Numérique et technologie, meilleures armes contre le réchauffement climatique?

 

AdS DPC thumb up positif S 183628565Et si le numérique et la technologie étaient les meilleures armes pour lutter contre le réchauffement climatique ?

C'est par ce thème essentiel que je termine ma série de quatre billets sur le numérique, ses dangers et ses potentiels.

Dans la première partie de cette analyse, j’ai présenté le danger numérique le plus immédiat, les cyberattaques sur les infrastructures physiques de transport. Début février 2022, des attaques sur des ports européens ont, hélas, confirmé mon pronostic.

Dans la deuxième partie, j’ai analysé quels pourraient être les impacts d’une guerre dans le détroit de Taiwan sur l’industrie des microprocesseurs.

Dans la troisième partie, j’ai abordé le thème des risques liés à la croissance exponentielle des potentiels des technologies numériques.

Cette quatrième partie analyse le grand défi mondial de la maîtrise du réchauffement climatique et des rôles, positifs, que peuvent y jouer le numérique et la technologie.

Il est impossible de parler du réchauffement climatique en se focalisant uniquement sur le numérique et la technologie.

J’ai organisé ce billet en quatre parties :

● Quels défis à l’horizon 2030.

● Quels acteurs pour lutter contre le réchauffement climatique.

● Un acteur clef : les organismes financiers.

● Un acteur clef : numérique et technologies.

J'ai écrit un texte très long, avec beaucoup de références, de graphiques et de liens, pour vous donner la possibilité d'étudier en profondeur ce sujet majeur, qui nous concerne tous. J'espère que ce gros effort vous sera utile et vous aidera dans vos réflexions sur ce thème.

N'hésitez pas à partager largement autour de vous ce billet, si vous pensez qu'il peut aider d'autres personnes à avoir une vision complète et positive des actions a mener pour sauver la planète avant 2030.

 

1 - Horizon 2030+ : réchauffement climatique hors de contrôle

Dans la lutte contre le réchauffement climatique, le numérique n’est pas l’alpha et l'oméga des réponses, loin de là.

Commençons par les mauvaises nouvelles : le World Economic Forum a publié en janvier 2022 son rapport sur les risques globaux pour 2022.

À la question : quelle est votre position sur l’avenir du monde, 16% seulement des répondants ont une vision positive ou optimiste.

XWEF - Outlook for the world

Je fais partie des personnes qui sont convaincues que le réchauffement climatique est un danger mortel pour la planète. Cette conviction s'est construite petit à petit, par l’étude de nombreux documents, une analyse scientifique et rationnelle des chiffres qui montrent les évolutions de ces dernières décennies.

Le club de ceux qui nient les impacts de l’homme sur le climat, des personnes qui croient que la terre est plate, des antivax, des chantres de la décroissance… je n’en fais pas partie.

J’ai écrit en 2021 deux billets sur les différents scénarios possibles pour affronter cette crise :

Quel avenir pour la planète : “More from Less” ou “Less is More”.

L’Europe, leader mondial dans les usages numériques au service de la planète.

Si une rupture forte dans les actions menées pour réduire le réchauffement climatique ne se produit pas rapidement, si les mesurettes actuelles sont maintenues, le monde sera dans une situation catastrophique en 2030.

Ce n’est pas pour cela qu’il faut céder au catastrophisme (Doomism en anglais), au contraire. Dans la suite de ce texte, j’analyse ce que différents “acteurs” peuvent faire pour rendre cette catastrophe évitable.

 

2 - Quels acteurs pour lutter contre le réchauffement climatique

J’ai identifié six familles d’acteurs qui peuvent avoir un rôle dans la lutte contre le réchauffement climatique :

● Les organisations internationales : ONU, COP…

● Les pays.

● Les entreprises.

● Les particuliers.

● Les organismes financiers.

● Les innovations technologiques et numériques.

Chacune de ces familles d’acteurs peut agir sur les deux dimensions :

● Offre : réduire l’offre d’énergies carbonées et d’émissions de gaz à effet de serre.

● Demande : réduire la demande en énergie, carbonée ou non.

XClimat - Potentiels Acteurs - Offre et demande + Numérique + org InternDans ce premier tableau, je vous présente mon évaluation personnelle des impacts positifs potentiels que chacun de ces six acteurs pourrait avoir sur l’offre et la demande d’énergies carbonées. Cinq étoiles correspondent au plus haut impact possible, une étoile au plus faible.

Je vais aller vite sur les quatre premiers acteurs.

Je traiterai plus à fond le cinquième, les organismes financiers ; c’est un domaine où des décisions rapides peuvent avoir des impacts positifs immédiats.

L’essentiel de ce billet sera consacré au sixième, numérique et technologies, qui est celui sur lequel j’ai une raisonnable compétence.

Organismes internationaux et états

La dernière COP, 26e du nom, a pris fin à la mi-novembre 2021, après 15 jours de négociations à Glasgow.

XCop 26 temperature pledgeLe rapport final dit, de manière “diplomatique”, que l’objectif de limiter à 1,5° le réchauffement climatique est toujours atteignable (Reach) mais il faudra pour cela en faire plus (further actions needed).

Traduit en langage “normal” : les décisions annoncées après la COP 26 ne permettent pas d’atteindre cet objectif.

Ces organismes internationaux pourraient avoir un impact majeur s’ils avaient le courage de prendre des décisions fortes et contraignantes. La réalité est, hélas, tout autre.

Peut-on faire confiance aux organismes internationaux et aux responsables politiques des grands pays du monde pour agir en profondeur, et très vite ?

La réponse actuelle est claire : non !

XDon't look up posterSorti sur Netflix en décembre 2021, nominé aux Oscars, le film “Don’t look up” est une remarquable illustration de cette capacité des politiques à regarder “ailleurs”, à chercher en permanence des excuses pour ne pas agir.

Pris individuellement, les états sont encore plus désarmés que les organismes internationaux pour prendre des décisions qui auront des impacts globaux sur le climat. Les états ont heureusement des capacités pour agir localement, qu’il ne faut pas négliger.

J’en prendrai un seul exemple, celui de la Norvège. La Norvège a pris dès 2016 la décision d’interdire la vente de véhicules thermiques à partir de 2025. Les Norvégiens ont vite compris qu’acheter un véhicule thermique était un très mauvais investissement et qu’ils ne pourraient pas le revendre. Comme le démontre ce graphique, les impacts ont été immédiats : les ventes de véhicules thermiques seront proches de zéro… dès 2022 !

C’est un bon exemple de l’impact de décisions sur l’anticipation des acteurs économiques. L’objectif fixé à 2025 sera atteint avec trois ans d’avance, en 2022.

XVentes voitures thermiques Norvège

XPlan Economie Française Shift projectEn France, le Shift Project vient de publier son “plan de transformation de l’économie française”. Je ne peux pas le commenter ; l’ouvrage était indisponible quand j’ai écrit ce texte. Je suis par contre inquiet quand je lis dans la préface, écrite par Jean-Marc Jancovici, les mots suivants : “Nous devons être capables de naviguer dans un monde sans nouveautés techniques décisives”. C’est une démarche inverse que je pousse dans ce texte.

 

Les entreprises

Il faut séparer les entreprises, acteurs de l’offre d’énergie carbonée et toutes les autres qui consomment de l’énergie, carbonée ou pas.

Entreprises, acteurs de l’offre d’énergie carbonée.

Peut-on leur faire confiance pour mettre fin à leurs activités sans pressions extérieures fortes ? La réponse est évidente : non.

XThe new climate war coverUn livre remarquable, “The New Climate War”, écrit par Michael Mann, démonte les démarches machiavéliques utilisées par les entreprises pour se défausser de leurs responsabilités sur… les particuliers.

Ces démarches sont très anciennes et touchent beaucoup d’industries. Les producteurs de tabac, de pesticides, d’amiante, de peinture au plomb ont été des précurseurs dans ce domaine.

Un autre exemple, moins connu, est révélateur de ces démarches de l’offre qui culpabilise l’usage. Il est possible d’ajouter à une cigarette des produits qui font qu’elle s'éteint toute seule si on la pose sur une table. Ceci permettrait d’éviter les morts par incendie qui se produisent trop souvent, mais représenterait un coût additionnel pour les producteurs. La réponse des fabricants de tabac a été simple : il faut empêcher les draps de s’enflammer quand un mégot allumé tombe dessus. Des milliards ont été dépensés pour ajouter des produits toxiques aux tissus domestiques et les rendre ininflammables quand il aurait suffi de prendre le problème à la source.

Dans son livre, Michael Mann estime qu’une centaine de très grandes entreprises mondiales sont responsables de 70% des émissions de gaz à effet de serre.

Je reviendrai sur ce sujet majeur quand j’aborderai le rôle des organismes financiers.

 

Les entreprises, consommatrices d’énergie

XSecteurs clefs émetteurs Greenhouse gas - Bill Gates copieToutes les entreprises consomment de l’énergie pour fonctionner, certaines plus que d’autres. Dans son analyse des secteurs les plus consommateurs d’énergie, Bill Gates place en tête l’industrie et en particulier les secteurs de l’acier et du ciment. L’industrie produit 31% des 51 milliards de tonnes de CO2 émises en un an, 15,81 milliards de tonnes.

Numérique et technologies sont des forces puissantes pour améliorer tous ces processus de fabrication et leur permettre de réduire leur consommation d’énergie à production constante.

 

Les particuliers

Est-ce que nous pouvons, individuellement, réduire notre consommation d’énergie et nos impacts négatifs sur le climat ? La réponse est oui.

Il faut par contre être attentif aux pièges posés par les entreprises productrices d’énergie carbonée, qui essaient par tous les moyens de nous culpabiliser, comme je l’ai expliqué plus haut.

XAdS DPC Waste reduce reuse S 277729989Les exemples sont innombrables :

● Il faut trier les déchets : et si l’industrie ne produisait pas de produits jetables?

● Il faut se déplacer moins : et si l’on produisait plus de voitures électriques?

● Nous sommes tous coupables, individuellement : merveilleuse méthode pour dédouaner les producteurs.

Vous êtes un mauvais citoyen pour la planète si vous n’êtes pas végan, si vous voyagez, si vous regardez Netflix… Faire reposer l’essentiel des efforts sur les actions individuelles est l’une des illusions les plus dangereuses de ce combat pour la planète.

 

3 - Acteur clef : les organismes financiers

Je partage l’opinion de Michael Mann sur ce sujet essentiel : agir sur la finance est probablement la méthode la plus rapide et la plus efficace pour réduire l’usage d’énergies carbonées.

Tarir les flux financiers qui financent les projets liés aux énergies carbonées, c’est les rendre impossibles.

XLargest banks invest in fossil fuelsLa situation actuelle est catastrophique : comme le démontre cet article, les investissements dans les énergies fossiles par les banques restent très élevés. Depuis les accords de Paris en 2016, les 60 plus grandes banques mondiales ont financé 3,8 T$ de nouveaux projets dans les énergies fossiles. (1 Trillion US = mille milliards européens).

3 800 milliards de dollars ! Si ces sommes n’avaient pas été disponibles, il est évident que ces projets financés n’auraient pas été lancés.

Ce document très complet de 80 pages, ”Banking on Climate Chaos”, fait le point sur les financements bancaires, analysés par grandes familles de projets et par banque.

Dans ce classement de la honte, le “champion” français est dixième. Il s'agit de BNP Paribas; sur la période 2016-2020, les sommes investies, de 121 milliards de dollars, sont… en croissance !

Sur ce schéma, j’ai visualisé les principales pistes qui permettraient d’agir pour tarir ces financements des énergies fossiles.

XActeurs sur climat -Finance

XAdS DPC Risks > Reward  SS 170136001

Organisations financières : il faut  les convaincre qu’investir dans les énergies carbonées, c’est un placement à très haut risque et dont la rentabilité ne sera jamais au rendez-vous. Financer un pipeline pétrolier, l’exploitation d’un gisement de gaz fossile ou la construction d’une nouvelle raffinerie, ce sont des projets dont la durée de vie s’étale sur des dizaines d’années. C’est un message que tous les investisseurs comprennent très bien.

Organisations internationales : elles ont réussi dans certains domaines à imposer des règles très fortes, comme dans le cas des gaz CFC qui détruisent la couche d’ozone. Faire peser la menace d’une interdiction des financements d’énergies fossiles à partir de 2025 ou 2030 suffirait à bloquer, immédiatement, tous ces financements. C’est ce qui c’est produit avec les véhicules thermiques en Norvège.

Pays : il suffirait qu’un petit nombre de pays importants, en Europe par exemple, interdisent aux organismes financiers présents sur leur territoire tout nouveau financement de projets liés aux énergies carbonées. Tous les organismes financiers présents dans le pays seraient concernés, quelle que soit leur nationalité d’origine. Je pronostique un effet domino rapide. La peur que ces décisions soient contagieuses et se répandent dans d’autres pays aura un effet majeur sur les dirigeants financiers qui ont horreur des risques politiques.

XOil industry terrified of college kidsParticuliers : l’un des mouvements les plus efficaces est celui des étudiants américains qui ont réussi, difficilement, à obliger de grandes universités à ne plus investir dans les énergies fossiles. Ils obtiennent de plus en plus un engagement de désinvestir. Comme l’explique très bien cet article, l'industrie pétrolière américaine est paniquée par ces actions qui donnent des résultats dans les plus grandes universités comme Harvard ou Yale. Harvard gère un portefeuille d’investissements de 53 milliards de dollars ! Les lobbyistes de l’industrie pétrolière financent des projets de loi qui tentent de rendre illégales ces actions.

XDivestissement fossil fuel 41 T$ in 2021Ce document très complet, de 39 pages, fait le point sur les désinvestissements réalisés ou annoncés à la fin de l’année 2021.

J’en ai extrait ce graphique qui montre que les fonds qui ont pris la décision de désinvestir dans les énergies fossiles gèrent un total de 41 T$ !

Les quelques chiffres que j’ai présentés montrent à quel point la dimension financière est essentielle dans la lutte contre les énergies fossiles.

Bloquer les financements d’énergies fossiles, c’est :

● Possible.

● Rapide.

● Très efficace.

● Obtenir des résultats immédiats.

 

4 - Un acteur clef : numérique et technologies

C’est le thème prioritaire de ce billet : quels peuvent être les impacts positifs du numérique et plus généralement de l’innovation technologique sur les émissions de gaz à effet de serre?

Il est de plus en plus difficile de dissocier numérique et innovation technologique : le numérique est le moteur principal de toute innovation technologique, quel qu’en soit le secteur.

XModerna 42 jours Re-InventJe prendrai un exemple récent dans le domaine de la santé, que j’ai déjà cité dans mon blog. Le vaccin contre la COVID-19 de Moderna a été mis au point en 42 jours en utilisant toute la puissance du Cloud AWS. Le CEO de Moderna estime qu’il lui aurait fallu 20 mois (novembre 2021) si les solutions Cloud Public n’avaient pas existé. Combien de millions de vies ont été sauvées par le Cloud Public ?

Ce schéma servira de base à la suite de ce billet.

XActeurs sur climat - Numérique

Il met en évidence les différents impacts possibles du numérique sur les entreprises, les particuliers, l’offre d’énergie et la demande d’énergie. Je ferai référence aux numéros de ce schéma pour aborder ces sept interactions.

Je n’aborde pas les impacts potentiels du numérique sur les organisations internationales, les pays ou les organismes financiers ; pour moi, ils sont mineurs.

 

Frugalité Numérique : flux 1, 2, 3 et 4

XFrugalité Numérique processeurLa frugalité numérique, que d’autres préfèrent appeler sobriété numérique, a pour objectif de réduire au maximum les impacts des usages numériques sur le réchauffement climatique, et en priorité la consommation d’énergie.

En 2020, j’ai publié sur ce blog quatre textes sur la frugalité numérique :

Présentation générale.

Les centres de calcul

Les objets d’accès

Les réseaux

Chacun de ses textes représente un gros travail de recherche de données fiables. Dans le domaine de la frugalité numérique, un grand nombre de données publiées sont fausses et peuvent amener les particuliers et les entreprises à prendre des décisions contre-productives.

Je fais le choix de présenter ici un tout petit nombre d’exemples concrets de solutions numériques qui peuvent améliorer notre sobriété numérique immédiatement. Il serait aussi possible de parler des usages qui sont nocifs pour la planète.

Ma position générale est très claire : utilisés avec un minimum d’intelligence et de pragmatisme, les outils numériques sont d’excellents moyens de réduire nos consommations d’énergie et nos impacts négatifs sur la planète.

Je suis un farouche opposant du “Numérique Bashing” et j’ai les données pour argumenter ma position.

Les quatre textes référencés contiennent des informations plus détaillées sur tous ces sujets. J’ai fait le choix de ne présenter que les impacts positifs du numérique et de la technologie.

 

Flux 1 et 4 : numérique et entreprises

XOld Desktop Mac● Les ordinateurs portables consomment beaucoup moins d’énergie que les anciens PC fixes à écrans cathodiques.

● Fermer ses centres de calculs privés et basculer sur des clouds publics réduit d’un ordre de grandeur sa consommation d'énergie électrique.

XEmail vs Cloud Collaboration● Travailler en mode collaboratif pour créer à plusieurs un document ou une présentation réduit dans un rapport 20+ les échanges de données par rapport aux démarches archaïques qui consistaient à s’envoyer des documents par mail en pièces jointes, ce que résume remarquablement bien ce schéma. Il montre les échanges entre 4 personnes essayant de créer un document en commun, à gauche avec Word de Microsoft, à droite en mode collaboratif avec Google Workspace.

● Dématérialiser ses échanges numériques avec les clients, les partenaires et les fournisseurs transmet des bits qui consomment beaucoup moins d’énergie que des documents papier.

 

Flux 2 et 3 : numérique et particuliers

● Le smartphone est le meilleur ami de la planète. Un smartphone remplace des dizaines d’objets qui consommaient beaucoup d’énergie et de matières premières : caméscope, appareil photo, réveil, lecteur de CD/DVD, montre…

● Les usages d’un smartphone permettent de réduire fortement sa consommation de documents papier : encyclopédie, cartes, guides touristiques, dictionnaires, albums photos, documents de voyages…

● Visionner un film Netflix est beaucoup moins consommateur d’énergie que d’acheter un DVD que l’on ne regardera qu’un tout petit nombre de fois.

 

Flux 4 : Réduire la consommation d’énergie et les émissions des entreprises

Je m’intéresse ici aux activités “métiers” des entreprises industrielles qui produisent de l’acier, du béton, de l’aluminium ou des machines. Le texte de Bill Gates que j’ai cité plus haut montre que l’industrie est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre. Toute action dans ces métiers est prioritaire et aura des impacts majeurs.

XHybrit Fossil Free SteelCet article explique comment les fournisseurs d’acier s’attaquent au problème.

Le premier exemple cité : en août 2021, une aciérie de la société Hybrit en Suède a produit de l’acier sans utiliser du charbon, remplacé par de l’hydrogène. La production industrielle est prévue pour 2026.

Autre exemple récent en Europe : ArcelorMittal lance un grand programme de décarbonisation de ses activités avec un investissement de 1,7 milliard d’euros, soutenu par le gouvernement français. Objectif annoncé : réduire de 40% les émissions de CO2 sur le territoire français d’ici à 2030.

XArcelorMittal 1 7B€ investment

L’industrie du ciment produit 8% des émissions de CO2 dans le monde. C’est aussi l’une des industries les plus difficiles à décarboner.

Ce long article fait le point sur des dizaines de projets et réalisations en Europe pour s’attaquer au problème. Des réductions de 30% à 60% des émissions de CO2 sont envisagées.

Toutes ces industries travaillent aussi sur des démarches de capture des gaz émis, technologies regroupées sous le sigle CCUS : Carbon Capture Utilisation and Storage.

XCCUSCCUS regroupe deux réponses différentes :

● Utilisation : transformer le CO2 capturé en d’autres produits utiles.

● Stockage : injecter le CO2 dans le sol.

Ce site de l’IEA, International Energy, fait le point sur les très nombreuses démarches CCUS proposées.

Le Global CCS Institute est une autre source intéressante sur ce sujet. Ce document présente sur des centaines de réalisations ou projets dans le monde.

Les exemples que j’ai cités pourraient produire de premiers résultats significatifs dans la deuxième moitié de cette décennie, à partir de 2025 ou 2026.

Beaucoup de ces projets, de ces innovations technologiques, des solutions numériques proposées seront des échecs industriels, oui. Mon hypothèse de travail est que d’autres seront des succès, capables de se déployer à grande échelle dans les entreprises industrielles émettrices de grandes quantités de gaz à effet de serre.

Si l’on ferme le robinet d’investissements dans les énergies fossiles pour les organismes financiers, ils seront obligés de trouver d’autres terrains d’investissements.

Ils auront l’embarras du choix avec toutes ces entreprises innovantes qui développent des solutions à impacts positifs sur la planète.

Verdox, spin-off du MIT, qui a mis au point un dispositif de capture du CO2 plus efficace, vient de lever 80 M$, dont une partie vient de Bill Gates, investisseur très actif dans ces combats pour la planète.

 

Flux 6 : Numérique et demande d’énergie

C’est à mon avis le domaine où le numérique aura le moins d’impacts directs.

Comme on l’a vu plus haut, la demande d’énergie est en priorité liée aux demandes des particuliers et des entreprises.

XNormes ISO 50001 & 14000Une démarche pragmatique consiste à développer des indicateurs simples (KPI) pour aider les particuliers et les décideurs dans les entreprises à mesurer et suivre les impacts de leurs usages.

De premières normes, telles qu’ISO 50001 et ISO 14000, peuvent servir de base à ces mesures.

XSweep DashboardsPour les entreprises, de premières offres SaaS performantes, comme celle de la startup française SWEEP, permettent de piloter efficacement ses impacts carbone.

Ce sera plus difficile pour les particuliers : leurs consommations d’énergie sont réparties sur de nombreux lieux tels que domicile ou moyens de transport.

J’espère que des solutions simples permettront bientôt aux particuliers d’avoir un tableau de bord raisonnablement fiable et complet de toutes leurs consommations d’énergie.

 

Flux 5 et 7 : numérique et offre d’énergie

C’est dans ce domaine que je mets le plus d’espoir pour que des solutions de rupture permettent de disposer de suffisamment d’énergies non carbonées performantes avant 2030.

La croissance exponentielle des performances des solutions numériques, que j’ai présentée dans la troisième partie de cette série, s’appliquera aussi aux innovations dans le domaine de la production d’énergie.

J’ai choisi de ne parler que de trois domaines de progrès, parmi tous ceux qui sont possibles. Ce sont ceux qui ont, à mon avis, la meilleure probabilité d’apporter rapidement des réponses concrètes :

● Panneaux solaires.

● Stockage d’énergie électrique.

● Énergie nucléaire.

J’aurais pu aussi parler des éoliennes et de l’informatique quantique : cet article du JdN, “L’informatique quantique va-t-elle sauver la planète” présente les efforts de Microsoft dans ce domaine.

 

Panneaux solaires

L’énergie du soleil est la plus prévisible et la plus répandue sur la terre. Une étude du MIT donne les chiffres suivants :

● Énergie solaire arrivant sur terre en permanence : 173 000 térawatts.

● Ceci correspond à 10 000 fois l’énergie totale consommée sur terre.

● Avec des panneaux solaires ayant une efficacité de 20% et utilisés ⅓ du temps, cette énergie solaire couvre 300 fois les besoins de l’humanité.

Ce premier graphique montre le caractère exponentiel de la baisse du coût de l’énergie produite par des panneaux solaires : réduction dans un rapport 5 en 10 ans.

XSolar costs 2010 vs 2020

Ce deuxième graphique est encourageant : il montre que les experts ont sous-estimé la vitesse de cette réduction du coût. Ceux qui pensent que cette baisse va s’arrêter pourraient, à leur tour, être contredits par les faits.

XSolar costs reduction vs predictions

Ce troisième graphique (source Wikipédia) compare les coûts de l’énergie des différentes sources, en utilisant une mesure le “Levelized cost of energy”, qui calcule le prix de revient complet de production, selon des règles précises.

XLevelized cost of energy by source

En 2020, le solaire est devenu l’énergie la moins chère du monde, et personne ne va s’en plaindre.

 

Stockage d’énergie électrique

L’énergie électrique a beaucoup d’avantages, mais un grand problème, aujourd’hui; à l’inverse d’autres énergies comme le pétrole, le gaz ou le charbon elle est difficile à stocker.

Si l’on couple cette caractéristique avec le fait que les principales énergies renouvelables, solaires et éoliennes sont par nature intermittentes, on se trouve face au grand défi actuel de ces énergies renouvelables : comment stocker l’énergie électrique quand elle est abondante pour la restituer quand la production se réduit ?

Quel est le meilleur moteur de l’innovation ? Un problème difficile à résoudre !

Ceci explique pourquoi l’offre de solutions de stockage d’énergie est en forte croissance, avec des démarches très différentes, comme celles référencées dans cet article.

J’en ai sélectionné quatre, très différentes :

● L’énergie cinétique.

● La gravitation.

● L’hydrogène.

● Les batteries

L’énergie cinétique.

Cette technologie existe depuis très longtemps : les tours des potiers l’utilisaient dans l’antiquité. Elle consiste à transformer l’énergie électrique excédentaire en énergie cinétique stockée dans un volant d’inertie en mouvement.

XAmber Kinetics FlywheelsDes startups ont repris l’idée en améliorant les performances et les rendements qui peuvent atteindre 90%. Principaux avantages : durée de vie très longue et performances constantes dans le temps.

Amberkinetics (image jointe) et Revterra sont deux sociétés qui proposent des solutions opérationnelles à coupler avec des énergies renouvelables intermittentes.

La gravitation ou pesanteur

XEnergyVault gravity storageCette autre solution mécanique utilise l’énergie liée à la gravitation. EnergyVault, une des startup dans ce domaine, utilise des blocs de 35 tonnes qui sont soulevés par des grues automatiques quand l’énergie est disponible, énergie récupérée quand on les laisse redescendre vers le sol.

L’hydrogène

L’Europe et la France mettent beaucoup d’espoir sur cette technologie pour stocker dans de l’hydrogène à haute pression de l’énergie. C’est bien expliqué dans ce document de Teréga qui dispose dans le Sud Ouest de la France des plus grandes capacités de stockage de gaz en France dans des réservoirs naturels souterrains.

XCB Insights Europe lead in HydrogenCB insights est une source d’information d’une exceptionnelle richesse et qualité sur de nombreux domaines. Ils ont publié en février 2022 ce rapport de 150 pages qui fait le point sur les investissements dans le secteur de l’énergie en 2021. J’en ai extrait ce graphique qui montre que l’Europe investit plus sur l’hydrogène que les États-Unis ou l’Asie. C’est le seul domaine dans lequel l’Europe est en tête !

Autre bonne nouvelle : le congrès annuel des ingénieurs de France, en mars 2022, sera consacré à l’hydrogène.

 

Les batteries

C’est la technologie qui vient immédiatement à l’esprit quand on pense stockage d’énergie, et c’est de loin la plus utilisée aujourd’hui. Je ne vais pas analyser le marché des véhicules électriques, mais me concentrer sur les usages industriels des batteries pour stocker l’énergie sur de longues périodes.

