Outils numériques modernes pour tous, priorité pour l’enseignement public

 

AdS DPC old school desk S 112203335Réussir la Transformation Numérique du monde de l’éducation est une des clefs de la réussite à long terme d’un pays, de tous les pays. En France, l’essentiel de l’effort éducatif, depuis le primaire jusqu’aux universités, est pris en charge par le secteur public, sous la responsabilité du Ministère de l’Education Nationale (MEN).

Le MEN est le plus grand employeur français, avec environ un million de salariés.

Peut-on améliorer rapidement, à faible coût, les “services numériques” proposés par le MEN à ses “clients”, des millions d’élèves et d’étudiants ?

Réponse : oui !

Comment ? C’est le thème de ce billet. Je mets en priorité l’accent sur les outils universels, utilisables par tous, élèves comme enseignants, en clair les outils bureautiques.

Remarque : les contenus des enseignements, les programmes pédagogiques ne sont pas abordés dans ce billet, strictement centré sur la dimension Transformation Numérique ; c’est à elle seule un chantier majeur.

 

Enseignement public en France : quelques chiffres

MEN chiffres clefsLe MEN a publié un document donnant les chiffres clefs de l’enseignement en France pour l’année 2018 :

  • 13 millions d’élèves en primaire et secondaire.
  • Part du secteur public : 80 %.
  • Coût annuel par élève : 6300€ en primaire et 9 700 € dans le secondaire, pris en charge par la communauté nationale, pas par les parents.

Coût étudiant en France 2016Ces chiffres n’incluent pas les universités et les enseignements supérieurs :

  • 2,7 millions d’étudiants.
  • 75 % des bacheliers démarrent des études supérieures.
  • Coût annuel par étudiant :     11 500 €.

La Transformation Numérique de l’éducation publique en France, c’est un beau défi, qui concerne :

  • 13 millions d’élèves et étudiants : 80 % du total de 16 millions.
  • 1 million de collaborateurs du MEN, enseignants (50 % du total) et administratifs (50 %).

 

Outils numériques universels actuels : une catastrophe

Dans l’immense majorité des établissements scolaires et universitaires qui dépendent du MEN, les outils numériques universels utilisés, quand il y en a, sont des vestiges du XXe siècle.

Office = MaE XXIe sièclePostes de travail : Office de Microsoft est dominant. Petit rappel : Office est disponible depuis 1990, il y a 30 ans. C’est la machine à écrire du XXIe siècle et l’on ose former la jeunesse française avec cet outil archaïque !

Le secteur public français est tombé amoureux des logiciels Open Source, trop souvent appelés à tort “logiciels libres”. En bureautique, ils ont pour noms OpenOffice ou LibreOffice, produits encore plus nuls que Microsoft Office ! Ils en font moins tout en continuant à demander une installation des logiciels sur les postes de travail. Le fait qu’ils soient gratuits et qu’ils ne viennent pas du grand méchant américain Microsoft n’enlève rien à leur nullité et leur archaïsme.

Solutions messagerie et agenda : on retrouve dans les établissements du MEN les antiquités du XXe siècle, Lotus Notes, annoncé par IBM en 1990 et Exchange de Microsoft qui date de 1996.

BlueMind solutionJe dois ajouter à cette liste une autre catastrophe nationale, la volonté de créer une solution “logiciel libre”, nationale, supposée remplacer les produits américains : elle a pour nom BlueMind et annonce “fièrement” qu’elle est compatible… Outlook !

C’est bien sûr une solution à… installer dans les centres de calculs, à gérer, à faire vivre, à mettre à jour… Signe majeur de modernisme : on peut aussi l’utiliser en mode hébergé !

Tout responsable informatique qui persiste en 2019 à installer des outils bureautiques dans ses centres de calcul mérite une sanction exemplaire : licenciement immédiat pour faute professionnelle grave, sans indemnités. C’est un peu plus “délicat” à mettre en œuvre dans le MEN ; il faudra simplement lui demander de changer de métier.

 

Ma première tentative de rupture numérique, sans succès, en 2015

Conférence éducation nationale Besançon 10:2015J’avais été invité en octobre 2015 par le DSI du MEN de l’époque, Mathieu Jeandron, à présenter ma vision des potentiels numériques devant les DSI des Académies françaises, à Besançon ; il y avait environ 200 personnes dans la salle.

Je leur ai demandé combien ils avaient de “clients” : silence dans la salle ; des clients ? J’ai du préciser ma pensée en disant que c’étaient les élèves des lycées et collèges qu’ils reçoivent dans leurs établissements ! La réponse : nous n’avons pas de clients mais environ 13 millions d’élèves.

Ma proposition était très simple : en septembre 2016, pour un investissement informatique de zéro euro, ils pouvaient proposer à leurs 13 millions de clients une solution bureautique de qualité, G suite. Je ne peux pas dire que ma proposition ait suscité un enthousiasme exceptionnel dans la salle !

Omnigraffle Modèle LN 2018 Pendant les échanges, on m’avait interrogé sur ce que je pensais du projet SIRHEN de gestion des ressources humaines du MEN. Je ne le connaissais pas et me le suis fait présenter en 5 minutes : en chantier depuis près de 10 ans, SIRHEN n’était toujours pas opérationnel et gérait, mal, 5 000 personnes au lieu du million prévu. J’ai donné mon verdict : une seule réponse, l’abandonner, immédiatement.

Vous imaginez facilement le tollé général.

L’annonce de son abandon a été décidée, trois ans plus tard, en juillet 2018, par le nouveau ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer ; bravo pour avoir eu le courage de prendre cette décision.

 

Les clients du MEN : des natifs numériques

Après cette image noire de la situation actuelle, passons aux éléments positifs qui peuvent faciliter la Transformation Numérique de l’enseignement public.

Le premier : l’immense majorité des élèves du secondaire maîtrise les outils numériques de base, et cette maîtrise se répand très vite dans le primaire.

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Ce sont des “natifs numériques”, des personnes qui n’imaginent plus sortir sans leur smartphone et pour qui la culture du partage est banalisée ; photos, images ou vidéos.

Et si l’on utilisait intelligemment ces compétences numériques existantes pour rendre les missions du MEN plus efficaces, au lieu de les rejeter comme c’est trop souvent le cas. Interdiction des portables à l’école… une bonne idée ?

Hottest chat apps Google docsUn exemple récent confirme l’extraordinaire capacité d’innovation des natifs numériques dans l’usage des outils : des jeunes utilisent Google Docs pour… chatter de manière non contrôlée par leurs parents ou enseignants. Une preuve de plus, si c’était nécessaire, de leur capacité à imaginer des usages non prévus par le fournisseur de la solution.

 

Quels outils numériques universels, pour préparer l’avenir

Deuxième bonne nouvelle : tous les outils numériques universels dont a besoin le MEN pour réussir sa Transformation Numérique et préparer la jeunesse française aux modes de travail qu’il sera indispensable de maîtriser demain sont disponibles, depuis longtemps.

Comme pour les entreprises, les outils universels sont, impérativement :

  • SaaS, Software as a Service.
  • Collaboratif natif.
  • Accessibles depuis un navigateur, sur tout objet d’accès.

Ce sera une grande surprise pour les lecteurs de mon blog : l’outil universel que doit déployer en priorité le MEN, dans 100 % des établissements est… G Suite for Education de Google.

Gsuite pour éducationC’est, pour l’essentiel, la même version que G suite entreprise, mais avec une différence sympathique : gratuité totale, pour les élèves, les enseignants et les administratifs.

Pas besoin d’un tableur très puissant pour calculer le coût de cette solution pour les 14 millions de personnes à équiper : 14 M x 0 = 0 €.

J’entends déjà les réactions horrifiées des partisans de Microsoft Office 365, disant que c’est aussi une solution gratuite pour l’éducation, ce qui est exact.

Alors, pourquoi éliminer Office 365 ? Pour une raison majeure, fondamentale : il serait scandaleux, ridicule et suicidaire de former la jeune génération à des outils et des modes de travail obsolètes, avec les outils Office Word, Excel et PauvrePoint.

Ne venez pas me dire que l’on pourrait utiliser Office 365 en mode Web : c’est théoriquement vrai, mais faux dans la pratique de 98 % des organisations qui ont déployé cette solution, comme je l’ai clairement expliqué dans un billet récent.

Facebook for educationJ’aurais aimé pouvoir proposer une autre solution intéressante et complémentaire, Workplace for education de Facebook, autre outil très bien maîtrisé par les natifs numériques.

Pourquoi je ne peux pas la recommander ? La principale raison est financière : cette solution est gratuite pour les enseignants et les administratifs, mais pas pour les élèves. C’est, à mon avis, une erreur grave de Facebook. Je pronostique que la gratuité pour les élèves sera annoncée rapidement ; le MEN pourra alors compléter G Suite par Workplace by Facebook, comme le font aujourd’hui beaucoup d’entreprises innovantes.

En complément de G Suite for Education, les établissements d’enseignement peuvent utiliser une application “métier”, spécialisée, Google Classroom. Elle facilite les échanges entre les enseignants et les élèves.

Google Classroom + Logo

C’est, une bonne illustration du modèle B I S que j’utilise depuis 5 ans :

  • G Suite : une application S, support, universelle.
  • Classroom : une application B, cœur métier, spécialisée pour l’éducation.

 

Quels objets d’accès pour accompagner la Transformation Numérique du MEN

Le MEN devra promulguer une règle impérative : tous les objets d’accès qui disposent d’un navigateur moderne doivent pouvoir accéder à 100 % des applications proposées par le MEN à tous les élèves, les enseignants et administratifs. PC Windows, Macintosh, smartphones et tablettes Android ou iOS, tous sont autorisés. Toute application qui demande une installation sur les postes de travail est… définitivement interdite.

Il manque dans cette liste un outil innovant, qui devrait représenter demain l’essentiel du parc des objets d’accès dans les écoles : le Chromebook.

J’ai publié plusieurs billets sur les Chromebooks, le dernier récemment.
Un rapide rappel pour ceux qui ne connaissent pas bien les Chromebooks :

  • Ce sont des PC portables qui fonctionnent sous ChromeOS, pas sous Windows.
  • Tous les grands fabricants de PC proposent des Chromebooks : Acer, Asus, HP, Dell, Lenovo… Plusieurs dizaines de modèles différents sont disponibles.
  • Les 3 millions d’applications Android disponibles sur Google Play peuvent s’exécuter sur un Chromebook, nativement.
  • La gamme de prix va de 200 € à 800 €.

Pour le monde de l’éducation, il convient de privilégier :

  • Des modèles économiques, à moins de 300 € ou 400 €.
  • Impératif : des écrans tactiles, pour utiliser efficacement les applications Android.
  • La robustesse et la protection, raisonnable, contre les liquides.

A titre d’exemple, ce modèle proposé par ACER représente un bon compromis, à coût raisonnable.

Acer chromebook édu 2

En faisant l’hypothèse d’une durée de vie utile de 3 ans, pour tenir compte des “mauvais traitements” qu’ils vont subir, les Chromebooks représentent un coût mensuel d’environ 8 €.

Rappel : rien n’interdira aux élèves, enseignants ou administratifs d’utiliser leurs outils personnels, s’ils en sont satisfaits. Par contre, les seuls objets d’accès qui seront fournis par le MEN seront des Chromebooks.

 

Des premières réussites dans le monde éducatif en France

Google Suite est arrivé en France début 2007, il y a 12 ans, sous le nom de Google Apps.

Des établissements d’enseignement innovants, en dehors de l’éducation nationale, ont vite compris les avantages de ces outils.

Essec Google Apps 2009En septembre 2009, l’ESSEC avait déployé Google Apps pour tous ses étudiants, après avoir pris la décision en mai 2009, projet mené avec l’aide de Revevol.

De nombreux organismes de formation français ont pris la même décision.

Un signal d’espoir ? Avant de devenir l’actuel ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer était directeur général de l’ESSEC où G Suite est installé depuis 10 ans. Il connaît bien la solution et cela peut faciliter une prise de décision dans ce sens par le MEN.

 

Principaux bénéfices

Commencer la Transformation Numérique du MEN en déployant des outils universels modernes pour les 14 millions de personnes concernées est une démarche à très forte valeur ajoutée et à risques faibles. Cette première liste d’avantages va à l’essentiel.

Préparer toute la jeunesse française aux usages numériques modernes. Ce doit être la priorité absolue du MEN, c’est sa mission première.

Succès immédiat auprès des élèves. Ces solutions viennent du grand public :

  • AdS DPC kids with cup S 226471182Apprentissages immédiats.
  • Déjà connues et maîtrisées par une grande partie des élèves.
  • Ergonomie remarquable.
  • Capacités suffisantes : une boîte courrier électronique de 30 Go par personne.
  • Performances et résilience techniques : 1 500 millions de personnes ont un compte Gmail. Ajouter 14 millions de personnes représente moins de 1% d’utilisateurs supplémentaires.

Investissements faibles pour le MEN :

  • Aucun investissement pour les infrastructures, pour les logiciels et leur maintenance.
  • Il faudra par contre investir sur l’accompagnement des… enseignants et des administratifs. Ils sont souvent “analogistes” et ont déjà pris de mauvaises habitudes avec Microsoft Office, qu’ils devront perdre. Un beau défi !

Tous gagnants

Cette démarche s’inscrit très bien dans la ligne des objectifs louables de l’état français de réduire la dépense publique en offrant, en même temps, de meilleurs services :

  • AdS DPC every one wins tous gagnants S 113255416Gagnant pour l’état qui réduit ses coûts.
  • Gagnant pour les clients “élèves” avec de meilleurs services qu’ils maîtrisent déjà.
  • Gagnant pour les enseignants, qui peuvent utiliser des outils performants et mieux collaborer avec les élèves.
  • Gagnant pour les parents qui peuvent partager plus de contenus avec les enseignants et les écoles.
  • Surtout, gagnant pour le pays qui prépare ainsi toutes les nouvelles générations qui vont rentrer dans la vie active à l’usage des outils numériques modernes dont ils auront besoin.

J’allais oublier :  il n’y a… aucune contre-indication sérieuse et rationnelle à cette démarche innovante et courageuse.

 

“Bonnes” raisons pour ne pas suivre mes recommandations

Dès la sortie de Google Apps, j’ai pris mon bâton de pèlerin, d’évangéliste et rencontré de nombreuses écoles et universités du secteur public, persuadé que, comme aux Etats-Unis, 60 % des établissements seraient équipés de G suite en moins de 5 ans.

Je suis allé de refus en refus, avec des résistances beaucoup plus fortes que dans les entreprises, où elles étaient déjà élevées.

