Microsoft Office 365, hors-la-loi dans les organismes publics français ?

Indignez vous couverture livre Stéphane HesselDès que cette note de la DINUM a été publiée, j’ai reçu sur Twitter et LinkedIn de nombreux messages me demandant d’exprimer mon avis sur son contenu. J’ai beaucoup hésité avant d’écrire ce texte. J’ai aussi attendu quelques jours pour ne pas publier un billet d’humeur et essayer d’en parler de la manière la plus rationnelle possible.

Ce n’a pas été facile !

La longueur de ce billet s’explique par ma volonté de répondre clairement, de manière factuelle, aux principales questions posées par cette note. Cela représente beaucoup d’heures de travail et de recherches pour que mes réponses soient les plus solides possibles.
J’espère que ce billet vous aidera dans vos réflexions et actions futures, surtout si vous le lisez dans son intégralité.

Information de dernière heure ! La cinquième option que je présente dans ce billet change du tout au tout la donne et me redonne espoir. Je vous laisse la découvrir.

 

Les faits

Note DINUM TitreLa DINUM, Direction interministérielle du numérique, a publié le 15 septembre 2021 une note de 2 pages sur les usages de la solution Microsoft Office 365 dans les administrations.

Je vous recommande de lire ce texte, et plutôt deux fois qu’une, avant de continuer la lecture de mon billet.

Le message général est limpide : l’utilisation de la solution Office 365 de Microsoft proposée sur son Cloud Public Azure n’est pas souhaitée dans les ministères.

Une analyse plus fine du texte est nécessaire pour mieux en comprendre la portée, l’impact et surtout la “pertinence”.

 

Données sensibles

AdS DPC Données sensibles S 214581614Je cite : “ Les solutions collaboratives bureautiques et de messagerie proposées aux agents publics relèvent des systèmes manipulant des données sensibles”.

Pour un scoop, c’est un scoop ! Oui, des données sensibles peuvent être stockées dans des documents bureautiques ou transmises par messagerie.

Oui, mais vous connaissez des solutions informatiques qui ne manipulent pas des données sensibles ? Moi, non.

● Il y a des données sensibles dans les outils financiers ? Oui.

● Il y a des données sensibles dans les outils commerciaux ? Oui.

● Il y a des données sensibles dans les outils ressources humaines ? Oui.

● Il y a des données sensibles dans les outils de gestion de production ? Oui.

● Il y a des données sensibles échangées pendant les vidéoconférences ? Oui.

● …

Si la DINUM a une doctrine cohérente, la logique de cette note doit donc s’appliquer à 100% des outils numériques utilisés par les agents publics.

Toutes les données sensibles doivent être conformes à la doctrine “Cloud au Centre” et n’utiliser une offre de Cloud commercial que si elle est qualifiée SecNumCloud par l’ANSSI.

IaaS SaaS PaaS VerbotenCette doctrine n’élimine que 90% des solutions IaaS, Infrastructures as a Service, et plus de 95% des 50 000 solutions SaaS, Software as a Service, disponibles en 2021.

Retour à la case départ, avant l’année 2000, quand est née la première solution SaaS au monde, Salesforce.

Le secteur public français doit tirer un trait sur les centaines de milliards investis dans ces remarquables solutions depuis 21 ans.

C’est une position absurde, irréaliste, impossible et ridicule. Les grandes ESN françaises vont se frotter les mains ; elles devraient recréer en mode “on premise” ou “clouds nationaux”, ce qui est la même chose, toutes les solutions Cloud du marché mondial.

Communication entre les ministères et le reste du monde

Admettons, pendant quelques minutes, qu’il soit possible de porter l’ensemble des outils bureautiques de tous les organismes publics français sur des plateformes SecNumCloud.

Je croyais naïvement que les outils de communication servaient en priorité à échanger avec des clients, des citoyens, des entreprises privées, d’autres pays… Ces données “sensibles” ne pourront plus sortir de leur ligne Maginot numérique, car elles pourraient être consultées par des personnes extérieures.

Secteur Public français chateau

Bienvenue dans un monde où le secteur public ne parle qu’au secteur public ! Il y a longtemps que je n’étais pas tombé sur une idée plus absurde !

Rappel : un premier essai, en 2016

Ce n’est hélas pas la première fois que des personnes n’ayant aucune compétence dans les outils numériques pondent des notes administratives dignes de figurer dans l’Olympe de l’absurdie.

Cette note de 2016 signée par le directeur chargé des “archives de France”, certainement la personne la mieux placée pour parler de l’informatique en “nuage”, considère que tous les documents administratifs sont par nature des…. trésors nationaux et doivent être traités comme tels. Votre taxe d’habitation, votre cadastre, votre déclaration d’impôt doivent être protégés comme la Vénus de Milo et n’ont pas le droit de sortir du territoire national !

Documents administratifs - Trésors nationaux

Inapplicable, cette note n’a jamais été appliquée. C’est tout le bien que je souhaite à cette nouvelle proposition de la DINUM.

 

Les solutions proposées par la DINUM

Mettre la priorité sur une “nationalisation” des outils de bureautique, de communication et de collaboration est un non-sens total. La probabilité de succès de cette démarche est, fort heureusement, proche de zéro.

C’est encore pire quand on regarde quelles sont les solutions proposées. Qu’une organisation qui est supposée porter la doctrine numérique de l’État français pour les prochaines années ose en 2021 faire des recommandations de ce type dépasse l’entendement.

Il y a quatre réponses proposées :

● Construire (Build) une solution.

● S’appuyer sur le consortium “Bleu”.

● Utiliser SNAP.

● Attendre.

Analysons, une par une, ces propositions.

Construire sa solution bureautique

Nous sommes en 2021 ! Je cite :” … évaluer l’opportunité de construire (build) et d’opérer (run) une offre de service “bureautique collaborative et messagerie”...”

Oui, vous avez bien lu ! La DINUM encourage les ministères à construire eux-mêmes leurs outils bureautiques. Non seulement il est intelligent de les construire, mais c’est aussi le rôle de ces ministères de les opérer.

AdS DPC homme caverne informaticien S 41954934Dans les deux cas, c’est évidemment la meilleure utilisation possible des ressources humaines informatiques de l'État français. Comme vous le savez tous, il y a un tel surplus d’informaticiens de haut niveau dans le secteur public que l’on peut en utiliser sans problème un grand nombre pour écrire du code pour une messagerie électronique.

Un DSI qui ferait en 2021 une proposition aussi absurde à sa Direction Générale serait immédiatement licencié pour faute professionnelle grave, et sans indemnités.

Pour ceux qui l’auraient oublié :

● Première version de Microsoft Exchange : 1993

● Première version de Google Apps : 2007

● Première version de Microsoft Office 365 : 2011

Combien de milliards de dollars ont été investis pour construire, améliorer et exploiter ces outils universels, utilisés dans le monde entier ?

S’appuyer sur “Bleu”

Logo Bleu Cap Gemini Orange SBleu, c’est une association créée entre Orange et Capgemini pour proposer leur version d’Office 365 sur des serveurs “souverains” gérés par eux en France. Cette annonce a été faite en mai 2021.

Le texte de ce communiqué de presse est très clair : c’est un projet, tout le texte est écrit au futur ou au conditionnel. Aucune date n’est annoncée pour sa mise en fonctionnement, nul ne sait où et quand les centres de calcul nécessaires seront construits.

Publier un communiqué de presse, c’est facile et rapide. Mettre en œuvre ce qui est annoncé, c’est… un peu plus compliqué.

Au-delà du flou de cette annonce, c’est le principe même du projet qui m’interpelle et me rend très dubitatif sur sa faisabilité.

Microsoft Data center Office 365 en FranceHéberger une nouvelle instance d’Office 365 dans un centre de calcul, Microsoft le fait en permanence et déploie cette solution dans de nombreux pays, dont la France.

De nombreux organismes publics ont déjà profité de cette option pour utiliser Office 365 depuis des centres de calculs Microsoft en France, ce qui me paraît logique et raisonnable.

Ce qui chagrine certains politiques, c’est que ce soit Microsoft qui gère les infrastructures et les logiciels, ce qu’il fait très bien.

Les lobbies sécuritaires nationaux se déchaînent contre cette “ingérence” insupportable.

Je ne vais pas revenir sur des thèmes que j’ai déjà traités souvent dans ce blog.

Le grand méchant Microsoft va lire vos mails, le Cloud Act (qui n’a rien à voir avec le Cloud), la NSA, le gouvernement américain.. menacent la souveraineté nationale de la France et de l’Europe et leur confier nos messageries représente un risque inacceptable.

Avec “Bleu”, nous serons tranquilles, mieux protégés, à l’abri d’ingérences étrangères.

Sur le principe, on ne peut pas ne pas être d’accord, mais le diable se cache dans les détails.

Quelques questions :

● “Bleu” annonce que ses instances d’Office 365 seront indépendantes de celles de Microsoft. Comment les créer, les mettre à jour, appliquer les patchs de sécurité si Microsoft n’y a pas accès ?

● Cette démarche s’oppose frontalement au principe de base des solutions SaaS, qui sont multitenant, avec un seul fournisseur de la solution. Qui me garantira qu’il n’y aura pas divergence progressive entre la version officielle Azure et la version “Bleu” ?

● Comment transmettre les gigantesques fichiers de ces applications depuis Microsoft vers “Bleu” ? Comme Office 365 n’est pas une solution Open Source, il faudra accepter les fichiers en mode exécutable. Qui pourra me garantir qu’ils ne sont pas livrés avec des accès ouverts au gouvernement américain ?

Buzzati Désert des TartaresJe ne voudrais pas être à la place des informaticiens de “Bleu” quand ils auront à gérer tous ces problèmes opérationnels complexes.

Quel livre je peux recommander aux responsables informatiques des ministères qui choisiraient l’option “Bleu” pour les aider à faire que le temps paraisse moins long ? Le désert des Tartares, évidemment...

SNAP

Cette note recommande aux ministères d’utiliser SNAP. Je dois vous avouer, à ma grande honte, que je ne connaissais pas l’existence de cette solution ; j’ai donc recherché ce qu’était SNAP.

SNAP, c’est l’acronyme de Sac à dos Numérique de l’Agent Public. L’image du sac à dos est bien choisie, car il s’agit d’un ensemble hétérogène de sujets qui touchent aussi bien aux infrastructures, les réseaux et les terminaux, qu’au sujet de ce blog, le point 4, “Développer des outils de communication et de collaboration pour les agents unifiés à l’échelle interministérielle."

Thèmes SNAP

SNAP4, pour outils collaboratifs

SNAP4Comme le montrent ces deux extraits du site qui présente SNAP, point 4, sur les outils collaboratifs, des financements sont disponibles :

● 88 M€ au total.

● Pour des projets qui peuvent atteindre 8 M€.

Financements SNAP 4

88 M€, c’est à la fois beaucoup d’argent et très peu.

Beaucoup, car on peut développer de nombreuses applications simples à forte valeur ajoutée avec cette somme.

Très peu, ridicule même, pour espérer construire une plateforme industrielle de communication et de collaboration capable de concurrencer Office 365.

Attendre

Dans cette note, la DINUM a bien compris que les trois premières réponses proposées ont un “petit” défaut : aucune n’est opérationnelle en 2021 !

Cela fait désordre quand la solution que l’on souhaite remplacer existe depuis 10 ans, utilisée par des millions de personnes.

La réponse “magique” de la DINUM, pour permettre aux ministères qui souhaiteraient respecter les recommandations de cette note, c’est… d’attendre et de continuer avec les solutions innovantes des années 1990, un client lourd Microsoft Office et un serveur Microsoft Exchange dans des centres de calcul historiques gérés par les ministères. Enthousiasmant !

C’est, malgré tout, parmi les quatre options proposées… la moins mauvaise !

Pour ceux qui me connaissent bien, pour m’entendre dire que l’option de ne rien faire en numérique est la moins mauvaise, il faut vraiment que toutes les autres soient catastrophiques.

 

Si, par malheur...

Si, par malheur, cette note de la DISUM se transformait en règles contraignantes qui s’imposent aux organismes publics, les conséquences en seraient catastrophiques.

Nos amis européens vont bien rigoler, se réjouir de voir les organismes publics français faire un saut spectaculaire… de 15 ans en arrière !

Rappel : la première solution moderne de bureautique, cloud, collaborative, est arrivée en France en 2007, avec Google Apps.

À l’époque, la France était dans le peloton de tête de l’innovation informatique : 60% des entreprises qui avaient testé Google Apps avant son annonce officielle à Paris , avant les Etats-Unis, étaient françaises.
Valeo a été en 2007 la première entreprise au monde à déployer à grande échelle, pour plus de 35 000 personnes, Google Apps.

Nous étions, avec Laurent Gasser, les deux fondateurs de la société Revevol, à l’origine de cette belle réussite française.

 

Miracle ! Une cinquième option, exceptionnelle, pointe le bout de son nez !

J’étais sur le point de finaliser ce billet quand j’ai reçu une information qui m’a redonné espoir dans l’avenir de la bureautique dans les organismes publics.

La solution Google Workspace, avec tous ses composants, est depuis peu référencée sur le catalogue numérique du gouvernement, comme le montre cette page de leur site.
La centrale d’achat du gouvernement, l’UGAP, a mis Google Workspace à son catalogue.

Google Workplace au catalogue gouvernement

Si cette cinquième option est confirmée dans la version 2 de cette note de la DINUM, c’est une avancée extraordinaire pour les organismes publics français.

Une véritable solution cloud, native SaaS multitenant, proposant l’ensemble des fonctionnalités bureautiques, communication et collaboration est disponible. C’est, parmi les cinq options, la seule solution moderne, pérenne, opérationnelle en 2021.

Ma recommandation à tous les organismes publics : précipitez-vous, dès le 27 septembre 2021, pour passer commande de Google Workspace pour 100% de vos collaborateurs.

Ne laissez pas passer cette occasion d’accélérer votre Transformation Numérique avec la solution universelle de bureautique, de communication et de collaboration la plus innovante du marché mondial.

Soyons très clairs : cette cinquième option, la possibilité de déployer Google Workspace, rend caduques les quatre autres options auxquelles faisait référence cette note de la DINUM.

 

Le b.a.-ba d’une bonne gouvernance numérique en 2021

Ce paragraphe est écrit pour aider les quelques responsables politiques chargés du numérique dans le secteur public en France qui n’ont pas eu l’opportunité de suivre les évolutions majeures de l’informatique et du numérique au cours des 20 dernières années.

Il leur permettra d’actualiser rapidement leurs compétences.

Les lecteurs de mon blog y retrouveront des idées que je défends depuis longtemps.

Le modèle B I S D

Modèle BISD - Infra  Soutien  Métiers -Data copieJ’ai proposé ce modèle B I S D d’architecture du numérique en 2019,

I = Infrastructures.

Toutes les organisations, publiques et privées, doivent basculer le plus vite possible sur des clouds publics professionnels, fermer ses centres de calculs privés et passer d’une logique CAPEX à une démarche OPEX.

Ce graphique, publié par Synergy Research, montre que les entreprises européennes l’ont bien compris et plébiscitent les grands leaders mondiaux.

Sur un marché en forte croissance, la part des acteurs européens est passée de 28% en 2017 à 16% en 2021.

Synergy part de marché Cloud européen

Il y a en France de la place pour des acteurs sérieux tels qu’Outscale de Dassault ou Scaleway de Free, qui sont capables de répondre à des besoins très spécifiques.

S = Support

Les usages support sont tous ceux qui sont présents dans toutes les entreprises et organisations publiques, quelles que soient leurs activités. La bureautique, les outils de communication et de collaboration en sont les composants les plus universels. Finance, ressources humaines, commercial sont d’autres domaines où les usages support sont omniprésents.

En 2021, la seule réponse numérique responsable pour les usages support, ce sont les solutions SaaS multitenant, dans les clouds publics. Dans le monde, le duopole des années 1990, Microsoft et IBM, a été remplacé par le duopole Microsoft et Google. Il reste encore quelques acteurs de niche, comme Zoho.

Imaginer une seconde que les organismes publics français puissent se transformer en Astérix de la bureautique… quelle bêtise, quelle perte de temps !

D = Données

Reprendre le contrôle de ses données est une priorité de toutes les entreprises ; j’ai écrit en 2021 deux billets sur ce thème, et .

J’ai aussi abordé au début de ce billet le thème des données, mais il existe un autre sujet important que je souhaite évoquer, l’Open Data.

Open Data Gouvernement françaisLa France a pris une position de leader européen dans un domaine clef, la mise à disposition des données publiques avec sa démarche volontariste dans l’Open Data.

Petites questions : est-ce que ces données Open data sont sensibles ? Est-ce que ces données Open data sont des trésors nationaux ? Est-ce que le contenu d’un courriel envoyé par un employé de mairie est plus “sensible” que les données du plan cadastral disponible en Open data ?

J’ai vraiment beaucoup de mal à concilier la vision positive, ouverte, innovante du secteur public français dans le domaine des “Open Data” avec cette démarche rétrograde sur les outils bureautiques présentée par la note de la DINUM.

B = Business, cœur métier

C’est le SEUL domaine où les organismes publics, centraux ou régionaux, peuvent investir dans le développement d’applications à forte valeur ajoutée.

Logo COTER NumériqueC’est encore plus important dans les organismes régionaux, départements et villes, qui ont tous des centaines d’applications métiers spécialisées à mettre en œuvre.
La mutualisation de ces applications métiers aurait beaucoup de valeur et des organismes comme le COTER, club d’échanges entre les DSI des collectivités locales, pourraient y jouer un rôle majeur.

Déployer ses applications en version SaaS multitenant sur un acteur français de l’infrastructure aurait bien sûr beaucoup de sens. “Cloud au Centre”, oui, mais pour les seuls usages métiers spécifiques du secteur public.

 

Formation

J’anime depuis des dizaines d’années des séminaires en interne dans des entreprises et des organismes publics pour expliquer à leurs dirigeants, leurs équipes informatiques et tous leurs collaborateurs quelles sont les tendances majeures en matière du numérique.

Je serai très honoré que la DINUM et d’autres organismes publics me mettent à contribution pour les aider dans leur mission de sensibilisation pour promouvoir dans le secteur public une vision moderne, positive et enthousiasmante des solutions numériques d’avenir.

J’ai préparé un document qui présente les différentes interventions que je peux mener. Ce tableau en présente une synthèse.

Actions sensibilisation Louis Naugès copie

En conclusion

La France est le seul pays européen qui se ridiculise avec ses défilés tous les samedis de quelques milliers d’antivax, où l’on retrouve des personnes mues par des objectifs très différents. Je suis scandalisé quand je vois des responsables politiques participer à ces manifestations, aveuglés par de minables considérations politiciennes qui ignorent la science et la rationalité. Ces politiques sont des assassins (meurtre avec préméditation) qui auront sur la conscience des milliers de morts inutiles. L’exemple actuel de la Guyane est le plus monstrueux.

Anti Pass Sanitaire  anti cloud publicLes responsables politiques qui tiennent des discours irresponsables “anti-Cloud” sont dans la même logique de refus de comprendre les évolutions modernes du numérique, de déni de la réalité. Ce sont les assassins en puissance de la compétitivité numérique des organismes publics français. Ces organismes ont peu de ressources, humaines et financières, pour faire face aux demandes prioritaires. Leur faire perdre du temps, de l’efficacité en publiant des notes qui freinent encore plus leurs capacités à évoluer, ce n’est certainement pas ce qu’il y a de plus intelligent.

Oui, je crois beaucoup aux potentiels de la France et de l’Europe dans les métiers du numérique, comme je l’ai écrit dans ce billet récent. Il faut simplement, comme je l’explique, bien choisir ses priorités. Développer en interne des solutions bureautiques ne fait pas partie de mes recommandations !

Chien Aboie  caravane passeSous sa forme actuelle, l’annonce de la DINUM montre à quel point une petite partie des responsables politiques du numérique en France restent dans un modèle de combats d’arrière-garde, en essayant de remonter le cours de l’histoire informatique des 20 dernières années. Ils conduisent dans un monde où l’innovation numérique est exponentielle, les yeux rivés sur le rétroviseur.

Heureusement, le panorama numérique dans le secteur public français change totalement avec cette autorisation de Google Workspace.

AdS DPC enfant nœud papillon bravo S 94633934Je serai le premier à féliciter la DINUM quand sortira une deuxième note, avec le même poids que la première, pour confirmer que tous les organismes publics, centraux et territoriaux, ont la possibilité, en mettant en œuvre Google Workspace, de consacrer leurs ressources numériques limitées, en personnes et en euros, à des projets à forte valeur ajoutée dans leurs activités cœur métiers.

En même temps, je suis certain que la DINUM va recevoir une pluie de critiques de tous ceux qui se réjouissaient après la publication de cette note.

Favoriser Google Workspace, une véritable solution Cloud SaaS, par rapport à une solution “pseudo-Cloud”, Microsoft Office 365, utilisée par plus de 90% des personnes avec leur client lourd Outlook-Office, vieux de 30 ans, c’est pour moi une décision courageuse et intelligente.

Il faudra maintenant attendre la réaction des dirigeants de Microsoft France...


Numérique : après les cols blancs, priorité aux FLW, Front Line Workers

 

- Office Workers & FLWDans un billet publié à la fin de l’année 2020, j’ai mis en évidence à quel point les FLW, Front Line Workers, les travailleurs en première ligne, sont essentiels dans l’économie mondiale.

Aujourd'hui, j'analyse les profondes différences entre les solutions numériques dominantes, destinées en priorité aux cols blancs, et celles dont ont besoin les FLW.

Je n’aborde pas dans ce billet le thème des usages au service des clients externes ; mon analyse se centre sur les solutions numériques à destination des clients internes.

Les dirigeants et les DSI doivent se fixer une nouvelle priorité pour les 5 années qui viennent : répondre aux véritables attentes numériques des FLW.

Pour cela, il est nécessaire d’“oublier” une grande partie de leurs certitudes actuelles sur ce qu’ils pensent être les bonnes pratiques numériques.

L’objectif ambitieux de ce billet est de servir de référence pour toutes les entreprises qui décident de mettre des solutions numériques de qualité au service de leurs FLW.

Sa longueur est le prix à payer pour présenter des réponses sérieuses et pérennes.

 

Les FLW, Front Line Workers

(Rappel des points essentiels développés dans le billet cité plus haut.)

- 80% Workforce is desklessLes FLW sont environ 2 700 millions dans le monde et représentent 80% des travailleurs, face aux 20% de cols blancs. On les nomme aussi les “Deskless”, les sans bureaux.

Les FLW passent l’essentiel de leur temps sur le terrain, dans une usine, un champ, un camion de livraison, un entrepôt, un restaurant, une boutique, un chantier de travaux publics...