La baisse du coût du kilowatt des batteries les plus répandues, Lithium-Ion, est, elle aussi, exponentielle, comme le montre ce graphique.

XPrice batteries Lithium Ion over time

XTesla Battery park AustraliaTesla est un acteur majeur de ce marché. L’une des plus grandes installations a été construite en Australie, avec une capacité de 1 274 MWh. Elle est opérationnelle depuis décembre 2021.

Des dizaines d’entreprises travaillent sur des alternatives à la filière Lithium-Ion, et il est difficile de les citer toutes. Sodium-ion, Zinc-ion et Dual Carbon sont trois des pistes les plus prometteuses.

J’ai construit ce tableau comparatif de ces trois solutions à partir d’un article très complet, publié en février 2022.

XBatteries comparaison

Une quatrième technologie, Metal-ion, attire aussi les investisseurs : Bill Gates et ArcelorMittal ont investi 360 M$ dans Form Energy, qui utilise l’acier, ce qui explique la présence d’ArcelorMittal au capital.

XCB Insights Global Energy FundingCette très longue liste de solutions de stockage d’énergie montre à quel point l’innovation est forte dans ce domaine clef. Ce graphique, extrait du même document CB Insight, montre que les investissements dans les startups de l’énergie ont atteint 36 milliards de dollars en 2021, en croissance de 260% par rapport à 2020 !

Il faudrait vraiment être un irréductible pessimiste pour penser que toutes ces innovations seront des échecs.

 

Énergie nucléaire

Le nucléaire est une énergie qui déclenche des passions, pas toujours rationnelles.

Mon objectif, ici, est d’en parler de la manière la plus rationnelle possible. Les spécialistes du nucléaire me pardonneront les simplifications que je suis amené à faire.

XMortality rate:EnergyLes faits :

● Le nucléaire est une énergie non carbonée.

● Le nucléaire est la source d’énergie la plus sûre au monde : charbon, gaz, pétrole ont tué beaucoup plus de personnes que le nucléaire.

Il y a deux grandes familles de solutions pour produire de l’énergie nucléaire :

● Fission = casser de gros noyaux pour en faire de moins gros.

● Fusion = assembler des petits noyaux pour en faire des plus gros.

Cet article l’explique en quelques lignes. Pour en savoir plus, je vous renvoie aux textes de Wikipedia sur la fission et la fusion.

Aujourd’hui, l’électricité est produite dans le monde par des réacteurs de fission nucléaire, et de grande taille.

D’ici à 2030, je vois venir des mutations majeures dans les solutions permettant de produire de l’énergie électrique nucléaire.

Familles de centrales nucléaires 1J’ai construit ce tableau pour présenter les quatre familles principales de solutions qui pourraient être opérationnelles en 2030.

D’ici à 2030, trois nouvelles familles de réacteurs nucléaires pourraient voir le jour:

● Fission : réacteurs de petite taille.

● Fusion : réacteurs de grande taille.

● Fusion : réacteurs de petite taille.

 

Petits réacteurs industriels de fission

À Belfort, dans son discours de février 2022 sur l’avenir du nucléaire en France, le Président Emmanuel Macron a parlé d’EPR, mais aussi annoncé le lancement de la fabrication de “SMR”, Small Modular Reactors.

Dans ce domaine des petits réacteurs, la France est en retard : Russes, Chinois et Américains ont lancé des projets et des réalisations depuis plusieurs années.

XPetite centrale nucléaire Rolls RoyceL’un des projets européens à haut potentiel est celui proposé par Rolls-Royce, qui s’appuie sur son expérience dans les sous-marins à propulsion nucléaire. Rolls-Royce propose de construire une usine qui fabriquera, de manière industrielle, ces petits réacteurs nucléaires. Ils seront ensuite transportés sur les sites où ils seront installés, dans le monde entier.

Cette approche me fait penser à la démarche industrielle d’Elon Musk avec SpaceX qui a révolutionné le monde des lanceurs.

 

Fusion : réacteurs de grande taille

Le projet emblématique de réacteur nucléaire de grande taille pour la fusion est le réacteur Tokamak ITER.

XITER Agreement MeetingLes chiffres relatifs à ITER sont impressionnants, et confirment le gigantisme de ce projet :

● Lancé officiellement en 1985, quand Jacques Chirac était président de la République en France.

● Membres : Communauté Européenne, Russie, Chine, États-Unis, Inde, Japon, Corée…

● 20 ans après : accord sur lieu de construction, près d’Aix-en-Provence en France.

● Surface du site : 180 hectares, dont 42 pour le réacteur.

● Poids du réacteur : 23 000 tonnes.

● Production d’énergie prévue : 500 MW, 10 fois les 50 MW nécessaires pour le faire fonctionner.

● La première production de plasma était prévue fin 2025, 40 ans après le lancement du projet. Les dernières estimations, fin 2021, parlent maintenant de 2035.

● Le budget initial, de 6 milliards d’euros, est aujourd’hui de 18 à 22 milliards d’euros. Les opposants parlent d’un budget de 45 à 65 milliards d’euros.

● ITER, expérimental, ne sera jamais connecté au réseau. Il faudra attendre le successeur, DEMO, pour avoir une version industrielle en 2050.

● L’industrialisation éventuelle n’est pas prévue avant 2070.

XITER construction Octobre 2021

Les critiques d’ITER se font de plus en plus nombreuses :

● En juillet 2021, l’ASN, Autorité de Sureté Nucléaire, a publié un rapport montrant que des composants importants n’avaient pas passé les tests nécessaires.

● La revue Energy Times tire le signal d’alarme en octobre 2021.

Vous l’avez compris : je ne suis pas convaincu qu’ITER sera l’un des sauveurs de la planète.

 

Fusion : réacteurs de petite taille

De toutes les options présentées, je pronostique que ce sont ces réacteurs de fusion de petite taille qui seront la réponse la plus performante aux besoins du monde en énergies non carbonées et non intermittentes.

Les progrès spectaculaires de ces dernières années dans la fusion nucléaire sont attribués au numérique, comme le confirme Chris Hansen, chercheur à l’Université de Washington dans cet article : “Our ability to model and move forward on some of these scientific and technological developments because of increased computing power has really been a difference maker.” (Notre capacité à modéliser et à faire avancer certains de ces développements scientifiques et technologiques grâce à une puissance de calcul accrue a vraiment fait la différence.)

Un rapport très complet, publié par la Fusion Industry Association au Royaume-Uni, fait le point sur l’extraordinaire dynamique de ce secteur. J’en ai extrait quelques graphiques.

23 startups privées ont été créées entre 1992 et 2020. La moitié sont nées entre 2016 et 2020. Ce rapport contient aussi des fiches détaillées sur chacune de ces 23 sociétés.

XNumber of private fusion companies

XWorld Map fusion startupCette carte montre que la majorité de ces startups de la fusion sont aux États-Unis, mais l’Europe avec six sociétés reste dans la course. La société française est Renaissance Fusion, basée à Grenoble.

Les financements sont au rendez-vous, mais à l’échelle des startups :

XFunding for fusion companies● Le total est proche de 2 milliards de dollars, à comparer aux 20 milliards déjà dépensés pour ITER.

● 95% de ces financements sont privés, les États n’apportant que 5%.

● Pour les startups financées, la moyenne des fonds levés est de 100 M$.

● TAE Technologies, en Californie, est la plus financée, avec 880 M$.

XDifferent technical fusion solutions by startupsCe qui m’a le plus frappé dans ce rapport, c’est la grande variété des technologies utilisées par ces startups, comme on le voit dans ce tableau. (Ne me demandez pas de vous expliquer les différences entre ces approches.)

La question à laquelle il est le plus difficile de répondre est : “quand ces petits réacteurs seront-ils opérationnels et connectés au réseau de distribution électrique ?

XWhen Will fusion be connected to the gridCe graphique regroupe les prévisions de ces startups. La majorité des réponses indiquent les années 2030.

Familles de centrales nucléaires 2050Pour terminer ce long chapitre sur l’énergie nucléaire, je vous livre mon pronostic sur la situation telle que je la vois en 2050. (Rappel, je ne suis pas un spécialiste du nucléaire).

 

Les grandes centrales de fission pourraient faire jeu égal avec les petites centrales de fusion, chacune fournissant environ 40% de l’énergie électrique venant du nucléaire.

 

Synthèse

XClimat - Réalité - Acteurs - Offre et demande + Numérique + org InternAu début du premier de ce billet consacré aux défis climatiques, j’avais construit un tableau évaluant quels pourraient être les impacts potentiels des six familles d’acteurs identifiés.

Dans ce nouveau tableau, j’ai ajouté deux colonnes qui présentent la réalité de ces impacts, tels que je les pronostique.

Je fais le pari suivant : numérique et technologies seront les moyens les plus puissants, les plus efficaces pour lutter contre ce réchauffement climatique.
Les cinq autres familles d’acteurs auront aussi des rôles importants à jouer sur l’offre et la demande ; je les mets à égalité, avec trois étoiles chacune.

Pour vous aider à établir de manière plus précise votre propre évaluation des rôles potentiels de ces six acteurs, j’ai aussi construit ce nouveau tableau chiffré :

Climat - Acteurs - Offre et demande + Numérique + Org Intern. - Mon pronostic

● Les deux premières colonnes proposent une fourchette large des rôles possibles, sur l’offre et la demande, des six acteurs.

● Les deux autres colonnes sont utilisées pour que chacun fasse son pronostic. Je l’ai rempli avec les miens pour que vous en ayez un exemple.

● Le total dans chaque colonne doit être égal à 100%.

Nous aurons probablement des visions différentes, et c’est normal.

L’important, c’est que chacun comprenne qu’il y a de nombreux moyens d’action pour attaquer ce défi majeur du réchauffement climatique.

Oui, je souhaite rester optimiste et anticiper un monde qui aura su, en 2030, maîtriser les quatre défis que j’ai identifiés.

Serons-nous capables, au niveau mondial, de nous mobiliser, immédiatement, sans laisser des personnes, des entreprises, des États et des organisations internationales bloquer les décisions urgentes qu’il convient de prendre ?

Je laisse à chaque lecteur le soin de répondre à cette question.


Dirigeants, vos rôles dans la transformation numérique au service des équipes terrain

 

XScénarios équipement équipes terrainDans un billet récent, j’ai abordé la dimension financière de l’équipement numérique des équipes terrain.

J’en reprends uniquement le tableau final, qui donne le coût complet d’une solution frontique, à savoir un smartphone et des applications numériques universelles.

Le coût mensuel par personne est compris entre 8 € et 25 €.

Je terminais en disant que la dimension financière était la plus simple à régler et que les dimensions management sont les plus complexes à régler.

C’est le thème de ce billet.

 

Les défis posés par l’équipement numérique des équipes terrain

Remarque préliminaire: ce que j'écris dans ce billet ne concerne pas votre entreprise !

Chez vous, tout est parfait, impeccable et les équipes terrain disposent des meilleurs outils numériques du monde.

C’est chez les autres que l’on rencontre les problèmes que j’expose ici:

● Dans la majorité des entreprises, les équipes terrain n’ont pas leur mot à dire sur le choix des outils numériques que l’on met à leur disposition.

● Dans la majorité des entreprises, les dirigeants n’ont pas la moindre idée de la réalité des activités des équipes terrain.

● Dans la majorité des entreprises, les équipes informatiques et numériques achètent ou développent des solutions numériques pour les équipes terrain sans faire le moindre effort pour aller sur le terrain et essayer de comprendre quelles sont leurs véritables attentes.

XAdS DPC filling forms S 37816129● Dans la majorité des entreprises, équiper tous les cols blancs d’un PC haut de gamme et d’un smartphone est une évidence quand on refuse trop souvent de fournir aux équipes terrain un smartphone professionnel, les obligeant à utiliser des formulaires papier, en 2022!

Dans toutes ces entreprises, cette fracture numérique entre les cols blancs et les équipes terrain doit cesser, et vite.

Comment ? En demandant aux dirigeants de prendre le problème en main et… de le résoudre.

La bonne nouvelle: c’est possible, rapidement.

 

Démarche Top Down - Bottom Up

La démarche proposée a déjà été suivie avec succès par un petit nombre d’entreprises innovantes.

Elle répond aux quatre défis que j’ai identifiés dans le paragraphe précédent et s’appuie sur un double mouvement, “Top-Down” et “Bottom-up”.

XWIzyVision - Top Down & Bottom Up

Pour la partie Top-down, les équipes dirigeantes ont la responsabilité d’impulser une stratégie claire, avec plusieurs objectifs:

● Faire de la réduction de la fracture numérique entre cols blancs et équipes terrain une priorité.

● Proposer des outils numériques qui encouragent une collaboration entre ces deux populations et rendent plus facile le partage d’information.

● Choisir des outils qui garantissent la pérennité des solutions proposées et évitent la prolifération d’un “Numérique Fantôme” comme on l’a connue pour les cols blancs.

● Mettre la sécurité et la protection des données au cœur des préoccupations.

Pour les équipes terrain, la démarche bottom-up répond à d’autres objectifs:

● Accepter le fait que les solutions numériques n’ont pas pour premier objectif de contrôler l’activité des équipes terrain, mais de les rendre plus efficaces dans leurs métiers.

Ceux qui font, savent. Ce sont les équipes terrain qui sont les mieux placées pour déterminer quels sont les outils numériques qui peuvent les aider dans leurs activités.

● Comprendre que la variété des activités demandées aux équipes terrain est beaucoup plus grande que ne le pensent les dirigeants.

● Instaurer une confiance réciproque entre les équipes terrain et les cols blancs.

● C’est en mettant entre les mains des équipes terrain des outils numériques universels, “frontiques”, qu’elles seront capables d’imaginer les dizaines de cas d’usage simples, à forte valeur ajoutée, qui les aideront dans leurs activités quotidiennes.

 

Les dirigeants acteurs

J’ai identifié quatre familles de dirigeants dont les rôles sont prioritaires pour assurer le succès d’une transformation numérique au service des équipes terrain.

XQuatre familles managers pour équipes terrain

L’ordre dans lequel je les présente n’ai pas dû au hasard; il va du plus important au moins important:

1. DRH, Direction des Ressources Humaines.

2. Directions métiers opérationnels, où travaillent les équipes terrain.

3. DSIN, Direction des Systèmes d’Information et du numérique.

4. DG, Direction Générale.

Par contre, la chronologie de l’ordre des interventions n’est pas la même: DRH, DSI, DG et Directions métiers opérationnels. C’est celui que je vais suivre dans mon analyse.

 

Rôle de la Direction des Ressources Humaines

Quand on parle d’équipes terrain, on fait référence à des personnes. Il est logique que la DRH d’une entreprise soit en première ligne pour orchestrer la disparition de la fracture numérique interne entre les cols blancs et les équipes terrain.

En France, les collaborateurs des équipes terrain, les personnes qui ne peuvent pas télétravailler, représentent environ 60% des salariés. C’est très variable selon les secteurs d’activités.

Faire rentrer les équipes terrain dans le monde numérique, toutes les personnes de ces équipes, quelle que soit leur formation initiale, ou souvent leur absence de formation, c’est investir sur la capacité de ces hommes et de ces femmes à progresser dans leurs compétences et leurs apports à l’entreprise.

C’est l’une des plus belles missions que puisse prendre en charge une DRH innovante.

J’ai participé il y a quelques semaines à un débat organisé par l’UODC, Université ouverte des compétences, qui avait invité Sandra Hazelart, DRH du Groupe Monoprix.

XDRH Monoprix

Avec l’accord total du DG du Groupe, la démarche qu’elle pousse pour prendre en compte les attentes des équipes terrain est exceptionnelle par sa portée et les innovations qu’elle porte.

Gérer les évolutions de carrière, en particulier pour les caissières dont on sait que le nombre va baisser, mettre plus de collaborateurs au contact des clients, équiper 22000 collaborateurs de smartphones sont quelques-unes des actions les plus spectaculaires poussées par Sandra Hazelart.

Les entreprises françaises ont besoin de beaucoup plus de DRH aussi exceptionnelles!

 

Rôle de la Direction des Systèmes d’Information et du Numérique

Quand on parle d’informatique et de numérique au service des équipes terrain, il est essentiel que les équipes de la DSIN soient impliquées dès le début du projet.

Dans le cas des usages frontiques à destination des équipes terrain, leurs rôles sont orientés en priorité vers les infrastructures.

Pourquoi? Les usages seront imaginés dans une démarche bottom-up par les équipes terrain, sans que les équipes de la DSIN n’aient à s’en occuper.

La DSIN doit proposer une plateforme numérique pérenne qui servira de support à tous les usages déployés par et pour les équipes terrain.

XFLW Modèle BISDUne fois de plus, le modèle B I S D (Business, Infrastructures, Support, Données) que je propose depuis des années s’applique très bien pour les usages au service des équipes terrain:

● I = Infrastructures Cloud pour la puissance et la pérennité.

● S = Usages support, ce que sont les applications frontiques.

● D = Base de données indépendante des usages.

● B = Usages métiers, pour des applications métiers spécifiques des équipes terrain.

La DSIN doit garantir:

● La cohérence de tous les usages qui seront imaginés par les équipes terrain.

● Que ces usages ne vont pas générer une nouvelle vague d’informatique fantôme comme cela c’est passé avec les cols blancs.

● Que la solution proposée ne va pas créer un nouveau “silo de données”.

● Que les échanges entre les solutions existantes au service des cols blancs et celles construites pour les équipes terrain seront possibles, chaque fois que nécessaire.

C’est avec tous ces objectifs en tête dès le premier jour et en travaillant en étroite collaboration avec les équipes informatiques et numériques d’entreprises innovantes comme Teréga que Wizy.io a construit la solution frontique WizyVision.

XComposants WizyVisionWizyVision a tout pour répondre aux attentes d’une DSIN:

● Basé sur GCP, le Cloud Public de Google: garantit une puissance sans limites et la possibilité de déployer les solutions sur tous les continents.

● DAC, Digital Asset Center: la seule base de données professionnelle au monde construite pour gérer et sécuriser tous les contenus photos créés par les équipes terrain.

● Frontspace: application mobile au service des équipes terrain.

● ML Studio: permet de construire des applications de Machine Learning en mode No-Code, permettant de reconnaître des objets métiers spécifiques.

● API: toutes les fonctionnalités de WizyVision sont ouvertes par API pour échanger, dans les deux sens, avec les applications existantes.

Oui, il est possible en 2022 à une DSIN de proposer rapidement une plateforme technologique moderne et pérenne qui permet de construire des dizaines de cas d’usages pour les équipes terrain.

 

Rôle de la Direction Générale

AdS DPC Rowing boat S 307629349Il est classique de dire que toute action dans une entreprise doit être initiée par la Direction Générale. Dans la pratique, il est illusoire de demander à une Direction Générale d’être le chef d’orchestre de toute transformation; ils n’en ont matériellement pas le temps.

Sur ce grand chantier de la suppression de la fracture numérique des équipes terrain, comme sur beaucoup d’autres, la DG doit être une facilitatrice et une coordinatrice des actions menées par les dirigeants plus directement impliqués.

 

Rôle directions métiers opérationnelles

Les équipes terrain travaillent dans ces directions opérationnelles, que ce soit dans l’industrie, le transport, la logistique, la distribution, l’hospitalité, la santé, la construction ou l’agriculture.

J’inclus aussi dans les directions métiers les managers de premier niveau, en contact direct avec les équipes terrain. Ce sont eux qui ont le plus de capacité à piloter la transformation numérique opérationnelle des équipes terrain.

Les objectifs de ces directions métiers sont clairs:

● Augmenter les compétences de leurs équipes terrain.

● Accroître leur efficience.

● Accepter que la démarche “bottom-up” soit la plus efficace.

Pour y parvenir, le plus efficace est de mener une première opération d’expérimentation, par échantillonnage:

● Mettre entre les mains d’un groupe le plus représentatif possible de collaborateurs des outils numériques universels frontiques.

● Leur demander de trouver les premiers cas d’usages.

● Faire la synthèse des meilleures pratiques nées sur le terrain.

L’entreprise peut ensuite industrialiser la diffusion des solutions numériques et généraliser les cas d’usage identifiés comme les plus pertinents à l’ensemble des collaborateurs.

Comme le montre ce schéma, de nouveaux cas d’usages naîtront en permanence, au fur et à mesure que les collaborateurs s’approprient ces outils frontiques.

XEtapes équipement FLW

 

Illustration de la démarche sur un cas concret

Pour illustrer cette démarche, je vous propose un exemple concret: une entreprise du secteur de la distribution qui emploie 4000 collaborateurs dans les équipes terrain, répartis entre 150 points de vente, 100 supermarchés et 50 supérettes de centre-ville.

XProjet FLW dans supermarchéQuelles sont les étapes de la phase d’expérimentation de l’équipement numérique des équipes terrain de cette entreprise?

● Sélectionner 20 supermarchés et 10 supérettes, les plus différents possibles en matière de localisation, de taille et de marché.

● Choisir 200 collaborateurs volontaires et motivés, 5% des effectifs, dans ces 30 points de vente, aux profils et activités les plus variés possibles.

● Équiper ces 200 personnes d’outils frontiques de base: un smartphone et une application telle que WizyVision.

● Leur donner carte blanche, pendant 15 jours, pour trouver et documenter des cas d’usages pertinents qui les aideraient dans leurs activités quotidiennes.

● Faire ensuite l’inventaire de toutes les propositions de cas d’usages.

Les chiffres qui suivent sont une estimation, mais ils sont basés sur des réalisations de ce type déjà menées à bien:

● Nombre moyen de cas d’usages proposés par chacun des 200 collaborateurs: 4.

● Nombre total de cas d’usages proposés: 200 x 4 = 800.

● Des cas d’usages similaires seront proposés par ces 200 collaborateurs. En faisant l’hypothèse que le taux de redondance des cas d’usages proposés est de 70%, on aura quand même identifié 240 cas d’usages différents!

Il est alors possible de passer à la phase industrialisation avec la certitude que ce sera un succès pour l’entreprise:

● Equiper les 4 000 collaborateurs avec un smartphone et les cas d’usages pertinents. Selon les métiers, on peut décider:

    ○ D’équiper la personne d’un smartphone individuel.

    ○ De la mise à disposition d’un smartphone partagé, en particulier pour les personnes qui travaillent à tour de rôle sur les mêmes métiers.

● Présenter, par petits groupes, métier par métier, à tous les collaborateurs les cas d’usages proposés. Ce sont les salariés qui ont identifié les cas d’usages qui seront chargés d’en faire la promotion et la démonstration.

● Demander à tous les salariés maintenant équipés de proposer eux aussi des cas d’usages qui n’avaient pas encore été identifiés. Ceci devrait rapidement générer un minimum une centaine de nouveaux cas d’usages.

● À la fin de ce processus en deux étapes, qui peut se réaliser en moins d’une année, 350 applications simples, à forte valeur ajoutée auront été déployées pour les 4 000 collaborateurs, dans les 150 points de vente.

 

Synthèse: réduire la fracture numérique pour les équipes terrain, un beau défi management des 5 prochaines années

Fracture numérique cols blancs FLWIls sont 2 700 millions dans le monde, ils sont dramatiquement sous-équipés en outils numériques, les collaborateurs des équipes terrain vous demandent à vous, les dirigeants, d’enfin penser à eux.
DG, DRH, DSIN, Dirigeants métiers, vous avez une responsabilité forte, une obligation morale devant vous: faire que, d’ici à 2025, il n’y ait plus de fractures numériques entre les cols blancs et les équipes terrain dans vos entreprises.

Ce billet est le cinquième que je publie sur ce sujet essentiel, et voici, en rappel, les quatre premiers:

Problème : après les cols blancs, priorité aux FLW, Front Line Workers.

Comment : après un ordinateur pour chaque col blanc, un smartphone pour chaque FLW.

Pourquoi : fractures numériques.

Finances : coûts des solutions numériques: cols blancs et équipes terrain.

Management : ce billet.

Il ne vous reste plus... qu’à passer à l’action.


Souveraineté Numérique Européenne et Clouds Publics

 

XAdS DPC Good news  bad newsJ’ai une excellente nouvelle pour les entreprises européennes clientes des Clouds Publics américains.

J’ai une très mauvaise nouvelle pour les pleurnicheurs européens qui attaquent les géants américains du Cloud Public sur les dangers qu’ils feraient poser à la Souveraineté Numérique Européenne.

C’est… la même nouvelle.

Tous les arguments éculés que l’on continuait à entendre sur les supposés risques posés par le Cloud Act et autres FISA 102 tombent, et définitivement.

En décembre 2021, Google a annoncé de nouvelles fonctionnalités exceptionnelles pour améliorer encore la confiance que les entreprises peuvent avoir dans ses services de Cloud Public.

XGoogle titre souveraineté Numérique européenne

 

Le point sur la situation, avant l’annonce de Google.

Pour clarifier le champ d’applications de mon billet, je vais préciser de quoi je parle:

● J’aborde exclusivement les activités professionnelles. Ces analyses ne s’appliquent pas aux usages grand public.

● Je ne vais pas m’intéresser aux GAFAM, qu’il faut maintenant nommer GAMAM après le changement de nom de Facebook en Meta. Mon analyse concerne un sous-ensemble, GAM, Google, Amazon et Microsoft. Ce sont les trois principaux fournisseurs occidentaux d’infrastructures IaaS et PaaS dans les Clouds Publics.

Il y a un peu moins d’un an, j’ai publié un billet sur la cybersécurité. Son contenu reste d’actualité, aujourd’hui.

Je ne vais pas répéter ici tout ce qu’il contient, mais en résumer l’essentiel.

Contrairement à beaucoup d’idées reçues, la sécurité numérique peut aujourd’hui atteindre un niveau exceptionnel. L’offre de solutions performantes est très en avance sur les usages.

XCybersécurité - Infrastructures usages avec réponsesCe schéma résume les deux grandes dimensions d’une approche moderne de la sécurité numérique :

● Des infrastructures Clouds Publics, qui garantissent une sécurité supérieure à tout ce que peut proposer une entreprise gérant ses propres centres de calcul.

● Une démarche “Zero Trust” pour les usages : c’est sous la seule responsabilité des entreprises que ces solutions “Zero Trust” doivent être mises en œuvre.

 

Chiffrer, pour protéger ses données

Encryption wheelLe chiffrement des contenus a depuis toujours été une arme efficace pour les protéger d’un accès par des personnes non autorisées.

Le chiffrement des données est natif pour 100% des données stockées par les trois grands acteurs de l’IaaS : AWS, GCP et Azure.

Vous avez le choix entre deux options :

● Clef de chiffrement gérée directement par les acteurs de l’IaaS. Avantages :

    ○ Le plus simple.

    ○ L’entreprise cliente n’a rien à faire.

    ○ Excellente solution pour 99% des données.

● Clef de chiffrement gérée par l’entreprise. Avantages :

    ○ Le fournisseur d’IaaS n’a pas accès à la clef de chiffrement.

    ○ Il ne peut pas, volontairement ou pas, donner la clef à un tiers ; il ne la connaît pas.

Question sur le chiffrement : quel est le pourcentage des données chiffrées dans vos centres de calcul privés ? Probablement plus proche de 0% que de 100%!

Quelle est la meilleure réponse pour la sécurité de vos données :

● Des données chiffrées à 100% dans des Clouds Publics qui proposent les infrastructures les mieux sécurisées au monde ?

