordre de 3000 à 6000 milliards de transistors !

Applied Materials

Avant de graver les galettes de silicium, il faut les fabriquer. C’est l’un des métiers d’Applied Materials.

Applied material deposition technologyApplied Materials est née en Californie ; ils aiment dire qu’ils sont le “Silicon de la Silicon Valley”.

Comme ASML, les investissements en R&D d’Applied Materials permettent les améliorations spectaculaires que l’on connaît dans le monde des microprocesseurs.

Il existe beaucoup d’autres entreprises dans ce secteur des équipements industriels, mais ASML et Applied Materials sont représentatives d’une industrie dont dépend toute l’économie mondiale et qui reste inconnue du grand public et d’un grand nombre de professionnels du numérique.

 

Fondeurs

C’est dans cette catégorie que se trouve TSMC.

Ce tableau donne la liste, en 2020, des principaux acteurs du marché.

La taille des “wafers”, les galettes, est un paramètre clef : plus ils sont grands, plus on peut fabriquer de circuits électroniques à partir d’une seule galette. Aujourd’hui, les galettes de 300 mm et 200 mm sont utilisées pour les microprocesseurs.

Wafers leaders by size  2020

Les trois fondeurs que j’ai sélectionnés sont :

● TSMC

● Samsung

● Intel

Intel n’est plus dans les cinq premiers dans la catégorie reine, des 300 mm ; il est sixième. C’est pourtant encore celui auquel on pense en priorité quand on parle de microprocesseurs !

Samsung est le numéro un dans la catégorie des 300 mm.

TSMC est le numéro un mondial si l’on additionne les 300 mm et les 200 mm.

TSMC Intel Samsung investissements Le métier de fondeur est très consommateur de capitaux : les usines ont des coûts unitaires qui se chiffrent en milliards de dollars.

Ce tableau donne les montants des investissements annoncés par les trois acteurs cités. Il faut le regarder avec attention ; les périodes d'investissements ne sont pas les mêmes.

TSMC parle de 3 ans, Samsung de 10 ans et Intel… ne dit rien sur la période  couverte.

Intel

Intel n’est plus le leader que l’on a connu dans le siècle dernier. Il fait face à de nombreuses difficultés. J’en ai sélectionné trois :

Intel annonce un investissement de 20 milliards de dollars. Très bien, mais nul ne sait sur quelle période, alors que TSMC annonce 100 milliards, 5 fois plus, et sur 3 ans.

Intel invest 20 B$

Intel will use TSMC for top of the line products● En même temps, Intel annonce que ses usines fabriqueront des circuits en 7 nm, alors que TSMC produira dès 2021 des circuits en 3 nm. Conséquence : Intel annonce qu’il va sous-traiter à… TSMC la fabrication de ses processeurs haut de gamme en 2023, car il n’a pas la capacité en interne pour le faire.

● Intel annonce aussi qu’il mettra ses usines au service d’autres concepteurs de processeurs. Je ne suis pas convaincu qu’il y aura beaucoup de clients pour travailler avec un concurrent potentiel, qui en plus n’est pas capable de proposer les technologies les plus modernes.

TSMC

TSMC va investir 100 B$, et en trois ans, pour répondre à une demande croissante du marché.

TSMC va investir 100 B$

Comme on l’a vu, TSMC a pour ses clients deux avantages majeurs sur Intel :

● Accès aux technologies les plus modernes, 3 nm dès 2021.

● Pas de risques de concurrence : TSMC ne fabrique pas de processeurs sous sa marque.

TSMC market share by sizy of nmLa domination de TSMC est encore plus évidente si on regarde les parts de marché par familles de produits. Dans les solutions haut de gamme, 10 nm ou moins, TSMC avec 90% et Samsung avec les 10% restants trustent le marché.

Ce graphique montre l’évolution sur les 5 dernières années des cours de bourse d’Intel et de TSMC. On comprend mieux pourquoi TSMC a vu son cours grimper de 374% alors qu’Intel s'est contenté de 111%.

