Outils numériques modernes pour tous, priorité pour l’enseignement public

 

AdS DPC old school desk S 112203335Réussir la Transformation Numérique du monde de l’éducation est une des clefs de la réussite à long terme d’un pays, de tous les pays. En France, l’essentiel de l’effort éducatif, depuis le primaire jusqu’aux universités, est pris en charge par le secteur public, sous la responsabilité du Ministère de l’Education Nationale (MEN).

Le MEN est le plus grand employeur français, avec environ un million de salariés.

Peut-on améliorer rapidement, à faible coût, les “services numériques” proposés par le MEN à ses “clients”, des millions d’élèves et d’étudiants ?

Réponse : oui !

Comment ? C’est le thème de ce billet. Je mets en priorité l’accent sur les outils universels, utilisables par tous, élèves comme enseignants, en clair les outils bureautiques.

Remarque : les contenus des enseignements, les programmes pédagogiques ne sont pas abordés dans ce billet, strictement centré sur la dimension Transformation Numérique ; c’est à elle seule un chantier majeur.

 

Enseignement public en France : quelques chiffres

MEN chiffres clefsLe MEN a publié un document donnant les chiffres clefs de l’enseignement en France pour l’année 2018 :

  • 13 millions d’élèves en primaire et secondaire.
  • Part du secteur public : 80 %.
  • Coût annuel par élève : 6300€ en primaire et 9 700 € dans le secondaire, pris en charge par la communauté nationale, pas par les parents.

Coût étudiant en France 2016Ces chiffres n’incluent pas les universités et les enseignements supérieurs :

  • 2,7 millions d’étudiants.
  • 75 % des bacheliers démarrent des études supérieures.
  • Coût annuel par étudiant :     11 500 €.

La Transformation Numérique de l’éducation publique en France, c’est un beau défi, qui concerne :

  • 13 millions d’élèves et étudiants : 80 % du total de 16 millions.
  • 1 million de collaborateurs du MEN, enseignants (50 % du total) et administratifs (50 %).

 

Outils numériques universels actuels : une catastrophe

Dans l’immense majorité des établissements scolaires et universitaires qui dépendent du MEN, les outils numériques universels utilisés, quand il y en a, sont des vestiges du XXe siècle.

Office = MaE XXIe sièclePostes de travail : Office de Microsoft est dominant. Petit rappel : Office est disponible depuis 1990, il y a 30 ans. C’est la machine à écrire du XXIe siècle et l’on ose former la jeunesse française avec cet outil archaïque !

Le secteur public français est tombé amoureux des logiciels Open Source, trop souvent appelés à tort “logiciels libres”. En bureautique, ils ont pour noms OpenOffice ou LibreOffice, produits encore plus nuls que Microsoft Office ! Ils en font moins tout en continuant à demander une installation des logiciels sur les postes de travail. Le fait qu’ils soient gratuits et qu’ils ne viennent pas du grand méchant américain Microsoft n’enlève rien à leur nullité et leur archaïsme.

Solutions messagerie et agenda : on retrouve dans les établissements du MEN les antiquités du XXe siècle, Lotus Notes, annoncé par IBM en 1990 et Exchange de Microsoft qui date de 1996.

BlueMind solutionJe dois ajouter à cette liste une autre catastrophe nationale, la volonté de créer une solution “logiciel libre”, nationale, supposée remplacer les produits américains : elle a pour nom BlueMind et annonce “fièrement” qu’elle est compatible… Outlook !

C’est bien sûr une solution à… installer dans les centres de calculs, à gérer, à faire vivre, à mettre à jour… Signe majeur de modernisme : on peut aussi l’utiliser en mode hébergé !

Tout responsable informatique qui persiste en 2019 à installer des outils bureautiques dans ses centres de calcul mérite une sanction exemplaire : licenciement immédiat pour faute professionnelle grave, sans indemnités. C’est un peu plus “délicat” à mettre en œuvre dans le MEN ; il faudra simplement lui demander de changer de métier.

 

Ma première tentative de rupture numérique, sans succès, en 2015

Conférence éducation nationale Besançon 10:2015J’avais été invité en octobre 2015 par le DSI du MEN de l’époque, Mathieu Jeandron, à présenter ma vision des potentiels numériques devant les DSI des Académies françaises, à Besançon ; il y avait environ 200 personnes dans la salle.

Je leur ai demandé combien ils avaient de “clients” : silence dans la salle ; des clients ? J’ai du préciser ma pensée en disant que c’étaient les élèves des lycées et collèges qu’ils reçoivent dans leurs établissements ! La réponse : nous n’avons pas de clients mais environ 13 millions d’élèves.

Ma proposition était très simple : en septembre 2016, pour un investissement informatique de zéro euro, ils pouvaient proposer à leurs 13 millions de clients une solution bureautique de qualité, G suite. Je ne peux pas dire que ma proposition ait suscité un enthousiasme exceptionnel dans la salle !

Omnigraffle Modèle LN 2018 Pendant les échanges, on m’avait interrogé sur ce que je pensais du projet SIRHEN de gestion des ressources humaines du MEN. Je ne le connaissais pas et me le suis fait présenter en 5 minutes : en chantier depuis près de 10 ans, SIRHEN n’était toujours pas opérationnel et gérait, mal, 5 000 personnes au lieu du million prévu. J’ai donné mon verdict : une seule réponse, l’abandonner, immédiatement.

Vous imaginez facilement le tollé général.

L’annonce de son abandon a été décidée, trois ans plus tard, en juillet 2018, par le nouveau ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer ; bravo pour avoir eu le courage de prendre cette décision.

 

Les clients du MEN : des natifs numériques

Après cette image noire de la situation actuelle, passons aux éléments positifs qui peuvent faciliter la Transformation Numérique de l’enseignement public.

Le premier : l’immense majorité des élèves du secondaire maîtrise les outils numériques de base, et cette maîtrise se répand très vite dans le primaire.

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Ce sont des “natifs numériques”, des personnes qui n’imaginent plus sortir sans leur smartphone et pour qui la culture du partage est banalisée ; photos, images ou vidéos.

Et si l’on utilisait intelligemment ces compétences numériques existantes pour rendre les missions du MEN plus efficaces, au lieu de les rejeter comme c’est trop souvent le cas. Interdiction des portables à l’école… une bonne idée ?

Hottest chat apps Google docsUn exemple récent confirme l’extraordinaire capacité d’innovation des natifs numériques dans l’usage des outils : des jeunes utilisent Google Docs pour… chatter de manière non contrôlée par leurs parents ou enseignants. Une preuve de plus, si c’était nécessaire, de leur capacité à imaginer des usages non prévus par le fournisseur de la solution.

 

Quels outils numériques universels, pour préparer l’avenir

Deuxième bonne nouvelle : tous les outils numériques universels dont a besoin le MEN pour réussir sa Transformation Numérique et préparer la jeunesse française aux modes de travail qu’il sera indispensable de maîtriser demain sont disponibles, depuis longtemps.

Comme pour les entreprises, les outils universels sont, impérativement :

  • SaaS, Software as a Service.
  • Collaboratif natif.
  • Accessibles depuis un navigateur, sur tout objet d’accès.

Ce sera une grande surprise pour les lecteurs de mon blog : l’outil universel que doit déployer en priorité le MEN, dans 100 % des établissements est… G Suite for Education de Google.

Gsuite pour éducationC’est, pour l’essentiel, la même version que G suite entreprise, mais avec une différence sympathique : gratuité totale, pour les élèves, les enseignants et les administratifs.

Pas besoin d’un tableur très puissant pour calculer le coût de cette solution pour les 14 millions de personnes à équiper : 14 M x 0 = 0 €.

J’entends déjà les réactions horrifiées des partisans de Microsoft Office 365, disant que c’est aussi une solution gratuite pour l’éducation, ce qui est exact.

Alors, pourquoi éliminer Office 365 ? Pour une raison majeure, fondamentale : il serait scandaleux, ridicule et suicidaire de former la jeune génération à des outils et des modes de travail obsolètes, avec les outils Office Word, Excel et PauvrePoint.

Ne venez pas me dire que l’on pourrait utiliser Office 365 en mode Web : c’est théoriquement vrai, mais faux dans la pratique de 98 % des organisations qui ont déployé cette solution, comme je l’ai clairement expliqué dans un billet récent.

Facebook for educationJ’aurais aimé pouvoir proposer une autre solution intéressante et complémentaire, Workplace for education de Facebook, autre outil très bien maîtrisé par les natifs numériques.

Pourquoi je ne peux pas la recommander ? La principale raison est financière : cette solution est gratuite pour les enseignants et les administratifs, mais pas pour les élèves. C’est, à mon avis, une erreur grave de Facebook. Je pronostique que la gratuité pour les élèves sera annoncée rapidement ; le MEN pourra alors compléter G Suite par Workplace by Facebook, comme le font aujourd’hui beaucoup d’entreprises innovantes.

En complément de G Suite for Education, les établissements d’enseignement peuvent utiliser une application “métier”, spécialisée, Google Classroom. Elle facilite les échanges entre les enseignants et les élèves.

Google Classroom + Logo

C’est, une bonne illustration du modèle B I S que j’utilise depuis 5 ans :

  • G Suite : une application S, support, universelle.
  • Classroom : une application B, cœur métier, spécialisée pour l’éducation.

 

Quels objets d’accès pour accompagner la Transformation Numérique du MEN

Le MEN devra promulguer une règle impérative : tous les objets d’accès qui disposent d’un navigateur moderne doivent pouvoir accéder à 100 % des applications proposées par le MEN à tous les élèves, les enseignants et administratifs. PC Windows, Macintosh, smartphones et tablettes Android ou iOS, tous sont autorisés. Toute application qui demande une installation sur les postes de travail est… définitivement interdite.

Il manque dans cette liste un outil innovant, qui devrait représenter demain l’essentiel du parc des objets d’accès dans les écoles : le Chromebook.

J’ai publié plusieurs billets sur les Chromebooks, le dernier récemment.
Un rapide rappel pour ceux qui ne connaissent pas bien les Chromebooks :

  • Ce sont des PC portables qui fonctionnent sous ChromeOS, pas sous Windows.
  • Tous les grands fabricants de PC proposent des Chromebooks : Acer, Asus, HP, Dell, Lenovo… Plusieurs dizaines de modèles différents sont disponibles.
  • Les 3 millions d’applications Android disponibles sur Google Play peuvent s’exécuter sur un Chromebook, nativement.
  • La gamme de prix va de 200 € à 800 €.

Pour le monde de l’éducation, il convient de privilégier :

  • Des modèles économiques, à moins de 300 € ou 400 €.
  • Impératif : des écrans tactiles, pour utiliser efficacement les applications Android.
  • La robustesse et la protection, raisonnable, contre les liquides.

A titre d’exemple, ce modèle proposé par ACER représente un bon compromis, à coût raisonnable.

Acer chromebook édu 2

En faisant l’hypothèse d’une durée de vie utile de 3 ans, pour tenir compte des “mauvais traitements” qu’ils vont subir, les Chromebooks représentent un coût mensuel d’environ 8 €.

Rappel : rien n’interdira aux élèves, enseignants ou administratifs d’utiliser leurs outils personnels, s’ils en sont satisfaits. Par contre, les seuls objets d’accès qui seront fournis par le MEN seront des Chromebooks.

 

Des premières réussites dans le monde éducatif en France

Google Suite est arrivé en France début 2007, il y a 12 ans, sous le nom de Google Apps.

Des établissements d’enseignement innovants, en dehors de l’éducation nationale, ont vite compris les avantages de ces outils.

Essec Google Apps 2009En septembre 2009, l’ESSEC avait déployé Google Apps pour tous ses étudiants, après avoir pris la décision en mai 2009, projet mené avec l’aide de Revevol.

De nombreux organismes de formation français ont pris la même décision.

Un signal d’espoir ? Avant de devenir l’actuel ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer était directeur général de l’ESSEC où G Suite est installé depuis 10 ans. Il connaît bien la solution et cela peut faciliter une prise de décision dans ce sens par le MEN.

 

Principaux bénéfices

Commencer la Transformation Numérique du MEN en déployant des outils universels modernes pour les 14 millions de personnes concernées est une démarche à très forte valeur ajoutée et à risques faibles. Cette première liste d’avantages va à l’essentiel.

Préparer toute la jeunesse française aux usages numériques modernes. Ce doit être la priorité absolue du MEN, c’est sa mission première.

Succès immédiat auprès des élèves. Ces solutions viennent du grand public :

  • AdS DPC kids with cup S 226471182Apprentissages immédiats.
  • Déjà connues et maîtrisées par une grande partie des élèves.
  • Ergonomie remarquable.
  • Capacités suffisantes : une boîte courrier électronique de 30 Go par personne.
  • Performances et résilience techniques : 1 500 millions de personnes ont un compte Gmail. Ajouter 14 millions de personnes représente moins de 1% d’utilisateurs supplémentaires.

Investissements faibles pour le MEN :

  • Aucun investissement pour les infrastructures, pour les logiciels et leur maintenance.
  • Il faudra par contre investir sur l’accompagnement des… enseignants et des administratifs. Ils sont souvent “analogistes” et ont déjà pris de mauvaises habitudes avec Microsoft Office, qu’ils devront perdre. Un beau défi !

Tous gagnants

Cette démarche s’inscrit très bien dans la ligne des objectifs louables de l’état français de réduire la dépense publique en offrant, en même temps, de meilleurs services :

  • AdS DPC every one wins tous gagnants S 113255416Gagnant pour l’état qui réduit ses coûts.
  • Gagnant pour les clients “élèves” avec de meilleurs services qu’ils maîtrisent déjà.
  • Gagnant pour les enseignants, qui peuvent utiliser des outils performants et mieux collaborer avec les élèves.
  • Gagnant pour les parents qui peuvent partager plus de contenus avec les enseignants et les écoles.
  • Surtout, gagnant pour le pays qui prépare ainsi toutes les nouvelles générations qui vont rentrer dans la vie active à l’usage des outils numériques modernes dont ils auront besoin.