● Des données pas ou peu chiffrées dans des centres de calcul privés qui sont des passoires en termes de sécurité ?

La réponse est évidente. MAIS, les anti-clouds adorent sortir l’argument massue : les grands méchants Américains peuvent demander l’accès aux données des clients d’AWS, GCP et Azure sans qu’ils puissent prévenir leurs clients.

Il y a quatre noms célèbres de lois ou d’organismes “dangereux” qui sont cités chaque fois que l’on aborde ce sujet :

● La NSA : National Security Agency. La mission de la NSA est claire et officielle : espionnage international.

FISA 702 : Foreign Intelligence Collection and Safeguards Accountability. Mis à jour en 2018, il concerne en priorité la surveillance des citoyens américains.

Patriot Act : publié après les attentats du 11 septembre 2001, il a pour principal objectif de s’attaquer au terrorisme international.

CLOUD Act : ce texte, qui n’a rien à voir avec le Cloud, est un acronyme malheureux pour: “ Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act “.

Four Gangsters NSA Patriot FiSA CLoud

Chaque fois que je me risque à émettre l’hypothèse que les cas de piratages de données sensibles européennes par ces quatre grands méchants sont, ou inexistants ou très peu fréquents, on me rétorque que les acteurs américains du Cloud Public n’ont pas le droit de prévenir leurs clients de ces demandes.

C’est juridiquement exact, mais je suis persuadé que si une grande entreprise européenne avait été la cible de l’un de ces piratages et l’avait découvert, on en aurait entendu parlé, et beaucoup ! Il suffit de voir les vagues d’indignation que soulève la moindre entorse à la protection des données européennes.

Tout ceci explique pourquoi je n’ai pas mis la cybersécurité dans la liste des quatre risques majeurs numériques pour notre planète d’ici à 2030.

Les entreprises qui sont vraiment intéressées par la création d'un environnement numérique de confiance peuvent le faire aujourd’hui en s’appuyant sur des solutions d’une exceptionnelle qualité. Je constate hélas souvent que cette volonté s’arrête très vite dès qu’il faut ouvrir son portefeuille pour investir dans des solutions performantes.

XTintin étoile mystèrieuse la fin du mondeIl y a encore des responsables qui fantasment sur les dangers potentiels très élevés que feraient peser sur eux les actions criminelles des quatre bandits nommés ci-dessus. Ils me font penser aux personnes qui regardent le ciel avec frayeur en attendant la grosse météorite qui va tomber sur le toit de leur maison et qui n'investissent pas dans une serrure de sécurité pour leur porte d’entrée.

J’ai une très mauvaise nouvelle pour eux : les annonces récentes de Google anéantissent ces risques “potentiels”.

 

Les nouvelles garanties proposées par Google

Oui, je vais parler des innovations annoncées par Google Cloud il y a quelques jours.

Oui, je les considère comme majeures pour les entreprises.

Oui, je suis dans mon rôle de veille technologique en aidant les entreprises à découvrir des nouveautés qui peuvent les aider à accélérer leur Transformation Numérique en toute confiance.

Oui, je publierais le même texte si ces annonces avaient été réalisées par AWS ou Azure.

XDPC Satan
Oui, je suis convaincu qu’AWS et Azure auront des offres proches avant la fin de l’année 2022.

NON, je ne suis pas un grand suppôt de Satan, ayant vendu mon âme aux abominables diables du Cloud Public. Professionnellement, j’ai un objectif, une passion, aider les entreprises, toutes les entreprises, à réussir leur Transformation Numérique.

Baptisée "Assured Workloads for EU", cette nouvelle offre propose un ensemble de contrôles souverains pour simplifier et automatiser le déploiement et l'application sur GCP de fonctionnalités de sécurité et confidentialité renforcées.

Cette notion de “workloads”, d’applications est importante : elle permet aux entreprises de faire des choix différents pour des applications différentes.

En matière de sécurité et de confidentialité, c’est essentiel. Une entreprise peut choisir les solutions les plus protectrices pour les seules applications qui en ont vraiment besoin.

Comme on l’a vu plus haut, je considère que les conditions standards d’usages des clouds publics offrent des niveaux de sécurité et de confidentialité remarquables pour la grande majorité des applications.

L’annonce de Google comporte trois volets.

1 - Localisation des applications et des données

La première de ces annonces n’est pas vraiment une nouveauté : elle concerne la possibilité de garantir que les données resteront en Europe, dans l’une des cinq zones géographiques existantes.

XMap Régions Google 1:2022

Google confirme aussi l’ouverture de trois nouvelles zones, Italie, Espagne et France.

La zone française, opérationnelle avant la fin de l’année 2022 servira aussi pour recevoir le “Cloud de Confiance” géré par Thales.

2 - Contrôle des clefs d’accès aux données

C’est dans ce domaine que l’innovation est la plus importante, et de loin.

Le service KAJ, Key Access Justifications, permet aux entreprises d’interdire à Google d'accéder aux données chiffrées, quelle qu’en soit la raison. Les options proposées sont nombreuses et sont bien expliquées dans ce document.

Même les collaborateurs de Google responsables de la maintenance et des mises à  jour logicielles peuvent être interdits d’accès si l’entreprise le souhaite.

Ceci a bien sûr des conséquences sur les services d’assistance que Google peut proposer à ses clients, comme le montre cette liste “technique”.

XInconvénients potentiels de bloquer accès à Google

Il reste malgré tout encore un domaine où cette protection ne s’applique pas : lorsque les données sont en cours de traitement par une application. C’est un sujet très complexe pour lequel de premières solutions commencent à émerger.
Dans ce domaine, les applications qui s'exécutent dans les Clouds Publics et dans des centres de calcul privés sont logées à la même enseigne. Les données sont traitées en clair et sont donc vulnérables.

3 - Assistance en Europe, par des Européens

Cette troisième nouveauté, “Assured Support” sera progressivement déployée en Europe.

Ce seront des collaborateurs européens de Google, résidents en Europe, qui assureront l’assistance et le support technique.

C’est un domaine dans lequel mes compétences ne me permettent pas de déterminer avec précision quelle est la valeur de cette proposition pour accroître la protection des données, mais j’imagine qu’elle existe sinon cette option ne serait pas proposée.

4 - Collaboration avec des partenaires européens de confiance

Le niveau maximal de protection des données et des traitements est fourni par les partenaires de confiance choisis par Google. T-Systems en Allemagne et Thales en France sont les deux premiers partenaires sélectionnés par Google.

XGoogle trusted partner (Thales)Ce schéma résume bien la différence entre les deux approches possibles.

● Cloud GCP géré par Google : l’entreprise cliente s’appuie sur les nouveaux services “Assured Workloads” présentés dans ce billet.

● Cloud GCP géré par un partenaire de confiance : l’entreprise devient cliente d’une société européenne qui lui fournit les mêmes services techniques, matériels et logiciels de Google GCP, mais en y ajoutant des protections supplémentaires.

Pour les entreprises françaises qui utiliseront en 2022 les centres de calcul de Google installés en France, on peut même envisager que les deux modes de fonctionnement, directement par Google ou au travers de Thales, soient utilisés simultanément pour des applications ayant des niveaux différents de contraintes de sécurité et de confidentialité.

 

Résumé

L’année 2022 démarre avec d’excellentes nouvelles pour les organisations modernes, innovantes, raisonnables et soucieuses de la performance de leurs solutions numériques.

Il n’y a plus aucune raison objective liée à la sécurité et la confidentialité des données pour ne pas utiliser les solutions Clouds Publics proposées par les grands acteurs industriels Google GCP, AWS d’Amazon et Azure de Microsoft.

Pour le moment, Google a pris une longueur d’avance, mais je suis convaincu qu’AWS et Azure annonceront des propositions similaires d’ici la fin de l’année 2022.

XOeil qui pleurePour toutes les autres organisations, rétrogrades, frileuses, ignorantes de la réalité des solutions numériques et qui cherchaient désespérément des arguments pour ne pas basculer vers les Clouds Publics, il ne leur reste plus que… leurs beaux yeux pour pleurer leurs illusions perdues.


Après un ordinateur pour chaque col blanc, un smartphone pour chaque FLW, Front Line Worker

 

XOld IBM PCMicrosoft, entreprise créée en 1975, n’était pas à l'origine du premier ordinateur personnel. Mais, avec l’aide d’IBM pour les premiers PC MS/Dos, puis avec la création de Windows, Microsoft s'est imposé comme le fournisseur du Système d’Exploitation dominant sur le marché mondial des ordinateurs personnels.

Cet email, envoyé par Bill Gates à l’occasion du 40e anniversaire de la naissance de Microsoft, fait référence à l’objectif ambitieux de Microsoft à ses débuts :

              Bill Gates : “Un ordinateur personnel pour chaque bureau, pour chaque maison”.

Cette prévision a mis des dizaines d’années à devenir une réalité !

XMail One PC on every Desk

Je me souviens d’avoir évoqué cet objectif avec un dirigeant en lui disant : “demain, il y aura dans vos bureaux autant d’ordinateurs individuels que de téléphones.” Sa réponse fut immédiate : “OK, je vais supprimer des téléphones !”

Aujourd’hui, tous les cols blancs sont équipés d’ordinateurs personnels, portables dans plus de 90% des cas.

Par contre, les FLW, Front Line Workers, équipes en première ligne, restent les grands oubliés de la Transformation Numérique.

En ce début d’année 2022, je vous propose à mon tour un objectif ambitieux :

     Louis Naugès : un smartphone pour chaque FLW avant la fin de l’année 2025.

Les entreprises innovantes, soucieuses de leur compétitivité et de la nécessité de faire rentrer les FLW dans l’ère du numérique, auront atteint cet objectif avant 2025.

Dans ce billet, j’ai l’ambition de vous proposer un mode d’emploi clair, complet, opérationnel, concret pour vous permettre d’équiper immédiatement tous les FLW de votre entreprise avec des outils numériques qu’ils plébiscitent, qui les rendent plus efficaces et plus productifs.

Personne ne peut être contre cet objectif…

Si votre entreprise emploie des FLW, vous devez impérativement lire ce billet pour préparer le futur de leur équipement numérique.

 

Rappel : Les FLW, Front Line Workers, équipes en première ligne

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le concept de FLW, Front Line Workers, j’ai écrit récemment deux billets consacrés à ce thème :

Travailleurs en première ligne, nouvelle priorité de toute Transformation Numérique.

Numérique, après les cols blancs, priorité aux FLW, Front Line Workers.

J’en résume ici les idées clefs.

Les FLW sont les travailleurs en première ligne, les “deskless”, les sans bureaux, par opposition aux cols blancs. Quelques chiffres essentiels :

● Cols blancs = 20% de la population mondiale des actifs.

● FLW = 80% de la population mondiale des actifs.

● Principaux secteurs d’activités avec majorité de FLW : industrie, transport, logistique, agriculture, hôpitaux, hôtels…

● Dans les économies avancées, Etats-Unis, Europe… le pourcentage de FLW est plus faible, comme le montre cette étude réalisée par OMDIA en 2020. Il est compris entre 65 et 70%, encore largement majoritaire.

XOmdia 70% FLW

 

Situation actuelle : bienvenue dans le Numérique Fantôme des FLW

Un smartphone pour chaque FLW : c’est déjà une réalité en 2022 !

Problème, ce sont dans la majorité des cas des smartphones personnels, utilisés en priorité pour des usages personnels et, parfois, aussi pour des usages professionnels.

C’est l’un des exemples les plus frappants du décalage qui existe entre les vitesses d’introduction des solutions numériques dans le grand public et dans les entreprises.

Dans un grand groupe français de la distribution avec qui j’échangeais récemment, on m’a cité un cas “de Numérique Fantôme” typique. Dans les magasins, les FLW ont créé des groupes WhatsApp avec 250 personnes, le maximum autorisé par cette application, pour échanger des photos liées à leurs activités professionnelles. J’expliquerai, à la fin de ce billet, comment transformer ce numérique fantôme FLW en une application officielle, beaucoup plus performante, en utilisant la solution Frontspace de WizyVision.

XNetskope Iceberg 10 xLe numérique fantôme (Shadow IT en anglais) : il a toujours existé et a explosé avec l’arrivée des solutions SaaS, Software as a Service, depuis le début des années 2000.

Une enquête menée par l’éditeur de solutions de sécurité Netskope a montré que le nombre de solutions SaaS utilisées est dix fois supérieur à celui estimé par les équipes informatiques.

En refusant de fournir aux FLW des outils numériques d’entreprise, les entreprises prennent le risque de répéter les mêmes erreurs commises avec les cols blancs et de voir se multiplier des cas d’usages de numérique fantôme FLW.

 

Cols blancs et FLW : des outils numériques différents

Le premier réflexe, logique, des entreprises qui décident d’équiper leurs FLW avec des outils numériques est de leur proposer les mêmes solutions qui ont fait leurs preuves avec les cols blancs. J’ai personnellement commis cette erreur au début des années 2010 quand je militais pour donner une adresse courriel à tous les FLW.

Il est clair, aujourd’hui, que c’était une mauvaise idée : les FLW ont besoin d’outils numériques différents :

● Le texte, le formulaire, ce n’est pas ma tasse de thé.

● Le courrier électronique, non merci.

● Un ordinateur portable : vous plaisantez ?

Fidèle à une démarche que je préconise depuis des dizaines d’années, je vais clairement séparer :

● Les solutions d’infrastructures, en l'occurrence, les objets d’accès et les réseaux.

● Les usages, les applications, qui apportent de la valeur aux FLW et qui s’appuient sur ces infrastructures.

Pour les réseaux au service des FLW, encore plus que pour les cols blancs, les seules réponses possibles sont des réseaux sans fil, WiFi, 4G et 5G. Dans la suite de ce billet, je fais l’hypothèse, raisonnable, que des réseaux sans fil sont disponibles pour les FLW.

Sur les objets d’accès, les études que nous avons menées avec WizyVision ont confirmé des différences majeures, résumées dans ce tableau.

XOffice Workers & FLW Interfaces - Outils accès● Les cols blancs maîtrisent depuis des dizaines d’années les ordinateurs personnels. Ils sont aussi très à l’aise avec l’interface clavier-texte-souris, qui leur permet de créer des tableaux, des présentations et des documents.

● Pour les FLW, ordinateur de bureau et clavier ne seront jamais leurs outils favoris. Ils sont par contre tous capables :

    ○ D’utiliser un smartphone.

    ○ De prendre des photos.

    ○ D’ajouter un commentaire vocal qui sera automatiquement traduit en texte et rattaché à une photo.

Ceci confirme l’hypothèse formulée au début de ce billet, proposer :

             Un smartphone pour chaque FLW avant la fin de l’année 2025.

Comment choisir un smartphone pour les FLW ? C’est l’objet du prochain paragraphe.

 

Equiper les FLW avec un smartphone : principales options

Je vais centrer mon analyse sur les smartphones Android, qui équipent ou équiperont l’immense majorité des FLW. On rencontre peu de smartphones Apple dans les usines, chez les transporteurs ou les compagnons sur un chantier de construction.

Les entreprises doivent répondre à deux questions :

● Quel smartphone Android choisir ?

● Quelles sont les options de possession du smartphone, entre l’entreprise et le FLW ?

Je vais parler en priorité des smartphones ; dans certains cas, une tablette Android sera plus efficace, mais ce qui suit est valable pour les smartphones et les tablettes.

Choix du smartphone Android

Il faut rentrer, un peu, dans la technique pour comprendre les options proposées pour le Système d’exploitation Android.

1 - AOSP : Android Open Source Project

Il s’agit de la version native, “Open Source” d’Android. C’est celle que doit maintenant utiliser Huawei après l’interdiction par le gouvernement américain d’accéder aux “Services” de Google.

Cette version de base ne permet pas de donner accès aux services essentiels de Google, tels que le Google Play Store et la géolocalisation avec Google Maps. Elle ne doit pas être choisie par les entreprises européennes pour équiper les FLW.

2 - GMS : Google Mobile Services

GMS est la version d’Android installée sur la quasi-totalité des smartphones commercialisés en dehors de la Chine. Ce document explique en détail les fonctionnalités et les avantages de GMS.

XVersions Android - AOSP  ManagedPour être certifié GMS, un smartphone doit passer un grand nombre de tests. C’est un peu la réponse de Google à Apple. GMS lui permet de mieux contrôler les nombreux fournisseurs et les centaines de modèles Android disponibles, en garantissant aux acheteurs qu’ils disposent tous des mêmes fonctionnalités de base.

Ce tableau dresse une liste très complète des principales fonctionnalités disponibles sur un smartphone GMS.

Les points essentiels à mémoriser, sur les avantages de GMS :

● Met à disposition les fonctionnalités et applications de Google.

● Donne accès aux API de Google.

● Permet d’utiliser le Google Play Store.

Pour équiper les FLW la version GMS d’Android s’impose clairement.

XLogo Android Enterprise recommendedParmi tous les smartphones GMS, les équipes Android ont établi une sélection de modèles adaptés aux attentes des entreprises, les offres “Android Enterprise”.

Option Zero Touch. Je recommande fortement aux entreprises de choisir des smartphones qui disposent de l’option Zero Touch. Elle permet de gérer plus facilement des flottes de terminaux en autorisant l’enrôlement automatique des smartphones OTA (Over the Air) dans l’EMM choisi pour gérer les utilisateurs et les applications sans avoir besoin d’accéder physiquement aux terminaux.

La deuxième question qui se pose est : smartphone standard ou version durcie.

XRugged Zebra device1 - Les smartphones durcis (Rugged en anglais) sont adaptés à des conditions d'utilisation qui demandent des smartphones plus résistants.

Les principales fonctionnalités recherchées par les entreprises :

● Batteries que l’on peut remplacer. C’est de loin la demande la plus importante.

● Résistance aux chutes, à l’eau.

● Lecteurs rapides de codes barres ou de QR codes.

● ATEX, pour les environnements où les risques d’explosion sont importants.

Les prix de ces smartphones durcis sont dans la fourchette de 500 € à 2 000 €. Les entreprises demandent de plus en plus de smartphones durcis à des prix raisonnables, inférieurs à 1 000 €.

Les principaux fournisseurs de smartphones Android durcis ont pour noms : Zebra, Honeywell, Samsung…

J’ai fait une recherche sur le site d’Android Entreprise pour les smartphones durcis disponibles en Europe, et j’ai trouvé 83 modèles différents. Chaque entreprise y trouvera ceux qui conviennent aux différents profils de FLW.

XAndroid Devices Europe rugged

2 - Les smartphones standards, qui sont aussi utilisables par les cols blancs (Knowledge Workers).

Tous les FLW n’ont pas besoin d’un smartphone Android durci. Il existe d’excellents smartphones GMS non durcis qui répondent aux attentes de nombreux FLW.

Ces smartphones standards ont deux avantages :

● Des prix plus bas, qui commencent à environ 300 €.

● L’offre est plus abondante, avec 241 modèles Android Entreprise disponibles en Europe.

XAndroid Devices Europe all

 

Options de possession d’un smartphone professionnel par un FLW

Il y a trois démarches possibles pour équiper un FLW d’un smartphone :

● Utiliser deux smartphones séparés, un professionnel et un personnel.

● COPE : Company Owned, Personally Enabled. L’entreprise fournit un smartphone au FLW et l’autorise à l’utiliser à titre personnel.

● BYOD : Bring Your Own Device. Le FLW est propriétaire du smartphone et s’en sert aussi officiellement pour ses usages professionnels.

Chacune de ces trois démarches est possible. Ce sont avant tout des considérations organisationnelles, culturelles et humaines qui vont orienter les choix d’une entreprise.

Cet article présente clairement ces options.

Deux smartphones séparés

Cette démarche est la plus simple à mettre en œuvre.

XDeux smartphones indépendantsIl y a de nombreuses situations pour lesquelles c’est la seule option raisonnable.

On peut citer quelques exemples :

● Environnement sécurisé : le smartphone ne doit pas quitter la zone de travail.

● Smartphones durcis : ils ne sont pas adaptés à un usage personnel.

● Smartphones professionnels non nominatifs, en libre-service, partagés par plusieurs FLW.

● Équipement de FLW pendant de courtes périodes : saisonniers, intérimaires, sous-traitants…

Un seul smartphone, pour usages professionnels et personnels.

XUn seul téléphone perso & proAvant de présenter ces deux options, il est important de comprendre ce que permet aujourd’hui de faire un smartphone Android moderne.

Création de “containers” indépendants : il est possible de créer deux espaces totalement indépendants sur un même smartphone :

● Un container professionnel, “Work profile”.

● Un container personnel, “Personal profile”.

● Chacun de ses deux containers est indépendant, en matière d’applications et de données. Si un FLW utilise Google Maps pour son travail et ses usages personnels, il y aura deux versions de Google Maps installées.

● Le FLW peut être autorisé à mettre “off” le container professionnel, par exemple pendant le Week-End, pour ne pas recevoir de communications de son entreprise.

Démarche COPE. C’est l’entreprise qui prend la main et choisit les smartphones qui seront proposés aux FLW. Elle peut aussi contrôler les règles d’usages et quels opérateurs télécoms seront sélectionnés.

Démarche BYOD. C’est le collaborateur FLW qui fait le choix du smartphone Android qu’il va accepter de partager avec son entreprise. Rien ne garantit qu’ils seront tous “Android Enterprise”, donc faciles à gérer. C’est pour cela qu’il y a un point d'interrogation face à EMM. Seuls les téléphones Android Entreprise le permettent.

Je constate que la démarche COPE est choisie en priorité par les entreprises innovantes qui ont équipé des FLW avec un seul smartphone, professionnel et personnel. On en verra deux exemples plus loin dans ce billet.

 

Indispensable : un EMM, Enterprise Mobile Management

Quelle que soit la démarche choisie, Il n’est pas raisonnable d’équiper un FLW avec un smartphone pour des usages professionnels sans y installer un logiciel EMM, Enterprise Mobile Management, qui a deux grandes familles de fonctions :

● Sécuriser le smartphone. Parmi les fonctions essentielles, on trouve :

    ○ Utilisation obligatoire d’un blocage d’écran.

    ○ Effacement à distance en cas de vol ou de perte.

    ○ Contrôle des réseaux WiFi auxquels le smartphone peut se connecter.

    ○ Chiffrement natif des données.

    ○ Limites d’utilisation : définir la zone géographique dans laquelle le smartphone est autorisé à fonctionner.

    ○ Rendre impossible un “factory reset”.

● Gérer le smartphone et les applications :

    ○ Garantir que les seules applications autorisées professionnellement sont installées dans le work profile.

    ○ Interdire toute installation d’applications qui ne viennent pas du Google Play Store.

    ○ Gérer de manière centralisée la flotte des smartphones des FLW.

Dans le domaine des EMM aussi, l’offre est abondante. Une recherche sur le site Android Entreprise, en sélectionnant les fonctionnalités les plus importantes, propose 31 solutions.

XAndroid EMM main features 31

On y trouve des solutions qui existent depuis de nombreuses années, telles que SOTI, VMWare Workspace ou Mobileiron. Parmi les plus récentes, je peux citer l’une des plus modernes et des plus compétitives, WizyEMM, proposée par la société Wizy.io. (Dont je suis l’un des fondateurs !)

 

Cas d’usages 1 : La Poste en France

Le Groupe La Poste est un pionnier dans l’équipement de ses collaborateurs du terrain avec un smartphone. Le projet Facteo a démarré il y a presque 10 ans, en 2012.

Aujourd’hui plus de 70 000 facteurs sont équipés d’un smartphone Android standard.

La priorité a été donnée à des applications métiers, telles que l’aide aux personnes âgées, pour pallier la baisse continue du courrier papier, qui était initialement le principal métier des facteurs.

La démarche COPE a été choisie : le facteur dispose d’un environnement personnel étanche sur le smartphone fourni par l’entreprise. Le fait que La Poste soit aussi un opérateur téléphonique mobile a facilité la mise à disposition d’accès à un réseau mobile.

XPhoto par facteur d'un françaisCela fait aussi plaisir de voir que La Poste était présente au CES de Las Vegas en 2020 pour faire la promotion de ses solutions numériques innovantes. Elle en profite pour accompagner plusieurs startups sur ce salon.

La dimension humaine du métier de facteur, en particulier en milieu rural, sera mise en lumière lors d’une exposition des meilleures photos prises par les facteurs. Cette exposition sera visible en 2022 à la grande poste du Louvre à Paris. C’est une très belle initiative, bravo !

 

Cas d’usages 2 : Walmart aux Etats-Unis

Walmart, peu connu en Europe, est un distributeur dont 70% des revenus se font aux Etats-Unis. C’est aussi le plus important employeur privé du monde avec 2,2 millions de collaborateurs.

En 2021, Walmart a lancé un grand programme d’équipement en smartphones de ses  “Associates”, les FLW payées à l’heure chez Walmart. Ce sont en priorité les personnes présentes dans les supermarchés et hypermarchés.

La première vague d’investissements en 2021 ne concerne que 50% de cette population. Cela représente quand même… 740 000 smartphones Samsung Android !

Xarticle Walmart 740 000 smartphones

Dans ce webinaire, d’une durée de 20 minutes, organisé par Android Entreprise à la fin de l’année 2021, deux collaboratrices de Walmart présentent ce projet, les principaux objectifs et les premiers résultats obtenus. Me@Walmart, c’est le nom de l’application mobile qui regroupe toutes les fonctionnalités auxquelles ont accès les Associates.

XWalmart employee image 740 000 & freeComme pour le Groupe La Poste, une démarche COPE a été choisie. Les collaborateurs de Walmart peuvent utiliser librement leur smartphone professionnel pour des usages personnels. Même aux Etats-Unis, la fracture numérique existe et l’un des objectifs de Walmart est de réduire, un peu, cette fracture.

 

Equipement d’un FLW avec un smartphone : éléments budgétaires

Il n’est pas raisonnable de proposer à des dirigeants d’investir pour les FLW sans leur donner des éléments budgétaires. Comme toutes les infrastructures numériques, un smartphone pour FLW coûte et… ne rapporte rien. Les bénéfices viennent des usages.

XSmartphone FLW - BudgetCe tableau résume les coûts estimatifs de deux solutions :

● Une hypothèse basse, avec un smartphone normal.

● Une hypothèse haute, avec un smartphone durci haut de gamme.

● Dans les deux cas, la durée de vie estimée du smartphone est de 4 années.

Le coût complet mensuel de mise à disposition d’un smartphone pour FLW, incluant le smartphone, l’EMM et un abonnement à un réseau sans fil est dans une fourchette de 17,5€ à 46,5€.

Chaque entreprise fera ses propres calculs, mais je pense qu’elle sera dans la majorité des cas dans cette fourchette de coût.

 

Un smartphone, pour quoi faire ? Quels usages “Frontiques” pour les FLW

Ads DPC FLW with smartphone reading meter S 208354616Depuis longtemps, les entreprises ont équipé en priorité les FLW de smartphones dans des métiers pour lesquels c'était un outil indispensable, utilisé plusieurs heures par jour, tels que :

● Logistique dans les entrepôts.

● Relevés de compteurs.

● Maintenance d’équipements chez les clients.

● Transporteurs comme Chronopost ou DHL.

On restait dans des cas d’usages très spécialisés, et la grande majorité des FLW n’était pas concernée par ces outils, ce qui explique le déficit actuel d’équipement numérique des FLW dans les entreprises.