Share price Intel vs TSMC

 

Concepteurs de processeurs

Cette famille regroupe des dizaines de sociétés qui conçoivent des processeurs. J’ai choisi de parler de quatre d’entre elles, qui sont représentatives des différentes stratégies possibles.

Apple

Apple a une très forte équipe interne pour concevoir des circuits électroniques propriétaires et en tirer un avantage compétitif. Le premier MacBook Air avec un processeur non Intel, le M1, sur base ARM, en est le dernier exemple.

Apple est un “fabless” : il fait fabriquer ces processeurs par les trois fondeurs cités, Intel, Samsung et TSMC.

Nvidia

Nvidia ampere AI processorNvidia est l’une des vedettes montantes du secteur. Après les cartes graphiques, Nvidia est devenu très présent dans les processeurs pour l’Intelligence Artificielle. Nvidia est, comme Apple, une entreprise “Fabless”.

À la différence d’Intel, Nvidia a su innover et diversifier ses marchés ; c’est un acteur clef dans de nouveaux secteurs comme les jeux vidéo. Ses performances spectaculaires en bourse, avec un cours multiplié par 14 en 5 ans, confirment ce succès.

Share price Nvidia 5 years

Nvidia a annoncé son intention de racheter ARM pour 40 milliards de dollars. Cette opération n'est pas encore confirmée et de nombreux acteurs tels que Qualcomm et des autorités de la concurrence sont contre.

Qualcomm object deal ARM - Nvidia

L’histoire d’ARM est exemplaire des échecs de l’Europe. ARM est le leader mondial des processeurs présents dans tous les smartphones du monde. ARM est née en Angleterre, a été financée par le gouvernement britannique avant d’être rachetée par le japonais Softbank.

Si le rachat par Nvidia est bloqué, ce serait une excellente opportunité pour l’Europe de mettre la main sur un acteur clef du marché. 40 milliards de dollars, ce n’est pas un investissement déraisonnable pour revenir sur ce marché essentiel!

Intel

Intel est de loin la marque la plus connue dans l’industrie des microprocesseurs. Comme on l’a vu précédemment, sa place réelle dans l’industrie est aujourd’hui en dessous de sa notoriété, et continue à chuter rapidement.

Intel avait une place clef dans les ordinateurs personnels, concurrencé seulement par AMD. Il vient de perdre un client important, Apple, qui bascule sur des processeurs de la famille ARM conçus en interne. Intel est totalement absent du marché des smartphones, dominant en volume.

Intel avait aussi une place dominante dans les centres de calculs. Cette domination est elle aussi remise en cause par l’arrivée des géants du cloud public. J’y reviens plus loin.

● Les entreprises ferment leurs centres de calculs privés, ce qui réduit la taille du marché.

Nvidia in data centers● AWS, GCP et Azure construisent de plus en plus leurs propres serveurs, et ils ne sont plus seulement construits avec Intel. ARM, Nvidia et beaucoup d’autres prennent chaque jour une place plus importante dans leurs infrastructures.

Quel avenir pour Intel ? Dépassé dans son rôle de fondeur, attaqué dans les marchés où il était dominant, est-ce qu’Intel sera encore un acteur majeur du numérique en 2025 ?

Je vous laisse choisir votre réponse à cette question.

Samsung

Samsung exynos 2Samsung est la seule entreprise présente dans trois des cinq niveaux du tableau des fournisseurs. Samsung conçoit, fabrique et utilise ses propres circuits électroniques dans ses smartphones et autres objets numériques, sous la marque Exynos.

Cette intégration verticale permet à Samsung de contrôler toute la chaîne de valeur des processeurs. Comme Apple, il peut ajouter des fonctionnalités spéciales, propriétaires dans ses processeurs, pour différencier ses objets d’accès.