J’allais oublier :  il n’y a… aucune contre-indication sérieuse et rationnelle à cette démarche innovante et courageuse.

 

“Bonnes” raisons pour ne pas suivre mes recommandations

Dès la sortie de Google Apps, j’ai pris mon bâton de pèlerin, d’évangéliste et rencontré de nombreuses écoles et universités du secteur public, persuadé que, comme aux Etats-Unis, 60 % des établissements seraient équipés de G suite en moins de 5 ans.

Je suis allé de refus en refus, avec des résistances beaucoup plus fortes que dans les entreprises, où elles étaient déjà élevées.

Je ne vais pas reprendre dans cette liste les arguments traditionnels contre les clouds publics, mais ceux, plus spécifiques, que j’ai le plus entendu dans le monde de l’éducation nationale

Ce sont des arguments irrationnels, ringuards et ridicules tels que :

  • AdS DPC No ! S 177153945Ce sont des solutions qui viennent des grands méchants GAFAM américains.
  • La sécurité de l’état français est menacée par la lecture des boîtes mail des élèves et des enseignants.
  • L’indépendance nationale de la France est en jeu.
  • Ce n’est pas Open Source, alors que près de 100 % des infrastructures de Google ou Facebook sont construites avec des solutions Open Source.
  • Les petits acteurs locaux de services informatiques ne vont plus gagner leur vie en gérant, mal, les centres de calcul microscopiques et mal sécurisés des écoles et universités.
  • … Je vous laisse rajouter toutes les autres “bonnes raisons” pour ne pas le faire.

 

Synthèse

Cette première Transformation Numérique du MEN autour des outils universels au service de leurs “clients” externes ne va pas résoudre, par magie, les défis majeurs de l’enseignement en France, c’est une évidence. C’est une première étape importante et elle ne peut que faciliter les actions suivantes en créant un environnement numérique plus ouvert, plus collaboratif.

DPC sunset Dawn with tree S 83411331Oui, il est possible, rapidement, de mettre des outils numériques modernes, économiques et à forte valeur ajoutée entre les mains des 13 millions de jeunes qui apprennent dans des établissements gérés par le million de collaborateurs du Ministère de l’Education Nationale.

Oui, ce doit être une priorité absolue pour la France.

Oui, ce sera difficile et il faudra du… courage pour affronter les très fortes résistances que ce projet de Transformation Numérique fera naître.

Je lance un appel urgent à tous les responsables du Ministères de l'Education Nationale : faîtes le, faîtes le vite, pour l'avenir de nos enfants, pour l'avenir de vos enfants.

Oui, les bénéfices sont tellement supérieurs aux risques que je n’ose pas imaginer que cette initiative ne démarre pas… en 2019.

 


Des équipes internes de constructeurs de logiciels, de “Builders” : indispensable et urgent

 

DPC Ads Software Engineer Woman S 1552206Constructeur de logiciels, c’est probablement le plus beau métier dans le monde du numérique.

Ce sont les personnes qui construisent des produits et services utilisés par des milliards de personnes, tous les jours.

Le vocabulaire a beaucoup évolué depuis les débuts de l’informatique : programmeur, développeur puis ingénieur logiciel.

Depuis peu apparaît l’expression “Builders”, constructeurs, que j’aime beaucoup. Les grands acteurs du cloud emploient de plus en plus cette expression, comme le montrent ces deux extraits de la conférence introductive du CEO d’AWS, Andy Jassy lors de la réunion “Re-invent” de novembre 2018.

AWS Builders tools

Aujourd’hui, ces “ingénieurs logiciels” sont employés en priorité par les éditeurs de logiciels, grand public et professionnels.

Les entreprises innovantes ont compris, récemment, qu’il est urgent de reconstruire en interne des équipes de “Builders” de logiciels. Toutes les entreprises, et en priorité les plus grandes, doivent suivre leur exemple, embaucher et former des milliers de constructeurs de logiciels.

Une priorité de plus, pour 2019.

 

Situation actuelle : une catastrophe absolue, dangereuse, intenable

Software development teamsLes entreprises, et en particulier les plus grandes, ont commis depuis une vingtaine d’années une faute majeure, en supprimant les équipes internes de développement.

Le mythe de l’ERP intégré, capable de tout faire y est pour beaucoup, aidé en cela par les grandes ESN qui déploient des équipes de plusieurs dizaines de personnes pour les “paramétrer” dans des missions qui ne finissent jamais. C’est une poule aux œufs d’or qu’elles n’ont aucun intérêt à tuer...

Je croise tous les jours de grandes entreprises où il n’y a plus une seule personne qui écrit du code pour une application sur mesure ! Des “chefs de projets” gèrent, avec un outil très “puissant et professionnel”, Excel, les prestataires qui exécutent ces travaux de développement, le plus souvent dans des pays lointains tels que l’Inde.

Cigref nomemclature 2018 des métiersPour mesurer l’étendue de ce désastre, il suffit de consulter la “bible” de l’emploi des informaticiens dans les entreprises, le document publié par le Cigref (Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises), la nomenclature des métiers du Système d’Information.

Dans ce long document de 193 pages, mis à jour en 2018, où tous les métiers sont censés être cités, j’ai recherché l’occurrence de quelques mots importants, liés aux développements modernes tels que :

  • Devops
  • Microservices
  • Serverless
  • Container
  • Ingénieur logiciel

Ils brillent tous par leur absence : aucun n’est cité, même une seule fois !

J’ai identifié les deux seuls métiers qui parlent de développement :

  • 3.2. Concepteur - Développeur : que trouve-t-on comme compétence nécessaire ? “Adapte et paramètre les progiciels applicatifs (ERP)” ! La messe est dite…
  • 3.5. Paramétreur de progiciels : dans ce deuxième cas, c’est encore plus clair !

Ce qui me navre, ce qui me désespère, c’est que ce document représente un travail long et sérieux, par de personnes occupant des postes élevés dans les DSI de grandes entreprises françaises. Il est un reflet précis de la vision actuelle de ces entreprises et confirme que pour elles, les véritables métiers du développement… n’ont pas droit de cité chez elles.

Optimiste de nature, je me prends à rêver, à ouvrir la version 2019 de ce document et y découvrir... au moins trois définitions de fonctions liées à des métiers de constructeur professionnel de logiciels.

 

Deux grandes familles de demandes, donc... d’outils

Démarrée il y a 20 ans, la révolution des solutions logicielles SaaS, Software as a Service, a permis de répondre à 99 % des attentes des entreprises pour les fonctions S, Support, du modèle B I S que je propose depuis 2015.

C’est une excellente nouvelle : cela libère du temps et des ressources pour investir dans des développements spécifiques pour les fonctions B, Business ou cœur métier.

Une fois de plus, l’unicité des réponses est le plus grand danger : pour répondre à des demandes spécifiques très différentes, il faut proposer des solutions… très différentes.

Solutions de développement : minima communs

Tous les outils utilisés pour développer des applications spécifiques ont les caractéristiques communes suivantes :

  • Disponibles dans des clouds publics industriels : en pratique, sur AWS d’Amazon, GCP de Google ou Azure de Microsoft.
  • Accessibles depuis un navigateur et sur tous les objets d’accès du marché, depuis les smartphones jusqu’aux Chromebooks.
  • Fonctionnent dans une logique collaborative native, pour permettre le partage des applications qui seront construites.

Outils de développement - minima communs

 

Matrice des attentes et des outils

Attentes et outils peuvent être classés en deux grandes familles, ce qui permet de construire une matrice à 4 cases :

Matrice attentes outils développements

  • Attentes structurées et complexes : les usages cœur métier d’une entreprise sont dans cette famille : gestion des infrastructures de transport dans une ville, équilibrage de l’offre et de la demande d’électricité…
  • Attentes flexibles et légères : tableaux de bord pour suivre le lancement d’un nouveau produit, processus d’embauche d’un nouveau salarié…
  • Outils industriels de développement : solutions Serverless, microservices...
  • Outils “Low Code” de développement : Business Intelligence, Business Process Management...

Il est important de le préciser : il n’y a pas une famille plus “noble” que l’autre. Il ne faut pas opposer les développeurs “pros” qui maîtrisent les outils industriels aux bricoleurs qui utilisent les outils légers. Ils ont tous des rôles essentiels dans la réussite de la Transformation Numérique d’une entreprise.

 

Attentes légères, outils “Low Code”

Logo Low code developmentLa demande d’applications légères, flexibles, faciles à modifier est universelle. Quand une DSI n’a pas de réponse à ces demandes, quand elle ne trouve ni le temps ni les ressources pour y répondre, on assiste à l’explosion des informatiques fantômes et du cloud fantôme.

Il est urgent de recréer une confiance réciproque entre la DSI et les métiers pour que, ensemble, il soit possible de construire ces centaines d’applications légères.

Avec la banalisation du cloud public et des solutions SaaS, l’offre d’outils performants “Low Code” est devenue très riche et d’une exceptionnelle qualité.

L’expression “Low Code” semble s’imposer face à “Zéro Code” : elle correspond mieux à la réalité et ne crée pas de fausses attentes auprès des personnes qui pourraient penser que l’on peut construire des applications avec “zéro effort”.

Principales familles d’outils “Low Code”

Le regroupement de ces outils en trois familles que je propose est pragmatique, probablement incomplet et contestable.

Business Intelligence : ce sont des outils qui permettent de construire des tableaux de bord, des visualisations de résultats. Face aux solutions anciennes, complexes et chères, de nouveaux entrants comme Google Data Studio ou Power BI de Microsoft représentent l’avenir de cette famille d’outils.

Outils BI exemples Google et Microsoft

BPM : Business Process Management. Pour construire des “workflows”, des processus légers, une solution comme RunMyProcess, développée par des Français et rachetée par Fujitsu ou Kissflow sont de bons exemples de solutions performantes.

Kissflow HP

Remplacement des applications Excel : je ne connais pas d’entreprises où des dizaines, des centaines ou des milliers d’applications Excel ne soient pas omniprésentes. J’ai souvent critiqué ces applications, mal écrites, avec des erreurs de logique dans presque 70% des cas. La bonne nouvelle, aujourd’hui, c’est que de nouveaux outils, 100 % Cloud, permettent de construire des applications de remplacement, plus performantes, plus faciles à développer et… partageables. Le nouveau leader dans ce domaine a pour nom AirTable.

AirTable HP

 

DSI : quels rôles pour outils “Low Code”

Laisser les directions métiers et les collaborateurs de l’entreprise seuls avec ces outils “Low Code” est une très mauvaise idée ! Les équipes de la DSI doivent être capables de les prendre en charge pour permettre une collaboration efficace avec les métiers.

Les compétences les équipes de la DSI dans ce domaine :

  • DPC outils tools SS 64120784Sélectionner les différents outils : elles vérifient que ce sont de véritables outils SaaS et proposent des solutions adaptées aux différentes demandes, en en limitant raisonnablement le nombre. Il n’est pas nécessaire de pousser deux solutions de BI qui font à peu près la même chose ! Les entreprises qui utilisent G Suite choisiront Google Data Studio, celles qui ont déployé Office 365, Power BI.
  • Maîtriser et connaître les outils sélectionnés : il ne suffit pas d’en parler aux métiers, il faut être capable de présenter concrètement les fonctionnalités de ces différents outils et de les aider à en comprendre les potentiels et les limites.
  • Pouvoir développer des applications légères : les équipes “Low Code” de la DSI réalisent des développements légers si les métiers le demandent. Quel pourcentage des usages légers sera réalisé par la DSI, quel pourcentage par les métiers ? Les réponses seront très différentes selon les entreprises.
  • Choice AirTable KissFlowAider dans le choix de l’outil le mieux adapté à une demande : il ne sera pas toujours facile ou évident de choisir un outil pour répondre à une demande précise. KissFlow ou Airtable ? Dans de nombreux cas, les deux réponses sont possibles : DSI et métiers choisiront, ensemble, la réponse qui leur paraît la plus raisonnable.
  • Former des personnes dans les métiers pour qu’ils construisent eux-mêmes tout ou partie des applications dont ils ont besoin. Quand les métiers sont prêts à se prendre en main sur certains de ces outils, la DSI peut leur mettre le pied à l’étrier.

Avec des outils de construction “Low Code” bien choisis et maîtrisés, tout le monde sera gagnant, l’entreprise, les métiers et la DSI.

 

Attentes structurées, outils industriels

Rappel : seules les fonctions B, cœur métier, sont concernées par des développements structurés sur mesure, si des solutions SaaS verticales ne sont pas disponibles pour ces métiers.

Il existe dans toutes les entreprises grandes ou moyennes, des attentes cœur métier pour lesquelles on ne trouve pas d’applications SaaS ou on souhaite construire une application différente, innovante et porteuse de compétitivité.

Il ne devrait plus venir à l’esprit d’un dirigeant ou d’un DSI l’idée saugrenue d’essayer de modifier un ERP non adapté pour répondre à ces attentes. La seule réponse moderne est de… construire une application sur mesure.

Des outils industriels modernes, très puissants

Nous sommes en 2019 ! L’offre d’outils de construction d’applications structurées n’a plus rien à voir avec celles que connaissaient les développeurs il y a encore 5 ans.

AdS DPC Nirvana SS 227574772Construire des applications, aujourd’hui, c’est le “Nirvana” pour les “builders” !

