Pseudo Cloud, ou Cloud Natif ?

 

Menteur grand nez CloudEn 2019, connaissez-vous un seul DSI, un seul fournisseur de solutions numériques qui ne se déclare pas être un très grand fan du Cloud ? Moi, non. 

Après 15 ans d’existence, l’expression “Cloud Computing” fait partie des “meubles numériques” et plus personne n’ose se déclarer ouvertement contre.

Petit problème : le mot Cloud a autant de significations différentes que de personnes qui l’utilisent.

Il devient urgent de clarifier la situation ; je vous propose de simplifier l’analyse en séparant en deux grandes familles les visions “Cloud” des entreprises :

  • Pseudo Cloud : utilisation de solutions Cloud pour faire comme avant, pour ne rien changer en profondeur.
  • Cloud Natif : utiliser intelligemment les nouveaux potentiels du Cloud pour repenser ses usages numériques, autrement.

 

Le Cloud, le vrai, aujourd’hui

J’écrivais déjà en 2012, il y a plus de 7 ans, un billet sur le “faux cloud”, et ce texte reste, hélas, d’actualité.

AdS DPC IaaS  PaaS  SaaS S 162794428Les fondamentaux du cloud sont très stables, depuis les années 2007 :

  • Des infrastructures IaaS, Infrastructure as a Service, que l’on paye à l’usage, en OPEX.
  • Des applications SaaS, Software as a Service, multi-tenant, avec une même instance pour tous les clients.
  • Des outils de développement PaaS, Platform as a Service, de plus en plus indépendants des infrastructures, avec les démarches Serverless.

Ce ne sont pas des concepts d’une extrême complexité ! Fournisseurs et DSI sont tous capables de les comprendre.

Pourquoi faut-il, en 2019, que je rencontre encore des personnes intelligentes qui, en apparence, parlent de Clouds qui n’ont rien à voir avec ces idées simples ?

 

Pseudo Cloud : comment le reconnaître

DPC Choice highway S 55298497Vous ne rencontrerez jamais une personne qui vous dira qu’elle a une démarche “pseudo cloud”. Il y a heureusement des indicateurs clefs qui ne trompent pas, et qui permettent d’identifier cet animal bizarre qui se dit cloud, essaie de ressembler au cloud, mais n’a rien de commun avec un cloud natif.

La liste qui suit, de décisions Pseudo Cloud, n’est pas exhaustive, mais permet d'identifier les entreprises Pseudo Cloud avec une marge d’erreur inférieure à 10 %.

Migrer ses machines virtuelles (VM) sur le cloud.

Oui, il est possible de porter rapidement des VM sur Azure, GCP de Google ou AWS. Ces trois grands acteurs industriels du cloud public ont tous signé des accords avec VMware pour faciliter cette migration.

Porter ses applications historiques sur le cloud.

Exécuter Oracle Applications sur AWS ou SAP sur Azure, c’est possible depuis longtemps. Cela a un nom, depuis plus de 30 ans : l’hébergement d’applications, qui existait bien avant l’arrivée du premier cloud public, AWS en 2007.

Choisir une application en “mode SaaS”.

Derrière ce vocable “mode SaaS”, les éditeurs historiques proposent le plus souvent des applications traditionnelles hébergées, multi-instances, mono-tenant, qui n’ont aucune des caractéristiques des véritables applications SaaS, multi-tenant.

Man falling in SAP:4HANAMigrer ses applications SAP vers S/4 HANA

J’ai écrit un billet entier pour dire tout le “bien” que je pense de cette démarche.

C’est beaucoup plus dangereux qu’un simple portage à l’identique d’une application SAP classique sur une infrastructure Cloud. Avec HANA, la malheureuse entreprise qui se laisse piéger devient doublement prisonnière de SAP, pour ses applications et pour ses… infrastructures en étant obligé de choisir une base de données propriétaire SAP.

Choisir des applications de BI, Business Intelligence à installer sur poste de travail

On peut citer, parmi les plus connues, Qlik Sense ou Tableau. Comme tous les usages Cloud Natif, les applications de BI doivent pouvoir être utilisées depuis un navigateur ; DataStudio de Google en est un bon exemple.

Utiliser des outils bureautiques installés sur PC.

C’est l’exemple le plus classique, le plus répandu que je connais de Pseudo Cloud. Une majorité d’entreprises font aujourd’hui le choix d’Office 365 et croient, ou font semblant de croire qu’elles… migrent sur le Cloud. Dans 90 % des cas, elles continuent à déployer la version PC d’Office, avec Word, PowerPoint ou Excel, ce qui est la négation d’une solution Cloud Native.

AdS DPC homéopathie S 24910859Tous ces indicateurs ont un point commun : ils permettent aux entreprises de continuer à fonctionner “comme avant le cloud”. Ils représentent :

  • Des changements homéopathiques dans tous les domaines d’infrastructures, d’applications, d’externalisation, de développement.
  • Des changements homéopathiques dans les modes de travail des collaborateurs, qui continuent à utiliser leurs applications paléontologiques telles que Microsoft Office sur leur PC ou SAP.
  • Des changements homéopathiques dans la gouvernance des SI, toujours considérés comme des centres de coûts.

Rappel : la France vient de décider que l’homéopathie avait des résultats “peu probants”, mais n’était pas dangereuse pour la santé. La même remarque peut être faite pour les démarches “Pseudo Cloud” : elles n’ont aucune efficacité prouvée, mais sont sans risques à court terme.

 

Cloud Natif : signes distinctifs

Aujourd’hui, les géants du IaaS proposent des offres d’une exceptionnelle richesse, et qui s’améliorent tous les ans.

Ce double tableau montre l’évolution du nombre de services proposés par GCP, Google Cloud Platform, entre février 2017 et juillet 2019. L’évolution des offres AWS est très similaire.

Google GCP 2017 vs 2019

La majorité de ces services n’existe pas dans les solutions numériques “pré cloud”. Connaître, maîtriser et savoir utiliser ces centaines de services, c’est un travail à temps plein, qui demande des compétences exceptionnelles, réparties dans des équipes de haut niveau.

Ce deuxième tableau, d’avril 2018, présente les logos de… 5000 logiciels SaaS pour les seules fonctions marketing et commerciales ! Malgré mes efforts et une veille technologique quotidienne de 2 heures, je n’en connais pas plus de 3 % à 5 %.

Marketing map solutions

Avoir une démarche “Cloud Natif”, c’est comprendre et accepter que le panorama des offres du Cloud n’a plus rien à voir avec ce qui était disponible il y a 10 ou 15 ans. C’est aussi comprendre et accepter qu’il faut tout repenser, remettre à plat, dans les infrastructures, les usages et les développements.

  • Essayer de répliquer dans ses petits centres de calcul privés la richesse fonctionnelle d’un AWS ou d’un GCP : absurde, impossible, ridicule, hors de prix…
  • Continuer à penser ERP intégré, quand des dizaines de milliers de solutions SaaS remarquables, chacune dans leurs créneaux proposent des solutions plus ergonomiques, plus économiques, plus performantes, plus rapides à déployer, c’est conduire une voiture du début du 20è siècle à l’époque des véhicules électriques et autonomes.

J’ai regroupé ces quatre images automobiles qui illustrent bien ces différences d’approches :

Canoo Electric Car

  • Une des premières voitures à moteur était une voiture à cheval à laquelle on avait ajouté un moteur thermique (Musée de Mulhouse). Une bonne représentation des ERP des années 1990.
  • A côté, j’ai mis une photo de la “nouvelle” Porsche électrique Taycan annoncée en septembre 2019. Rien ne vous choque sur cette photo ? Regardez bien ! Elle porte la mention “Turbo” ! Turbo sur un véhicule électrique, ils ont tout compris chez Porsche ! Une excellente illustration des ERP en 2019, tels SAP/4 HANA, qui n’ont rien compris à la profonde évolution des solutions cloud natives.
  • En dessous, il y a deux photos, externes et internes, d’un nouveau véhicule électrique, de l’entreprise Canoo. Tout a été repensé, de A à Z, pour profiter des innovations rendues possibles par des moteurs électriques placés dans les roues.

Les entreprises cloud natives ont compris et accepté qu’il est indispensable de tout remettre à plat. Quelques exemples de décisions Cloud Natif :

  • Fermer le plus vite possible tous mes centres de calculs archaïques.
  • Créer des équipes d’infrastructures de haut niveau qui maîtrisent les solutions IaaS.
  • Essayer de trouver parmi les milliers de solutions SaaS disponibles des réponses “raisonnables” aux attentes des métiers pour les fonctions support.
  • Développer, avec des équipes internes de “builders”, les applications cœur métiers en microservices, Serverless…
  • Redonner leur indépendance aux données, les sortir du carcan des applications historiques.
  • Repenser les échanges avec la DG et les directions métiers, se mettre à leur service et répondre rapidement à leurs demandes légitimes d’innovations rapides.

Rien de tout cela n’est facile, dans un monde Cloud Natif, j’en suis conscient. Je sais aussi que c’est totalement impossible dans une démarche Pseudo Cloud.

 

Les “Exits” vers un Cloud Natif

Ce billet est écrit début octobre 2019, avant qu’une décision définitive sur le Brexit ne soit prise. 

Sans attendre le résultat du Brexit, je propose aux responsables de la Transformation Numérique de leur entreprise de mettre en chantier trois “Exit” numériques ; ceci ne concerne que les entreprises qui ont encore comme “membres” de leur espace numérique ces solutions historiques.