Leur métier de base n’est jamais le numérique. Tous les FLW ont besoin de l’aide du numérique, mais c’est toujours en soutien de leur métier principal.

 

Cols blancs et FLW : principales différences

Pendant les 50 premières années de l’informatique, les entreprises et les équipes informatiques ont concentré leurs efforts à répondre aux attentes des cols blancs. Quand on devait équiper des FLW, on leur donnait accès aux mêmes applications que les cols blancs.

Ce tableau présente les principales différences qu’il faut prendre en compte pour réussir une transformation numérique au service des FLW.

- Différences office workers vs FLW

Leur nombre : les FLW sont 5 fois plus nombreux que les cols blancs. C’est une moyenne mondiale et les situations varient selon les pays ou les secteurs d’activités.

Dans beaucoup de pays africains, les FLW agriculteurs peuvent représenter jusqu’à 60% de la population active.

À l’inverse, dans une banque française, plus de 95% des collaborateurs sont des cols blancs.

Les budgets informatiques : dans une étude pour l’année 2020 citée dans mon billet précédent sur les FLW, le Gartner Group estime que 80% des dépenses informatiques étaient consacrées aux cols blancs et seulement 20% aux FLW.

Ramenés à chaque salarié, ces chiffres sont encore plus surprenants : en moyenne, les entreprises dépensent en informatique 16 fois moins pour un FLW que pour un col blanc !

Les objets d’accès : la majorité des applications informatiques ont été développées pour des terminaux puis des PC. Le clavier, l’écran et la souris sont des outils banalisés pour tous les cols blancs.

Pour les FLW, le smartphone est devenu l’objet d’accès aux applications informatiques le plus répandu. Il est parfois remplacé par une tablette, mais pratiquement jamais par un PC.

Les interfaces : Les cols blancs travaillent en priorité sur des textes et des chiffres, disponibles sur les claviers de leurs PC. Les applications mises à disposition des FLW sont majoritairement copiées de celles destinées aux cols blancs et essaient d’imposer ces mêmes interfaces claviers. Pour répondre aux véritables attentes des FLW, les usages numériques devront changer de paradigme et privilégier les interfaces images, plus naturelles, plus efficaces pour des usages terrain.

 

Solutions numériques existantes pour les FLW

En 2020, il existe de nombreuses applications destinées aux FLW, souvent de haute qualité, qui répondent à de véritables besoins.

Pour l’essentiel, ces applications ne sont pas en “rupture” avec celles disponibles pour les cols blancs. Elles numérisent des processus existants, basés sur des formulaires historiques papier.

Suivis de chantiers, gestion de planning d’intervenants sur le terrain, mesures de niveaux de stocks dans des rayons de supermarché… ces processus ont été améliorés par l’usage de tablettes ou de smartphones, mais sans les repenser en profondeur. Parfois, l’image sera utilisée, mais en pièce jointe, comme élément de confirmation ou de justification. L’image ne sera pas au cœur de la démarche, du processus.

- Praxedo -SaaS Gestion interventionsCe sont des solutions spécialisées, qui répondent aux attentes d’un métier.

La solution française Praxedo en est une belle illustration : cette offre SaaS aide les entreprises à gérer leurs équipes d’intervention, et elle le fait très bien.

Un autre exemple est la startup MaintainX qui vient de lever 50 M$ pour accélérer sa croissance dans la gestion des workflows de maintenance industrielle.

 

Mettre à profit les solutions informatiques existantes

Ce schéma simple a pour ambition de résumer l’évolution de l’informatique des entreprises au cours des 60 dernières années.

Pourquoi avoir choisi 1960 comme année de départ ? Il y avait des ordinateurs avant.

1960, c’est l’arrivée du premier ordinateur universel de gestion, l’IBM 360, qui s'est rapidement imposé comme la solution dominante dans les entreprises. Plus de 5 000 grandes entreprises dans le monde utilisent encore en 2021 les Mainframe Z d’IBM, successeurs des 360.

- 1960 - 2030 - Technologie Cols blancs FLW

- La courbe en rouge représente l’évolution exponentielle de la puissance des solutions informatiques, infrastructures et usages.

- La courbe en bleu montre l’évolution des attentes des cols blancs. Il a fallu attendre longtemps, plus de 50 ans, avant que les solutions informatiques puissent répondre à toutes les attentes des cols blancs. Depuis 2015, l’offre est en avance sur ces attentes, et l’écart entre les deux va encore s’accroître d’ici à 2030.

- La courbe en vert montre l’évolution des attentes des FLW. Grands oubliés de la Transformation Numérique, les entreprises ont ignoré les attentes des FLW, alors qu’elles étaient moins complexes que celles des cols blancs !

Plutôt que de se plaindre  de cette situation, il faut penser à demain, et la météo numérique est au beau fixe pour les FLW. En 2021, les potentiels immédiats des solutions disponibles sont très largement supérieurs aux réponses actuelles proposées aux FLW. Il est possible, rapidement, de rattraper ce retard et de fournir aux FLW des réponses de qualité à toutes leurs attentes. J’espère qu’en 2030 on aura atteint la même situation que pour les cols blancs : le numérique aura répondu à l’essentiel des demandes de tous les FLW du monde.

Comparées à celles des cols blancs, les attentes des FLW sont :

● Simples : le numérique n’est pas leur activité principale, mais une assistance à leurs métiers. Plus les solutions proposées seront simples, plus les FLW seront heureux !

● Spécialisées : le cariste dans un entrepôt, la personne qui vérifie la qualité des produits finis, l’agriculteur qui analyse une plante malade… toutes ces activités demandent des solutions numériques très spécialisées, adaptées à chacun de ces métiers.

● Spécifiques : au lieu de construire des ERP pour FLW, les entreprises doivent développer des dizaines, des centaines de petites applications spécifiques pour coller aux véritables besoins des FLW.

J’aurais aimé parler d’applications S3, Simples, Spécialisées et Spécifiques, mais l'expression est déjà utilisée par AWS pour sa solution de stockage S3, Simple Storage Service.

Je vais donc utiliser dans la suite de ce texte les nommer FLW-S3.

Il y a une deuxième raison d’être optimiste quand une entreprise cherche à rattraper le retard pris par son Système d’Information au service des FLW. Elle peut réutiliser une grande partie des investissements déjà réalisés pour les cols blancs et les mettre au service des FLW.

- SI Partagé - White collars - FLW

Les technologies disponibles en 2021, telles que le Cloud et les API, permettent de connecter les nouvelles applications destinées aux FLW aux solutions existantes, et en priorité aux données qu’elles produisent.

Mon diagnostic, en résumé : les entreprises ont pris conscience de l’importance des FLW, comprennent quelles sont les différences des solutions numériques FLW par rapport à celles des cols blancs et peuvent s’appuyer sur les SI existants pour aller vite.

Quelles sont les prochaines étapes ?

 

Le modèle B I S D, appliqué aux FLW

- Modèle BISD - Infra  Soutien  Métiers -DataLorsque j’ai imaginé en 2015 le modèle B I S, Business, Infrastructures, Support, modifié en 2019 en B I S D en ajoutant la dimension Donnée, je m’adressais aux cols blancs, qui étaient encore la priorité des Systèmes d’Information.

Est-ce que ce modèle B I S D peut aussi être utilisé pour les FLW ? La réponse est : oui !

Prenons les quatre éléments, un par un.

I - Infrastructures.

Les solutions Cloud Public s’imposent aussi pour les FLW ; leur niveau de maturité en 2021 est tel qu’il n’y a plus d’alternatives crédibles.

S - Usages Support.

Les fonctions Support destinées aux cols blancs ne sont pas adaptées aux attentes des FLW. Les outils bureautiques classiques, les fonctions support en commerce, ressources humaines ou finances, ne font pas partie des outils SaaS dont ont besoin les FLW.

Il est nécessaire d’imaginer ces nouvelles fonctions support, universelles. Je propose de les nommer solutions “Frontiques”. Elles sont présentées dans la suite de ce billet.

B - Usages Business, cœur métier.

Ce sont les usages que j’ai nommés FLW-S3 dans un paragraphe précédent : simples, spécialisées et spécifiques. En 2021, les outils les mieux adaptés pour construire ces applications FLW-S3 sont regroupés dans les familles “No Code” et “Low Code”. Ils peuvent être utilisés directement par les métiers, au plus près du terrain.

D- Données.

Les applications destinées aux FLW peuvent accéder aux bases de données utilisées par les cols blancs pour les données structurées classiques. Ils ont en plus des besoins très spécifiques pour gérer efficacement les images qui seront au cœur de ces nouveaux usages.

Les spécificités du modèle B I S D pour les FLW sont résumées dans le schéma ci-dessous.

- modèle BISD -FLW

 

Solutions “Frontiques”

J’ai créé dans les années 1970 le mot “Bureautique” pour parler des outils informatiques universels utilisés par les cols blancs : traitement de texte, tableur, messagerie...

Il est difficile de parler de la Bureautique des FLW quand on sait qu’ils sont “deskless”, sans… bureaux !

Comment nommer les outils numériques universels qui seront utilisés par les FLW ?

Je vous propose le mot “Frontique”.

Est-ce qu’il aura le même succès que le mot bureautique ? L’avenir le dira.

Quelles seront les principales fonctionnalités frontiques ? Une chose est certaine, ce ne seront pas les fonctionnalités des cols blancs tels que le traitement de texte ou le tableur.

Elles seront liées à l’image, qui devient l’interface dominante pour les FLW.

Avec les équipes de WizyVision, nous travaillons sur ce sujet depuis des années.

Les premières fonctions frontiques que nous avons identifiées sont :

● Lire dans l’image : retrouver un numéro de série, relever une mesure...

● Trouver dans l’image : identifier un objet présent dans l’image pour apporter au FLW les informations pertinentes.

● Compter dans l’image : combien de produits dans un rayon, sur une palette...

● Mesurer dans l’image : calculer la surface ou le volume d’un objet, déterminer combien peuvent être chargés dans un camion...

D’autres fonctions universelles frontiques seront développées, mais en petit nombre. Le principe de base des fonctions frontiques est qu'elles doivent pouvoir être utilisées par la grande majorité des FLW, quels que soient leurs métiers et leurs secteurs d’activité.

 

Répondre aux attentes des FLW : les réponses de WizyVision

Je vais prendre pendant quelques minutes ma casquette de Chief Strategy Officer de Wizy.io, éditeur de solutions SaaS pour FLW, dont je suis l’un des cofondateurs.

Wizy.io a deux produits à son catalogue :

WizyEMM, un outil pour sécuriser et gérer les terminaux Android, en priorité pour les FLW, mais pas seulement.

WizyVision, qui met l’image au service des FLW, que je présente ici.

En tant que responsable de la stratégie, j’ai beaucoup réfléchi sur les attentes des 2 700 millions de FLW. Ce billet est en grande partie le fruit de ces réflexions.

Les équipes de WIzy.io ont construit les solutions WizyVision qui s’appuient sur le modèle B I S D pour FLW défini ci-dessus.

I - Infrastructures : parmi les trois acteurs principaux du marché, GCP de Google était un choix évident :

● Fortes compétences dans l’image et la vidéo avec Google Photos et YouTube. La majorité des API de Google dans ses domaines sont disponibles et utilisées par WizyVision.

● Des outils d’Intelligence Artificielle et de Machine Learning au plus haut niveau, tels que TensorFlow, plateforme développée par Google et mise en Open Source dès 2015.

● Avec Android, Google contrôle 85% du marché des mobiles et les FLW sont équipés à plus de 90% de smartphones ou tablettes Android. Les rares exceptions sont dans le secteur du luxe où, pour des questions d’image, les vendeurs sont parfois équipés d’iPhone et d'iPad.

● La majorité des FLW sont en Asie Pacifique, Amérique du Sud ou Afrique. Ce sont des zones où les accès à Internet sont souvent problématiques. Google est le plus grand propriétaire mondial de fibres optiques, maritimes et terrestres. Google vient aussi de signer un accord avec Starlink d’Elon Musk, qui fournira des accès 100 Mb/s par satellites à basse altitude, en priorité dans les zones à faible couverture Internet.

- Main types of Databases in CloudD- Données : lorsque j’ai cherché en 2019 pour une entreprise française une base de données, native cloud, spécialisée pour les contenus multimédias, j’ai découvert que l’offre était... inexistante. Ceci est confirmé par ce tableau, publié en 2020, des principales solutions de gestion de bases de données pour Kubernetes et les trois géants du Cloud Public.

L’offre est pléthorique pour les données structurées et semi-structurées, sous toutes leurs formes. Il faut aller à la dernière ligne du tableau pour voir “non structurées”, images, vidéos, sons….et les seules réponses disponibles sont non spécialisées, de type S3 chez AWS !

Pour combler ce vide technique surprenant, WizyVision a construit la première et la seule base de données cloud spécialisée pour les contenus multimédias, que nous avons appelée DAC, Digital Asset Center.

S - Usages Support, Frontiques : WizyVision développe progressivement l’ensemble des usages frontiques dont j’ai parlé plus haut. Comme ils sont construits sur GCP de Google, ils pourraient fournir à Google un avantage concurrentiel majeur vis-à-vis de son grand concurrent Microsoft !

- Solutions universelles cols blancs vs FLW

Pour les cols blancs, Google propose Google Workspace, une solution remarquable, mais qui se heurte au quasi-monopole historique des outils Office 365. À l’inverse, les premières solutions frontiques disponibles, construites sur GCP par WizyVision, auront un boulevard devant elles !

B - Usages Business, cœur métier : WizyVision propose une plateforme de Machine Learning “No Code”, ML Studio, qui permet aux entreprises et à ses partenaires de construire rapidement des modèles de Machine Learning, simples, dans la logique “FLW-S3” présentées plus haut.

- modèle BISD -FLW WizyVisionCes choix stratégiques sont résumés dans ce schéma qui présente les réponses de WizyVision pour le modèle B I S D des FLW.

Pour les entreprises qui décident de proposer des solutions numériques adaptées aux véritables attentes de leurs FLW, la bonne nouvelle, c’est qu’elles existent et sont opérationnelles. WizyVision a l’ambition de devenir un acteur mondial sur ce marché des FLW, mais d’autres offres existent ou vont apparaître dans les années qui viennent.

- Factory AI Cloud Image FLW smartphone WizyVisionCe schéma résume les points forts des solutions WizyVision :

● En priorité pour les FLW.

● Accessible par smartphone.

● L’image au cœur de la solution.

● Construit sur le Cloud.

● Utilise l’Intelligence Artificielle.

 

Investir dans des solutions numériques pour les FLW : quels bénéfices

- Problems with FLW bad ITLe sous-investissement dans les solutions numériques au service des FLW a de nombreuses conséquences négatives pour les entreprises, comme le montre cette étude réalisée par Android Entreprise :

● Perte d’efficacité pour l’entreprise.

● Salariés démotivés.

● Clients mécontents.

● ...

- Top reasons for investing in IT for FLWUne autre étude, réalisée par Emergence en 2018, montre, à contrario, qu’il y a beaucoup de bénéfices potentiels lorsqu'une entreprise investit dans des solutions numériques spécifiques pour les FLW.

Les bénéficiaires sont, en même temps :

● Les entreprises : productivité, réduction des coûts, conformité...

● Les salariés FLW, avec de meilleures conditions de travail et de communication.

● Les clients, au contact avec des FLW.

Équiper les FLW de solutions numériques performantes, ce sont des investissements de faible montant, à très forte rentabilité. Il serait dommage de s’en priver !

 

Résumé

- FL work  FL Worker  Fournisseurs WIn Win WInLe numérique au service des FLW sera l’un des principaux relais de croissance de l’industrie du numérique de cette décennie.

● Les entreprises de tous les secteurs d’activités qui emploient des FLW ont beaucoup à y gagner.

● Les FLW, enfin équipés des solutions numériques nativement construites pour eux, verront leur qualité de vie au travail s’améliorer rapidement.

● Les fournisseurs de technologies numériques, en infrastructures et en usages, qui seront les premiers à investir pour construire des solutions spécialisées pour les FLW prendront une longueur d’avance sur leurs concurrents et il sera difficile de les rattraper.

Un beau trio de gagnants en perspective !

Les potentiels sont impressionnants, les premières places sont à prendre, mais il faudra faire vite.

On l’a déjà vu avec le marché des solutions IaaS, Infrastructures as a Service dans le cloud : il était balbutiant en 2007, les jeux étaient faits en 2017.

Pour les FLW, les acteurs dominants seront en place, avant la fin de l’année 2030.


TSMC, l’AWS de la production de circuits électroniques

 

Logo TSMCTSMC ? Posez la question autour de vous : connaissez-vous TSMC, savez-vous ce qu’ils font?

Il est probable que la majorité des personnes vous répondront qu’elles n’en ont pas la moindre idée.

TSMC, Taiwan Semiconductor Manufacturing Company, est, comme son nom l’indique, une société basée à Taiwan qui fabrique pour le compte d’autres entreprises des semi-conducteurs, en priorité des microprocesseurs.

La pénurie mondiale de microprocesseurs fait la une des journaux depuis quelques semaines. Elle met en évidence le rôle clef des “fondeurs”, les entreprises comme TSMC.

Que les plus grands constructeurs automobiles du monde soient obligés de fermer leurs usines parce que quelques composants électroniques indispensables font défaut, c’est une autre illustration de la sensibilité de l’économie mondiale à un petit nombre d’industries de base.

Pénurie puces mondiale automobile

En 2021, des milliers d’éditeurs de logiciels sont “infrastructures less” et s’appuient sur les solutions des géants du cloud public, AWS, GCP ou Azure pour leurs infrastructures.

En 2021, des centaines de concepteurs de composants électroniques sont “fabless”, sans usine de production et s’appuient sur TSMC pour fabriquer les composants qu’ils conçoivent.

TSMC joue, pour ces concepteurs de composants, le même rôle qu’AWS, IaaS pour les éditeurs de logiciels SaaS. TSMC, c’est un CaaS, Chip as a Service !

Dans ce billet, je présente un panorama raisonnablement complet de l’écosystème des composants électroniques. Il y a un grand nombre d’enjeux stratégiques mondiaux dans cette industrie ; il est important de comprendre comment elle fonctionne.

 

TSMC en quelques chiffres

TSMC est le numéro un mondial des fondeurs indépendants, qui travaillent exclusivement pour d’autres entreprises et ne commercialisent pas directement leurs microprocesseurs.

TSMC est né en 1987, il y a 35 ans. Bien que l’entreprise soit basée à Taiwan, son capital est détenu à 80% par des investisseurs étrangers ; elle est cotée à Taiwan et à New York.

TSMC a investi massivement dans l’innovation ; ils sont aujourd’hui les plus avancés dans les solutions de pointe. Dans cette industrie, l’un des indicateurs de performance est l’écart qui sépare deux connexions ; il se mesure en nanomètre, nm.

TSMC 5nm factoryTSMC est l’un des seuls, avec Samsung, à proposer depuis 2020 des microprocesseurs en 5 nm. Les investissements industriels nécessaires à la fabrication de ces microprocesseurs sont gigantesques, comme le montrent cette image d’une des usines TSMC en 5 nm et le montant des investissements réalisés par TSMC depuis 2009.

TSMC CAPEX 2009-2021

Les smartphones d’Apple avec les processeurs A14 sont construits en 5 nm par TSMC.

5 nm, c’est vraiment très petit, mais difficile à visualiser. Concrètement, cela signifie qu’il y a 134 millions de transistors par mm2.

Apple A14 chip componentsCe schéma des composants d’un processeur A14 d’Apple donne le vertige ! Sur 100 mm2, il y a presque 12 milliards de transistors.

TSMC prévoit de passer au 3 nm en 2021 et Apple a déjà réservé pour ses prochains iPhone toute la production de TSMC en 3 nm.

 

Microprocesseurs : qui fait quoi dans cette industrie

Nous utilisons tous des centaines de microprocesseurs dans notre vie quotidienne. On pense en priorité aux ordinateurs et smartphones. Ces microprocesseurs sont aussi présents dans des milliers d’objets de notre quotidien : voitures, télévisions, équipements électroménagers…

Ce sont les bases de tous les usages numériques et il est important de comprendre “qui fait quoi” dans cette industrie vitale pour toutes les activités économiques de la planète.

J’ai représenté sur ce schéma cinq niveaux d’acteurs qui interviennent dans cette industrie.

De bas en haut :

● Fournisseurs d’équipements industriels.

● Fondeurs : usines de fabrication.

● Concepteurs de processeurs : développent les architectures de microprocesseurs

● Objets d’accès : incorporent des microprocesseurs dans nos PC, tablettes ou smartphones.

● Serveurs Clouds publics : les grands acteurs du Cloud Public sont aussi des concepteurs de microprocesseurs.

Couches basses infrastructures numériques

Pour chacun de ces niveaux, j’ai sélectionné quelques acteurs économiques importants, présentés dans les prochains paragraphes.

Ce schéma sert de référence pour la suite de ce billet.

 

Fournisseurs d’équipements industriels

Les machines-outils utilisées par les fondeurs sont très spécialisées et complexes. Deux des leaders mondiaux dans ce domaine sont ASML et Applied Materials

ASML, Advanced Semiconductor Materials Lithography

ASML Dutch roots  30 yearsASML est encore moins connue que TSMC ! C’est pourtant le leader mondial de la lithographie, qui permet de dessiner les circuits électroniques en nm. ASML est une société… européenne, basée à Eindhoven aux Pays-Bas, ancienne filiale du groupe Philips. C’est l’un des très rares domaines du numérique où l’Europe a un leader mondial.

Si ASML arrêtait sa production de machines, toute l’industrie mondiale des composants électroniques serait rapidement à l’arrêt.

Cet article récent, publié le 15 avril 2021, montre que l’on commence à prendre conscience de l’importance d’ASML dans toute l’économie mondiale.

ASML indispensable à l'économie

Coïncidence ? Comme TSMC, ASML est née il y a 35 ans.

ASML Litho 2Grâce à des investissements massifs en R&D, ASML s'est construit un quasi-monopole dans les équipements lithographiques haut de gamme dont les fondeurs ont besoin pour fabriquer leurs circuits électroniques.

Cette image montre l’une de ces machines en train de graver une “galette” qui contient des centaines de microprocesseurs. N’oubliez pas qu’il y a sur une seule galette de l’ordre de 3000 à 6000 milliards de transistors !

Applied Materials

Avant de graver les galettes de silicium, il faut les fabriquer. C’est l’un des métiers d’Applied Materials.

Applied material deposition technologyApplied Materials est née en Californie ; ils aiment dire qu’ils sont le “Silicon de la Silicon Valley”.

Comme ASML, les investissements en R&D d’Applied Materials permettent les améliorations spectaculaires que l’on connaît dans le monde des microprocesseurs.