Je ne vais pas reprendre dans cette liste les arguments traditionnels contre les clouds publics, mais ceux, plus spécifiques, que j’ai le plus entendu dans le monde de l’éducation nationale

Ce sont des arguments irrationnels, ringuards et ridicules tels que :

  • AdS DPC No ! S 177153945Ce sont des solutions qui viennent des grands méchants GAFAM américains.
  • La sécurité de l’état français est menacée par la lecture des boîtes mail des élèves et des enseignants.
  • L’indépendance nationale de la France est en jeu.
  • Ce n’est pas Open Source, alors que près de 100 % des infrastructures de Google ou Facebook sont construites avec des solutions Open Source.
  • Les petits acteurs locaux de services informatiques ne vont plus gagner leur vie en gérant, mal, les centres de calcul microscopiques et mal sécurisés des écoles et universités.
  • … Je vous laisse rajouter toutes les autres “bonnes raisons” pour ne pas le faire.

 

Synthèse

Cette première Transformation Numérique du MEN autour des outils universels au service de leurs “clients” externes ne va pas résoudre, par magie, les défis majeurs de l’enseignement en France, c’est une évidence. C’est une première étape importante et elle ne peut que faciliter les actions suivantes en créant un environnement numérique plus ouvert, plus collaboratif.

DPC sunset Dawn with tree S 83411331Oui, il est possible, rapidement, de mettre des outils numériques modernes, économiques et à forte valeur ajoutée entre les mains des 13 millions de jeunes qui apprennent dans des établissements gérés par le million de collaborateurs du Ministère de l’Education Nationale.

Oui, ce doit être une priorité absolue pour la France.

Oui, ce sera difficile et il faudra du… courage pour affronter les très fortes résistances que ce projet de Transformation Numérique fera naître.

Je lance un appel urgent à tous les responsables du Ministères de l'Education Nationale : faîtes le, faîtes le vite, pour l'avenir de nos enfants, pour l'avenir de vos enfants.

Oui, les bénéfices sont tellement supérieurs aux risques que je n’ose pas imaginer que cette initiative ne démarre pas… en 2019.

 


Des équipes internes de constructeurs de logiciels, de “Builders” : indispensable et urgent

 

DPC Ads Software Engineer Woman S 1552206Constructeur de logiciels, c’est probablement le plus beau métier dans le monde du numérique.

Ce sont les personnes qui construisent des produits et services utilisés par des milliards de personnes, tous les jours.

Le vocabulaire a beaucoup évolué depuis les débuts de l’informatique : programmeur, développeur puis ingénieur logiciel.

Depuis peu apparaît l’expression “Builders”, constructeurs, que j’aime beaucoup. Les grands acteurs du cloud emploient de plus en plus cette expression, comme le montrent ces deux extraits de la conférence introductive du CEO d’AWS, Andy Jassy lors de la réunion “Re-invent” de novembre 2018.

AWS Builders tools

Aujourd’hui, ces “ingénieurs logiciels” sont employés en priorité par les éditeurs de logiciels, grand public et professionnels.

Les entreprises innovantes ont compris, récemment, qu’il est urgent de reconstruire en interne des équipes de “Builders” de logiciels. Toutes les entreprises, et en priorité les plus grandes, doivent suivre leur exemple, embaucher et former des milliers de constructeurs de logiciels.

Une priorité de plus, pour 2019.

 

Situation actuelle : une catastrophe absolue, dangereuse, intenable

Software development teamsLes entreprises, et en particulier les plus grandes, ont commis depuis une vingtaine d’années une faute majeure, en supprimant les équipes internes de développement.

Le mythe de l’ERP intégré, capable de tout faire y est pour beaucoup, aidé en cela par les grandes ESN qui déploient des équipes de plusieurs dizaines de personnes pour les “paramétrer” dans des missions qui ne finissent jamais. C’est une poule aux œufs d’or qu’elles n’ont aucun intérêt à tuer...

Je croise tous les jours de grandes entreprises où il n’y a plus une seule personne qui écrit du code pour une application sur mesure ! Des “chefs de projets” gèrent, avec un outil très “puissant et professionnel”, Excel, les prestataires qui exécutent ces travaux de développement, le plus souvent dans des pays lointains tels que l’Inde.

Cigref nomemclature 2018 des métiersPour mesurer l’étendue de ce désastre, il suffit de consulter la “bible” de l’emploi des informaticiens dans les entreprises, le document publié par le Cigref (Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises), la nomenclature des métiers du Système d’Information.

Dans ce long document de 193 pages, mis à jour en 2018, où tous les métiers sont censés être cités, j’ai recherché l’occurrence de quelques mots importants, liés aux développements modernes tels que :

  • Devops
  • Microservices
  • Serverless
  • Container
  • Ingénieur logiciel

Ils brillent tous par leur absence : aucun n’est cité, même une seule fois !

J’ai identifié les deux seuls métiers qui parlent de développement :

  • 3.2. Concepteur - Développeur : que trouve-t-on comme compétence nécessaire ? “Adapte et paramètre les progiciels applicatifs (ERP)” ! La messe est dite…
  • 3.5. Paramétreur de progiciels : dans ce deuxième cas, c’est encore plus clair !

Ce qui me navre, ce qui me désespère, c’est que ce document représente un travail long et sérieux, par de personnes occupant des postes élevés dans les DSI de grandes entreprises françaises. Il est un reflet précis de la vision actuelle de ces entreprises et confirme que pour elles, les véritables métiers du développement… n’ont pas droit de cité chez elles.

Optimiste de nature, je me prends à rêver, à ouvrir la version 2019 de ce document et y découvrir... au moins trois définitions de fonctions liées à des métiers de constructeur professionnel de logiciels.

 

Deux grandes familles de demandes, donc... d’outils

Démarrée il y a 20 ans, la révolution des solutions logicielles SaaS, Software as a Service, a permis de répondre à 99 % des attentes des entreprises pour les fonctions S, Support, du modèle B I S que je propose depuis 2015.

C’est une excellente nouvelle : cela libère du temps et des ressources pour investir dans des développements spécifiques pour les fonctions B, Business ou cœur métier.

Une fois de plus, l’unicité des réponses est le plus grand danger : pour répondre à des demandes spécifiques très différentes, il faut proposer des solutions… très différentes.

Solutions de développement : minima communs

Tous les outils utilisés pour développer des applications spécifiques ont les caractéristiques communes suivantes :

  • Disponibles dans des clouds publics industriels : en pratique, sur AWS d’Amazon, GCP de Google ou Azure de Microsoft.
  • Accessibles depuis un navigateur et sur tous les objets d’accès du marché, depuis les smartphones jusqu’aux Chromebooks.
  • Fonctionnent dans une logique collaborative native, pour permettre le partage des applications qui seront construites.

Outils de développement - minima communs

 

Matrice des attentes et des outils

Attentes et outils peuvent être classés en deux grandes familles, ce qui permet de construire une matrice à 4 cases :

Matrice attentes outils développements

  • Attentes structurées et complexes : les usages cœur métier d’une entreprise sont dans cette famille : gestion des infrastructures de transport dans une ville, équilibrage de l’offre et de la demande d’électricité…
  • Attentes flexibles et légères : tableaux de bord pour suivre le lancement d’un nouveau produit, processus d’embauche d’un nouveau salarié…
  • Outils industriels de développement : solutions Serverless, microservices...
  • Outils “Low Code” de développement : Business Intelligence, Business Process Management...

Il est important de le préciser : il n’y a pas une famille plus “noble” que l’autre. Il ne faut pas opposer les développeurs “pros” qui maîtrisent les outils industriels aux bricoleurs qui utilisent les outils légers. Ils ont tous des rôles essentiels dans la réussite de la Transformation Numérique d’une entreprise.

 

Attentes légères, outils “Low Code”

Logo Low code developmentLa demande d’applications légères, flexibles, faciles à modifier est universelle. Quand une DSI n’a pas de réponse à ces demandes, quand elle ne trouve ni le temps ni les ressources pour y répondre, on assiste à l’explosion des informatiques fantômes et du cloud fantôme.

Il est urgent de recréer une confiance réciproque entre la DSI et les métiers pour que, ensemble, il soit possible de construire ces centaines d’applications légères.

Avec la banalisation du cloud public et des solutions SaaS, l’offre d’outils performants “Low Code” est devenue très riche et d’une exceptionnelle qualité.

L’expression “Low Code” semble s’imposer face à “Zéro Code” : elle correspond mieux à la réalité et ne crée pas de fausses attentes auprès des personnes qui pourraient penser que l’on peut construire des applications avec “zéro effort”.

Principales familles d’outils “Low Code”

Le regroupement de ces outils en trois familles que je propose est pragmatique, probablement incomplet et contestable.

Business Intelligence : ce sont des outils qui permettent de construire des tableaux de bord, des visualisations de résultats. Face aux solutions anciennes, complexes et chères, de nouveaux entrants comme Google Data Studio ou Power BI de Microsoft représentent l’avenir de cette famille d’outils.

Outils BI exemples Google et Microsoft

BPM : Business Process Management. Pour construire des “workflows”, des processus légers, une solution comme RunMyProcess, développée par des Français et rachetée par Fujitsu ou Kissflow sont de bons exemples de solutions performantes.

Kissflow HP

Remplacement des applications Excel : je ne connais pas d’entreprises où des dizaines, des centaines ou des milliers d’applications Excel ne soient pas omniprésentes. J’ai souvent critiqué ces applications, mal écrites, avec des erreurs de logique dans presque 70% des cas. La bonne nouvelle, aujourd’hui, c’est que de nouveaux outils, 100 % Cloud, permettent de construire des applications de remplacement, plus performantes, plus faciles à développer et… partageables. Le nouveau leader dans ce domaine a pour nom AirTable.

AirTable HP

 

DSI : quels rôles pour outils “Low Code”

Laisser les directions métiers et les collaborateurs de l’entreprise seuls avec ces outils “Low Code” est une très mauvaise idée ! Les équipes de la DSI doivent être capables de les prendre en charge pour permettre une collaboration efficace avec les métiers.

Les compétences les équipes de la DSI dans ce domaine :

  • DPC outils tools SS 64120784Sélectionner les différents outils : elles vérifient que ce sont de véritables outils SaaS et proposent des solutions adaptées aux différentes demandes, en en limitant raisonnablement le nombre. Il n’est pas nécessaire de pousser deux solutions de BI qui font à peu près la même chose ! Les entreprises qui utilisent G Suite choisiront Google Data Studio, celles qui ont déployé Office 365, Power BI.
  • Maîtriser et connaître les outils sélectionnés : il ne suffit pas d’en parler aux métiers, il faut être capable de présenter concrètement les fonctionnalités de ces différents outils et de les aider à en comprendre les potentiels et les limites.
  • Pouvoir développer des applications légères : les équipes “Low Code” de la DSI réalisent des développements légers si les métiers le demandent. Quel pourcentage des usages légers sera réalisé par la DSI, quel pourcentage par les métiers ? Les réponses seront très différentes selon les entreprises.
  • Choice AirTable KissFlowAider dans le choix de l’outil le mieux adapté à une demande : il ne sera pas toujours facile ou évident de choisir un outil pour répondre à une demande précise. KissFlow ou Airtable ? Dans de nombreux cas, les deux réponses sont possibles : DSI et métiers choisiront, ensemble, la réponse qui leur paraît la plus raisonnable.
  • Former des personnes dans les métiers pour qu’ils construisent eux-mêmes tout ou partie des applications dont ils ont besoin. Quand les métiers sont prêts à se prendre en main sur certains de ces outils, la DSI peut leur mettre le pied à l’étrier.

Avec des outils de construction “Low Code” bien choisis et maîtrisés, tout le monde sera gagnant, l’entreprise, les métiers et la DSI.

 

Attentes structurées, outils industriels

Rappel : seules les fonctions B, cœur métier, sont concernées par des développements structurés sur mesure, si des solutions SaaS verticales ne sont pas disponibles pour ces métiers.

Il existe dans toutes les entreprises grandes ou moyennes, des attentes cœur métier pour lesquelles on ne trouve pas d’applications SaaS ou on souhaite construire une application différente, innovante et porteuse de compétitivité.

Il ne devrait plus venir à l’esprit d’un dirigeant ou d’un DSI l’idée saugrenue d’essayer de modifier un ERP non adapté pour répondre à ces attentes. La seule réponse moderne est de… construire une application sur mesure.

Des outils industriels modernes, très puissants

Nous sommes en 2019 ! L’offre d’outils de construction d’applications structurées n’a plus rien à voir avec celles que connaissaient les développeurs il y a encore 5 ans.

AdS DPC Nirvana SS 227574772Construire des applications, aujourd’hui, c’est le “Nirvana” pour les “builders” !

Les fondamentaux de l’offre :

  • Disponibles dans des clouds publics ou… des clouds publics, AWS, GCP ou Azure.
  • Serverless : Lambda chez AWS, Functions chez Azure ou GCP permettent aux constructeurs d’applications de se concentrer sur le code, rien que sur le code, et de ne plus se préoccuper des infrastructures sous-jacentes.
  • Microservices : de petites équipes de constructeurs (les célèbres “two pizza teams” chères à Amazon) travaillent dans une logique de composants définis par leurs “API” d’entrée et de sortie.
  • Devops : chaque équipe est responsable de la construction de ses composants, de la mise en production et de la maintenance.
  • Containers : masqués aux développeurs, ces composants s’exécutent dans des containers.
  • Open Source : la majorité des technologies d’infrastructures et de constructions s’appuient sur des solutions Open Source : Docker, Kubernetes, Istio…

Des équipes internes, sous la responsabilité de la DSI

AdS DCP Builder woman SS 52830103A l’inverse de ce qui peut se faire pour les outils de constructions légers, les constructions d’applications structurées doivent rester à 100 % sous la responsabilité de la DSI. Ce serait une très mauvaise idée de laisser croire aux métiers qu’ils pourraient les construire eux-mêmes. Nous sommes nombreux à savoir conduire une voiture, beaucoup moins à savoir piloter un Airbus 320.

S’agissant d’applications cœur métier essentielles pour les entreprises, la majorité des constructeurs de ces applications sont des collaborateurs internes et permanents de l’entreprise. Il serait suicidaire de confier la maîtrise de ces constructions à des ESN !

 

Ces équipes internes de “builders” ont une triple compétence :

  • Maîtriser les démarches modernes et les outils de constructions cités plus haut.
  • Une compréhension raisonnable des activités de leur entreprise, pour être capables de dialoguer efficacement avec les métiers. Dans les grandes entreprises, cela signifie qu’il faudra des équipes spécialisées par grands métiers, pour plus d’efficacité.
  • La capacité de travailler dans une logique “produit”, et non pas projet. La pérennité de ces produits logiciels est vitale ; elle inclut leur maintenance et leur évolution pour garantir qu’ils restent pertinents pendant plusieurs années.