 

Objets d’accès

PC portables, tablettes, smartphones, consoles de jeux… On rentre là dans des domaines où les fournisseurs sont très connus des entreprises et du grand public.

Main smartphones vendors 2020 CanalysLa majorité des constructeurs, Dell, Lenovo, Xiaomi ou Oppo, achètent leurs processeurs à des fournisseurs tels que Qualcomm, spécialistes des architectures ARM.

Le troisième grand fournisseur de smartphones, Huawei, conçoit ses propres processeurs sous la marque Kirin. Huawei est encore un “fabless”, mais les blocages américains vont l’amener à construire lui aussi ses propres usines de microprocesseurs, comme Samsung.

Est-ce une coïncidence si les trois leaders mondiaux du marché, Samsung, Huawei et Apple, sont ceux qui conçoivent aussi leurs processeurs ?

 

Serveurs

La situation évolue très vite dans le monde des serveurs : la domination d’Intel est attaquée sur tous les fronts, par les fournisseurs concurrents et par les géants du cloud public.
Tous préparent des processeurs pour remplacer ou compléter les “historiques” x86 d’Intel et AMD.

Quelques exemples :

ARM GRACE ARM CPU● Nvidia annonce la disponibilité en 2023 de Grace, un processeur très haut de gamme pour centre de calcul, orienté Intelligence Artificielle.

● AWS proposera avant la fin de l’année 2021 Graviton2, un processeur construit par Nvidia, en exclusivité pour AWS.

● Google propose depuis plusieurs années des TPU, TensorFlow Processor Unit, des processeurs maison pour optimiser l’usage de son outil de Machine Learning Tensorflow.

● Microsoft a annoncé en 2020 un accord avec... TSMC pour créer un laboratoire commun pour développer des processeurs dédiés pour Azure.

Confirmant le thème général de ce billet, comme dans le Cloud, la démarche Best of Breed s’impose rapidement dans le monde des processeurs. Les solutions universelles, supposées tout faire pour tout le monde comme l’Intel x86, se font tailler des croupières par des dizaines de solutions très spécialisées qui sont 10 à 100 fois plus performantes dans leurs domaines respectifs.

 

Impacts climatiques forts de l’industrie des circuits électroniques

Dans un billet récent, j’analyse différents scénarios possibles pour répondre aux défis climatiques de la planète.

TSMC emission of carbonJ’y parle du dernier livre de Bill Gates, “How to avoid a climate disaster”, dans lequel il explique que la production de biens matériels est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre.

L’industrie des composants électroniques en est un bon exemple, comme l’explique cet article de Bloomberg qui parle de... TSMC.

TSMC émet plus de gaz à effet de serre que le constructeur automobile General Motors.

Les fabricants de processeurs sont aussi de gros consommateurs de matières premières et d’eau, comme le montre ce graphique.

TSMC water consumption

Dans un billet sur la Frugalité Numérique des objets d’accès, je montre que le processus de fabrication des smartphones ou les PC portables, dont font partie les processeurs, est plus consommateur d’énergie que leur usage.

 

Dimensions stratégiques internationales

Taiwan, berceau de TSMC, est une île de 24 millions d’habitants et 36 000 km2, 15 fois plus petite que la France, à 160 km de la Chine continentale.

La République Populaire de Chine n’a jamais abandonné son objectif d'annexer Taiwan et la tension entre ces deux territoires est redevenue très forte, comme le confirme cet article.

China War over Taiwan sooner

La reprise en main de Hong Kong est un autre exemple de la volonté chinoise d’augmenter son contrôle politique dans la région.

Map taiwan Corée TSMC SamsungTSMC à Taiwan, Samsung en Corée du Sud, la domination de l’Asie “non chinoise” dans l’industrie des composants électroniques est une réalité.

2034 a Novel of the Next World War” vient d’être publié aux États-Unis. Il situe le début d’une nouvelle guerre mondiale, en 2034, dans la mer de Chine qui sépare Taiwan du continent chinois.