Il existe beaucoup d’autres entreprises dans ce secteur des équipements industriels, mais ASML et Applied Materials sont représentatives d’une industrie dont dépend toute l’économie mondiale et qui reste inconnue du grand public et d’un grand nombre de professionnels du numérique.

 

Fondeurs

C’est dans cette catégorie que se trouve TSMC.

Ce tableau donne la liste, en 2020, des principaux acteurs du marché.

La taille des “wafers”, les galettes, est un paramètre clef : plus ils sont grands, plus on peut fabriquer de circuits électroniques à partir d’une seule galette. Aujourd’hui, les galettes de 300 mm et 200 mm sont utilisées pour les microprocesseurs.

Wafers leaders by size  2020

Les trois fondeurs que j’ai sélectionnés sont :

● TSMC

● Samsung

● Intel

Intel n’est plus dans les cinq premiers dans la catégorie reine, des 300 mm ; il est sixième. C’est pourtant encore celui auquel on pense en priorité quand on parle de microprocesseurs !

Samsung est le numéro un dans la catégorie des 300 mm.

TSMC est le numéro un mondial si l’on additionne les 300 mm et les 200 mm.

TSMC Intel Samsung investissements Le métier de fondeur est très consommateur de capitaux : les usines ont des coûts unitaires qui se chiffrent en milliards de dollars.

Ce tableau donne les montants des investissements annoncés par les trois acteurs cités. Il faut le regarder avec attention ; les périodes d'investissements ne sont pas les mêmes.

TSMC parle de 3 ans, Samsung de 10 ans et Intel… ne dit rien sur la période  couverte.

Intel

Intel n’est plus le leader que l’on a connu dans le siècle dernier. Il fait face à de nombreuses difficultés. J’en ai sélectionné trois :

Intel annonce un investissement de 20 milliards de dollars. Très bien, mais nul ne sait sur quelle période, alors que TSMC annonce 100 milliards, 5 fois plus, et sur 3 ans.

Intel invest 20 B$

Intel will use TSMC for top of the line products● En même temps, Intel annonce que ses usines fabriqueront des circuits en 7 nm, alors que TSMC produira dès 2021 des circuits en 3 nm. Conséquence : Intel annonce qu’il va sous-traiter à… TSMC la fabrication de ses processeurs haut de gamme en 2023, car il n’a pas la capacité en interne pour le faire.

● Intel annonce aussi qu’il mettra ses usines au service d’autres concepteurs de processeurs. Je ne suis pas convaincu qu’il y aura beaucoup de clients pour travailler avec un concurrent potentiel, qui en plus n’est pas capable de proposer les technologies les plus modernes.

TSMC

TSMC va investir 100 B$, et en trois ans, pour répondre à une demande croissante du marché.

TSMC va investir 100 B$

Comme on l’a vu, TSMC a pour ses clients deux avantages majeurs sur Intel :

● Accès aux technologies les plus modernes, 3 nm dès 2021.

● Pas de risques de concurrence : TSMC ne fabrique pas de processeurs sous sa marque.

TSMC market share by sizy of nmLa domination de TSMC est encore plus évidente si on regarde les parts de marché par familles de produits. Dans les solutions haut de gamme, 10 nm ou moins, TSMC avec 90% et Samsung avec les 10% restants trustent le marché.

Ce graphique montre l’évolution sur les 5 dernières années des cours de bourse d’Intel et de TSMC. On comprend mieux pourquoi TSMC a vu son cours grimper de 374% alors qu’Intel s'est contenté de 111%.

Share price Intel vs TSMC

 

Concepteurs de processeurs

Cette famille regroupe des dizaines de sociétés qui conçoivent des processeurs. J’ai choisi de parler de quatre d’entre elles, qui sont représentatives des différentes stratégies possibles.

Apple

Apple a une très forte équipe interne pour concevoir des circuits électroniques propriétaires et en tirer un avantage compétitif. Le premier MacBook Air avec un processeur non Intel, le M1, sur base ARM, en est le dernier exemple.

Apple est un “fabless” : il fait fabriquer ces processeurs par les trois fondeurs cités, Intel, Samsung et TSMC.

Nvidia

Nvidia ampere AI processorNvidia est l’une des vedettes montantes du secteur. Après les cartes graphiques, Nvidia est devenu très présent dans les processeurs pour l’Intelligence Artificielle. Nvidia est, comme Apple, une entreprise “Fabless”.

À la différence d’Intel, Nvidia a su innover et diversifier ses marchés ; c’est un acteur clef dans de nouveaux secteurs comme les jeux vidéo. Ses performances spectaculaires en bourse, avec un cours multiplié par 14 en 5 ans, confirment ce succès.

Share price Nvidia 5 years

Nvidia a annoncé son intention de racheter ARM pour 40 milliards de dollars. Cette opération n'est pas encore confirmée et de nombreux acteurs tels que Qualcomm et des autorités de la concurrence sont contre.

Qualcomm object deal ARM - Nvidia

L’histoire d’ARM est exemplaire des échecs de l’Europe. ARM est le leader mondial des processeurs présents dans tous les smartphones du monde. ARM est née en Angleterre, a été financée par le gouvernement britannique avant d’être rachetée par le japonais Softbank.

Si le rachat par Nvidia est bloqué, ce serait une excellente opportunité pour l’Europe de mettre la main sur un acteur clef du marché. 40 milliards de dollars, ce n’est pas un investissement déraisonnable pour revenir sur ce marché essentiel!

Intel

Intel est de loin la marque la plus connue dans l’industrie des microprocesseurs. Comme on l’a vu précédemment, sa place réelle dans l’industrie est aujourd’hui en dessous de sa notoriété, et continue à chuter rapidement.

Intel avait une place clef dans les ordinateurs personnels, concurrencé seulement par AMD. Il vient de perdre un client important, Apple, qui bascule sur des processeurs de la famille ARM conçus en interne. Intel est totalement absent du marché des smartphones, dominant en volume.

Intel avait aussi une place dominante dans les centres de calculs. Cette domination est elle aussi remise en cause par l’arrivée des géants du cloud public. J’y reviens plus loin.

● Les entreprises ferment leurs centres de calculs privés, ce qui réduit la taille du marché.

Nvidia in data centers● AWS, GCP et Azure construisent de plus en plus leurs propres serveurs, et ils ne sont plus seulement construits avec Intel. ARM, Nvidia et beaucoup d’autres prennent chaque jour une place plus importante dans leurs infrastructures.

Quel avenir pour Intel ? Dépassé dans son rôle de fondeur, attaqué dans les marchés où il était dominant, est-ce qu’Intel sera encore un acteur majeur du numérique en 2025 ?

Je vous laisse choisir votre réponse à cette question.

Samsung

Samsung exynos 2Samsung est la seule entreprise présente dans trois des cinq niveaux du tableau des fournisseurs. Samsung conçoit, fabrique et utilise ses propres circuits électroniques dans ses smartphones et autres objets numériques, sous la marque Exynos.

Cette intégration verticale permet à Samsung de contrôler toute la chaîne de valeur des processeurs. Comme Apple, il peut ajouter des fonctionnalités spéciales, propriétaires dans ses processeurs, pour différencier ses objets d’accès.

 

Objets d’accès

PC portables, tablettes, smartphones, consoles de jeux… On rentre là dans des domaines où les fournisseurs sont très connus des entreprises et du grand public.

Main smartphones vendors 2020 CanalysLa majorité des constructeurs, Dell, Lenovo, Xiaomi ou Oppo, achètent leurs processeurs à des fournisseurs tels que Qualcomm, spécialistes des architectures ARM.

Le troisième grand fournisseur de smartphones, Huawei, conçoit ses propres processeurs sous la marque Kirin. Huawei est encore un “fabless”, mais les blocages américains vont l’amener à construire lui aussi ses propres usines de microprocesseurs, comme Samsung.

Est-ce une coïncidence si les trois leaders mondiaux du marché, Samsung, Huawei et Apple, sont ceux qui conçoivent aussi leurs processeurs ?

 

Serveurs

La situation évolue très vite dans le monde des serveurs : la domination d’Intel est attaquée sur tous les fronts, par les fournisseurs concurrents et par les géants du cloud public.
Tous préparent des processeurs pour remplacer ou compléter les “historiques” x86 d’Intel et AMD.

Quelques exemples :

ARM GRACE ARM CPU● Nvidia annonce la disponibilité en 2023 de Grace, un processeur très haut de gamme pour centre de calcul, orienté Intelligence Artificielle.

● AWS proposera avant la fin de l’année 2021 Graviton2, un processeur construit par Nvidia, en exclusivité pour AWS.

● Google propose depuis plusieurs années des TPU, TensorFlow Processor Unit, des processeurs maison pour optimiser l’usage de son outil de Machine Learning Tensorflow.

● Microsoft a annoncé en 2020 un accord avec... TSMC pour créer un laboratoire commun pour développer des processeurs dédiés pour Azure.

Confirmant le thème général de ce billet, comme dans le Cloud, la démarche Best of Breed s’impose rapidement dans le monde des processeurs. Les solutions universelles, supposées tout faire pour tout le monde comme l’Intel x86, se font tailler des croupières par des dizaines de solutions très spécialisées qui sont 10 à 100 fois plus performantes dans leurs domaines respectifs.

 

Impacts climatiques forts de l’industrie des circuits électroniques

Dans un billet récent, j’analyse différents scénarios possibles pour répondre aux défis climatiques de la planète.

TSMC emission of carbonJ’y parle du dernier livre de Bill Gates, “How to avoid a climate disaster”, dans lequel il explique que la production de biens matériels est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre.

L’industrie des composants électroniques en est un bon exemple, comme l’explique cet article de Bloomberg qui parle de... TSMC.

TSMC émet plus de gaz à effet de serre que le constructeur automobile General Motors.

Les fabricants de processeurs sont aussi de gros consommateurs de matières premières et d’eau, comme le montre ce graphique.

TSMC water consumption

Dans un billet sur la Frugalité Numérique des objets d’accès, je montre que le processus de fabrication des smartphones ou les PC portables, dont font partie les processeurs, est plus consommateur d’énergie que leur usage.

 

Dimensions stratégiques internationales

Taiwan, berceau de TSMC, est une île de 24 millions d’habitants et 36 000 km2, 15 fois plus petite que la France, à 160 km de la Chine continentale.

La République Populaire de Chine n’a jamais abandonné son objectif d'annexer Taiwan et la tension entre ces deux territoires est redevenue très forte, comme le confirme cet article.

China War over Taiwan sooner

La reprise en main de Hong Kong est un autre exemple de la volonté chinoise d’augmenter son contrôle politique dans la région.

Map taiwan Corée TSMC SamsungTSMC à Taiwan, Samsung en Corée du Sud, la domination de l’Asie “non chinoise” dans l’industrie des composants électroniques est une réalité.

2034 a Novel of the Next World War” vient d’être publié aux États-Unis. Il situe le début d’une nouvelle guerre mondiale, en 2034, dans la mer de Chine qui sépare Taiwan du continent chinois.

Un extrait de ce livre a été publié dans la revue Wired. Cela vous évitera de lire tout le livre, qui est très “moyennement” intéressant.

Il existe une double dépendance dangereuse, technologique et politique, du monde entier dans le domaine des composants électroniques.

Où en est-on, en Europe ?

STM sales 2020 par catégories produitsL’Europe n’est pas totalement absente de ce marché des composants électroniques. STMicroelectronics est le principal concepteur et constructeur européen de composants électroniques. Par contre, STMicroelectronics n’a pas une présence significative sur le secteur des microprocesseurs ; ils sont actifs sur des marchés différents comme le montre la répartition de leur chiffre d’affaires pour l’année 2020.

Les États-Unis ont eux aussi pris conscience de cette dépendance. Pat Gelsinger, le nouveau patron d’Intel, vient de demander au Président Joe Biden de passer à l’action en investissant 50 milliards de dollars dans cette filière.

● En 1990, les États-Unis produisaient 37% des semi-conducteurs.

● En 2021, ce pourcentage est tombé à 12%.

● L’Asie représente 70% du marché mondial.

Cette dépendance de l’Europe et du reste du monde dans le domaine des composants est un vrai problème, oui. Elle est, à mon avis, plus importante que celle dont on parle beaucoup trop en ce moment, dans le domaine des infrastructures Clouds Publics.

Lemaire dépendance InacceptablePeut-on la réduire ? Ce n’est certainement pas en tenant des discours aussi creux que celui de notre ministre des Finances qu’on va avancer !

La dépendance de l’Europe est “inacceptable”...

Je vais en parler avec l’Allemagne…

Ces discours m’exaspèrent : je les entends depuis des années dans le monde du numérique, alors que nous avons besoin d’agir, pas de palabrer.

J’ai écrit ce billet pour que les lecteurs prennent conscience de l’importance du sujet, et de notre totale dépendance en matière de composants électroniques pour le monde du numérique.

L’Europe peut-elle rattraper ce retard “inacceptable” ?

Poser la question, c’est y répondre.

Bien plus que les milliards d’investissements annuels nécessaires, il faudrait créer de toutes pièces une industrie qui demande des compétences techniques très fortes, des savoir-faire qui se sont construits au cours des 35 années chez TSMC et Samsung.

L’option la plus radicale serait de racheter TSMC en Bourse ! Le prix, 550 B$, est hélas dissuasif.

Si je devais recommander une seule action de l’Europe pour reprendre, un peu, une place dans ce marché des composants, ce serait de tout faire pour que le rachat d’ARM par Nvidia échoue, en arguant du risque de position dominante. Il faudra ensuite dépenser, et vite, les 40 B$ nécessaires pour qu’ARM redevienne une société européenne.

Europe Map STM ARMUne fusion entre STMicroelectronics et ARM serait, à mon avis, la dernière opportunité qui reste à l’Europe pour continuer à exister dans ce secteur stratégique. La valeur boursière actuelle de STMicroelectronics est de 35 milliards €, équivalente à celle d’ARM.

ARM est une société qui n’a pas d’usines, mais elle est à la base de la majorité des processeurs qui équipent les smartphones mondiaux et, progressivement, les PC comme Apple puis les centres de calcul.

Cette démarche est cohérente avec celle que j’ai proposée dans mon billet :

L’Europe, leader mondial dans les usages numériques au service de la planète

Il faudrait que l’Europe adopte une stratégie similaire dans le domaine des composants électroniques : se concentrer sur la dimension usages, type ARM, et accepter le fait que l’on ne peut plus lutter dans la dimension infrastructures de production contre des TSMC ou Samsung.

C’est en étant pragmatique, en choisissant ses combats, en concentrant ses énergies sur un tout petit nombre de projets que l’Europe du numérique peut espérer continuer à jouer un rôle significatif dans toutes les industries du numérique.

C’est aussi vrai dans le domaine des composants, comme l'explique ce billet.


L’Europe, leader mondial dans les usages numériques au service de la planète ?

 

(Remarque : billet très long, mais le sujet est tellement important…)

AdS DPC Laptop wih European flag  SS 195322339Dans un billet précédent, j’ai étudié trois scénarios économiques possibles qui permettraient à l’humanité de ne pas transformer la planète en un espace “inhabitable”.

Quel sera le scénario retenu au niveau mondial ? Je n’en sais rien et je n’ai pas la prétention de pouvoir peser très lourd dans ce choix.

Par contre, tous les auteurs cités dans ce billet sont d’accord sur un point : les innovations technologiques, et en particulier numériques, auront un rôle essentiel dans la réussite de leurs plans d’action.

Pourquoi parler de l’Europe et pas de la France ? Réussir à jouer un rôle significatif dans le monde numérique de demain sera très difficile pour l’Europe. La France, seule ? Poser la question, c’est y répondre...

Dans ce texte, je propose que l’Europe prenne le leadership mondial dans la mise en œuvre du numérique au service de la planète.

Je suis persuadé que :

● C’est possible.

● L’Europe dispose des moyens financiers pour y arriver.

● L’Europe a les compétences humaines nécessaires.

● Les professionnels européens du numérique sont prêts à s’impliquer fortement pour ce combat.

 

Ne pas regarder dans le rétroviseur

AdS DPC Forward Backward S 73105080Nous sommes en 2021, pas en 2000. Il est impératif que l’Europe regarde devant elle, sur ce qu’elle peut faire pendant les 10 à 20 années qui viennent.

Se lamenter sur les batailles numériques perdues au cours des 10 à 15 dernières années, c’est contre-productif et dangereux.

Hélas ! C’est ce qui se passe trop souvent en ce moment.

Oui, l’Europe a fait de graves erreurs avec son incapacité à anticiper les grandes innovations de ces 15 dernières années.

J’en donnerai deux exemples, sur des technologies essentielles :

Les infrastructures Clouds Publics

Les Infrastructures IaaS, Infrastructures as a Service, sont arrivées en 2006 avec AWS, Amazon Web Services. Depuis, Microsoft avec Azure, Google avec GCP, Alibaba en Chine ont eux aussi investi massivement dans des infrastructures Clouds Publics.

Gartner MQ IaaS 8:2020Ces entreprises proposent aujourd’hui des solutions disponibles dans le monde entier, fiables, sécurisées, à des coûts raisonnables. Elles continuent à investir et à innover en ajoutant tous les ans des centaines de nouveaux services. Dès 2015, j’ai publié un billet sur ce thème pour expliquer que ces grands acteurs industriels du Cloud Public avaient gagné cette guerre.

Le  “Quadrant Magique” du Gartner Group publié en août 2020 sur l’IaaS est sans appel : les quatre entreprises que j’ai citées dominent le marché ; les deux anciens combattants, IBM et Oracle, sont relégués dans la catégorie des “acteurs de niche”.

Les solutions européennes ? Elles brillent par leur absence.

Les technologies de base de l’Intelligence Artificielle

Il y a deux ans, en janvier 2019, j’écrivais un billet au ton alarmiste sur les risques de retards irréversibles que prenait l’Europe dans le domaine de l’Intelligence Artificielle (IA).

AdS DPC AI China USA S 290881288Face au combat entre les deux géants du secteur, les États-Unis et la Chine, le nain européen restait inactif et se contentait de publier de “beaux rapports” sur le sujet. Je donnais 5 ans à l’Europe pour redresser la barre, si elle s’attaquait immédiatement à ce grand chantier.

Deux ans se sont écoulés depuis ce billet. Rien de sérieux n’a été fait pour mettre l’Europe en situation d’avoir un poids raisonnable dans les technologies de l’Intelligence Artificielle.

Conséquence : l’Intelligence Artificielle a rejoint le Cloud Public dans les combats perdus, de manière irréversible.

Une étude récente publiée par Oliver Wyman enfonce encore plus le clou.

Ce tableau compare les forces relatives des États-Unis, de la Chine et de l’Europe.

Digital scorecard - US vs China vs Europe

Les résultats sont édifiants : l’Europe est dernière dans tous les domaines sauf un, celui des talents humains. J’y reviendrai à la fin de ce billet ; c’est notre atout principal et le seul domaine où aucune de ces trois forces économiques n’a pris une avance irréversible.

AdS DPC regret vs change S 385947449On peut regretter ces erreurs majeures, oui. Ce n’est pas une raison pour ressasser ses échecs, regarder dans le rétroviseur, se déchaîner contre les grands méchants GAFAM, coupables d’avoir réussi là où l'Europe a échoué.

Quelle est la meilleure manière pour l’Europe de rater les opportunités numériques de demain ? Dépenser bêtement son énergie, ses ressources humaines et financières pour des causes perdues d’avance.

Je préfère regarder devant moi, imaginer ce qu’il est possible de faire d’innovant et d’utile pour la compétitivité de l’Europe au service du sauvetage de la planète.

Il y a deux axes d’actions possibles pour mettre le numérique au service de la planète :

● Promouvoir la Frugalité Numérique : faire en sorte que les infrastructures et les usages numériques aient le moins d’impacts négatifs possible sur la planète.

● Utiliser les innovations numériques pour rendre toutes les activités humaines plus économes en ressources matérielles et énergétiques.

Un double défi, auquel l’Europe peut donner des réponses positives, rapidement.

 

Frugalité numérique des entreprises, un sous ensemble des défis écologiques

Et si les entreprises européennes devenaient les meilleures élèves du monde dans leurs usages numériques respectueux de la planète ?

La Frugalité Numérique, que d’autres préfèrent nommer la Sobriété Numérique, est une démarche qui consiste à optimiser tous les composants du numérique pour qu’ils aient le minimum d’impacts sur la planète.

J’ai publié au début de l’année 2020 plusieurs billets sur le thème de la Frugalité Numérique.

Dans le premier de ces billets, j’avais identifié six domaines d’actions possibles.

J’ai depuis ajouté un septième domaine, celui de l’Informatique Industrielle des Objets (IIoT).

Frugalité Numérique - sept composants

Sans réécrire ces billets, je vais en rappeler les idées essentielles.

Les six premiers composants font partie des infrastructures numériques ; ce sont eux qui consomment des matières premières et de l’énergie.

● Centres de calculs

● Objets d’accès

● Informatique Industrielle des objets

● Réseaux

● Stockage de données

● Impression

Le septième composant, les usages numériques ne consomment pas directement des ressources ; ils mettent en œuvre des composants d’infrastructures qui eux consomment des ressources. Sans usages numériques, on n’aurait pas besoin d’infrastructures numériques !

Remarque importante : mes analyses sont centrées sur les infrastructures et les usages professionnels du numérique, domaine que je maîtrise raisonnablement bien.

Une grande partie des recommandations valables pour le monde professionnel sont transposables dans le grand public, mais pas toutes.

Quels sont les messages essentiels à retenir sur le thème de la Frugalité Numérique des entreprises ?

● Mener une Transformation Numérique forte peut aussi être très bon pour la Frugalité Numérique. Les solutions innovantes telles que le Cloud Public, les usages SaaS sont beaucoup plus économes en énergie que les solutions historiques.

● Trop d'idées dangereuses et fausses sont véhiculées par les médias et beaucoup de soi-disant spécialistes. Quelques exemples de ces fake news :

○ Envoyer un courriel consomme beaucoup d’énergie.

○ Il faut effacer la majorité de ces courriels.

○ La vidéoconférence en haute définition consomme beaucoup plus qu’en basse définition.

○ Les centres de calculs géants des grands acteurs du Cloud Public sont mauvais pour la planète.

Fake News frugatlité numérique

● Il est fondamental d’avoir un message positif, moderne sur le numérique. Les risques liés à un rejet des innovations numériques et à une tentation d’un retour en arrière restent élevés. Il faut prendre le temps d’expliquer, de démontrer, de rassurer pour que les collaborateurs de l’entreprise comprennent les apports positifs des solutions numériques innovantes sur la planète.

● Il reste encore beaucoup de travail à réaliser pour mieux comprendre toutes les dimensions de ces consommations et développer des indicateurs performants qui permettent aux entreprises de mesurer leurs usages et leurs progrès dans leur démarche de Frugalité Numérique.

● Sensibiliser toutes les personnes concernées reste une priorité :

○ Dirigeants.