Et si la DSI redevenait ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un lieu où les constructeurs, les réalisateurs sont plus nombreux et mieux considérés que les “managers”, les chefs de projets ?

 

Résumé

Two teams developmentUne entreprise qui ne dispose pas en interne de deux équipes de constructeurs de logiciels, pour réaliser aussi bien des applications légères avec des outils “Low Code” que des applications structurées avec des outils industriels est incapable de répondre aux attentes de tous ses clients internes et externes.

 

Quelle taille pour ces deux équipes de constructeurs ? Je vous propose un objectif minimum de… 20 % du nombre de collaborateurs permanents de la DSI !

Dirigeants et DSI, vous devez investir immédiatement et massivement pour créer ces équipes, les former, leur proposer des plans de carrière attractifs pour qu’une personne puisse dire : “j’ai 50 ans, je suis fier de mon métier de constructeur de logiciels et… je gagne très bien ma vie.”

Un beau défi de plus pour les entreprises courageuses et innovantes !

 


Transformation Numérique pour tous : le courage ou… la trouille

 

AdS DPC Courage switch S 62842445Transformation numérique, transformation digitale, ces expressions sont maintenant sur les lèvres de tous les dirigeants et DSI.

Qu’en est-il dans la réalité ? Que se passe-t-il vraiment dans les entreprises ?

Je rencontre des dizaines d’entreprises dans mes missions de conseil et des milliers de personnes dans les séminaires que j’anime chaque année. Ce n’est pas un échantillon important, mais il en priorité constitué d’entreprises qui sont plus innovantes que la moyenne, sinon elles ne me feraient pas intervenir.

J’ai pris la décision d’écrire ce billet “coup de gueule”, car je constate que l’écart entre le discours de modernité et la réalité des actions est immense.

J’avais, moi aussi, le choix entre courage et trouille : courage de l’écrire, et d’être “black listé” par de nombreux DSI, ou trouille de me fâcher avec de nombreux donneurs d’ordres potentiels.

J’ai choisi le courage, mot qui est au cœur de ma démarche, et qui figure dans la “baseline” de mon blog.

 

Avez-vous rencontré des personnes qui sont contre la Transformation Numérique ? Moi, pas !

Le discours sur la Transformation Numérique est omniprésent dans les réunions de dirigeants et de professionnels du numérique.

En 2018, le CIGREF, Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises, a publié un nouveau document sur ce thème, centré sur sa valeur économique.

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas rencontré des dirigeants ou des DSI qui ne se présentent pas comme des fans de la Transformation Numérique de leur entreprise, au moins dans leurs discours.

Couverture livre DTN copieLe livre que j’ai co-écrit avec Dominique Mockly sur le thème “Dirigeants, Acteurs de la Transformation Numérique” a été bien reçu et nous sommes souvent invités par des dirigeants ou des fournisseurs à donner des conférences pour en présenter les thèmes principaux.

Devant un tel enthousiasme, je ne devrais voir autour de moi que des entreprises en pleine Transformation Numérique, prenant à bras le corps cette transformation et permettant à tous leurs collaborateurs d’en profiter. Hélas, hélas, hélas, la réalité est toute autre : les actes ne suivent que rarement les grands et beaux discours d’innovation numérique. Je rencontre tous les jours des entreprises dont les modes de travail n’ont pas changé en profondeur depuis des dizaines d’années.

L’exemple le plus frappant est celui des outils bureautiques, universels, utilisés par une grande majorité de collaborateurs : il illustre remarquablement bien ce décalage entre la parole et l’action. C’est le sujet que je vais utiliser pour illustrer les différences entre une démarche “courage” et une démarche “trouille”.

 

Les outils “bureautiques”, seuls outils universels

Quelles sont les solutions numériques les plus répandues dans toutes les entreprises, utilisées par le plus grand nombre de personnes ? Ce sont les outils bureautiques : messagerie, agenda, traitement de texte, tableur …

Si les dirigeants et responsables du numérique souhaitent vraiment que la Transformation Numérique concerne, rapidement, un maximum de personnes, il n’y a pas de méthode plus efficace que le remplacement des versions démodées, en fin de vie, de ces outils bureautiques, disponibles depuis plus de 25 ans ; ils ont pour noms Microsoft Office, Exchange ou Lotus Notes.

MAE et Office antiquitésUtiliser Microsoft Office en 2019 ? C’est aussi “moderne” que d’utiliser une machine à écrire en 1990 !

Changer en profondeur les modes de travail de tous les collaborateurs en déployant des solutions de nouvelle génération devrait être la priorité de toutes les entreprises. Ceci permet de toucher :

  • Ceux qui ont déjà une bureautique archaïque, ce qui représente environ 50 % de la population des entreprises en France.
  • Les 50 %, des opérationnels en priorité, qui n’ont pas accès à ces outils ; on ne pouvait pas les équiper de PC Windows avec Microsoft Office.

 

Conditions “techniques” d’une Transformation Numérique réussie

Les lignes qui suivent sont un rappel des conditions minimales que doivent remplir les solutions numériques choisies pour accompagner une Transformation Numérique.

  • Disponibles dans des clouds publics : c’est dans ces environnements que les innovations les plus importantes naissent.
  • Solutions SaaS véritables, multitenant : c’est la seule manière de disposer de solutions industrielles et de ne jamais avoir à gérer des mises à jour.
  • Accessibles sur tout objet d’accès : les clients internes et externes ont le droit de choisir leurs objets d’accès : PC, Macintosh, smartphones Android ou iOS, tablettes ou Chromebooks.
  • Navigateur fenêtre universelle d’accès : une solution numérique non accessible depuis un navigateur n’a plus droit de cité dans une entreprise ; c’est le minimum commun disponible sur tous les objets d’accès.
  • Collaboratif natif : toutes les fonctionnalités proposées doivent être prévues pour permettre le partage, nativement. Un document sera partagé par défaut, individuel par exception.
  • Une seule version d’un contenu, à tout instant, pour tout le monde : partage et cohérence des informations ne peuvent pas être obtenus autrement.
  • Des coûts raisonnables : 10 € par mois est un ordre de grandeur pour une bureautique moderne de base : un smartphone à 200 € et des outils logiciels à 50 € par an permettent de tenir dans ce budget.

IBM Microsoft 2000 - Microsoft G suite 2019En 2000, les entreprises avaient le choix entre deux fournisseurs: IBM avec Lotus et Microsoft avec Exchange.

En 2019, les entreprises ont le choix entre deux fournisseurs : Microsoft avec Office 365 et Google avec G Suite.

Dites-moi quelle solution vous avez choisie ou envisagez de mettre en œuvre, je vous dirai si vous êtes… courageux ou trouillard !

 

Les entreprises courageuses choisissent G Suite

Il y a exactement 12 ans, en février 2007, Google annonçait à Paris, en première mondiale, Google Apps, devenu depuis G Suite.

Je parlais déjà, dans ce billet, des entreprises “prudentes” qui allaient trouver mille raisons pour ne pas faire le saut vers une bureautique Web ; en 2007, on ne parlait pas encore du Cloud. Je ne pensais vraiment pas que les arguments que je présentais à l’époque seraient encore valides 12 ans plus tard !

Depuis cette date des millions d’entreprises ont fait le choix G Suite, y compris les plus grandes.

Valeo, Veolia, Essilor, Airbus, la banque BBVA en Espagne, Teréga, Auchan, Solvay, Decathlon… la liste est longue de ces entreprises courageuses qui ont fait ce choix. Valeo a été la première grande société mondiale, dès 2007, à choisir G Suite ; bravo, Valeo !

AdS DPC 100 % S  96008063G Suite répond à toutes les caractéristiques techniques que j’ai présentées dans le paragraphe précédent. Il n’y a donc aucune raison “objective”, rationnelle, de ne pas faire ce choix.

Un exemple : aucune mise à jour n’a été nécessaire sur les postes de travail depuis le premier jour de déploiement.

 

Les entreprises trouillardes se réfugient dans Office 365

Office 365 Home PageEn 2011, 4 ans après l’arrivée de G Suite, Microsoft a lancé sa “solution cloud”, Office 365, comme l’indique leur site lors de l’annonce.

Des entreprises innovantes, courageuses, avaient démontré que basculer ses solutions bureautiques dans un cloud public était possible et ne déclenchait pas de catastrophes majeures. Le terrain était préparé pour que les autres entreprises envisagent de suivre leur exemple.

AdS DPC ravalement facade Chartres SS 171019391Bravo, Microsoft, qui a su proposer, à partir de 2011, un outil ancien, ravalé, pseudo-cloud, qui répondait bien aux attentes de non-changement des entreprises traditionnelles au sens de la courbe de Gauss de l’innovation.

Gérer les changements profonds induits par un basculement vers des solutions bureautiques Cloud ? C’était un traumatisme trop fort, des obstacles infranchissables pour les entreprises qui avaient la trouille de toucher aux habitudes de leurs collaborateurs internes.

Office 365, c’est encore en 2019 la parfaite illustration d’une démarche de pseudo-changement.

Je rencontre deux familles d’entreprises qui ont fait le choix Office 365 :

  • Les plus lucides, qui reconnaissent qu’elles ont eu peur d’affronter les changements que supposait un basculement sur G Suite.
  • Les autres, qui essaient de s’autoconvaincre qu’elles innovent en choisissant une solution de parfaite continuité avec le passé. Quelle tristesse devant ce refus d’affronter la réalité !

La seule, la véritable raison pour laquelle les entreprises trouillardes choisissent encore Office 365 en 2019, c’est que cette solution... n’induit aucun changement dans les usages de leurs collaborateurs. Ils peuvent garder leurs clients lourds, des PC avec Office et Outlook et continuer avec leurs modes archaïques de travail et des documents distribués sur des milliers de postes de travail Windows

Démontrer qu’Office 365 n’est pas une solution techniquement valable est très, trop facile :

  • Il est nécessaire de disposer d’un client lourd. Comment utiliser Office 365 depuis un Macintosh, un iPhone ou des smartphones Android ? Très simple, il suffit… d’installer les applications spécialisées pour ces postes de travail, qui ne sont pas totalement compatibles entre elles. Vous souhaitez utiliser un Chromebook ? Désolé, ce n’est pas possible.
  • MaJ Office 365 RafalOn retrouve toutes les joies immenses des mises à jour périodiques, comme le montre ce message reçu par un client Office 365.
  • Vous souhaitez partager un document ? Pas de problèmes, vous pouvez le mettre dans SharePoint Online ; ce n’est pas obligatoire et la gestion des partages est complexe.
  • ...

Il y a un argument massue utilisé par ces entreprises quand je les challenge sur leurs choix : on “pourrait” travailler en mode Web… Petit problème : personne parmi les grandes entreprises ne le fait ! J’ai pendant 3 ans collaboré avec une société américaine de plusieurs milliers de collaborateurs qui avait déployé Office 365 et j’avais une adresse mail chez eux ; j’étais le seul, je dis bien le seul, à utiliser la version navigateur de cet outil.

 

Les alibis les plus cités pour justifier le choix de la solution trouille

Une fois que la décision de non-changement est prise, de déployer Office 365 et que G Suite est soit non considéré soit éliminé, il faut bien sûr trouver des arguments pour essayer de s’autoconvaincre que c’est une bonne décision.

La liste qui suit n’est pas exhaustive, mais on y trouve les “best sellers”.

Pauvreté fonctionnelle

G Suite est une solution intéressante, mais elle ne répond pas aux attentes de nos utilisateurs qui ont des besoins professionnels non couverts.

C’était vrai en 2007, ce ne l’est plus en 2019.

Nb fonctions G sheets vs ExcelLe cas le plus emblématique est celui d’Excel : mes contrôleurs de gestion ne peuvent pas se passer d’Excel. C’est faux pour plus de 90% des utilisateurs bureautiques d’Excel, comme le montre ce tableau comparatif : Google Tableur propose 425 fonctions, Excel 471.

Question : combien de vos collaborateurs utilisent 200 fonctions d’Excel ou plus ?

Il faut surtout séparer Excel Bureautique et Excel outil applicatif, comme je l’ai longuement expliqué dans un billet récent qui préconise d’éliminer les applications Excel.

Il existe aujourd’hui de remarquables outils, clouds natifs, qui permettent de construire des applications Web légères, partagées, beaucoup plus ergonomiques et plus fiables que les applications construites avec Excel. Je pronostique qu’un nouveau leader va apparaître dans ce domaine. Son nom : Airtable.

AirTable HP

Si quelques personnes dans votre entreprise, ont, objectivement, encore besoin d’un outil bureautique très puissant et que les solutions de G Suite ne répondent pas à leurs attentes, rien n’interdit, avec un peu de pragmatisme, de leur donner accès à G Suite pour tous leurs usages “normaux” et de leur laisser, en plus, leurs versions existantes d’Excel ou “PauvrePoint”.

Espionnage des contenus par Google et la NSA

Cet argument n’est pas spécifique aux outils bureautiques cloud. Je ne vois objectivement pas de différences entre le cloud public Azure de Microsoft et celui de Google pour G Suite sur ce sujet. Les deux proposent des niveaux de sécurité supérieurs à ceux que peuvent fournir les centres de calcul privés des entreprises dans plus de 99,999 % des cas.

Rappel : il est aussi possible, pour les entreprises qui sont “ceinture et bretelle”, de chiffrer les données dans ces deux clouds avec une clef de chiffrement qui est propriété de l’entreprise et à laquelle ni Google ni Microsoft n’ont accès.

Usages non connectés, off-line

Comment travailler quand on n’a pas accès à un réseau ? C’est supposé être l’argument majeur contre G Suite.

Il y a plusieurs réponses “rationnelles” :

  • En 2019, la probabilité de ne pas avoir accès à un réseau 3G, 4G ou Wi-Fi est de plus en plus faible. Chez soi, au bureau, à l’hôtel, dans le train… ces réseaux sont omniprésents.
  • G suite off lineLe mode de fonctionnement “off-line” existe pour G Suite. J’ai écrit une partie de ce billet dans un avion Air France qui n’a pas encore de Wi-Fi. C’est un mode dégradé, oui, mais suffisant pour continuer à travailler dans la grande majorité des cas. Les modifications que j’apporte à mon texte sont synchronisées avec le cloud dès que je dispose à nouveau d’un réseau à l’arrivée.

En même temps qu’elles utilisent cet argument fallacieux, les entreprises réfléchissent au droit à la… déconnection de leurs collaborateurs. On ne se posait pas cette question en 2007 !

Si on se la pose aujourd’hui, c’est qu’effectivement on peut être connecté en permanence.