Un extrait de ce livre a été publié dans la revue Wired. Cela vous évitera de lire tout le livre, qui est très “moyennement” intéressant.

Il existe une double dépendance dangereuse, technologique et politique, du monde entier dans le domaine des composants électroniques.

Où en est-on, en Europe ?

STM sales 2020 par catégories produitsL’Europe n’est pas totalement absente de ce marché des composants électroniques. STMicroelectronics est le principal concepteur et constructeur européen de composants électroniques. Par contre, STMicroelectronics n’a pas une présence significative sur le secteur des microprocesseurs ; ils sont actifs sur des marchés différents comme le montre la répartition de leur chiffre d’affaires pour l’année 2020.

Les États-Unis ont eux aussi pris conscience de cette dépendance. Pat Gelsinger, le nouveau patron d’Intel, vient de demander au Président Joe Biden de passer à l’action en investissant 50 milliards de dollars dans cette filière.

● En 1990, les États-Unis produisaient 37% des semi-conducteurs.

● En 2021, ce pourcentage est tombé à 12%.

● L’Asie représente 70% du marché mondial.

Cette dépendance de l’Europe et du reste du monde dans le domaine des composants est un vrai problème, oui. Elle est, à mon avis, plus importante que celle dont on parle beaucoup trop en ce moment, dans le domaine des infrastructures Clouds Publics.

Lemaire dépendance InacceptablePeut-on la réduire ? Ce n’est certainement pas en tenant des discours aussi creux que celui de notre ministre des Finances qu’on va avancer !

La dépendance de l’Europe est “inacceptable”...

Je vais en parler avec l’Allemagne…

Ces discours m’exaspèrent : je les entends depuis des années dans le monde du numérique, alors que nous avons besoin d’agir, pas de palabrer.

J’ai écrit ce billet pour que les lecteurs prennent conscience de l’importance du sujet, et de notre totale dépendance en matière de composants électroniques pour le monde du numérique.

L’Europe peut-elle rattraper ce retard “inacceptable” ?

Poser la question, c’est y répondre.

Bien plus que les milliards d’investissements annuels nécessaires, il faudrait créer de toutes pièces une industrie qui demande des compétences techniques très fortes, des savoir-faire qui se sont construits au cours des 35 années chez TSMC et Samsung.

L’option la plus radicale serait de racheter TSMC en Bourse ! Le prix, 550 B$, est hélas dissuasif.

Si je devais recommander une seule action de l’Europe pour reprendre, un peu, une place dans ce marché des composants, ce serait de tout faire pour que le rachat d’ARM par Nvidia échoue, en arguant du risque de position dominante. Il faudra ensuite dépenser, et vite, les 40 B$ nécessaires pour qu’ARM redevienne une société européenne.

Europe Map STM ARMUne fusion entre STMicroelectronics et ARM serait, à mon avis, la dernière opportunité qui reste à l’Europe pour continuer à exister dans ce secteur stratégique. La valeur boursière actuelle de STMicroelectronics est de 35 milliards €, équivalente à celle d’ARM.

ARM est une société qui n’a pas d’usines, mais elle est à la base de la majorité des processeurs qui équipent les smartphones mondiaux et, progressivement, les PC comme Apple puis les centres de calcul.

Cette démarche est cohérente avec celle que j’ai proposée dans mon billet :

L’Europe, leader mondial dans les usages numériques au service de la planète

Il faudrait que l’Europe adopte une stratégie similaire dans le domaine des composants électroniques : se concentrer sur la dimension usages, type ARM, et accepter le fait que l’on ne peut plus lutter dans la dimension infrastructures de production contre des TSMC ou Samsung.

C’est en étant pragmatique, en choisissant ses combats, en concentrant ses énergies sur un tout petit nombre de projets que l’Europe du numérique peut espérer continuer à jouer un rôle significatif dans toutes les industries du numérique.

C’est aussi vrai dans le domaine des composants, comme l'explique ce billet.