○ Spécialistes du Numérique.

○ Collaborateurs.

● J’ai pu observer dans les entreprises où j’ai travaillé sur ces sujets une remarquable appétence pour le thème de la Frugalité Numérique. C’est une excellente nouvelle ; tous les collaborateurs comprennent rapidement les enjeux et sont prêts à faire évoluer leurs usages numériques pour réduire leurs impacts négatifs sur la planète.

En Europe, les entreprises et les citoyens sont très sensibilisés aux enjeux climatiques et prêts à agir pour réduire rapidement leurs impacts. Il devrait donc être raisonnablement facile de mettre en œuvre des politiques de Frugalité Numérique efficaces, rapidement.

Les plus grands dangers, je le répète, c’est de jouer sur des peurs ancestrales et de transmettre des informations fausses mais spectaculaires.

Expliquer, rationnellement, factuellement, quelles sont les actions à entreprendre pour réussir à devenir frugal, numériquement, c’est hélas plus compliqué que je ne le pensais au départ.

 

Le numérique, présent dans la majorité des activités humaines

Les usages numériques, professionnels ou personnels, n’existent que parce qu’ils participent à nos activités.

Quels secteurs prioritaires pour la planète ? Trois approches différentes

J’ai choisi de présenter trois analyses différentes des secteurs prioritaires d’action pour que notre planète reste habitable le plus longtemps possible :

● La vision des Nations Unies.

● La démarche de la Commission Européenne.

● Les recommandations de Bill Gates.

Il en existe sûrement d’autres, mais ces trois-là donnent suffisamment de pistes d’action, peut-être même un peu trop, si l’on souhaite être pragmatique et aller vite.

La vision des Nations Unies

Dans ce document, les Nations Unies définissent 17 objectifs pour garantir un développement durable de la planète

UN Sustainable 17 goals

Pauvreté, faim, éducation, santé… je ne vais pas analyser chacun de ces 17 objectifs. Ils sont tous importants et personne ne peut être contre ces améliorations universelles.

Comment éviter qu’ils ne restent des vœux pieux ? Comment gérer les priorités et les incompatibilités potentielles ? Pour prendre un exemple : croissance économique et consommation responsable, en même temps, c’est tout sauf simple.

La démarche de la Commission Européenne

Cover Mission Economy Mariana MazzucatoCette démarche a été très influencée par Mariana Mazzucato, économiste italo-américaine qui enseigne en Grande-Bretagne. Elle a écrit’un livre passionnant, “Mission Economy”, qui plaide pour un rôle beaucoup plus actif des États dans le monde de l’économie. Je vous encourage à lire cet ouvrage, qui nous oblige à nous poser beaucoup de questions. Que, en dernière de couverture, le Pape François fasse l’éloge d’une économiste de gauche, c’est un signal fort.

Je ne sais pas si les équipes du Président Macron ont lu ce livre, mais l’expression “Quoi qu’il en coûte” (Page 181) est l’une des idées clefs qu’elle défend pour répondre aux grands défis de l’humanité !

Elle a participé activement à la définition des missions retenues par la Commission Européenne.

L’exemple phare utilisé par Mariana Mazzucato pour promouvoir sa démarche est celui de la mission Apollo aux États-Unis, pour amener des équipages humains sur la Lune. Il a fallu moins de 10 années au gouvernement américain pour réussir cet exploit, entre les années 1963 et 1972.

Elle explique très bien, dans un long chapitre, comment le gouvernement américain a pris le leadership de ce projet, a mis de côté ses méthodes traditionnelles de gestion pour aller beaucoup plus vite et assumer l’essentiel des risques de cette mission.

En décembre 2019, lors de la présentation de son plan d’action, la Présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen, a clairement référencé le projet Apollo en disant :

“This is Europe's man in the moon moment”.

Man in the moon for Europe

Ce “Green Deal” a pour objectif de rendre l’Europe totalement neutre carbone en 2050, dans moins de 30 années.

EU five Key missions for climate controlCe plan d’action européen a choisi cinq secteurs prioritaires d’action, ce qui me paraît un nombre raisonnable :

● Lutter contre les changements climatiques.

● L’eau, dans toutes ses dimensions, océans, mers, terrestres…

● Des villes neutres climatiques et intelligentes.

● La lutte contre le cancer.

● La santé des sols et les aliments.

EU Challenges OceanChacun de ces grands projets a été décomposé en missions principales, qui sont à leur tour découpées en plans d’action. À titre d’illustration, ce schéma illustre ce que propose l’Union Européenne pour le grand projet “Océan propre” et la mission "Océan sans plastiques”.

Cette démarche, raisonnablement pragmatique, pourrait permettre de mettre en œuvre rapidement des actions concrètes.

C’est à ce niveau que l’on peut déterminer, cas par cas, comment le numérique peut apporter sa contribution à chaque projet.

Je n’ai pas regardé en détail tous ces projets, mais je suis persuadé qu’il y a plusieurs centaines de solutions numériques innovantes qui peuvent s’y rattacher.

Les recommandations de Bill Gates

Bill Gates + cover How to avoid a climate disasterLe récent livre de Bill Gates, “How to Avoid a Climate Disaster” propose des pistes d’action très pertinentes et j’encourage tout le monde à le lire. Il est bien écrit, facile à lire et très factuel, ce qui est important en ce moment.

Dans le sous-titre de ce livre, on peut lire : “ The solutions we have and the breakthroughs we need”. En clair, les solutions dont nous disposons aujourd’hui ne sont pas suffisantes pour répondre aux défis climatiques que doit affronter l’humanité. Ceci représente une excellente opportunité pour l’Europe : trouver les réponses de rupture que Bill Gates appelle de ses vœux.

Bill Gates part d’une hypothèse simple : il est indispensable de réduire les excès actuels d’émissions de gaz à effet de serre de 51 milliards de tonnes par an à zéro.

Ses analyses l'ont conduit à segmenter ces 51 milliards de tonnes en cinq grandes activités :

● Fabriquer (ciment, acier, plastique...).

● Se connecter (électricité).

● Agriculture (plantes, animaux).

● Se déplacer (avions, camions, navires marchands...).

● Rester au chaud ou au frais (chauffage, rafraîchir, climatisation...).

Dans le tableau ci-dessous, j’ai repris ses chiffres en ajoutant aux pourcentages les valeurs absolues.

Secteurs clefs émetteurs Greenhouse gas - Bill Gates

Je trouve cette classification très efficace ; elle permet de comprendre immédiatement où sont les grands gisements de progrès.

Green Premium

Bill Gates propose aussi de mesurer, pour toutes les activités, ce qu’il nomme le “Green Premium”, le surcoût qu’il faut payer pour remplacer une ressource carbonée par une qui ne l’est pas. C’est à mon avis un excellent outil de mesure, même s’il n’est pas toujours facile de le calculer.

Je vais prendre, à titre d’exemple les calculs de “Green Premium” pour les trois produits essentiels analysés dans le chapitre “fabriquer” :

● Plastique (Éthylène) : Green Premium compris entre 9% et 15%.

● Acier : Green Premium compris entre 16% et 29%.

● Ciment : Green Premium compris entre 75% et 140%. Par sa nature même, le ciment est l'un des matériaux les plus difficiles à fabriquer sans émettre beaucoup de CO2.

Les innovations, et les innovations numériques en priorité seront indispensables pour réduire ou éliminer les Green Premium. Plus ils sont élevés, plus les innovations seront nécessaires et rentables. Innover pour les activités avec des Green Premium élevés, c’est un bon critère pour établir des priorités d’action en Europe.

Un autre exemple est celui des viandes élaborées à partir de végétaux. Le Green Premium actuel de ces produits est de l’ordre de 80 à 90%. Il a beaucoup baissé au cours des 5 dernières années. De très nombreuses start-up travaillent sur ce thème. Remplacer tous les bovins par des végétaux pour produire de la “viande” est une piste très sérieuse.

L’autre option, encore expérimentale, est de créer directement de la viande à partir de cellules souches de viande. Le Green Premium de ces technologies est très élevé pour le moment, mais c’est aussi un domaine où de nombreuses innovations de rupture sont à l’étude.

Électricité décarbonée

C’est pour Bill Gates l’une des pistes les plus importantes et les plus urgentes.

En simplifiant à l'extrême son raisonnement :

● Pour les clients finaux, entreprises ou particuliers, la seule énergie à consommer est l’électricité.

● On peut d’ici à 2050 réussir à produire de l’électricité 100% décarbonée.

Sur ce dernier point, je vous conseille de consulter l’étude publiée en décembre 2020 par l’Université de Princeton, et ses… 345 pages. Cela fait beaucoup de bien de lire une véritable étude scientifique sur un sujet complexe, avec des tonnes de données et de graphiques, loin des discours extrémistes et non argumentés de trop de responsables politiques.

Princeton Net-Zero America 2050

Cette étude ne concerne que les États-Unis, mais les mêmes démarches peuvent être appliquées dans tous les continents, et en particulier en Europe.

Princeton Net Zero change in the mix of electricity sourcesJ’en ai extrait ce graphique qui montre comment les sources d’énergie pour créer de l’électricité doivent évoluer aux États-Unis pour, en même temps :

● Doubler leur consommation d’électricité d’ici à 2050.

● Obtenir que cette production d'électricité soit décarbonée à 100%.

L’Europe est beaucoup plus avancée que les États-Unis sur ce sujet de l’électricité propre, et la France en particulier avec le nucléaire, seule énergie décarbonée disponible en permanence, qu’il vente ou pas, qu’il y ait du soleil ou pas.

Une approche croisée : Commission Européenne + Bill Gates

Les propositions de la Commission Européenne sont intéressantes, la vision de Bill Gates aussi.

Il m’est venu l’idée de combiner les deux pour obtenir le tableau ci-dessous.

Vision Bill Gates vs Europe Climat

On obtient ainsi 25 cases correspondant à des actions possibles.

J’ai mis quelques étoiles où les correspondances sont évidentes. Il doit être possible d’imaginer des usages numériques innovants pour les 25 cases.

En résumé

Ce ne sont pas les domaines d’actions qui manquent pour lesquels il faut trouver des innovations fortes si l’on souhaite réduire les gaz à effet de serre avant l’année 2050. Il faudra choisir ses priorités avec soin.

Une fois de plus, Bill Gates fait une proposition pragmatique que je trouve pertinente : un projet qui n’a pas le potentiel de réduire d’au moins 1 milliard de tonnes les émissions de CO2 ne doit pas être prioritaire.

À nous de passer à l’action, en Europe, pour prendre la tête de ce mouvement.

 

S’appuyer sur les compétences numériques en Europe

AdS DPC woman with European flag S 263715196Dans la première partie de ce billet, j’ai fait référence à l’étude Oliver Wyman qui montre que le seul domaine dans lequel l’Europe n’est pas totalement dépassée par les États-Unis ou la Chine est celui des talents humains.

Il ne faut pas gaspiller la dernière cartouche qui nous reste !

Les atouts de l’Europe dans le domaine humain :

● Les volontés fortes des Européens de se mettre au service de la planète.

● Des formations scientifiques de haut niveau.

● Des compétences remarquables dans les sciences du numérique, et du logiciel en priorité.

● De nombreuses start-up numériques du logiciel qui sont nées au cours des 20 dernières années.

J’ai publié en 2020 un billet optimiste sur la qualité des solutions numériques disponibles en Europe.

En Europe, nous pouvons agir dans les deux dimensions que j’ai présentées dans ce billet :

● Frugalité Numérique.

● Innovations numériques au service de la planète.

Comment agir au mieux, rapidement, dans ces deux dimensions ?

 

Frugalité Numérique européenne

Je propose un plan d’action simple, concret, en deux étapes.

1 - Créer un référentiel permettant aux entreprises de mesurer leur Frugalité Numérique

C’est une première étape indispensable : fournir un référentiel sérieux, scientifique, permettant de mesurer la Frugalité Numérique dans les sept dimensions que j’ai proposées.

Il faudra faire un tri sévère dans l’arsenal des informations disponibles et des méthodes de mesure existantes pour arriver à un consensus fort sur ce sujet. Comme je l’ai indiqué au début de ce billet, le nombre d’informations fausses qui circulent sur ce sujet est très élevé, et l’Europe a besoin d’un référentiel basé sur des données fiables.

En étant réaliste, j’estime qu’il faudra environ 18 mois pour publier une première version de ce document de référence. L’objectif est de le diffuser avant la fin de l’année 2022.

2 - Utiliser ce référentiel pour récompenser les meilleures entreprises

AdS DPC Top 100 S 113263215On pourra ensuite organiser à partir de 2023 un concours annuel récompensant les 100 meilleures organisations européennes en matière de Frugalité Numérique.

J’imagine plusieurs catégories : grandes entreprises, secteur public, PME…

On peut récompenser celles qui ont obtenu les meilleures performances, mais aussi celles qui ont réalisé les progrès les plus rapides.

Si cette double action est un succès, on peut envisager de rendre obligatoire, à partir de 2025, un bilan Frugalité Numérique pour toutes les grandes organisations européennes, publiques et privées.

 

Innovations numériques européennes au service de la planète

Risques états bénéfices entreprisesDans son livre que j’ai cité, Mariana Mazzucato considère que l’un des dysfonctionnements actuels les plus graves de l’économie vient du fait que les États ne profitent pas des investissements qu’ils font dans les secteurs de pointe : “Les risques pour les États, les bénéfices pour les entreprises privées”. L’un des exemples emblématiques cité est celui de Tesla aux États-Unis : Le DoE, Département de l’Énergie a fourni un prêt garanti de 465 M$ mais ne gardait ses 3 millions d’actions que si le prêt n’était pas remboursé. Quand on sait que le cours de l’action de Tesla a depuis été multiplié par 10, on ne peut pas dire que l'État ait fait une excellente affaire ! Au cours actuel, ces 3 M d’actions valent plus de 2 milliards de dollars.

Je trouve donc très pertinente la proposition faite fin mars 2021 par 35 licornes européennes.

AdS DPC smartphone with plant SS 200026499Elles demandent à la  Commission Européenne la création d’un fonds d’investissement souverain européen doté de 100 milliards d’euros de capital pour éviter que les entreprises innovantes qui naissent en Europe ne soient rapidement rachetées par des acteurs venant des États-Unis ou de Chine. On parle bien d’investissements dans les entreprises innovantes, pas de prêt. La dimension “économie verte” est très présente dans cette proposition.

Dans quels secteurs du numérique investir en Europe

C’est la question essentielle : l’Europe a les talents numériques ; comment les utiliser au mieux.

Ma position sur ce thème est très claire, depuis plusieurs années. Il faut privilégier les usages numériques innovants. Oui, cela veut dire abandonner des secteurs clefs comme les infrastructures IaaS ou les outils de base de l’Intelligence Artificielle pour lesquels les retards pris sont tels qu’il n’est plus possible pour l’Europe de revenir dans la compétition mondiale.

C’est en conjuguant les talents européens et les infrastructures américaines que l’Europe pourra construire des usages numériques compétitifs au niveau mondial.

Ce schéma simple, simpliste diront certains, résume ma position.

Develop Europe + Infra US = Usages monde

Cette position, positive, pragmatique, tournée vers l’avenir est, sera fortement contestée par une grande partie de la classe politique et des professionnels du numérique en Europe et en France.

Un article, publié le 3 avril 2021 dans le journal “Le Parisien” illustre très bien cet obscurantisme numérique nationaliste. Une professeure d’université en sciences de gestion, Johanna Habib, s’en prend à Doctolib, éditeur d’une solution SaaS bien connue qui facilite la prise de rendez-vous médicaux. Elle a un double défaut, je cite :

“C’est un outil qui a su devenir incontournable, pour les patients comme pour les professionnels de santé.”  Quel scandale ! Une application numérique qui a réussi à s’imposer toute seule, grâce à ses qualités et son ergonomie.

Avec Doctolib, on a un vrai problème de souveraineté…”. Faux ! Comme le montre ce graphique, l’immense majorité des investisseurs dans Doctolib sont français.

Investisseurs Doctolib

● Autre scandale : L’application Doctolib est hébergée par AWS, Amazon Web Services, dans ses serveurs… européens. L’héberger chez OVH à Strasbourg, cela aurait été une bien meilleure idée...

Ce dont l’Europe a besoin, et très vite, c’est de dizaines et de dizaines d’éditeurs SaaS à succès comme Doctolib, pas de discours négatifs de personnes dont les compétences en numérique sont proches du zéro absolu.

Se pose alors une deuxième question : dans quels domaines d’usages numériques l’Europe doit-elle investir en priorité ?

Je propose de repartir du tableau que j’ai construit, qui croise les visions de la Commission Européenne et de Bill Gates, avec ces 25 cases.

Europe investissement 100 B €Avec le fonds d’investissement souverain de 100 milliards d’euros, l’Europe peut investir dans 3 à 10 projets numériques innovants dans chaque case. On parle bien d’investissement, pas de financement.

Je suis persuadé que nous avons suffisamment de talents numériques et d’entrepreneurs pour qu’une centaine de projets numériques ambitieux correspondant à ces 25 cases soit proposée au fonds d’investissement souverain dans les 2 à 3 années qui viennent.

La démarche que je propose a de nombreux avantages :

● Elle mobilisera beaucoup de talents numériques européens prêts à s’investir pour la planète.

● Sur les 100 projets financés, une petite moitié pourrait donner naissance à des licornes européennes.

● Ces solutions numériques européennes au service de la planète pourront être déployées dans le monde entier.

● L’Europe devrait rentabiliser son investissement de 100 milliards d’euros. C’est tout sauf un crime que d’être capable de gagner de l’argent pour une bonne cause.

 

Résumé

AdS DPC Enthousiam - Success S 316495497L’Europe n’a pas perdu toutes les batailles du numérique. Il lui reste quelques cartes importantes à jouer, dans le domaine des usages.

Le temps est compté. Il faut agir vite, très vite en faisant preuve d’agilité, en prenant des décisions rapides et en assumant des risques d’échecs importants.

Mettre les talents européens au travail pour construire des solutions numériques qui aideront le monde entier à répondre aux défis du changement climatique qui nous menace, difficile d’imaginer un projet plus enthousiasmant pour motiver la majorité des citoyens européens.


Maîtriser ses données : grand défi des prochaines années (Deuxième partie)

 

AdS DPC 2 with fingers S 375623058Dans la première partie de ce billet, j’ai présenté les deux “visions” différentes qui sont nécessaires pour gérer efficacement des données numériques :

● Technique, avec la nécessité d’utiliser plusieurs solutions logicielles, toutes dans des clouds publics.

● Métiers, qui n’ont pas à savoir comment les différentes données dont ils ont besoin sont gérées par les équipes de la DSI.

La deuxième partie de ce billet présente les défis auxquels il faut répondre pour assurer une “transparence utilisateur” entre ces deux visions et les indépendances à créer entre infrastructures, données et usages.


Vision technique, vision métiers des données

Créer une transparence entre ces deux visions, c’est un défi majeur mais passionnant pour tous les professionnels de la gestion des données.

Je reviens sur l’exemple présenté dans la première partie de ce billet, celui du technicien qui assure la maintenance d’une installation industrielle.

Sur son smartphone, il a besoin, selon les étapes de son processus d’intervention, d’un plan, d’un document PDF, de photos, de données temporelles…

Ce n’est pas à lui de savoir dans quelle base de données les informations dont il a besoin sont stockées.

Les applications métiers, construites pour répondre, cas par cas, aux attentes spécifiques des collaborateurs doivent pouvoir “piocher” les données nécessaires dans les différents réservoirs disponibles.

Vision Infrastructures + Métiers données

Ce schéma peut faire peur à des dirigeants et des professionnels du numérique par son apparente complexité. Au contraire, les efforts initiaux qui sont nécessaires pour “architecturer” les données deviennent vite une arme redoutable pour les entreprises qui suivent ce chemin. Elles peuvent construire des applications adaptées aux attentes des métiers plus vite. Il devient aussi possible de changer certaines briques logicielles sans prendre le risque que tout l’édifice des données s’écroule.

 

Les trois indépendances

Ce nouveau schéma présente les composants du modèle B I S D d’une manière légèrement différente. Il permet de visualiser la nouvelle démarche d’indépendances que j’ai imaginée et qui aidera les entreprises à construire des solutions numériques innovantes, flexibles et évolutives.

Modèle BISD - Infra  Soutien  Métiers -Data - 3 indépendances

Trois indépendances sont mises en évidence :

● Indépendance 1 : entre les infrastructures et les usages, qu’ils soient Support ou Métier.

● Indépendance 2 : entre les infrastructures et les données, dans leurs dimensions techniques.

● Indépendance 3 : entre les usages et les données, dans leurs dimensions d’usages.

Puzzle Infra usages donnéesCette démarche d’architecte s’oppose frontalement à celle de ceux qui s’obstinent à croire aux vertus des solutions intégrées, que j’ai visualisées dans ce puzzle.

Quelques grands fournisseurs historiques s’accrochent encore à cette fiction des avantages des solutions intégrées. Elles ont, pour eux, l’intérêt majeur de garder leurs clients dans une prison dont il est très difficile de sortir. Il y a encore, hélas, de trop nombreux DSI et dirigeants qui se laissent bercer par le chant de ces sirènes.

Ces sirènes maléfiques informatiques sont bien connues ; j’en ai identifié les quatre espèces les plus dangereuses :

● Les éditeurs d’ERP intégrés.

● Les grands acteurs historiques des bases de données structurées.

● Les fournisseurs d’infrastructures propriétaires “on premise”.

● Les grandes ESN qui recommandent ces trois espèces de sirènes. Elles vont ensuite profiter, pendant des années, des budgets millionnaires des entreprises qui se sont laissées séduire par la mélodie insidieuse mais tentante de l’intégration.

Ulysse sirènesDirigeants et DSI, essayez de réduire au maximum les rencontres avec ces sirènes du malheur. Si, comme Ulysse, vous ne pouvez pas éviter de croiser leur chemin, attachez-vous à votre bureau, les mains liées derrière votre chaise, pour éviter de signer le moindre contrat !

 

Indépendance 1 : Usages - Infrastructures

Le principe est simple : les évolutions des infrastructures et des applications doivent être aussi indépendantes que possible.

C’est l’indépendance dont je parle depuis le plus longtemps, mais elle reste plus que jamais d’actualité.

J’ai publié un premier billet sur ce thème en… 2008, il y a plus de 12 ans. Ce principe est maintenant bien accepté par la majorité des entreprises raisonnables, et c’est une bonne nouvelle.

L’une des réponses les plus efficaces est aussi la plus simple : toute application nouvelle qui n’est pas accessible depuis un navigateur moderne est strictement interdite. En 2008, cette affirmation faisait débat. Aujourd’hui, elle est acceptée par tous les professionnels du numérique.