Dialogue avec l’extérieur

Mes clients, mes fournisseurs utilisent tous Microsoft Office et je dois pouvoir partager des documents avec eux.

Dans ce cas aussi, il existe d’excellentes réponses pratiques :

  • Echanger des documents au format standard PDF est souvent plus efficace et plus sûr, surtout quand on ne souhaite pas les modifier.
  • Download G suite as...Il est possible, dans G Suite, d’importer des documents aux formats propriétaires de Microsoft (xls, ppt…), de les garder dans ces formats et de les modifier. On perd par contre la possibilité de travailler en mode collaboratif.
  • Pour les documents créés par l’entreprise dans G Suite, on peut à tout moment les exporter dans les formats propriétaires de Microsoft.

N’oublions pas que la dématérialisation des échanges se généralise et que les formats propriétaires Microsoft n’y ont pas leur place. Personne ne pleurera leur disparition, en espérant qu’elle soit la plus rapide possible.

Si on veut noyer son chien… tout le monde connait ce proverbe. La rationalité dans les décisions a ses limites, et ne peut pas lutter contre la trouille des entreprises, leur incapacité à gérer des changements pourtant indispensables et bénéfiques pour tous, entreprises et collaborateurs.

 

Synthèse

Un grand nombre de DSI et de dirigeants “bien pensants” vont lire ce texte en se disant que j’écris des âneries, que je suis payé par Google et ne comprend rien à la vraie vie des entreprises sérieuses.

AdS DPC Scarier than change SS 177052115Je suis profondément inquiet quand je constate que le sentiment de trouille l’emporte face à la rationalité et que de trop nombreuses entreprises refusent de préparer leurs collaborateurs à une Transformation Numérique indispensable et urgente.

Votre entreprise est dans l’une de ces trois situations :

  • Vous avez déployé G Suite : bravo pour votre courage, vous êtes prêts pour aller plus loin, plus vite dans votre Transformation Numérique.
  • Vous êtes encore sur des solutions archaïques et vous posez la question de la migration : choisissez votre camp, celui du courage ou celui de la trouille.
  • Vous utilisez Office 365 : ayez le courage de remettre en cause ce choix dicté par la trouille, repartez dans la bonne direction…

Vous savez ce qu’il vous reste à faire : aurez-vous… le courage de passer à l’action, immédiatement ?

MAJ du 25 février 2019

Les difficultés techniques de mise en œuvre d'une solution cloud bureautique n'existent pas ; seules les dimensions humaines et organisationnelles peuvent ralentir une Transformation Numérique dans ce domaine.

Comment imaginer une seconde qu'une entreprise qui n'est pas capable de réussir en bureautique pourra le faire dans les autres domaines du numérique, applicatifs en particulier, où les défis techniques sont beaucoup plus grands.


CTO, responsable des infrastructures : un beau métier, essentiel, passionnant, frustrant

 

CTO lettersCTO, Chief Technology Officer : je rencontre de plus en plus d’entreprises qui créent cette fonction.

Un CTO est responsable des infrastructures numériques de l’entreprise, le I du modèle B I S, que connaissent bien les lecteurs de ce blog.

L’importance et la couverture fonctionnelle du métier de CTO vont croître fortement au cours des 3 à 5 prochaines années. Comment ? Réponses dans ce billet.

 

Les Infrastructures numériques : rappel

Les infrastructures sont les fondations d’un Système d’Information moderne : ses principaux composants :

  • Serveurs
  • Réseaux
  • Objets d’accès
  • Outils de gestion des données

AdS DPC foundations S 88385413Dans un langage plus “management”, les infrastructures regroupent tout ce qui n’intéresse absolument pas les clients internes et externes de l’entreprise !

Une autre caractéristique majeure des infrastructures numériques est financière : les infrastructures coûtent et ne rapportent rien. Elles permettent des usages qui, eux, peuvent être rentables. L’analogie avec le transport ferroviaire est claire : construire une ligne de TGV représente des investissements importants ; si la demande est au rendez-vous, les trains qui y circulent sont remplis et la ligne sera rentable.

Un CTO est responsable d’un centre de coût, jamais d’un centre de profit ; ce n’est jamais une position très confortable !

 

Indépendance Infrastructures - Usages

DPC Independence S 58334155Créer une indépendance aussi forte que possible entre les infrastructures et les usages Support (S) et cœur métier (B de Business), est l’une des conditions essentielles de la réussite de la mise en œuvre du modèle B I S.

C’est même une condition de survie si l’on souhaite garder toute la flexibilité nécessaire pour faire évoluer son SI, répondre aux nouvelles attentes des clients et déployer les solutions d’infrastructures innovantes dès que possible.

La bonne nouvelle ? En 2019, créer cette indépendance entre les infrastructures et les usages est possible. Voici quelques exemples des décisions simples et fortes qui garantissent cette indépendance :

  • Interdiction de déployer une application qui n’est pas accessible par navigateur ; ceci permet de les utiliser depuis tous les objets d’accès du marché : PC, Macintosh, smartphones et tablettes Android et iOS ou Chromebook. Un test simple permet de garantir cette règle : une application qui ne peut pas être utilisée depuis un Chromebook est… interdite.

Infrastructures - Usages - Serverless indépendance

  • Privilégier des développements Serverless sur des infrastructures clouds publics. Les développeurs se concentrent à 100 % sur la logique de leurs applications et les infrastructures serveurs et fichiers sont automatiquement instanciées.
  • Reprendre le contrôle de ses données en créant des espaces de données, datawarehouse, datalake… indépendants de toutes les applications. C’est pour moi le domaine d’innovation prioritaire pour un CTO : prendre en charge toutes les données de l’entreprise, structurées, documents, multimédia…, dans des espaces de stockages spécialisés. J’ai abordé ce sujet essentiel dans un billet récent.

Ces choix d’infrastructures s’imposent aux usages. Cette dimension “dictatoriale” du métier de CTO est difficile à défendre au début, mais de premiers bénéfices seront obtenus rapidement et tout le monde comprendra le bien fondé de ces “diktats” d’infrastructure.

 

Invisibilité des Infrastructures performantes

Les clients internes et externes du SI d’une entreprise ne s’intéressent pas “directement” aux infrastructures, ce qui est logique. La valeur pour eux vient des usages, des applications, rendues possibles par les infrastructures.

AdS DPC Invisible Two boots SS 90825469Plus un CTO est performant dans ses métiers, plus il devient “invisible” :

  • Le taux de disponibilité des serveurs et des réseaux dépasse les 99,99 %,
  • Les clients internes et externes choisissent l’objet d’accès qui leur convient le mieux, selon leurs besoins, les lieux ou les moments.
  • Les responsables des usages “S” peuvent faire leur marché parmi les dizaines de milliers d’applications SaaS disponibles.
  • Les développeurs internes qui construisent les applications “B” s’appuient sur des plateformes de développement PaaS, disponibles sur les infrastructures clouds publics.

Cette invisibilité des infrastructures devient un avantage concurrentiel majeur, un plus essentiel, garant de la cohérence de tous les usages numériques et d’une flexibilité maximale (l’agilité dont tout le monde parle beaucoup…).

 

Les principaux “aaS” du CTO

Le seul avenir sérieux et pérenne des infrastructures numériques se trouve dans les clouds publics, seuls capables de fournir toute la puissance de calcul, toute la capacité de stockage des données à des prix compétitifs et en baisse permanente.

En langage simple : “hors du cloud public, pas de salut pour les infrastructures numériques”.

Toutes les offres dans les Clouds publics, pour les infrastructures comme pour les usages, sont proposées en aaS, as a Service.

Le CTO est le grand maître des infrastructures ; il choisit, propose et gère un grand nombre d’aaS. Les principaux aaS d’infrastructures se retrouvent dans cette liste :

CTO Master Karaté aaS

  • IaaS, Infrastructure as a Service : la majorité des entreprises choisissent deux fournisseurs parmi les trois leaders, AWS, Google Cloud Platform et Azure de Microsoft.
  • AaaS, Aggregation as a Service : ces plateformes techniques permettent d’industrialiser les échanges entre les différents composants applicatifs. Les leaders actuels sont Apigee de Google, Mulesoft de Salesforce et Snaplogic. Les solutions "légères" telles que Zapier font aussi partie des outils à privilégier.
  • TaaS, Trust as a Service : tous les outils, cloud bien sûr, qui permettent de créer la confiance en assurant la sécurité et la confidentialité. Ils font tomber les alibis classiques utilisés par les entreprises qui cherchent par tous les moyens à trouver de mauvais arguments pour ne pas utiliser des solutions clouds publics. Si l’on est “gentil”, on parlera d’entreprises traditionnelles, si l’on est plus direct, on les appellera retardataires ou ringuardes.
  • NaaS, Networks as a Service : l’ensemble des solutions réseaux, sans fil et filaires, qui permettent aux clients internes et externes d’accéder en haut débit à tous les usages, en tout lieu, à tout moment.
  • ADaaS, Access Devices as a Service : la capacité de proposer aux collaborateurs de l’entreprise une large gamme d’objets d’accès, de type, de taille et de puissance variés, correspondant aux spécificités de leurs activités et à leurs préférences personnelles.
  • iDaaS, intelligent Data as a Service : ce sera l’une des priorités absolues d’un CTO moderne pour les 3 prochaines années : proposer toute une gamme d’outils spécialisés permettant aux entreprises de reprendre le contrôle de leurs données sous toutes leurs formes :
    • Structurées.
    • Multimédia : photos, images, vidéos, son…
    • Documents bureautiques.
    • Géographiques.

La variété, la complexité et la richesse de tous ces métiers mettent en évidence l’importance majeure de ce métier de CTO. On est loin de l’image ancienne et poussiéreuse du responsable technique informatique classique, qui gérait dans son antre au sous-sol des serveurs, des disques et des routeurs.

 

Les clients du CTO

En plus de ces fortes compétences technologiques, le CTO est dans l’entreprise la personne qui a le plus grand nombre de “clients” de ses solutions :

  • Les clients externes de l’entreprise : derrière ce mot client se trouve une grande variété de personnes : les clients commerciaux, entreprises et/ou particuliers, fournisseurs, organismes publics… Dans un monde de plus en plus numérique, tous ces clients externes attendent un service impeccable et fiable, disponible en permanence, sur tous leurs objets d’accès.
  • Les clients internes de l’entreprise : personnes du terrain, fonctionnels, dirigeants… ils ont tous droit à la même qualité de service que les clients externes. Ils ne peuvent plus être traités comme des clients de “deuxième zone”.
  • Les clients internes de la DSI : les responsables des usages B, métier et S, support, doivent accepter les contraintes imposées par le CTO et comprendre que c'est en réalité une grande opportunité pour eux. Plus le temps passera, plus ils comprendront la valeur ajoutée d’un CTO puissant.

CTO Clients B  S et DSI

Ces trois familles de clients correspondent aux usages B et S :

  • B, en priorité pour les clients externes.
  • S, en priorité pour les clients internes.
  • B + S, pour les équipes internes de la DSI qui sont chargées de les déployer (S) ou de les construire (B).

 

CTO : garantir évolution, cohérence du SI et de la Transformation Numérique

Il est difficile de résumer tout ce qu’une entreprise attend de son CTO tant ce métier est riche et complexe ; il faut être, en même temps :

  • CTO polymathUn architecte du numérique, capable de construire les fondations d’un SI performant en s’appuyant sur un grand nombre de solutions différentes, les aaS.
  • Capable de mener une veille technologique à 3 ou 5 ans, pour anticiper les innovations fortes qui lui permettront d’améliorer en permanence les infrastructures mises à la disposition des clients de l’entreprise.
  • Garder la maîtrise des choix technologiques essentiels et les faire respecter par tous les collaborateurs.
  • Résister à la pression permanente pour réduire les coûts des infrastructures.
  • Garantir un fonctionnement sans pannes des infrastructures opérationnelles.
  • Avoir la capacité à répondre aux attentes de tous les clients, internes et externes, en leur proposant des solutions performantes et en leur faisant découvrir les potentiels des innovations qui apparaissent en permanence.
  • Et tout cela… en acceptant d’être la personne “invisible” et que tous ses clients trouvent “normal” que les infrastructures mises à leur disposition fonctionnent sans incident.

Le titre de ce billet résume bien le métier de CTO : c’est un très beau métier, essentiel, passionnant, souvent frustrant...

 


Urgence absolue pour Europe et France : Intelligence Artificielle, 5 ans pour ne pas devenir des nains mondiaux !

 

Happy new year 2019 copieJe souhaite à tous celles et ceux qui me feront l’honneur de lire ce billet une excellente année 2019, avec beaucoup de réussite dans vos actions de Transformation Numérique.

Je commence souvent l’année avec un billet sur un thème que je juge important ; c’est particulièrement vrai aujourd’hui.

Le thème que j’aborde, la très probable incapacité de l’Europe et de la France à prendre à bras le corps, et immédiatement, le défi numérique le plus important des cinq prochaines années, la mise en œuvre opérationnelle de solutions d’IA, Intelligence Artificielle, fait que je suis très inquiet, presque pessimiste. Pour ceux qui me connaissent et savent à quel point je suis d’un naturel optimiste, c’est un signal d’alerte majeur !

Ce billet est plus long que d’habitude, mais j’espère que vous ferez l’effort de le lire en entier.

Dans la suite de ce billet, je parlerai surtout de l’Europe tant il est évident que la France, seule, n’a aucun espoir de jouer un rôle, même minime, dans le combat planétaire qui se joue en ce moment.

J’ai écrit récemment une tribune sur LMI, Le Monde Informatique, qui abordait ce sujet. Ce billet reprend, en les approfondissant, des idées qui en sont proches.

 

L’Intelligence Artificielle, les fondamentaux

AdS DPC Brain Artificial intelligence S 119953437J’ai publié depuis plusieurs années des billets sur l’intelligence Artificielle ; les grands principes de l’IA ont été présentés ici et .

Petit rappel : les spécialistes identifient trois niveaux dans l’IA :

  • ANI : Artificial Narrow Intelligence : une IA capable de s’attaquer à des problèmes très spécifiques, tels que le jeu de Go ou la reconnaissance d’images pour identifier des visages ou des cellules cancéreuses.
  • AGI : Artificial General Intelligence : une IA qui aurait les mêmes performances qu’un être humain, capable de traiter des activités très diverses.
  • ASI : Artificial Super Intelligence : une IA qui aurait des performances supérieures aux femmes et hommes les plus intelligents du monde.

L’essentiel des avancées rapides dans l’IA se fait aujourd’hui au premier niveau, ANI : ce billet se concentre sur le thème de l’ANI.