Les fondamentaux de l’offre :

  • Disponibles dans des clouds publics ou… des clouds publics, AWS, GCP ou Azure.
  • Serverless : Lambda chez AWS, Functions chez Azure ou GCP permettent aux constructeurs d’applications de se concentrer sur le code, rien que sur le code, et de ne plus se préoccuper des infrastructures sous-jacentes.
  • Microservices : de petites équipes de constructeurs (les célèbres “two pizza teams” chères à Amazon) travaillent dans une logique de composants définis par leurs “API” d’entrée et de sortie.
  • Devops : chaque équipe est responsable de la construction de ses composants, de la mise en production et de la maintenance.
  • Containers : masqués aux développeurs, ces composants s’exécutent dans des containers.
  • Open Source : la majorité des technologies d’infrastructures et de constructions s’appuient sur des solutions Open Source : Docker, Kubernetes, Istio…

Des équipes internes, sous la responsabilité de la DSI

AdS DCP Builder woman SS 52830103A l’inverse de ce qui peut se faire pour les outils de constructions légers, les constructions d’applications structurées doivent rester à 100 % sous la responsabilité de la DSI. Ce serait une très mauvaise idée de laisser croire aux métiers qu’ils pourraient les construire eux-mêmes. Nous sommes nombreux à savoir conduire une voiture, beaucoup moins à savoir piloter un Airbus 320.

S’agissant d’applications cœur métier essentielles pour les entreprises, la majorité des constructeurs de ces applications sont des collaborateurs internes et permanents de l’entreprise. Il serait suicidaire de confier la maîtrise de ces constructions à des ESN !

 

Ces équipes internes de “builders” ont une triple compétence :

  • Maîtriser les démarches modernes et les outils de constructions cités plus haut.
  • Une compréhension raisonnable des activités de leur entreprise, pour être capables de dialoguer efficacement avec les métiers. Dans les grandes entreprises, cela signifie qu’il faudra des équipes spécialisées par grands métiers, pour plus d’efficacité.
  • La capacité de travailler dans une logique “produit”, et non pas projet. La pérennité de ces produits logiciels est vitale ; elle inclut leur maintenance et leur évolution pour garantir qu’ils restent pertinents pendant plusieurs années.

Et si la DSI redevenait ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un lieu où les constructeurs, les réalisateurs sont plus nombreux et mieux considérés que les “managers”, les chefs de projets ?

 

Résumé

Two teams developmentUne entreprise qui ne dispose pas en interne de deux équipes de constructeurs de logiciels, pour réaliser aussi bien des applications légères avec des outils “Low Code” que des applications structurées avec des outils industriels est incapable de répondre aux attentes de tous ses clients internes et externes.

 

Quelle taille pour ces deux équipes de constructeurs ? Je vous propose un objectif minimum de… 20 % du nombre de collaborateurs permanents de la DSI !

Dirigeants et DSI, vous devez investir immédiatement et massivement pour créer ces équipes, les former, leur proposer des plans de carrière attractifs pour qu’une personne puisse dire : “j’ai 50 ans, je suis fier de mon métier de constructeur de logiciels et… je gagne très bien ma vie.”

Un beau défi de plus pour les entreprises courageuses et innovantes !

 


Transformation Numérique pour tous : le courage ou… la trouille

 

AdS DPC Courage switch S 62842445Transformation numérique, transformation digitale, ces expressions sont maintenant sur les lèvres de tous les dirigeants et DSI.

Qu’en est-il dans la réalité ? Que se passe-t-il vraiment dans les entreprises ?

Je rencontre des dizaines d’entreprises dans mes missions de conseil et des milliers de personnes dans les séminaires que j’anime chaque année. Ce n’est pas un échantillon important, mais il en priorité constitué d’entreprises qui sont plus innovantes que la moyenne, sinon elles ne me feraient pas intervenir.

J’ai pris la décision d’écrire ce billet “coup de gueule”, car je constate que l’écart entre le discours de modernité et la réalité des actions est immense.

J’avais, moi aussi, le choix entre courage et trouille : courage de l’écrire, et d’être “black listé” par de nombreux DSI, ou trouille de me fâcher avec de nombreux donneurs d’ordres potentiels.

J’ai choisi le courage, mot qui est au cœur de ma démarche, et qui figure dans la “baseline” de mon blog.

 

Avez-vous rencontré des personnes qui sont contre la Transformation Numérique ? Moi, pas !

Le discours sur la Transformation Numérique est omniprésent dans les réunions de dirigeants et de professionnels du numérique.

En 2018, le CIGREF, Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises, a publié un nouveau document sur ce thème, centré sur sa valeur économique.

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas rencontré des dirigeants ou des DSI qui ne se présentent pas comme des fans de la Transformation Numérique de leur entreprise, au moins dans leurs discours.

Couverture livre DTN copieLe livre que j’ai co-écrit avec Dominique Mockly sur le thème “Dirigeants, Acteurs de la Transformation Numérique” a été bien reçu et nous sommes souvent invités par des dirigeants ou des fournisseurs à donner des conférences pour en présenter les thèmes principaux.

Devant un tel enthousiasme, je ne devrais voir autour de moi que des entreprises en pleine Transformation Numérique, prenant à bras le corps cette transformation et permettant à tous leurs collaborateurs d’en profiter. Hélas, hélas, hélas, la réalité est toute autre : les actes ne suivent que rarement les grands et beaux discours d’innovation numérique. Je rencontre tous les jours des entreprises dont les modes de travail n’ont pas changé en profondeur depuis des dizaines d’années.

L’exemple le plus frappant est celui des outils bureautiques, universels, utilisés par une grande majorité de collaborateurs : il illustre remarquablement bien ce décalage entre la parole et l’action. C’est le sujet que je vais utiliser pour illustrer les différences entre une démarche “courage” et une démarche “trouille”.

 

Les outils “bureautiques”, seuls outils universels

Quelles sont les solutions numériques les plus répandues dans toutes les entreprises, utilisées par le plus grand nombre de personnes ? Ce sont les outils bureautiques : messagerie, agenda, traitement de texte, tableur …

Si les dirigeants et responsables du numérique souhaitent vraiment que la Transformation Numérique concerne, rapidement, un maximum de personnes, il n’y a pas de méthode plus efficace que le remplacement des versions démodées, en fin de vie, de ces outils bureautiques, disponibles depuis plus de 25 ans ; ils ont pour noms Microsoft Office, Exchange ou Lotus Notes.

MAE et Office antiquitésUtiliser Microsoft Office en 2019 ? C’est aussi “moderne” que d’utiliser une machine à écrire en 1990 !

Changer en profondeur les modes de travail de tous les collaborateurs en déployant des solutions de nouvelle génération devrait être la priorité de toutes les entreprises. Ceci permet de toucher :

  • Ceux qui ont déjà une bureautique archaïque, ce qui représente environ 50 % de la population des entreprises en France.
  • Les 50 %, des opérationnels en priorité, qui n’ont pas accès à ces outils ; on ne pouvait pas les équiper de PC Windows avec Microsoft Office.

 

Conditions “techniques” d’une Transformation Numérique réussie

Les lignes qui suivent sont un rappel des conditions minimales que doivent remplir les solutions numériques choisies pour accompagner une Transformation Numérique.

  • Disponibles dans des clouds publics : c’est dans ces environnements que les innovations les plus importantes naissent.
  • Solutions SaaS véritables, multitenant : c’est la seule manière de disposer de solutions industrielles et de ne jamais avoir à gérer des mises à jour.
  • Accessibles sur tout objet d’accès : les clients internes et externes ont le droit de choisir leurs objets d’accès : PC, Macintosh, smartphones Android ou iOS, tablettes ou Chromebooks.
  • Navigateur fenêtre universelle d’accès : une solution numérique non accessible depuis un navigateur n’a plus droit de cité dans une entreprise ; c’est le minimum commun disponible sur tous les objets d’accès.
  • Collaboratif natif : toutes les fonctionnalités proposées doivent être prévues pour permettre le partage, nativement. Un document sera partagé par défaut, individuel par exception.
  • Une seule version d’un contenu, à tout instant, pour tout le monde : partage et cohérence des informations ne peuvent pas être obtenus autrement.
  • Des coûts raisonnables : 10 € par mois est un ordre de grandeur pour une bureautique moderne de base : un smartphone à 200 € et des outils logiciels à 50 € par an permettent de tenir dans ce budget.

IBM Microsoft 2000 - Microsoft G suite 2019En 2000, les entreprises avaient le choix entre deux fournisseurs: IBM avec Lotus et Microsoft avec Exchange.

En 2019, les entreprises ont le choix entre deux fournisseurs : Microsoft avec Office 365 et Google avec G Suite.

Dites-moi quelle solution vous avez choisie ou envisagez de mettre en œuvre, je vous dirai si vous êtes… courageux ou trouillard !

 

Les entreprises courageuses choisissent G Suite

Il y a exactement 12 ans, en février 2007, Google annonçait à Paris, en première mondiale, Google Apps, devenu depuis G Suite.

Je parlais déjà, dans ce billet, des entreprises “prudentes” qui allaient trouver mille raisons pour ne pas faire le saut vers une bureautique Web ; en 2007, on ne parlait pas encore du Cloud. Je ne pensais vraiment pas que les arguments que je présentais à l’époque seraient encore valides 12 ans plus tard !

Depuis cette date des millions d’entreprises ont fait le choix G Suite, y compris les plus grandes.

Valeo, Veolia, Essilor, Airbus, la banque BBVA en Espagne, Teréga, Auchan, Solvay, Decathlon… la liste est longue de ces entreprises courageuses qui ont fait ce choix. Valeo a été la première grande société mondiale, dès 2007, à choisir G Suite ; bravo, Valeo !

AdS DPC 100 % S  96008063G Suite répond à toutes les caractéristiques techniques que j’ai présentées dans le paragraphe précédent. Il n’y a donc aucune raison “objective”, rationnelle, de ne pas faire ce choix.

Un exemple : aucune mise à jour n’a été nécessaire sur les postes de travail depuis le premier jour de déploiement.

 

Les entreprises trouillardes se réfugient dans Office 365

Office 365 Home PageEn 2011, 4 ans après l’arrivée de G Suite, Microsoft a lancé sa “solution cloud”, Office 365, comme l’indique leur site lors de l’annonce.

Des entreprises innovantes, courageuses, avaient démontré que basculer ses solutions bureautiques dans un cloud public était possible et ne déclenchait pas de catastrophes majeures. Le terrain était préparé pour que les autres entreprises envisagent de suivre leur exemple.

AdS DPC ravalement facade Chartres SS 171019391Bravo, Microsoft, qui a su proposer, à partir de 2011, un outil ancien, ravalé, pseudo-cloud, qui répondait bien aux attentes de non-changement des entreprises traditionnelles au sens de la courbe de Gauss de l’innovation.

Gérer les changements profonds induits par un basculement vers des solutions bureautiques Cloud ? C’était un traumatisme trop fort, des obstacles infranchissables pour les entreprises qui avaient la trouille de toucher aux habitudes de leurs collaborateurs internes.

Office 365, c’est encore en 2019 la parfaite illustration d’une démarche de pseudo-changement.

Je rencontre deux familles d’entreprises qui ont fait le choix Office 365 :

  • Les plus lucides, qui reconnaissent qu’elles ont eu peur d’affronter les changements que supposait un basculement sur G Suite.
  • Les autres, qui essaient de s’autoconvaincre qu’elles innovent en choisissant une solution de parfaite continuité avec le passé. Quelle tristesse devant ce refus d’affronter la réalité !

La seule, la véritable raison pour laquelle les entreprises trouillardes choisissent encore Office 365 en 2019, c’est que cette solution... n’induit aucun changement dans les usages de leurs collaborateurs. Ils peuvent garder leurs clients lourds, des PC avec Office et Outlook et continuer avec leurs modes archaïques de travail et des documents distribués sur des milliers de postes de travail Windows

Démontrer qu’Office 365 n’est pas une solution techniquement valable est très, trop facile :

  • Il est nécessaire de disposer d’un client lourd. Comment utiliser Office 365 depuis un Macintosh, un iPhone ou des smartphones Android ? Très simple, il suffit… d’installer les applications spécialisées pour ces postes de travail, qui ne sont pas totalement compatibles entre elles. Vous souhaitez utiliser un Chromebook ? Désolé, ce n’est pas possible.
  • MaJ Office 365 RafalOn retrouve toutes les joies immenses des mises à jour périodiques, comme le montre ce message reçu par un client Office 365.
  • Vous souhaitez partager un document ? Pas de problèmes, vous pouvez le mettre dans SharePoint Online ; ce n’est pas obligatoire et la gestion des partages est complexe.
  • ...

Il y a un argument massue utilisé par ces entreprises quand je les challenge sur leurs choix : on “pourrait” travailler en mode Web… Petit problème : personne parmi les grandes entreprises ne le fait ! J’ai pendant 3 ans collaboré avec une société américaine de plusieurs milliers de collaborateurs qui avait déployé Office 365 et j’avais une adresse mail chez eux ; j’étais le seul, je dis bien le seul, à utiliser la version navigateur de cet outil.

 

Les alibis les plus cités pour justifier le choix de la solution trouille

Une fois que la décision de non-changement est prise, de déployer Office 365 et que G Suite est soit non considéré soit éliminé, il faut bien sûr trouver des arguments pour essayer de s’autoconvaincre que c’est une bonne décision.

La liste qui suit n’est pas exhaustive, mais on y trouve les “best sellers”.

Pauvreté fonctionnelle

G Suite est une solution intéressante, mais elle ne répond pas aux attentes de nos utilisateurs qui ont des besoins professionnels non couverts.

C’était vrai en 2007, ce ne l’est plus en 2019.

Nb fonctions G sheets vs ExcelLe cas le plus emblématique est celui d’Excel : mes contrôleurs de gestion ne peuvent pas se passer d’Excel. C’est faux pour plus de 90% des utilisateurs bureautiques d’Excel, comme le montre ce tableau comparatif : Google Tableur propose 425 fonctions, Excel 471.