Indépendance 1 - I - B & S navigateur


En 2015, les PWA, Progressive Web Apps ont fait leurs débuts. Les PWA sont des applications Web qui ’installent un lien sous la forme d'une icône sur les objets mobiles Android et iOS.

Logo PWAEn pratique, cela signifie qu’une application développée en mode PWA peut être utilisée sur les trois grandes plateformes modernes :

● Navigateur

● Android

● iOS

Ceci évite aux entreprises d’écrire trois versions différentes de la même application !

PWA a un autre avantage, de plus en plus intéressant : une entreprise peut diffuser une application PWA pour Android et iOS sans passer sous les fourches caudines des places de marché de ces deux fournisseurs.

Garantir cette indépendance entre les applications et les infrastructures qui y accèdent est en 2021 possible avec les solutions navigateurs et PWA. Toute autre approche est suicidaire, car elle obère les capacités d’évolution d’un Système d’Information.

Le mot “obérer” s’impose ici : il signifie accabler de dettes, compromettre l’avenir.

 

Indépendance 2 : Données - Infrastructures

Cette indépendance entre les données et les infrastructures est une préoccupation plus récente, mais qui s'impose rapidement.

La gestion de cette indépendance incombe aux équipes de la DSI : elle n’intéresse pas directement les métiers, même s’ils en sont les grands bénéficiaires.

Les progrès réalisés dans ce domaine depuis les trois dernières années sont spectaculaires, et c’est une excellente nouvelle. L’émergence de trois grands leaders mondiaux dans les infrastructures Cloud a facilité cette amélioration. Les fournisseurs de solutions de gestion de données structurées sont les pionniers de cette indépendance. Quelques exemples :

BigQuery Omni. BigQuery est l’entrepôt de données créé par Google pour son Cloud GCP. La nouvelle version, BigQuery Omni, annoncée en 2020, peut être utilisée sur AWS et Azure.

Snowflake, solution d’entrepôts de données créée par des Français, est elle aussi disponible sur les trois clouds publics.

Databricks a pour ambition de proposer une solution qui combine entrepôt de données, analyse des données et intelligence artificielle. Databricks est disponible sur...AWS, GCP et Azure.

Cohesity est une solution de sauvegarde, elle aussi présente sur AWS, Azure et GCP.

Indépendance 2 données - infrastructures

J’entends souvent des DSI évoquer les risques de devenir “prisonniers” de leurs fournisseurs de Clouds Publics et faire la promotion des solutions multiclouds. Ce sont en priorité les DSI les plus réticents aux solutions Clouds publics qui cherchent des alibis, des excuses pour ne pas faire le saut !

Les solutions que je viens de présenter, et beaucoup d’autres réduisent à néant ces alibis.

Je souhaite abandonner AWS pour basculer sur Google Cloud ? Pas de problèmes, je peux porter mon environnement Snowflake ou Databricks de l’un vers l’autre.

Les DSI innovants, pragmatiques et tournés vers l’action l’ont bien compris ; la majorité d’entre eux ont fait le choix de deux de ces trois leaders et savent très bien qu’ils ne sont pas prisonniers de leurs choix.

 

Indépendance 3 : Usages - Données

Cette troisième indépendance entre les applications (Support et Business) et les données (D) est la plus complexe, mais probablement la plus essentielle à long terme.

Le principe est simple à énoncer : il faut sortir les données de leurs prisons applicatives, et les exporter dans les outils choisis par l’entreprise pour gérer de manière unifiée les six familles de données présentées dans la première partie de ce billet.

Indépendances 3 usages données

Une majorité des applications historiques des entreprises sont encore installées dans leurs centres de calculs privés. Les bases de données utilisées ont pour nom DB2, Oracle ou SQL Server. Les ERP les plus répandus restent SAP, Oracle (PeopleSoft…) ou Microsoft Dynamics.

Les données créées par ces applications sont prisonnières de leurs applications. Il est impossible d’y accéder directement.

Prison logicielle applications historiques

La situation n’est pas plus simple avec les applications Support, utilisées en SaaS, Software as a Service. Quand une entreprise décide d’utiliser un logiciel SaaS tel que Salesforce, Workday ou Talentsoft, elle doit accepter les choix d’infrastructures IaaS et des bases de données utilisées faits par l’éditeur du logiciel SaaS.

SOR SaaS with their own data

Ce que souhaitent tous ces éditeurs de logiciels, traditionnels ou SaaS, c’est que l’entreprise paye autant de droits d’accès que le nombre de personnes qui vont accéder aux données qu’elles produisent, même si ce sont pour des usages très occasionnels et depuis d’autres applications.

AdS DPC jail prison window open S 159270914Ouvrir les prisons dans lesquelles sont enfermées les données, c’est la nouvelle priorité des entreprises innovantes, et c’est tout sauf simple !

La démarche qui pourrait devenir la norme serait de… répliquer en temps réel toutes les données créées par ces applications pour les copier dans des espaces de stockage indépendants de ces applications. Ceci oblige l’entreprise à doubler sa capacité de stockage, en priorité pour les données structurées. Les capacités de stockage dans les clouds publics et leurs coûts très bas font que ce doublement des volumes n’est plus le problème principal.

Les difficultés viennent de la “mauvaise volonté” de nombreux éditeurs et du petit nombre de solutions logicielles performantes pour assurer ces transferts de données.

L’une des startups les plus prometteuses dans ces domaines était Attunity ; elle a été rachetée par Qlik et son nouveau nom est Qlik Replicate, nom en phase avec ses fonctionnalités.

Comme le montre ce tableau, Qlik Replicate donne accès à beaucoup de logiciels, historiques et SaaS. Les résultats peuvent être stockés, quelle surprise, dans les trois grands clouds publics.

Qlik replicate solutions 3

Cette vidéo YouTube présente le mode de fonctionnement de Qlik Replicate.

Je pronostique et j’espère que l’offre de solutions permettant d’organiser ces réplications de données pour en retrouver la maîtrise va s'enrichir rapidement.

Logo FivetranParmi les nouveaux entrants sur ce marché de la réplication, la société Fivetran est devenue une licorne en 2020 après avoir levé 100 M$.

C’est justement parce que cette troisième indépendance entre les usages et les données est la plus difficile à mettre en œuvre qu’il faut s’attaquer immédiatement à ce grand défi.

Je suis effondré quand je constate qu’un nombre important de DSI et dirigeants prennent exactement… le chemin inverse !

Le plus spectaculaire contre-exemple de cette absence d’indépendance entre les usages et les données est un produit dont j’ai déjà dit beaucoup de “bien” : S/4HANA de SAP.

SAP:4HANA GuantanamoCette solution est géniale pour... SAP ; elle leur assure des dizaines d’années d’entreprises enfermées dans un “Guantanamo Numérique”. Les ESN dont j’ai parlé au début de ce billet sont prêtes à jouer les rôles de gardiens des DSI emprisonnés.

Elle est catastrophique pour les entreprises qui sont obligées de choisir une base de données propriétaire SAP pour leurs données structurées. C’est d’autant plus inexcusable que c’est justement dans le domaine des solutions de gestions de données structurées que l’offre de solutions cloud est la plus abondante. Honte aux DSI et entreprises qui acceptent d'entrer dans cette prison numérique monstrueuse, la fleur au fusil, alors que rien ne les y oblige.

AdS DPC Ja Nein S 91268040Qu’un éditeur de logiciel comme SAP soit capable d’imposer sa volonté à ce point là, que des entreprises parmi les plus grandes du monde n'aient pas le minimum de courage nécessaire pour dire “Nein!”, ce n’est vraiment pas glorieux pour la profession des DSI.

Vous voulez créer de la dette numérique pour des années ? S/4HANA est le moyen le plus efficace pour y arriver, et de très loin !

 

Indépendance Usages - Données : deux exemples

Pour illustrer et rendre plus concret cette indépendance entre les usages et les données, je vous propose deux exemples, un dans le domaine des données structurées et l’autre pour les contenus multimédia.

Données structurées

Les données structurées sont encore, et de très loin, les plus utilisées dans toutes les entreprises. Cet exemple est pertinent pour toutes les entreprises, quel que soit leur secteur d’activité.

Comme on l’a vu plus haut, les solutions pour gérer des données structurées sont légion ; j’ai choisi quelques noms dans le schéma ci-dessous, mais il peut s’appliquer à beaucoup d’autres produits.

Indépendance Usages - Données : Structurées

En partant du bas du schéma, on trouve :

● Les applications qui sont les sources principales de contenus structurés. Ce sont aussi bien des applications anciennes telles que SAP ou PeopleSoft que des solutions SaaS comme Salesforce ou Workday.

● Les nouveaux logiciels “extracteurs” de données, Qlik Replicate ou Fivetran. Ils sont capables, si nécessaire, de faire ces extractions au fil de l’eau, en temps réel, pour garantir que les données extraites auront le même niveau de fraîcheur que dans les applications.

● La couche “D”, “Données indépendantes” Data Warehouse, Data Lake ou tout autre nom que l’on souhaite lui donner.

● Les applications d’usages spécifiques de l’entreprise, développées sur mesure ou disponibles en SaaS, qui accéderont aux données de la couche D. À ce niveau, on n’a plus à se préoccuper de savoir si la donnée vient de SAP ou de Workday ; on accède à des données structurées qui sont les mêmes pour tous les collaborateurs de l’entreprise.

Données multimédia

À l’inverse des données structurées, la gestion des données multimédia est encore balbutiante dans la majorité des entreprises.

Le schéma ci-dessous présente quelques cas d’usages possibles de la solution WizyVision, qui a été créée pour répondre à ce problème.

(Rappel : WizyVision est développé par Wizy.io, société dont je suis l’un des cofondateurs. Cette solution est née pour répondre aux besoins d’une entreprise industrielle qui ne trouvait pas de réponse satisfaisante sur le marché.)

Indépendance usages données - exemple multimédia

Les trois composants de WizyVision sont :

Digital Repository : base de données spécialisée dans les contenus multimédia (D du modèle B I S D).

DAC = Digital Asset Center : outil universel (S du modèle B I S D) qui permet à tous les collaborateurs d’une entreprise d’accéder aux contenus du Digital Repository.

ML Studio : outil “No Code” qui donne la possibilité aux collaborateurs des entreprises de construire eux-mêmes des modèles de ML, Machine Learning pour répondre à des besoins métiers spécifiques (B du modèle B I S D).

● Pour la dimension (I) du modèle B I S D, WizyVision est construit sur l’infrastructure GCP, Google Cloud Platform.

L’alimentation du Digital Repository peut se faire de plusieurs manières. Sur la partie basse de ce schéma, j’en ai représenté quatre, qui illustrent différents cas d’usages :

● Récupérer les données multimédia existantes dans un logiciel DAM traditionnel (Digital Asset Management) que les équipes des directions marketing ou communication souhaitent mettre à la disposition, contrôlée, de tous les collaborateurs de l’entreprise.

● Recevoir depuis un drone des photos ou des vidéos pour surveiller des installations industrielles ou des réseaux de distribution physiques tels que l'électricité, l'eau ou le gaz.

● Déployer en Edge Computing des outils spécialisés d’analyse d’images pour identifier par caméras vidéos des défauts sur une ligne de production.

● Permettre à des FLW, Front Line Workers, travailleurs en première ligne, d’enregistrer, directement depuis leur smartphone, des images pendant des opérations de maintenance.

Pour les usages, dans la partie haute du schéma, les collaborateurs peuvent accéder au Digital Repository :

● Depuis le DAC, Digital Asset Center, outil universel qui leur permet de retrouver tous les contenus multimédia dont ils pourraient avoir l’usage.

● Depuis une application métier spécialisée construite avec ML Studio, des FLW peuvent trouver tous les contenus multimédia dont ils ont besoin pour accélérer et améliorer leurs processus métiers.

Dans la logique de ce billet, le composant D, Digital Repository, est indépendant des deux autres, DAC et ML Studio. Il peut être utilisé seul, pour enregistrer tous les contenus multimédia d’une entreprise. Des API permettent d’y accéder avec toutes les applications existantes qui auraient besoin de ces contenus multimédia.

Je pronostique que ce sera le composant de WizyVision qui aura le plus de clients.

 

Synthèse

Ces deux longs billets ont mis en évidence les défis qui se posent aux entreprises qui souhaitent reprendre la maîtrise de leurs données, de toutes leurs données.

DPC old Climbing road S 15104963Il a surtout présenté des pistes innovantes, solides et pérennes pour y répondre ; elles s’appuient :

● Sur le modèle d’architecture B I S D.

● La double vision, technique et métiers, des données.

● Les trois indépendances qu’il faut créer pour reprendre la main sur ses données.

● Des offres de solutions de plus en performantes sur lesquelles on peut s’appuyer.

Le chemin pour y arriver est long, escarpé, plein d'embûches, oui, mais les bénéfices et les avantages concurrentiels que vont en retirer les entreprises ayant eu le courage d’entreprendre le voyage feront vite oublier les difficultés rencontrées en cours de route.


Maîtriser ses données : grand défi des prochaines années (Première partie)

 

AdS DPC barre bateau S 270637175La prise de conscience de l’importance des données numériques c’est accélérée depuis 2 ou 3 années. En 2021, la “donnée” est sur toutes les lèvres.

Deux événements qui ont eu lieu en France en janvier 2021 le confirment.

Le GAIA-X French Hub a tenu sa première conférence plénière le 22 janvier 2021, sous les auspices du CIGREF. J’ai suivi cette conférence en ligne qui a duré toute la matinée. Le support est disponible au format PDF.

La priorité a été clairement mise sur les données ; neuf domaines clés ont été identifiés tels que la santé, l’énergie ou l’agriculture.

Gaia-x 9 data spaces

Assises de la donnée 28:2:2021Les assises de la Data Transformation se sont tenues à Bercy le 28 janvier 2021 ; Bruno Lemaire, ministre des Finances, en a fait l’ouverture.

Cette conférence a duré toute la journée et j’ai pu en suivre une grande partie. L’essentiel des conférences est disponible sur ce lien.

L’avenir du numérique européen passe par la donnée pour GAIA-X. “Les données sont au cœur de notre relance économique” pour le ministre des Finances de la France.

Quelles belles ambitions, quels beaux projets !

AdS DPC small man vs big Man S 55968372Je travaillais sur ce billet pendant que je regardais ces deux conférences ; j’ai eu un moment le sentiment de me sentir “tout petit” avec mon objectif d’aider chaque entreprise à améliorer sa gestion des données. Parler des entreprises quand l’avenir de la France et de l’Europe dépend des données, ce n’était vraiment pas au niveau voulu...

Je suis rapidement revenu à la raison : gérer efficacement ses données est déjà un défi d’une exceptionnelle difficulté pour chaque entreprise, et prendra plusieurs années. Sur ce thème, je pense pouvoir apporter de la valeur.

Au niveau de la France ou de l’Europe ? Je préfère laisser cette activité à d’autres.

Ce billet a pour ambition d’aider, un peu, les entreprises à reprendre la maîtrise de leurs données.

 

Rappel : modèle B I S et modèle B I S D

(Pour les lecteurs qui ne sont pas familiers avec ces deux modèles.)

En 2015, j'ai proposé un modèle d’analyse du Système d’Information (SI) des entreprises, nommé B I S :

B = Business, cœur métier en français : les applications liées aux activités spécifiques de chaque entreprise.

I =  Infrastructures : serveurs, réseaux, postes de travail, les fondations d’un SI.

S = Support, les applications transverses, universelles que l’on rencontre dans la majorité des entreprises.

En 2019, j’ai fait évoluer ce modèle en ajoutant la dimension D, pour données ; il est devenu le modèle B I S D.

Modèle BISD - Infra  Soutien  Métiers -Data

Les missions d’accompagnement des entreprises dans leur Transformation Numérique que j’ai menées entre 2015 et 2019 ont confirmé que les données occupent une place centrale dans la nouvelle version de mon modèle.

 

Les données : un peu d’histoire

Cover 10 000 years of recorded information STout au début de ma carrière en informatique, j’ai eu l’honneur et le privilège de rencontrer et de travailler aux USA avec Paul Strassmann quand il était DSI de Xerox. Cet homme exceptionnel, né en Europe de l’Est, a immigré aux USA après l’invasion de son pays par les Russes à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il a organisé pour Xerox une exposition remarquable sur “10 000 ans d’information enregistrée”. Le catalogue de cette exposition en présente quelques pièces exceptionnelles. C’est à ma connaissance la seule collection qui regroupe tous les moyens utilisés par l’humanité, dans toutes les civilisations, pour “enregistrer” des informations. Il est fascinant de voir comment, avec des techniques très différentes, les hommes ont, depuis 10 000 ans, cherché à mémoriser des données. L’une des pièces les plus rares (p 11) est l’un des seuls Quipus Péruviens restants, qui servait à enregistrer les… taxes. Les Espagnols avaient détruit systématiquement toutes ces “mémoires” pour effacer l’histoire du pays.

Aujourd’hui, l’immense majorité des données est mémorisée sous forme numérique. En 2021, les contraintes de volumes et de coûts ont disparu : il est possible de tout mémoriser. Comme le montre ce graphique, cette croissance des volumes de données est exponentielle ; on est passé entre 2010 et 2020 de 2 zettabytes à 60 zettabytes, une multiplication par 30.

Data stored from 2010 to 2024 - Zettabytes

Comment gérer efficacement ce déluge de données, qui ne fait que commencer ?

Je vous propose une démarche innovante qui, je l’espère, vous aidera à répondre à ce défi.

 

Les deux dimensions des données

Données dialogue SQL vs BudgetLorsque vous parlez de données à un professionnel du numérique, il pense immédiatement aux solutions disponibles.

Lorsque vous parlez de données avec les métiers, ils les voient sous la forme de contenus, financiers, humains ou autres.

C’est pour répondre à cette double vision des données qu’il est nécessaire d’avoir… une double réponse :

● La première, qui va proposer des solutions d’infrastructures numériques.

● La deuxième, qui parle des données dans le langage des métiers.

● Le défi, bien sûr, c’est de réconcilier les deux.

 

Dimension Infrastructures des données

J’ai participé à d’innombrables conférences, salons et séminaires où des professionnels du numérique parlent des données. Ce qui est fascinant pour moi, c’est que tout le monde se concentre sur un seul type de données, les données structurées.

Oui, les données structurées, utilisées en comptabilité, en finance, pour la gestion des ressources humaines ou des stocks sont importantes. Mais, en 2021, elles ne sont pas les seules à être numérisées, et ce sont celles qui occupent les plus petits volumes !

J’ai identifié six grandes familles de données :

● Les données structurées.

● Les documents bureautiques : textes, tableurs, présentations, PDF…

● Les modèles 3D, utilisés en ingénierie, construction…

● Les séries temporelles, que l’on rencontre aussi bien en finance que dans l’industrie.

● Les contenus multimédia : images, photos, vidéos…

● Les données géographiques : cartographie, routes, météo…

Vision Infrastructures données

L’ordre dans lequel elles sont présentées, de droite à gauche, n’est pas le fruit du hasard, comme on va le voir maintenant.

Remarque concernant les solutions citées : l’avenir des données est dans les Clouds Publics ou...dans les Clouds Publics. Toutes les solutions historiques, que l’on rencontre encore dans les centres de calcul privés que quelques rares entreprises “frileuses” continuent à gérer ont vocation à disparaître, et très vite. Je ne vais donc référencer que des solutions “natives cloud”.

C’est aussi un domaine où quelques fournisseurs attardés essaient de faire croire à leurs clients qu’ils ont LA solution universelle, intégrée, pour tous les types de données.

On retrouve ce combat entre les solutions “universelles” et les “best of breed” dans tous les domaines du numérique, et la gestion des données n’y fait pas exception.

Données structurées

Ce sont les données pour lesquelles il existe le plus de solutions techniques, et de très loin. Bases de données SQL, entrepôts de données, Data Lake… des centaines de logiciels sont disponibles pour gérer les données structurées. Ce sont aussi les solutions de gestion de ces données structurées qui sont les mieux connues par les informaticiens. Les formations à la gestion des bases de données sont presque exclusivement centrées sur ce thème.

La société de Capital Risque A16z (Andreessen Horowitz) a publié ce graphique qui présente son “Architecture Unifiée d’Infrastructures de Données.” Il est d’une grande complexité, liste des dizaines de solutions qui sont toutes…quelle surprise, dédiées aux données structurées.

A16z Unified Data Management Model

Données bureautiques.

Gdrive collaborationC’est la deuxième famille de données la plus utilisée dans les entreprises. Toutes les entreprises créent et gèrent des rapports, des présentations, des contrats… Il existe des solutions leaders dans ce domaine, venant :

● Des fournisseurs d’outils bureautiques cloud comme GDrive de Google ou OneDrive de Microsoft.

● De sociétés spécialisées comme Box ou Dropbox.

Il ne viendrait à l’idée de personne d’utiliser une base de données structurées SQL pour gérer tous ses documents.

Les quatre familles de solutions techniques qui suivent sont moins universelles que ces deux premières. Ce sont des données que l’on ne rencontre pas dans toutes les entreprises. Conséquence : le nombre de solutions “Cloud” disponibles pour ces familles de données est plus réduit.

Modèles 3D

Dassault 3D experienceLa numérisation de toutes les activités d'ingénierie est banalisée depuis des dizaines d’années. C’est l’un des rares domaines du numérique où la France a un champion mondial, Dassault Systèmes. Depuis plusieurs années, Dassault Systèmes a pris le virage du Cloud avec ses solutions 3ds.com. La mise à disposition des modèles 3D dans le Cloud permet à des collaborateurs sur le terrain d’y accéder depuis un navigateur.

Séries temporelles

Amazon timestreamÉvolution d’un cours de bourse, suivi de la vitesse de rotation d’un moteur, variation de la température dans un four… les domaines d’activités où l’on souhaite suivre l’évolution d’une donnée au cours du temps sont très nombreux. Il a fallu attendre longtemps avant de voir apparaître des solutions logicielles spécialisées pour gérer efficacement ces types de données, et elles sont encore peu nombreuses. Amazon Timestream, disponible sur AWS, n’est arrivé qu’en 2019.

Contenus multimédia

Pendant longtemps, les contenus multimédia, photos, images ou vidéos, ont été réservés à des métiers spécialisés comme la communication ou le marketing. Des dizaines de solutions DAM, Digital Asset Management, existent pour répondre à ces besoins spécifiques.

Il y a 2 ans, nous avons recherché avec une entreprise industrielle française une solution simple de gestion de contenus multimédia dans le Cloud pour permettre à tous les collaborateurs de partager ces contenus.

WizyVision exempleComme aucune solution satisfaisante n’était disponible, l’entreprise Wizy.io, dont je suis l’un des fondateurs, a développé un logiciel SaaS pour les contenus multimédia. C’est devenu le produit WizyVision DAC, Digital Asset Center. Je peux le définir comme le premier outil universel, natif Cloud, pour la gestion des contenus multimédia.