Pseudo Cloud - Cloud Natif fournisseurs

  • SAPExit : c’est de loin le plus difficile ! J’ai écrit l’année dernière un long billet qui présente les nouvelles compétences nécessaires à la DSI pour réussir à sortir de SAP. En y mettant beaucoup d’énergie et de courage, il faudra probablement 3 à 7 ans aux grandes entreprises pour réussir leur SAPExit. Raison de plus pour démarrer, immédiatement !
  • OraclExit : il peut prendre deux formes, selon les entreprises, exit des bases de données et/ou des applications. Cet Exit est probablement celui qui sera le plus rentable, surtout pour la partie bases de données, qui sont omniprésentes dans les grandes entreprises.
  • VMware Tansu = containers + VMVMExit : Passer d’une plateforme VM à des containers est de loin le plus rapide et le plus facile de tous les Exit. Bravo à VMWare qui a bien compris que les containers ont gagné la partie et propose maintenant Tanzu, sa solution maison containers.

 

Un test simple : êtes-vous Pseudo Cloud ou Natif Cloud ?

Je vous propose un test simple pour vous aider à comprendre à quel groupe appartient votre entreprise. Il comporte dix thèmes et pour chacun vous devez choisir une seule des deux réponses, en mettant 1 dans la colonne PC (Pseudo Cloud) ou CN (Cloud Natif).

Important : il ne s’agit pas d’évaluer la situation actuelle, mais la cible que vous avez définie pour votre Transformation Numérique.

Ce tableau, que vous pouvez agrandir et copier, vous servira pour enregistrer vos réponses.

Matrice Pseudo Cloud - Cloud Natif

Une rapide explication pour chacun de ces thèmes :

  • ERP intégrés vs Best of Breed. Est-ce qu’un ERP intégré fait partie de votre démarche ou est-ce que vous optez en priorité pour des solutions SaaS “Best of Breed”.
  • Souhaitez-vous garder des applications historiques, en mode hébergé, ou basculer au maximum sur des solutions SaaS multi-tenant.
  • Voyez-vous un avenir aux grandes applications monolithiques ou avez-pris la décision de privilégier des applications microservices, qui communiquent par API.
  • Est-ce que l’externalisation des développements restera la règle ou allez-vous reconstruire des équipes importantes de développement en interne pour reprendre la maîtrise de vos applications cœur métier.
  • Allez-vous continuer à utiliser des VM ou vont-elles être rapidement remplacées par des containers.
  • Des centres de calcul privés, aussi appelés Clouds Privés, garderont-ils une place importante dans le futur ou voyez-vous l’avenir de vos infrastructures dans des solutions IaaS, avec une démarche DataCenterLess (sans centres de calculs privés).
  • Pensez-vous que vos collaborateurs ne peuvent pas travailler sans Office sur leurs postes de travail ou qu’une bureautique “Web” comme G Suite est la meilleure réponse pour eux.
  • Serez-vous capable, ou non, d’éliminer pour la grande majorité des collaborateurs toutes les applications installées sur les PC pour basculer vers des solutions navigateurs.
  • Vos dirigeants et directeurs financiers sont-ils prêts à accepter que les budgets du numérique basculent d’une culture CAPEX, investissements, à une approche OPEX, coûts de fonctionnement.
  • Pour la sécurité, allez-vous continuer à faire confiance à des pare-feux traditionnels, périmétriques, qui protègent vos lieux de travail, ou acceptez-vous de déployer des pare-feux dans le cloud, tels que Zscaler, qui protègent les accès de vos collaborateurs où qu’ils soient.

Comment analyser vos résultats

Comptez combien de “1” vous avez dans la colonne CN, Cloud Natif :

Echelle 10 niveaux Pseudo Natif Cloud

  • De zéro à trois : votre entreprise a clairement choisi une démarche Pseudo Cloud.
  • De quatre à six : vous hésitez entre les deux démarches, mais êtes bien parti pour devenir rapidement Cloud Natif.
  • De sept à dix : vous avez basculé dans une véritable logique Cloud Natif.

 

En synthèse : la situation actuelle en France

Je vais réutiliser la courbe de Gauss de l’innovation, qui répartit les entreprises en cinq grandes familles.

Gauss Innovation - Pseudo vs Natif Cloud

Sur la courbe de gauche, j’ai représenté la situation du Pseudo Cloud : il ne reste plus qu’un tout petit nombre d’entreprises retardataires à considérer qu’elles ne sont pas Cloud, mais au sens Pseudo Cloud.

La courbe de droite correspond aux entreprises qui sont vraiment Cloud Natives. Elles sont encore dans la famille des premiers adopteurs, largement minoritaires.

Dirigeants et responsables de la Transformation Numérique, le plus dangereux est de se mentir à soi-même et de se persuader que l’on est Cloud Natif quand en réalité on est resté dans une démarche Pseudo Cloud.
J’espère que ce billet vous aidera à mieux comprendre à laquelle de ces deux familles appartient votre entreprise.




Clouds Publics : la confiance...

 

AdS DPC cloud risk walking S 201821174Je ne pensais pas devoir, en 2019, écrire encore sur ce sujet !

En 2011, j’avais publié dans ce blog un billet sur la “néphophobie”, la peur du cloud. Son contenu est, malheureusement, toujours d’actualité.

Je rencontre encore tous les jours dans mes séminaires et missions de conseil, des entreprises de toute taille, privées et publiques, qui me disent que les solutions Clouds Publics ne sont pas possibles pour elles, pour des raisons de “confidentialité” ou de “sécurité”.

Les solutions clouds publics d’infrastructures IaaS (Infrastructures as a Service) existent depuis 2006, avec AWS (Amazon Web Services) et les usages SaaS (Software as a Service) depuis 1999, avec Salesforce.

Si “clouds publics” était synonyme de “dangers publics”, cela se saurait...

 

Deux questions distinctes, sécurité et confidentialité

Cloud security vs confidentialityLes deux questions universelles posées par les entreprises sont toujours les mêmes :

  • Quel est le niveau de sécurité des infrastructures informatiques que j’utilise ?
  • Est-ce que mes données sont bien protégées ?

C’est en séparant clairement ces deux questions que l’on peut progresser rapidement, proposer des réponses précises et créer la confiance dans les Clouds Publics.

La première des tactiques des anti-clouds et de regrouper ces questions pour rendre plus opaque la situation ; il ne faut pas tomber dans ce piège.

La deuxième tactique utilisée par les anti-clouds est de poser la question dans l’absolu : peut-on faire confiance aux Clouds Publics ?

La seule question qui vaille est relative : entre Clouds Publics et solutions gérées en interne, dans mes centres de calcul privés, quelle est la meilleure, ou la moins mauvaise solution en matière de sécurité et de confidentialité ?

Vos données sont, au choix :

  • Dans des infrastructures qui vous appartiennent, gérées par vous ou hébergées.
  • Dans des Clouds Publics.

Il n’y a pas d’autres options.

Peut-on garantir une sécurité parfaite ? Non !

Peut-on garantir une confidentialité parfaite ? Non !

Toute personne qui prétend le contraire est un menteur ou un imbécile.

Je vous propose de traiter séparément, sereinement, logiquement, ces deux thèmes, sécurité et confidentialité.

 

Sécurité des Clouds Publics

Logo Géants CloudEn 2019, quatre fournisseurs, et quatre fournisseurs seulement, proposent des solutions IaaS industrielles et pérennes : (par ordre alphabétique)

  • Aliyun, du chinois Alibaba.
  • AWS, Amazon Web Services.
  • GCP, Google Cloud Platform.
  • Azure, de Microsoft.

Cet oligopole regroupe des entreprises sérieuses, professionnelles, qui investissent massivement dans des infrastructures informatiques de qualité.

Ils investissent aussi massivement dans la sécurité de leurs infrastructures, avec des équipes dont la taille approche ou dépasse le millier de personnes.

Security of on the cloudLeur rôle est clair, comme le présente ce schéma : mettre à la disposition de leurs clients des infrastructures dont ils garantissent la sécurité, la sécurité du cloud.

Ils ne sont pas responsables de ceux que font leurs clients avec ces infrastructures. Un constructeur automobile est responsable de la qualité des voitures qu’il commercialise, qui passent des tests de plus en plus difficiles. Il ne peut pas garantir qu’un conducteur qui conduit avec 3 g d’alcool à 120 km/h en ville ne va pas causer des catastrophes humaines.

Bien conscients que cette question est essentielle pour garantir leur succès à long terme, les quatre géants des Clouds Publics publient de nombreux documents présentant leurs démarches pour garantir un niveau de sécurité très élevé.

Je vous propose de lire quelques-uns de ces documents, de Alibaba, AWS, Google ou Azure.

Posez-vous ensuite honnêtement la question : est-ce que mes équipes internes sont capables de proposer des niveaux de sécurité au moins aussi élevés que ces professionnels du cloud ?

La fiabilité de ces fournisseurs est remarquable, oui. Elle ne sera jamais parfaite et aucun d’entre eux ne propose des contrats SLA de garantie de services à 100% : ils savent très bien qu’aucune entreprise n’est à l’abri d’une panne ou d’un incident, technique ou humain.

Cloud Downtime 2018 - AWS  GCP  AzureCe graphique donne les temps de panne (downtime) d’AWS, Google et Microsoft pour 2018. C’est le nombre total de minutes d’interruption de services sur toute l’année 2018. Pour mieux apprécier leur performance, il faut savoir que l’interruption d’un seul service dans une seule zone géographique est comptabilisée.

Niveau exceptionnel de sécurité, niveau exceptionnel de fiabilité : les géants du Cloud Public ont démontré depuis de nombreuses années qu’ils sont capables de faire mieux que 99,999 % des entreprises qui essaient de gérer en interne leurs infrastructures informatiques.

Tous les dirigeants rationnels et honnêtes l’ont compris ; problème réglé !

Reste maintenant à aborder un thème plus polémique, celui de la confidentialité des contenus. Avant, il est indispensable d’étudier la géopolitique des acteurs concernés, et en priorité, celle des “anciens combattants” de l’informatique.