 

Intelligence Artificielle : situation, début 2019

Cela fait plus de 40 ans que les meilleurs spécialistes, en majorité américains et européens, ont formalisé les démarches, modèles et méthodes qui servent de base à l’IA.

AdS DPC Machine Learning pixels S 171904907Depuis une dizaine d’années, avec l’arrivée des solutions de clouds publics, la puissance de calcul et les capacités de stockage de données nécessaires pour l’exploitation opérationnelle de ces modèles, et en particulier du “Machine Learning” (ML) sont disponibles.

AWS, Google et Microsoft proposent des solutions logicielles “clé en main” qui permettent à des ingénieurs logiciels de bon niveau d’utiliser directement des outils de ML, sans avoir besoin d’être titulaire d’un doctorat en IA. Tensorflow et Caffe en sont deux exemples.

Une autre évolution majeure a lieu dans les processeurs ; des fournisseurs traditionnels comme NVidia et de nouveaux entrants tels que Google ou Facebook construisent des processeurs spécialisés et optimisés pour les applications d’IA et de ML.

La “nouvelle loi de Moore” sur l’augmentation de la puissance des processeurs s’applique maintenant aux processeurs dédiés à l’IA. Ce graphique montre un accroissement de 300 000 de la puissance de calcul entre 2012 et 2019 !

Augmentation puissance calcul processeurs IA

Les années 2007 - 2017 ont vu les solutions de clouds publics prendre le pouvoir, pour les infrastructures IaaS, les usages SaaS et les développements PaaS. Ces plateformes sont aussi devenues un préalable à tout usage d’Intelligence Artificielle.

En 2019, les entreprises qui ont raté le virage du cloud public, et elles représentent encore la grande majorité, seront dans l’incapacité totale de profiter des potentiels de l’IA.

 

2019 - 2025 : l’Intelligence Artificielle au cœur de tous les usages numériques


AdS DPC AI on Smartphone S 81474947En 2025, l’IA sera devenue “invisible”. Infrastructures, données, applications… toutes les briques d’un Système d’Information consommeront nativement des composants d’IA.

C’est déjà le cas pour les entreprises innovantes, et avec des résultats spectaculaires.

Google en est un excellent exemple dans les infrastructures. Google gérait très bien, depuis longtemps, des dizaines de centres de calcul, avec des PUE (Power Usage Effectiveness) inférieurs à 1,2 ; le PUE mesure la consommation d’énergie qui n’est pas utilisée pour les composants actifs d’un centre de calcul, serveurs et stockage. Le PUE parfait est de 1, quand 100 % de l’énergie est consacrée aux éléments actifs.

Google Self driving Data CenterGoogle a demandé à DeepMind, leur filiale Machine Learning, d’améliorer son PUE, si c’était encore possible. Les résultats obtenus sont impressionnants : en moins d’un an, la consommation d’énergie pour le refroidissement a été réduite de 30 %, et ils pensent arriver à 40 %. L’une des raisons de ce succès : les conditions climatiques sont différentes pour chaque centre de calcul et l’outil de ML est capable de prendre en compte les spécificités météo de chaque site.

Dans le domaine des usages, des progrès spectaculaires ont déjà été réalisés en médecine, dans la conduite de nos voitures, dans la reconnaissance des images et des vidéos. Tous les éditeurs de solutions SaaS ajoutent des composants d’IA dans leurs produits ; en toute modestie, Salesforce a nommé Einstein son outil d’IA !

Cette banalisation de l’IA dans tous nos usages, personnels et professionnels, sera l’innovation qui aura le plus d’impacts sur nos vies quotidiennes et nos activités. En 2025, on ne se posera plus la question de la valeur de l’IA, elle sera omniprésente et, je le rappelle, invisible.

 

2019 - 2025 : les clés de la réussite en Intelligence Artificielle se trouvent… en Chine

En 2025, la Chine sera devenue la première puissance mondiale dans les solutions et usages de l’Intelligence Artificielle.

IA - USA CHINA EUROPE 2018La première vague d’innovation en IA, entre 2010 et 2017, était portée par la mise au point des modèles et de fortes compétences en recherche et en cloud public. Les Etats-Unis, avec leurs universités et leurs entreprises de l’Internet, avaient un avantage majeur et ont pris de l’avance, souvent aidés par des compétences venues d’Europe.

Fin 2018, les poids respectifs des Etats-Unis, de la Chine et de l’Europe en IA sont visualisés sur ce graphique.

AI superpowers Kai-Fu LeeNous rentrons, en 2019, dans la deuxième étape de l’IA : la mise en œuvre et le déploiement de solutions opérationnelles dans tous les métiers. La Chine dispose de quatre atouts majeurs pour prendre le leadership de cette deuxième vague de l’IA : les données, des milliers d’entrepreneurs, des ingénieurs compétents en grand nombre et le soutien actif du pouvoir politique. C’est ce qu’explique, très bien, Kai-Fu Lee dans son livre récent (voir à la fin de cette rubrique).

Les données : “La Chine est l’Arabie Saoudite des données”, cette phrase extraite du livre de Kai-Fu Lee, résume très bien la situation. Baidu, Alibaba et Tencent disposent de plus de données que les Etats-Unis et l’Europe réunis. Les modèles de Machine Learning ont besoin de beaucoup de données, et ils les ont en Chine. C’est particulièrement vrai avec les deux leaders du paiement par mobile, AliPay et Tencent. Les Chinois font 50 fois plus de paiements par mobiles que les Américains ; ceci permet à Alibaba et Tencent de tout savoir sur les habitudes de centaines de millions de Chinois, dans leurs activités Internet et dans le monde physique.

Investments in IA startups - China  USA  Des entrepreneurs “gladiateurs” : les entrepreneurs chinois de l’Internet et de l’IA ont une mentalité de combattants “à la vie à la mort” que l’on ne rencontre ni en Europe ni aux Etats-Unis. Ils recherchent un domaine précis d’action pour gagner beaucoup d’argent, sans hésiter à copier et attaquer leurs concurrents, comme l’a fait Tencent dans le paiement par mobile pour contrer AliPay d’Alibaba. En 2017, 46% des investissements dans des startups de l’IA ont été réalisés en Chine, et “seulement” 44% aux Etats-Unis, ce qui laisse quelques miettes pour le reste du monde..

Des ingénieurs en IA, compétents, en grand nombre : dans la phase deux de l’IA, on a moins besoin de “chercheurs d’élite” et plus d’un très grand nombre d’ingénieurs de haut niveau capables de mettre en pratique les meilleures solutions logicielles en IA. Les universités chinoises en produisent des dizaines de milliers tous les ans.

XI Jin ping on AI ImportanceUn soutien politique fort : Xi JinPing, le président de la Chine, et tous les pouvoirs régionaux soutiennent massivement les investissements dans l’IA. Plusieurs centaines de “Silicon Valley de l’IA” ont été ouvertes en Chine ; beaucoup seront des échecs, mais des dizaines vont réussir et créer des pôles de compétences très compétitifs.

Dans les cinq années qui viennent, ce ne sont pas les technologies de l’IA qui vont faire la différence, ce sont leurs usages généralisés dans tous les métiers : banques, industries, assurances, automobile, santé, gouvernement, éducation, défense...

La Chine se crée, localement, des avantages concurrentiels majeurs. Ceci permet ensuite aux entrepreneurs chinois d’attaquer tous les autres marchés mondiaux en tirant profit de cette base locale. Oubliés, les avantages de la Chine liés à des ressources humaines nombreuses et peu coûteuses, c’est sur l’IA que ce pays va s’appuyer pour conquérir le reste du monde. Le président Trump ne l’a pas compris et continue à voir dans la Chine un danger avec ses supposés avantages concurrentiels anciens, dans la production à bas coût.

Alipay deal with UEFAUn exemple récent, parmi d’autres : AliPay vient de signer, pour 200 M$, un accord avec l’UEFA pour devenir leur partenaire financier pendant les 8 années qui viennent ; pour l’Europe, cela concerne en priorité l’Euro 2020 et l’Euro 2024. Quand on sait qu’AliPay a 700 millions de clients, plus que toute la population des Etats-Unis et de l’Europe réunis, les banques américaines et européennes, les sociétés comme Visa ou Mastercard doivent se préparer à une offensive majeure sur les paiements par mobiles. Sont-elles prêtes ? J’en doute.

 

Quel panorama pour l’Intelligence Artificielle, en 2025

La Chine sera loin devant, avec une croissance exponentielle des solutions, des données et des usages de l’IA dans toutes les activités économiques. Ce mouvement a déjà commencé et on se trouve devant une situation où les leaders mondiaux, chinois, seront bien placés pour ne laisser que des miettes aux acteurs des autres pays, Etats-Unis compris.

Ce duopole Etats-Unis et Chine dans les technologies numériques est déjà une réalité, depuis 2018. Ce tableau des 20 sociétés qui dominent internet est d’une clarté impressionnante :

  • En 2013, 13 étaient américaines, 3 chinoises et le reste du monde, 4.
  • En 2018, 12 étaient américaines, 8 chinoises. Reste du monde = 0.

World Largesty 20 tech giants 2013 - 2018

Les Etats-Unis seront en deuxième position, et perdront rapidement du terrain. Le “laissez-faire politique”, la non-compétence et le non-intérêt de Donald Trump pour ces sujets, l’éparpillement des données entre de trop nombreux acteurs (Google, Facebook, Apple, les banques…) ne permettront pas à ce pays de rester en tête de la course.

IA - USA CHINA EUROPE 2025 - scenario Europe aloneL’Europe et le reste du monde : si rien ne change, et très vite, les pays européens  en seront réduits à déployer des solutions et des usages métiers d’Intelligence Artificielle venant de Chine et, dans une moindre mesure, des Etats-Unis.
Dans un scénario où l’Europe continue son “petit bonhomme de chemin” en IA sans réagir rapidement, la répartition du pouvoir IA dans le monde sera celle que visualise ce graphique.

En me transformant en “historien”, j’ai identifié trois âges de “colonisation” ; cette simplification m’expose à de fortes critiques, mais je suis prêt à les affronter !

Le monde aura connu trois époques “coloniales” :

  • 200 ans de colonisation industrielle : l’Europe domine le reste du monde.
  • 20 ans de colonisation Internet et cloud : les Etats-Unis domine le reste du monde.
  • 5 ans de colonisation Intelligence Artificielle : la Chine domine le reste du monde.

On se retrouve, encore une fois devant une accélération exponentielle de l’évolution du monde.

Cette troisième époque coloniale démarre en 2019 ; peut-on encore l’éviter ?

 

Intelligence Artificielle : quelles options pour l’Europe et la France

L’Europe n’a aucune chance de survie dans un monde ou l’IA sera omniprésente si chaque pays y va séparément. En 2019, l’Europe a définitivement perdu la bataille du cloud public, ce n’est pas le moment de recommencer dans l’IA !

Je propose trois axes d’actions prioritaires :

1 - Une mobilisation immédiate, avec des actions fortes en 2019. Nous n’avons plus le temps de lancer de sympathiques études sur le sujet comme l’a fait la France avec le rapport préparé par Cédric Villani, devenu depuis… candidat à la mairie de Paris !

2 - Libérer les données en Europe : l’Europe a inventé la meilleure arme pour faire échouer l’intelligence Artificielle avec le... RGPD. Cette babélisation des données, cette incapacité à les utiliser pour des applications innovantes “non prévues” prive l’Europe de la principale ressource nécessaire au succès de l’IA, des données partagées par tout le monde.

3 - S’allier immédiatement avec les géants américains du cloud et de l’IA, AWS, Google et Microsoft, pour essayer de construire, ensemble, un front commun et retarder le plus possible l’hégémonie de la Chine en IA.

Nous en sommes très très loin, hélas !!! L’Europe continue à mener des combats d’arrière-garde, qui vont lui faire perdre la seule guerre numérique qui compte aujourd’hui, celle de l’Intelligence Artificielle.

Je suis très inquiet quand je vois nos grands esprits se réjouir quand on fait des procès à Facebook ou autres pour manquement à leurs obligations sur le RGPD.

Je suis très inquiet quand je constate encore un refus d’accepter le leadership des Etats-Unis dans le cloud. Continuons comme cela pendant 5 ans et… nous aurons définitivement perdu la guerre mondiale de l’IA !

The trouble is you think you have time

Je suis très inquiet, car la remarquable lenteur qui caractérise les décisions prises au niveau européen n’est pas compatible avec la vitesse à laquelle cette “colonisation IA” chinoise avance.

IA - USA CHINA EUROPE 2025 - scenario USA +EuropeReprenant mon naturel optimiste, le schéma qui suit pourrait visualiser la situation, fin 2025, si l’Europe et les Etats-Unis unissaient rapidement leurs forces en IA ?

Quelle est la probabilité que ce scénario optimiste se réalise ? 20% ? 10% ? 5%? 1% ? Je vous laisse choisir votre réponse...

Et si en Europe ce combat pour l’IA était plus urgent que celui contre le réchauffement climatique ?

Vous n’êtes pas convaincu des gigantesques défis que l'IA représente pour l'Europe ?

Lisez le remarquable livre de Kai-Fu Lee, “AI Super Powers”.

L’auteur a une double culture, américaine et chinoise : il a travaillé aux Etats-Unis chez Apple et Microsoft, est devenu président de Google en Chine avant de créer Sinovation, société d’investissement dans de futurs géants de l’IA en Chine.

Ce livre devrait être la première lecture obligatoire, en janvier 2019, de tous les responsables politiques et économiques européens.

J’y ai trouvé beaucoup d’idées qui ont inspiré ce billet.


RCS : une deuxième jeunesse pour le SMS ?

 

Logo RCS*Pourquoi parler du SMS en 2018 ? C’est totalement dépassé, “has been” !

La montée en puissance des solutions de chat grand public comme WhatsApp, Messenger ou Wechat, l’arrivée de solutions professionnelles comme Workplace by Facebook ou Google HangOuts ont fait de l’ombre à l’ancêtre SMS.

Un nouveau standard de communication est relancé en 2018 et devrait décoller en 2019 : RCS, Rich Communication Services.

Il pourrait redonner une deuxième jeunesse au SMS et les entreprises doivent rapidement en comprendre les potentiels et les limites. Pourquoi ? C’est pour répondre à cette question que j’écris ce billet.

 

SMS, aujourd’hui

Le SMS (Short Message Service) est né au début des années 1990, en même temps que la téléphonie mobile 2G. A la grande surprise initiale des opérateurs téléphoniques, les usages du SMS se sont développés rapidement, en priorité dans le grand public. Comme les SMS utilisent la bande de communication de services SS7, ils n’ont aucun impact sur les capacités de transport de la voix. Ils ont rapidement représenté une importante source de revenus pour les opérateurs ; leur coût marginal était voisin de zéro et les marges... exceptionnelles.