Dans le monde des cols blancs, ce sont les usages bureautiques qui ont été à l’origine de la banalisation des ordinateurs personnels et des outils Web tels que la messagerie ou la visioconférence.

Pour les usages universels des FLW, je propose d’utiliser le mot “Frontique”, en espérant qu’il aura le même succès que le mot Bureautique que j’avais créé… Il y a fort longtemps.

Le nombre d’outils bureautiques universels est très réduit. Je fais l’hypothèse qu’il en sera de même pour le nombre d’outils frontiques.

J’ai choisi d’illustrer le concept de solutions frontiques par deux outils SaaS :

● we advocacy

● WizyVision

Ce sont deux exemples de solutions françaises !

 

Premier exemple de solution “Frontique” : we advocacy

XLogo weadvocacywe advocacy est une jeune société française qui propose une solution innovante, et pour le moment, unique : la capacité pour une entreprise de communiquer “Top Down” vers des collaborateurs n’ayant pas d’adresse email. we advocacy a d’autres fonctionnalités, mais je m’intéresse ici uniquement à son apport pour les FLW.

L’application mobile we advocacy est proposée à tous les FLW pour leur smartphone personnel ou professionnel ; ils ont le droit de refuser de l’installer ou de l’activer.

Si le FLW accepte de l’utiliser, cette application fonctionne exactement comme un SMS classique.

we advocacy permet aux entreprises :

De communiquer les mêmes informations vers les FLW et les cols blancs :

    ○ Sous forme de textes, d’images ou de vidéos.

    ○ Événements importants (formations).

    ○ Messages de la direction.

    ○ Lancement de nouveaux produits.

    ○ Newsletter d'entreprise.

    ○ ...

Elle peut être utilisée par plusieurs services et notamment la DSI (alertes autour d'incidents, maintenances programmées) et les RH (offres d'emplois, invitation autour de démarches RH).

Elle permet également d’organiser des sondages simples, réguliers, qui permettent de mieux suivre le ressenti des FLW au cours du temps.

De donner à un chef de chantier la possibilité de communiquer directement avec toute son équipe, en temps réel.

L’entreprise Colas Rail utilise l’application we advocacy ; ces deux exemples sont liés à la vie des chantiers et aux informations relatives à la pandémie COVID-19.

XWeadvocacy Colas Rail

Lors de mes échanges avec les fondateurs de we advocacy, ils m’ont indiqué quels étaient les bénéfices les plus importants remontés par les entreprises clientes :

Augmente le sentiment d’appartenance des FLW à l’entreprise.

Améliore la marque employeur, thème important pour des FLW qui sont des personnes qui changent souvent d’entreprise.

Très simple à déployer et à utiliser : aucun retour négatif, pas de nécessité de formation.

Parmi les difficultés qu’il faut surmonter, l’une des principales reste souvent la “défiance” vis-à-vis de l’employeur, d’où l’importance de laisser le choix au FLW de l’utiliser ou pas.

 

Deuxième exemple de solution “Frontique” : Frontspace de WizyVision

WizyVision a été construit sur l’une des hypothèses présentées au début de ce billet : l’image deviendra l’interface dominante pour les FLW.

XComposants WizyVisionInvisible pour le FLW, mais essentielle, il y a au cœur de l’offre de WizyVision une base de données professionnelles d'images, DAC, Digital Asset Center.

Sur le smartphone du FLW, l’application mobile est Frontspace, qui existe avec plusieurs niveaux de puissance :

● Une version de base, pour prendre des photos, les partager et les sauvegarder dans la base de données DAC. C’est l’option “Klik&Share”.

● Une version plus puissante, qui permet de développer, en “No Code”, des processus légers construits autour de l’image. Il est possible d’utiliser des fonctions d’IA standards telles que l'OCR ou la reconnaissance d’objets.

● Le FLW peut aussi activer la fonction “voix vers texte” et ajouter un commentaire vocal aux photos qu’il prend.

● Avec ML Studio, on peut construire, en “No Code”, des modèles de reconnaissance d’objets métiers spécifiques.

Frontspace est une solution 100%  “frontique”, universelle : les cas d’usages potentiels sont très variés, dans tous les secteurs d’activités qui emploient des FLW.

XInformatique fantome FLW Avantages inconvénientsPour illustrer les avantages de la solution Frontspace, je reviens sur l’exemple du numérique fantôme dans la distribution, présenté au début de ce billet.

1 - Dans la colonne “Numérique Fantôme :

● Le smartphone utilisé est celui du collaborateur FLW, non sécurisé et non géré.

● L’application utilisée pour partager des photos est WhatsApp :

    ○ C’est une image “pauvre”. Toutes les métadonnées, comme la géolocalisation et l’horodatage, sont perdues.

    ○ Le partage de l’image au sein de l’entreprise est impossible, en dehors du groupe WhatsApp.

    ○ Une photo, liée à une activité professionnelle, peut être partagée librement par tous les collaborateurs du groupe WhatsApp, à l’extérieur de l’entreprise, sans aucun contrôle possible.

2 - Dans la colonne Numérique Gérée par l’entreprise :

● Le smartphone est sécurisé et géré, que ce soit un smartphone dédié à l’entreprise ou partagé en mode COPE. Dans les deux cas, un EMM est installé pour garantir cette sécurité et cette gestion.

● Avec l’application Frontspace :

    ○ Toute la richesse informationnelle de la photo est conservée, toutes les metadata sont disponibles, telles que :

        ■ Géolocalisation.

        ■ Horodatage.

        ■ Lecture de tous les textes contenus dans la photo.

        ■ Lecture des éventuels codes barres ou QR codes.

        ■ Reconnaissance d’objets.

        ■ …

    ○ L’intégralité des photos est stockée dans le DAC, sécurisée et accessible à toutes les personnes de l’entreprise en fonction des droits d’accès qui leur sont attribués.

Cet exemple simple illustre bien les potentiels majeurs d’une solution professionnelle frontique comme Frontspace pour… tous les collaborateurs FLW pour qui l’image et la photo ont une valeur importante dans leurs activités.

 

Petite synthèse sur les usages frontiques pour les FLW

Les premiers outils bureautiques pour les cols blancs étaient réservés à des profils spécialisés : les matériels et logiciels de traitement de texte étaient utilisés par les dactylos et secrétaires.

L’arrivée du tableur sur les ordinateurs personnels et de la messagerie électronique ont ouvert la bureautique à tous les cols blancs, cadres compris.

Je pronostique que le même phénomène va se répéter pour les FLW. Après les premières applications métiers réservées à des professionnels comme les chauffeurs de Chronopost, l’arrivée de solutions frontiques comme We advocacy ou WizyVision va permettre, progressivement, à 100% des FLW d’accéder à des usages numériques universels, quels que soient leurs métiers.
Cela fait quand même 2 700 millions de FLW dans le monde à équiper !

XOutils universels FLW EuropeDans mon billet récent sur l’avenir du numérique en Europe, j’ai identifié l’équipement des FLW comme l’un des sept “DC2E” (Digital Commando of Excellence in Europe), domaines dans lesquels l’Europe pouvait encore jouer un rôle important dans l’industrie numérique mondiale.

we advocacy, WizyVision et WizyEMM sont des solutions SaaS françaises, pouvant être utilisées par des FLW dans le monde entier. C’est déjà le cas pour WizyEMM et WizyVision, avec des clients sur les 5 continents.

Oui, l’Europe du numérique a un avenir radieux, si l’on choisit bien ses combats !

 

Concilier équipement des FLW et  frugalité numérique

XAdS DPC Man with two smartphones S 412828136Deux smartphones par personne, c’est très mauvais pour la planète !

J’ai écrit plusieurs billets sur la frugalité numérique, dont un sur les objets d’accès.

XSmartphones numbers - FrugalitéL’information pertinente pour la planète sur le sujet de l’équipement des FLW avec un smartphone est liée à la consommation d’énergie pendant les phases de construction et d’utilisation.

Les chiffres sont sans appel : si je garde un smartphone pendant 3 années :

● Les ¾ de l’énergie sont liées à sa fabrication initiale.

● ¼ seulement est lié à son usage.

Si l’on revient sur les différentes options d’équipement d’un FLW, la solution deux smartphones est la plus mauvaise pour la planète, car elle rajoute ¾ de consommation d’énergie pour le deuxième smartphone, les usages restant identiques. On passe d’une consommation d’énergie de “1” à 1,75”, presque un doublement.

Pour les entreprises et les collaborateurs soucieux de l’avenir de la planète, les deux options raisonnables sont :

● Deux smartphones dans les seuls cas où c’est indispensable, comme on l’a vu précédemment.

● Dans toutes les autres situations, la démarche COPE est à privilégier. Il faut pour cela vaincre les réticences d’un FLW à porter ses usages personnels sur un smartphone appartenant à l’entreprise. Je suis persuadé qu’une explication claire des avantages pour la planète d’une solution COPE fera tomber beaucoup des résistances des FLW.

 

Synthèse

Un smartphone par FLW deviendra la norme dans toutes les entreprises, plus ou moins rapidement.

XAdS DPC FLW in field with smartphone S 257294217C’est un chantier enthousiasmant, que je vous encourage à démarrer, immédiatement :

● Forte valeur ajoutée humaine, pour les FLW.

● Forte valeur ajoutée efficience, pour les entreprises.

● Forte rentabilité pour les entreprises.

● Des dizaines de cas d’usages possibles, immédiatement, en 2022.

Un jour, tous les FLW de votre entreprise seront équipés d’un smartphone pour des usages professionnels, c’est une évidence. Pourquoi attendre ?


Réseaux privés 5G : tsunami en approche avec la "Cloudification" des télécoms d’entreprise

 

XAmazon AWS risky bet BusinessWeekIl y a 15 ans, en 2006, on assistait à la naissance du Cloud Public dans sa dimension infrastructures, IaaS Infrastructure as a Service, avec AWS, Amazon Web Services.

À l’époque, des personnes “sérieuses” mettaient en doute la pertinence de cette décision de Jeff Bezos, CEO d’Amazon, comme le montre cet article de la revue BusinessWeek.

Cette innovation de rupture a changé, définitivement, l’industrie mondiale informatique ; les solutions Clouds Publics, dont AWS reste le leader, sont devenues indispensables pour toutes les entreprises.

XLogo AWS re-InventFin novembre 2021, pendant la semaine de conférences re:Invent 2021, AWS a annoncé qu’il faisait son entrée dans le monde des réseaux d’entreprises.

Je pronostique que cette “cloudification” des télécommunications professionnelles aura un impact aussi fort sur l’industrie des télécoms que celle du IaaS en 2006 sur celle de l’informatique traditionnelle.

XGauss Curve innovationComme tout changement “exponentiel”, les impacts seront faibles pendant les premières années, jusqu’en 2025. Seules quelques entreprises “Early Adopters”, au sens “courbe de Gauss” du terme, feront le saut.

En 2030, cette cloudification deviendra la norme, et sera mise en œuvre par les entreprises “Majority”.

(Un minimum de connaissances dans les technologies des réseaux est utile pour bien comprendre la portée des révolutions qui s’annoncent. Elles ne sont pas indispensables, mais en facilitent la lecture).

 

Réseaux : les annonces de rupture à la conférence AWS re:Invent 2021

Les temps forts de re:Invent sont les “Keynotes”, conférences plénières qui durent environ deux heures et pendant lesquelles les annonces majeures sont faites.

XAdam Selipsky keynote Re-invent 2021Cette année, pour la première fois, Adam Selipsky, le nouveau CEO d’AWS, a pris la place d’Andy Jassy, nommé CEO d’Amazon en remplacement de Jeff Bezos.

Deux de ces annonces importantes concernaient les télécommunications d’entreprises :

● La création de réseaux 5G privés. Le mot clef est “privé” : des réseaux 5G que les entreprises peuvent gérer elles-mêmes, sans faire appel à des opérateurs télécoms.

● La présentation des nouvelles annonces de Dish Network.

Important : les règles concernant la gestion des fréquences radio étant pour le moment très différentes entre les États-Unis et l’Europe, ces annonces concernent en priorité les États-Unis.

Je reviendrais longuement sur ces différences entre l’Europe et les États-Unis dans la suite de ce billet ; c’est un sujet essentiel.

Réseau privé 5G, par AWS

(Dans la vidéo de cette Keynote, l’annonce est faite pendant la période minutes 40 à 43)

Un rappel sur les avantages des réseaux 5G, valables aussi bien pour les réseaux grand public que pour ces nouveaux réseaux privés :

● Vitesse pouvant atteindre 10 Gb/s en descente.

● Très faible latence, entre 1 et 10 ms.

● Plus grande capacité pour connecter des millions d’objets.

AWS a annoncé qu’il devient… fournisseur de solutions de réseaux privés 5G, clef en main.

XAWS Reinvent 2021 - Keynote Adam Selipsky - AWS private 5G

AWS propose aux entreprises d’installer dans leurs immeubles de bureaux, leurs usines ou leurs entrepôts tout ce qui est nécessaire pour disposer d’un réseau privé 5G.

Il est important de comprendre pourquoi cette annonce est une rupture majeure :

1 - AWS est capable de fournir l’ensemble des composants nécessaires à la construction de ce réseau privé 5G :

● Les matériels.

● Les logiciels.

● Les cartes SIM.

● Les logiciels permettant la configuration automatique du réseau.

2 - Cette solution utilise des bandes de fréquences libres : comme pour le WiFi, l’entreprise peut déployer son réseau privé 5G sans demander d’autorisations aux organismes régulateurs des télécoms.

Un minimum de connaissance sur les réglementations des fréquences est nécessaire pour en comprendre l’importance. Mes amis professionnels des télécoms m’excuseront si je simplifie trop pendant ma démonstration.

Qualcomm, dans un webinaire et les documents correspondants, dont j’ai extrait quelques graphiques, présente les techniques utilisées pour construire des réseaux 5G NR-U (Next Radio-Unlicensed)

Il y a trois modes possibles d’utilisation d’un réseau 5G par les entreprises :

X5G NR-U three types of usages

● Anchored NR-U : Les fréquences sont utilisées en même temps par les opérateurs télécoms et par les entreprises.

● Standalone NR-U : l’entreprise construit un réseau 5G totalement autonome, pour son seul usage.

● 6 GHz spectrum greenfield : la gamme de fréquences 6 GHz a été rendue disponible pour des usages libres, à la fois pour la 5G et le WiFi 6E, nouvelle génération. Le chiffre 6, utilisé pour 6 GHz et le WiFi 6 est une coïncidence.

L’expression “Greenfield”, terrain vierge en français, utilisée pour cette gamme de fréquences veut dire que tout y est possible sans avoir à subir les contraintes des réseaux existants.

Comme le montre ce graphique, les 1 200 MHz libérés dans cette gamme de fréquence 6 GHz, représentent une capacité de transport gigantesque. À titre de comparaison, le WiFi 2,4 GHz dispose de 100 MHz.

X5G NR-U 6 Ghz potentials

3 - Le coût de la solution est indépendant du nombre d'objets connectés. C’est particulièrement important pour les objets IIoT (Industrial Internet of Things) connectés.

4 - AWS propose sa solution 5G privée en mode OPEX, “Pay as You Go”. On retrouve dans cette caractéristique l’une des ruptures majeures du Cloud Computing : le basculement de dépenses CAPEX, investissement, vers OPEX, fonctionnement.

En résumé : une entreprise peut demander à AWS d’installer un réseau privé sans fil 5G dans ses implantations sans avoir besoin d’appeler un opérateur télécom !

L’annonce est “preview available today”, en clair, cela signifie qu’elle devrait être opérationnelle durant l’année 2022.

Dish Network, avec AWS

Dish Network est un acteur américain des télécoms spécialisé dans la diffusion par satellite de contenus télévisuels et d’Internet. C’est une entreprise d’environ 15000 salariés, 10 millions de clients pour ses services télévisuels et 5 millions pour son réseau sans fil qu’ils ont racheté en 2019.

XMarc Rouanne Dish NetworkL’intervention de Dish Network est visible dans la vidéo de cette Keynote entre les minutes 43 et 52.

Cocorico ! La personne qui présente l’offre de Dish Network est Marc Rouanne, Chief Network Officer, Français et ingénieur CentraleSupélec.

On se retrouve une fois de plus dans une offre de rupture, rendue possible par l’arrivée d’une nouvelle technologie, les réseaux 5G dans des fréquences libres et en abondance.

L’ambition de Dish Network : devenir l’AWS des télécommunications sans fil.

Il est important de bien comprendre où se trouvent les ruptures : pour la première fois, il devient possible pour Dish Network de construire des réseaux sans fil sans être opérateur de télécommunications, sans acheter des licences, et dans le monde entier, car ce sont pour l’essentiel les mêmes fréquences libres qui sont utilisées dans tous les pays.

Quels sont les principaux avantages de cette nouvelle génération de réseaux sans fil :

● On peut construire un “réseau de réseaux” et non plus un réseau unique. Chaque entreprise pourra configurer son réseau selon ses besoins et le faire évoluer en permanence.

XAWS Reinvent 2021 - Keynote Adam Selipsky - Dish Networks of Networks

● Gestion optimisée des données pour les entreprises. Le réseau est nativement “data centric'', ce qui permet aux entreprises d’utiliser directement les données obtenues et stockées dans… le Cloud AWS.

● Il permet de déployer des solutions IIoT sans contraintes sur le nombre d’objets connectés.

XPrivate 5G for IIoT

● La couverture d’une région ou d’un pays peut se réaliser en quelques mois, avec une flexibilité maximale, dans le temps ou l’espace. On peut imaginer que certains de ces réseaux privés 5G pourront être déployés de manière temporaire, pour couvrir un événement sportif ou pendant la durée d’un grand chantier de travaux publics.

Cette annonce par Dish Network est une très bonne illustration de ce que je dis depuis longtemps : les infrastructures cloud seront de plus en plus les bases sur lesquelles des entreprises innovantes vont pouvoir créer des activités qui étaient impossibles avant.

Cette photo montre que Dish Network utilise pour démarrer une douzaine de services AWS.

XAWS Reinvent 2021 - Keynote Adam Selipsky - Dish AWS services used

J’ai présenté en détail les annonces faites à re:Invent 2021 dans le domaine des réseaux privés 5G. Dans les semaines et mois qui viennent, d’autres acteurs vont s'engouffrer sur ce marché gigantesque et proposer des offres similaires.

XAT&T private 5GL’opérateur historique AT&T annonce lui aussi qu’il veut fournir des réseaux 5G privés aux grandes entreprises. Quand on lui demande ce qu’il pense de l’arrivée d’AWS, on a droit à la réponse classique des acteurs installés : “ils ne sont pas concurrents, ils adressent un autre marché”. Ce déni de compétition est hélas classique ; on en a vu les résultats dans le secteur IaaS pour les IBM, Dell et autres HP.

Autre exemple, l’opérateur américain Verizon annonce le déploiement d’un réseau privé 5G en Grande-Bretagne, pour le port de Southampton, avec pour partenaires Nokia et Microsoft.

Rappel : ni Verizon, ni Nokia, ni Microsoft n’ont de licences opérateurs télécoms en Grande-Bretagne !

 

Une fois de plus, l’Europe prend du retard

Cette nouvelle génération de réseaux 5G privés crée une rupture majeure dans les potentiels d’usages des solutions numériques dans les entreprises, privées et publiques.

D’ici à 2030, des entreprises innovantes auront déployé des solutions permettant d’améliorer et leur compétitivité externe et leur efficience interne.

Pour cela, elles ont besoin, immédiatement, d’accéder à ces fréquences 5G libres.

Tout le monde le sait, mettre d’accord 28 pays est tout sauf facile, mais les délais que cela crée dans le monde du numérique ont des impacts catastrophiques.

XEurope struggling to share bandwithCe long article explique la différence entre les démarches européennes et américaines.

J’en ai extrait cette phrase :

The delay in finding a common, harmonized shared spectrum regime “will not necessarily delay the rollout of 5G networks, but some specifics — for instance, the wider deployment of private 5G networks — will unfortunately lag behind other regions”

“... Le déploiement extensif des réseaux 5G privés prendra hélas du retard sur d’autres régions”.

XEuropean decision on 6 GHz spectrumCe texte européen de juin 2021 présente les décisions prises pour la bande de fréquence des 6 GHz.

La bande de fréquence 5945 à 6425 MHz sera autorisée pour les déploiements de réseaux 5G privés. Cela représente 600 MHz, la moitié de ce qui est autorisé aux États-Unis.

L’Europe n’est pas totalement absente, heureusement. Les premières réalisations sont en cours ou en projet, comme le montre cet article, dont j’ai extrait les exemples français et allemands.

En Allemagne, 100 MHz ont été réservés pour les entreprises privées, entre 3700 et 3800 MHz. Résultat : 33 entreprises ont déjà réservé des licences privées, dont Bosch, BMW, BASF, Lufthansa, Siemens et VW. La priorité est clairement donnée aux entreprises industrielles, qui sont essentielles dans l’économie allemande.

La France a une démarche beaucoup plus prudente, en faisant du cas par cas, piloté par l’ARCEP. Deux exemples :

● 40 MHz, dans la bande des 2600 MHz, ont été alloués à Hub One, filiale d'ADP (Aéroports de Paris), pour un déploiement dans les aéroports d’Orly et de Charles de Gaulle.

XRéseau privé EDF 4G● EDF a aussi obtenu 20 MHz dans cette même bande des 2600 MHz pour la centrale nucléaire de Blaye.

J’ai relu plusieurs fois le titre de cet article en pensant qu’il y avait une erreur d’impression : on y parle d’un réseau privé… 4G ! On nous promet une évolution possible vers la 5G. Et nous sommes en 2021…

Ces atermoiements sur les autorisations pour créer des réseaux privés 5G auront un double impact très négatif en Europe :

● Les entreprises prendront du retard dans la mise en œuvre des usages innovants rendus possibles par ces réseaux privés 5G.

● Les nouveaux entrants sur ce marché de la 5G privée, comme AWS ou Dish Network auront le temps de consolider leurs nouvelles compétences aux États-Unis et dans d’autres pays. Quand l’Europe se réveillera, ils auront acquis une avance que les acteurs européens ne pourront pas rattraper. Je crains beaucoup que la répétition de ce qui c’est passé en Europe entre 2006 et 2011 dans le domaine des solutions IaaS.

 

Rapport du CIGREF sur la 5G

XCIGREF Titre rapport prospective 5GLe CIGREF, Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises, a publié en juin 2021 un dossier sur la 5G en France et en Europe. Ce document de 65 pages analyse cinq scénarios possibles, d’ici à 2030.

XScénarios 5G vu par CIGREFComme le montre ce schéma, l’analyse se concentre sur l’offre de solutions 5G, en mettant l’accent sur les rôles possibles des trois grands acteurs économiques mondiaux, les États-Unis, la Chine et l’Europe. C’est un sujet récurrent dans tous les domaines du numérique, que j’ai souvent traité dans ce blog.

Par contre, le thème que je traite dans ce billet, les ruptures rendues possibles par l’arrivée des réseaux privés 5G, n’est pas abordé dans ce document.

J’espère que le CIGREF, qui regroupe les grandes entreprises françaises qui devraient être les plus intéressées par les réseaux privés 5G va produire une suite à ce rapport.

 

Entreprises, indépendance croissante vis-à-vis des opérateurs télécoms

Cela fait plusieurs dizaines d’années que les entreprises ont commencé à prendre en main leurs destinées réseaux en se libérant des offres des opérateurs télécoms.

Je prendrai trois exemples pour l’illustrer, le WiFi, les réseaux téléphoniques internes et les réseaux MPLS (Multi Protocol Label Switching).

 

Le précédent du WiFi

XWiFI speed increaseLe WiFi, version sans fil d’Ethernet, est né il y a 20 ans, en 2001.

En 2001, la version V1 offrait une vitesse maximale de 11 Mb/s.

Depuis 2019, la version V6 permet d’obtenir 10 Gb/s.

La vitesse de transmission des données du WiFi a été multipliée par 1000 en 20 ans, autre bel exemple de croissance exponentielle des outils numériques.

Dans les entreprises, le succès du WiFi a été rapide, malgré les réticences de quelques RSSI qui en refusaient l’usage sous des alibis fallacieux d’absence de sécurité.

La pression des collaborateurs et les avantages évidents du WiFi ont fait tomber ces barrières :

● Fréquences libres, 2,4 et 5 GHz : pas besoin de licences opérateurs télécoms.

● Coût indépendant du nombre d’objets connectés.

● Sous la responsabilité, le contrôle et la gestion directe des entreprises.

● Basculement rapide de la gestion des réseaux WiFi dans le Cloud.

 

La fin des réseaux téléphoniques filaires dans les entreprises

Le bon vieux réseau téléphonique filaire est en voie de disparition dans les entreprises.

XFin RTC OrangeJe constate que dans les nouveaux immeubles de bureaux, les entreprises font l’impasse sur l’installation d’autocommutateurs et de réseaux filaires.

Ils sont remplacés par les smartphones dont sont équipés la majorité des cols blancs.

La disparition en France, d’ici à 2023, du réseau RTC, Réseau Téléphonique Commuté, va encore accélérer ce mouvement.

XGCP & AWS Call centerQuand les entreprises ont encore besoin de solutions téléphoniques performantes, comme c’est le cas pour les centres d’appels, elles font maintenant appel à des solutions logicielles… dans le Cloud.

 

La mort annoncée des réseaux MPLS

XSD WAN vs MPLSDès 2015, j’avais publié un billet sur mon blog qui annonçait la fin de l’âge d'or des réseaux MPLS utilisés par les entreprises pour leurs échanges intersites.

Depuis cette date, les progrès spectaculaires réalisés par les solutions SD-WAN (Software Defined Wide Area Networks) ont accéléré le mouvement. Ce sont de nouveaux acteurs comme Aryaka, pas les opérateurs télécoms, qui ont poussé ces nouvelles générations de réseaux intersites ou interentreprises.

Complexes, inflexibles, chères, les solutions MPLS représentaient pour les opérateurs télécoms une source importante de revenus et de bénéfices. Cette source se tarit.

 

Les réseaux privés 5G, un super WiFi ?

Pour visualiser ce que sera un réseau privé 5G, le plus simple, c’est d’imaginer un réseau WiFi qui a pris des stéroïdes.

J'utilise la nouvelle bande de fréquence 6 GHz qui peut être déployée simultanément pour le WiFi V6 et les réseaux privés 5G pour mettre en évidence les potentiels complémentaires de ces deux réseaux privés. Pour les puristes, on parle de WiFi 6E.

XWiFi6 & R 5G on same network 6 GHz

Les réseaux WiFi 6 et 5G privés sont complémentaires ; il est possible de les déployer indépendamment ou simultanément sur les mêmes sites. Pour la majorité des usages et des utilisateurs, ils offrent des performances proches et exceptionnelles :

● Très haut débit, supérieur en pratique à 1 Gb/s.

● Faible latence, inférieure à 10 ms.

De nombreux articles, comme celui publié par le Monde Informatique en mars 2021, présentent en détail les avantages et les inconvénients de ces deux technologies.

Avantages au WiFi :

XMQ Gartner Wireless LAN● Technologie bien maîtrisée, avec un grand nombre de fournisseurs comme le montre le quadrant magique du Gartner Group de septembre 2021.

● Lieux déjà équipés de WiFi.

● Environnements de bureaux.