Question : combien de vos collaborateurs utilisent 200 fonctions d’Excel ou plus ?

Il faut surtout séparer Excel Bureautique et Excel outil applicatif, comme je l’ai longuement expliqué dans un billet récent qui préconise d’éliminer les applications Excel.

Il existe aujourd’hui de remarquables outils, clouds natifs, qui permettent de construire des applications Web légères, partagées, beaucoup plus ergonomiques et plus fiables que les applications construites avec Excel. Je pronostique qu’un nouveau leader va apparaître dans ce domaine. Son nom : Airtable.

AirTable HP

Si quelques personnes dans votre entreprise, ont, objectivement, encore besoin d’un outil bureautique très puissant et que les solutions de G Suite ne répondent pas à leurs attentes, rien n’interdit, avec un peu de pragmatisme, de leur donner accès à G Suite pour tous leurs usages “normaux” et de leur laisser, en plus, leurs versions existantes d’Excel ou “PauvrePoint”.

Espionnage des contenus par Google et la NSA

Cet argument n’est pas spécifique aux outils bureautiques cloud. Je ne vois objectivement pas de différences entre le cloud public Azure de Microsoft et celui de Google pour G Suite sur ce sujet. Les deux proposent des niveaux de sécurité supérieurs à ceux que peuvent fournir les centres de calcul privés des entreprises dans plus de 99,999 % des cas.

Rappel : il est aussi possible, pour les entreprises qui sont “ceinture et bretelle”, de chiffrer les données dans ces deux clouds avec une clef de chiffrement qui est propriété de l’entreprise et à laquelle ni Google ni Microsoft n’ont accès.

Usages non connectés, off-line

Comment travailler quand on n’a pas accès à un réseau ? C’est supposé être l’argument majeur contre G Suite.

Il y a plusieurs réponses “rationnelles” :

  • En 2019, la probabilité de ne pas avoir accès à un réseau 3G, 4G ou Wi-Fi est de plus en plus faible. Chez soi, au bureau, à l’hôtel, dans le train… ces réseaux sont omniprésents.
  • G suite off lineLe mode de fonctionnement “off-line” existe pour G Suite. J’ai écrit une partie de ce billet dans un avion Air France qui n’a pas encore de Wi-Fi. C’est un mode dégradé, oui, mais suffisant pour continuer à travailler dans la grande majorité des cas. Les modifications que j’apporte à mon texte sont synchronisées avec le cloud dès que je dispose à nouveau d’un réseau à l’arrivée.

En même temps qu’elles utilisent cet argument fallacieux, les entreprises réfléchissent au droit à la… déconnection de leurs collaborateurs. On ne se posait pas cette question en 2007 !

Si on se la pose aujourd’hui, c’est qu’effectivement on peut être connecté en permanence.

Dialogue avec l’extérieur

Mes clients, mes fournisseurs utilisent tous Microsoft Office et je dois pouvoir partager des documents avec eux.

Dans ce cas aussi, il existe d’excellentes réponses pratiques :

  • Echanger des documents au format standard PDF est souvent plus efficace et plus sûr, surtout quand on ne souhaite pas les modifier.
  • Download G suite as...Il est possible, dans G Suite, d’importer des documents aux formats propriétaires de Microsoft (xls, ppt…), de les garder dans ces formats et de les modifier. On perd par contre la possibilité de travailler en mode collaboratif.
  • Pour les documents créés par l’entreprise dans G Suite, on peut à tout moment les exporter dans les formats propriétaires de Microsoft.

N’oublions pas que la dématérialisation des échanges se généralise et que les formats propriétaires Microsoft n’y ont pas leur place. Personne ne pleurera leur disparition, en espérant qu’elle soit la plus rapide possible.

Si on veut noyer son chien… tout le monde connait ce proverbe. La rationalité dans les décisions a ses limites, et ne peut pas lutter contre la trouille des entreprises, leur incapacité à gérer des changements pourtant indispensables et bénéfiques pour tous, entreprises et collaborateurs.

 

Synthèse

Un grand nombre de DSI et de dirigeants “bien pensants” vont lire ce texte en se disant que j’écris des âneries, que je suis payé par Google et ne comprend rien à la vraie vie des entreprises sérieuses.

AdS DPC Scarier than change SS 177052115Je suis profondément inquiet quand je constate que le sentiment de trouille l’emporte face à la rationalité et que de trop nombreuses entreprises refusent de préparer leurs collaborateurs à une Transformation Numérique indispensable et urgente.

Votre entreprise est dans l’une de ces trois situations :

  • Vous avez déployé G Suite : bravo pour votre courage, vous êtes prêts pour aller plus loin, plus vite dans votre Transformation Numérique.
  • Vous êtes encore sur des solutions archaïques et vous posez la question de la migration : choisissez votre camp, celui du courage ou celui de la trouille.
  • Vous utilisez Office 365 : ayez le courage de remettre en cause ce choix dicté par la trouille, repartez dans la bonne direction…

Vous savez ce qu’il vous reste à faire : aurez-vous… le courage de passer à l’action, immédiatement ?

MAJ du 25 février 2019

Les difficultés techniques de mise en œuvre d'une solution cloud bureautique n'existent pas ; seules les dimensions humaines et organisationnelles peuvent ralentir une Transformation Numérique dans ce domaine.

Comment imaginer une seconde qu'une entreprise qui n'est pas capable de réussir en bureautique pourra le faire dans les autres domaines du numérique, applicatifs en particulier, où les défis techniques sont beaucoup plus grands.


CTO, responsable des infrastructures : un beau métier, essentiel, passionnant, frustrant

 

CTO lettersCTO, Chief Technology Officer : je rencontre de plus en plus d’entreprises qui créent cette fonction.

Un CTO est responsable des infrastructures numériques de l’entreprise, le I du modèle B I S, que connaissent bien les lecteurs de ce blog.

L’importance et la couverture fonctionnelle du métier de CTO vont croître fortement au cours des 3 à 5 prochaines années. Comment ? Réponses dans ce billet.

 

Les Infrastructures numériques : rappel

Les infrastructures sont les fondations d’un Système d’Information moderne : ses principaux composants :

  • Serveurs
  • Réseaux
  • Objets d’accès
  • Outils de gestion des données

AdS DPC foundations S 88385413Dans un langage plus “management”, les infrastructures regroupent tout ce qui n’intéresse absolument pas les clients internes et externes de l’entreprise !

Une autre caractéristique majeure des infrastructures numériques est financière : les infrastructures coûtent et ne rapportent rien. Elles permettent des usages qui, eux, peuvent être rentables. L’analogie avec le transport ferroviaire est claire : construire une ligne de TGV représente des investissements importants ; si la demande est au rendez-vous, les trains qui y circulent sont remplis et la ligne sera rentable.

Un CTO est responsable d’un centre de coût, jamais d’un centre de profit ; ce n’est jamais une position très confortable !

 

Indépendance Infrastructures - Usages

DPC Independence S 58334155Créer une indépendance aussi forte que possible entre les infrastructures et les usages Support (S) et cœur métier (B de Business), est l’une des conditions essentielles de la réussite de la mise en œuvre du modèle B I S.

C’est même une condition de survie si l’on souhaite garder toute la flexibilité nécessaire pour faire évoluer son SI, répondre aux nouvelles attentes des clients et déployer les solutions d’infrastructures innovantes dès que possible.

La bonne nouvelle ? En 2019, créer cette indépendance entre les infrastructures et les usages est possible. Voici quelques exemples des décisions simples et fortes qui garantissent cette indépendance :

  • Interdiction de déployer une application qui n’est pas accessible par navigateur ; ceci permet de les utiliser depuis tous les objets d’accès du marché : PC, Macintosh, smartphones et tablettes Android et iOS ou Chromebook. Un test simple permet de garantir cette règle : une application qui ne peut pas être utilisée depuis un Chromebook est… interdite.

Infrastructures - Usages - Serverless indépendance

  • Privilégier des développements Serverless sur des infrastructures clouds publics. Les développeurs se concentrent à 100 % sur la logique de leurs applications et les infrastructures serveurs et fichiers sont automatiquement instanciées.
  • Reprendre le contrôle de ses données en créant des espaces de données, datawarehouse, datalake… indépendants de toutes les applications. C’est pour moi le domaine d’innovation prioritaire pour un CTO : prendre en charge toutes les données de l’entreprise, structurées, documents, multimédia…, dans des espaces de stockages spécialisés. J’ai abordé ce sujet essentiel dans un billet récent.

Ces choix d’infrastructures s’imposent aux usages. Cette dimension “dictatoriale” du métier de CTO est difficile à défendre au début, mais de premiers bénéfices seront obtenus rapidement et tout le monde comprendra le bien fondé de ces “diktats” d’infrastructure.

 

Invisibilité des Infrastructures performantes

Les clients internes et externes du SI d’une entreprise ne s’intéressent pas “directement” aux infrastructures, ce qui est logique. La valeur pour eux vient des usages, des applications, rendues possibles par les infrastructures.

AdS DPC Invisible Two boots SS 90825469Plus un CTO est performant dans ses métiers, plus il devient “invisible” :

  • Le taux de disponibilité des serveurs et des réseaux dépasse les 99,99 %,
  • Les clients internes et externes choisissent l’objet d’accès qui leur convient le mieux, selon leurs besoins, les lieux ou les moments.
  • Les responsables des usages “S” peuvent faire leur marché parmi les dizaines de milliers d’applications SaaS disponibles.
  • Les développeurs internes qui construisent les applications “B” s’appuient sur des plateformes de développement PaaS, disponibles sur les infrastructures clouds publics.

Cette invisibilité des infrastructures devient un avantage concurrentiel majeur, un plus essentiel, garant de la cohérence de tous les usages numériques et d’une flexibilité maximale (l’agilité dont tout le monde parle beaucoup…).

 

Les principaux “aaS” du CTO

Le seul avenir sérieux et pérenne des infrastructures numériques se trouve dans les clouds publics, seuls capables de fournir toute la puissance de calcul, toute la capacité de stockage des données à des prix compétitifs et en baisse permanente.

En langage simple : “hors du cloud public, pas de salut pour les infrastructures numériques”.

Toutes les offres dans les Clouds publics, pour les infrastructures comme pour les usages, sont proposées en aaS, as a Service.

Le CTO est le grand maître des infrastructures ; il choisit, propose et gère un grand nombre d’aaS. Les principaux aaS d’infrastructures se retrouvent dans cette liste :

CTO Master Karaté aaS

  • IaaS, Infrastructure as a Service : la majorité des entreprises choisissent deux fournisseurs parmi les trois leaders, AWS, Google Cloud Platform et Azure de Microsoft.
  • AaaS, Aggregation as a Service : ces plateformes techniques permettent d’industrialiser les échanges entre les différents composants applicatifs. Les leaders actuels sont Apigee de Google, Mulesoft de Salesforce et Snaplogic. Les solutions "légères" telles que Zapier font aussi partie des outils à privilégier.
  • TaaS, Trust as a Service : tous les outils, cloud bien sûr, qui permettent de créer la confiance en assurant la sécurité et la confidentialité. Ils font tomber les alibis classiques utilisés par les entreprises qui cherchent par tous les moyens à trouver de mauvais arguments pour ne pas utiliser des solutions clouds publics. Si l’on est “gentil”, on parlera d’entreprises traditionnelles, si l’on est plus direct, on les appellera retardataires ou ringuardes.
  • NaaS, Networks as a Service : l’ensemble des solutions réseaux, sans fil et filaires, qui permettent aux clients internes et externes d’accéder en haut débit à tous les usages, en tout lieu, à tout moment.
  • ADaaS, Access Devices as a Service : la capacité de proposer aux collaborateurs de l’entreprise une large gamme d’objets d’accès, de type, de taille et de puissance variés, correspondant aux spécificités de leurs activités et à leurs préférences personnelles.
  • iDaaS, intelligent Data as a Service : ce sera l’une des priorités absolues d’un CTO moderne pour les 3 prochaines années : proposer toute une gamme d’outils spécialisés permettant aux entreprises de reprendre le contrôle de leurs données sous toutes leurs formes :
    • Structurées.
    • Multimédia : photos, images, vidéos, son…
    • Documents bureautiques.
    • Géographiques.

La variété, la complexité et la richesse de tous ces métiers mettent en évidence l’importance majeure de ce métier de CTO. On est loin de l’image ancienne et poussiéreuse du responsable technique informatique classique, qui gérait dans son antre au sous-sol des serveurs, des disques et des routeurs.

 

Les clients du CTO

En plus de ces fortes compétences technologiques, le CTO est dans l’entreprise la personne qui a le plus grand nombre de “clients” de ses solutions :

  • Les clients externes de l’entreprise : derrière ce mot client se trouve une grande variété de personnes : les clients commerciaux, entreprises et/ou particuliers, fournisseurs, organismes publics… Dans un monde de plus en plus numérique, tous ces clients externes attendent un service impeccable et fiable, disponible en permanence, sur tous leurs objets d’accès.
  • Les clients internes de l’entreprise : personnes du terrain, fonctionnels, dirigeants… ils ont tous droit à la même qualité de service que les clients externes. Ils ne peuvent plus être traités comme des clients de “deuxième zone”.
  • Les clients internes de la DSI : les responsables des usages B, métier et S, support, doivent accepter les contraintes imposées par le CTO et comprendre que c'est en réalité une grande opportunité pour eux. Plus le temps passera, plus ils comprendront la valeur ajoutée d’un CTO puissant.

CTO Clients B  S et DSI

Ces trois familles de clients correspondent aux usages B et S :

  • B, en priorité pour les clients externes.
  • S, en priorité pour les clients internes.
  • B + S, pour les équipes internes de la DSI qui sont chargées de les déployer (S) ou de les construire (B).