 

Les anciens combattants, vecteurs d’une épidémie mortelle, la trouille

Les solutions Clouds Publics d’infrastructures et d’usages bouleversent tous les secteurs d’activités informatiques ; les constructeurs historiques, qui ne sont pas idiots, l’ont bien compris et... ont choisi la trouille comme arme de défense principale.

J’ai regroupé dans ce schéma les “anciens combattants” de l’informatique dans cinq grandes familles :

  • Les fournisseurs d’infrastructures.
  • Les éditeurs de logiciels historiques, et en particulier les ERP intégrés.
  • Les vendeurs de solutions archaïques de sécurité, dont la peur est le fond de commerce.
  • Les consultants en sécurité, avocats et juristes, autres champions de la peur.
  • Et, bien sûr, les nombreux DSI qui défendent leurs anciens attributs de pouvoir tels que les centres de calcul privés.

Anciens combattants Cloud

Fournisseurs historiques d’infrastructures

OCP logo  OCP acceptedIls vendaient des serveurs, des disques de stockage ; ils ont pour nom Dell, HP ou IBM. Les géants du Cloud Public n’achètent pas chez eux : ils sont trop chers et pas assez performants. Google et les autres font fabriquer directement leurs matériels en Asie, avec des modèles dont la majorité est en Open Source, fédéré par l’association OCP, Open Compute Project, créée par Facebook en 2011.

Les entreprises qui migrent sur le cloud n’achètent plus leurs matériels. Les maxi-entreprises comme Bank of America qui peuvent encore se permettre de garder des centres de calculs privés le font en.. achetant des serveurs compatibles OCP.

Etonnez-vous que ces fournisseurs historiques fassent la gueule et essaient de convaincre leurs ex-clients que le Cloud Privé est plus sûr que le Cloud Public.

Editeurs historiques d’applications

Il était un temps, fort lointain, où les entreprises achetaient des logiciels à installer dans leurs centres de calcul, payaient fort cher des licences et des contrats de maintenance. Elles avaient aussi la joie de devoir gérer elles-mêmes les mises à jour, pour le plus grand bonheur des ESN, Entreprises de Services Numériques. Les deux champions incontestés de cet ancien monde avaient pour nom SAP et Oracle. Allergiques aux solutions SaaS natives, multi-tenant, ces éditeurs essaient de survivre en faisant croire que l’hébergement dans le cloud d’instances spécifiques à chaque client, c’est beaucoup mieux.

Vendeurs de solutions archaïques de sécurité

Security appliancesLes lecteurs de ce blog qui ont connu l’informatique de grand-papa vont regarder ce schéma avec un œil attendri : cela leur rappellera leur jeunesse, époque révolue où il fallait installer des dizaines de serveurs spécialisés pour chaque fonction de sécurité. On les nommait “appliances”, cela faisait plus chic et moderne. Les leaders de ces marchés avaient pour nom Cisco, Fortinet ou Palo Alto Networks.

Clouds Publics = disparition des centres de calcul des entreprises.

Clouds Publics = disparition du marché des appliances de sécurité en tout genre.

Consultants en sécurité, avocats et juristes

AdS DPC Cyberwar S 121916236Qu’elle était sympathique l’époque où les entreprises essayaient, sans succès, de gérer elles-mêmes la sécurité et la confidentialité dans leurs informatiques internes. Des armées de consultants en sécurité leur apprenaient les meilleures pratiques dans ces domaines. Les nouvelles menaces arrivaient plus vite que leurs capacités à les gérer et créaient de nouveaux flux de revenus sans fin.

Juristes et avocats étaient prêts à aider les entreprises à régler les nombreux litiges que créaient ces failles continues de sécurité. Les Clouds Publics assèchent ces vieux marchés lucratifs ; ces professionnels du droit mettent maintenant leurs espoirs dans des lois telles que le RGPD qui créent de nouvelles contraintes, de nouvelles craintes.

DSI historiques, qui défendent leurs territoires de pouvoir

AdS DPC Manager with umbrella danger S 168264171Ces quatre familles de fournisseurs historiques, dont l’avenir est fortement compromis par les solutions Clouds Publics, ne survivraient pas longtemps s’ils n’avaient pas… l’oreille attentive d’un grand nombre de DSI qui se sentent, eux aussi, menacés par le tsunami Cloud Public.

Fournisseurs et DSI historiques, unis par une même peur du futur, propagent cette trouille auprès de leurs dirigeants et collaborateurs. Le moindre incident dans le Cloud Public, et il y en a, est monté en épingle, utilisé comme un épouvantail très efficace. Ils oublient simplement de dire que toutes les grandes failles informatiques de ces dernières années, toutes les pertes de données pour des dizaines et centaines de millions de personnes ont toutes, sans exception, eu lieu dans leurs centres de calcul internes, véritables passoires numériques.

 

Confidentialité des données

La protection des données utilisées par les entreprises, qu’elles concernent les clients externes, les collaborateurs, les produits… est depuis toujours une priorité.

L’arrivée des solutions de Clouds Publics ne crée pas un nouveau problème de protection, mais oblige les entreprises à s’adapter à de nouveaux défis, à rechercher de nouvelles solutions.

Une fois de plus, il ne faut pas raisonner dans l’absolu et se poser une mauvaise question :

“Est-ce que mes données sont bien protégées dans les clouds publics ?”

AdS DPC Data stored every where 84427391La bonne démarche consiste à comparer les solutions dans les clouds publics avec la situation actuelle, avec des données souvent stockées dans des centres de calcul internes, dans des serveurs répartis dans toute l’entreprise et aussi sur des centaines, des milliers de PC, smartphones et autres tablettes.

La seule question raisonnable à se poser est :

Est-ce que l’utilisation de Clouds Publics rend moins bonne ou améliore la protection de mes données ?

Pour les entreprises positives, raisonnables, rationnelles qui ont compris les potentiels des clouds publics il est facile de traduire cette question générale en la décomposant en une suite de questions plus techniques et en recherchant, cas par cas, s’il existe des réponses de qualité.


Sans prétendre à l’exhaustivité, j’ai identifié quelques questions principales à se poser :

  • Utiliser un parefeu (Firewall) pour mieux contrôler les données qui entrent et sortent.
  • Chiffrer des données, quelles données.
  • Utiliser une solution de SSO, Single Sign On, pour faciliter la vie des utilisateurs et éviter un trop grand nombre de mots de passe.
  • CASB explained in RedUtiliser une Authentification forte, une double authentification pour compléter les mots de passe.
  • Mettre en œuvre des copies de sécurité (Backup) pour se protéger des pertes volontaires ou involontaires de données
  • Choisir un CASB, Cloud Access Security Broker, outils récents créés spécialement pour protéger les Clouds.
  • ….

Les professionnels de la sécurité informatique pourront trouver que mon analyse est très incomplète, mais j’assume une démarche pragmatique et raisonnable qui va à l’essentiel.

Avant de présenter quelques solutions qui répondent à ses demandes légitimes, il faut poser une question préalable sur la motivation des entreprises et des DSI qui mènent ces études.

AdS DPC positive vs negative S 189391249Je les classe en deux familles :

  • Les entreprises positives, qui recherchent vraiment des solutions, et sont ravies quand on leur propose des réponses raisonnables.
  • Les entreprises négatives, qui cherchent des “alibis” pour ne pas aller vers des solutions Clouds Publics, et font “la gueule” à chaque fois qu’une solution proposée fait tomber une barrière dans la course de haies qu’elles organisent en espérant ne jamais arriver au bout.

Entreprises à la recherche d’alibis, passez votre chemin, assumez votre à priori négatif et ne faites pas perdre votre temps à des fournisseurs ou consultants qui chercheront, en vain, à vous aider.

Pour les autres, la bonne nouvelle est qu’il existe des solutions de grande qualité, que je regroupe sous le nom TaaS : Trust as a Service, Confiance comme un service.

 

Solutions TaaS : Trust as a Service

Vous êtes, honnêtement, prêt à basculer tout ou partie de votre environnement numérique dans des Clouds Publics si vous trouvez des réponses de qualité à vos préoccupations légitimes.

Votre démarche peut être décomposée en trois étapes :

  • Commencez par sélectionner les fonctionnalités dont vous avez vraiment besoin, dans la liste que j’ai préparée.
  • Recherchez les solutions disponibles sur le marché. L’offre TaaS est pléthorique, avec plusieurs dizaines de produits de grande qualité.
  • Faites confiance à vos équipes techniques pour évaluer et sélectionner les solutions qui, selon elles, sont les mieux adaptées à vos attentes spécifiques. Ce ne doit pas être systématiquement le plus complet ou le plus cher.

Ce tableau ne prétend pas à l’exhaustivité ; je l’ai créé pour renforcer le message : pour chaque fonction recherchée, il existe de nombreuses solutions. Tous les produits cités font partie des leaders de leurs marchés respectifs.

Outils solutions Cloud Confiance

A titre d’exemple pour la ligne SSO : Okta, Ping et OneLogin sont de remarquables solutions et toutes ont été choisies par des entreprises que je connais. Quelle est la meilleure ? Il n’y a aucune réponse possible à cette question.

 

La confiance... ne se décrète pas

Vous faites confiance à votre banquier, votre médecin, votre coach sportif pour vous accompagner et vous aider, chacun dans leurs domaines. Ce n’est pas une confiance aveugle, mais raisonnée.

Votre entreprise doit suivre la même démarche concernant le choix de ses partenaires dans le Cloud Public : créer les conditions d’une confiance raisonnable.

AdS DPC aviophobie peur avion S 79412735Cette confiance n’est pas seulement rationnelle, elle ne se décrète pas. Je prends l’avion plus de 100 fois par an et fais confiance à quelques compagnies aériennes à qui je confie ma vie. Je connais des personnes, intelligentes, qui souffrent d’aviophobie (ou aérodromophobie) et préfèrent prendre leur voiture pour des voyages de plus de 2 000 km. Les statistiques sont formelles : la probabilité de mourir d’un accident de voiture sur 2 000 km est beaucoup plus élevée qu’en avion. Cela ne suffira pas à les faire changer d’avis et à prendre l’avion.