● Installations de taille petite ou moyenne : quelques dizaines à quelques centaines de personnes ou d’objets connectés.

Avantages aux réseaux privés 5G :

● Usines de grande taille.

● Entrepôts, logistique.

● Installations industrielles réparties sur une grande surface, aéroports, ports maritimes, gares de triage, hôpitaux…

● Grand nombre d’objets à connecter, et en priorité pour IIoT.

L’inconvénient principal des réseaux privés 5G reste aujourd’hui la faible maturité des technologies utilisées et surtout les incertitudes qu’entretient l’Europe sur les conditions concrètes de leurs déploiements de manière industrielle et stable.

Il faut espérer que l’Europe n’attendra pas 2025 pour fixer un cadre juridique et technique solide permettant aux entreprises d’investir sur ces réseaux privés 5G en sachant que les solutions retenues seront pérennes.

Ce schéma simple résume ce que pourrait être l’architecture réseau d’une grande entreprise à partir de 2025 :

XNetworks in 2025

● La quasi-totalité des usages numériques est dans des clouds publics.

● Dans les lieux d’activités principaux, l’ensemble des communications est pris en charge par des réseaux privés 5G et WiFi. Ces réseaux sont gérés directement par l’entreprise et ne font pas appel à des opérateurs télécoms.

● Les échanges entre les lieux d’activités principaux et les clouds publics sont réalisés par des fibres optiques “privées”, fournies de plus en plus par des acteurs spécialisés, et à coût raisonnable. Tous les grands acteurs du Cloud Public ayant des centaines de PoP (Point of Présence), la distance entre les lieux d’activités et ces PoP est courte, donc économique. Ce sont plus des MAN (Metropolitan Area Networks) que des WAN (Wide Area Networks).

● Dans tous les autres lieux d’activités, petits bureaux, hôtels, chez soi (WFH, Working From Home), des réseaux WiFi 6 connectés à l’Internet public seront utilisés. Des outils “Zero Trust” garantiront une bonne sécurité des échanges.

J’ai beau chercher, je n’y trouve plus trace des solutions que les opérateurs télécoms traditionnels proposaient à leurs clients professionnels.

 

Quel avenir pour les offres professionnelles des opérateurs télécoms

Pendant des dizaines d’années, les offres pour les entreprises ont été la poule aux œufs d’or des opérateurs télécoms.

Ils pratiquaient des tarifs exorbitants, que j’avais déjà dénoncés dès 2010 :

XAdS DPC Tsunami S 103111638La décennie 2020 - 2030 verra plusieurs tsunamis s’abattre sur ces offres professionnelles qui vont toutes, une par une, être balayées par les nouvelles solutions que j’ai présentées dans ce billet.

Entre 2022 et 2025, un tout petit nombre d’entreprises, les “early adopters” vont faire le saut et cela aura peu d’impacts sur les revenus des opérateurs télécoms.

Les opérateurs télécoms les plus innovants ont compris que les ruptures qui arrivent sont irréversibles et profondes. Comme AT&T ou Verizon que j’ai cités au début, ils profiteront de leur avantage actuel, leur présence dans les entreprises, pour leur proposer très rapidement des solutions de réseaux privés 5G.

Cette démarche proactive ralentira la pénétration des nouveaux entrants comme AWS et Dish Network.

Les autres, ceux qui feront l’autruche, se réveilleront en 2030 en se demandant pourquoi ils n’ont plus de clients entreprises.

 

Résumé

XAdS DPC 2030 S 289684497Mes pronostics, avant la fin de cette décennie, en 2030 :

● La majorité des grandes organisations, privées et publiques, aura repris le contrôle de leurs communications et se sera libérée des opérateurs historiques.

● La “cloudification” des réseaux sera devenue une réalité. Les champions actuels du Cloud Public, AWS, GCP et Azure seront devenus les fournisseurs dominants de solutions réseaux pour les entreprises, et en priorité pour les grandes et les moyennes.

● Le plus important : les entreprises disposeront de solutions réseaux privés d’une qualité exceptionnelle, à des prix très compétitifs.


Quatre risques numériques majeurs pour notre planète : 2022 - 2030+ (Troisième partie)

 

XExponential with man runningDans la première partie de cette analyse, j’ai présenté le danger numérique le plus immédiat, les cyberattaques sur les infrastructures physiques de transport.

Dans la deuxième partie, j’ai analysé quels pourraient être les impacts d’une guerre dans le détroit de Taiwan sur l’industrie des microprocesseurs.

Dans cette troisième partie, j'aborde le thème des risques liés à la croissance exponentielle des potentiels des technologies numériques.

Exponentiel ! C’est le mot clef de ce billet.

(Texte exceptionnellement long, vu la richesse des thèmes abordés.)

 

Horizon 2030 : non-maîtrise de la croissance exponentielle des potentiels des technologies numériques

Je vous propose de commencer par un rappel des fondamentaux de la croissance exponentielle.

L'exponentiel est un phénomène fréquent dans la nature : la diffusion des virus, la croissance du nombre de bactéries dans des tubes d’essai ont des croissances exponentielles. La pandémie COVID-19 a fait beaucoup pour que la compréhension des impacts d’une croissance exponentielle augmente dans le monde entier.

Même la croissance de vos avoirs financiers placés à 2% dont vous réinvestissez les dividendes suit une croissance exponentielle, même si ce n’est pas très “visible”.

XPuissance exponentielDans la suite de ce texte, quand je parlerai de croissance exponentielle, je ferai les hypothèses suivantes :

● Le taux de croissance annuel est supérieur à 20%.

● La durée de cette croissance est supérieure à 20 ans.

Ces deux dimensions, taux et durée, sont essentielles pour comprendre les véritables impacts d’une croissance exponentielle. Dans ce tableau, je compare les croissances d’un investissement selon que le taux est de 10%, 20% ou 50%, sur une durée de 10 et 20 années.

XExponential book coverJe suis abonné depuis plusieurs années à “Exponential View”, la lettre d’information d’Azeem Azhar. Il a publié en septembre 2021 un livre, sobrement intitulé Exponential. C’est une bonne synthèse sur le sujet et il vous permettra d’approfondir une grande partie des thèmes que j’aborde dans ce billet. Cet ouvrage a été nommé livre technologique de l’année 2021 par le journal Financial Times.

Pour faciliter la compréhension des défis posés par la croissance exponentielle des technologies numériques, je les ai groupés en trois familles :

● Les décalages entre des technologies exponentielles et un monde linéaire ou logarithmique.

● La naissance, croissance et domination d’entreprises capables de maintenir une croissance exponentielle de leurs activités.

● Trois technologies exponentielles de rupture, que je considère comme les plus importantes : le Cloud Public, l’Intelligence Artificielle (IA) et l’informatique quantique.

 

Décalages entre des technologies exponentielles et un monde linéaire ou logarithmique

Il y a déjà 5 ans, en novembre 2016, Thomas Friedman publiait “Thank You for Being Late”, livre remarquable qui évoquait les décalages entre des technologies exponentielles et la capacité plus lente du monde à s’adapter. Je l’ai déjà cité dans un billet précédent sur notre capacité à absorber l’innovation.

J’en ai extrait ce graphique en y ajoutant mon grain de sel. Il n’y a pas d’échelle de temps précise, mais il indique clairement que nous avons passé un cap majeur : les technologies évoluent maintenant plus vite que nos capacités à les maîtriser.

XThanks for being late

Friedman parle de l’adaptabilité humaine ; je l’ai segmentée en quatre composants:

Les personnes, en tant qu’individus. C’est à titre personnel que nous sommes les plus rapides pour accepter les innovations numériques. C’est vrai dans le monde entier, depuis la banalisation d’Internet et des smartphones, il y a 15 ans.

Les entreprises, privées ou publiques. Elles ont plus de mal à absorber les nouvelles technologies. De nombreux fournisseurs l’ont compris et proposent en priorité leurs innovations au grand public avant de le faire pour les entreprises. Quelques exemples :

○ Google : Gmail est né en 2004, Google Apps en 2007.

○ Facebook (Meta) : Workplace est annoncé en 2016, regroupant des fonctions disponibles sur les solutions grand public depuis 5 à 10 ans.

Les gouvernements. Leur temps de réponse aux innovations est, sauf exception, très lent. Les manques d’appétences et de compétences de la majorité des personnages publics pour le numérique sont catastrophiques.

Les lois. Suite logique du point précédent, les lois qui abordent les sujets numériques sont toujours dramatiquement décalées par rapport à la réalité des technologies. J’ai écrit sur mon blog tout le “bien” que je pensais du principe de précaution inséré dans la constitution française, l’outil anti-innovation le plus puissant que je connaisse.

XAdS DPC Slow fast snail S 102818567Quels sont les risques liés à l’irruption de l’exponentiel dans nos vies ?

● Nous avons tous énormément de mal à visualiser ce qu’est une croissance exponentielle. Nous sommes nés dans une culture de l’évolution linéaire.

● Le deuxième, c’est de ne pas comprendre qu’un monde exponentiel change les règles du jeu classiques, et dans tous les domaines, techniques, humains et organisationnels.

● Le troisième et hélas le plus dangereux c’est de croire que nous avons le temps et qu’il n’y a aucune urgence à s’adapter.

 

La naissance, croissance et domination d’entreprises capables de maintenir une croissance exponentielle de leurs activités

Dans le paragraphe précédent, j’ai parlé des entreprises qui ont beaucoup de mal à s’adapter à des évolutions exponentielles. Ce sont en priorité toutes celles qui travaillent dans des secteurs où les dimensions physiques des biens et des services créent des limites logiques à la croissance. Les économistes parlent de la réduction des retours marginaux.

Le nombre de réfrigérateurs ou de voitures par foyer, le nombre de comptes bancaires ne peuvent croître de manière infinie. La croissance de ces marchés est représentée par une courbe en S, avec une accélération forte au début suivie d’une saturation progressive.

On le voit bien sur ce célèbre graphique qui montre que la vitesse d’adoption de nouveaux produits est de plus en plus rapide, mais passe par une asymptote quand on approche des 100% de taux d’équipement.

XTechnology adoption goes faster over time

XCover book  Scale by Geoffrey West Un livre publié par Geoffrey West en 2017, “Scale”, sur les lois universelles de la croissance démontre que, en 2010, le taux de croissance des 30 000 entreprises qu’il avait étudiées était de zéro.

La situation change du tout au tout quand on parle d’entreprises dont les marchés sont des biens ou services numériques ; les limites physiques à la croissance disparaissent.

Ces entreprises nées avec le numérique sont capables de créer des cultures de croissance exponentielle de leurs activités.

Les effets “réseaux” de cette croissance permettent d’accroître la performance des entreprises du numérique avec leur taille, à l’inverse des entreprises classiques.

Les chiffres de Netflix sont très révélateurs de cette rupture :

● En 2010, 2 100 employés, 2,1 B$ de CA, 1 M$ par employé.

● En 2020, 9 400 employés, 25 B$ de CA, 2,7 M$ par employé, 3 fois plus !

XMarket value tech giantsCe graphique financier montre à quel point cette évolution a été rapide et profonde.

En 2005, avant le smartphone et la croissance du Web, les entreprises ayant les plus grandes valorisations boursières étaient dans des secteurs classiques. Microsoft était la seule entreprise du secteur informatique dans la liste.

En 2020, les entreprises du secteur numérique trustent les premières places. La seule exception est la société pétrolière Saudi Aramco. Il est révélateur de voir que Tesla figure dans cette liste ; j’y reviendrai.

Ces technologies numériques à large spectre, Internet, smartphone, clouds publics ont un autre impact majeur : elles permettent à des secteurs d’activités traditionnels de se réinventer en devenant des métiers où le numérique est omniprésent.

J’ai sélectionné deux secteurs où ce mouvement est très fort, la santé et l’automobile.

L’industrie de la santé.

Dans un billet récent de mon blog, je parle de la recherche d’un vaccin COVID-19 par la société Moderna. En utilisant le Cloud Public AWS, elle a expliqué que le temps nécessaire pour trouver le vaccin était passé de 20 mois à 42 jours, une réduction dans un rapport 14.

XGenome sequencing costs downUn autre exemple est celui de la séquence d’analyse d’un génome humain :

● Première réussite en l’année 2000 : coût estimatif de 500 M$ à 1 000 M$.

● En 2021, ce coût est tombé à environ 100$.

● Cette baisse correspond à une exponentielle 1000 fois plus rapide que la loi de Moore pour les microprocesseurs.

L’industrie automobile.

Cette industrie traditionnelle vit une triple rupture : moteurs électriques, informatique omniprésente et évolution vers la conduite autonome. Une voiture, c’est aujourd’hui un ensemble d’ordinateurs hyper puissants sur quatre roues.

XClassical vs electrical cars vendors dataL’impact économique sur ce secteur est impressionnant. Ce graphique montre que la valorisation boursière des trois principales entreprises historiques qui produisent 22 millions de véhicules est de 505 B$, quand les trois fournisseurs de rupture, natifs électriques, produisent seulement 500 000 véhicules et sont valorisés 1 300 B$.

La valorisation, rapportée au nombre de véhicules, est dans un rapport 115!

Quels sont les dangers numériques majeurs dans ce cas ?

Les géants natifs du numérique ont réussi à construire une culture interne de croissance exponentielle qu'ils ont maintenue pendant plus de 20 années. Rien n’indique qu’ils ne sont pas capables de le faire pendant les 10 ou 20 années qui viennent.

Des secteurs entiers de l’économie vont devenir numériques dans des métiers qui avaient une culture de croissance faible et linéaire : finance, assurance, transport, distribution…

Faisons l’hypothèse, optimiste, que les entreprises traditionnelles sont capables d’atteindre un taux de croissance de 10%. En regardant le tableau financier au début de ce billet, elles peuvent croître 6,7 fois d’ici à 2041 quand les géants du numérique pourraient le faire plus de 3 000 fois s’ils sont capables de maintenir leur croissance actuelle de 50%.

XAdS DPC truck crushing competition S 124316691Peut-on envisager, peut-on accepter que des entreprises comme Google, Amazon, Microsoft, Tesla et autres Apple deviennent 5, 10 ou 100 fois plus grandes qu’aujourd’hui ?

Peut-on envisager, peut-on accepter que des milliers d’entreprises traditionnelles, leaders actuels de leurs secteurs d’activités, soient marginalisées dans les 20 ans qui viennent ?

Peut-on créer dans ces entreprises traditionnelles une culture de croissance exponentielle avant qu’il ne soit trop tard ?

Ce sont des questions essentielles pour l’avenir des économies traditionnelles. Faire l’autruche et ne pas se les poser, c’est certainement la plus mauvaise réponse.

On retrouve aussi les difficultés évoquées précédemment : il devient impératif que les gouvernements et les lois soient capables de s’adapter beaucoup plus vite à cette nouvelle situation économique de rupture.

En seront-ils capables ?

 

Trois technologies exponentielles de rupture

Ces trois technologies de rupture sont : le Cloud Public, l’Intelligence Artificielle (IA) et l’informatique quantique.

Cloud Public, le grand catalyseur

En 2021, le Cloud Public n’est plus une innovation ! Ce schéma donne les dates de naissance des principaux composants du Cloud Public :

● SaaS, Software as a Service : Salesforce en 2000.

● IaaS, Infrastructures as a Service : AWS, Amazon Web Services en 2007.

● PaaS, Platform as a Service : Google Compute Engine en 2009.

● (Pour rappel) : j’ai été cofondateur de Revevol, la première société de services dans le Cloud, en 2006.

XDates naissance Cloud IaaS SaaS PaaS Revevol

La première phase de la croissance exponentielle des solutions Cloud Public couvre la période 2007 à 2017. Ceci ne veut pas dire que cette croissance est ralentie en 2018, au contraire. Depuis 2018, les jeux sont faits, les grands acteurs sont en place et il n’y a plus une seule entreprise raisonnable qui n’a pas décidé de basculer l’essentiel de ses usages numériques sur le Cloud Public.

XValeurs boursières acteurs cloudsPour enfoncer le clou (pas le cloud), j’ai représenté sur ce graphique la valeur boursière, le 15 novembre 2021, des trois géants occidentaux du Cloud Public, Amazon, Microsoft et Google.

● Ces valeurs boursières sont comprises entre 1 800 milliards et 2 500 milliards de dollars.

● La somme des valeurs boursières de cinq grands “anciens combattants” de l’informatique, Intel, Cisco, Oracle, SAP et IBM n’atteint pas les 1 000 milliards de dollars, la moitié de la valeur de chacun des trois leaders.

● Les valeurs boursières cumulées des entreprises du CAC 40 français sont de 2 364 milliards d’euros, soit environ 2 700 milliards de dollars.

Il est urgentissime de ne plus perdre une semaine de plus à se lamenter sur les combats perdus comme les infrastructures cloud public IaaS. Je me suis longuement exprimé sur les erreurs de l’Europe dans ce domaine dans ce billet récent.

L’une des caractéristiques intéressantes des innovations numériques, c’est qu’elles se font la “courte échelle”. Elles servent d’accélérateur pour de nouvelles solutions : les réseaux sans fil très haut débit accélèrent les usages du Cloud Public, qui à son tour crée une demande forte pour des transferts de données.

Le Cloud Public est devenu aujourd’hui la fondation des autres innovations numériques à croissance exponentielle.

En 2021, ne pas basculer rapidement sur des solutions Cloud Public, IaaS, SaaS ou PaaS n’est plus une option.

Xvitesse logarithmique organisations vs technologieComment qualifier entreprises, dirigeants et DSI qui s’obstineraient dans ce refus ?

Je pourrais utiliser des mots tels que ringard ou retardataire.

Je préfère utiliser le mot “logarithmique”. Maintenir le statu quo, ne rien changer aux modes d’utilisation actuels des outils numériques, ressasser les alibis éculés sur les dangers du Cloud Public, c’est avoir une démarche logarithmique de non-évolution.

En 2022, l’offense maximale que l’on pourra faire à un dirigeant ou un DSI sera de le traiter de dirigeant logarithmique ou de DSI logarithmique.

 

Intelligence Artificielle

XDarthmouth summer plaqueL’expression et les concepts de base de l’Intelligence Artificielle ont été formalisés lors de la célèbre conférence de 1956 à l’Université de Dartmouth aux États-Unis.

C’était il y a plus de 65 ans !

Il a fallu attendre 50 ans avant que les outils numériques disponibles permettent de mettre en pratique les concepts développés pendant cette conférence.

Comme le montre ce schéma, c’est le Cloud Public qui a permis à l’IA de décoller. L’analogie avec l’industrie des voitures électriques est frappante.

XAI - Moteur cloud - énergie data

● L’IA a besoin de beaucoup de puissance de calcul : elle est disponible dans le Cloud Public.

● L’IA a besoin de grandes capacités de stockage de données : elles sont disponibles dans le Cloud Public.

● L’énergie dont a besoin l’IA, ce sont des données : les grands acteurs du Cloud Public, Amazon, Google et autres ont des millions de clients pour alimenter en données leurs algorithmes.

X2007 - Cloud  2017 - Machine Learning - ExponentialAprès la décennie Cloud Public, entre 2007 et 2017, la décennie IA prend le relais en 2018 et aura une croissance exponentielle exceptionnelle au minimum jusqu’en 2027.

L’Intelligence Artificielle est un exemple emblématique de la capacité de combiner les progrès exponentiels de plusieurs technologies numériques pour aller encore plus vite.

J’en prendrai deux exemples simples.

Les processeurs spécialisés dans l’IA voient leurs performances s’accélérer encore plus vite que les processeurs universels tels qu’Intel. Ce graphique, extrait du livre “Exponential”, compare la pente de la loi de Moore (Intel) à celle des processeurs IA.

L’accélération des performances est spectaculaire.

XAI law vs Moore Law

XNew IA TensorFlow processors NVIDIA on AWSNvidia est l’un des fournisseurs les plus innovants de processeurs spécialisés pour l’IA.
Il suffit que Nvidia annonce de nouveaux processeurs pour qu’AWS les propose dans ses Clouds Publics.

Regardez bien ce tableau : une dizaine de nouvelles instances de calcul, dans des gammes de puissance très large, permettent, immédiatement, à toute entreprise qui souhaite travailler sur des projets ambitieux en IA d’avoir de nouveaux outils à sa disposition.

Nouveaux processeurs + Cloud Public = progrès immédiats en IA !

Où en est-on, en 2021, en Intelligence Artificielle ?

En 2017, j’ai écrit deux billets sur l’IA, ici et . Pour l’essentiel, ils restent pertinents.

Les professionnels de l’IA parlent de trois niveaux d’Intelligence Artificielle :

● ANI : Artificial Narrow Intelligence, une IA monoactivité.

● AGI : Artificial General Intelligence, une IA capable de résoudre des problèmes très variés, à l’image de ce dont sont capables une femme ou un homme.

● ASI : Artificial Super Intelligence, une IA ayant des capacités supérieures à celles des humains les plus intelligents.

En 2021, les solutions ANI sont omniprésentes dans les entreprises innovantes, construites pour l’essentiel avec des outils de Machine Learning et Deep Learning.

Nous connaîtrons une croissance exponentielle des usages ANI pendant les 5 à 10 prochaines années.Tous les géants du numérique, et en particulier du Cloud Public, investissent massivement dans l’IA de type ANI.

C’est aussi un secteur où l’innovation est portée par des startups. Comme le montre ce graphique, les investissements dans les startups IA ont atteint 70 B$ en 2020.

XInvestissements startup dans AI USA Chine Europe

Dans le secteur de l’IA aussi, la compétition entre les USA et la Chine est maximale.

80% des investissements sont réalisés en Chine et aux USA ; la part de l’Europe est, gentiment dit, très modeste.

Verra-t-on, avant l’année 2030, la naissance de solutions IA en AGI ou ASI ? Je ne pense pas être le seul à ne pas pouvoir répondre à cette question.

Les risques posés par l’arrivée, un jour, de solutions d’IA en AGI et ASI sont immenses.

Serons-nous capables de maîtriser ces outils avant qu’ils ne nous contrôlent ? Nous avons encore quelques années devant nous pour y réfléchir, mais il n’est pas trop tôt pour se pencher sérieusement sur le sujet.

En attendant, les risques majeurs ne sont pas à chercher dans les dangers potentiels d'une IA de type AGI ou ASI. On les trouve dans l’incapacité de trop nombreuses entreprises à utiliser immédiatement, et efficacement, les remarquables solutions d’IA simples disponibles. En plus, ces solutions vont s’améliorer de manière spectaculaire dans les années qui viennent.

 

Informatique quantique

Je pense qu'il n'existe pas un sujet numérique plus complexe que celui de l’informatique quantique.

Mes compétences sur ce sujet sont minimales, mais j’ai quand même décidé d’en parler ; l’informatique quantique, quand elle sera disponible, possède toutes les caractéristiques d’une technologie de rupture.

Cette vidéo de 4 minutes, tournée dans le centre de recherches Google sur l’informatique quantique, donne une bonne idée de la complexité du sujet et de l’importance des investissements nécessaires.

XCouverture livre Quantique OlivierÀ tous ceux qui souhaitent aborder sérieusement le sujet, je recommande la lecture d’un ouvrage exceptionnel, écrit par Olivier Ezratty : “Comprendre l’informatique quantique, édition 2020”.

Cet ouvrage, disponible gratuitement en PDF, contient 682 pages ; même si, comme moi, vous ne comprenez pas tout, sa lecture est passionnante. Il contient au début un portrait des grands scientifiques mondiaux qui ont permis la naissance de toutes les sciences et technologies sur lesquels s’appuient aujourd’hui les entreprises qui ont pour objectif de développer des ordinateurs quantiques opérationnels.

La lecture de cet ouvrage permet de se rendre compte de l’extraordinaire complexité du sujet. Cela aide beaucoup à lire avec un œil critique les annonces spectaculaires sur le sujet.

Des géants de l’informatique comme IBM, Google, Microsoft ou Intel, des startups qui ont levé beaucoup d’argent comme Rigetti Computing (200 M$), D-Wave (200 M$) ou IonQ (85M$) travaillent à la création d’ordinateurs quantiques. Ils utilisent tous des technologies très différentes, preuve s’il en est que l’on est vraiment au tout début de cette révolution technologique.

Ils partagent tous un même objectif : créer la "suprématie quantique”.
Cette suprématie quantique signifie que ces ordinateurs quantiques seront capables de performances des milliers de fois supérieures à celles des plus puissants ordinateurs binaires existants.

J’ai regroupé dans ce tableau quatre annonces récentes qui parlent de suprématie quantique. Ce sont, par dates d’annonce croissante :

XNews on Quantum computing

● 2018 : À la conférence Disrupt, l’informatique quantique sera une réalité dans 3 ans, en clair en 2021.

● 2019 : une annonce par Google, ensuite retirée, proclamait avoir fait en 20 minutes ce que le plus puissant ordinateur mettrait 10 000 années à calculer.

● 2020 : Une équipe chinoise annonce être capable de réaliser des calculs spécifiques 100 trillions de fois plus rapidement que le superordinateur le plus avancé.

● 2021 : Le dirigeant d’une grande société de Venture Capital annonce que les ordinateurs quantiques seront, avant 2030, 1 trillion de fois plus rapides que les ordinateurs les plus puissants.

Faut-il croire toutes ces annonces ? Non !

Il y a quelques jours, sur ArXiv, le site Web sérieux qui publie des études scientifiques avant qu’elles n’aient été relues par d’autres spécialistes, une équipe chinoise a publié une étude montrant qu’elle pouvait, en changeant d’algorithme, exécuter le programme cité par Google sur un ordinateur binaire classique, et plus vite !

Si je devais répondre à la question : quand la suprématie quantique deviendra une réalité, et en rappelant que mes compétences dans le domaine sont minimales, je dirai :

Pas avant 2025, probablement avant 2030.

D'où vient cette grande incertitude ? Pour réussir, l’informatique quantique doit maîtriser un grand nombre de technologies différentes, comme des températures proches du zéro absolu. L’informatique quantique bénéficie bien sûr des avancées du Cloud Public et de l’IA, mais ce n’est pas suffisant.

Ce qui me fascine et me fait peur en même temps avec l’informatique quantique ?

XDouble exponentielleSi les prédictions de certains spécialistes se réalisent, on quitterait le monde de la croissance exponentielle des performances pour entrer dans celui du… double exponentiel.

Ce tableau explique la différence de croissance entre l’exponentiel simple et double.

Exemple : pour n = 5, une croissance exponentielle donne 32, une croissance double exponentielle en est déjà à 4,3 milliards ! Les chiffres suivants n’ont plus aucun sens pour moi.

Hartmut Neven, l’un des responsables du laboratoire de quantum computing de Google a proposé, modestement, de remplacer la loi de Moore par la loi de Neven :

“La croissance de la puissance de calcul des ordinateurs quantiques suivra une croissance double exponentielle.”

En résumé, l’informatique quantique :

● Deviendra une réalité.

● À quelle date ? Personne ne peut le dire aujourd’hui.

● Son arrivée sera la plus grande rupture connue dans le monde du numérique depuis qu’il existe.

● Anticiper ses bénéfices et domaines prioritaires d’usages est impossible, aujourd’hui.

● Anticiper ses risques est impossible, aujourd’hui.

 

Synthèse : s’adapter à un monde exponentiel

Depuis le début des années 2000, nous sommes rentrés dans un monde où la croissance exponentielle des technologies numériques va tout balayer sur son passage.