Données géographiques

Des milliers de services numériques utilisent la géolocalisation : Uber, CityMapper et même StopCovid !

Toutes les entreprises n’ont pas les moyens de Google, Apple ou Uber pour construire sur mesure des solutions métiers qui s’appuient sur des dimensions géographiques. Il existe depuis des années des outils qui répondent à ce besoin, mais ils sont chers, complexes et construits sur des architectures anciennes.

Bonne nouvelle : les toutes premières solutions Cloud natives arrivent. L’une des plus prometteuses est Unfolded.ai. Les fondateurs sont d’anciens collaborateurs d’Uber ; ils avaient construit leurs applications en créant des briques Open Source, Kepler.gl et Deck.gl.

Unfolded.ai on Open Source platforms

Unfolded.ai s’appuie sur ces composants Open Source, ce qui est un gage de qualité et de pérennité.

 

Dimension infrastructures : en résumé

Petit à petit, l’offre de solutions natives Cloud s’enrichit, pour répondre à toutes les attentes des entreprises pour gérer leurs données. Dans des domaines comme le multimédia ou les données géographiques, pour lesquels les demandes des entreprises avaient du mal à trouver des réponses modernes, les premières offres sont maintenant disponibles.

Vision Infrastructures données + solutions

Oui, les métiers de gestionnaires des infrastructures de données seront de plus en plus complexes, car il faudra maîtriser plusieurs outils logiciels.

C’est la seule option raisonnable à long terme, face à la tentation, suicidaire, d'espérer trouver la solution unique qui répondrait à toutes les attentes, actuelles et futures, des entreprises pour la gestion de toutes les familles de données dont elles ont besoin.

Matrice gestion données ancien monde nouveau mondeCette matrice à quatre cases permet de visualiser les évolutions nécessaires des entreprises dans leur démarche de gestion des données :

● La situation historique la plus fréquente : des outils universels installés dans des centres de calculs privés

● Deux cases sans avenir : outil universel dans le cloud et outils spécialisés dans centres de calcul privés.

● Le point d’arrivée moderne : des outils spécialisés dans le cloud public.

 

Usages

La situation est plus stable dans le domaine des usages : les métiers ont des attentes raisonnablement bien connues et pérennes.

Toutes les entreprises ont besoin d’information dans des domaines universels tels que :

● Clients.

● Ressources Humaines.

● Finances.

Il existe aussi des attentes spécifiques à certains secteurs d’activités :

● Gestion de production.

● IIoT : Industrial Internet of Things, informations sur les objets connectés.

Vision métiers données

Les limites techniques de l’informatique des années 1960 à 1990, les coûts très élevés des solutions de stockage avaient conduit les entreprises à avoir une stratégie de gestion de la pénurie et à considérer que l’octet était une ressource rare et chère. Les données structurées financières et bureautiques textuelles étaient les seules à pouvoir être stockées dans des supports numériques. L’exemple probablement le plus célèbre est celui des années ; on n’avait gardé que les deux derniers chiffres pour économiser des octets. Le passage à l’année 2000 a montré à quel point cette économie initiale avait été la source de coûts très élevés quand il a fallu passer à quatre chiffres.

L’explosion des usages d’Internet et du Web a fait naître des sources d’information nouvelles, externes à l’entreprise, telles que les réseaux sociaux et les sites Web ouverts à tous.

Données sources internes - externes 1990 - 2020Entre 1990, année du début du Web, et aujourd’hui, les volumes de données créées en interne ont augmenté, mais raisonnablement. À l’inverse, les entreprises ont vu croître très vite les données d’origine externe.

Les FLW, Front Line Workers, les travailleurs en première ligne, ont été pendant trop longtemps les oubliés de la Transformation Numérique. Leurs besoins de données numériques n’étaient pas prises en compte et le papier restait leur outil principal.

L’exemple que je vais présenter montre comment ces FLW peuvent en 2021 profiter de ces différentes sources de données pour transformer en profondeur leurs modes de travail.

AdS DPC FLW with smartphone factory S 354388167Cet exemple est celui d’un technicien qui doit mener une opération de maintenance sur une installation industrielle de grande taille. Comme tous les FLW, il est équipé d’un smartphone. Il peut :

● Localiser le lieu d’intervention par la cartographie.

● Arrivé sur place, une simple photo lui permet de retrouver, dans la base multimédia, les références du matériel à réparer.

● Toutes les données des maintenances préalables s’affichent automatiquement sur son écran, à partir d’une base de données structurées. Aucune saisie manuelle n’est nécessaire.

● Il peut consulter à tout moment, dans la base des documents, le manuel d’entretien.

● S’il diagnostique que le problème vient d’irrégularités dans la pression d’alimentation en air comprimé, un coup d’œil sur les évolutions de la pression au cours des 3 derniers mois dans la base temporelle lui permet de confirmer son intuition.

● Un accès aux plans 3D de l’installation lui montre sur quel composant il doit intervenir.

● À la fin de son intervention, quelques photos après réparation vont enrichir la base multimédia, ce qui aidera un autre technicien d’entretien lors d’une prochaine visite.

● Tout ceci est réalisé en mode numérique 100%, sans avoir besoin d’utiliser le moindre support papier pendant l’intégralité des étapes de son intervention.

L’application sur mesure qui a été développée pour ce FLW fait appel aux six solutions logicielles de gestion des données, de manière totalement transparente pour lui.

C’est aussi un bon exemple d’un double bénéfice “Gagnant Gagnant” :

● Pour le Front Line Worker, qui peut se concentrer sur ses activités à forte valeur ajoutée, sans perdre du temps sur des fonctions administratives.

● Pour l’entreprise, à qui ce nouveau processus 100% numérique garantit que toutes les informations, de toute nature, sont à  jour en permanence.

Cet exemple permet d’introduire la deuxième partie de ce billet ; il présentera les indépendances nécessaires à créer entre les composants d’un Système d’Information construit sur le modèle B I S D.


Et si notre monde était devenu incapable de s’adapter à l’innovation ? Deuxième partie

La première partie de cette analyse a présenté les trois époques principales de l’innovation et l’entrée du monde, depuis une dizaine d’années, dans une croissance exponentielle de ces innovations, en particulier dans le monde du numérique.

 

Les premiers signes de réactions négatives

AdS DPC Positive Negative S 313730832Mes lectures récentes montrent bien qu’il y a deux visions du monde futur.

Une première, optimiste, parie sur la capacité de l’humanité à s’adapter :

● “Exponential Organizations” de Salim Ismael, explique que les entreprises peuvent et doivent elles aussi adopter des démarches exponentielles d’évolution.

● “The future is faster than you think” de Peter Diamantis et Steven Kotler met l’accent sur la convergence de différentes technologies, toutes exponentielles et donne des pistes pour s’adapter pendant la décennie actuelle.

Une deuxième vision, pessimiste, met en doute notre capacité à nous adapter :

● “New Dark Age” de James Bridle, annonce la fin du futur de l’humanité.

● “How to fix the future” de Andrew Keen, prédit un futur effrayant et négatif.

● “The Uninhabitable Earth'', de David Wallace-Wells, est l’un des plus négatifs et  annonce tout simplement que notre planète terre deviendra rapidement invivable.

● “Human Compatible” de Stuart Russell, se concentre sur l’Intelligence Artificielle et questionne nos capacités à en contrôler les évolutions.

Le nombre de livres publiés ayant une position négative est supérieur à ceux qui sont optimistes. A mon avis, ce n'est pas seulement parce que le catastrophisme fait vendre.

 

Un début de basculement vers une allergie à l’innovation technologique ?

Le décalage entre la réalité des améliorations spectaculaires apportées par la science et la technologie au monde et la perception des personnes s’accélère, et ce n’est pas un bon signe.

Ces deux doubles pages sont extraites du livre de Hans Rosling, Factfulness, cité dans la première partie de ce billet.

La première présente 16 indicateurs de phénomènes négatifs qui se sont réduits fortement au cours des années : esclavage, maladies, accidents d’avion, ozone...

16 bad things decreasing

La deuxième présente 16 indicateurs de phénomènes positifs qui se sont améliorés fortement au cours des années : droits de vote, éducation des femmes, démocratie…

16 good things increasing

Nous devrions tous être contents ; et bien non ! On a l’impression que le monde perçoit exactement l’inverse : les phénomènes positifs se détériorent et les négatifs augmentent.

Factfullness Hans Rosling monde pireUne grande enquête a été réalisée en 2017 dans plusieurs pays. Les personnes devaient répondre à la question : est-ce que le monde devient meilleur, reste le même ou pire. Ce graphique donne les réponses "pires". Il n’y a pas un seul pays où le score est inférieur à 50%.

La France est dans le peloton de tête.

Les effets les plus visibles de cette intolérance à l’innovation numérique se concentrent en ce moment sur les infrastructures. Pourquoi ? Elles sont beaucoup plus visibles que les usages et les applications.

Vous connaissez beaucoup d’infrastructures qui n’ont aucun impact sur les paysages et la nature ? Moi, non :

● Lignes électriques haute tension.

● Autoroutes.

● Voies ferrées, TGV et autres.

● Centrales électriques, thermiques ou atomiques.

● Barrages hydrauliques, qui ont submergé des villages entiers.

● …

Comme toutes les infrastructures nécessaires pour déployer des innovations technologiques, les éoliennes, les satellites, les antennes radio, ne sont pas invisibles. Oui, les éoliennes terrestres se voient de loin, quelle surprise ! Sont-elles vraiment plus moches que les lignes haute tension ?

Fédération Non à l'éolien en France

Oui, on apercevra parfois depuis sa résidence secondaire à La Baule des éoliennes en mer quand le ciel est dégagé ; est-ce vraiment un crime visuel insupportable ?

Installer un parc d’éoliennes en France est devenu un parcours du combattant qui dure plusieurs années, tous les blocages juridiques possibles étant utilisés. Face à l’urgence du basculement vers des énergies renouvelables, est-ce une démarche raisonnable ?

Les nouveaux satellites basse altitude lancés par SpaceX d’Elon Musk fourniront dès 2021 des accès internet haut débit aux pays qui en manquent cruellement. C’est un scandale ! Ils perturbent un peu le travail des astronomes.

Autre exemple significatif de cette allergie croissante à l’innovation : le déploiement de la 5G en France. Nous sommes le dernier pays d’Europe à l’avoir autorisé. Des dizaines d’études scientifiques ont confirmé que la 5G ne présente aucun risque pour la santé.

5G no risks

Les antennes 5G, qui ne sont le plus souvent que des antennes déjà installées que l’on met à niveau, ont fait l’objet de plus de 100 attaques et destructions pendant la seule année 2020. L'incompétence technique des attaquants est telle qu’ils leurs arrivent de confondre antennes 5G et antennes de télévision.

Attaques anti 5G

Je connais déjà la réponse de ceux qui sont farouchement opposés à toute nouvelle infrastructure qui peut apporter de la valeur à l’humanité : “Oui, mais les infrastructures actuelles, on s’y est habitué.”

 

Un argument en croissance : l’innovation technologique est mauvaise pour la planète

Opposer innovation technologique, en particulier numérique, et écologie devient un autre d’axe fort de ces mouvements anti-innovations. Soit parce qu’ils sont mal informés, le plus souvent parce qu’ils sont de mauvaise foi, les “verts bien pensants” communiquent massivement sur les méfaits des innovations technologiques pour la planète.

Essayez de leur opposer des arguments scientifiques. Ils se transforment en une armée de petits Donald Trump, offensés, et crient à la manipulation, aux fausses nouvelles.

J’ai écris de nombreux billets sur mon blog qui s’appuient sur des éléments chiffrés, factuels, pour montrer que :

L’innovation technologique est l’une des meilleures armes pour sauver la planète. Elle permet en particulier une dématérialisation de l’économie.

Transformation Numérique et Frugalité Numérique sont de puissants alliés. Ce lien est vers le premier d’une série de quatre billets.

La santé est un autre sujet sensible ; de nombreux “marabouts” modernes ont découvert le filon et proposent à une clientèle fragile des protections en tout genre. Le danger des ondes radio est très en vogue en ce moment.

Baldaquin anti ondesDe nombreuses boutiques en ligne, auxquelles il faut bien sûr accéder en utilisant des réseaux numériques sans fil, proposent des protections personnelles ou d’habitation. Pour la modique somme de 1 880 € HT, vous pouvez vous protéger pendant votre sommeil des ondes radio avec un superbe baldaquin faisant office de cage de Faraday.

 

Un cas concret : les vaccins anti COVID-19

Tous les médias, et pas seulement les réseaux sociaux, sont concentrés sur le court ou le très court terme ; le temps consacré à des analyses posées, scientifiques, factuelles sur les évolutions à long terme est presque inexistant. L’exemple des vaccins anti COVID-19 l’illustre très bien.

C’est un succès scientifique vraiment extraordinaire : les premiers vaccins contre la COVID-19 étaient disponibles moins d’un an après l’arrivée du virus, et avec des taux d’efficacité supérieurs à 90%, ce qui n’avait jamais existé face aux virus précédents celui de la COVID-19.

D'où vient cette double performance, temps de développement et efficacité, que personne n’aurait imaginé en mars 2020 ? Des progrès exponentiels réalisés dans les sciences de la vie et du numérique.

Moderna on AWS  42 jours au lien de 20 moisLa société Moderna a utilisé les solutions IaaS, Infrastructure as a Service, d’AWS depuis 2017. Moderna estime que, pour développer son vaccin COVID-19, le temps nécessaire a été de 42 jours ; il lui aurait fallu 20 mois sans AWS. C’est une accélération de plus de 14 fois.

18 mois de gagnés, 18 mois pour vacciner plus vite : combien de vies cette accélération a sauvé ? Sur la base de 2 millions de morts en 12 mois, on arrive au chiffre extraordinaire de… 3 millions de vies potentiellement sauvées.

Je n’ai pas lu beaucoup d’articles sur ce “miracle technologique”. A l’inverse, des milliers de politiques et de commentateurs dénoncent un “drame absolu” quand un laboratoire annonce un retard de 1 à 3 semaines dans la mise à disposition des doses, dû à des problèmes de mise en production que toute personne ayant une expérience industrielle peut comprendre. Ce retard va ralentir de quelques semaines le rythme des vaccinations, car la fabrication reprendra avec des capacités plus élevées.

Une illustration, parmi des milliers de ces réactions : le Secrétaire d'État Christian Beaune menace les laboratoires de sanctions pour ces retards :

● Date de l’entretien : jeudi 21 janvier 2021.

● Date de reprise des livraisons, annoncée dans ce même entretien : lundi 25 janvier 2021.

Christian Beaune sur vaccins

Heureusement que d’autres responsables politiques, au niveau européen, avaient une véritable vision moyen terme en passant des commandes massives de vaccins dès juillet 2020, alors qu’aucun vaccin n’était encore disponible et n'avait été approuvé par les organismes de certification. La date de livraison de ces vaccins n’était évidemment pas inscrite dans ces contrats.

Autre polémique : l’Europe s’insurge car les Etats Unis et le Royaume Uni sont livrés plus vite que l’Europe. La raison ? Ils ont passé des commandes 3 mois avant, et il est logique qu’ils soient livrés avant.

Lançons aujourd’hui une enquête d’opinion en posant la question : “Que pensez-vous de la vitesse à laquelle les vaccins anti COVID-19 sont disponibles ?”

Quelles seraient les réponses les plus fréquentes, et de loin ? Je suis prêt à parier que ce seraient des critiques virulentes de ces retards de quelques semaines.

Ils seraient peu nombreux ceux qui diraient : “C’est génial, on dispose d’un vaccin en moins d’un an, ce qui n’était jamais arrivé auparavant !”

Les seuls qui feraient référence à cette accélération ? Des anti-vaccins pour dire qu’un vaccin développé aussi rapidement, c’est louche, c’est pas normal, on va être des cobayes, j’ai pas confiance… Ces deux réponses de politiques français illustrent très bien cette position de méfiance vis-à-vis des progrès rapides de la science moderne.

COVID-19 Le Pen Dupont Aignan

 

Synthèse : les dix prochaines années

Intelligence Artificielle, informatique quantique, micro-réacteurs à fusion nucléaire, nouveaux traitements médicaux efficaces contre des maladies incurables aujourd’hui…en 2030 les progrès exponentiels de la science et des technologies pourraient continuer et permettre au monde d’améliorer encore plus les nombreux indicateurs de progrès présentés dans ces deux billets.

Ces progrès sont possibles, sauf si l’humanité, désorientée par la vitesse croissante de ces innovations, son incapacité à les comprendre, succombe à la tentation du retour en arrière.

Aotodafé smallVerra-t-on le retour de gigantesques autodafés, numériques cette fois ? Les incendies d’antennes 5G en sont les signes avant-coureurs.

Inquisition espagnole en 1480, destructeurs d’antennes en 2020, même culture, même combat.

Est-ce que les États et leurs lois seront capables de ne pas bloquer des innovations de rupture, qui par définition n’auront jamais été mises en œuvre ? Est-ce que des vaccins ARN auraient été autorisés pour d’autres maladies que la COVID-19 s’il n’y avait pas eu cette urgence mondiale ? Rien n’est moins sûr.

Dans deux textes, publiés en 2018, j’avais déjà tiré le signal d’alarme sur les risques que font courir à la France des lois déraisonnables comme le principe de précaution inscrit dans la constitution.

La tentation sera forte, pour les états, de ralentir les progrès technologiques qu’ils ne comprennent pas en publiant des lois et règlements “technicides”.

A l’inverse, est-ce que les grands blocs qui dominent de plus en plus les innovations numériques, Chine et USA, ne seront pas tentés d’utiliser de nouvelles avancées qu’ils seraient les seuls à détenir pour soumettre le reste du monde à leurs exigences.

Gozilla vs Kong with flagsDe nombreux experts américains prédisent que la Chine deviendra la première puissance mondiale en Intelligence Artificielle dès 2025. Imaginons qu’il en soit de même en informatique quantique en 2030. Chine contre USA, un combat de titans numériques qui peut ébranler la planète dans cette décennie et dont l’Europe est absente.

Gozilla contre Kong, c’est le titre d’un film qui va sortir en 2021 ; l’analogie est tentante…

La tentation sera forte, pour les particuliers, de se rebeller contre des intelligences artificielles plus performantes qu’eux, des voitures autonomes qui feront que la conduite par des humains sera de plus en plus régulée, car trop dangereuse.

Et les fournisseurs leaders ? Auront-ils la sagesse de mettre leurs innovations au service de la société ou la tentation de devenir encore plus les véritables maîtres du monde. Les luttes telles que celles entre le gouvernement chinois et le patron d’Alibaba pourraient se multiplier dans les années qui viennent. On assiste déjà à des affrontements similaires entre les GAFAM et l’Union européenne.

Et les entreprises ? C’est dans ce domaine que le futur des prochaines années est le plus difficile à imaginer. Les profondes différences dans la vitesse d’adoption des technologies innovantes que j’ai pu observer pendant les années 2005 - 2020 vont probablement s’accentuer entre 2021 et 2030.

Est-ce que les entreprises qui sont déjà dramatiquement en retard dans leur Transformation Numérique en 2021 auront encore une possibilité de remonter à la surface avant 2030 ? Rien n’est moins sûr.

J’ai posé beaucoup de questions dans ces billets. Les réponses ne sont pas figées dans le marbre.

2030 Incertitude NumériqueElles dépendent des réactions de milliards de personnes, de millions d’entreprises, de tous les pays de la planète, d’une vingtaine de leaders technologiques mondiaux et de leur capacité à gérer ensemble cette croissance exponentielle de l’innovation technologique pour que nous soyons tous gagnants.

Quel est votre sentiment, en ce début d’année 2021 ?

● Optimiste pour 2030 ?

● Pessimiste pour 2030 ?


Et si notre monde était devenu incapable de s’adapter à l’innovation ? Première partie

 

AdS DPC Ball Optimism Pessimism S 321005567Poser cette question, en 2021, pourquoi ?

Non, ce n’est pas lié à la pandémie COVID-19. C’est une réflexion beaucoup plus large sur les impacts de l’accroissement vertigineux de la vitesse d’évolution des innovations, le monde du numérique étant le plus en pointe.

Depuis des années, dans ce blog, je fais preuve d’un grand optimisme sur les apports positifs des nouvelles technologies numériques.

Aujourd’hui, le doute pointe le bout de son nez : et si notre monde, dépassé par la vitesse de ces évolutions, se rebellait, avec le sentiment que tout va trop vite, et décidait qu’il n’est plus capable de suivre ?

(La longueur exceptionnelle de ce billet m’a amené à le couper en deux parties, qui sont publiées simultanément.)

 

Les trois âges de croissance de l'innovation

Je prends le risque d’une simplification très forte de l’histoire de l’innovation, mais elle me semble nécessaire pour comprendre ce qui se peut se passer dans notre monde au cours des dix prochaines années. Les dates choisies sont indicatives de moments d’inflexion, pas des dates précises.

Trois ages innovation plat linéaire exponentiel

Comme le montre ce schéma, j’ai identifié trois périodes dans l’histoire des innovations :

● Une très longue période pendant laquelle les innovations ont été peu nombreuses, très lentes, jusqu’en 1850.

● Une période d’un peu plus de 150 années, théâtre d’une évolution rapide, mais linéaire, de ces innovations.

● Depuis une dizaine d’années, un basculement vers une évolution exponentielle de ces évolutions.

Steven Pinker Enlightenment nowLa lecture d’un livre passionnant, "Enlightenment Now”, écrit par Steven Pinker, m’a beaucoup aidé dans mes réflexions. Je suis en bonne compagnie pour vous le recommander : c’est le nouveau livre favori de tous les temps de.. Bill Gates.

Il existe aussi en français sous le titre : Le triomphe des lumières.

Je vais m’appuyer sur cet ouvrage pour illustrer en priorité la période 1850 - 2010, correspondant à ce que je nomme la croissance linéaire de l’innovation.

 

L’ancien monde, avant le milieu du XIX siècle

C’était mieux, avant ! Qui n’a pas entendu cette phrase des nostalgiques du passé, de plus en plus nombreux, et on y reviendra.

Réponse : non, non et non !

Vous auriez aimé vivre dans un monde où :

● L'espérance de vie à la naissance était de 31 ans.

● 35% des enfants mourraient avant 5 ans.

● La famine tuait entre 200 M et 1 200 M de personnes par an dans le monde.

● 90% des personnes vivaient en état d'extrême pauvreté.

● …

Steven Pinker life expectancy

Moi ? Non merci !

Ces indicateurs sont restés très stables pendant des millénaires. Il y avait aussi des périodes de grandes catastrophes, épidémies, bouleversements climatiques et famines, qui faisaient baisser brutalement ces chiffres.