 

CTO : garantir évolution, cohérence du SI et de la Transformation Numérique

Il est difficile de résumer tout ce qu’une entreprise attend de son CTO tant ce métier est riche et complexe ; il faut être, en même temps :

  • CTO polymathUn architecte du numérique, capable de construire les fondations d’un SI performant en s’appuyant sur un grand nombre de solutions différentes, les aaS.
  • Capable de mener une veille technologique à 3 ou 5 ans, pour anticiper les innovations fortes qui lui permettront d’améliorer en permanence les infrastructures mises à la disposition des clients de l’entreprise.
  • Garder la maîtrise des choix technologiques essentiels et les faire respecter par tous les collaborateurs.
  • Résister à la pression permanente pour réduire les coûts des infrastructures.
  • Garantir un fonctionnement sans pannes des infrastructures opérationnelles.
  • Avoir la capacité à répondre aux attentes de tous les clients, internes et externes, en leur proposant des solutions performantes et en leur faisant découvrir les potentiels des innovations qui apparaissent en permanence.
  • Et tout cela… en acceptant d’être la personne “invisible” et que tous ses clients trouvent “normal” que les infrastructures mises à leur disposition fonctionnent sans incident.

Le titre de ce billet résume bien le métier de CTO : c’est un très beau métier, essentiel, passionnant, souvent frustrant...

 


Un si long silence…

 

AdS DPC Silence emoticon 30562777Trois mois sans publier un nouveau billet sur mon blog, cela ne m’était jamais arrivé !

Il y a une raison à ce silence, même si ce n’est pas une excuse.

 Je viens de terminer la rédaction d’un livre qui sera publié début septembre 2018. Il est coécrit avec Dominique Mockly, PDG de Teréga, opérateur français d'infrastructures gazières, auteur de "L'entreprise cerveau : petite apologie de la curiosité " publié en 2015 aux éditions Débats Publics et qui a engagé une Transformation importante de l'entreprise qu'il dirige avec un volet numérique décisif."

Son titre :

Dirigeants, Acteurs de la Transformation Numérique

C’est, à ma connaissance, la première fois qu’un dirigeant et un spécialiste du numérique mettent en commun leurs compétences pour traiter ce sujet.

Il sera publié directement sur Amazon, en format papier et en format Kindle. Dans un autre billet, publié sur ce blog quelques jours avant la sortie de ce livre, j’en présenterai les principaux thèmes. Les lecteurs de mon blog y retrouveront un grand nombre des idées que j’y défends depuis de nombreuses années.

C’est un ouvrage court, destiné en priorité aux dirigeants d’entreprises, publiques et privées, grandes et moyennes.

Ses principaux objectifs :

  • Aider les dirigeants à comprendre les potentiels et les challenges de la Transformation Numérique de leur entreprise.
  • Leur faire découvrir les potentiels immédiats des solutions numériques opérationnelles.
  • Présenter les démarches de rupture qui permettent de mettre en œuvre, rapidement, une Transformation Numérique dans leur entreprise.
  • Etablir les règles d’une gouvernance efficace pour une Transformation Numérique réussie.

J’anime depuis des années des séminaires en interne pour aider des dirigeants à se préparer efficacement à la Transformation Numérique de leur entreprise.

L’écriture de ce livre m’a donné l’idée de proposer un séminaire interentreprises pour des dirigeants qui souhaitent aussi pouvoir échanger avec des dirigeants d’autres entreprises.

Séminaire Cap Institut DTN Louis NaugèsL’Institut CapGemini, avec qui je collabore depuis de nombreuses années, a accepté de le mettre à son catalogue. C’est le seul séminaire de ce catalogue qui dure une seule journée, pour permettre à des dirigeants de trouver plus facilement le temps d’y participer.

Son titre, vous l’avez deviné :

Dirigeants, Acteurs de la Transformation Numérique.

La première session aura lieu fin août 2018, avant la rentrée, pour permettre aux dirigeants qui y participeront de préparer leur plan d’action pour 2019.

Dès demain, promis, je reprends la publication de mes billets sur ce blog, avec la fréquence habituelle.

 


Entreprises et Cloud : deux démarches, deux visions différentes

 

CIO évenements Software Defined EverythingUn grand merci à Bertrand Lemaire et CIO-Online pour m’avoir invité à cette intéressante conférence, mardi 13 février 2018 dans la matinée.

Software Defined Everything : un titre un peu sibyllin, mais qui permettait de parler de beaucoup de sujets. Dans la pratique, l’essentiel des échanges c’est concentré sur les solutions de Cloud Computing.

Le grand témoin de cette manifestation était Jean-Christophe Laissy, DSI groupe de Veolia, nommé deux fois en 2017 DSI de l’année.

La conférence a commencé par la présentation de quelques résultats d’une enquête réalisée par CIO-online sur ces sujets.

J’en ai extrait un seul graphique, qui m’a fait sursauter tant les chiffres sont inquiétants :

  • 71 % des entreprises n’envisagent pas de basculer sur des infrastructures dans le Cloud Public. Oui, vous avez bien lu, les ¾, et nous sommes en 2018 !
  • 9 %, 9 % seulement, répondent oui à cette question.

CIO enquête migrer cloud public

J’ai choisi de ne pas commenter les intéressantes présentations faites par les fournisseurs sponsors de l’évènement : Veritas, Riverbed, Nutanix, Dimension Data et VMware.

Ce qui m’a passionné, et fasciné, ce sont les présentations faites par des organisations privées et publiques ; les différences d’approches étaient impressionnantes.

Deux groupes de responsables Systèmes d’Information se sont exprimés :

  • Les partisans des Clouds Privés.
  • Ceux qui ont fait le choix du Cloud Public.

 

Démarche Clouds Privés 

La majorité des DSI qui ont parlé appartiennent à ce groupe.

Step by StepUne remarque de Paul Cohen Scali, DSI du PMU, résume très bien cette démarche : «  On avance par étape, marche par marche ».

Le PMU a expliqué comment il s’était débarrassé de son Mainframe IBM :

  • Basculement sur des serveurs AIX/Unix, d’IBM.
  • Les mêmes applications historiques, Cobol, fonctionnent sur ces nouveaux serveurs.
  • Pour les nouveaux usages, tels que les paris sportifs on-line, le PMU a choisi de s’appuyer sur des applications de partenaires spécialisés.
  • Rien sur le Cloud Public pour le moment.

Faouzy Sefsaf, DSI de Nigay, entreprise leader du marché du caramel, a lui aussi choisi de rester dans des infrastructures internes, virtualisées.

Pierre-François Renard est responsable du stockage des données à la Société Générale. Il a clairement expliqué que la banque a fait le choix d’une démarche Cloud Privé. La gestion des différentes générations de solutions techniques de gestion des supports de stockage est, et restera complexe.

CIO Table ronde DSIEn fin de matinée, une table ronde regroupait trois responsables SI ; Laurent Dirson, de Nexity, fait partie des partisans du Cloud Public et j’en parlerai dans la deuxième partie de ce billet.

Les deux autres intervenants, Frédéric Soultanem, du Ministère de l’Agriculture et Lucien Foucault, du Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, ont présenté un projet sur lequel ces deux ministères collaborent ; son nom : OSHIMAE : Offre de Service d’Hébergement Interministériel Agriculture Ecologie. Ce projet est l’un des lauréats du Programme d’investissements d’avenir « Transition numérique de l’État et modernisation de l’action publique ».

J’ai retenu plusieurs points dans cette présentation :

  • C’est un bon exemple de « cloud communautaire », avec deux ministères qui souhaitent partager une infrastructure commune. Une excellente initiative, à encourager.
  • On est sur des échelles de temps « longs » : OSHIMAE devrait être opérationnel en 2022 et le projet a été initialisé quand Nicolas Sarkozy était Président de la République.
  • L’un des objectifs du gouvernement est de réduire, très progressivement, le nombre de centres de calculs de l’état de 100 à 10.
  • Il s’agit, bien sûr, de construire des Clouds Privés.
  • L’un des arguments avancés pour ne pas choisir une solution de Cloud Public était « intéressant » : on ne va pas donner de l’argent public à des entreprises qui… ne paient pas leurs impôts en France.
  • Le gouvernement a commencé à utiliser un cloud public : devinez quel est le fournisseur choisi : Orange.

Pour ces organisations, et si l’on en croit les résultats du sondage déjà cité, elles sont largement majoritaires, les solutions Cloud Public ne seront pas dans leur radar avant longtemps.

 

Démarche Clouds Publics


Le contraste entre les discours était saisissant quand on écoutait ensuite Laurent Dirson de Nexity et Jean-Christophe Laissy de Veolia, qui ont fait le choix d’une démarche résolument tournée vers le Cloud Public.

DataCenterLess : sans centre de calcul. Cette expression, utilisée par ces deux décideurs, résume très bien leur démarche.
Gérer des infrastructures, des serveurs, des disques, des réseaux, ce n’est pas cela qui va nous apporter un euro de plus de chiffres d’affaires, qui va accroître notre compétitivité.

De la présentation de Nexity, j’ai retenu quelques idées fortes :

  • Nexity aura fermé son dernier centre de calcul en juin 2019.
  • Les applications historiques sans valeur métiers sont portées à l’identique sur les infrastructures IaaS des grands leaders, en « Lift & Shift ».
  • La virtualisation aujourd’hui, les containers de plus en plus, facilitent ces migrations et la possibilité d’utiliser des clouds publics différents.
  • Pour tous les usages transverses, Nexity choisit des solutions SaaS.
  • Les nouvelles applications créatrices de valeur sont développées avec des outils PaaS (Platform as a Service), sur des Clouds Publics.
  • 80 % du SI sera reconstruit dans les 3 ans qui viennent.
  • La gestion des infrastructures IaaS est un métier complexe, qui demande des compétences techniques et financières ; ce sont des profils difficiles à trouver.

Je n’ai jamais eu l’occasion de travailler pour Nexity, mais j’ai découvert avec plaisir que Nexity utilisait le modèle B I S que je préconise depuis 3 ans.

C’est ce même modèle B I S qui est suivie par Veolia, société avec qui j’ai l’honneur de travailler depuis plusieurs années.

Les démarches suivies par Nexity et Veolia ont beaucoup de points communs, résumés dans ce graphique :

Conférence CIO - BIS IaaS paas saas

  • Usages B, cœur métiers : développées sur mesure en utilisant des solutions PaaS des grands acteurs du Cloud Public.
  • Infrastructures I : Les solutions IaaS sont utilisées en « Lift & Shift » pour des applications historiques. Veolia a migré tous ses serveurs SAP sur AWS en 6 mois et le nombre de serveurs nécessaires est passé de 600 en interne à 200/250 chez AWS. Les coûts de fonctionnement ont été réduits de 40 %.
  • Usages S, Support : recours systématique à des solutions SaaS. L’offre est très riche et permet de trouver des réponses de qualité.

CIO JCL En plus de son rôle de grand témoin et de commentateur des interventions, Jean-Christophe Lassy (à gauche sur la photo, avec Bertrand Lemaire) a aussi présenté quelques points forts de la stratégie Cloud Public de Veolia :

  • Veolia est un groupe très décentralisé ou chaque Business Unit a ses équipes informatiques ; il y a environ 2 300 informaticiens en interne.
  • La seule application commune, utilisée par plus de 100 000 clients internes, est G Suite de Google. Office et Active Directory seront éliminés et les Chromebooks généralisés.
  • Veolia sort 2000 serveurs de ses centres de calcul chaque trimestre.
  • Il devrait rester moins de 10 % des serveurs dans 3 ans, essentiellement des serveurs utilisés pour des taches techniques.
  • Le point d’arrivée commun en 2020 est le même pour toute l’entreprise ; par contre, le chemin pour y arriver est spécifique pour chaque BU, en fonction de sa situation de départ.
  • La gestion des deux clouds publics, GCP et AWS, demande de fortes compétences « FinOps », financières et opérations, à la fois architectes techniques et gestionnaires de contrats.
  • En acceptant des niveaux de SLA plus raisonnables pour des applications non critiques, on peut réduire fortement les coûts de fonctionnement, parfois dans un rapport 10 !

Le message de Jean-Christophe Laissy qui a le plus surpris les participants concerne… la sécurité. Il a expliqué qu’il ne pouvait pas garantir la sécurité du SI de Veolia à sa DG quand des centaines de personnes, dans des dizaines de sites différents, sont chargées de la sécurité. A l’inverse, avec AWS et GCP, la sécurité est garantie dans le monde entier, avec leurs équipes de plusieurs centaines de personnes, parmi les meilleures au monde.

 

Résumé

Je respecte les organisations qui font le choix d’une démarche Cloud Privé ; mon éthique m’interdit de les aider à aller dans une direction que je considère comme très dangereuse pour leur avenir et leur survie.

J’accompagne par contre avec beaucoup de passion et d’énergie les organisations qui ont le courage de choisir la voie, plus difficile, qui mène à des solutions Cloud Public pour les infrastructures et les usages.

S’il n’y avait qu’une seule idée à retenir de cette matinée passionnante, ce serait : le fossé qui existe entre les partisans du Cloud Privé et ceux du Cloud Public est très profond !

Blog CIO crevasse Cloud Public  Privé

Les fournisseurs qui se sont exprimés pendant cette réunion ont tous utilisé l’expression « Cloud Hybride », supposé être une passerelle entre ces deux mondes.

Après avoir écouté les exposés des entreprises présentes, j’ai bien compris que le pont « Cloud Hybride » est une fiction ; il sera aussi fréquenté qu’une autoroute à 6 voies qui serait construite entre la Corée du Nord et la Corée du Sud !