Imaginer un seul instant que l’on peut ralentir ces progrès technologiques exponentiels est une illusion, et une illusion mortelle ; elle peut laisser croire qu’il n’est pas nécessaire de s’y adapter, et très vite.

XTechnology exponential 3 waves + enterprisesCe schéma de synthèse résume très bien la situation pour les dix années qui viennent :

● Trois vagues technologiques majeures.

● Le Cloud Public est omniprésent, et sert de fondations pour les deux autres.

● L’Intelligence Artificielle, et en particulier ses composants Machine Learning et Deep Learning est déjà là. Elle va pénétrer toutes nos activités humaines.

● L’informatique quantique pourrait trouver de premiers usages opérationnels avant les années 2030.

● Des entreprises “exponentielles” sont nées au cours des 20 dernières années et vont continuer leur croissance à des rythmes très élevés pendant cette décennie.

Face à ces vagues exponentielles qui peuvent tout emporter sur leur passage, j’ai identifié de très nombreux risques, et ce sont tous des risques majeurs :

● Au niveau individuel, rester à quai et perdre tout contrôle sur sa vie numérique.

● Pour les entreprises, rester “logarithmiques” et se faire phagocyter par celles qui sont ou auront su devenir exponentielles.

● Pour les États, rester passif, légiférer mal et tardivement, lutter contre cette vague exponentielle au lieu de l’accompagner et d’y rechercher des bénéfices pour les citoyens.

XAttendre  c'est reculerDans les trois cas, j’ai utilisé le mot “rester”. Ce n’est pas fortuit : l'inaction est, de loin, le plus grand des dangers.

     Attendre, c’est reculer !

Dans la quatrième partie de cette analyse des risques liés au numérique, j’aborderai le thème du réchauffement climatique de la planète.


Quatre risques numériques majeurs pour notre planète : 2022 - 2030+ (Deuxième partie)

Dans la première partie de cette analyse, j’ai présenté le danger numérique le plus immédiat, les cyberattaques sur les infrastructures physiques de transport.

 

Horizon 2025 : guerre dans le détroit de Taiwan

Taiwan China missileMoins de 200 km séparent la Chine continentale de l'île de Taiwan.

Comme le montre cette carte publiée par la revue “The Economist”, Taiwan peut être atteint par tous les missiles chinois y compris ceux de courte portée et ceux envoyés depuis des navires de guerre.

Pour le peuple et le gouvernement chinois, et depuis toujours, Taiwan est partie intégrante de la Chine. Cette “réunification” est l’une des priorités du gouvernement actuel. Cela ne fait que 70 ans que Taiwan est politiquement séparé de la Chine continentale, une période très courte pour les Chinois qui ont une vision long terme du monde.

Dans un entretien récent avec CNN, fin octobre 2021, la Présidente de Taiwan confirme que les tensions sont au plus haut et que des troupes américaines sont sur place pour "entraîner" l’armée locale.

Taiwan Président on tensions with mainland China

Population China India US 2020Les différences de taille entre la Chine continentale et Taiwan sont énormes :

● Surface des pays : 9 600 000 km2 pour la Chine, 36 000 km2 pour Taiwan, un rapport de 1 à 267.

● Population : 1 400 M pour la Chine, 23 M pour Taiwan, un rapport de 1 à 61.

On retrouve ce même déséquilibre dans les forces militaires en présence, comme le montre ce tableau.

MIlitary imbalance Taiwan China

Ces chiffres sur la surface, la population et l’armement sont éloquents : l’issue d’un éventuel conflit militaire entre les deux pays ne ferait pas de doute.

La reprise en main de Hong Kong par le gouvernement central a montré que l’autonomie des territoires “déviants” se réduit très vite.

Une prise de contrôle de Taiwan par la Chine continentale se traduirait aussi par une perte quasi totale d’indépendance politique et économique pour Taiwan.

En quoi ce conflit représente-t-il un risque majeur pour l’industrie mondiale du numérique ?

TSMC Logo reliefJ’ai écrit l’année dernière un long billet sur mon blog pour parler de TSMC, Taiwan Semiconductor Manufacturing Company.

Je ne vais pas reprendre ici une analyse complète de l’industrie mondiale des microprocesseurs. Disons simplement que TSMC est l’une des entreprises les plus importantes de ce secteur.

Quelles seraient les conséquences d’une mainmise de la Chine continentale sur les activités de TSMC ? Il est essentiel pour toute l’industrie mondiale du numérique d’anticiper cette situation, et en particulier en Europe.

Semiconductors share by countries & companiesCe graphique donne la répartition des microprocesseurs par pays et fournisseurs en 2020.

TSMC est une entreprise basée à Taiwan, mais qui a déjà quelques unités de production en dehors de son pays d’origine, en particulier aux États-Unis et au Canada. En 2021, l’essentiel de la production reste concentré sur l'île de Taiwan.

La pénurie mondiale de microprocesseurs a déjà des impacts majeurs dans de nombreuses industries telles que l’automobile alors que TSMC fait tourner ses usines au maximum de leurs capacités. Cette pénurie devrait durer au moins jusqu’à la fin de l’année 2022, malgré les investissements massifs de TSMC, de plus de 100 milliards de dollars sur 3 ans.

Une fermeture éventuelle du robinet “microprocesseurs” TSMC par la Chine continentale aurait plus d’impacts sur l’économie mondiale que la crise pétrolière de 1973.

Les États-Unis ont signé en 2020 un accord important avec TSMC pour la construction d’une usine moderne, en 5 nm, dans l’Arizona. Cela représente un investissement de 12 milliards de dollars et il faudra attendre 2024 pour que cette unité de production soit opérationnelle.

Cette usine sera de taille “moyenne”, capable de produire 20 000 galettes (wafers) par mois quand les plus grandes unités sont capables d’en sortir 100 000 par mois.

Quatre chiffres résument ce projet américain de TSMC :

● Production en 5 nm. À partir de 2022, TSMC aura des usines en 3 nm à Taiwan.

● Durée de construction : 4 années.

● Investissement : 12 milliards de dollars.

● Capacité : 20 000 wafers par mois.

Que peuvent faire l’Europe et la France pour anticiper la prise de contrôle de Taiwan par la Chine continentale ?

Dans le plan d’investissement de 30 milliards France 2030 annoncé par le Président Emmanuel Macron, il y a un paragraphe consacré aux composants électroniques dont j’ai extrait ces quelques lignes, et c’est déjà un point positif.

Macron France 2030 composants

Je suis convaincu qu’il est urgent de renforcer le plus vite possible les capacités de production de microprocesseurs sur le sol européen. Sur ce diagnostic, je n’aurai aucun mal à avoir un consensus de la grande majorité des décideurs économiques et politiques en Europe.

Par contre, sur les modalités pratiques que je vais proposer, j’anticipe beaucoup de réticences et d’opinions divergentes.

J’ai une réponse à cette question : l’Europe doit imiter la démarche de la Chine au début de son développement économique à la fin du siècle dernier :

● Je constate un très grand déficit de compétences.

● J’accepte cette réalité, désagréable, et je ne fais pas l’autruche pour nier ce retard.

● Je demande aux leaders étrangers de venir s’installer sur mon territoire.

● J’organise un transfert progressif de compétences.

● C’est au seul niveau de l’Europe que tout doit se faire. La France, l’Allemagne ou tout autre pays européen qui tenterait de mener seul ce combat a une probabilité d’échec facile à estimer : 100%.

Ce graphique, publié par la Banque Mondiale, montre l’évolution des investissements étrangers en Chine entre 1979 et 2020. L’accroissement est spectaculaire pendant les années 1990, jusqu’à atteindre 6% du PNB de la Chine.

Investissements étranger en Chine 1979 - 2020

 

Garantir la sécurité des approvisionnements en microprocesseurs en Europe, mode d’emploi.

On l’a vu plus haut, il y a deux leaders mondiaux dans la fabrication des microprocesseurs, TSMC à Taiwan et Samsung en Corée du Sud.

Le plan d’action et le calendrier que je propose prennent en compte l’urgence du problème et le fait que, même en allant le plus vite possible, l’Europe n’est pas certaine d’éviter une crise majeure dans les 5 années qui viennent.

1 Décision de collaborer avec TSMC et Samsung.

En janvier 2022, la décision est prise de collaborer immédiatement avec TSMC et Samsung.

Pourquoi les deux quand la Corée du Sud ne fait pas l’objet de menaces similaires à celles que fait peser sur Taiwan la Chine continentale ?

Il y a une double raison à cette proposition :

● La croissance de la demande de microprocesseurs va s’accélérer et le risque de surproduction est faible comparé à celui de la pénurie.

● Avoir deux acteurs puissants en Europe réduit, un peu, les risques de dépendance.

2 Définition claire des objectifs de cette collaboration

L’Europe demande officiellement à TSMC et Samsung d’installer chacun en Europe une unité de production de microprocesseurs avec les niveaux technologiques les plus élevés possibles.

TSMC factoryL’exemple de l’usine TSMC aux États-Unis peut servir de point de départ, mais l’Europe doit être encore plus ambitieuse.

Chacune des deux usines construites en Europe, l'une par TSMC, l’autre par Samsung aura les caractéristiques minimales suivantes :

● Production en 5 nm et 3 nm.

● Capacité minimale : 100 000 wafers par mois.

● Durée de construction : 5 années, avec une première tranche disponible en 3 années.

● Investissements : 50 milliards de dollars.

 

Probabilité de réussite de ce projet ambitieux et réaliste : inférieur à 5%

Je ne fais pas beaucoup d’illusions sur les chances de succès de ma proposition, mais comme le dit un proverbe espagnol : “El no, ya lo tengo” (la réponse non, je l’ai déjà).

Pourquoi mes propositions ont-elles aussi peu de probabilité de succès ?
● Décider vite, l’Europe a beaucoup de mal à le faire. Il suffit d’écouter Elon Musk se plaindre des lenteurs de l’administration allemande qui ont beaucoup ralenti la mise en route de sa “gigafactory” de batteries, proche de Berlin.

Tesla GigaFactory Berlin October 2021

● Où seront installées ces deux usines ? Prévoir au moins 3 ans de débats et de conflits entre tous les pays qui voudraient accueillir ces investissements de 100 milliards.

● Levées de boucliers nationalistes : on va ouvrir l’Europe à nos grands concurrents et abandonner notre souveraineté dans le domaine des microprocesseurs. Comme si cette indépendance existait aujourd’hui !

● Des politiques vont pousser l’idée que l’Europe doit faire naître en son sein des sociétés concurrentes de TSMC et Samsung. Nous n’en avons ni les compétences, ni le temps, ni les ressources financières. Il ne faut pas recommencer dans le domaine des microprocesseurs les erreurs qui ont été commises dans celui des infrastructures Cloud Public.

AdS DPC downward spiral S 467051230Dans le domaine des microprocesseurs, l'Europe peut encore enclencher une spirale infernale de l’échec en mettant en avant des idées théoriques d’indépendance et en oubliant les réalités économiques de ce secteur essentiel. Est-ce qu’il est plus intelligent d’importer des puces électroniques fabriquées en Asie ou de demander à des entreprises asiatiques de les fabriquer en Europe ? C’est la seule question pratique qu’il faudrait avoir le courage de se poser.

Mes propositions seraient une excellente nouvelle pour les quelques entreprises européennes existantes qui ont encore des compétences dans le domaine des microprocesseurs.

Je pense en particulier à :

● ASML, la société des Pays-Bas, leader mondial dans la gravure des circuits électroniques.

● STMicroelectronics et SOITEC, en France. Ces deux entreprises de la région de Grenoble ont des positions fortes de niveau mondial sur des créneaux précis.

 

Quel calendrier pour cette perte d’indépendance de Taiwan

Je ne suis pas un devin et n’ai pas une boule de cristal qui me donne des réponses claires à cette question.

Connaissant la volonté de la Chine continentale de récupérer Taiwan, la seule question qui reste posée est : quand ?

China Xi JinpingLe Président de la Chine continentale, Xi Jinping, va recevoir les pleins pouvoirs jusqu’en 2027 et pourrait même rester plus longtemps, avec en ligne de mire le centenaire de la naissance de la révolution, en 2049. Ceci lui permettra de mener une véritable politique à long terme comme les aiment les dirigeants chinois.

Que se passera-t-il si un processus d’annexion de Taiwan est lancé ?

● L’Europe resterait un spectateur sans pouvoir réel face à un éventuel conflit dans cette zone.

● Est-ce que les États-Unis seraient prêts à déclencher une troisième guerre mondiale pour sauver Taiwan ?

US election 2024Quel pourrait être le bon moment pour la Chine si elle souhaite mener une guerre éclair contre Taiwan ? Les prochaines élections présidentielles américaines sont prévues le 5 novembre 2024. Une invasion de Taiwan en septembre ou octobre 2024 poserait des problèmes “délicats” de décision au Président Biden, à quelques semaines de cette élection. Le déséquilibre des forces militaires en présence pourrait amener à une prise de contrôle rapide, avant la fin de l’année 2024 ou avant le 20 janvier 2025, date de prise de ses fonctions par le nouveau Président des États-Unis.

Je ne souhaite pas que Taiwan soit annexée, et la majorité des Européens partagent cette position. Ce n’est pas pour cela qu’il faut ignorer cette menace forte sur nos approvisionnements en circuits électroniques.

Il reste peu de temps à l’Europe pour passer à l’action et mettre en œuvre le plan que je propose, qui ne donnera pas de résultats avant 2025, au plus tôt.

En résumé : si l’Europe n’a pas pris, avant la fin de l’année 2022, la décision de construire sur son territoire des usines TSMC et Samsung, comme je le propose… il sera trop tard et nous aurons perdu une guerre numérique de plus.

Dans la troisième partie, je parle des défis liés à la croissance exponentielle des performances des outils numériques.

Mise à jour du 26 novembre 2021

L'histoire s'accélère et met en évidence l'urgence de ce problème:

1 - Les Etats-Unis signent un accord avec Samsung pour l'installation au Texas d'une nouvelle unité de production de microprocesseurs, pour un investissement de 17 milliards de dollars.

2 - Le Japon décide de financer 50% des investissements qui seront réalisés sur son territoire dans le domaine des usines de microprocesseurs.

Deux des plus grandes puissances économiques mondiales prennent des décisions pragmatiques : nous avons besoin des compétences de Taiwan et de la Corée du Sud pour réduire les risques de pénuries de microprocesseurs, on les invite sur nos territoires.

L'Europe ne peut pas être absente de ce mouvement mondial, se serait suicidaire.

 


Quatre risques numériques majeurs pour notre planète : 2022 - 2030+ (Première partie)

 

AdS DPC Optimism Pessimism S 295856884Les lecteurs de mon blog connaissent mon optimisme, ma vision positive du futur et en particulier des évolutions des solutions numériques.

Ce n’est pas pour autant que je ne suis pas sensible aux risques majeurs qui menacent notre planète et nos vies, au contraire.

Ces risques sont nombreux ; j’ai choisi d’en présenter quatre, par ordre chronologique prévisible d’arrivée. Ce sont les risques que je pense être les plus élevés, ceux qui ont une forte probabilité de déclencher des crises mondiales majeures.

Pour chacun de ces risques, la dimension “numérique” est centrale.

● Horizon 2022 - 2023 : cyberattaques sur les infrastructures physiques de transport.

● Horizon 2025 : guerre dans le détroit de Taiwan.

● Horizon 2030 : non-maîtrise de la croissance exponentielle des potentiels des outils numériques.

● Horizon 2030+ : réchauffement climatique hors de contrôle.

Il existe probablement pour vous d’autres risques majeurs, liés au numérique ; n'hésitez pas à les évoquer dans vos commentaires.

La complexité de ces sujets et la longueur de mes textes m’ont amené à couper ce blog en plusieurs parties.

 

Horizon 2022 - 2023 : cyberattaques sur infrastructures physiques de transport

Depuis des années, une des priorités des États et des entreprises a été de protéger leurs données et en particulier les données personnelles. Le RGPD européen est un bon exemple des réglementations établies dans ce domaine. L’accès non autorisé à des données est grave, mais rarement mortel.

À l’inverse, les cyberattaques sur les infrastructures physiques peuvent tuer des centaines, des milliers de personnes.

Il y a une urgence absolue à protéger les installations physiques de transport, dans tous les domaines :

● Eau

● Gaz

● Électricité

● Télécommunications

● Transports de personnes : métros, trains, avions…

La majorité de ces infrastructures physiques sont gérées par des solutions informatiques regroupées sous le nom de SCADA (Supervisory Control and Data Acquisition).

Le danger que j’évoque est celui de la prise de contrôle à distance d’un SCADA par des acteurs externes. Une fois qu’ils ont pénétré un SCADA, ils peuvent déclencher des opérations dans les infrastructures physiques pouvant entraîner des morts d’hommes : ouverture ou fermeture de réseaux, injection de produits dangereux dans l’eau…

Pour éviter ces attaques, la seule défense actuelle est la déconnexion à 100%, pas à 99,99% entre les réseaux SCADA et Internet. Nul ne peut garantir qu’une liaison entre un SCADA et Internet, aussi sécurisée soit-elle, ne sera pas utilisée pour infecter le SCADA.

Réseau SCADA indépendant Internet : Cloud

Ce n’est pas une sécurité parfaite, comme l’a démontré l’attaque Stuxnet contre une installation nucléaire iranienne en 2010. Ce virus aurait été introduit par une clef USB.

Ces attaques sont prises au sérieux, comme le montre cet article récent de l’OTAN sur les réseaux électriques.

Quelles sont les mesures urgentes que je propose pour la France et l’Europe ?

● Audit immédiat de TOUS les réseaux physiques français et européens, avant la fin de l’année 2022.

● Identification et suppression de 100% des liens Internet et cloud public de ces infrastructures.

● Création d’un RGPD des infrastructures, RGPDIST (Infrastructures Stratégiques de Transport).

Ces mesures de précaution et de sécurité mettront nos infrastructures physiques à l’abri des cyberattaques les plus dangereuses. Elles ont un inconvénient majeur ; elles réduisent la capacité des entreprises à gérer efficacement leurs infrastructures.

Heureusement, il existe une réponse moderne pour gérer en toute sécurité une infrastructure numérique : construire un jumeau numérique, “Digital Twin” en anglais.

 

Généralisation des jumeaux numériques

Un jumeau numérique, c’est une “image” numérique d’une installation physique, que l’on peut utiliser pour simuler son fonctionnement et prendre les décisions qui s’imposent.

Jumeau numérique

Les grandes plateformes de cloud public, AWS, Azure ou GCP proposent déjà des solutions performantes pour créer des jumeaux numériques. En 2021, AWS a probablement l’offre la plus riche et plus avancée du marché, mais les deux autres acteurs font des progrès rapides.

Les données liées à l’activité physique des infrastructures, pression, voltage, vitesse, volume… sont déjà saisies pour alimenter un SCADA. Il est nécessaire d’envoyer en même temps toutes ces données vers le jumeau numérique pour qu’il puisse simuler le fonctionnement de l’infrastructure source.

Dominique Mockly avec IO baseLorsque Teréga, l’entreprise qui gère le réseau de transport et stockage du gaz dans le sud de la France, a décidé de construire son jumeau numérique, elle s'est trouvée devant un problème universel pour tout jumeau numérique : comment transmettre les données vers le jumeau numérique sans risquer que ce canal de transmission soit utilisé dans l’autre sens ?

Devant un problème qui n’avait pas de solutions sur le marché, Teréga a pris la décision de proposer des réponses innovantes et d’inventer et breveter des produits qui répondent à cette attente universelle.

En juin 2021, les équipes de Teréga Solutions et Dominique Mockly, le P-DG de l’entreprise, ont présenté IO-Base, leurs offres innovantes, matérielles et logicielles.

IO-Base Composants

Cette solution, qui s’appuie sur AWS, permet de construire un jumeau numérique sécurisé.

Le composant matériel se nomme Indabox ; c’est une diode numérique qui interdit tout transfert de données dans le sens Cloud vers les infrastructures locales. C’est ce boîtier que tient Dominique Mockly dans sa main.

Comme le montre ce schéma d’un jumeau numérique avec Indabox, l’alimentation des données physiques vers le Cloud AWS est unidirectionnelle, cette diode physique interdisant tout retour d’information depuis le Cloud.

Jumeau numérique avec Indabox

Il y aura, hélas, des catastrophes dès 2022 ou 2023, dans de nombreux pays industrialisés.

Main SCADA risks SLes installations informatiques dans ces infrastructures sont souvent très anciennes, utilisant des solutions dont les mises à jour de sécurité n’ont pas été faites depuis des années. Il est possible de rencontrer des serveurs fonctionnant avec des versions Windows XP ou antérieures.

Les États-Unis sont en première ligne des risques industriels dans ces domaines.

Après les États-Unis, ce sont probablement les pays africains qui sont les moins bien préparés pour résister à ces cyberattaques.

Un exemple récent : le blocage des stations de distribution de carburant en Iran, le 26 octobre 2021.

Les impacts humains de ces cyberattaques peuvent être dramatiques, et se mesurer en centaines ou milliers de morts.

Cyberattack on infrastructuresIl est clair pour moi que des dizaines d’infrastructures critiques de transport sont déjà infectées, en état de veille, de "pré-attaque". Des cyberattaques mortelles peuvent se déclencher à tout instant.

Ce seront en priorité des attaques déclenchées par des états contre d’autres états.

Les suspects “classiques” sont bien connus : Chine, Corée du Nord, Russie, Iran…

Croyez-vous pour autant que les autres grands pays comme les États-Unis, la France ou l’Europe ne préparent pas eux aussi des cyberattaques de ce style ?

Moi, pas une seconde.

Dans la deuxième partie de cette analyse, j’aborde le thème de Taiwan.

Dans la troisième partie, je parle des défis liés à la croissance exponentielle des performances des outils numériques.

 


Microsoft Office 365, hors-la-loi dans les organismes publics français ?

Indignez vous couverture livre Stéphane HesselDès que cette note de la DINUM a été publiée, j’ai reçu sur Twitter et LinkedIn de nombreux messages me demandant d’exprimer mon avis sur son contenu. J’ai beaucoup hésité avant d’écrire ce texte. J’ai aussi attendu quelques jours pour ne pas publier un billet d’humeur et essayer d’en parler de la manière la plus rationnelle possible.

Ce n’a pas été facile !

La longueur de ce billet s’explique par ma volonté de répondre clairement, de manière factuelle, aux principales questions posées par cette note. Cela représente beaucoup d’heures de travail et de recherches pour que mes réponses soient les plus solides possibles.
J’espère que ce billet vous aidera dans vos réflexions et actions futures, surtout si vous le lisez dans son intégralité.

Information de dernière heure ! La cinquième option que je présente dans ce billet change du tout au tout la donne et me redonne espoir. Je vous laisse la découvrir.

 

Les faits

Note DINUM TitreLa DINUM, Direction interministérielle du numérique, a publié le 15 septembre 2021 une note de 2 pages sur les usages de la solution Microsoft Office 365 dans les administrations.

Je vous recommande de lire ce texte, et plutôt deux fois qu’une, avant de continuer la lecture de mon billet.

Le message général est limpide : l’utilisation de la solution Office 365 de Microsoft proposée sur son Cloud Public Azure n’est pas souhaitée dans les ministères.

Une analyse plus fine du texte est nécessaire pour mieux en comprendre la portée, l’impact et surtout la “pertinence”.

 

Données sensibles

AdS DPC Données sensibles S 214581614Je cite : “ Les solutions collaboratives bureautiques et de messagerie proposées aux agents publics relèvent des systèmes manipulant des données sensibles”.

Pour un scoop, c’est un scoop ! Oui, des données sensibles peuvent être stockées dans des documents bureautiques ou transmises par messagerie.

Oui, mais vous connaissez des solutions informatiques qui ne manipulent pas des données sensibles ? Moi, non.

● Il y a des données sensibles dans les outils financiers ? Oui.

● Il y a des données sensibles dans les outils commerciaux ? Oui.

● Il y a des données sensibles dans les outils ressources humaines ? Oui.

● Il y a des données sensibles dans les outils de gestion de production ? Oui.

● Il y a des données sensibles échangées pendant les vidéoconférences ? Oui.

● …

Si la DINUM a une doctrine cohérente, la logique de cette note doit donc s’appliquer à 100% des outils numériques utilisés par les agents publics.

Toutes les données sensibles doivent être conformes à la doctrine “Cloud au Centre” et n’utiliser une offre de Cloud commercial que si elle est qualifiée SecNumCloud par l’ANSSI.

IaaS SaaS PaaS VerbotenCette doctrine n’élimine que 90% des solutions IaaS, Infrastructures as a Service, et plus de 95% des 50 000 solutions SaaS, Software as a Service, disponibles en 2021.

Retour à la case départ, avant l’année 2000, quand est née la première solution SaaS au monde, Salesforce.

Le secteur public français doit tirer un trait sur les centaines de milliards investis dans ces remarquables solutions depuis 21 ans.

C’est une position absurde, irréaliste, impossible et ridicule. Les grandes ESN françaises vont se frotter les mains ; elles devraient recréer en mode “on premise” ou “clouds nationaux”, ce qui est la même chose, toutes les solutions Cloud du marché mondial.

Communication entre les ministères et le reste du monde

Admettons, pendant quelques minutes, qu’il soit possible de porter l’ensemble des outils bureautiques de tous les organismes publics français sur des plateformes SecNumCloud.

Je croyais naïvement que les outils de communication servaient en priorité à échanger avec des clients, des citoyens, des entreprises privées, d’autres pays… Ces données “sensibles” ne pourront plus sortir de leur ligne Maginot numérique, car elles pourraient être consultées par des personnes extérieures.

Secteur Public français chateau

Bienvenue dans un monde où le secteur public ne parle qu’au secteur public ! Il y a longtemps que je n’étais pas tombé sur une idée plus absurde !

Rappel : un premier essai, en 2016

Ce n’est hélas pas la première fois que des personnes n’ayant aucune compétence dans les outils numériques pondent des notes administratives dignes de figurer dans l’Olympe de l’absurdie.

Cette note de 2016 signée par le directeur chargé des “archives de France”, certainement la personne la mieux placée pour parler de l’informatique en “nuage”, considère que tous les documents administratifs sont par nature des…. trésors nationaux et doivent être traités comme tels. Votre taxe d’habitation, votre cadastre, votre déclaration d’impôt doivent être protégés comme la Vénus de Milo et n’ont pas le droit de sortir du territoire national !

Documents administratifs - Trésors nationaux

Inapplicable, cette note n’a jamais été appliquée. C’est tout le bien que je souhaite à cette nouvelle proposition de la DINUM.

 

Les solutions proposées par la DINUM

Mettre la priorité sur une “nationalisation” des outils de bureautique, de communication et de collaboration est un non-sens total. La probabilité de succès de cette démarche est, fort heureusement, proche de zéro.

C’est encore pire quand on regarde quelles sont les solutions proposées. Qu’une organisation qui est supposée porter la doctrine numérique de l’État français pour les prochaines années ose en 2021 faire des recommandations de ce type dépasse l’entendement.

Il y a quatre réponses proposées :

● Construire (Build) une solution.

● S’appuyer sur le consortium “Bleu”.

● Utiliser SNAP.