Si vous souffrez d’une néphophobie maladive, ma recommandation est très simple : n’allez pas vers des solutions Clouds Publics.

Pour terminer, je vais prendre deux exemples très révélateurs du comportement des anti Clouds Publics qui cherchent, et trouvent, de bonnes raisons de ne pas y aller.

Cloud Act

Ah, cet épouvantail extraordinaire qui a pour nom Cloud Act ! Impossible de participer à une réunion sur les dangers du Cloud sans que l’on évoque le Cloud Act. Combien de personnes se sont données la peine de savoir ce que signifie “Cloud” dans Cloud Act ?

Cloud = Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act. Ce n’est qu’un acronyme, pas très heureux, il faut en convenir. Le Cloud n’a strictement rien à voir avec le Cloud Act ; il traite de l’accès aux données en dehors du territoire américain, mais indépendamment de la nature des infrastructures qui hébergent ces données !

A l’inverse, ils sont peu nombreux à parler de la position de la France sur ces sujets.

Espionnage : la France au premier rang avec l’ANSSI !

ANSSI Accès serveurs en FranceDes enfants de chœur, les Français ? Pas du tout ! Tout le monde espionne tout le monde et la France est très bien placée dans le palmarès des champions. Vous souhaitez protéger vos données ? Ne les mettez surtout pas dans des serveurs hébergés en France : l’ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information) s’arroge le droit d’accéder à toute donnée qui a le malheur de se trouver dans un serveur situé sur le territoire français !

 

Synthèse

AdS DPC old planes S 121561349Ces combats d’arrière-garde sur les dangers du Cloud Public, libre à vous de continuer à les mener dans les années qui viennent.
Vous trouverez de très nombreux fournisseurs prêts à vous conforter dans vos peurs, vos trouilles, vos angoisses métaphysiques, ravis de vous fourguer des solutions hors de prix et inutiles, ceintures et bretelles, pour vous protéger de risques inexistants.

Si c’est votre vision du futur, votre culture, ne m’appelez pas pour vous accompagner dans vos stratégies numériques du XXe siècle, qui vous mèneront, rapidement, dans le mur.


Fournisseurs historiques, fournisseurs cloud : la guerre des mondes

 

Wells la guerre des mondes 1Aujourd’hui, choisir ses fournisseurs de solutions numériques, ses partenaires pour une Transformation Numérique réussie, est une décision majeure pour toutes les entreprises.

Un combat sans merci à la vie, à la mort se jouera au cours des 5 prochaines années entre les fournisseurs ; les anciens lutteront pour rester pertinents, les nouveaux tenteront de s’imposer. Arbitres de ces luttes ? Les entreprises !

Pour simplifier, j’utilise le mot “cloud” pour identifier les nouveaux entrants ; on y retrouvera les acteurs “xaaS, tout as a service”, tels que IaaS, SaaS, PaaS et BPaaS.

Ce billet se concentre sur les solutions professionnelles, pas sur les outils à destination du grand public.

Les thèmes suivants sont abordés :

  • Caractéristiques des fournisseurs historiques.
  • Caractéristiques des fournisseurs “cloud”.
  • Les trois familles de fournisseurs.
  • Quels scénarii, à l’horizon 2025.
  • Comment les entreprises décident de l’avenir des fournisseurs.

 

Fournisseurs historiques : caractéristiques

Ces fournisseurs proposent des solutions nées avant le cloud ; ils sont présents dans les infrastructures, les logiciels et les services.

Infrastructures historiques,  “on premise”

Computer history museum 2Les entreprises achètent et installent des objets physiques dans des locaux qui leur appartiennent ou chez des hébergeurs classiques. Ce sont des serveurs, des outils de stockage, des routeurs et commutateurs, des “appliances” de sécurité...

Ces objets physiques représentent des investissements en “CAPEX”’ ; ils ont des durées de vie longues, souvent supérieures à cinq ans.

Logiciels historiques :  licences + contrats de maintenance

Ces logiciels applicatifs, tels que les ERP ou d’infrastructures comme les bases de données représentent aussi des investissements en CAPEX, complétés par des contrats de maintenance en OPEX. Ces logiciels sont installés, soit sur les serveurs, soit sur les postes de travail. Les mises à jour doivent être réalisées périodiquement sur serveurs et postes de travail, ce qui fait tout le “charme” de ces solutions client/serveur.

Services d’accompagnement historiques  : “mécaniciens” de solutions artisanales

Pour mettre en œuvre, gérer, configurer, maintenir et dépanner ces infrastructures et logiciels historiques, des mécaniciens numériques, ESN aujourd’hui, SSII hier, proposent leurs services ; les plus grandes ESN emploient plusieurs centaines de milliers de personnes.

Elles vivent, très bien, de contrats pluriannuels, en millions d’euros, pour des dizaines ou des centaines de mécaniciens numériques. Les plus emblématiques de ces contrats sont liés à la paramétrisation des ERP “intégrés”.

 

Fournisseurs Cloud : caractéristiques

IaaS : Infrastructures as a Service

Ces infrastructures sont fournies en OPEX, à la carte, et les entreprises ne paient que pour les ressources dont elles ont besoin, pendant le seul temps nécessaire. En 2019, les jeux sont faits et les entreprises sont face à un oligopole de géants industriels : AWS, Alibaba, Azure ou Google. Tous les autres fournisseurs ont disparu ou sont marginalisés comme l’illustre très bien le “quadrant magique” IaaS du Gartner publié en 2018.

Gartner MQ IaaS 4:2018

Logiciels SaaS, Software as a Service

Les logiciels sont eux aussi fournis en OPEX et les entreprises peuvent adapter leurs dépenses en fonction du temps et de l’évolution de leurs activités.

L’offre a explosé au cours des 20 dernières années ; il existe plusieurs dizaines de milliers de fournisseurs SaaS, dans des domaines très variés :

  • Toutes les fonctions “S” Support, du modèle B I S : finances, ressources humaines, bureautique, commerciales…
  • Des solutions SaaS verticales, métiers, pour les usages “B”, cœur métier.
  • Les logiciels d”infrastructures, dans les domaines de l’interopérabilité, de l’agrégation des composants logiciels.
  • Les solutions qui ont pour objectif de créer la “confiance” : parefeux, chiffrement, SSO, authentification….

DPC iaas  paas  saas S 57294688Développements : PaaS, Platform as a Service

Le retour au premier plan des métiers de développeurs, de “Builders”, est récent, mais va s’accélérer. Les outils mis à leur disposition dans le cloud sont d’une puissance et d’une qualité exceptionnelles.

Services d’accompagnement xaaS

La multiplication du nombre d’acteurs de qualité dans les offres xaaS crée des opportunités de nouveaux services, très différents de ceux de l’ancien monde. On ne parle plus de mécaniciens, car les solutions fonctionnent très bien, mais de conseils, d’accompagnateurs ou de formateurs, très “pointus”. Les niveaux de compétences attendus de ces nouveaux acteurs font que des entreprises très spécialisées, de taille raisonnable, seront les seules capables de répondre aux besoins des entreprises.

Dans tous ces domaines, l’offre se répartit en trois grandes familles :

  • Les historiques.
  • Les natifs clouds.
  • Les “transitionnistes”, historiques qui basculent dans le nouveau monde.

 

Les grands acteurs historiques

Vous les connaissez bien, ils sont vos compagnons informatiques depuis des dizaines d’années. Les plus grands ont pour noms Cisco, Dell, HP, IBM, Oracle, SAP... Ils sont nombreux dans cette famille d’anciens combattants de l’informatique !

Guerre monde - losers

Le décalage entre leur discours et la réalité est fascinant. Ils clament tous qu’ils sont dans le clan des modernes, mais ont, au fond d’eux-mêmes, une haine féroce de ces innovations de rupture qui tuent leurs anciens “business models” et mettent en péril leur avenir ; je les comprends très bien.

Ils parlent Cloud, pour dire hébergement...

Ils parlent “Mode SaaS”, pour dire paiement échelonné de licences traditionnelles...

Ce déni de réalité est généralisé ; on lit tous les jours des entretiens avec les dirigeants de ces géants aux pieds d’argile qui trouvent d’excellentes raisons d’être optimistes. Un exemple parmi des centaines : Oracle qui prétend ne pas avoir peur d’AWS ou de MongoDB !

Oracle happy to lose to AWS

Face à leurs incapacités techniques et organisationnelles à réinventer leurs offres, de nombreux géants de l’ancien monde… achètent à tour de bras des acteurs du Cloud. SAP est bien placé dans cette course à l’investissement ; j’ai représenté six rachats principaux dans ce schéma.

Logos SaaS bought by SAP

 

Les champions, natifs, du monde cloud

Ils sont tous nés au XXIe siècle : Salesforce est le plus “ancien” de la bande et fête ses 20 ans !

Guerre des mondes - winners

A côté de quelques géants, surtout présents dans les infrastructures, des dizaines de milliers de fournisseurs SaaS, venus du monde entier, proposent de remarquables solutions “best of breed”. Il est de plus en plus difficile de “faire son marché” numérique tant l’offre est foisonnante.

Dès 2015, j’avais évoqué les défis posés aux DSI par cette explosion de l’offre ; ils doivent aller en permanence à la “pêche” aux solutions et fournisseurs innovants, sans attendre la visite d’un commercial, luxe que seuls les grands historiques peuvent s’offrir.

Le plus grand danger pour les entreprises qui travaillent avec ces éditeurs natifs SaaS n’est pas leur disparition, mais leur… rachat par des fournisseurs historiques, comme je l’ai indiqué dans le paragraphe précédent. De trop nombreuses offres SaaS pleines d’avenir ont été laminées par des acheteurs de l’ancien monde.