En 2018, quelle est la plateforme de communication qui compte le plus grand nombre d’utilisateurs dans le monde ? Comme l’indique ce graphique, c’est… le SMS, devant la messagerie électronique, et loin devant les outils de chats tels que WhatsApp. Ces 4,7 milliards de personnes représentent 65 % de la population mondiale ; pas mal pour un outil qui à plus de 25 ans !

SMS numéro 1 mondial outils comm*

En France, l’ARCEP, qui publie tous les trimestres de remarquables études sur les outils de communication, indique que le nombre de SMS émis est raisonnablement stable ; il baisse, un peu, mais représente encore plus de 43 milliards de messages par trimestre, au même niveau qu’en 2012 quand ni WhatsApp ni Messenger n’existaient.

Nombre SMS France Q1 2018*

Arcep SMS Roaming*La libération du roaming en Europe a donné un coup de pouce aux SMS ; leur nombre a augmenté en 2017.

Résumons la situation actuelle du SMS :

  • Reste la plateforme de communication la plus utilisée.
  • Est sous le contrôle des opérateurs téléphoniques.
  • Leur rapporte beaucoup d’argent.
  • Son niveau d’utilisation commence à baisser.

La réponse trouvée par les opérateurs téléphoniques pour que cette manne d’argent ne se tarisse pas : proposer une solution plus adaptée aux attentes actuelles de leurs clients.

Elle a pour nom… RCS.

 

RCS, Rich Communication Services : les principes

RCS est une solution de communication de la même famille que SMS ; on peut dire, en simplifiant, que c’est SMS V2, qui profite des progrès réalisés par les technologies numériques de ces 25 dernières années.

Les éléments communs entre RCS et SMS :

Logo GSMA*

  • C’est un standard mondial du monde des télécoms : il est porté par GSMA, une association qui regroupe plus de 700 opérateurs télécoms et les principaux fournisseurs d’objets mobiles.
  • Les services RCS seront proposés par les opérateurs télécoms ; ce sont eux qui décident de joindre ou non le mouvement RCS. Cette carte montre une première liste des opérateurs RCS, début 2018. Depuis, d’autres opérateurs importants comme AT&T, China Telecom, Docomo, Singtel, Turkcell ou Verizon ont annoncé leur participation. En France, Orange et SFR sont les premiers inscrits.

Carte opérateurs RCS monde*

  • RCS est un service “universel”, comme le SMS ; il permet de communiquer avec tous les abonnés d’un opérateur qui propose RCS, sans avoir besoin d’obtenir l’autorisation de chaque client.
  • Le numéro de téléphone mobile est le seul identifiant nécessaire pour dialoguer avec un client ; 100 % des possesseurs d’un téléphone mobile sont joignables par RCS.
  • RCS permet un “roaming transparent” entre tous les opérateurs participants : je peux envoyer un message RCS à un client Telefónica depuis un mobile Orange sans surcoût.
  • Comme le SMS, RCS ne propose pas un chiffrement des messages de bout en bout, à l’inverse de beaucoup de messageries Chat.

Les nouveautés de RCS par rapport à SMS :

  • RCS est un outil de communication Internet, utilisant le protocole TCP/IP. Il fonctionne sur l’abonnement “données” des clients. Tous les usages Internet deviennent accessibles depuis RCS.
  • Ce qui saute aux yeux, ce que verra le client, c’est la richesse multimédia du message, principale différence par rapport au SMS. Cet exemple simple dans le transport aérien illustre bien les différences :
    • La personne qui reçoit le SMS ne peut pas l’utiliser comme carte d’embarquement et doit visiter le site Web du transporteur.
    • Le message RCS sert directement et immédiatement de carte d’embarquement : pas besoin de lancer une application sur son mobile, avec tous les risques de dysfonctionnements au dernier moment ! Prenant l’avion plus de 100 fois par an, je suis preneur de RCS, tout de suite.

SMS vs RCS*

  • RCS remet les communications gérées par les opérateurs télécoms au niveau d’ergonomie et de services des chats tels que WhatsApp. La concurrence entre ces deux familles de services devient frontale.
  • Le soutien fort de Google pour RCS sur Android : le “grand succès” de Google avec ses nombreuses applications de chat propriétaires est bien connu ! Google n’a jamais pu imposer une de ses solutions face à Facebook ou Apple. Google a mis toutes ses forces dans la promotion du standard RCS et espère amener les 85 % de possesseurs de smartphones dans le monde qui utilisent Android vers cette nouvelle plateforme universelle. Le nom choisi pour cette application par Google est très original : Chat !
  • Il existe une compatibilité descendante RCS vers SMS : un message RCS envoyé à une personne qui ne dispose que du SMS sera présenté comme un SMS normal.

Il existe pour le moment un grand absent dans cette famille RCS, Apple, qui dispose avec iMessage d’une application de qualité qui fédère très bien les fans de la pomme. Apple rejoindra RCS un jour : la question, c’est quand ? Dans 1 ou 2 ans ? Dans 5 ans ou plus ?

 

RCS : prévisions de croissance

L’année 2018 marque le véritable début de RCS ; quelles sont les perspectives de croissance de cette nouvelle solution de communication, qui, à priori, à beaucoup d’avantages ?

RCS accepted in Europe France leader*Les trois dimensions clefs de cette croissance sont :

  • Le nombre d’opérateurs télécoms qui propose RCS.
  • Le nombre d’utilisateurs du service RCS.
  • Le Chiffre d’Affaires que peut générer RCS.

Un petit “Cororico” : une étude menée par MobileSquared en Europe indique que c’est en France que l’intérêt pour RCS est le plus marqué, devant le Royaume Uni et l’Allemagne. Les Etats-Unis seraient moins enthousiastes que l’Europe sur cette technologie.

Nb opérateurs RCS 2022*Nombre d’opérateurs RCS : à mi 2018, ils sont environ 60 à proposer le service. GSMA prévoit que ce nombre devrait approcher 500 dès 2022. Cela représente l’immense majorité des opérateurs télécoms et tous les pays seraient donc couverts par ce service RCS.

Nombre d’utilisateurs RCS : Les chiffres dont je dispose viennent de GSMA et ne vont pas au delà de 2019. S’ils se confirment, ce serait une croissance exceptionnellement rapide ; RCS atteindrait en deux ans autant de personnes que Facebook Messenger, quand Messenger a mis huit années pour atteindre le chiffre du milliard d’utilisateurs.

Croissance MAU RCS* 2019

 


RCS from 60 to 90 $B*Chiffre d’Affaires des opérateurs
: le marché du SMS est important pour les opérateurs ; même s’il est en décroissance, il représente encore 60 milliards de dollars en 2017. GSMA estime que RCS permettra, non seulement de freiner cette décroissance, mais pourrait recréer une croissance forte : le Chiffre d’Affaires pourrait atteindre 90 milliards de dollars dès 2021, 50 % de plus qu’en 2017.

Même s’il faut être prudent devant des chiffres très optimistes, les entreprises peuvent faire l’hypothèse que RCS sera un succès ; elles doivent donc, rapidement, réfléchir aux usages potentiels de RCS dans leurs métiers.

 

RCS : les potentiels pour les entreprises

RCS ne va pas se substituer aux usages courriels ni remplacer les outils internes tels que Slack ou Workplace by Facebook.

Son domaine prioritaire d’usages sera certainement les échanges B2C, des entreprises vers leurs clients particuliers. Pour ces échanges, RCS a de nombreux avantages pour les entreprises :

  • Pas besoin pour les clients de se preinscrire (opt-in) ; toute personne qui dispose d’un numéro de téléphone mobile est joignable par RCS.
  • 95 % des personnes lisent leurs SMS ; ce pourcentage devrait rester le même avec RCS.
  • Le basculement en mode dégradé SMS est toujours possible.
  • Les clients n’ont pas besoin d’installer une application mobile de plus pour chaque entreprise.
  • Les entreprises de toute taille, dans tous les pays peuvent utiliser RCS sans compétences fortes en informatique.

Pour les clients particuliers, les avantages de RCS sont encore plus évidents. L’exemple de la compagnie aérienne déjà cité permet de mieux illustrer ces bénéfices :

Exemple RCS professionnel*

  • Passage d’un mode de communication message à un mode conversationnel. On peut proposer des actions, des échanges. Les premiers cas d’usages montrent qu’il y a en moyenne 9 interactions par conversation.
  • Dimension multimédia : possibilité d’afficher des images, des vidéos, des QR codes…
  • Niveau élevé de confiance : l’émetteur est clairement identifié par son nom, son logo… contrairement aux SMS.

RCS exemple Booking.com*Les secteurs d’activités qui peuvent tirer profit de RCS sont très nombreux. Les premières entreprises à déployer RCS sont en priorité dans les activités suivantes :

  • Commerce, en particulier beauté et santé.
  • Restauration, restauration rapide
  • Hôtellerie, plateformes de réservation comme cet exemple de Booking.com.
  • Les opérateurs de télécoms.
  • Les acteurs du sport.
  • ….

Les entreprises qui seront les premières à investir sur RCS bénéficieront d’un avantage concurrentiel intéressant : nouveaux services, notoriété, image de modernité...

 

RCS : questions en suspens


Comme toute nouvelle solution numérique, les prévisions de croissance annoncées peuvent ne pas se confirmer ; les échecs de Google dans le domaine de la messagerie instantanée sont là pour le confirmer.

AdS DPC failure plane down 175093110Trois autres facteurs peuvent ralentir la croissance de RCS :

  • Des facturations déraisonnables par les opérateurs. Comment remplacer la facturation au message en SMS dans le cas de RCS qui fonctionne par conversations ?
  • La réticence d’Apple à proposer RCS pour iOS.
  • Une mauvaise compréhension des potentiels et des usages possibles de RCS par les entreprises.

 

Résumé

RCS, le nouveau standard opérationnel de communication de messages enrichis, est opérationnel et commencera à être utilisé en 2019.

RCS ne sera pas la “panacée universelle” et ne va pas réduire les usages des solutions Chat grand public ou professionnel, ce sera une option de plus.

Les entreprises doivent aujourd’hui analyser la solution RCS, trouver quelques premiers usages potentiels vers leurs clients pour être prêtes à accélérer si le succès de RCS se confirme.

Mise à jour du 13 septembre 2018 : Samsung et Google annoncent ensemble la disponibilité de RCS sur de nombreux modèles de smartphones Samsung. C'est un signal encourageant pour le succès de RCS.

 


MDM : Modern Data Management

 

Louis vue faceJe suis encore à San Francisco, où j’ai participé comme conférencier aux journées « Modern Data Management Summit 2018 », organisées par l’éditeur de logiciels Reltio.

Plus de 400 personnes ont participé à cette conférence, en majorité des représentants de grandes entreprises. Le secteur de la santé, des laboratoires pharmaceutiques, était très présent : il y avait des sessions réservées à ce domaine d’activités.

La maîtrise de leurs données par les entreprises devient un sujet de plus en plus essentiel. La bonne nouvelle : l’offre de solutions, Cloud évidemment, s’enrichit rapidement.

Dans ce billet, je présente les éléments majeurs que j’ai retenus de cette conférence

Dans un deuxième texte, j’insisterai sur l’urgence, pour toutes les entreprises, de mettre en œuvre une démarche qui leur permettra de reprendre le contrôle de leurs données et de ne plus dépendre des grands éditeurs historiques de logiciels.

  

Reltio

Logo ReltioReltio est une entreprise jeune, née en 2011 ; ses fondateurs viennent en majorité d’un acteur historique du MDM, Master Data Management, Informatica.

J’ai été frappé par la variété des profils et des origines des dirigeants : beaucoup viennent d’Inde ou de Russie, comme le CEO ou la Chief Architect. Espérons que la politique actuelle de Donald Trump ne ralentira pas la capacité des entreprises innovantes à créer des équipes aussi diversifiées !

Reltio Management team

Je me suis intéressé à Reltio récemment ; cette entreprise apporte des nouveautés majeures dans le monde du MDM, qui était resté très traditionnel :

  • Cloud natif : Reltio utilise les infrastructures IaaS des trois leaders du marché, AWS, Google et Azure. Les entreprises clientes n’ont aucun souci à se faire sur la capacité de Reltio à gérer toutes leurs données, sans limites de volumétrie.
  • Beaucoup d’intelligence dans la gestion des données : il ne s’agit pas d’un nouvel outil d’entrepôt de données, d’un nouveau « data lake ». Intelligence Artificielle et Machine Learning sont au cœur de leur offre. Je leur ai suggéré de changer en 2019 le nom de leur conférence en « IDM, Intelligent Data Management ».

 Reltio fait partie d’une nouvelle famille de solutions logicielles, natives Cloud, qui répondent à une demande de plus en plus forte des entreprises : reprendre la main sur la gestion de leurs données. Je leur prédis un avenir radieux et, probablement, un rachat rapide par un des grands acteurs logiciels du Cloud.

Pour le moment, Reltio a décidé de ne travailler qu’avec de grandes entreprises qui traitent des volumes de données très importants.

  

Modern Data Management Summit 2018

Cette conférence était organisée à San Francisco, dans un grand hôtel du centre de la ville. Le dîner de gala avait lieu au 36e étage, avec une vue spectaculaire ! (Bravo Google Photos qui a réalisé automatiquement cette vue panoramique d'après mes photos.)

Reltio - Vue San Francisco

Pendant deux jours, on a beaucoup parlé de… gestion des données ! Les sessions générales alternaient avec des sessions spécialisées autour de trois thèmes :

Reltio Sanofi San Francisco 2:2018

  • La gestion moderne des données : le métier principal de Reltio.
  • Intelligence artificielle et données : les apports majeurs de l’IA dans la gestion des données, au-delà du simple stockage.
  • Le secteur de la santé : c’est le domaine « vertical » dominant de Reltio, pour le moment. Une équipe de Sanofi USA a été récompensée pour son projet Reltio.

Je n’ai pas pu participer à toutes les sessions, mais quelques messages forts ont été répétés plusieurs fois pendant celles auxquelles j’ai assisté :

  • Lutter contre les « silos » indépendants de données. Il s’agit en priorité de regrouper toutes les données par grandes familles, quelles que soient les sources : clients, produits, finance… Par contre, plus personne n’imagine une vision unique, intégrée, de toutes les données d’une entreprise.
  • Organiser les données : création d’une vision « 360 » des données, avec en particulier l’utilisation de graphes pour mettre en évidence les relations.
  • Autoapprentissage : la capacité d’améliorer de manière progressive et continue la pertinence des données. La solution Reltio a des capacités d’apprentissage qui permettent de mieux comprendre les liens entre les données au fur et à mesure que les usages augmentent.
  • Reltio IA in MDM ForresterL’intelligence artificielle, le machine learning, le deep learning sont au cœur de l’amélioration de la gestion des données. C’était par exemple le thème principal de la conférence d’une analyste de Forrester.