Une bonne résolution pour 2018 : éliminez les applications Excel !

 

AdS DPC 2018 ouvert Cloud S 185419364Premiers jours de 2018 : je vous propose de prendre une importante résolution pour l’année qui démarre : éliminer les applications Excel qui ont envahi votre entreprise.

Oui, je le sais, il y en a des centaines, des milliers et votre entreprise ne pourrait plus fonctionner si on arrêtait brutalement ces usages informatiques d’un outil bureautique. C’est pour cela qu’il est urgent de réagir avant que des catastrophes ne se produisent.

 

Excel, le produit

Excel est un tableur, logiciel bureautique, né il y a un peu plus de 30 ans. J’ai été l’un des premiers utilisateurs d’Excel quand ce logiciel n’était disponible que sur… Macintosh, avant l’arrivée de Windows.

Lotus123 spreadsheetLe tableur est une invention remarquable : les premiers représentants de cette famille, Multiplan, Visicalc ou Lotus 1-2-3 ont fait beaucoup pour le succès des PC. N’ayant pas su anticiper l’arrivée des interfaces graphiques, ils ont tous disparu, balayés par Excel.

Excel, le produit, est remarquable ; entre la version 2 initiale et la version 2016 actuelle, il a connu un accroissement considérable de ses fonctionnalités et de sa puissance.

L’arrivée et la diffusion massive de VBA, Visual Basic for Applications, surtout depuis la version 7 en 2010, a conduit à la transformation d’Excel en outil informatique que l’on pouvait « programmer », comme l’explique clairement cette formation à VBA.

Excel VBA Programming Language

VBA est un langage de programmation traditionnel, propriétaire Microsoft, qui a ses racines dans Basic ; il est raisonnablement puissant et permet de faire beaucoup de choses avec Excel, beaucoup trop de choses…

« Petit problème » : écrire des programmes est un très beau métier, mais il demande des compétences sérieuses. Je ne fais pas partie des personnes qui pensent que tout le monde doit savoir programmer et doit pouvoir écrire des programmes pour son entreprise.

Peut-on tout faire avec Excel ? Non, mais vraiment beaucoup de choses, oui ! J’ai beaucoup d’admiration pour Tatsuo Horiuchi, artiste japonais qui réalise tous ses tableaux avec Excel ; un peu moins pour la personne qui a créé plus d’un million de lignes en 9h30 !

Usages Excel - Peinture et fichier 1 M lignes

Est-ce que cela me rassure ? Pas vraiment…

  

Excel, les utilisateurs-développeurs

L’analogie avec les moyens de transport est utile pour mieux comprendre les difficultés potentielles. Tout le monde peut apprendre à conduire une bicyclette ou une voiture particulière, mais ce n’est pas sans risques : il y a tous les ans plus d’un million de morts sur les routes dans le monde.

DPC conducteur train S 83306407Conduire un camion, un autobus, un train ou un avion demande des apprentissages beaucoup plus longs et devient une activité réservée à des professionnels.

Donner à tous les collaborateurs d’une entreprise la possibilité de faire des développements légers, similaires à la conduite d’une bicyclette, pourquoi pas, si l’on accepte un niveau de risques raisonnables.

Par contre, laisser des développeurs non professionnels construire des applications qui ont un rôle stratégique induit un niveau de risques inacceptable pour des entreprises responsables.

Je ne vais pas laisser une personne piloter un Airbus 380 avec 500 passagers quand elle a suivi une formation de 10 heures par Internet ! C’est hélas ce qui se passe trop souvent dans les grandes organisations avec les applications Excel. Devenez développeur VBA en 10 heures et… prenez la responsabilité de calculs qui peuvent avoir des impacts majeurs sur le fonctionnement de votre entreprise.

L’exemple le plus emblématique et le plus courant est la publication des résultats de fin d’année d’une entreprise. Pendant plusieurs semaines, de sympathiques financiers sans culture de développeurs vont travailler jour et nuit pour faire tourner des centaines de macros VBA Excel sur leurs PC, sans qu’aucun contrôle sérieux de cohérence ne soit possible.

TIBCO 100 M error ExcelEn 2014, les actionnaires de TIBCO Software ont perdu 100 M de dollars lors de la vente de l’entreprise à la suite d’une erreur Excel réalisée par la banque Goldman Sachs qui gérait ce dossier.

Il y a certainement des dizaines de cas similaires dont on n’entendra jamais parlé, car pour beaucoup : « Vérité Excel = parole d’Evangile ».

 

Excel : le diagnostic

L’outil Excel n’est pas en cause ; comme tous les outils, il est neutre : ce sont ses usages qui le sont.

Les apprentis sorciers Excel ne sont pas en cause : on ne les a pas préparés au métier de développeur et ils font de leur mieux. 

Alors, à qui la faute si un outil trop puissant est entre les mains de personnes qui ne le maîtrisent pas pour réaliser des activités pour lesquelles il n’est pas adapté ?

Ma réponse peut vous surprendre : le principal coupable est le Système d’Information de l’entreprise !

Qualité SI = f (nb applications Excel)Dis-moi combien d’applications Excel existent, je pourrai calculer la qualité du SI de l’entreprise.

  • Est-ce que les financiers passent des dizaines d’heures à essayer d’obtenir des résultats crédibles pour le plaisir ? Non.
  • Est-ce que les responsables de planning en usines passent des heures, tous les jours, pour essayer que tout se passe le moins mal possible, pour le plaisir ? Non.
  • Est-ce que les responsables des ressources humaines se battent avec leurs feuilles Excel pour avoir des statistiques fiables pour le plaisir ? Non.

L’immense majorité des personnes qui, dans leurs métiers, construisent des applications Excel le font parce qu’elles considèrent que les outils informatiques mis à leur disposition par la DSI ne sont pas adaptés à leurs attentes.

J’avais déjà évoqué ce thème en parlant de l’informatique fantôme, à base d’Excel, qui a précédé le Cloud Fantôme.

FPA 88 % Excel sheets with errorsLes personnes qui utilisent des applications Excel ne sont pas des irresponsables ; elles sont conscientes des risques et des limites de leur outil, connus de tous :

  • Il existe une association dédiée à l’analyse des risques liés aux usages avancés d’Excel, EuSpRiG, European Spreadsheet Risk Interest Group.
  • Une étude du FPA (Financial Planning & Analysis) de juillet 2017 annonce que 88 % des applications Excel ont des erreurs.
  • Les résultats d’une étude publiée en novembre 2017 par IDC sur les usages Excel en Europe donnent froid dans le dos :
    • 5,5 millions de personnes en Europe sont utilisateurs avancés d’Excel.
    • Elles perdent 2 milliards d’heures par an.
    • Le coût de ces inefficacités : 55 milliards d’euros.

European losses for Spreadsheets

Les lecteurs de mon blog connaissent bien mon « amour fou » pour les ERP intégrés.

Je n’avais pourtant pas pensé ni osé traduire ERP par :

                    ERP = Excel Run Production

C’est ce que fait une étude publiée en octobre 2017 par la société IFS.

Ces deux graphiques, extraits de cette étude, montrent qu’Excel est l’outil de gestion de production privilégié et que les 18-35 ans sont les plus grands fans d’Excel.

IFS Study on Excel in Production

Lors de différentes visites récentes dans des usines, j’ai pu vérifier que c’était très souvent le cas. Dans une entreprise industrielle française, j’avais résumé mon analyse de la situation lors d’une présentation à la Direction Générale en disant : l’outil le plus utilisé dans vos usines est… Excel.

Pour les lecteurs qui ne seraient pas encore convaincus, je propose la lecture de cet article de la revue Fortune qui publie une longue liste d’erreurs à mettre au passif d’Excel.

OK, la situation est grave, les applications Excel sont partout, elles sont dangereuses ; peut-on sortir de ce bourbier ?

  

Solutions pour se libérer des applications Excel 

J’ai résumé la situation actuelle par ce schéma ; les données produites par le Système d’Information sont jugées non fiables ou non pertinentes par les métiers. Ils les exportent dans Excel, leur font subir toute une série de « mauvais traitements » à la sauce VBA pour publier des documents visuellement satisfaisants, mais dont la qualité et la fiabilité ne peuvent pas être garanties.

SI actuel ERP + Excel

En résumé :

        Applications Excel = données fausses + traitements non fiables 

La clef de la solution se trouve dans la première partie de cette équation, données fausses. Il est nécessaire de prendre le problème à la base et de construire un Système d’Information capable de créer des référentiels de données fiables et crédibles.

J’ai longuement abordé ce sujet dans deux billets récents sur les SoR, SoE et SoI, ici et .

AdS DPC Trust keyboard S 65542440Quand les financiers, les responsables de la gestion de production ou du pilotage RH pourront accéder à des données fiables, auxquelles ils font confiance, ils abandonneront rapidement leurs applications Excel, et avec plaisir !

J’entends souvent les responsables SI se plaindre que les métiers utilisent trop d’applications Excel : ce sont eux qui en portent la responsabilité !

Je vous propose une démarche sectorielle pour faire disparaître, par étapes, les applications Excel : commencer par les données financières, puis attaquer ensuite la gestion de production, les RH ou les applications commerciales.

Pourquoi commencer par la finance ?

  • C’est dans ce domaine que les usages d’applications Excel sont le plus fréquents.
  • Il existe d’excellentes solutions SaaS, Software as a Service, de gestion performante des données financières capables de créer un référentiel de qualité, partageable par tous les financiers de l’entreprise.

Quand de premiers succès auront été obtenus dans la finance, il sera plus facile d’aborder les autres référentiels de données, commerciales, RH ou de production.

 

Abandonner les applications Excel : tous gagnants

Ce combat, difficile, contre les applications Excel, il est possible de le gagner.

AdS DPC 3 cups Winners S 71666873Pourquoi ? Tout le monde peut en sortir gagnant :

  • Les financiers et autres développeurs d’applications Excel : quand ils disposeront de données fiables et partageables, ils seront prêts à utiliser d’autres outils, des applications SaaS plus performantes pour mieux faire leur métier.
  • Les informaticiens : ils auront la satisfaction de voir que le gros travail qu’ils ont réalisé pour créer ces référentiels de données est apprécié par leurs clients internes. Un nouveau climat de confiance et de collaboration s’établira entre les métiers et les informaticiens.
  • Les entreprises, car elles disposeront, plus vite, de données fiables et réduiront les risques graves posés par la situation actuelle.

Attention, danger : je rencontre des entreprises qui cherchent à remplacer les applications Excel par des applications tableurs dans le Cloud. Ce n’est pas la bonne réponse ; cela ne fait que pérenniser de mauvaises pratiques de gestion et crée en plus des frustrations fortes, car les applications VBA ne sont pas transportables facilement dans le Cloud.

Alors, quel avenir pour Excel ?

Excel doit redevenir ce qu’il n’aurait jamais du cesser d’être, un excellent outil « bureautique simple » !

Logo google sheetsDans ce contexte nouveau, sans applications Excel, remplacer l’outil bureautique Excel par l’outil bureautique tableur dans le Cloud, devient une excellente idée. On revient dans le monde du raisonnable, les fonctionnalités des tableurs clouds tels que Google tableur sont plus que suffisantes et on profite des avantages des solutions cloud : partage des contenus ou la possibilité de travailler à plusieurs sur une même feuille de calcul… bureautique.

Eliminer les applications Excel en 2018, un beau combat en perspective, mais passionnant : tout le monde en sortira gagnant.

 


2017 - 2027 = décennie interface voix

 

AdS DPC 5 stars S vertical 68765866Je pensais faire de ce billet le cinquième et dernier de la série sur les technologies qui vont dominer la période 2017 - 2027.

Première partie : technologies clefs 2007 - 2017.

Deuxième partie : microprocesseurs spécialisés.

Troisième partie : Intelligence Artificielle et Machine Learning.

Quatrième partie : 5G et Edge Computing.

Le thème des interfaces entre les personnes et le monde numérique devient si important que je vais lui consacrer tout ce billet.

  

1990 - 2017 : interfaces clavier-souris et tactiles

Entre 1990 et 2010, pendant 20 ans, les interfaces claviers - souris étaient les modes de communication dominants avec les objets numériques, PC Windows et Macintosh.

Depuis 2011, le nombre de PC vendus baisse, année après année.

PC sales 2006 - 2016

L’interface tactile sur objets mobiles s’est imposée sur la décennie 2007 - 2017, poussée par les smartphones. Le smartphone est encore la star du marché en 2017, même si la croissance des ventes se ralentit.

Sur le troisième trimestre 2017, les ventes de smartphones ont augmenté de 3 % quand les ventes de PC ont continué à baisser de 4 %.

Shipments PC vs Smartphones - Q3:2017

En nombre d’objets vendus, les smartphones ont gagné la bataille : il c’est vendu 5,7 fois plus de smartphones que de PC pendant cette période.

Je pronostique qu’à partir de 2021 la courbe des ventes de smartphones aura la même forme que celle des PC depuis 2011, une baisse, lente et continue.

Il suffit d’écrire « death of the smartphone » dans son moteur de recherches préféré pour voir apparaître des dizaines d’articles qui annoncent la prochaine disparition des smartphones tels qu’on les connait aujourd’hui.

Je vous en propose trois : The smartphone is going to die

 On me pose souvent la question : quels objets vont prendre la place des smartphones ? Ce n’est pas la bonne question…

La question à poser : quelle interface va se substituer à l’interface tactile ?

  

2017 - 2027 : Interfaces voix

Quelle sera l’interface vedette des années 2017 - 2027 ? Le suspense a disparu :

La voix prendra le relais du tactile

Le mouvement a commencé dans le grand public : on estime à 2 milliards le nombre d’utilisateurs de ces interfaces voix en 2021. Ces prévisions ne prennent pas en compte les usages professionnels.