Ce combat des anciens et des modernes touche tous les domaines du numérique. L’exemple de Zoom est emblématique de l’évolution du marché. Zoom propose une solution innovante pour un usage universel “banal”, la vidéoconférence, couvert depuis longtemps par d’anciens combattants que vous connaissiez : Webex de Cisco, Skype de Microsoft ou Gotomeeting de LogMeIn.

Zoom a fait ses débuts en bourse, le jeudi 18 avril 2019 ; à la fin de la journée, l’entreprise avait une valeur de… 14,4 B$. Zoom, créé en 2011, était valorisé 1 B$ en 2017.

Fournisseurs ancien nouveau monde Best of breed vs ERPC’est un excellent exemple de la valeur du “Best of Breed” : Zoom ne fait qu’une chose, mais le fait très bien et les entreprises l’ont vite compris. C’est très encourageant pour les milliers d’éditeurs de logiciels qui ont choisi de se concentrer sur des marchés spécialisés, des niches logicielles pour attaquer avec succès tous les anciens combattants qui se croyaient protégés par leurs offres de solutions intégrées.

 

Les “transitionnistes” courageux

J’ai beaucoup d’admiration pour les fournisseurs historiques qui ont entrepris un véritable virage stratégique pour basculer de l’ancien monde vers le nouveau.

Guerre des mondes - transition

Ils sont peu nombreux à avoir entrepris ce voyage, long, dangereux et semé d’embûches.

Ceux qui sont bien partis pour réussir, tels que Microsoft ou Infor, le doivent toujours à l’arrivée d’un nouveau dirigeant qui accepte de changer la culture de l’entreprise. Le remplacement de Ballmer par Nadella chez Microsoft est l’exemple le plus spectaculaire d’un virage stratégique.

Le rachat par Microsoft de Github (principale base de données de codes Open Source) pour 7,5 B$ en 2018 aurait tout simplement était inimaginable à l’époque Ballmer.

Changer la culture, les modes de fonctionnement d’une entreprise informatique historique, c’est beaucoup, beaucoup plus difficile, long et complexe que de sortir son carnet de chèques pour acheter un éditeur SaaS pour faire croire à la communauté financière que l’on devient “moderne” !

Old car look horse MulhouseJe pronostique que pour la majorité des fournisseurs historiques qui n’ont pas commencé cette véritable transition avant 2019, il est maintenant trop tard pour le faire.

Ils sont peu nombreux, les fabricants de fiacres à avoir réussi la transition leur permettant de devenir des constructeurs d’automobiles à succès !

 

Situation 2019


Fournisseurs - Ancien monde 2019En 2019, le clan des fournisseurs historiques est encore largement dominant en pourcentage des solutions numériques déployées dans les entreprises. Cette situation est symbolisée par ce graphique où les vieilles voitures, bleue comme IBM Big Blue, ou rouge comme Oracle Big Red, dominent face aux nouveaux entrants, représentés par Tesla.

Globalement, le marché informatique mondial est stable, comme le montrent les prévisions que publie Gartner pour 2019, avec un taux de croissance de l’ordre de 1%.

Gartner IT sales 2019 vs 2018

 

 

 

Le taux de croissance des leaders du nouveau monde est élevé ; quelques chiffres sur 2018 comparés à 2017 :

  • AWS : 47 %.
  • Azure : 55 %
  • Salesforce : 20 %
  • Workday : 35 %
  • Coupa : 39 %

Il n’est pas nécessaire d’être un grand guru de la finance pour comprendre que si, sur un marché stable, le nouveau monde gagne rapidement des parts de marché, c’est que l’ancien monde en perd, autant.

Quelle pourrait être la situation en 2025 ?

 

Situation 2025

Pourquoi avoir choisi comme date de référence 2025 ? Le nombre d’entreprises courageuses, capables de prendre rapidement la décision de basculer dans le nouveau monde est… faible.

Est-ce que ce basculement peut s’accélérer d’ici à 2025 ? Je ne suis pas capable de répondre à cette question, c’est pour cela que je vous propose deux scénarios :

  • Le premier, pessimiste, fait l’hypothèse que les fournisseurs anciens combattants défendent efficacement leurs territoires et ne sont pas trop challengés par les DSI et les entreprises. En 2025, ils contrôlent encore plus de 50 % des Systèmes d’Information des entreprises.
  • Le deuxième, optimiste, imagine que les entreprises accélèrent leur mutation numérique en s’appuyant sur les solutions du nouveau monde qui deviennent majoritaires dans leurs SI.

Fournisseurs - nouveau monde - 2025

J’ai pris la précaution de ne pas donner de pourcentage précis pour les parts respectives des deux familles de fournisseurs ; la question posée est de savoir si les entreprises du cloud seront capables de passer la barre des 50 % avant 2025.

 

Entreprises et DSI : arbitres de ce combat

J’ose espérer que ce sont les entreprises qui décideront quels sont les fournisseurs choisis pour les aider à réussir leur Transformation Numérique.

J’ose espérer qu’elles sauront résister aux fortes pressions des fournisseurs historiques qui agissent auprès des Directions Générales et des DSI pour défendre leurs positions dominantes actuelles.

AdS DPC Cimetière militaire SS 72348903Quel que soit le scénario retenu pour 2025, les parts de marché des fournisseurs historiques vont baisser. En 2025, il y aura beaucoup de nouvelles tombes dans le cimetière des fournisseurs numériques.

Je vous propose un petit jeu dans votre entreprise : mettez des noms de fournisseurs qui vont disparaître sur les tombes anonymes de ce cimetière, gardez l’image et évaluez en 2025 votre capacité d’anticipation.

La vitesse de disparition des fournisseurs historiques dépendra de la vitesse à laquelle les entreprises auront le courage de basculer sur des solutions innovantes, cloud pour l’essentiel.

Elle dépendra de la vitesse à laquelle votre entreprise décidera de basculer sur les solutions proposées par les fournisseurs innovants.

 

Synthèse

Les entreprises qui ont compris cette dichotomie du marché de l’offre numérique peuvent faire leur “marché” en toute connaissance de cause.
Les courageuses éviteront comme la peste les “historiques”, qui vont rejoindre le cimetière des fournisseurs morts. Il est déjà bien rempli avec des ex-célébrités telles que Digital Equipment, Data General, Palm, Control Data, Wang…

Manager boulet bagnardLes “trouillardes” continueront à faire confiance aux “morts en sursis” avec qui elles ont des liens historiques forts ; bien lestées de boulets numériques de plusieurs tonnes, leur capacité à innover, à avancer rapidement sera définitivement stoppée.

Est-il difficile de prédire leur avenir ?

Et si je résumai ce billet en une phrase toute simple ?

“Dites-moi quels sont vos fournisseurs numériques,

je prédirai l’avenir numérique de votre entreprise”

 


Outils numériques modernes pour tous, priorité pour l’enseignement public

 

AdS DPC old school desk S 112203335Réussir la Transformation Numérique du monde de l’éducation est une des clefs de la réussite à long terme d’un pays, de tous les pays. En France, l’essentiel de l’effort éducatif, depuis le primaire jusqu’aux universités, est pris en charge par le secteur public, sous la responsabilité du Ministère de l’Education Nationale (MEN).

Le MEN est le plus grand employeur français, avec environ un million de salariés.

Peut-on améliorer rapidement, à faible coût, les “services numériques” proposés par le MEN à ses “clients”, des millions d’élèves et d’étudiants ?

Réponse : oui !

Comment ? C’est le thème de ce billet. Je mets en priorité l’accent sur les outils universels, utilisables par tous, élèves comme enseignants, en clair les outils bureautiques.

Remarque : les contenus des enseignements, les programmes pédagogiques ne sont pas abordés dans ce billet, strictement centré sur la dimension Transformation Numérique ; c’est à elle seule un chantier majeur.

 

Enseignement public en France : quelques chiffres

MEN chiffres clefsLe MEN a publié un document donnant les chiffres clefs de l’enseignement en France pour l’année 2018 :

  • 13 millions d’élèves en primaire et secondaire.
  • Part du secteur public : 80 %.
  • Coût annuel par élève : 6300€ en primaire et 9 700 € dans le secondaire, pris en charge par la communauté nationale, pas par les parents.

Coût étudiant en France 2016Ces chiffres n’incluent pas les universités et les enseignements supérieurs :

  • 2,7 millions d’étudiants.
  • 75 % des bacheliers démarrent des études supérieures.
  • Coût annuel par étudiant :     11 500 €.

La Transformation Numérique de l’éducation publique en France, c’est un beau défi, qui concerne :

  • 13 millions d’élèves et étudiants : 80 % du total de 16 millions.
  • 1 million de collaborateurs du MEN, enseignants (50 % du total) et administratifs (50 %).

 

Outils numériques universels actuels : une catastrophe

Dans l’immense majorité des établissements scolaires et universitaires qui dépendent du MEN, les outils numériques universels utilisés, quand il y en a, sont des vestiges du XXe siècle.

Office = MaE XXIe sièclePostes de travail : Office de Microsoft est dominant. Petit rappel : Office est disponible depuis 1990, il y a 30 ans. C’est la machine à écrire du XXIe siècle et l’on ose former la jeunesse française avec cet outil archaïque !

Le secteur public français est tombé amoureux des logiciels Open Source, trop souvent appelés à tort “logiciels libres”. En bureautique, ils ont pour noms OpenOffice ou LibreOffice, produits encore plus nuls que Microsoft Office ! Ils en font moins tout en continuant à demander une installation des logiciels sur les postes de travail. Le fait qu’ils soient gratuits et qu’ils ne viennent pas du grand méchant américain Microsoft n’enlève rien à leur nullité et leur archaïsme.

Solutions messagerie et agenda : on retrouve dans les établissements du MEN les antiquités du XXe siècle, Lotus Notes, annoncé par IBM en 1990 et Exchange de Microsoft qui date de 1996.