● Attendre.

Analysons, une par une, ces propositions.

Construire sa solution bureautique

Nous sommes en 2021 ! Je cite :” … évaluer l’opportunité de construire (build) et d’opérer (run) une offre de service “bureautique collaborative et messagerie”...”

Oui, vous avez bien lu ! La DINUM encourage les ministères à construire eux-mêmes leurs outils bureautiques. Non seulement il est intelligent de les construire, mais c’est aussi le rôle de ces ministères de les opérer.

AdS DPC homme caverne informaticien S 41954934Dans les deux cas, c’est évidemment la meilleure utilisation possible des ressources humaines informatiques de l'État français. Comme vous le savez tous, il y a un tel surplus d’informaticiens de haut niveau dans le secteur public que l’on peut en utiliser sans problème un grand nombre pour écrire du code pour une messagerie électronique.

Un DSI qui ferait en 2021 une proposition aussi absurde à sa Direction Générale serait immédiatement licencié pour faute professionnelle grave, et sans indemnités.

Pour ceux qui l’auraient oublié :

● Première version de Microsoft Exchange : 1993

● Première version de Google Apps : 2007

● Première version de Microsoft Office 365 : 2011

Combien de milliards de dollars ont été investis pour construire, améliorer et exploiter ces outils universels, utilisés dans le monde entier ?

S’appuyer sur “Bleu”

Logo Bleu Cap Gemini Orange SBleu, c’est une association créée entre Orange et Capgemini pour proposer leur version d’Office 365 sur des serveurs “souverains” gérés par eux en France. Cette annonce a été faite en mai 2021.

Le texte de ce communiqué de presse est très clair : c’est un projet, tout le texte est écrit au futur ou au conditionnel. Aucune date n’est annoncée pour sa mise en fonctionnement, nul ne sait où et quand les centres de calcul nécessaires seront construits.

Publier un communiqué de presse, c’est facile et rapide. Mettre en œuvre ce qui est annoncé, c’est… un peu plus compliqué.

Au-delà du flou de cette annonce, c’est le principe même du projet qui m’interpelle et me rend très dubitatif sur sa faisabilité.

Microsoft Data center Office 365 en FranceHéberger une nouvelle instance d’Office 365 dans un centre de calcul, Microsoft le fait en permanence et déploie cette solution dans de nombreux pays, dont la France.

De nombreux organismes publics ont déjà profité de cette option pour utiliser Office 365 depuis des centres de calculs Microsoft en France, ce qui me paraît logique et raisonnable.

Ce qui chagrine certains politiques, c’est que ce soit Microsoft qui gère les infrastructures et les logiciels, ce qu’il fait très bien.

Les lobbies sécuritaires nationaux se déchaînent contre cette “ingérence” insupportable.

Je ne vais pas revenir sur des thèmes que j’ai déjà traités souvent dans ce blog.

Le grand méchant Microsoft va lire vos mails, le Cloud Act (qui n’a rien à voir avec le Cloud), la NSA, le gouvernement américain.. menacent la souveraineté nationale de la France et de l’Europe et leur confier nos messageries représente un risque inacceptable.

Avec “Bleu”, nous serons tranquilles, mieux protégés, à l’abri d’ingérences étrangères.

Sur le principe, on ne peut pas ne pas être d’accord, mais le diable se cache dans les détails.

Quelques questions :

● “Bleu” annonce que ses instances d’Office 365 seront indépendantes de celles de Microsoft. Comment les créer, les mettre à jour, appliquer les patchs de sécurité si Microsoft n’y a pas accès ?

● Cette démarche s’oppose frontalement au principe de base des solutions SaaS, qui sont multitenant, avec un seul fournisseur de la solution. Qui me garantira qu’il n’y aura pas divergence progressive entre la version officielle Azure et la version “Bleu” ?

● Comment transmettre les gigantesques fichiers de ces applications depuis Microsoft vers “Bleu” ? Comme Office 365 n’est pas une solution Open Source, il faudra accepter les fichiers en mode exécutable. Qui pourra me garantir qu’ils ne sont pas livrés avec des accès ouverts au gouvernement américain ?

Buzzati Désert des TartaresJe ne voudrais pas être à la place des informaticiens de “Bleu” quand ils auront à gérer tous ces problèmes opérationnels complexes.

Quel livre je peux recommander aux responsables informatiques des ministères qui choisiraient l’option “Bleu” pour les aider à faire que le temps paraisse moins long ? Le désert des Tartares, évidemment...

SNAP

Cette note recommande aux ministères d’utiliser SNAP. Je dois vous avouer, à ma grande honte, que je ne connaissais pas l’existence de cette solution ; j’ai donc recherché ce qu’était SNAP.

SNAP, c’est l’acronyme de Sac à dos Numérique de l’Agent Public. L’image du sac à dos est bien choisie, car il s’agit d’un ensemble hétérogène de sujets qui touchent aussi bien aux infrastructures, les réseaux et les terminaux, qu’au sujet de ce blog, le point 4, “Développer des outils de communication et de collaboration pour les agents unifiés à l’échelle interministérielle."

Thèmes SNAP

SNAP4, pour outils collaboratifs

SNAP4Comme le montrent ces deux extraits du site qui présente SNAP, point 4, sur les outils collaboratifs, des financements sont disponibles :

● 88 M€ au total.

● Pour des projets qui peuvent atteindre 8 M€.

Financements SNAP 4

88 M€, c’est à la fois beaucoup d’argent et très peu.

Beaucoup, car on peut développer de nombreuses applications simples à forte valeur ajoutée avec cette somme.

Très peu, ridicule même, pour espérer construire une plateforme industrielle de communication et de collaboration capable de concurrencer Office 365.

Attendre

Dans cette note, la DINUM a bien compris que les trois premières réponses proposées ont un “petit” défaut : aucune n’est opérationnelle en 2021 !

Cela fait désordre quand la solution que l’on souhaite remplacer existe depuis 10 ans, utilisée par des millions de personnes.

La réponse “magique” de la DINUM, pour permettre aux ministères qui souhaiteraient respecter les recommandations de cette note, c’est… d’attendre et de continuer avec les solutions innovantes des années 1990, un client lourd Microsoft Office et un serveur Microsoft Exchange dans des centres de calcul historiques gérés par les ministères. Enthousiasmant !

C’est, malgré tout, parmi les quatre options proposées… la moins mauvaise !

Pour ceux qui me connaissent bien, pour m’entendre dire que l’option de ne rien faire en numérique est la moins mauvaise, il faut vraiment que toutes les autres soient catastrophiques.

 

Si, par malheur...

Si, par malheur, cette note de la DISUM se transformait en règles contraignantes qui s’imposent aux organismes publics, les conséquences en seraient catastrophiques.

Nos amis européens vont bien rigoler, se réjouir de voir les organismes publics français faire un saut spectaculaire… de 15 ans en arrière !

Rappel : la première solution moderne de bureautique, cloud, collaborative, est arrivée en France en 2007, avec Google Apps.

À l’époque, la France était dans le peloton de tête de l’innovation informatique : 60% des entreprises qui avaient testé Google Apps avant son annonce officielle à Paris , avant les Etats-Unis, étaient françaises.
Valeo a été en 2007 la première entreprise au monde à déployer à grande échelle, pour plus de 35 000 personnes, Google Apps.

Nous étions, avec Laurent Gasser, les deux fondateurs de la société Revevol, à l’origine de cette belle réussite française.

 

Miracle ! Une cinquième option, exceptionnelle, pointe le bout de son nez !

J’étais sur le point de finaliser ce billet quand j’ai reçu une information qui m’a redonné espoir dans l’avenir de la bureautique dans les organismes publics.

La solution Google Workspace, avec tous ses composants, est depuis peu référencée sur le catalogue numérique du gouvernement, comme le montre cette page de leur site.
La centrale d’achat du gouvernement, l’UGAP, a mis Google Workspace à son catalogue.

Google Workplace au catalogue gouvernement

Si cette cinquième option est confirmée dans la version 2 de cette note de la DINUM, c’est une avancée extraordinaire pour les organismes publics français.

Une véritable solution cloud, native SaaS multitenant, proposant l’ensemble des fonctionnalités bureautiques, communication et collaboration est disponible. C’est, parmi les cinq options, la seule solution moderne, pérenne, opérationnelle en 2021.

Ma recommandation à tous les organismes publics : précipitez-vous, dès le 27 septembre 2021, pour passer commande de Google Workspace pour 100% de vos collaborateurs.

Ne laissez pas passer cette occasion d’accélérer votre Transformation Numérique avec la solution universelle de bureautique, de communication et de collaboration la plus innovante du marché mondial.

Soyons très clairs : cette cinquième option, la possibilité de déployer Google Workspace, rend caduques les quatre autres options auxquelles faisait référence cette note de la DINUM.

 

Le b.a.-ba d’une bonne gouvernance numérique en 2021

Ce paragraphe est écrit pour aider les quelques responsables politiques chargés du numérique dans le secteur public en France qui n’ont pas eu l’opportunité de suivre les évolutions majeures de l’informatique et du numérique au cours des 20 dernières années.

Il leur permettra d’actualiser rapidement leurs compétences.

Les lecteurs de mon blog y retrouveront des idées que je défends depuis longtemps.

Le modèle B I S D

Modèle BISD - Infra  Soutien  Métiers -Data copieJ’ai proposé ce modèle B I S D d’architecture du numérique en 2019,

I = Infrastructures.

Toutes les organisations, publiques et privées, doivent basculer le plus vite possible sur des clouds publics professionnels, fermer ses centres de calculs privés et passer d’une logique CAPEX à une démarche OPEX.

Ce graphique, publié par Synergy Research, montre que les entreprises européennes l’ont bien compris et plébiscitent les grands leaders mondiaux.

Sur un marché en forte croissance, la part des acteurs européens est passée de 28% en 2017 à 16% en 2021.

Synergy part de marché Cloud européen

Il y a en France de la place pour des acteurs sérieux tels qu’Outscale de Dassault ou Scaleway de Free, qui sont capables de répondre à des besoins très spécifiques.

S = Support

Les usages support sont tous ceux qui sont présents dans toutes les entreprises et organisations publiques, quelles que soient leurs activités. La bureautique, les outils de communication et de collaboration en sont les composants les plus universels. Finance, ressources humaines, commercial sont d’autres domaines où les usages support sont omniprésents.

En 2021, la seule réponse numérique responsable pour les usages support, ce sont les solutions SaaS multitenant, dans les clouds publics. Dans le monde, le duopole des années 1990, Microsoft et IBM, a été remplacé par le duopole Microsoft et Google. Il reste encore quelques acteurs de niche, comme Zoho.

Imaginer une seconde que les organismes publics français puissent se transformer en Astérix de la bureautique… quelle bêtise, quelle perte de temps !

D = Données

Reprendre le contrôle de ses données est une priorité de toutes les entreprises ; j’ai écrit en 2021 deux billets sur ce thème, et .

J’ai aussi abordé au début de ce billet le thème des données, mais il existe un autre sujet important que je souhaite évoquer, l’Open Data.

Open Data Gouvernement françaisLa France a pris une position de leader européen dans un domaine clef, la mise à disposition des données publiques avec sa démarche volontariste dans l’Open Data.

Petites questions : est-ce que ces données Open data sont sensibles ? Est-ce que ces données Open data sont des trésors nationaux ? Est-ce que le contenu d’un courriel envoyé par un employé de mairie est plus “sensible” que les données du plan cadastral disponible en Open data ?

J’ai vraiment beaucoup de mal à concilier la vision positive, ouverte, innovante du secteur public français dans le domaine des “Open Data” avec cette démarche rétrograde sur les outils bureautiques présentée par la note de la DINUM.

B = Business, cœur métier

C’est le SEUL domaine où les organismes publics, centraux ou régionaux, peuvent investir dans le développement d’applications à forte valeur ajoutée.

Logo COTER NumériqueC’est encore plus important dans les organismes régionaux, départements et villes, qui ont tous des centaines d’applications métiers spécialisées à mettre en œuvre.
La mutualisation de ces applications métiers aurait beaucoup de valeur et des organismes comme le COTER, club d’échanges entre les DSI des collectivités locales, pourraient y jouer un rôle majeur.

Déployer ses applications en version SaaS multitenant sur un acteur français de l’infrastructure aurait bien sûr beaucoup de sens. “Cloud au Centre”, oui, mais pour les seuls usages métiers spécifiques du secteur public.

 

Formation

J’anime depuis des dizaines d’années des séminaires en interne dans des entreprises et des organismes publics pour expliquer à leurs dirigeants, leurs équipes informatiques et tous leurs collaborateurs quelles sont les tendances majeures en matière du numérique.

Je serai très honoré que la DINUM et d’autres organismes publics me mettent à contribution pour les aider dans leur mission de sensibilisation pour promouvoir dans le secteur public une vision moderne, positive et enthousiasmante des solutions numériques d’avenir.

J’ai préparé un document qui présente les différentes interventions que je peux mener. Ce tableau en présente une synthèse.

Actions sensibilisation Louis Naugès copie

En conclusion

La France est le seul pays européen qui se ridiculise avec ses défilés tous les samedis de quelques milliers d’antivax, où l’on retrouve des personnes mues par des objectifs très différents. Je suis scandalisé quand je vois des responsables politiques participer à ces manifestations, aveuglés par de minables considérations politiciennes qui ignorent la science et la rationalité. Ces politiques sont des assassins (meurtre avec préméditation) qui auront sur la conscience des milliers de morts inutiles. L’exemple actuel de la Guyane est le plus monstrueux.

Anti Pass Sanitaire  anti cloud publicLes responsables politiques qui tiennent des discours irresponsables “anti-Cloud” sont dans la même logique de refus de comprendre les évolutions modernes du numérique, de déni de la réalité. Ce sont les assassins en puissance de la compétitivité numérique des organismes publics français. Ces organismes ont peu de ressources, humaines et financières, pour faire face aux demandes prioritaires. Leur faire perdre du temps, de l’efficacité en publiant des notes qui freinent encore plus leurs capacités à évoluer, ce n’est certainement pas ce qu’il y a de plus intelligent.

Oui, je crois beaucoup aux potentiels de la France et de l’Europe dans les métiers du numérique, comme je l’ai écrit dans ce billet récent. Il faut simplement, comme je l’explique, bien choisir ses priorités. Développer en interne des solutions bureautiques ne fait pas partie de mes recommandations !

Chien Aboie  caravane passeSous sa forme actuelle, l’annonce de la DINUM montre à quel point une petite partie des responsables politiques du numérique en France restent dans un modèle de combats d’arrière-garde, en essayant de remonter le cours de l’histoire informatique des 20 dernières années. Ils conduisent dans un monde où l’innovation numérique est exponentielle, les yeux rivés sur le rétroviseur.

Heureusement, le panorama numérique dans le secteur public français change totalement avec cette autorisation de Google Workspace.

AdS DPC enfant nœud papillon bravo S 94633934Je serai le premier à féliciter la DINUM quand sortira une deuxième note, avec le même poids que la première, pour confirmer que tous les organismes publics, centraux et territoriaux, ont la possibilité, en mettant en œuvre Google Workspace, de consacrer leurs ressources numériques limitées, en personnes et en euros, à des projets à forte valeur ajoutée dans leurs activités cœur métiers.

En même temps, je suis certain que la DINUM va recevoir une pluie de critiques de tous ceux qui se réjouissaient après la publication de cette note.

Favoriser Google Workspace, une véritable solution Cloud SaaS, par rapport à une solution “pseudo-Cloud”, Microsoft Office 365, utilisée par plus de 90% des personnes avec leur client lourd Outlook-Office, vieux de 30 ans, c’est pour moi une décision courageuse et intelligente.

Il faudra maintenant attendre la réaction des dirigeants de Microsoft France...


Numérique : après les cols blancs, priorité aux FLW, Front Line Workers

 

- Office Workers & FLWDans un billet publié à la fin de l’année 2020, j’ai mis en évidence à quel point les FLW, Front Line Workers, les travailleurs en première ligne, sont essentiels dans l’économie mondiale.

Aujourd'hui, j'analyse les profondes différences entre les solutions numériques dominantes, destinées en priorité aux cols blancs, et celles dont ont besoin les FLW.

Je n’aborde pas dans ce billet le thème des usages au service des clients externes ; mon analyse se centre sur les solutions numériques à destination des clients internes.

Les dirigeants et les DSI doivent se fixer une nouvelle priorité pour les 5 années qui viennent : répondre aux véritables attentes numériques des FLW.

Pour cela, il est nécessaire d’“oublier” une grande partie de leurs certitudes actuelles sur ce qu’ils pensent être les bonnes pratiques numériques.

L’objectif ambitieux de ce billet est de servir de référence pour toutes les entreprises qui décident de mettre des solutions numériques de qualité au service de leurs FLW.

Sa longueur est le prix à payer pour présenter des réponses sérieuses et pérennes.

 

Les FLW, Front Line Workers

(Rappel des points essentiels développés dans le billet cité plus haut.)

- 80% Workforce is desklessLes FLW sont environ 2 700 millions dans le monde et représentent 80% des travailleurs, face aux 20% de cols blancs. On les nomme aussi les “Deskless”, les sans bureaux.

Les FLW passent l’essentiel de leur temps sur le terrain, dans une usine, un champ, un camion de livraison, un entrepôt, un restaurant, une boutique, un chantier de travaux publics...

Leur métier de base n’est jamais le numérique. Tous les FLW ont besoin de l’aide du numérique, mais c’est toujours en soutien de leur métier principal.

 

Cols blancs et FLW : principales différences

Pendant les 50 premières années de l’informatique, les entreprises et les équipes informatiques ont concentré leurs efforts à répondre aux attentes des cols blancs. Quand on devait équiper des FLW, on leur donnait accès aux mêmes applications que les cols blancs.

Ce tableau présente les principales différences qu’il faut prendre en compte pour réussir une transformation numérique au service des FLW.

- Différences office workers vs FLW

Leur nombre : les FLW sont 5 fois plus nombreux que les cols blancs. C’est une moyenne mondiale et les situations varient selon les pays ou les secteurs d’activités.

Dans beaucoup de pays africains, les FLW agriculteurs peuvent représenter jusqu’à 60% de la population active.

À l’inverse, dans une banque française, plus de 95% des collaborateurs sont des cols blancs.

Les budgets informatiques : dans une étude pour l’année 2020 citée dans mon billet précédent sur les FLW, le Gartner Group estime que 80% des dépenses informatiques étaient consacrées aux cols blancs et seulement 20% aux FLW.

Ramenés à chaque salarié, ces chiffres sont encore plus surprenants : en moyenne, les entreprises dépensent en informatique 16 fois moins pour un FLW que pour un col blanc !

Les objets d’accès : la majorité des applications informatiques ont été développées pour des terminaux puis des PC. Le clavier, l’écran et la souris sont des outils banalisés pour tous les cols blancs.

Pour les FLW, le smartphone est devenu l’objet d’accès aux applications informatiques le plus répandu. Il est parfois remplacé par une tablette, mais pratiquement jamais par un PC.

Les interfaces : Les cols blancs travaillent en priorité sur des textes et des chiffres, disponibles sur les claviers de leurs PC. Les applications mises à disposition des FLW sont majoritairement copiées de celles destinées aux cols blancs et essaient d’imposer ces mêmes interfaces claviers. Pour répondre aux véritables attentes des FLW, les usages numériques devront changer de paradigme et privilégier les interfaces images, plus naturelles, plus efficaces pour des usages terrain.

 

Solutions numériques existantes pour les FLW

En 2020, il existe de nombreuses applications destinées aux FLW, souvent de haute qualité, qui répondent à de véritables besoins.

Pour l’essentiel, ces applications ne sont pas en “rupture” avec celles disponibles pour les cols blancs. Elles numérisent des processus existants, basés sur des formulaires historiques papier.

Suivis de chantiers, gestion de planning d’intervenants sur le terrain, mesures de niveaux de stocks dans des rayons de supermarché… ces processus ont été améliorés par l’usage de tablettes ou de smartphones, mais sans les repenser en profondeur. Parfois, l’image sera utilisée, mais en pièce jointe, comme élément de confirmation ou de justification. L’image ne sera pas au cœur de la démarche, du processus.

- Praxedo -SaaS Gestion interventionsCe sont des solutions spécialisées, qui répondent aux attentes d’un métier.

La solution française Praxedo en est une belle illustration : cette offre SaaS aide les entreprises à gérer leurs équipes d’intervention, et elle le fait très bien.

Un autre exemple est la startup MaintainX qui vient de lever 50 M$ pour accélérer sa croissance dans la gestion des workflows de maintenance industrielle.

 

Mettre à profit les solutions informatiques existantes

Ce schéma simple a pour ambition de résumer l’évolution de l’informatique des entreprises au cours des 60 dernières années.

Pourquoi avoir choisi 1960 comme année de départ ? Il y avait des ordinateurs avant.

1960, c’est l’arrivée du premier ordinateur universel de gestion, l’IBM 360, qui s'est rapidement imposé comme la solution dominante dans les entreprises. Plus de 5 000 grandes entreprises dans le monde utilisent encore en 2021 les Mainframe Z d’IBM, successeurs des 360.

- 1960 - 2030 - Technologie Cols blancs FLW

- La courbe en rouge représente l’évolution exponentielle de la puissance des solutions informatiques, infrastructures et usages.

- La courbe en bleu montre l’évolution des attentes des cols blancs. Il a fallu attendre longtemps, plus de 50 ans, avant que les solutions informatiques puissent répondre à toutes les attentes des cols blancs. Depuis 2015, l’offre est en avance sur ces attentes, et l’écart entre les deux va encore s’accroître d’ici à 2030.

- La courbe en vert montre l’évolution des attentes des FLW. Grands oubliés de la Transformation Numérique, les entreprises ont ignoré les attentes des FLW, alors qu’elles étaient moins complexes que celles des cols blancs !

Plutôt que de se plaindre  de cette situation, il faut penser à demain, et la météo numérique est au beau fixe pour les FLW. En 2021, les potentiels immédiats des solutions disponibles sont très largement supérieurs aux réponses actuelles proposées aux FLW. Il est possible, rapidement, de rattraper ce retard et de fournir aux FLW des réponses de qualité à toutes leurs attentes. J’espère qu’en 2030 on aura atteint la même situation que pour les cols blancs : le numérique aura répondu à l’essentiel des demandes de tous les FLW du monde.

Comparées à celles des cols blancs, les attentes des FLW sont :

● Simples : le numérique n’est pas leur activité principale, mais une assistance à leurs métiers. Plus les solutions proposées seront simples, plus les FLW seront heureux !

● Spécialisées : le cariste dans un entrepôt, la personne qui vérifie la qualité des produits finis, l’agriculteur qui analyse une plante malade… toutes ces activités demandent des solutions numériques très spécialisées, adaptées à chacun de ces métiers.

● Spécifiques : au lieu de construire des ERP pour FLW, les entreprises doivent développer des dizaines, des centaines de petites applications spécifiques pour coller aux véritables besoins des FLW.

J’aurais aimé parler d’applications S3, Simples, Spécialisées et Spécifiques, mais l'expression est déjà utilisée par AWS pour sa solution de stockage S3, Simple Storage Service.

Je vais donc utiliser dans la suite de ce texte les nommer FLW-S3.

Il y a une deuxième raison d’être optimiste quand une entreprise cherche à rattraper le retard pris par son Système d’Information au service des FLW. Elle peut réutiliser une grande partie des investissements déjà réalisés pour les cols blancs et les mettre au service des FLW.

- SI Partagé - White collars - FLW

Les technologies disponibles en 2021, telles que le Cloud et les API, permettent de connecter les nouvelles applications destinées aux FLW aux solutions existantes, et en priorité aux données qu’elles produisent.

Mon diagnostic, en résumé : les entreprises ont pris conscience de l’importance des FLW, comprennent quelles sont les différences des solutions numériques FLW par rapport à celles des cols blancs et peuvent s’appuyer sur les SI existants pour aller vite.

Quelles sont les prochaines étapes ?

 

Le modèle B I S D, appliqué aux FLW

- Modèle BISD - Infra  Soutien  Métiers -DataLorsque j’ai imaginé en 2015 le modèle B I S, Business, Infrastructures, Support, modifié en 2019 en B I S D en ajoutant la dimension Donnée, je m’adressais aux cols blancs, qui étaient encore la priorité des Systèmes d’Information.

Est-ce que ce modèle B I S D peut aussi être utilisé pour les FLW ? La réponse est : oui !

Prenons les quatre éléments, un par un.

I - Infrastructures.

Les solutions Cloud Public s’imposent aussi pour les FLW ; leur niveau de maturité en 2021 est tel qu’il n’y a plus d’alternatives crédibles.

S - Usages Support.

Les fonctions Support destinées aux cols blancs ne sont pas adaptées aux attentes des FLW. Les outils bureautiques classiques, les fonctions support en commerce, ressources humaines ou finances, ne font pas partie des outils SaaS dont ont besoin les FLW.

Il est nécessaire d’imaginer ces nouvelles fonctions support, universelles. Je propose de les nommer solutions “Frontiques”. Elles sont présentées dans la suite de ce billet.

B - Usages Business, cœur métier.

Ce sont les usages que j’ai nommés FLW-S3 dans un paragraphe précédent : simples, spécialisées et spécifiques. En 2021, les outils les mieux adaptés pour construire ces applications FLW-S3 sont regroupés dans les familles “No Code” et “Low Code”. Ils peuvent être utilisés directement par les métiers, au plus près du terrain.

D- Données.

Les applications destinées aux FLW peuvent accéder aux bases de données utilisées par les cols blancs pour les données structurées classiques. Ils ont en plus des besoins très spécifiques pour gérer efficacement les images qui seront au cœur de ces nouveaux usages.

Les spécificités du modèle B I S D pour les FLW sont résumées dans le schéma ci-dessous.

- modèle BISD -FLW

 

Solutions “Frontiques”

J’ai créé dans les années 1970 le mot “Bureautique” pour parler des outils informatiques universels utilisés par les cols blancs : traitement de texte, tableur, messagerie...

Il est difficile de parler de la Bureautique des FLW quand on sait qu’ils sont “deskless”, sans… bureaux !

Comment nommer les outils numériques universels qui seront utilisés par les FLW ?

Je vous propose le mot “Frontique”.

Est-ce qu’il aura le même succès que le mot bureautique ? L’avenir le dira.

Quelles seront les principales fonctionnalités frontiques ? Une chose est certaine, ce ne seront pas les fonctionnalités des cols blancs tels que le traitement de texte ou le tableur.

Elles seront liées à l’image, qui devient l’interface dominante pour les FLW.

Avec les équipes de WizyVision, nous travaillons sur ce sujet depuis des années.

Les premières fonctions frontiques que nous avons identifiées sont :

● Lire dans l’image : retrouver un numéro de série, relever une mesure...

● Trouver dans l’image : identifier un objet présent dans l’image pour apporter au FLW les informations pertinentes.

● Compter dans l’image : combien de produits dans un rayon, sur une palette...

● Mesurer dans l’image : calculer la surface ou le volume d’un objet, déterminer combien peuvent être chargés dans un camion...

D’autres fonctions universelles frontiques seront développées, mais en petit nombre. Le principe de base des fonctions frontiques est qu'elles doivent pouvoir être utilisées par la grande majorité des FLW, quels que soient leurs métiers et leurs secteurs d’activité.