Number Users Voice Interfaces 2015 - 2021

Les interfaces voix sont déjà présentes sur de nombreux objets tels que les smartphones ou les GPS dans les voitures. Depuis 2015, une nouvelle génération d’objets auxquels on peut « parler » à fait son apparition dans les foyers, les « smart speakers », hauts parleurs intelligents. Amazon a été le premier avec sa gamme Echo et domine le marché ; Google a rapidement suivi avec « Home » et ces deux membres du club GAFA font la course en tête.

Amazon Echo Sales 2016

Apple avait annoncé son HomePod pour la fin de l’année 2017, mais ratera l’importante période des ventes pendant les fêtes ; ce produit ne sera pas disponible avant 2018.

Aujourd’hui, Microsoft n’a pas d’offre comparable ; ceci explique une annonce pour le moins surprenante : un accord avec… Amazon pour que Echo « parle » aussi Cortana. La raison « officielle » est que l’on combine le meilleur d’Alexa dans le grand public avec le meilleur de Cortana dans l’entreprise. Permettez-moi d’être très sceptique : c’est un signe de faiblesse de Microsoft qui ne veut pas que Cortana meure trop vite, comme Windows Phone. Je reviendrai plus loin sur l’annonce faite à AWS Re-Invent de l’offre « Alexa for Business » ; elle laisse très peu de place pour… Cortana !

Un combat sans merci se prépare entre les « anciens », rois du tactile, Google et Apple, et les nouveaux, rois de la « voix », Amazon et…Google. Les entreprises qui domineront les interfaces voix seront, en 2027, les leaders des mondes numériques grand public et professionnels.

On assiste actuellement à une guéguerre ridicule entre Amazon et Google sur ce thème :

  • Amazon refuse de vendre les Chromecasts, Google Home, et des produits Nest, tous fabriqués par Google.
  • Google refuse que les utilisateurs d’Echo et Fire TV (équivalent Chromecast de Google) d’Amazon accèdent à YouTube.

C’est un signe avant-coureur des combats entre ces deux géants ; ils seront beaucoup plus violents dans les années qui viennent !

  

Interfaces voix : composants techniques

Derrière l’apparente simplicité des interfaces voix se cache une grande complexité technique, que je présente dans ce schéma.

Framework composants SI Voix + réseaux

De haut en bas :

1 - Une personne pose une question, émet une requête vocale, dans son domicile, son bureau, sa voiture ou son usine.

2 - Des objets très différents vont enregistrer ce signal sonore. Il suffit en pratique d’un micro et d’un haut-parleur pour la réponse. Ils seront de plus en plus invisibles : on n’aura pas besoin de savoir exactement où ils sont.

Parmi les plus répandus :

  • Un smartphone
  • Un haut-parleur intelligent
  • Un GPS dans une voiture
  • Une montre connectée

3 - Des réseaux sans fil, 3G, 4G, 5G, Bluetooth ou WiFi qui transmettent le signal reçu. Ces réseaux sont invisibles car sans fil.

Ces messages sonores arrivent ensuite sur des outils numériques très puissants, invisibles eux aussi, qui vont :

4 - Décoder les messages vocaux et les traduire en texte.

5 - Utiliser pour cela sur des solutions d’Intelligence Artificielle, de Machine Learning et de NLP, Natural Language Processing.

6 - L’essentiel des traitements et des données nécessaires est pris en charge par des clouds publics.

Il est important de comprendre toute la complexité, la puissance, l’intelligence qui permet à un Google Home de répondre en moins d’une seconde à une question en apparence aussi simple que : « Quel temps fera-t-il à Valencia mercredi prochain ? »

Quels sont les fournisseurs capables de jouer un rôle important dans cette révolution des interfaces voix ?

  

Interfaces voix : principaux acteurs

Surprise ! On retrouve une fois de plus nos grands amis GAFAM, Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft.

Dans ce tableau je présente la situation actuelle des points forts, des points faibles des GAFAM.

GAFAM - Voix

GAFAM - Voix

1 - Smartphones : ce sont, aujourd’hui, et de très loin, les objets les plus nombreux disposant d’interfaces voix. Google contrôle 87 % du marché mondial avec Android, Apple 13 % avec iOS. Amazon, Facebook et Microsoft ont la même part de marché : 0 %.

2 - Interfaces voix : seul Facebook est absent de cette catégorie. Les quatre autres ont chacun leur solution, propriétaire.

3 - Smart Speakers : fin 2017, Amazon et Google sont les seuls à commercialiser des Smart Speakers. Apple devrait proposer HomePod dans la première moitié de 2018. Facebook et Microsoft n’ont rien annoncé pour le moment.

4 - Intelligence Artificielle : Google est le plus avancé dans ce domaine, suivi d’Amazon et Facebook. Les solutions de Microsoft et Apple sont moins performantes.

5 - Infrastructures Cloud : les lecteurs de ce blog ne seront pas surpris d’apprendre que Google, Amazon et Microsoft dominent ce marché. Facebook dispose d’infrastructures très performantes pour ses usages internes et Apple est en retard dans ce domaine.

6 - Multilingues : La maîtrise des langues est essentielle dans le domaine des interfaces voix ; Google est le leader incontesté et Amazon est en retard.

Début 2018, les forces en présence sont les suivantes :

  • Google earbuds 40 LanguagesGoogle fait la course en tête : avec plusieurs milliards de smartphones Android et Home, Google peut déployer Google Now sur un très grand nombre d’objets. Son deuxième avantage est la maîtrise des langues comme l’illustre son annonce des Earbuds, écouteurs Bluetooth capables de traduire en temps réel 40 langues.
  • Amazon et Apple sont bien placés, même s’il leur manque des éléments clefs comme l’accès aux smartphones pour Amazon.
  • Microsoft et Facebook ferment la marche : ils sont en retard dans de nombreux domaines.

 Il ne faut pas oublier les champions chinois, les BATX : Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi. Ils ont tous déjà annoncé des Smart Speakers. Baidu, Alibaba et Tencent sont très avancés dans le Cloud, l’intelligence artificielle et les interfaces voix.

Voice Assistants BATX Chinois

Ils déploient logiquement en priorité ces outils sur leur marché national, aux 1300 millions de clients potentiels.

Quand décideront-ils d’offrir eux aussi des solutions multilingues ? Je n’ai pas de réponses à cette question, par contre je suis convaincu qu’ils ont les compétences humaines et techniques pour le faire.

En Corée, Samsung a de grandes ambitions dans les interfaces voix, avec sa solution Bixby. Est-ce que ce sera suffisant pour se faire une place au soleil ? Je n’en suis pas convaincu.

  

Interfaces voix : grand public et entreprises

 Comme toujours, c’est dans le grand public que des solutions innovantes se diffusent en priorité et les interfaces voix n’échappent pas à cette règle.

Quelle sera la place des interfaces voix dans les entreprises ? Pour répondre à cette question, il faut s’interroger sur l’offre et la demande de solutions.

L’offre professionnelle :
1 - Microsoft propose Cortana pour des usages professionnels, en particulier dans Office 365. 
On peut aussi installer Cortana sur un téléphone Android, mais les premiers retours d’expérience ne sont pas très encourageants !

Alexa for Business2 - Amazon a annoncé « Alexa for Business » durant la conférence Re-Invent organisée par AWS fin novembre 2017.

3 - Google : il n’est pas nécessaire d’être un grand devin pour prévoir que « Google Now for Enterprise » sera disponible dans les premiers mois de 2018.

La demande professionnelle :

Quand j’évoque le sujet des interfaces voix dans le monde professionnel, on m’oppose souvent cette objection : parler à ses applications numériques dans nos bureaux, cela va vite devenir insupportable et tout le monde saura quelles sont les questions que je pose.

Cette objection est logique, car exprimée par des personnes qui travaillent dans les bureaux et les sièges sociaux des entreprises, mais… elles ne sont pas les premières clientes des interfaces voix.

Alexa Echo DotLes opérationnels, les personnes en usines, sur le terrain, qui conduisent des chariots élévateurs ou des camions seront les premiers bénéficiaires des interfaces voix. Leurs mains, leurs yeux sont utilisés en priorité pour leurs activités métiers et les interfaces classiques, souris ou tactiles, sont mal adaptés à leurs modes de travail.

Les équiper d’un casque Bluetooth, installer dans une usine des petits boîtiers de type Alexa Dot, qui coûtent moins de 50 €, permet de créer des environnements professionnels où la voix devient l’interface le plus efficace, le mieux accepté par les salariés.

  

Prochaines étapes

AdS DPC Voice Bot SS 114290846Toutes les entreprises doivent, immédiatement, se préparer à l’arrivée des interfaces voix. Pour ce faire, je vous propose de développer en 2018 deux ou trois « Voicebots », des applications « SoE », Systems of engagement, qui privilégient les environnements industriels et les clients internes opérationnels.

Vous pourrez, en 2018, choisir parmi un très grand nombre d’objets adaptés aux environnements professionnels permettant des interactions voix avec ces applications numériques de nouvelle génération.

 

Synthèse

Un mot clef résume ces nouvelles interfaces voix : invisibilité !

AdS DPC Man speaking with woman S 31442266Le dialogue entre une personne et un environnement numérique deviendra aussi naturel que celui qui s’établit entre deux personnes en face à face. Un artéfact, clavier, souris, écran tactile… ne sera plus nécessaire pour établir la communication.

La bouche et les oreilles sont les moyens les plus naturels de l’homme pour communiquer ; en 2027, nous les utiliserons en priorité pour dialoguer avec notre environnement numérique, personnel et professionnel.

En 2028, quand on se posera la question de savoir quel changement technologique aura le plus marqué la période 2017 - 2027, je suis prêt à parier que la réponse sera : les interfaces voix.

Plus grande innovation numérique de la période 2007 - 2017 : interfaces tactiles.

Plus grande innovation numérique de la période 2017 - 2027 : interfaces voix.

 


Sécurités historiques, périmétriques, pour entreprises & pays… un combat d’arrière-garde !

 

AdS DPC Old lock cadenas S 89945035Le cloud public n’est pas sécurisé ! Mes données ne sont pas protégées dans un cloud public ! AWS, Google, Microsoft Azure ne sont pas des fournisseurs sérieux, capables d’offrir la même sécurité que les acteurs historiques : IBM, HP, Cisco, Dell…

Cela fait dix ans que j’entends ces rengaines, transmises par des DSI, des dirigeants et des RSSI (Responsables de la Sécurité des SI).

L’un des thèmes dominants est celui de la protection de son « territoire », au sens physique du terme, comme le faisaient les châteaux forts du Moyen Âge, entourés de grandes murailles.

Cette démarche de protection périmétrique, qui était raisonnable au « Moyen Âge de l’informatique », n’a plus aucun sens aujourd’hui.

Voyons pourquoi.

 

Sécurité périmétrique entreprise

 Dans l’ancien monde informatique, les choses étaient simples : l’essentiel de l’activité se passait à l’intérieur de l’entreprise :

Muraille circulaire - Firewall entreprise

  • Les serveurs étaient hébergés dans un centre de calcul appartenant à l’entreprise.
  • Les postes de travail, des PC Windows, étaient reliés à un réseau Ethernet filaire, géré par les équipes internes.
  • Les accès informatiques à l’extérieur de l’entreprise par les salariés n’étaient que rarement nécessaires, souvent bloqués.
  • Un firewall, ou pare-feu était mis en œuvre, pour protéger les ressources et personnes présentes à l’intérieur de l’entreprise de toute attaque venant des « barbares » présents à l’extérieur.

Aujourd’hui, tout a changé !

AdS DPC chicken Inside outside S 98088222

  • Les infrastructures sont gérées par des industriels du cloud public, AWS, Google ou Microsoft.
  • De plus en plus d’applications SaaS, Software as a Service, sont utilisées, et elles sont toutes, par nature, hébergées à l’extérieur de l’entreprise.
  • Les postes de travail sont variés, mobiles, smartphones, tablettes, PC portables ou Chromebooks, et reliés à des réseaux mobiles, 3G, 4G ou WiFi.
  • Les collaborateurs ont besoin et exigent l’accès à leurs applications en tout lieu, à toute heure.

Dans ce nouveau monde, obliger les transferts de données à transiter par l’intérieur de l’entreprise pour ressortir ensuite vers le cloud n’a aucun sens.

  

Sécurité périmétrique pays

Muraille circulaire - ligne maginotC’est plus récent, mais encore plus ridicule ! De trop nombreuses voix s’élèvent pour exiger une protection périmétrique autour de chaque pays. On pousse même l’absurdité jusqu’à exiger que les données d’un pays soient stockées dans ce pays !

C’est une approche suicidaire et qui n’a aucun sens. Il faut remonter à nos grands stratèges militaires qui avaient imaginé la « Ligne Maginot » pour trouver une démarche aussi inutile et inefficace.

En 2012, la France a frappé fort en imaginant que deux fournisseurs de « Clouds souverains », Numergy et CloudWatt allaient bouter dehors les envahisseurs AWS ou Google ; ils avaient tous les deux disparu en 2015.

Je préfère la démarche moderne d’un acteur français du cloud public qui n’a jamais demandé 1 € à l’état, Outscale.

Map Data Centers Outscale

Comme l’illustre la carte de leurs centres de calcul, ils sont présents dans le monde entier, et non pas retranchés dans l’hexagone.

  

Nouveau modèle : triple confiance

Je suis probablement l’une des personnes les plus sensibles à la sécurité des SI et à la protection des données ; c’est pour atteindre ces objectifs que je milite pour une approche différente, aujourd’hui indispensable.

Comment créer la « confiance » ? La bonne démarche consiste à segmenter le problème en trois composants :

Securité 3 niveaux - Personne : transport : Data center

  • Confiance accès.
  • Confiance transport.
  • Confiance partage.