BlueMind solutionJe dois ajouter à cette liste une autre catastrophe nationale, la volonté de créer une solution “logiciel libre”, nationale, supposée remplacer les produits américains : elle a pour nom BlueMind et annonce “fièrement” qu’elle est compatible… Outlook !

C’est bien sûr une solution à… installer dans les centres de calculs, à gérer, à faire vivre, à mettre à jour… Signe majeur de modernisme : on peut aussi l’utiliser en mode hébergé !

Tout responsable informatique qui persiste en 2019 à installer des outils bureautiques dans ses centres de calcul mérite une sanction exemplaire : licenciement immédiat pour faute professionnelle grave, sans indemnités. C’est un peu plus “délicat” à mettre en œuvre dans le MEN ; il faudra simplement lui demander de changer de métier.

 

Ma première tentative de rupture numérique, sans succès, en 2015

Conférence éducation nationale Besançon 10:2015J’avais été invité en octobre 2015 par le DSI du MEN de l’époque, Mathieu Jeandron, à présenter ma vision des potentiels numériques devant les DSI des Académies françaises, à Besançon ; il y avait environ 200 personnes dans la salle.

Je leur ai demandé combien ils avaient de “clients” : silence dans la salle ; des clients ? J’ai du préciser ma pensée en disant que c’étaient les élèves des lycées et collèges qu’ils reçoivent dans leurs établissements ! La réponse : nous n’avons pas de clients mais environ 13 millions d’élèves.

Ma proposition était très simple : en septembre 2016, pour un investissement informatique de zéro euro, ils pouvaient proposer à leurs 13 millions de clients une solution bureautique de qualité, G suite. Je ne peux pas dire que ma proposition ait suscité un enthousiasme exceptionnel dans la salle !

Omnigraffle Modèle LN 2018 Pendant les échanges, on m’avait interrogé sur ce que je pensais du projet SIRHEN de gestion des ressources humaines du MEN. Je ne le connaissais pas et me le suis fait présenter en 5 minutes : en chantier depuis près de 10 ans, SIRHEN n’était toujours pas opérationnel et gérait, mal, 5 000 personnes au lieu du million prévu. J’ai donné mon verdict : une seule réponse, l’abandonner, immédiatement.

Vous imaginez facilement le tollé général.

L’annonce de son abandon a été décidée, trois ans plus tard, en juillet 2018, par le nouveau ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer ; bravo pour avoir eu le courage de prendre cette décision.

 

Les clients du MEN : des natifs numériques

Après cette image noire de la situation actuelle, passons aux éléments positifs qui peuvent faciliter la Transformation Numérique de l’enseignement public.

Le premier : l’immense majorité des élèves du secondaire maîtrise les outils numériques de base, et cette maîtrise se répand très vite dans le primaire.

AdS DPC Teens with smartphones SS 133544495 copie

Ce sont des “natifs numériques”, des personnes qui n’imaginent plus sortir sans leur smartphone et pour qui la culture du partage est banalisée ; photos, images ou vidéos.

Et si l’on utilisait intelligemment ces compétences numériques existantes pour rendre les missions du MEN plus efficaces, au lieu de les rejeter comme c’est trop souvent le cas. Interdiction des portables à l’école… une bonne idée ?

Hottest chat apps Google docsUn exemple récent confirme l’extraordinaire capacité d’innovation des natifs numériques dans l’usage des outils : des jeunes utilisent Google Docs pour… chatter de manière non contrôlée par leurs parents ou enseignants. Une preuve de plus, si c’était nécessaire, de leur capacité à imaginer des usages non prévus par le fournisseur de la solution.

 

Quels outils numériques universels, pour préparer l’avenir

Deuxième bonne nouvelle : tous les outils numériques universels dont a besoin le MEN pour réussir sa Transformation Numérique et préparer la jeunesse française aux modes de travail qu’il sera indispensable de maîtriser demain sont disponibles, depuis longtemps.

Comme pour les entreprises, les outils universels sont, impérativement :

  • SaaS, Software as a Service.
  • Collaboratif natif.
  • Accessibles depuis un navigateur, sur tout objet d’accès.

Ce sera une grande surprise pour les lecteurs de mon blog : l’outil universel que doit déployer en priorité le MEN, dans 100 % des établissements est… G Suite for Education de Google.

Gsuite pour éducationC’est, pour l’essentiel, la même version que G suite entreprise, mais avec une différence sympathique : gratuité totale, pour les élèves, les enseignants et les administratifs.

Pas besoin d’un tableur très puissant pour calculer le coût de cette solution pour les 14 millions de personnes à équiper : 14 M x 0 = 0 €.

J’entends déjà les réactions horrifiées des partisans de Microsoft Office 365, disant que c’est aussi une solution gratuite pour l’éducation, ce qui est exact.

Alors, pourquoi éliminer Office 365 ? Pour une raison majeure, fondamentale : il serait scandaleux, ridicule et suicidaire de former la jeune génération à des outils et des modes de travail obsolètes, avec les outils Office Word, Excel et PauvrePoint.

Ne venez pas me dire que l’on pourrait utiliser Office 365 en mode Web : c’est théoriquement vrai, mais faux dans la pratique de 98 % des organisations qui ont déployé cette solution, comme je l’ai clairement expliqué dans un billet récent.

Facebook for educationJ’aurais aimé pouvoir proposer une autre solution intéressante et complémentaire, Workplace for education de Facebook, autre outil très bien maîtrisé par les natifs numériques.

Pourquoi je ne peux pas la recommander ? La principale raison est financière : cette solution est gratuite pour les enseignants et les administratifs, mais pas pour les élèves. C’est, à mon avis, une erreur grave de Facebook. Je pronostique que la gratuité pour les élèves sera annoncée rapidement ; le MEN pourra alors compléter G Suite par Workplace by Facebook, comme le font aujourd’hui beaucoup d’entreprises innovantes.

En complément de G Suite for Education, les établissements d’enseignement peuvent utiliser une application “métier”, spécialisée, Google Classroom. Elle facilite les échanges entre les enseignants et les élèves.

Google Classroom + Logo

C’est, une bonne illustration du modèle B I S que j’utilise depuis 5 ans :

  • G Suite : une application S, support, universelle.
  • Classroom : une application B, cœur métier, spécialisée pour l’éducation.

 

Quels objets d’accès pour accompagner la Transformation Numérique du MEN

Le MEN devra promulguer une règle impérative : tous les objets d’accès qui disposent d’un navigateur moderne doivent pouvoir accéder à 100 % des applications proposées par le MEN à tous les élèves, les enseignants et administratifs. PC Windows, Macintosh, smartphones et tablettes Android ou iOS, tous sont autorisés. Toute application qui demande une installation sur les postes de travail est… définitivement interdite.

Il manque dans cette liste un outil innovant, qui devrait représenter demain l’essentiel du parc des objets d’accès dans les écoles : le Chromebook.

J’ai publié plusieurs billets sur les Chromebooks, le dernier récemment.
Un rapide rappel pour ceux qui ne connaissent pas bien les Chromebooks :

  • Ce sont des PC portables qui fonctionnent sous ChromeOS, pas sous Windows.
  • Tous les grands fabricants de PC proposent des Chromebooks : Acer, Asus, HP, Dell, Lenovo… Plusieurs dizaines de modèles différents sont disponibles.
  • Les 3 millions d’applications Android disponibles sur Google Play peuvent s’exécuter sur un Chromebook, nativement.
  • La gamme de prix va de 200 € à 800 €.

Pour le monde de l’éducation, il convient de privilégier :

  • Des modèles économiques, à moins de 300 € ou 400 €.
  • Impératif : des écrans tactiles, pour utiliser efficacement les applications Android.
  • La robustesse et la protection, raisonnable, contre les liquides.

A titre d’exemple, ce modèle proposé par ACER représente un bon compromis, à coût raisonnable.

Acer chromebook édu 2

En faisant l’hypothèse d’une durée de vie utile de 3 ans, pour tenir compte des “mauvais traitements” qu’ils vont subir, les Chromebooks représentent un coût mensuel d’environ 8 €.

Rappel : rien n’interdira aux élèves, enseignants ou administratifs d’utiliser leurs outils personnels, s’ils en sont satisfaits. Par contre, les seuls objets d’accès qui seront fournis par le MEN seront des Chromebooks.

 

Des premières réussites dans le monde éducatif en France

Google Suite est arrivé en France début 2007, il y a 12 ans, sous le nom de Google Apps.

Des établissements d’enseignement innovants, en dehors de l’éducation nationale, ont vite compris les avantages de ces outils.

Essec Google Apps 2009En septembre 2009, l’ESSEC avait déployé Google Apps pour tous ses étudiants, après avoir pris la décision en mai 2009, projet mené avec l’aide de Revevol.

De nombreux organismes de formation français ont pris la même décision.

Un signal d’espoir ? Avant de devenir l’actuel ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer était directeur général de l’ESSEC où G Suite est installé depuis 10 ans. Il connaît bien la solution et cela peut faciliter une prise de décision dans ce sens par le MEN.

 

Principaux bénéfices

Commencer la Transformation Numérique du MEN en déployant des outils universels modernes pour les 14 millions de personnes concernées est une démarche à très forte valeur ajoutée et à risques faibles. Cette première liste d’avantages va à l’essentiel.

Préparer toute la jeunesse française aux usages numériques modernes. Ce doit être la priorité absolue du MEN, c’est sa mission première.

Succès immédiat auprès des élèves. Ces solutions viennent du grand public :

  • AdS DPC kids with cup S 226471182Apprentissages immédiats.
  • Déjà connues et maîtrisées par une grande partie des élèves.
  • Ergonomie remarquable.
  • Capacités suffisantes : une boîte courrier électronique de 30 Go par personne.
  • Performances et résilience techniques : 1 500 millions de personnes ont un compte Gmail. Ajouter 14 millions de personnes représente moins de 1% d’utilisateurs supplémentaires.