 

Répondre aux attentes des FLW : les réponses de WizyVision

Je vais prendre pendant quelques minutes ma casquette de Chief Strategy Officer de Wizy.io, éditeur de solutions SaaS pour FLW, dont je suis l’un des cofondateurs.

Wizy.io a deux produits à son catalogue :

WizyEMM, un outil pour sécuriser et gérer les terminaux Android, en priorité pour les FLW, mais pas seulement.

WizyVision, qui met l’image au service des FLW, que je présente ici.

En tant que responsable de la stratégie, j’ai beaucoup réfléchi sur les attentes des 2 700 millions de FLW. Ce billet est en grande partie le fruit de ces réflexions.

Les équipes de WIzy.io ont construit les solutions WizyVision qui s’appuient sur le modèle B I S D pour FLW défini ci-dessus.

I - Infrastructures : parmi les trois acteurs principaux du marché, GCP de Google était un choix évident :

● Fortes compétences dans l’image et la vidéo avec Google Photos et YouTube. La majorité des API de Google dans ses domaines sont disponibles et utilisées par WizyVision.

● Des outils d’Intelligence Artificielle et de Machine Learning au plus haut niveau, tels que TensorFlow, plateforme développée par Google et mise en Open Source dès 2015.

● Avec Android, Google contrôle 85% du marché des mobiles et les FLW sont équipés à plus de 90% de smartphones ou tablettes Android. Les rares exceptions sont dans le secteur du luxe où, pour des questions d’image, les vendeurs sont parfois équipés d’iPhone et d'iPad.

● La majorité des FLW sont en Asie Pacifique, Amérique du Sud ou Afrique. Ce sont des zones où les accès à Internet sont souvent problématiques. Google est le plus grand propriétaire mondial de fibres optiques, maritimes et terrestres. Google vient aussi de signer un accord avec Starlink d’Elon Musk, qui fournira des accès 100 Mb/s par satellites à basse altitude, en priorité dans les zones à faible couverture Internet.

- Main types of Databases in CloudD- Données : lorsque j’ai cherché en 2019 pour une entreprise française une base de données, native cloud, spécialisée pour les contenus multimédias, j’ai découvert que l’offre était... inexistante. Ceci est confirmé par ce tableau, publié en 2020, des principales solutions de gestion de bases de données pour Kubernetes et les trois géants du Cloud Public.

L’offre est pléthorique pour les données structurées et semi-structurées, sous toutes leurs formes. Il faut aller à la dernière ligne du tableau pour voir “non structurées”, images, vidéos, sons….et les seules réponses disponibles sont non spécialisées, de type S3 chez AWS !

Pour combler ce vide technique surprenant, WizyVision a construit la première et la seule base de données cloud spécialisée pour les contenus multimédias, que nous avons appelée DAC, Digital Asset Center.

S - Usages Support, Frontiques : WizyVision développe progressivement l’ensemble des usages frontiques dont j’ai parlé plus haut. Comme ils sont construits sur GCP de Google, ils pourraient fournir à Google un avantage concurrentiel majeur vis-à-vis de son grand concurrent Microsoft !

- Solutions universelles cols blancs vs FLW

Pour les cols blancs, Google propose Google Workspace, une solution remarquable, mais qui se heurte au quasi-monopole historique des outils Office 365. À l’inverse, les premières solutions frontiques disponibles, construites sur GCP par WizyVision, auront un boulevard devant elles !

B - Usages Business, cœur métier : WizyVision propose une plateforme de Machine Learning “No Code”, ML Studio, qui permet aux entreprises et à ses partenaires de construire rapidement des modèles de Machine Learning, simples, dans la logique “FLW-S3” présentées plus haut.

- modèle BISD -FLW WizyVisionCes choix stratégiques sont résumés dans ce schéma qui présente les réponses de WizyVision pour le modèle B I S D des FLW.

Pour les entreprises qui décident de proposer des solutions numériques adaptées aux véritables attentes de leurs FLW, la bonne nouvelle, c’est qu’elles existent et sont opérationnelles. WizyVision a l’ambition de devenir un acteur mondial sur ce marché des FLW, mais d’autres offres existent ou vont apparaître dans les années qui viennent.

- Factory AI Cloud Image FLW smartphone WizyVisionCe schéma résume les points forts des solutions WizyVision :

● En priorité pour les FLW.

● Accessible par smartphone.

● L’image au cœur de la solution.

● Construit sur le Cloud.

● Utilise l’Intelligence Artificielle.

 

Investir dans des solutions numériques pour les FLW : quels bénéfices

- Problems with FLW bad ITLe sous-investissement dans les solutions numériques au service des FLW a de nombreuses conséquences négatives pour les entreprises, comme le montre cette étude réalisée par Android Entreprise :

● Perte d’efficacité pour l’entreprise.

● Salariés démotivés.

● Clients mécontents.

● ...

- Top reasons for investing in IT for FLWUne autre étude, réalisée par Emergence en 2018, montre, à contrario, qu’il y a beaucoup de bénéfices potentiels lorsqu'une entreprise investit dans des solutions numériques spécifiques pour les FLW.

Les bénéficiaires sont, en même temps :

● Les entreprises : productivité, réduction des coûts, conformité...

● Les salariés FLW, avec de meilleures conditions de travail et de communication.

● Les clients, au contact avec des FLW.

Équiper les FLW de solutions numériques performantes, ce sont des investissements de faible montant, à très forte rentabilité. Il serait dommage de s’en priver !

 

Résumé

- FL work  FL Worker  Fournisseurs WIn Win WInLe numérique au service des FLW sera l’un des principaux relais de croissance de l’industrie du numérique de cette décennie.

● Les entreprises de tous les secteurs d’activités qui emploient des FLW ont beaucoup à y gagner.

● Les FLW, enfin équipés des solutions numériques nativement construites pour eux, verront leur qualité de vie au travail s’améliorer rapidement.

● Les fournisseurs de technologies numériques, en infrastructures et en usages, qui seront les premiers à investir pour construire des solutions spécialisées pour les FLW prendront une longueur d’avance sur leurs concurrents et il sera difficile de les rattraper.

Un beau trio de gagnants en perspective !

Les potentiels sont impressionnants, les premières places sont à prendre, mais il faudra faire vite.

On l’a déjà vu avec le marché des solutions IaaS, Infrastructures as a Service dans le cloud : il était balbutiant en 2007, les jeux étaient faits en 2017.

Pour les FLW, les acteurs dominants seront en place, avant la fin de l’année 2030.


TSMC, l’AWS de la production de circuits électroniques

 

Logo TSMCTSMC ? Posez la question autour de vous : connaissez-vous TSMC, savez-vous ce qu’ils font?

Il est probable que la majorité des personnes vous répondront qu’elles n’en ont pas la moindre idée.

TSMC, Taiwan Semiconductor Manufacturing Company, est, comme son nom l’indique, une société basée à Taiwan qui fabrique pour le compte d’autres entreprises des semi-conducteurs, en priorité des microprocesseurs.

La pénurie mondiale de microprocesseurs fait la une des journaux depuis quelques semaines. Elle met en évidence le rôle clef des “fondeurs”, les entreprises comme TSMC.

Que les plus grands constructeurs automobiles du monde soient obligés de fermer leurs usines parce que quelques composants électroniques indispensables font défaut, c’est une autre illustration de la sensibilité de l’économie mondiale à un petit nombre d’industries de base.

Pénurie puces mondiale automobile

En 2021, des milliers d’éditeurs de logiciels sont “infrastructures less” et s’appuient sur les solutions des géants du cloud public, AWS, GCP ou Azure pour leurs infrastructures.

En 2021, des centaines de concepteurs de composants électroniques sont “fabless”, sans usine de production et s’appuient sur TSMC pour fabriquer les composants qu’ils conçoivent.

TSMC joue, pour ces concepteurs de composants, le même rôle qu’AWS, IaaS pour les éditeurs de logiciels SaaS. TSMC, c’est un CaaS, Chip as a Service !

Dans ce billet, je présente un panorama raisonnablement complet de l’écosystème des composants électroniques. Il y a un grand nombre d’enjeux stratégiques mondiaux dans cette industrie ; il est important de comprendre comment elle fonctionne.

 

TSMC en quelques chiffres

TSMC est le numéro un mondial des fondeurs indépendants, qui travaillent exclusivement pour d’autres entreprises et ne commercialisent pas directement leurs microprocesseurs.

TSMC est né en 1987, il y a 35 ans. Bien que l’entreprise soit basée à Taiwan, son capital est détenu à 80% par des investisseurs étrangers ; elle est cotée à Taiwan et à New York.

TSMC a investi massivement dans l’innovation ; ils sont aujourd’hui les plus avancés dans les solutions de pointe. Dans cette industrie, l’un des indicateurs de performance est l’écart qui sépare deux connexions ; il se mesure en nanomètre, nm.

TSMC 5nm factoryTSMC est l’un des seuls, avec Samsung, à proposer depuis 2020 des microprocesseurs en 5 nm. Les investissements industriels nécessaires à la fabrication de ces microprocesseurs sont gigantesques, comme le montrent cette image d’une des usines TSMC en 5 nm et le montant des investissements réalisés par TSMC depuis 2009.

TSMC CAPEX 2009-2021

Les smartphones d’Apple avec les processeurs A14 sont construits en 5 nm par TSMC.

5 nm, c’est vraiment très petit, mais difficile à visualiser. Concrètement, cela signifie qu’il y a 134 millions de transistors par mm2.

Apple A14 chip componentsCe schéma des composants d’un processeur A14 d’Apple donne le vertige ! Sur 100 mm2, il y a presque 12 milliards de transistors.

TSMC prévoit de passer au 3 nm en 2021 et Apple a déjà réservé pour ses prochains iPhone toute la production de TSMC en 3 nm.

 

Microprocesseurs : qui fait quoi dans cette industrie

Nous utilisons tous des centaines de microprocesseurs dans notre vie quotidienne. On pense en priorité aux ordinateurs et smartphones. Ces microprocesseurs sont aussi présents dans des milliers d’objets de notre quotidien : voitures, télévisions, équipements électroménagers…

Ce sont les bases de tous les usages numériques et il est important de comprendre “qui fait quoi” dans cette industrie vitale pour toutes les activités économiques de la planète.

J’ai représenté sur ce schéma cinq niveaux d’acteurs qui interviennent dans cette industrie.

De bas en haut :

● Fournisseurs d’équipements industriels.

● Fondeurs : usines de fabrication.

● Concepteurs de processeurs : développent les architectures de microprocesseurs

● Objets d’accès : incorporent des microprocesseurs dans nos PC, tablettes ou smartphones.

● Serveurs Clouds publics : les grands acteurs du Cloud Public sont aussi des concepteurs de microprocesseurs.

Couches basses infrastructures numériques

Pour chacun de ces niveaux, j’ai sélectionné quelques acteurs économiques importants, présentés dans les prochains paragraphes.

Ce schéma sert de référence pour la suite de ce billet.

 

Fournisseurs d’équipements industriels

Les machines-outils utilisées par les fondeurs sont très spécialisées et complexes. Deux des leaders mondiaux dans ce domaine sont ASML et Applied Materials

ASML, Advanced Semiconductor Materials Lithography

ASML Dutch roots  30 yearsASML est encore moins connue que TSMC ! C’est pourtant le leader mondial de la lithographie, qui permet de dessiner les circuits électroniques en nm. ASML est une société… européenne, basée à Eindhoven aux Pays-Bas, ancienne filiale du groupe Philips. C’est l’un des très rares domaines du numérique où l’Europe a un leader mondial.

Si ASML arrêtait sa production de machines, toute l’industrie mondiale des composants électroniques serait rapidement à l’arrêt.

Cet article récent, publié le 15 avril 2021, montre que l’on commence à prendre conscience de l’importance d’ASML dans toute l’économie mondiale.

ASML indispensable à l'économie

Coïncidence ? Comme TSMC, ASML est née il y a 35 ans.

ASML Litho 2Grâce à des investissements massifs en R&D, ASML s'est construit un quasi-monopole dans les équipements lithographiques haut de gamme dont les fondeurs ont besoin pour fabriquer leurs circuits électroniques.

Cette image montre l’une de ces machines en train de graver une “galette” qui contient des centaines de microprocesseurs. N’oubliez pas qu’il y a sur une seule galette de l’ordre de 3000 à 6000 milliards de transistors !

Applied Materials

Avant de graver les galettes de silicium, il faut les fabriquer. C’est l’un des métiers d’Applied Materials.

Applied material deposition technologyApplied Materials est née en Californie ; ils aiment dire qu’ils sont le “Silicon de la Silicon Valley”.

Comme ASML, les investissements en R&D d’Applied Materials permettent les améliorations spectaculaires que l’on connaît dans le monde des microprocesseurs.

Il existe beaucoup d’autres entreprises dans ce secteur des équipements industriels, mais ASML et Applied Materials sont représentatives d’une industrie dont dépend toute l’économie mondiale et qui reste inconnue du grand public et d’un grand nombre de professionnels du numérique.

 

Fondeurs

C’est dans cette catégorie que se trouve TSMC.

Ce tableau donne la liste, en 2020, des principaux acteurs du marché.

La taille des “wafers”, les galettes, est un paramètre clef : plus ils sont grands, plus on peut fabriquer de circuits électroniques à partir d’une seule galette. Aujourd’hui, les galettes de 300 mm et 200 mm sont utilisées pour les microprocesseurs.

Wafers leaders by size  2020

Les trois fondeurs que j’ai sélectionnés sont :

● TSMC

● Samsung

● Intel

Intel n’est plus dans les cinq premiers dans la catégorie reine, des 300 mm ; il est sixième. C’est pourtant encore celui auquel on pense en priorité quand on parle de microprocesseurs !

Samsung est le numéro un dans la catégorie des 300 mm.

TSMC est le numéro un mondial si l’on additionne les 300 mm et les 200 mm.

TSMC Intel Samsung investissements Le métier de fondeur est très consommateur de capitaux : les usines ont des coûts unitaires qui se chiffrent en milliards de dollars.

Ce tableau donne les montants des investissements annoncés par les trois acteurs cités. Il faut le regarder avec attention ; les périodes d'investissements ne sont pas les mêmes.

TSMC parle de 3 ans, Samsung de 10 ans et Intel… ne dit rien sur la période  couverte.

Intel

Intel n’est plus le leader que l’on a connu dans le siècle dernier. Il fait face à de nombreuses difficultés. J’en ai sélectionné trois :

Intel annonce un investissement de 20 milliards de dollars. Très bien, mais nul ne sait sur quelle période, alors que TSMC annonce 100 milliards, 5 fois plus, et sur 3 ans.

Intel invest 20 B$

Intel will use TSMC for top of the line products● En même temps, Intel annonce que ses usines fabriqueront des circuits en 7 nm, alors que TSMC produira dès 2021 des circuits en 3 nm. Conséquence : Intel annonce qu’il va sous-traiter à… TSMC la fabrication de ses processeurs haut de gamme en 2023, car il n’a pas la capacité en interne pour le faire.

● Intel annonce aussi qu’il mettra ses usines au service d’autres concepteurs de processeurs. Je ne suis pas convaincu qu’il y aura beaucoup de clients pour travailler avec un concurrent potentiel, qui en plus n’est pas capable de proposer les technologies les plus modernes.

TSMC

TSMC va investir 100 B$, et en trois ans, pour répondre à une demande croissante du marché.

TSMC va investir 100 B$

Comme on l’a vu, TSMC a pour ses clients deux avantages majeurs sur Intel :

● Accès aux technologies les plus modernes, 3 nm dès 2021.

● Pas de risques de concurrence : TSMC ne fabrique pas de processeurs sous sa marque.

TSMC market share by sizy of nmLa domination de TSMC est encore plus évidente si on regarde les parts de marché par familles de produits. Dans les solutions haut de gamme, 10 nm ou moins, TSMC avec 90% et Samsung avec les 10% restants trustent le marché.

Ce graphique montre l’évolution sur les 5 dernières années des cours de bourse d’Intel et de TSMC. On comprend mieux pourquoi TSMC a vu son cours grimper de 374% alors qu’Intel s'est contenté de 111%.

Share price Intel vs TSMC

 

Concepteurs de processeurs

Cette famille regroupe des dizaines de sociétés qui conçoivent des processeurs. J’ai choisi de parler de quatre d’entre elles, qui sont représentatives des différentes stratégies possibles.

Apple

Apple a une très forte équipe interne pour concevoir des circuits électroniques propriétaires et en tirer un avantage compétitif. Le premier MacBook Air avec un processeur non Intel, le M1, sur base ARM, en est le dernier exemple.

Apple est un “fabless” : il fait fabriquer ces processeurs par les trois fondeurs cités, Intel, Samsung et TSMC.

Nvidia

Nvidia ampere AI processorNvidia est l’une des vedettes montantes du secteur. Après les cartes graphiques, Nvidia est devenu très présent dans les processeurs pour l’Intelligence Artificielle. Nvidia est, comme Apple, une entreprise “Fabless”.

À la différence d’Intel, Nvidia a su innover et diversifier ses marchés ; c’est un acteur clef dans de nouveaux secteurs comme les jeux vidéo. Ses performances spectaculaires en bourse, avec un cours multiplié par 14 en 5 ans, confirment ce succès.

Share price Nvidia 5 years

Nvidia a annoncé son intention de racheter ARM pour 40 milliards de dollars. Cette opération n'est pas encore confirmée et de nombreux acteurs tels que Qualcomm et des autorités de la concurrence sont contre.

Qualcomm object deal ARM - Nvidia

L’histoire d’ARM est exemplaire des échecs de l’Europe. ARM est le leader mondial des processeurs présents dans tous les smartphones du monde. ARM est née en Angleterre, a été financée par le gouvernement britannique avant d’être rachetée par le japonais Softbank.

Si le rachat par Nvidia est bloqué, ce serait une excellente opportunité pour l’Europe de mettre la main sur un acteur clef du marché. 40 milliards de dollars, ce n’est pas un investissement déraisonnable pour revenir sur ce marché essentiel!

Intel

Intel est de loin la marque la plus connue dans l’industrie des microprocesseurs. Comme on l’a vu précédemment, sa place réelle dans l’industrie est aujourd’hui en dessous de sa notoriété, et continue à chuter rapidement.

Intel avait une place clef dans les ordinateurs personnels, concurrencé seulement par AMD. Il vient de perdre un client important, Apple, qui bascule sur des processeurs de la famille ARM conçus en interne. Intel est totalement absent du marché des smartphones, dominant en volume.

Intel avait aussi une place dominante dans les centres de calculs. Cette domination est elle aussi remise en cause par l’arrivée des géants du cloud public. J’y reviens plus loin.

● Les entreprises ferment leurs centres de calculs privés, ce qui réduit la taille du marché.

Nvidia in data centers● AWS, GCP et Azure construisent de plus en plus leurs propres serveurs, et ils ne sont plus seulement construits avec Intel. ARM, Nvidia et beaucoup d’autres prennent chaque jour une place plus importante dans leurs infrastructures.

Quel avenir pour Intel ? Dépassé dans son rôle de fondeur, attaqué dans les marchés où il était dominant, est-ce qu’Intel sera encore un acteur majeur du numérique en 2025 ?

Je vous laisse choisir votre réponse à cette question.

Samsung

Samsung exynos 2Samsung est la seule entreprise présente dans trois des cinq niveaux du tableau des fournisseurs. Samsung conçoit, fabrique et utilise ses propres circuits électroniques dans ses smartphones et autres objets numériques, sous la marque Exynos.

Cette intégration verticale permet à Samsung de contrôler toute la chaîne de valeur des processeurs. Comme Apple, il peut ajouter des fonctionnalités spéciales, propriétaires dans ses processeurs, pour différencier ses objets d’accès.

 

Objets d’accès

PC portables, tablettes, smartphones, consoles de jeux… On rentre là dans des domaines où les fournisseurs sont très connus des entreprises et du grand public.

Main smartphones vendors 2020 CanalysLa majorité des constructeurs, Dell, Lenovo, Xiaomi ou Oppo, achètent leurs processeurs à des fournisseurs tels que Qualcomm, spécialistes des architectures ARM.

Le troisième grand fournisseur de smartphones, Huawei, conçoit ses propres processeurs sous la marque Kirin. Huawei est encore un “fabless”, mais les blocages américains vont l’amener à construire lui aussi ses propres usines de microprocesseurs, comme Samsung.

Est-ce une coïncidence si les trois leaders mondiaux du marché, Samsung, Huawei et Apple, sont ceux qui conçoivent aussi leurs processeurs ?

 

Serveurs

La situation évolue très vite dans le monde des serveurs : la domination d’Intel est attaquée sur tous les fronts, par les fournisseurs concurrents et par les géants du cloud public.
Tous préparent des processeurs pour remplacer ou compléter les “historiques” x86 d’Intel et AMD.

Quelques exemples :

ARM GRACE ARM CPU● Nvidia annonce la disponibilité en 2023 de Grace, un processeur très haut de gamme pour centre de calcul, orienté Intelligence Artificielle.

● AWS proposera avant la fin de l’année 2021 Graviton2, un processeur construit par Nvidia, en exclusivité pour AWS.

● Google propose depuis plusieurs années des TPU, TensorFlow Processor Unit, des processeurs maison pour optimiser l’usage de son outil de Machine Learning Tensorflow.

● Microsoft a annoncé en 2020 un accord avec... TSMC pour créer un laboratoire commun pour développer des processeurs dédiés pour Azure.

Confirmant le thème général de ce billet, comme dans le Cloud, la démarche Best of Breed s’impose rapidement dans le monde des processeurs. Les solutions universelles, supposées tout faire pour tout le monde comme l’Intel x86, se font tailler des croupières par des dizaines de solutions très spécialisées qui sont 10 à 100 fois plus performantes dans leurs domaines respectifs.

 

Impacts climatiques forts de l’industrie des circuits électroniques

Dans un billet récent, j’analyse différents scénarios possibles pour répondre aux défis climatiques de la planète.

TSMC emission of carbonJ’y parle du dernier livre de Bill Gates, “How to avoid a climate disaster”, dans lequel il explique que la production de biens matériels est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre.

L’industrie des composants électroniques en est un bon exemple, comme l’explique cet article de Bloomberg qui parle de... TSMC.

TSMC émet plus de gaz à effet de serre que le constructeur automobile General Motors.

Les fabricants de processeurs sont aussi de gros consommateurs de matières premières et d’eau, comme le montre ce graphique.

TSMC water consumption

Dans un billet sur la Frugalité Numérique des objets d’accès, je montre que le processus de fabrication des smartphones ou les PC portables, dont font partie les processeurs, est plus consommateur d’énergie que leur usage.

 

Dimensions stratégiques internationales

Taiwan, berceau de TSMC, est une île de 24 millions d’habitants et 36 000 km2, 15 fois plus petite que la France, à 160 km de la Chine continentale.

La République Populaire de Chine n’a jamais abandonné son objectif d'annexer Taiwan et la tension entre ces deux territoires est redevenue très forte, comme le confirme cet article.

China War over Taiwan sooner

La reprise en main de Hong Kong est un autre exemple de la volonté chinoise d’augmenter son contrôle politique dans la région.

Map taiwan Corée TSMC SamsungTSMC à Taiwan, Samsung en Corée du Sud, la domination de l’Asie “non chinoise” dans l’industrie des composants électroniques est une réalité.

2034 a Novel of the Next World War” vient d’être publié aux États-Unis. Il situe le début d’une nouvelle guerre mondiale, en 2034, dans la mer de Chine qui sépare Taiwan du continent chinois.

Un extrait de ce livre a été publié dans la revue Wired. Cela vous évitera de lire tout le livre, qui est très “moyennement” intéressant.

Il existe une double dépendance dangereuse, technologique et politique, du monde entier dans le domaine des composants électroniques.

Où en est-on, en Europe ?

STM sales 2020 par catégories produitsL’Europe n’est pas totalement absente de ce marché des composants électroniques. STMicroelectronics est le principal concepteur et constructeur européen de composants électroniques. Par contre, STMicroelectronics n’a pas une présence significative sur le secteur des microprocesseurs ; ils sont actifs sur des marchés différents comme le montre la répartition de leur chiffre d’affaires pour l’année 2020.

Les États-Unis ont eux aussi pris conscience de cette dépendance. Pat Gelsinger, le nouveau patron d’Intel, vient de demander au Président Joe Biden de passer à l’action en investissant 50 milliards de dollars dans cette filière.

● En 1990, les États-Unis produisaient 37% des semi-conducteurs.

● En 2021, ce pourcentage est tombé à 12%.

● L’Asie représente 70% du marché mondial.

Cette dépendance de l’Europe et du reste du monde dans le domaine des composants est un vrai problème, oui. Elle est, à mon avis, plus importante que celle dont on parle beaucoup trop en ce moment, dans le domaine des infrastructures Clouds Publics.

Lemaire dépendance InacceptablePeut-on la réduire ? Ce n’est certainement pas en tenant des discours aussi creux que celui de notre ministre des Finances qu’on va avancer !

La dépendance de l’Europe est “inacceptable”...

Je vais en parler avec l’Allemagne…

Ces discours m’exaspèrent : je les entends depuis des années dans le monde du numérique, alors que nous avons besoin d’agir, pas de palabrer.

J’ai écrit ce billet pour que les lecteurs prennent conscience de l’importance du sujet, et de notre totale dépendance en matière de composants électroniques pour le monde du numérique.

L’Europe peut-elle rattraper ce retard “inacceptable” ?

Poser la question, c’est y répondre.

Bien plus que les milliards d’investissements annuels nécessaires, il faudrait créer de toutes pièces une industrie qui demande des compétences techniques très fortes, des savoir-faire qui se sont construits au cours des 35 années chez TSMC et Samsung.

L’option la plus radicale serait de racheter TSMC en Bourse ! Le prix, 550 B$, est hélas dissuasif.

Si je devais recommander une seule action de l’Europe pour reprendre, un peu, une place dans ce marché des composants, ce serait de tout faire pour que le rachat d’ARM par Nvidia échoue, en arguant du risque de position dominante. Il faudra ensuite dépenser, et vite, les 40 B$ nécessaires pour qu’ARM redevienne une société européenne.

Europe Map STM ARMUne fusion entre STMicroelectronics et ARM serait, à mon avis, la dernière opportunité qui reste à l’Europe pour continuer à exister dans ce secteur stratégique. La valeur boursière actuelle de STMicroelectronics est de 35 milliards €, équivalente à celle d’ARM.

ARM est une société qui n’a pas d’usines, mais elle est à la base de la majorité des processeurs qui équipent les smartphones mondiaux et, progressivement, les PC comme Apple puis les centres de calcul.

Cette démarche est cohérente avec celle que j’ai proposée dans mon billet :

L’Europe, leader mondial dans les usages numériques au service de la planète

Il faudrait que l’Europe adopte une stratégie similaire dans le domaine des composants électroniques : se concentrer sur la dimension usages, type ARM, et accepter le fait que l’on ne peut plus lutter dans la dimension infrastructures de production contre des TSMC ou Samsung.

C’est en étant pragmatique, en choisissant ses combats, en concentrant ses énergies sur un tout petit nombre de projets que l’Europe du numérique peut espérer continuer à jouer un rôle significatif dans toutes les industries du numérique.

C’est aussi vrai dans le domaine des composants, comme l'explique ce billet.