Cette démarche par composants a comme avantage supplémentaire la modularité et la flexibilité dans le choix des solutions. On peut à tout instant modifier l’un des outils utilisés sans remettre en cause tous les autres.

AdS DPC Hypochondriac S 47590383Hypocondriaques de la sécurité des SI, j’ai une mauvaise nouvelle pour vous ! Il existe des dizaines de solutions de haute qualité qui répondent très bien à ce besoin de confiance aux trois niveaux. Vous ne pourrez plus vous plaindre de l’absence de sécurité !

Il vous restera toujours la possibilité de vous retrouver entre vous, dans ces très nombreuses conférences sur la sécurité des SI qui ont pour principal objectif de transmettre des messages de peur et de maintenir les emplois de pseudo-professionnels de la sécurité arcboutés sur des démarches démodées et dangereuses.

J’ai proposé de regrouper ces solutions sous le nom TaaS, Trust as a Service. Ceci permet d’utiliser un mot positif, Trust - Confiance pour remplacer des mots à consonance négative comme sécurité.

 

Confiance Accès 

Ce premier niveau de confiance doit permettre :

  • De garantir l’identité de la personne qui se connecte.
  • De vérifier que l’objet utilisé peut le faire sans risques.
  • De moduler les droits en fonction des lieux et heures de connexion.

Sécurité Accès - 5ACette confiance d’accès doit être garantie pour les «5 A» en anglais, ou en français :

  • Toute personne
  • Tout objet d’accès
  • À tout moment
  • En tout lieu
  • Pour tout contenu


Les entreprises disposent aujourd’hui de tous les outils nécessaires pour garantir cette confiance d’accès. Quelques exemples :

AdS DPC Secure smartphone S 109939800

  • MDM Mobile Device Management : gestion des outils mobiles, séparation des données et applications professionnelles et privées..
  • Authentification forte : code aléatoire, SMS, empreintes digitales…
  • Chiffrement des contenus sur les objets d’accès.
  • Vérifier que les mises à jour d’OS et d’applications sont réalisées.

Les challenges majeurs à régler ne sont plus dans le domaine de la confiance, mais dans :

  • L’ergonomie des solutions, pour les rendre raisonnablement transparentes pour tous les collaborateurs.
  • Le coût élevé de trop nombreux produits.

  

Confiance Transport

AdS DPC Trusted Link S 140835419Aujourd’hui, créer les conditions de « Confiance Transport » ne pose plus de difficultés majeures.

L’objectif est simple : transporter en sécurité des données, depuis un objet d’accès vers un espace de partage. 

Tout est disponible pour créer les conditions de cette confiance transport :

  • Confiance transport
  • HTTPS : les échanges entre l’objet d’accès et le serveur sont chiffrés de manière transparente pour les utilisateurs. Offre une excellente protection depuis des dizaines d’années.
  • Chiffrement des contenus : si, pour un tout petit nombre de données hypersensibles, on souhaite aller au-delà de HTTPS, il est très facile de rajouter une fonction de chiffrement des contenus. Dans ce domaine aussi, de remarquables solutions existent depuis longtemps : PGP, racheté par Symantec, en est un bon exemple.
  • Pare-feu dans le cloud : pour remplacer les pare-feu anciens, périmétriques, il est possible de déployer des « pare-feu cloud » qui protègent les collaborateurs, où qu’ils soient. Zscaler est la solution dominante, aujourd’hui.

Confiance transport : problème réglé.

 
Confiance Partage
 

AdS DPC Secure Cloud Sharing S 57198898C’est dans ce domaine que les fantasmes sur la non-confiance à accorder au cloud public sont les plus virulents :

  • Le grand méchant Google va lire mes mails.
  • La NSA va pirater mes données commerciales et les envoyer à mon concurrent américain.
  • Mes données personnelles vont se retrouver chez Microsoft maintenant qu’ils ont racheté LinkedIn.
  • ….

Oui, bien sûr, des risques majeurs existent lorsque des données sensibles sont stockées dans des centres de calcul. Oui, mais :

  • Ces risques sont beaucoup plus élevés dans des centres de calcul passoires, que certains continuent à appeler « clouds privés ». Toutes les failles importantes de sécurité de 2016 et 2017 ont eu lieu lorsque les entreprises géraient elles-mêmes leurs centres de calcul.
  • Les grands acteurs industriels du cloud public ont des moyens techniques et humains pour assurer la sécurité et la confidentialité des données qui leur sont confiées sans commune mesure avec ceux des entreprises, même les plus grandes.

Lisez attentivement ce que proposent AWS ou Google pour protéger leurs centres de calcul. Ensuite, posez-vous une question simple : est-ce que je suis capable d’offrir le même niveau de sécurité ?

Prenons deux exemples, le chiffrement et la réglementation européenne GDPR.

Microsoft win over US governmentAWS, Google ou Microsoft chiffrent toutes les données qui leur sont confiées. Quand je l’explique à mes interlocuteurs, il y en a toujours un pour me rétorquer : « Oui, mais ce sont eux qui ont la clef et ils la donneront si une autorité politique ou policière en fait la demande ». Les conditions dans lesquelles ils acceptent de le faire sont exceptionnelles, comme le montre cette victoire de Microsoft dans un procès avec le gouvernement américain.

Je ne résiste jamais au plaisir de poser à mon tour une question : quel est le pourcentage de vos données qui sont chiffrées dans vos centres de calcul ? La réponse que j’obtiens le plus souvent : 0 %.

AWS KMS Key Management Service bring your own keysPour rassurer leurs clients, nos champions du cloud public sont allés encore plus loin : ils proposent tous, comme AWS dans cet exemple, de chiffrer vos données avec une clef qui vous appartient, à laquelle ils n’ont pas accès.

 Fin mai 2018, la directive européenne sur la protection des données personnelles, la GDPR, s’imposera à toutes les organisations présentes en Europe, et c’est une excellente initiative. Cela a créé de superbes opportunités « business » pour juristes, professionnels de l’informatique et sociétés de services qui proposent d’aider les entreprises à être en règle avec la GDPR.

L’essentiel des données de mes entreprises est dans des clouds Google. J’ai reçu il y a quelques jours ce sympathique message de Google :

Google ready for GDPR

  • M’informant que tout était déjà prêt, en novembre 2017.
  • Me donnant le texte des nouvelles règles qui s’appliqueront, pour que j’aie le temps de les étudier.
  • Me confirmant que je n’aurai rien à faire le jour de la mise en vigueur de la GDPR, ils vont l’activer pour moi.

Dois-je rajouter que les mises en conformité GDPR de mes entreprises ne m’auront pas coûté 1 €, ni occupé une seule journée de travail d’un collaborateur ?

 

Synthèse

Passe Muraille MontmartreCette démarche simple, pragmatique, des « trois confiances » permet à toute organisation, quelle que soit sa taille, de créer un exceptionnel niveau de confiance pour accélérer sa transformation numérique.

Elle peut le faire en utilisant des solutions industrielles du marché, de haute qualité et qui seront de plus en performantes dans les mois et années qui viennent.

Libre à vous de rester sur vos vieilles démarches périmétriques, mais ne comptez pas sur moi pour vous accompagner… Le « passe muraille », célèbre monument de Montmartre à Paris : une excellente illustration de vos firewalls passoires si vous continuez dans cette voie sans issue.

 


Systems of Record, Systems of Engagement, Systems of Intelligence : LA réponse aux attentes numériques des clients internes du SI. Deuxième partie

 

SoR SoE Référentiels 3 bricksDans la première partie de cette analyse, j’ai mis en évidence l’importance de la création des trois premières briques de cette approche innovante :

  • SoR : Systems of Records
  • SoE : Systems of Engagement
  • Référentiels de données

Ensuite, et ensuite seulement, il est possible d’aller plus loin, en s’appuyant sur les potentiels de l’Intelligence Artificielle et des outils de Machine Learning, en développant des SoI, Systems of Intelligence.

  

SoI : Systems of Intelligence

SoI, Systems of Intelligence : on peut utiliser la même expression en français : « Systèmes d’intelligence ».

Rappel : j’ai écrit en 2016 deux billets détaillés, ici, et , sur les potentiels des solutions d’IA et de Machine Learning (IA/ML).

AdS DPC Data robinet S 105436910L’un des ingrédients essentiels de toute solution IA/ML est la possibilité d’utiliser des données, beaucoup de données, et des données fiables. Les entreprises qui oublient cette évidence iront dans le mur pour tous leurs projets IA/ML.

C’est pour cela que l’existence de référentiels fiables est un préalable à tout projet IA/ML. Ce n’est que quand cette première étape est terminée qu’il devient possible de mettre en œuvre des Sol.

SoR  SoE  SoI  Référentiels données

Quelles sont les caractéristiques de base d’un SoI ?

  • Il s’appuie sur les référentiels de l’entreprise.
  • Il est en priorité à la disposition des opérationnels pour les aider dans leurs activités.
  • Il joue le même rôle qu’un SoE, s’appuie sur les mêmes interfaces ; un opérationnel ne devrait pas voir de différences dans ses échanges avec un SoE et un SoI.
  • A la différence d’un SoE, construit par un ingénieur logiciel, un SoI est construit par des outils IA/ML ; sa logique n’est pas maîtrisée par un humain.
  • SoE et SoI sont complémentaires : il faudra beaucoup de pragmatisme pour choisir, cas par cas, quelle est la réponse qui apporte le plus de valeur aux opérationnels.

Les SoI ont-ils un rôle potentiel important dans la mutation numérique des entreprises ? Oui bien sûr. Les SoI sont-ils la réponse « magique » universelle ? Bien sûr que non. C’est une corde de plus à l’arc des outils des spécialistes des SI ; à eux de l’utiliser à bon escient.

  

Différents clients internes pour SoR, SoE, SoI

Construire un environnement numérique innovant s’appuie sur trois familles de solutions, SoR, SoE et SoI.

Je vous propose aussi de segmenter les « clients internes » en… trois familles !

SoR  SoE  Clients opérationnels  informationnels

Remarque : pour la clarté du schéma, je n’ai pas représenté les SoI ; ils sont à mettre en parallèle avec les SoE, ils jouent le même rôle, ont les mêmes clients internes prioritaires.

1 - Spécialistes informationnels : ce sont des personnes qui passent l’essentiel de leur temps sur des activités informationnelles complexes. Ils sont en majorité dans les sièges des entreprises, dans des fonctions supports. Ils sont contrôleurs de gestion, spécialistes de la paye, ou à la direction des achats. Ce sont les clients prioritaires des SoR, qu’ils vont utiliser plusieurs heures par jour.

AdS Plane cockpit S 107812956La richesse fonctionnelle de ces SoR, leur complexité d’usage ne font pas peur à ses spécialistes, au contraire, et ils en ont souvent objectivement besoin. Un pilote d’avion dispose d’un tableau de bord plus riche, plus complexe qu’un conducteur de voiture particulière.

L’erreur trop souvent commise a été de vouloir utiliser ces mêmes applications, ces mêmes interfaces spécialisées et complexes pour tous les collaborateurs de l’entreprise, en pensant que l’unicité des réponses était la  meilleure réponse.

Alexa Garmin screen2 - Opérationnels : ce sont des personnes dont le métier principal n’est pas lié à l’information. Ils sont chauffeurs routiers, ouvriers sur une ligne de montage d’avion ou agents de sécurité. Ils ont besoin, de temps en temps, d’accéder à des informations pour faire leur métier, mais ce n’est jamais leur activité dominante.

Les SoE et SoI construits pour eux doivent donner une absolue priorité à la simplicité d’usage, à la sélection des seules informations dont ils ont besoin. Le minimalisme sera la qualité principale de ces interfaces. La société Garmin vient d’annoncer un GPS « Voicebot », piloté par Alexa d’Amazon qui illustre très bien cette tendance de fond. Difficile d’imaginer un affichage plus simple !

3 - Informationnels : ce sont des personnes, opérationnelles, pour qui l’information représente une partie importante de leurs activités. Un responsable de planning en usine, un commercial sur le terrain, un agent de maintenance sont représentatifs de cette famille, nombreuse et variée, de clients des SI.

AdS DPC huge planning screen S 171568550Les SoE et SoI construits pour eux seront plus riches en contenus que ceux des opérationnels, mais ils doivent aussi donner la priorité à une ergonomie qui privilégie la simplicité et l’adaptation au contexte. Un responsable de planning aura peut-être besoin d’un écran fixe de 80 pouces quand le commercial sera mieux servi par un Chromebook de 11 pouces.

La variété des objets d’accès, la variété des informations utiles seront maximales pour ces populations d’informationnels : le nombre de SoE et SoI spécialisés à construire pour eux représente un vrai challenge pour les équipes d’ingénieurs logiciels. C’est la population qui aura le plus besoin d’un SoI, capable de prendre en compte ces différents contextes professionnels.

Je n’ai pas encore rencontré une entreprise qui segmente ses clients internes selon cette typologie. C’est, à mon avis, un axe majeur d’amélioration rapide des solutions numériques à déployer, et qui sera accueilli à bras ouverts par… tous les collaborateurs de l’entreprise. Pour la première fois, les SI seront construits en tenant compte de la réalité de leurs activités quotidiennes !

  

Synthèse

AdS DPC hands with 9 fingers S 95792846Trois familles de solutions, SoR, SoE et SoI ; trois familles de clients internes, spécialistes informationnels, opérationnels et informationnels. Accepter le principe de cette matrice à 9 positions, c’est faire un pas de géant vers des solutions numériques qui collent aux attentes de l’entreprise et de ces collaborateurs. C’est aussi, une fois de plus, dire adieu aux vieux mythes de l’unicité et des solutions intégrées !

Un beau chantier pour les 2 ou 3 années qui viennent…