Investissements faibles pour le MEN :

  • Aucun investissement pour les infrastructures, pour les logiciels et leur maintenance.
  • Il faudra par contre investir sur l’accompagnement des… enseignants et des administratifs. Ils sont souvent “analogistes” et ont déjà pris de mauvaises habitudes avec Microsoft Office, qu’ils devront perdre. Un beau défi !

Tous gagnants

Cette démarche s’inscrit très bien dans la ligne des objectifs louables de l’état français de réduire la dépense publique en offrant, en même temps, de meilleurs services :

  • AdS DPC every one wins tous gagnants S 113255416Gagnant pour l’état qui réduit ses coûts.
  • Gagnant pour les clients “élèves” avec de meilleurs services qu’ils maîtrisent déjà.
  • Gagnant pour les enseignants, qui peuvent utiliser des outils performants et mieux collaborer avec les élèves.
  • Gagnant pour les parents qui peuvent partager plus de contenus avec les enseignants et les écoles.
  • Surtout, gagnant pour le pays qui prépare ainsi toutes les nouvelles générations qui vont rentrer dans la vie active à l’usage des outils numériques modernes dont ils auront besoin.

J’allais oublier :  il n’y a… aucune contre-indication sérieuse et rationnelle à cette démarche innovante et courageuse.

 

“Bonnes” raisons pour ne pas suivre mes recommandations

Dès la sortie de Google Apps, j’ai pris mon bâton de pèlerin, d’évangéliste et rencontré de nombreuses écoles et universités du secteur public, persuadé que, comme aux Etats-Unis, 60 % des établissements seraient équipés de G suite en moins de 5 ans.

Je suis allé de refus en refus, avec des résistances beaucoup plus fortes que dans les entreprises, où elles étaient déjà élevées.

Je ne vais pas reprendre dans cette liste les arguments traditionnels contre les clouds publics, mais ceux, plus spécifiques, que j’ai le plus entendu dans le monde de l’éducation nationale

Ce sont des arguments irrationnels, ringuards et ridicules tels que :

  • AdS DPC No ! S 177153945Ce sont des solutions qui viennent des grands méchants GAFAM américains.
  • La sécurité de l’état français est menacée par la lecture des boîtes mail des élèves et des enseignants.
  • L’indépendance nationale de la France est en jeu.
  • Ce n’est pas Open Source, alors que près de 100 % des infrastructures de Google ou Facebook sont construites avec des solutions Open Source.
  • Les petits acteurs locaux de services informatiques ne vont plus gagner leur vie en gérant, mal, les centres de calcul microscopiques et mal sécurisés des écoles et universités.
  • … Je vous laisse rajouter toutes les autres “bonnes raisons” pour ne pas le faire.

 

Synthèse

Cette première Transformation Numérique du MEN autour des outils universels au service de leurs “clients” externes ne va pas résoudre, par magie, les défis majeurs de l’enseignement en France, c’est une évidence. C’est une première étape importante et elle ne peut que faciliter les actions suivantes en créant un environnement numérique plus ouvert, plus collaboratif.

DPC sunset Dawn with tree S 83411331Oui, il est possible, rapidement, de mettre des outils numériques modernes, économiques et à forte valeur ajoutée entre les mains des 13 millions de jeunes qui apprennent dans des établissements gérés par le million de collaborateurs du Ministère de l’Education Nationale.

Oui, ce doit être une priorité absolue pour la France.

Oui, ce sera difficile et il faudra du… courage pour affronter les très fortes résistances que ce projet de Transformation Numérique fera naître.

Je lance un appel urgent à tous les responsables du Ministères de l'Education Nationale : faîtes le, faîtes le vite, pour l'avenir de nos enfants, pour l'avenir de vos enfants.

Oui, les bénéfices sont tellement supérieurs aux risques que je n’ose pas imaginer que cette initiative ne démarre pas… en 2019.

 


Des équipes internes de constructeurs de logiciels, de “Builders” : indispensable et urgent

 

DPC Ads Software Engineer Woman S 1552206Constructeur de logiciels, c’est probablement le plus beau métier dans le monde du numérique.

Ce sont les personnes qui construisent des produits et services utilisés par des milliards de personnes, tous les jours.

Le vocabulaire a beaucoup évolué depuis les débuts de l’informatique : programmeur, développeur puis ingénieur logiciel.

Depuis peu apparaît l’expression “Builders”, constructeurs, que j’aime beaucoup. Les grands acteurs du cloud emploient de plus en plus cette expression, comme le montrent ces deux extraits de la conférence introductive du CEO d’AWS, Andy Jassy lors de la réunion “Re-invent” de novembre 2018.

AWS Builders tools

Aujourd’hui, ces “ingénieurs logiciels” sont employés en priorité par les éditeurs de logiciels, grand public et professionnels.

Les entreprises innovantes ont compris, récemment, qu’il est urgent de reconstruire en interne des équipes de “Builders” de logiciels. Toutes les entreprises, et en priorité les plus grandes, doivent suivre leur exemple, embaucher et former des milliers de constructeurs de logiciels.

Une priorité de plus, pour 2019.

 

Situation actuelle : une catastrophe absolue, dangereuse, intenable

Software development teamsLes entreprises, et en particulier les plus grandes, ont commis depuis une vingtaine d’années une faute majeure, en supprimant les équipes internes de développement.

Le mythe de l’ERP intégré, capable de tout faire y est pour beaucoup, aidé en cela par les grandes ESN qui déploient des équipes de plusieurs dizaines de personnes pour les “paramétrer” dans des missions qui ne finissent jamais. C’est une poule aux œufs d’or qu’elles n’ont aucun intérêt à tuer...

Je croise tous les jours de grandes entreprises où il n’y a plus une seule personne qui écrit du code pour une application sur mesure ! Des “chefs de projets” gèrent, avec un outil très “puissant et professionnel”, Excel, les prestataires qui exécutent ces travaux de développement, le plus souvent dans des pays lointains tels que l’Inde.

Cigref nomemclature 2018 des métiersPour mesurer l’étendue de ce désastre, il suffit de consulter la “bible” de l’emploi des informaticiens dans les entreprises, le document publié par le Cigref (Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises), la nomenclature des métiers du Système d’Information.

Dans ce long document de 193 pages, mis à jour en 2018, où tous les métiers sont censés être cités, j’ai recherché l’occurrence de quelques mots importants, liés aux développements modernes tels que :

  • Devops
  • Microservices
  • Serverless
  • Container
  • Ingénieur logiciel

Ils brillent tous par leur absence : aucun n’est cité, même une seule fois !

J’ai identifié les deux seuls métiers qui parlent de développement :

  • 3.2. Concepteur - Développeur : que trouve-t-on comme compétence nécessaire ? “Adapte et paramètre les progiciels applicatifs (ERP)” ! La messe est dite…
  • 3.5. Paramétreur de progiciels : dans ce deuxième cas, c’est encore plus clair !

Ce qui me navre, ce qui me désespère, c’est que ce document représente un travail long et sérieux, par de personnes occupant des postes élevés dans les DSI de grandes entreprises françaises. Il est un reflet précis de la vision actuelle de ces entreprises et confirme que pour elles, les véritables métiers du développement… n’ont pas droit de cité chez elles.

Optimiste de nature, je me prends à rêver, à ouvrir la version 2019 de ce document et y découvrir... au moins trois définitions de fonctions liées à des métiers de constructeur professionnel de logiciels.

 

Deux grandes familles de demandes, donc... d’outils

Démarrée il y a 20 ans, la révolution des solutions logicielles SaaS, Software as a Service, a permis de répondre à 99 % des attentes des entreprises pour les fonctions S, Support, du modèle B I S que je propose depuis 2015.

C’est une excellente nouvelle : cela libère du temps et des ressources pour investir dans des développements spécifiques pour les fonctions B, Business ou cœur métier.

Une fois de plus, l’unicité des réponses est le plus grand danger : pour répondre à des demandes spécifiques très différentes, il faut proposer des solutions… très différentes.

Solutions de développement : minima communs

Tous les outils utilisés pour développer des applications spécifiques ont les caractéristiques communes suivantes :

  • Disponibles dans des clouds publics industriels : en pratique, sur AWS d’Amazon, GCP de Google ou Azure de Microsoft.
  • Accessibles depuis un navigateur et sur tous les objets d’accès du marché, depuis les smartphones jusqu’aux Chromebooks.
  • Fonctionnent dans une logique collaborative native, pour permettre le partage des applications qui seront construites.

Outils de développement - minima communs

 

Matrice des attentes et des outils

Attentes et outils peuvent être classés en deux grandes familles, ce qui permet de construire une matrice à 4 cases :

Matrice attentes outils développements

  • Attentes structurées et complexes : les usages cœur métier d’une entreprise sont dans cette famille : gestion des infrastructures de transport dans une ville, équilibrage de l’offre et de la demande d’électricité…
  • Attentes flexibles et légères : tableaux de bord pour suivre le lancement d’un nouveau produit, processus d’embauche d’un nouveau salarié…
  • Outils industriels de développement : solutions Serverless, microservices...
  • Outils “Low Code” de développement : Business Intelligence, Business Process Management...

Il est important de le préciser : il n’y a pas une famille plus “noble” que l’autre. Il ne faut pas opposer les développeurs “pros” qui maîtrisent les outils industriels aux bricoleurs qui utilisent les outils légers. Ils ont tous des rôles essentiels dans la réussite de la Transformation Numérique d’une entreprise.

 

Attentes légères, outils “Low Code”

Logo Low code developmentLa demande d’applications légères, flexibles, faciles à modifier est universelle. Quand une DSI n’a pas de réponse à ces demandes, quand elle ne trouve ni le temps ni les ressources pour y répondre, on assiste à l’explosion des informatiques fantômes et du cloud fantôme.