Quelques exemples de ces grandes catastrophes :

● Années 974 - 975 : grands froids et famines en France : ⅓ de la population disparaît.

● Années 1648 + : en Pologne, ⅓ de la population meurt à la suite d'inondations, de famine et de peste.

● Années 1769+ : au Bengale, la famine tue 15 millions de personnes, soit encore une fois ⅓ de la population.

Cet article de Wikipedia liste plus de 100 grandes famines avant l’année 1850. D’autres se sont produites ensuite, mais avec des nombres de morts de plus en plus faibles.

Autre exemple : en 1347, la grande peste a déferlé sur l’Europe ; sa population est passée de 85 millions de personnes à 60 millions, une baisse d’environ 25%.

Population Europe Peste 1347

Le monde d’avant 1850, un monde idyllique ? A vous de juger...

 

Croissance linéaire de l’innovation : des résultats remarquables

Dans la deuxième moitié du XIXème siècle, l’homme a acquis la maîtrise des énergies, principalement fossiles, charbon puis pétrole et gaz. Ces énergies ont été la base de la première révolution industrielle.

En un peu plus de 150 ans, une durée ridiculement courte à l'échelle de l’histoire de l’humanité, le monde est devenu plus riche, plus sain, plus libre, plus éduqué.

Des dizaines d’indicateurs confirment ces évolutions très rapides ; pour ne pas surcharger ce billet déjà long, j’en ai choisi un tout petit nombre :

● Le pourcentage d’enfants qui meurent avant 5 ans a baissé dans toutes les régions du monde, à des rythmes différents. Il est aujourd’hui proche de zéro dans la grande majorité des pays.

Steven Pinker Children death

● En 1900, les femmes pouvaient voter dans 1 seul pays, l’Australie. Aujourd’hui, il reste un seul pays où elles ne peuvent pas voter ! Non, ce n’est pas l’Arabie Saoudite qui a accordé un droit de vote, réduit, aux femmes en 2015. Il s’agit du...Vatican !

● Au début du XIXème siècle, 12% des personnes savaient lire et écrire. Ce chiffre est monté à 83% en 2010. Oui, il reste quand même plus d’un milliard d’analphabétes dans le monde, mais c’est un sacré progrès !

Le site “ourworldindata” est une remarquable source de données fiables sur des milliers de sujets. Vous pouvez construire vous-même des graphiques comme celui que j’ai réalisé sur les équipements des foyers américains sur un siècle, entre 1860 et 1955. L’eau courante, les toilettes ou l'électricité étaient encore des raretés en 1900.

Equipement foyers américains 1860-1955

Monument Jacquard ChomageCette première révolution industrielle n’a pas été acceptée facilement par tout le monde. Le français Joseph Marie Charles dit Jacquard invente le métier à tisser piloté par une carte perforée avec 80 colonnes. Il a failli être jeté dans le Rhône par des ouvriers inquiets pour leur avenir. Tous les pays, tous les secteurs économiques qui s’industrialisaient ont connu des révoltes de ce type. Elles n’ont jamais atteint des proportions majeures ni remis en cause ces industrialisations.

L’informatique a décollé dans les entreprises vers les années 1960, avec l’arrivée des premiers ordinateurs universels, dont l’IBM 360 a été un exemple important.

L’informatique domestique a pris son envol vers les années 1990, avec l’arrivée des premiers PCs et du Web.

Pendant 30 années, les entreprises étaient en avance sur le grand public dans les usages des solutions numériques. Depuis 2000, les courbes se sont croisées et l’innovation numérique se déploie plus vite chez les particuliers. Je reviendrai sur ce basculement ultérieurement.

A la fin de l’année 2020, il y avait environ 5 milliards d’internautes dans le monde

Nombre d'internautes 12:2020 Internetworldstats

Ce deuxième graphique montre la croissance du nombre d’internautes entre 1990 et 2015.

Nombre internautes 1990 - 2015

On constate que cette croissance est forte, mais reste… linéaire ! Nous sommes en face d’un nombre fini d’utilisateurs potentiels, et il reste encore, trente ans après les débuts du Web, un gros tiers de la population mondiale qui n’a pas accès à Internet.

Pendant ces 50 premières années de croissance linéaire des innovations informatiques, il y a eu très peu de “révoltes” contre ces technologies. Au contraire, l’acceptabilité des PC, des réseaux rapides, d’Internet, du e-commerce a été forte, dans tous les pays, dans toutes les tranches d’âge, avec des vitesses différentes.

Les réactions anti informatiques sont restées très limitées. Cela fera sourire les plus jeunes, mais on a sérieusement discuté en France d’une “prime clavier” pour les personnes qui, pour la première fois, devaient utiliser un terminal ou un ordinateur.

Les reproches, et il y en avait, venaient en priorité des pays et des personnes qui pour des raisons techniques ou financières n’avaient pas accès à ces outils numériques. On se plaignait des déserts numériques, des zones blanches ou du manque d’équipements numériques dans le monde éducatif.

 

La croissance exponentielle de l’innovation s’installe

Depuis une dizaine d’années, la croissance exponentielle de l’innovation s'est imposée dans tous les domaines et en particulier dans le numérique. Cette croissance exponentielle existait déjà dans quelques catégories : la célèbre prévision de Gordon Moore d’Intel sur le doublement du nombre de transistors dans les circuits électroniques date de 1970.

J’ai fait le choix pour illustrer cette “exponentialisation” des performances de choisir quelques secteurs différents. J’aurai pu ajouter des dizaines d’autres exemples.

Puissance de calcul dans l’Intelligence artificielle. Ce graphique est un peu la “loi de Moore” dans l’IA, mais beaucoup plus rapide. La puissance de calcul a été multipliée par 300 000 entre 2012 et 2018.

Exponential growth IA

Réduction du coût par Watt des panneaux solaires. Il n’y a pas que le numérique qui fait des progrès exponentiels. Le coût par Watt a été divisé par 400 entre 1975 et 2019.

Réduction exponentielle coût panneau solaire

Croissance des flux de données sur réseaux mobiles. On retrouve aussi ces croissances exponentielles dans les usages numériques. Le taux de croissance des flux numériques mobiles est de l’ordre de 60% par an.

Croissance flux données mobiles

L’exponentiel, c’est démodé, vive le double exponentiel. Dans le monde du calcul quantique, le responsable des travaux quantiques chez Google, Hartmut Neven, a proposé une nouvelle loi qui porte son nom et qui prévoit que la puissance des ordinateurs quantiques va suivre une loi “double exponentielle”. Le tableau ci-dessous compare une croissance exponentielle et double exponentielle. Les chiffres parlent d’eux-mêmes !

Sur une puissance de 5 :

● Exponentielle = 32.

● Double exponentielle = 4 milliards ( 4 294 967 296 pour être plus précis).

Double exponentielle

Il serait fastidieux d’afficher d’autres courbes exponentielles dans d’autres domaines.

Le message est clair : nous sommes vraiment entrés dans une période de croissance exponentielle des innovations et rien ne permet de dire qu’elle va s’arrêter, au contraire, comme le montre l’arrivée de croissances double exponentielles.

 

Le monde peut-il s’adapter à cette croissance exponentielle ?

Avant de continuer la lecture de ce billet, prenez quelques minutes pour répondre aux sept questions sur votre perception de l’avenir du monde que vous trouverez sur le site Gapminder.

GapMinder Website quiz

Pour que ce test soit utile, soyez “honnête”, avec les réponses que vous feriez à un ami vous posant ces questions pendant des échanges sur l’état actuel du monde.

Vous serez probablement surpris de votre faible pourcentage de bonnes réponses et de voir dans quel sens vous vous êtes trompé.

Couverture livre FactfulnessCe site GapMinder est une autre source remarquable de données sur les évolutions du monde. Il est géré par la famille Rosling, Ola et Anna, enfants du fondateur Hans, décédé récemment.

Les Rosling ont écrit un livre exceptionnel, Factfulness, disponible en français et en anglais, qui vous fera un bien fou. Je vous laisse découvrir pourquoi.

Cela fait longtemps que je me pose des questions sur les liens entre les technologies numériques et le monde. J’ai pris le temps de lire de nombreux livres qui abordent ces thèmes. Ils ne sont pas tous intéressants ; je vais citer quelques-uns de ceux qui m’ont le plus aidé.

Dans “Thank You for being late”, Thomas Friedman est l’un des premiers à se poser la question de la capacité de l’humanité à s’adapter à la croissance exponentielle de la performance des technologies.

J’en ai extrait ce graphique. Il n’y a pas de date sur le point de croisement entre la courbe exponentielle de la technologie et la capacité d’adaptation de l’humanité, qui est beaucoup plus linéaire.

Thomas Friedman : thanks for being late

J’y ai rajouté quatre composants essentiels, car ils ont des vitesses d'adaptation très différentes.

Les particuliers. Depuis les années 2000, c'est au niveau des personnes que les capacités d’adaptation sont les plus rapides. On le constate tous les jours depuis une vingtaine d’années. Smartphones, réseaux sociaux, photos numériques… Ces innovations sont adoptées très vite, en particulier par les plus jeunes. TikTok, l’outil chinois de création et partage de courtes vidéos sur smartphones en est l’exemple le plus récent. Ce graphique montre que la croissance TikTok aux USA est plus rapide que celle des solutions de Facebook.

Tik tok growth compared to Facebook solutions

Les entreprises. Elles arrivent en deuxième position dans leur capacité à adopter les nouvelles technologies numériques. Il y a de très grands écarts de vitesses selon les entreprises, et l’un de mes métiers de base reste l’accélération de cette adaptation. Les solutions clouds publics et SaaS existent depuis plus de 15 ans. Elles restent encore interdites dans de trop nombreuses entreprises, avec des alibis bien connus tels que la sécurité et la confidentialité.

AdS DPC Digital Servives Act S 396764206Les lois. Là, cela devient grave ! Le retard entre la banalisation des usages numériques dans le grand public et les entreprises et les lois censées les réguler s'accroît tous les jours. Les jeunes leaders du numérique comme Google et Facebook ont pris des positions dominantes dans le monde entier et on parle beaucoup de les contrôler, de les réguler. Dans la pratique, les lois historiques sont inopérantes et les nouvelles lois sont à inventer. En Europe, en décembre 2020, deux séries de recommandations ont été annoncées : DSA, Digital Service Act et DMA, Digital Market Act. Leurs contenus, leurs dates de mise en opération ? Personne ne les connaît encore avec précision.

Les états. Que ce soit au niveau d’un état ou d’une association comme l’Union Européenne, les temps de réponse sont incompatibles avec la croissance exponentielle des performances. Ils sont presque tous en retard d’une, deux ou trois générations vis-à-vis des solutions numériques. La dimension mondiale native des solutions proposées par Google, Facebook, Amazon et autres Alibaba est en totale opposition avec les approches territoriales des États. Sera-t-il possible, un jour, de réconcilier les deux ? Rien n’est moins certain.

Comme l’a montré Thomas Friedman, ces décalages sont restés acceptables tant que l’humanité avait le sentiment qu’elle pouvait les dominer.

Que va-t'il se passer maintenant que la croissance exponentielle de l’innovation technologique dépasse la capacité des personnes, des entreprises, des lois et des états à s’adapter ?

La deuxième partie de cette analyse sera consacrée aux réactions possibles face à ces croissances exponentielles des innovations.


Travailleurs en première ligne, nouvelle priorité de toute Transformation Numérique

 

Blog FLW Image livre siège terrainDès 2018, dans le livre “Dirigeants, Acteurs de la Transformation Numérique” que j’ai écrit avec Dominique Mockly, P-DG de Teréga, nous avions mis en évidence le rôle clef des acteurs du terrain, comme le montre ce schéma extrait ce livre.(Il est maintenant disponible, en version papier et Kindle).

L’expression qui s’impose aujourd’hui pour parler de ces acteurs du terrain est FrontLine Workers, travailleurs en première ligne (FLW). J’utiliserai souvent cette abréviation dans ce billet. Je rencontre aussi les mots “FirstLine Workers” ; dans la suite de ce texte, je considère qu’elles sont similaires et définissent les mêmes populations.

Je pronostique que 2021 sera une année de rupture dans l’équipement numérique de ces FLW. Toutes les entreprises qui emploient un fort pourcentage de FLW vont basculer une part majeure de leurs budgets informatiques ou numériques pour que ces FLW ne soient plus les parents pauvres de la Transformation Numérique.

 

FLW : largement majoritaire en nombre parmi les travailleurs

La COVID-19 a brutalement mis en évidence que le monde entier dépendait, pour son fonctionnement, pour sa survie, des travailleurs en première ligne.

Transporteurs, magasiniers, agents d’entrepôts, agriculteurs, installateurs, mécaniciens, infirmiers, policiers, pompiers, facteurs… La liste est longue de tous ces métiers qui permettent à sept milliards de personnes de se nourrir, se déplacer, se soigner ou maintenir en fonctionnement ces milliards d’objets que nous utilisons quotidiennement.

Estimation nombre de FLWCombien sont-ils ? Peu de personnes savent répondre à cette question.

L’enquête dont est extrait le graphique ci-dessous a été faite auprès de DSI en septembre 2020. Leur réponse était voisine de 50% pour les cols blancs et 50% pour les FLW, des chiffres très loin de la réalité.

80% Workers are FLW or 2 7 BUne remarquable étude réalisée par Emergence en 2018 montre que les FLW représentent… 80% des travailleurs dans le monde ! Oui, vous avez bien lu, les cols blancs ne représentent que 20% des effectifs dans les entreprises.

Les FLW représentent environ 2,7 milliards de personnes. Il faut rester prudent face à ces chiffres et les considérer comme une raisonnable évaluation de la réalité.

3 out of 4 workers are FLWUne autre étude dont je donne ici l’un des résultats annonce des chiffres voisins : les FLW représentent 75% de la population et sont au nombre de 2,5 milliards.

Les écarts entre les mesures de ces deux études sont faibles ; ils confirment l’essentiel :

● Les FrontLine Workers sont très majoritaires, entre 75% et 80% des actifs.

● Ils sont très nombreux : plus de 2,5 milliards de personnes.

 

FLW, les oubliés de la Transformation Numérique

01 net  les deskless  les oubliés du SICe thème des oubliés de l’informatique, j’en parle depuis… longtemps. Avant de démarrer mon blog en 2006, j’avais eu l’honneur d’écrire de nombreuses rubriques dans l’un des plus anciens et prestigieux journaux informatiques, 01 Informatique. J’ai retrouvé un texte, publié en 2004, dont le titre était : “Les “deskless”, les oubliés du SI ?.

Depuis 2004, la situation n’a pas changé, je pense même qu’elle a empiré. Les entreprises ont massivement investi pour équiper les cols blancs de solutions informatiques de plus en plus complexes, de plus en plus chères, de plus en plus puissantes.

Une étude, publiée par la revue Forbes, réalisée par Microsoft contient des informations intéressantes sur ce décalage entre cols blancs et FLW.

Microsoft Proportion of Frontline Workers Digitally connectedJ’en ai extrait quelques graphiques, et je vous conseille de la lire dans son intégralité.

Près de 50% des FLW ne sont pas connectés au SI de leur entreprise ! Difficile d’utiliser des applications informatiques si l’on n’est pas connecté…

FLW écart entre souhaits et réalités● Le décalage entre ce que “souhaitent” les dirigeants interrogés et la réalité est très grand :

  • Partager l’information avec les FLW : souhaité par 81% des dirigeants, une réalité dans 29% des cas.
  • Donner de l’autonomie aux FLW : souhaité par 81% des dirigeants, une réalité dans 22% des cas.

Ces quelques exemples suffisent pour vous rappeler une réalité que vous rencontrez dans vos entreprises :

les FLW sont aujourd’hui les grands oubliés de la Transformation Numérique.

 

FLW, des attentes numériques très différentes de celles des cols blancs

Vous avez déjà rencontré un travailleur en première ligne qui adore remplir des formulaires ? Moi, jamais !

Tous, absolument tous, se plaignent du temps perdu à faire de la “paperasse” !

Il faut comprendre, accepter que le numérique n’est pas leur métier, et que moins ils y passent du temps, plus ils sont heureux.

Difficultés FLW Dans l’étude sur les FLW, réalisée à la demande de Google, la liste de leurs principales difficultés se concentre sur deux thèmes, comme le montre la liste ci-dessous :

● La difficulté d’accès à l’information pertinente pour faire leur métier.

● Les piètres performances des outils techniques mis à leur disposition.

C’est pour moi un signal encourageant : pour répondre aux attentes universelles des FLW, les priorités sont connues :

● Leur fournir des outils simples et fiables. Les tablettes et smartphones du marché, durcis si nécessaire, répondent bien à cette demande.

● Leur permettre d’accéder, sur le terrain, immédiatement, aux seules informations dont ils ont besoin.

AdS DPC Forget Everything S 227002110Amis DSI et spécialistes des solutions numériques que vous avez déployées depuis des dizaines d’années pour les cols blancs, oubliez tout ce que vous savez sur la meilleure manière de répondre aux attentes de ces cols blancs si vous souhaitez réussir avec les FLW !

ERP intégrés, écrans de 15 pouces avec surabondance d’informations, tableaux Excel avec des dizaines de lignes et de colonnes… rien de cela ne fonctionnera avec les FLW.

Comment construire des solutions numériques qui répondent aux attentes des FLW ?

Je vous propose quelques pistes de réflexion et d’action :

● Commencez par aller sur le terrain, faites le travail avec ces FLW, vivez leur quotidien pour comprendre la réalité de leurs besoins. Je parle d’expérience : la manière dont le travail est fait sur le terrain ne correspond jamais à ce que les cols blancs du siège imaginent être les meilleures pratiques.

● Construisez des applications spécifiques, cas par cas, qui collent aux attentes de chaque famille de FLW. Dans une usine, l’opérateur sur une chaîne de production, le cariste, le magasinier, la personne qui réceptionne les livraisons… tous ont besoin d’une application spécifique, construire pour répondre à leurs attentes, et seulement à leurs attentes.

AdS DPC Low code S 251719607● Utilisez en priorité les nouveaux outils Clouds No-Code et Low-Code pour construire, en quelques jours ou semaines, ces applications spécialisées.

● Utilisez les solutions informatiques existantes, construites pour les cols blancs, comme des sources d’information pour ces applications spécialisées. Ne mettez jamais un SAP ou un Oracle Applications entre les mains d’un FLW !

Un dernier point, et c’est probablement le plus important : vous aurez en face de vous des clients très reconnaissants qu’on s’intéresse à eux, enfin.

 

Solutions numériques pour les FLW : quels potentiels ?

Gartner worldwide IT spending 2019 - 2021Le Gartner Group a publié, début 2020, juste avant la crise liée à la COVID-19, ses prévisions de dépenses informatiques mondiales pour 2019, 2020 et 2021.

Pour 2020, je retiens deux chiffres :

● Dépenses totales : 3 865 $B.

● Dépenses liées aux logiciels d’entreprise : 503 $B.

Ce même Gartner regarde de plus en plus vers les FLW ; depuis 2019, il publie une courbe du “hype” sur les technologies dédiées aux FLW.

Gartner on FLWDans son édition 2020, une phrase a retenu mon attention : “Gartner prévoit que jusqu’à 70% des investissements des cinq prochaines années dans les mobiles et solutions d’accès seront consacrées aux FLW”.

Growth in IT investments for frontline by sectors 2Dans l’étude réalisée par Emergence citée plus haut, leur recherche montre que tous les secteurs où l’on trouve la majorité des FLW prévoient d’augmenter leurs investissements de 50% à 100% vers ces FLW.

FLW - Nombre et budgets IT 2020 2025J’ai préparé ce graphique pour mettre en évidence les potentiels majeurs de croissance des outils numériques qui ciblent les FLW :

● Pourcentage de population : 20% cols blancs, 80% FLW.

● Budgets informatiques en 2020 : 80% pour les cols blancs, 20% pour les FLW.

● Une estimation de la répartition de ces budgets informatiques en 2025 si on s’occupe sérieusement des FLW : 35% pour les FLW, 65% pour les cols blancs.

Si ces ordres de grandeur se vérifient, les budgets informatiques pour les FLW vont croître de 600 $B en 5 ans.

Dans le domaine des logiciels, si l’on garde comme référence les mêmes pourcentages :

Dépenses en logiciels FLW en 2020 : 20% de 500 B$ = 100 B$.

Dépenses en logiciels FLW en 2025 : doublement soit 200 B$, un accroissement de 100 $B.

Baselines WIzyEMM & WIzyVisionVous comprendrez mieux pourquoi, dans mon activité d’éditeur de logiciel SaaS avec Wizy.io, nous avons décidé de cibler en priorité nos offres sur… les FLW !

● La “baseline” de WizyEMM, gestionnaire de terminaux Android : “ Frontline Android Devices Management”.

● La “baseline” de WizyVision : ” Images power Frontline Work”

Venture underfunding FLWTout reste à faire dans ce domaine des logiciels pour FLW. Ce graphique montre que les VC, Ventures Capitalists, n’ont consacré que 1% de leurs investissements à des solutions FLW.

Wizy.io prévoit de lancer une levée de fonds dans les semaines qui viennent. N'hésitez pas à nous contacter si vous êtes un Business Angel ou un fonds d'investissement prêt à nous accompagner dans notre croissance sur un marché presque vierge, en très forte croissance !

 

Des bénéfices pour les FLW et pour les entreprises, en même temps

FLW a deux définitions possibles :

● FrontLine Workers, les collaborateurs en première ligne.

● FrontLine Work, les processus de l’entreprise pour lesquels ces collaborateurs ont un rôle dominant.

Ce qui est passionnant et positif, c’est que l’on peut, en même temps, améliorer en profondeur les processus de l’entreprise tout en proposant des modes de travail plus intéressants aux collaborateurs en première ligne.

Je vais l’illustrer par un exemple réel, construit avec la solution WizyVision dont j’ai parlé plus haut.

Un technicien d’entretien doit assurer la maintenance ou la réparation d’une machine.

Exemple usage FLW mesure1 - Avec son smartphone ou sa tablette, il prend une photo de la machine, qui est transmise au SI de l’entreprise.

2 - A l’aide de fonctions d’Intelligence Artificielle et de Machine Learning, le SI identifie la machine, trouve toutes les données pertinentes et remplit automatiquement la fiche de travaux. On élimine des saisies manuelles, sources d’erreurs et de pertes de temps.

3 - Quand l’opération est terminée, le technicien saisit les seules données nouvelles liées à son intervention, qui mettent à jour immédiatement le SI de l’entreprise. Ces données sont disponibles pour toute personne qui en aurait besoin, col blanc ou FLW.

Vous connaissez beaucoup de techniciens d’entretien qui adorent remplir des formulaires papier ou sur leur smartphone, surtout s’ils sont sur le terrain et que la météo est mauvaise ?