Il y avait aussi quelques sessions plus techniques, en particulier lors des présentations faites par Google et AWS sur les potentiels de leurs plateformes pour gérer intelligemment les données. Elles ont renforcé ma conviction que rien de moderne et d’intelligent ne peut être fait en gestion des données en dehors du Cloud Public. Aucune entreprise, quelle que soit sa taille, ne peut avoir en interne des outils d’IA et de gestion des données dont la puissance soit comparable à celles des géants du Cloud Public.

 

Mon intervention durant cette conférence

J’étais le seul conférencier ne résidant pas aux USA ! Mon intervention avait pour thème : « CIO ’s Framework for a successful Digital Transformation »

(Un référentiel pour DSI pour réussir sa transformation numérique).

Louis Reltio BIS Model TwitterC’était l’une des premières fois que je présentais aux USA le modèle B I S que connaissent bien les lecteurs de mon blog.

J’ai pu ensuite échanger sur ce sujet avec quelques participants et constater, avec plaisir, que cette démarche intéressait aussi les entreprises de ce côté de l’Atlantique.

J’ai surtout présenté la démarche SoR, SoE, SoI (Systems of Record, Systems of Engagement, Systems of Intelligence) et la place majeure qu’y prend une gestion intelligente des données. Je l’ai analysée dans ce blog, en deux parties, la première et la deuxième.

Dans la deuxième partie, l’un des schémas montrait le rôle clef de ce que j’appelais les référentiels

Dans mon intervention, j’ai présenté une nouvelle version de ce schéma qui met en évidence la place essentielle d’une solution comme Reltio.

Reltio Slide Conference with AaaS

Comment décoder ce schéma, extrait de ma présentation :

  • Les SoR sont des solutions historiques, comme SAP ou Oracle, ou plus modernes, SaaS comme SalesForce ou Infor. Leur rôle est d’être la principale source de création de données pour l’entreprise. Une entreprise « doit vivre avec » et ne peut pas attendre de les remplacer pour disposer de données fiables et partageables !
  • Reltio permet de « libérer » les données de leur « prison » SoR et de créer des espaces de données partagées (shared), sous le seul contrôle de l’entreprise. En utilisant de plus en plus d’intelligence artificielle, Reltio rend possible la création de données fiables et de confiance, « single source of trust » en anglais.
  • Les SoE, applications construites pour les clients internes de l’entreprise, accèdent à ces différents réservoirs de données. Quels que soient leurs métiers, tous les collaborateurs de l’entreprise ont la certitude qu’ils partagent les mêmes données.
  • Pour industrialiser les accès aux données, une plateforme AaaS, Aggregation as a Service, est indispensable. Ce n’est pas un hasard si SnapLogic, un des leaders de ce marché des AaaS, avait un stand à cette conférence.

 

Synthèse

Sans données fiables, partagées, auxquelles tous les collaborateurs d’une entreprise font confiance, les meilleures solutions de Cloud Computing ou d’Intelligence Artificielle perdent l’essentiel de leur intérêt.

En 2018, les entreprises ont à leur disposition :

  • De remarquables solutions IaaS d’infrastructures Cloud Public.
  • De remarquables solutions SaaS applicatives pour leurs usages support.
  • De remarquables solutions PaaS pour développer des applications cœur métier.

AdS DPC shared ressource SS 131482008Elles doivent maintenant faire porter en priorité leurs efforts sur la gestion de leurs données, DaaS, Data as a Service.

Quand je prends conscience des potentiels de solutions DaaS très innovantes comme Reltio, je suis très optimiste car de nombreuses barrières technologiques tombent.

Comme toujours, les entreprises doivent faire face à de nombreux challenges organisationnels et humains pour tirer parti de ces nouveaux outils.
Ce sera le thème de mon prochain billet.

 

 


2017 - 2027 = décennie interface voix

 

AdS DPC 5 stars S vertical 68765866Je pensais faire de ce billet le cinquième et dernier de la série sur les technologies qui vont dominer la période 2017 - 2027.

Première partie : technologies clefs 2007 - 2017.

Deuxième partie : microprocesseurs spécialisés.

Troisième partie : Intelligence Artificielle et Machine Learning.

Quatrième partie : 5G et Edge Computing.

Le thème des interfaces entre les personnes et le monde numérique devient si important que je vais lui consacrer tout ce billet.

  

1990 - 2017 : interfaces clavier-souris et tactiles

Entre 1990 et 2010, pendant 20 ans, les interfaces claviers - souris étaient les modes de communication dominants avec les objets numériques, PC Windows et Macintosh.

Depuis 2011, le nombre de PC vendus baisse, année après année.

PC sales 2006 - 2016

L’interface tactile sur objets mobiles s’est imposée sur la décennie 2007 - 2017, poussée par les smartphones. Le smartphone est encore la star du marché en 2017, même si la croissance des ventes se ralentit.

Sur le troisième trimestre 2017, les ventes de smartphones ont augmenté de 3 % quand les ventes de PC ont continué à baisser de 4 %.

Shipments PC vs Smartphones - Q3:2017

En nombre d’objets vendus, les smartphones ont gagné la bataille : il c’est vendu 5,7 fois plus de smartphones que de PC pendant cette période.

Je pronostique qu’à partir de 2021 la courbe des ventes de smartphones aura la même forme que celle des PC depuis 2011, une baisse, lente et continue.

Il suffit d’écrire « death of the smartphone » dans son moteur de recherches préféré pour voir apparaître des dizaines d’articles qui annoncent la prochaine disparition des smartphones tels qu’on les connait aujourd’hui.

Je vous en propose trois : The smartphone is going to die

 On me pose souvent la question : quels objets vont prendre la place des smartphones ? Ce n’est pas la bonne question…

La question à poser : quelle interface va se substituer à l’interface tactile ?

  

2017 - 2027 : Interfaces voix

Quelle sera l’interface vedette des années 2017 - 2027 ? Le suspense a disparu :

La voix prendra le relais du tactile

Le mouvement a commencé dans le grand public : on estime à 2 milliards le nombre d’utilisateurs de ces interfaces voix en 2021. Ces prévisions ne prennent pas en compte les usages professionnels.

Number Users Voice Interfaces 2015 - 2021

Les interfaces voix sont déjà présentes sur de nombreux objets tels que les smartphones ou les GPS dans les voitures. Depuis 2015, une nouvelle génération d’objets auxquels on peut « parler » à fait son apparition dans les foyers, les « smart speakers », hauts parleurs intelligents. Amazon a été le premier avec sa gamme Echo et domine le marché ; Google a rapidement suivi avec « Home » et ces deux membres du club GAFA font la course en tête.

Amazon Echo Sales 2016

Apple avait annoncé son HomePod pour la fin de l’année 2017, mais ratera l’importante période des ventes pendant les fêtes ; ce produit ne sera pas disponible avant 2018.

Aujourd’hui, Microsoft n’a pas d’offre comparable ; ceci explique une annonce pour le moins surprenante : un accord avec… Amazon pour que Echo « parle » aussi Cortana. La raison « officielle » est que l’on combine le meilleur d’Alexa dans le grand public avec le meilleur de Cortana dans l’entreprise. Permettez-moi d’être très sceptique : c’est un signe de faiblesse de Microsoft qui ne veut pas que Cortana meure trop vite, comme Windows Phone. Je reviendrai plus loin sur l’annonce faite à AWS Re-Invent de l’offre « Alexa for Business » ; elle laisse très peu de place pour… Cortana !

Un combat sans merci se prépare entre les « anciens », rois du tactile, Google et Apple, et les nouveaux, rois de la « voix », Amazon et…Google. Les entreprises qui domineront les interfaces voix seront, en 2027, les leaders des mondes numériques grand public et professionnels.

On assiste actuellement à une guéguerre ridicule entre Amazon et Google sur ce thème :

  • Amazon refuse de vendre les Chromecasts, Google Home, et des produits Nest, tous fabriqués par Google.
  • Google refuse que les utilisateurs d’Echo et Fire TV (équivalent Chromecast de Google) d’Amazon accèdent à YouTube.

C’est un signe avant-coureur des combats entre ces deux géants ; ils seront beaucoup plus violents dans les années qui viennent !

  

Interfaces voix : composants techniques

Derrière l’apparente simplicité des interfaces voix se cache une grande complexité technique, que je présente dans ce schéma.

Framework composants SI Voix + réseaux

De haut en bas :

1 - Une personne pose une question, émet une requête vocale, dans son domicile, son bureau, sa voiture ou son usine.

2 - Des objets très différents vont enregistrer ce signal sonore. Il suffit en pratique d’un micro et d’un haut-parleur pour la réponse. Ils seront de plus en plus invisibles : on n’aura pas besoin de savoir exactement où ils sont.

Parmi les plus répandus :

  • Un smartphone
  • Un haut-parleur intelligent
  • Un GPS dans une voiture
  • Une montre connectée

3 - Des réseaux sans fil, 3G, 4G, 5G, Bluetooth ou WiFi qui transmettent le signal reçu. Ces réseaux sont invisibles car sans fil.

Ces messages sonores arrivent ensuite sur des outils numériques très puissants, invisibles eux aussi, qui vont :

4 - Décoder les messages vocaux et les traduire en texte.

5 - Utiliser pour cela sur des solutions d’Intelligence Artificielle, de Machine Learning et de NLP, Natural Language Processing.

6 - L’essentiel des traitements et des données nécessaires est pris en charge par des clouds publics.

Il est important de comprendre toute la complexité, la puissance, l’intelligence qui permet à un Google Home de répondre en moins d’une seconde à une question en apparence aussi simple que : « Quel temps fera-t-il à Valencia mercredi prochain ? »

Quels sont les fournisseurs capables de jouer un rôle important dans cette révolution des interfaces voix ?

  

Interfaces voix : principaux acteurs

Surprise ! On retrouve une fois de plus nos grands amis GAFAM, Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft.

Dans ce tableau je présente la situation actuelle des points forts, des points faibles des GAFAM.

GAFAM - Voix

GAFAM - Voix

1 - Smartphones : ce sont, aujourd’hui, et de très loin, les objets les plus nombreux disposant d’interfaces voix. Google contrôle 87 % du marché mondial avec Android, Apple 13 % avec iOS. Amazon, Facebook et Microsoft ont la même part de marché : 0 %.

2 - Interfaces voix : seul Facebook est absent de cette catégorie. Les quatre autres ont chacun leur solution, propriétaire.

3 - Smart Speakers : fin 2017, Amazon et Google sont les seuls à commercialiser des Smart Speakers. Apple devrait proposer HomePod dans la première moitié de 2018. Facebook et Microsoft n’ont rien annoncé pour le moment.

4 - Intelligence Artificielle : Google est le plus avancé dans ce domaine, suivi d’Amazon et Facebook. Les solutions de Microsoft et Apple sont moins performantes.

5 - Infrastructures Cloud : les lecteurs de ce blog ne seront pas surpris d’apprendre que Google, Amazon et Microsoft dominent ce marché. Facebook dispose d’infrastructures très performantes pour ses usages internes et Apple est en retard dans ce domaine.

6 - Multilingues : La maîtrise des langues est essentielle dans le domaine des interfaces voix ; Google est le leader incontesté et Amazon est en retard.

Début 2018, les forces en présence sont les suivantes :

  • Google earbuds 40 LanguagesGoogle fait la course en tête : avec plusieurs milliards de smartphones Android et Home, Google peut déployer Google Now sur un très grand nombre d’objets. Son deuxième avantage est la maîtrise des langues comme l’illustre son annonce des Earbuds, écouteurs Bluetooth capables de traduire en temps réel 40 langues.
  • Amazon et Apple sont bien placés, même s’il leur manque des éléments clefs comme l’accès aux smartphones pour Amazon.
  • Microsoft et Facebook ferment la marche : ils sont en retard dans de nombreux domaines.

 Il ne faut pas oublier les champions chinois, les BATX : Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi. Ils ont tous déjà annoncé des Smart Speakers. Baidu, Alibaba et Tencent sont très avancés dans le Cloud, l’intelligence artificielle et les interfaces voix.

Voice Assistants BATX Chinois

Ils déploient logiquement en priorité ces outils sur leur marché national, aux 1300 millions de clients potentiels.

Quand décideront-ils d’offrir eux aussi des solutions multilingues ? Je n’ai pas de réponses à cette question, par contre je suis convaincu qu’ils ont les compétences humaines et techniques pour le faire.

En Corée, Samsung a de grandes ambitions dans les interfaces voix, avec sa solution Bixby. Est-ce que ce sera suffisant pour se faire une place au soleil ? Je n’en suis pas convaincu.

  

Interfaces voix : grand public et entreprises

 Comme toujours, c’est dans le grand public que des solutions innovantes se diffusent en priorité et les interfaces voix n’échappent pas à cette règle.

Quelle sera la place des interfaces voix dans les entreprises ? Pour répondre à cette question, il faut s’interroger sur l’offre et la demande de solutions.

L’offre professionnelle :
1 - Microsoft propose Cortana pour des usages professionnels, en particulier dans Office 365. 
On peut aussi installer Cortana sur un téléphone Android, mais les premiers retours d’expérience ne sont pas très encourageants !

Alexa for Business2 - Amazon a annoncé « Alexa for Business » durant la conférence Re-Invent organisée par AWS fin novembre 2017.

3 - Google : il n’est pas nécessaire d’être un grand devin pour prévoir que « Google Now for Enterprise » sera disponible dans les premiers mois de 2018.

La demande professionnelle :

Quand j’évoque le sujet des interfaces voix dans le monde professionnel, on m’oppose souvent cette objection : parler à ses applications numériques dans nos bureaux, cela va vite devenir insupportable et tout le monde saura quelles sont les questions que je pose.

Cette objection est logique, car exprimée par des personnes qui travaillent dans les bureaux et les sièges sociaux des entreprises, mais… elles ne sont pas les premières clientes des interfaces voix.

Alexa Echo DotLes opérationnels, les personnes en usines, sur le terrain, qui conduisent des chariots élévateurs ou des camions seront les premiers bénéficiaires des interfaces voix. Leurs mains, leurs yeux sont utilisés en priorité pour leurs activités métiers et les interfaces classiques, souris ou tactiles, sont mal adaptés à leurs modes de travail.