Vous connaissez beaucoup d’entreprises qui trouvent intelligent de ressaisir ou de contrôler en central des données prises sur le terrain ?

FL work et FL Worker Win WInCette dimension “gagnant gagnant”, entreprise et collaborateur, on va la retrouver dans des centaines de cas d’usages, chaque fois que l’on prendra la peine de répondre avec des solutions numériques adaptées à la réalité des besoins des travailleurs en première ligne.

 

Synthèse

80% des travailleurs sont des Frontline Workers ; ils ont été jusqu’à présent les grands oubliés de l’informatique et du numérique.

AdS DPC Frontline Workers S 338869676

Investir pour les FLW apporte des bénéfices rapides et démontrables pour les entreprises, tout en améliorant la qualité de vie de ces FLW.

Les outils pour construire les solutions numériques dont ont besoin les FLW sont disponibles, immédiatement.

Faire de 2021 l’année des travailleurs en première ligne, voilà un bel objectif pour votre Transformation Numérique.


Solutions numériques en Europe, mi 2020 : une qualité exceptionnelle

 

AdS DPC Pessimism sur visage S 349567679Halte à la sinistrose ! Le pessimisme numérique, ça suffit ! Tout va mal dans le numérique, basta ya !

Je n’en peux plus, de ces discours de politiques, de dirigeants et de responsables du numérique qui ne parlent que des dangers du numérique, des risques qu’il fait courir aux entreprises, aux états et même à la planète.

Et si l'on regardait, en priorité, ce qui fonctionne bien dans le numérique ?

C'est le thème de ce billet d’humeur, pour vous aider à préparer un été et une reprise en septembre qui ne soient pas d’une noirceur numérique totale.

Rappel : ce billet est centré sur les solutions professionnelles, pas celles destinées au grand public.

 

Offre de solutions numériques en 2020

Nous sommes en 2020, pas en 2000 ! Les progrès réalisés par l’offre de solutions dans tous les domaines du numérique ont été spectaculaires, exponentiels.

Les entreprises ont tout sous la main pour réussir leur Transformation Numérique.

BIS - Infra  Soutien  MétiersJe vais à nouveau utiliser mon modèle B I S ; il a maintes fois fait la preuve de son efficacité, en définissant les trois domaines :

● I = Infrastructures.

● S = Usages Support (Universels, non spécifiques d’un secteur d’activité).

● B = Usages Business (Cœur métiers).

Ce billet fait le point sur ce qui fonctionne bien dans ces trois domaines.

Il n’est pas nécessaire de créer un suspense “insoutenable”. En 2020, les solutions Clouds Publics ont tout gagné, ne laissant que des miettes aux offres numériques historiques que certaines entreprises s’obstinent à garder dans leurs centres de calcul privés en fin de vie.

AdS DPC 90 : 10 SS 28371184Je résume en deux chiffres la situation des offres de solutions numériques en 2020 :

● 90 % des besoins numériques professionnels trouvent d’excellentes réponses sur le marché.

● Pour 10 % des besoins numériques, les entreprises manquent encore de réponses de qualité.

 

Infrastructures = IaaS, Infrastructures as a Service

En créant en 2006 AWS, Amazon Web Services, la première offre IaaS (Infrastructure as a Service) du monde, Amazon a lancé la plus grande révolution qui est jamais existé dans le monde des infrastructures.

En 2020, les jeux sont faits, comme le montre sans ambiguïté le récent quadrant magique IaaS du Gartner Group publié en juillet 2019.

Gartner MQ IaaS 7:2019

On a rarement vu un quadrant magique plus simple :

● Pas de challengers, pas de visionnaires.

● Trois leaders : AWS, Microsoft Azure et Google GCP.

● Trois acteurs de “niche” : deux anciens combattants, IBM et Oracle, et un Chinois, Alibaba, qui est lui en croissance.

Comme je le rappelais dans mon billet précédent, la richesse des services proposés par les trois leaders est impressionnante, et de nouveaux services naissent toutes les semaines.

Toutes les fonctions d’infrastructures dont ont besoin les entreprises sont disponibles chez AWS, Azure ou GCP.

Il y a deux autres dimensions positives dans l’IaaS que je souhaite rappeler, l’omniprésence de l’Open Source et des interopérabilités de plus en plus faciles à mettre en œuvre.

Open Source

Ces géants IaaS ont vite compris qu’il était idiot et peu efficace de créer chacun dans son coin des briques de base d’infrastructures propriétaires. Ils se sont vite mis d’accord pour utiliser les mêmes grands standards, tous Open Source. Quelques exemples :

● Linux domine les systèmes d’exploitation utilisés en IaaS. Microsoft annonce fièrement que plus de 40 % des usages d’Azure ce font avec Linux. Windows Server, dernier survivant des solutions propriétaires, disparaît petit à petit du paysage IaaS.

Open Container Initiative● Docker pour les containers. L’OCI, Open Container Initiative a été créée dès 2015 pour coordonner les travaux dans ces domaines. OCI est hébergé par la Linux Foundation.

● Kubernetes pour gérer les containers : Kubernetes a été créé par Google, et utilisé par AWS et Azure, avec parfois quelques variantes.

Interopérabilités

Il est beaucoup plus facile, en 2020, de porter des applications d’un Cloud Public à un autre qu’il ne l’était dans l’Ancien Monde des dinosaures numériques de le faire d’un centre de calcul privé à un autre.

Deux exemples :

VMWare on AWS● VMWare était le fournisseur dominant des machines virtuelles. VMWare a signé des accords avec AWS, GCP et Azure qui permettent de porter à l’identique ses machines virtuelles sur ces trois Clouds Publics.

● Dans le monde des containers, qui remplacent rapidement les machines virtuelles, Google a donné l’exemple avec Anthos, qui permet de porter ses usages conteneurisés vers AWS ou Azure. Microsoft propose une solution similaire avec Arc.

Résumé : entreprises, en 2020, vous avez à votre disposition une large palette de solutions d’infrastructures exceptionnelles, pérennes et interopérables. Problème réglé.

 

Usages Support = SaaS, Software as a Service

Messagerie, webconférences, CRM, gestion des ressources humaines, budgets, trésorerie…

Pour tous ces usages support, il existe de remarquables solutions SaaS, Software as a Service.

Combien ? Plus personne n’est capable de les compter ; j’estime que le nombre de solutions SaaS Support dépasse les 30 000 ou 40 000 produits.

À l’inverse du marché IaaS, de type oligopole, celui du SaaS a permis la naissance de milliers d’éditeurs différents, dans tous les pays du monde.

Dans Next40, la liste des 40 startups françaises ayant levé le plus d’argent, on trouve plusieurs éditeurs SaaS d’usages support tels que Klaxoon, Ivalua ou Talentsoft.

En France, PlayFrance, une initiative récente, souhaite référencer les éditeurs “made in France”. Ce tableau ne regroupe pas l’ensemble de l’offre française, comme il le prétend, mais montre que l’offre est large, et c’est une bonne nouvelle.

PlayFrance map of solutions

Cette initiative est sympathique, mais je ne l’ai pas rejointe, alors que je participe avec la société Wizy.io à la création et au développement de solutions SaaS en France, WizyEMM et WizyVision.

Pourquoi ? Les phrases ci-dessous, extraites du manifeste publié par PlayFrance, mettent en évidence, une fois de plus, un mal français récurrent : faire appel à l’état quand les forces du marché vous sont contraires.

Manifeste PlayFrance blog

Des dizaines d’éditeurs SaaS nés en France sont devenus des leaders mondiaux, seuls, sans s’appuyer sur les béquilles de l’état.

L’initiative GAIA-X, dont j’ai dit tout le “bien” que j’en pensais dans mon billet précédent, est née en Allemagne et la France s’y est raccrochée au dernier moment.

L’initiative PlayFrance est née en France et espère créer d’ici la fin de l’année 2020 un “PlayEurope”.

Jouer au gaulois revanchard, obliger les responsables du numérique dans les entreprises à acheter 50 % de solutions “nationales”, c’est irréaliste, idiot, inapplicable, contre-productif et probablement contraire aux règles européennes sur la concurrence. N’oublions jamais que le numérique n’est pas une fin en soi, mais un ensemble de moyens permettant aux entreprises de devenir plus performantes.

EuroCloud BarcelonaQue les acteurs européens du numérique s’associent, mènent des actions de marketing en commun, c’est une excellente idée. J’ai été l’un des premiers à rejoindre EuroCloud France, il y a plus de dix ans. J’ai applaudi à la création d’une fédération d’EuroCloud dans plusieurs pays tels que l’Allemagne et l’Espagne. J’ai participé comme représentant de la France aux jurys européens qui élisaient les meilleures solutions lors des Trophées Eurocloud. Cette photo a été prise lors des trophées européens de 2015 à Barcelone.

De belles sociétés comme RunMyProcess ou BIME ont profité de ces trophées pour augmenter leur notoriété et grandir très vite.

De ridicules querelles de chapelle ont fait capoter cette initiative européenne et quelques Eurocloud, dont la France, continuent à travailler, chacun dans son coin. Désespérant !

AdS DPC Defense Offense S 319141188Dans le marché des SaaS Support, l’Europe et la France peuvent encore prendre une place honorable sur l’échiquier mondial du numérique. Oui, mais ce n’est pas en jouant uniquement la défense, en diabolisant de remarquables sociétés internationales, “coupables” d’avoir réussi, que l’on peut espérer gagner. Il est urgent de miser en priorité sur l’offensive, en permettant aux éditeurs SaaS européens d’aller porter le fer sur les marchés mondiaux.

Je ne le répéterai jamais assez : en 2020, les marchés du numérique sont mondiaux. Il est illusoire d'espérer réussir à long terme si l’on a une vision étriquée, nationale ou même européenne du marché des SaaS support.

Bessemer Ventures vient de publier une remarquable étude, “State of the Cloud 2020”, dont j’ai extrait cette carte du monde. Elle présente les acteurs importants du Cloud qui ne sont pas basés aux USA. L’Europe y est très présente, ce qui confirme ma position optimiste.

Bessemer Cloud leaders not USA

Je termine sur une note positive pour les responsables du numérique dans les entreprises :

En 2020, 99 % de vos besoins pour les fonctions support sont disponibles en SaaS avec des offres nombreuses et de grande qualité.

Répondre aux attentes des entreprises pour tous les usages support : problème réglé !

 

Usages Métiers = SaaS verticaux, PaaS, Low Code et No Code

Les usages cœurs métiers, le B du modèle B I S, correspondent à des activités qui sont spécifiques d’un secteur d’activité : banques, énergie, transport, agriculture…

En 2020, il existe trois familles de réponses pour les usages “B” :

● SaaS verticaux.

● PaaS, Platform as a Service.

● Plateformes Low Code et No Code.

Ces trois démarches sont complémentaires ; il n’y en a pas une qui soit meilleure que l’autre.

Une bonne nouvelle, une fois de plus : avec ces trois réponses, les entreprises ont les moyens de répondre aux attentes des métiers de manière très performante !

Le schéma ci-dessous met en évidence les deux principales différences entre ces trois démarches :

● Outils utilisés pour construire ces réponses.

● Qui est en charge de fournir la solution.

Usages B Metiers - Trois réponses

SaaS verticaux

Après s’être attaqués dans une première étape aux usages support, les éditeurs de solutions SaaS ont abordé les solutions verticales. En 2020, l’offre de verticaux SaaS couvre un grand nombre d’industries. Il reste beaucoup à faire, et c’est un domaine où des éditeurs européens peuvent espérer prendre des parts de marché importantes. Doctolib ou Meero sont des exemples encourageants de premiers succès de la France dans les SaaS verticaux.

J’ai déjà cité l'étude de Point Nine sur les éditeurs SaaS en France : j’en ai extrait cette liste des solutions SaaS verticales. Difficile de ne pas être… optimiste quand on voit le grand nombre d’entreprises citées.

Point nine list Vertical SaaS French

En référence au schéma des trois familles de solutions, un SaaS vertical est :

● Développé et maintenu par un éditeur de solutions.

● Un outil “sur étagère” avec toutes les qualités d’une solution SaaS multitenant.

PaaS, Platform as a Service

AdS DPC Three Developpers Woman & men  S 213634957Dès 2015, j’écrivais dans mon blog un billet annonçant la renaissance du métier de développeur professionnel. Ce message a été entendu par des entreprises innovantes qui ont recréé des équipes internes de développement.

Développeur professionnel en 2020 ? Quel beau métier ! Quel bonheur !

Les développeurs professionnels disposent d’outils PaaS d’une exceptionnelle qualité, proposés par… les grands acteurs IaaS, AWS, GCP et Azure. Ne pas utiliser aujourd’hui ces plateformes de développement, ce serait priver bêtement vos équipes des moyens de travailler efficacement.

Tout se passe dans le Cloud ! Ce n’est pas par philanthropie que Microsoft a dépensé 7,5 milliards de dollars pour racheter GitHub, la plus grande base de données de code du monde. La concurrence dans ce domaine est forte, et des solutions comme GitLab proposent des solutions au moins aussi performantes.

Les développeurs professionnels ont acquis de nouvelles compétences dans des domaines tels que le Devops ou le Serverless. Ils peuvent construire rapidement de remarquables applications cœur métiers sur mesure, permettant aux entreprises de gagner en compétitivité grâce au numérique.

Toutes les entreprises deviennent constructeurs de solutions numériques dans le Cloud. Je suis persuadé que beaucoup d’entre elles vont devenir… éditrices de solutions SaaS verticales, dans leurs métiers qu’elles connaissent mieux que quiconque.

En référence au schéma des trois familles de solutions, un outil PaaS est :

● Proposé par les trois grands acteurs IaaS.

● Mis en œuvre par des développeurs professionnels.

Low Code, No Code

No Code Low codeTous les besoins cœur métiers ne demandent pas la construction d’applications complexes par des développeurs professionnels. Il existe aussi une forte demande pour des dizaines, des centaines d’applications légères, à forte valeur ajoutée.

C’est le terrain de chasse favori des outils de développement Low Code et No Code (LC/NC).

Les plateformes de Cloud Public ont permis la naissance de très nombreux outils LC/NC ; leur nombre a explosé au cours de ces cinq dernières années.

Les outils LC/NC permettent à des personnes qui ne sont pas des développeurs professionnels de construire des applications numériques. Ils existent depuis les débuts de l’informatique et les plus célèbres dans l’Ancien Monde étaient Excel et Access de Microsoft.

J’ai toujours été un farouche opposant de ces outils LC/NC, pré cloud, et écrit plusieurs billets à ce sujet, en particulier contre les applications Excel.

La situation des développements LC/NC est différente dans le cloud public : tout est réalisé en mode collaboratif, sur des données communes et on évite, pour l’essentiel, la création de silos numériques dans les entreprises.

Différences entre Low Code et No Code

La frontière entre Low Code et No Code est difficile à établir ; il y a un continuum de complexité croissante depuis le No Code vers le Low Code.

En utilisant l’analogie avec les permis de conduire :

● No Code : permis B, que l’immense majorité des personnes est capable d’obtenir.

● Low Code : permis D, nécessaire pour conduire des véhicules de plus de 8 personnes, qui demande plus de préparation.

PaaS vs LC:DC BoxingDe nombreux développeurs professionnels se méfient de ces outils LC/NC, craignant qu’ils phagocytent leur travail. C’est une grave erreur : ces outils LC/NC permettent aux métiers de construire eux-mêmes de nombreuses applications légères à forte valeur ajoutée. Ceci réduit fortement le nombre de demandes qui atterrissent sur le bureau de la DSI et permet aux développeurs professionnels de concentrer leur énergie sur les fonctions essentielles, à construire avec les outils PaaS qu’ils sont les seuls à maîtriser.

En référence au schéma des trois familles de solutions, les outils Low Code et No Code sont :

● Proposés par des éditeurs de logiciels SaaS.

● Mis en œuvre par des développeurs dans les directions métiers.

Quel bonheur de pouvoir écrire cette phrase toute simple :

Répondre aux attentes des entreprises pour tous les usages cœur métier : problème réglé !

 

Solutions numériques exceptionnelles, pour tous les besoins

J’ai utilisé trois fois l’expression : “problème réglé” ; ce n’est pas par hasard. En reprenant le modèle B I S comme référence, j’ai mis en évidence à quel point les offres de solutions numériques sont, en 2020, capables de répondre à la très grande majorité des demandes des entreprises, de toutes les entreprises, quelles que soient leurs secteurs d’activité ou leur taille.

BIS - Infra  Soutien  Métiers réponses cloudCe schéma confirme ce que j'écris depuis des années dans ce blog :

Le Cloud Public fournit aujourd’hui les meilleures réponses, et dans tous les domaines :

● Iaas pour les infrastructures.

● SaaS pour les usages Support.

● SaaS verticaux, PaaS, Low Code et No Code pour les usages métiers.

 

Sécurité et confidentialité de très haute qualité

Un raisonnement rationnel et posé comme celui que je présente dans ce billet démontre que les entreprises trouvent dans les Clouds Publics tout ce dont elles ont besoin pour réussir leur Transformation Numérique.

AdS DPC Reject SS 106726173Comment se fait-il qu’un grand nombre de personnes intelligentes soit encore, en 2020, aussi réticent et refuse d’utiliser les solutions numériques disponibles dans les Clouds Publics ?

L’objection que j’entends le plus souvent est celle de la sécurité des Clouds Publics et de la confidentialité des données.

J’ai abordé en profondeur ce sujet de la “confiance” ; j’irai ici à l’essentiel.

Les Clouds Publics AWS, Azure et GCP sont, et de très loin, les infrastructures numériques les plus sécurisées du monde. Elles protègent aussi les données que leur confient les entreprises mieux que ne peuvent le faire en interne 99,99999 % d’entre elles.

Les failles de sécurité, les vols de données sont inexistants dans les Clouds Publics. Quand ils se produisent, et cela arrive souvent, c’est toujours dans des centres de calculs privés gérés par les entreprises.

Cloud Act YetiÀ bout d’arguments, les anti Clouds Publics sortent leur arme fatale, le Cloud Act, qui n’a… strictement rien à voir avec le Cloud.

J’attends toujours que l’on me cite un seul cas concret d’une entreprise française qui aurait subi une attaque liée au Cloud Act.

J’ai enfin trouvé la définition qui convient pour définir le Cloud Act : c’est le Yeti du numérique !

Tout le monde en parle, personne ne l’a jamais vu !

 

Tentation mortelle de repli de l’Europe du numérique sur elle-même

Des solutions numériques exceptionnelles existent, à la disposition des entreprises du monde entier. Il faut tout faire pour que les entreprises européennes continuent à pouvoir les utiliser comme vecteur majeur de leur compétitivité, dans une compétition mondiale.

Comme je l’ai dénoncé dans ce texte, il existe une tentation forte de protectionnisme numérique en Europe et en France. Il serait criminel de mettre des bâtons dans les roues des entreprises qui recherchent les meilleurs outils numériques disponibles, en les obligeant à choisir des solutions “nationales”. Ralentir la capacité des entreprises à se moderniser par une Transformation Numérique en leur imposant des solutions “suboptimales”, non merci !

AdS DPC Snail french flag SS 73162555

Ce n’est vraiment pas le moment, surtout quand il faudra travailler encore plus pour relancer l’économie après l’arrêt brutal lié au COVID-19 !

L’application “StopCovid” française est une parfaite illustration de ce mouvement de repli sur soi. J’avais dénoncé, dès le mois d’avril, cette absurdité qui consistait à refuser l’aide proposée par Apple et Google qui représentent 99% des smartphones utilisés en France ; pour une fois, miracle, ils avaient accepté de collaborer.

Erreur stop Covid

Résultat, hélas prévisible : une application qui ne fonctionne pas bien sur iOS, incompatible avec toutes celles des autres pays. Hallucinant : la France a osé demander à Apple de modifier le mode de fonctionnement de Bluetooth sur iOS pour s’adapter à l’application française. Apple n’a pas daigné répondre à cette demande, quelle outrecuidance !

Les premiers résultats sont pour le moins “décevants” : 14 alertes envoyées et un coût exorbitant par alerte, de près de 13 000 €.

Reconnaître que l’on s’est trompé ? Il n’en est pas question et le gouvernement va lancer une étude, payante évidemment, pour comprendre pourquoi les Français n’ont pas compris comment utiliser StopCovid. C’est la faute des utilisateurs, je crois réentendre un discours des informaticiens des années 1990.

Un mea culpa du gouvernement m’aurait un peu rassuré. Ce refus d’accepter la réalité d’un échec lié à de mauvais choix technologiques est très inquiétant.

Répéter ces comportements des dizaines de fois au cours des prochaines années, pour défendre nos solutions nationales, quelle belle recette pour pénaliser les entreprises avec un maximum d’efficacité !

Il existe heureusement des décisions positives telles que l’usage d’AWS par la BPI pour gérer le PGE, Prêt Garanti par l’État, qui montre que l’on peut garder espoir. Il y aura bien sûr des grincheux qui vont réagir négativement et regretter cette décision.

 

Synthèse

Ce billet est tout entier tourné vers un optimisme numérique raisonné : la qualité et la variété des solutions numériques disponibles en 2020 sont exceptionnelles. Elles permettent aux entreprises de toute taille et de tout secteur de mener une Transformation Numérique rapide en ayant la certitude que la technologie ne sera plus jamais sur le chemin critique.

AdS DPC Laptop wih European flag  SS 195322339Je vois hélas apparaître dans le ciel européen un gros “Cloud” noir : il a pour nom priorité aux solutions numériques européennes pour remplacer des solutions numériques existantes qui fonctionnent très bien. Ce serait un crime majeur contre la compétitivité de nos entreprises, au nom de combats non rationnels et d’arrière-garde.

Mesdames et messieurs les politiques, faites confiance aux professionnels du numérique dans les entreprises et laissez-les libres de leurs choix. Vos compétences dans ces domaines sont, hélas, souvent plus proches du zéro Kelvin que du zéro Celsius.

 

Mais...tout n’est pas parfait

90 % des besoins numériques des entreprises trouvent d’excellentes réponses dans les offres existantes. Cela signifie qu’il reste 10 % de problèmes non réglés.

Data reposesitoryJ’en ai identifié deux qui me paraissent prioritaires :

● Créer une indépendance entre les données et les applications, pour que les entreprises reprennent le contrôle de leurs données vis-à-vis des éditeurs et des fournisseurs d’infrastructures.

● Augmenter le niveau de protection pour un tout petit pourcentage de données d’importance vitale, quand des attaques puissantes de pays tiers pourraient mettre en danger des entreprises ou des secteurs clefs de l’économie.

Dans ces deux domaines, l’Europe et la France peuvent apporter des réponses fortes et innovantes.

Améliorer ce qui doit l’être, et uniquement ce qui doit l’être, ce sera le thème de mon prochain billet.