Les équiper d’un casque Bluetooth, installer dans une usine des petits boîtiers de type Alexa Dot, qui coûtent moins de 50 €, permet de créer des environnements professionnels où la voix devient l’interface le plus efficace, le mieux accepté par les salariés.

  

Prochaines étapes

AdS DPC Voice Bot SS 114290846Toutes les entreprises doivent, immédiatement, se préparer à l’arrivée des interfaces voix. Pour ce faire, je vous propose de développer en 2018 deux ou trois « Voicebots », des applications « SoE », Systems of engagement, qui privilégient les environnements industriels et les clients internes opérationnels.

Vous pourrez, en 2018, choisir parmi un très grand nombre d’objets adaptés aux environnements professionnels permettant des interactions voix avec ces applications numériques de nouvelle génération.

 

Synthèse

Un mot clef résume ces nouvelles interfaces voix : invisibilité !

AdS DPC Man speaking with woman S 31442266Le dialogue entre une personne et un environnement numérique deviendra aussi naturel que celui qui s’établit entre deux personnes en face à face. Un artéfact, clavier, souris, écran tactile… ne sera plus nécessaire pour établir la communication.

La bouche et les oreilles sont les moyens les plus naturels de l’homme pour communiquer ; en 2027, nous les utiliserons en priorité pour dialoguer avec notre environnement numérique, personnel et professionnel.

En 2028, quand on se posera la question de savoir quel changement technologique aura le plus marqué la période 2017 - 2027, je suis prêt à parier que la réponse sera : les interfaces voix.

Plus grande innovation numérique de la période 2007 - 2017 : interfaces tactiles.

Plus grande innovation numérique de la période 2017 - 2027 : interfaces voix.

 


Chromebook, l'objet d'accès à tout faire ?

 

Google Pixel 2 $ 1000J’ai écrit deux billets sur les chromebooks, en janvier et août 2016 ; ils faisaient le point sur les offres et les usages possibles à ces dates.

Des évolutions intéressantes ont eu lieu depuis, à la fois dans l’offre et dans les usages, ce qui motive ce nouveau texte.

Des entreprises avec qui je travaille ont fait le choix par défaut des chromebooks comme objet d’accès au SI ; des photos qui illustrent ce billet ont été réalisées chez elles.

 

Chromebook : les fondamentaux

Petit rappel :

  • Un chromebook est un PC portable qui fonctionne sous ChromeOS, pas sous Windows ou MacOS.
  • L’offre est maintenant très large, avec des tailles d’écrans de 10 à 15 pouces.
  • Les prix de vente des chromebooks sont pour l’essentiel compris entre 200 et 500 €. Il existe quelques exceptions très haut de gamme comme le Pixel 2 de Google à 1 000$ (sa photo est au début de ce billet).
  • La majorité des fournisseurs de PC proposent des chromebooks : Acer, Asus, Dell, HP, Lenovo, Samsung ou Toshiba.
  • L’autonomie vraie est de l’ordre de 7 à 10 heures selon les modèles.
  • Des coûts de possession très bas : les mises à jour de ChromeOS sont automatiques, on n’installe pas d’applications et la fiabilité matérielle est forte ; il y a peu de composants et en particulier pas de disques magnétiques.

Gowizyou chromebooks

La société GoWizYou est le principal distributeur de chromebooks en France et… ne commercialise que des chromebooks ! Elle propose une quinzaine de modèles différents sur son site de vente.

  

Trois modes d’usages

Dans l’immense majorité des entreprises, même celles qui ont une stratégie de migration vers des infrastructures cloud public et des usages SaaS, il existe trois familles principales d’usages :

  • Des applications Client/Serveur, pour PC Windows.
  • Des applications natives Web, accessibles depuis un navigateur.
  • Des applications mobiles, Android et iOS.

Les pourcentages relatifs d’applications Windows, Web ou mobiles sont très variables selon les entreprises ; le mouvement vers plus de Web, plus de mobiles et moins de Windows s’accélère, mais prend du temps…

La réponse traditionnelle actuelle pour répondre à cette variété d’interfaces est d’utiliser :

  • Un PC Windows pour les usages Windows et Web.
  • Un smartphone pour les usages mobiles et Web.

Aujourd’hui, un chromebook est une option moderne, innovante et pérenne pour répondre à ces trois modes d'usages :

Chromebook - Trois modes usages

  • La raison d’être initiale des chromebooks est l’accès aux applications Web et SaaS ! Ils sont les meilleurs PC portables pour ces usages.
  • Depuis quelques mois, Google Play, la place de marché Android aux trois millions d’applications, est accessible depuis un chromebook. Tout n’est pas encore disponible, mais l’offre s’enrichit très vite.
  • Il existe plusieurs moyens d’accéder à des applications Windows :
    • Le client Citrix est nativement disponible, mais l’on peut aussi utiliser l’équivalent de Microsoft.
    • Des bureaux virtuels, comme WorkSpaces sur AWS, sont accessibles depuis un chromebook. La solution WorkSpaces a un avantage financier majeur : on peut payer à l’heure, ce qui correspond bien aux cas d’usages envisagés, des accès peu fréquents à ces applications Windows.

Workspace AWS on Chromebooks

  

Un cas d’usage

 Une entreprise française a lancé, début 2017, une stratégie ambitieuse de migration vers des solutions cloud public et SaaS, et les chromebooks accompagnent cette stratégie.

L’une des premières actions a été d’équiper de chromebooks tous les dirigeants membres du comité exécutif ! Plusieurs modèles ont été proposés et leur choix unanime c’est porté vers les chromebooks de 11 pouces, faciles à transporter.

Sur ces deux photos, prises dans cette entreprise :

Chromebook - trois usages photos

  • La première montre le chromebook utilisé simultanément en mode natif Web et avec un client Windows qui permet à chaque collaborateur d’accéder aux applications auxquelles il a droit.
  • Sur la deuxième, il y a en plus la fenêtre Google Play, pour les applications Android autorisées.

La DSI met à disposition des collaborateurs plusieurs modèles de chromebooks ; l’un de ceux qui ont le plus de succès est un modèle ASUS de 10 pouces, que l’on peut utiliser de trois manières différentes :

Chromebook - Trois positions

  • En mode PC portable classique.
  • En mode tablette.
  • En mode « pyramide », sur une table.

Il dispose d’un écran tactile et son prix de vente est de l’ordre de 500 €.

  

Chromebook, le nouveau PC portable par défaut ?

L’entreprise présentée dans le paragraphe précédent était encore, en 2016, équipée à 100 % de PC Windows, avec, comme souvent, un « Master » pour tous les collaborateurs !

Migration Windows - ChromebookPour organiser une gestion sereine et efficace de la transition vers un monde qui sera 100 % Web et mobile avant la fin de l’année 2018, les chromebooks sont les PC portables les mieux adaptés.

Toutes les entreprises devront, plus ou moins vite, gérer des migrations de ce type. Elles sont encore trop peu nombreuses à penser aux chromebooks ; elles restent sur l’image initiale de ces PC, lors de leur lancement en 2011, quand ils n’étaient utilisables que pour des usages Web.

Le choix d’un chromebook avec un écran tactile s’impose aujourd’hui ; toutes les applications Google Play sont prévues pour un usage tactile, et elles ne seront pas toutes modifiées pour s’adapter à un mode de travail plus ancien, clavier et souris.

On commence aussi à trouver quelques modèles avec un stylet, une option utile pour de nombreux usages, et pas seulement dans le monde de l’éducation.

Je vous recommande trois sites francophones qui permettent de suivre l’activité du monde chromebook :

 

Synthèse 

Fin 2017, les chromebooks sont des PC encore très minoritaires dans les entreprises ; leur part de marché est de l’ordre de 5 %. Leur principal succès, on le trouve dans le monde de l’éducation, en particulier aux USA, où ils ont pris plus de 50 % du marché.

Quelle sera la part de marché des chromebooks dans les PC portables en 2021 ? 30 % ? 50 % ? 70 % ? Difficile de le prévoir.

DPC Old Way  New Way S 54116212On devrait, à cette date, rencontrer deux familles d’entreprises :

  • Les innovantes, qui ont basculées dans le cloud et où les chromebooks sont dominants.
  • Les « traditionnelles », encore arc-boutées sur leurs solutions informatiques  du siècle dernier : SAP, Microsoft Office, Oracle… et où seront réfugiées les derniers PC Windows.

  


Systems of Record, Systems of Engagement, Systems of Intelligence : LA réponse aux attentes numériques des clients internes du SI. Deuxième partie

 

SoR SoE Référentiels 3 bricksDans la première partie de cette analyse, j’ai mis en évidence l’importance de la création des trois premières briques de cette approche innovante :

  • SoR : Systems of Records
  • SoE : Systems of Engagement
  • Référentiels de données

Ensuite, et ensuite seulement, il est possible d’aller plus loin, en s’appuyant sur les potentiels de l’Intelligence Artificielle et des outils de Machine Learning, en développant des SoI, Systems of Intelligence.

  

SoI : Systems of Intelligence

SoI, Systems of Intelligence : on peut utiliser la même expression en français : « Systèmes d’intelligence ».

Rappel : j’ai écrit en 2016 deux billets détaillés, ici, et , sur les potentiels des solutions d’IA et de Machine Learning (IA/ML).

AdS DPC Data robinet S 105436910L’un des ingrédients essentiels de toute solution IA/ML est la possibilité d’utiliser des données, beaucoup de données, et des données fiables. Les entreprises qui oublient cette évidence iront dans le mur pour tous leurs projets IA/ML.

C’est pour cela que l’existence de référentiels fiables est un préalable à tout projet IA/ML. Ce n’est que quand cette première étape est terminée qu’il devient possible de mettre en œuvre des Sol.

SoR  SoE  SoI  Référentiels données

Quelles sont les caractéristiques de base d’un SoI ?

  • Il s’appuie sur les référentiels de l’entreprise.
  • Il est en priorité à la disposition des opérationnels pour les aider dans leurs activités.
  • Il joue le même rôle qu’un SoE, s’appuie sur les mêmes interfaces ; un opérationnel ne devrait pas voir de différences dans ses échanges avec un SoE et un SoI.
  • A la différence d’un SoE, construit par un ingénieur logiciel, un SoI est construit par des outils IA/ML ; sa logique n’est pas maîtrisée par un humain.
  • SoE et SoI sont complémentaires : il faudra beaucoup de pragmatisme pour choisir, cas par cas, quelle est la réponse qui apporte le plus de valeur aux opérationnels.

Les SoI ont-ils un rôle potentiel important dans la mutation numérique des entreprises ? Oui bien sûr. Les SoI sont-ils la réponse « magique » universelle ? Bien sûr que non. C’est une corde de plus à l’arc des outils des spécialistes des SI ; à eux de l’utiliser à bon escient.

  

Différents clients internes pour SoR, SoE, SoI

Construire un environnement numérique innovant s’appuie sur trois familles de solutions, SoR, SoE et SoI.

Je vous propose aussi de segmenter les « clients internes » en… trois familles !

SoR  SoE  Clients opérationnels  informationnels

Remarque : pour la clarté du schéma, je n’ai pas représenté les SoI ; ils sont à mettre en parallèle avec les SoE, ils jouent le même rôle, ont les mêmes clients internes prioritaires.

1 - Spécialistes informationnels : ce sont des personnes qui passent l’essentiel de leur temps sur des activités informationnelles complexes. Ils sont en majorité dans les sièges des entreprises, dans des fonctions supports. Ils sont contrôleurs de gestion, spécialistes de la paye, ou à la direction des achats. Ce sont les clients prioritaires des SoR, qu’ils vont utiliser plusieurs heures par jour.

AdS Plane cockpit S 107812956La richesse fonctionnelle de ces SoR, leur complexité d’usage ne font pas peur à ses spécialistes, au contraire, et ils en ont souvent objectivement besoin. Un pilote d’avion dispose d’un tableau de bord plus riche, plus complexe qu’un conducteur de voiture particulière.

L’erreur trop souvent commise a été de vouloir utiliser ces mêmes applications, ces mêmes interfaces spécialisées et complexes pour tous les collaborateurs de l’entreprise, en pensant que l’unicité des réponses était la  meilleure réponse.

Alexa Garmin screen2 - Opérationnels : ce sont des personnes dont le métier principal n’est pas lié à l’information. Ils sont chauffeurs routiers, ouvriers sur une ligne de montage d’avion ou agents de sécurité. Ils ont besoin, de temps en temps, d’accéder à des informations pour faire leur métier, mais ce n’est jamais leur activité dominante.

Les SoE et SoI construits pour eux doivent donner une absolue priorité à la simplicité d’usage, à la sélection des seules informations dont ils ont besoin. Le minimalisme sera la qualité principale de ces interfaces. La société Garmin vient d’annoncer un GPS « Voicebot », piloté par Alexa d’Amazon qui illustre très bien cette tendance de fond. Difficile d’imaginer un affichage plus simple !

3 - Informationnels : ce sont des personnes, opérationnelles, pour qui l’information représente une partie importante de leurs activités. Un responsable de planning en usine, un commercial sur le terrain, un agent de maintenance sont représentatifs de cette famille, nombreuse et variée, de clients des SI.

AdS DPC huge planning screen S 171568550Les SoE et SoI construits pour eux seront plus riches en contenus que ceux des opérationnels, mais ils doivent aussi donner la priorité à une ergonomie qui privilégie la simplicité et l’adaptation au contexte. Un responsable de planning aura peut-être besoin d’un écran fixe de 80 pouces quand le commercial sera mieux servi par un Chromebook de 11 pouces.

La variété des objets d’accès, la variété des informations utiles seront maximales pour ces populations d’informationnels : le nombre de SoE et SoI spécialisés à construire pour eux représente un vrai challenge pour les équipes d’ingénieurs logiciels. C’est la population qui aura le plus besoin d’un SoI, capable de prendre en compte ces différents contextes professionnels.

Je n’ai pas encore rencontré une entreprise qui segmente ses clients internes selon cette typologie. C’est, à mon avis, un axe majeur d’amélioration rapide des solutions numériques à déployer, et qui sera accueilli à bras ouverts par… tous les collaborateurs de l’entreprise. Pour la première fois, les SI seront construits en tenant compte de la réalité de leurs activités quotidiennes !

  

Synthèse

AdS DPC hands with 9 fingers S 95792846Trois familles de solutions, SoR, SoE et SoI ; trois familles de clients internes, spécialistes informationnels, opérationnels et informationnels. Accepter le principe de cette matrice à 9 positions, c’est faire un pas de géant vers des solutions numériques qui collent aux attentes de l’entreprise et de ces collaborateurs. C’est aussi, une fois de plus, dire adieu aux vieux mythes de l’unicité et des solutions intégrées !

Un beau chantier pour les 2 ou 3 années qui viennent…