Il est urgent de recréer une confiance réciproque entre la DSI et les métiers pour que, ensemble, il soit possible de construire ces centaines d’applications légères.

Avec la banalisation du cloud public et des solutions SaaS, l’offre d’outils performants “Low Code” est devenue très riche et d’une exceptionnelle qualité.

L’expression “Low Code” semble s’imposer face à “Zéro Code” : elle correspond mieux à la réalité et ne crée pas de fausses attentes auprès des personnes qui pourraient penser que l’on peut construire des applications avec “zéro effort”.

Principales familles d’outils “Low Code”

Le regroupement de ces outils en trois familles que je propose est pragmatique, probablement incomplet et contestable.

Business Intelligence : ce sont des outils qui permettent de construire des tableaux de bord, des visualisations de résultats. Face aux solutions anciennes, complexes et chères, de nouveaux entrants comme Google Data Studio ou Power BI de Microsoft représentent l’avenir de cette famille d’outils.

Outils BI exemples Google et Microsoft

BPM : Business Process Management. Pour construire des “workflows”, des processus légers, une solution comme RunMyProcess, développée par des Français et rachetée par Fujitsu ou Kissflow sont de bons exemples de solutions performantes.

Kissflow HP

Remplacement des applications Excel : je ne connais pas d’entreprises où des dizaines, des centaines ou des milliers d’applications Excel ne soient pas omniprésentes. J’ai souvent critiqué ces applications, mal écrites, avec des erreurs de logique dans presque 70% des cas. La bonne nouvelle, aujourd’hui, c’est que de nouveaux outils, 100 % Cloud, permettent de construire des applications de remplacement, plus performantes, plus faciles à développer et… partageables. Le nouveau leader dans ce domaine a pour nom AirTable.

AirTable HP

 

DSI : quels rôles pour outils “Low Code”

Laisser les directions métiers et les collaborateurs de l’entreprise seuls avec ces outils “Low Code” est une très mauvaise idée ! Les équipes de la DSI doivent être capables de les prendre en charge pour permettre une collaboration efficace avec les métiers.

Les compétences les équipes de la DSI dans ce domaine :

  • DPC outils tools SS 64120784Sélectionner les différents outils : elles vérifient que ce sont de véritables outils SaaS et proposent des solutions adaptées aux différentes demandes, en en limitant raisonnablement le nombre. Il n’est pas nécessaire de pousser deux solutions de BI qui font à peu près la même chose ! Les entreprises qui utilisent G Suite choisiront Google Data Studio, celles qui ont déployé Office 365, Power BI.
  • Maîtriser et connaître les outils sélectionnés : il ne suffit pas d’en parler aux métiers, il faut être capable de présenter concrètement les fonctionnalités de ces différents outils et de les aider à en comprendre les potentiels et les limites.
  • Pouvoir développer des applications légères : les équipes “Low Code” de la DSI réalisent des développements légers si les métiers le demandent. Quel pourcentage des usages légers sera réalisé par la DSI, quel pourcentage par les métiers ? Les réponses seront très différentes selon les entreprises.
  • Choice AirTable KissFlowAider dans le choix de l’outil le mieux adapté à une demande : il ne sera pas toujours facile ou évident de choisir un outil pour répondre à une demande précise. KissFlow ou Airtable ? Dans de nombreux cas, les deux réponses sont possibles : DSI et métiers choisiront, ensemble, la réponse qui leur paraît la plus raisonnable.
  • Former des personnes dans les métiers pour qu’ils construisent eux-mêmes tout ou partie des applications dont ils ont besoin. Quand les métiers sont prêts à se prendre en main sur certains de ces outils, la DSI peut leur mettre le pied à l’étrier.

Avec des outils de construction “Low Code” bien choisis et maîtrisés, tout le monde sera gagnant, l’entreprise, les métiers et la DSI.

 

Attentes structurées, outils industriels

Rappel : seules les fonctions B, cœur métier, sont concernées par des développements structurés sur mesure, si des solutions SaaS verticales ne sont pas disponibles pour ces métiers.

Il existe dans toutes les entreprises grandes ou moyennes, des attentes cœur métier pour lesquelles on ne trouve pas d’applications SaaS ou on souhaite construire une application différente, innovante et porteuse de compétitivité.

Il ne devrait plus venir à l’esprit d’un dirigeant ou d’un DSI l’idée saugrenue d’essayer de modifier un ERP non adapté pour répondre à ces attentes. La seule réponse moderne est de… construire une application sur mesure.

Des outils industriels modernes, très puissants

Nous sommes en 2019 ! L’offre d’outils de construction d’applications structurées n’a plus rien à voir avec celles que connaissaient les développeurs il y a encore 5 ans.

AdS DPC Nirvana SS 227574772Construire des applications, aujourd’hui, c’est le “Nirvana” pour les “builders” !

Les fondamentaux de l’offre :

  • Disponibles dans des clouds publics ou… des clouds publics, AWS, GCP ou Azure.
  • Serverless : Lambda chez AWS, Functions chez Azure ou GCP permettent aux constructeurs d’applications de se concentrer sur le code, rien que sur le code, et de ne plus se préoccuper des infrastructures sous-jacentes.
  • Microservices : de petites équipes de constructeurs (les célèbres “two pizza teams” chères à Amazon) travaillent dans une logique de composants définis par leurs “API” d’entrée et de sortie.
  • Devops : chaque équipe est responsable de la construction de ses composants, de la mise en production et de la maintenance.
  • Containers : masqués aux développeurs, ces composants s’exécutent dans des containers.
  • Open Source : la majorité des technologies d’infrastructures et de constructions s’appuient sur des solutions Open Source : Docker, Kubernetes, Istio…

Des équipes internes, sous la responsabilité de la DSI

AdS DCP Builder woman SS 52830103A l’inverse de ce qui peut se faire pour les outils de constructions légers, les constructions d’applications structurées doivent rester à 100 % sous la responsabilité de la DSI. Ce serait une très mauvaise idée de laisser croire aux métiers qu’ils pourraient les construire eux-mêmes. Nous sommes nombreux à savoir conduire une voiture, beaucoup moins à savoir piloter un Airbus 320.

S’agissant d’applications cœur métier essentielles pour les entreprises, la majorité des constructeurs de ces applications sont des collaborateurs internes et permanents de l’entreprise. Il serait suicidaire de confier la maîtrise de ces constructions à des ESN !

 

Ces équipes internes de “builders” ont une triple compétence :

  • Maîtriser les démarches modernes et les outils de constructions cités plus haut.
  • Une compréhension raisonnable des activités de leur entreprise, pour être capables de dialoguer efficacement avec les métiers. Dans les grandes entreprises, cela signifie qu’il faudra des équipes spécialisées par grands métiers, pour plus d’efficacité.
  • La capacité de travailler dans une logique “produit”, et non pas projet. La pérennité de ces produits logiciels est vitale ; elle inclut leur maintenance et leur évolution pour garantir qu’ils restent pertinents pendant plusieurs années.

Et si la DSI redevenait ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un lieu où les constructeurs, les réalisateurs sont plus nombreux et mieux considérés que les “managers”, les chefs de projets ?

 

Résumé

Two teams developmentUne entreprise qui ne dispose pas en interne de deux équipes de constructeurs de logiciels, pour réaliser aussi bien des applications légères avec des outils “Low Code” que des applications structurées avec des outils industriels est incapable de répondre aux attentes de tous ses clients internes et externes.

 

Quelle taille pour ces deux équipes de constructeurs ? Je vous propose un objectif minimum de… 20 % du nombre de collaborateurs permanents de la DSI !

Dirigeants et DSI, vous devez investir immédiatement et massivement pour créer ces équipes, les former, leur proposer des plans de carrière attractifs pour qu’une personne puisse dire : “j’ai 50 ans, je suis fier de mon métier de constructeur de logiciels et… je gagne très bien ma vie.”

Un beau défi de plus pour les entreprises courageuses et innovantes !

 


Transformation Numérique pour tous : le courage ou… la trouille

 

AdS DPC Courage switch S 62842445Transformation numérique, transformation digitale, ces expressions sont maintenant sur les lèvres de tous les dirigeants et DSI.

Qu’en est-il dans la réalité ? Que se passe-t-il vraiment dans les entreprises ?

Je rencontre des dizaines d’entreprises dans mes missions de conseil et des milliers de personnes dans les séminaires que j’anime chaque année. Ce n’est pas un échantillon important, mais il en priorité constitué d’entreprises qui sont plus innovantes que la moyenne, sinon elles ne me feraient pas intervenir.

J’ai pris la décision d’écrire ce billet “coup de gueule”, car je constate que l’écart entre le discours de modernité et la réalité des actions est immense.

J’avais, moi aussi, le choix entre courage et trouille : courage de l’écrire, et d’être “black listé” par de nombreux DSI, ou trouille de me fâcher avec de nombreux donneurs d’ordres potentiels.

J’ai choisi le courage, mot qui est au cœur de ma démarche, et qui figure dans la “baseline” de mon blog.

 

Avez-vous rencontré des personnes qui sont contre la Transformation Numérique ? Moi, pas !

Le discours sur la Transformation Numérique est omniprésent dans les réunions de dirigeants et de professionnels du numérique.

En 2018, le CIGREF, Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises, a publié un nouveau document sur ce thème, centré sur sa valeur économique.

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas rencontré des dirigeants ou des DSI qui ne se présentent pas comme des fans de la Transformation Numérique de leur entreprise, au moins dans leurs discours.

Couverture livre DTN copieLe livre que j’ai co-écrit avec Dominique Mockly sur le thème “Dirigeants, Acteurs de la Transformation Numérique” a été bien reçu et nous sommes souvent invités par des dirigeants ou des fournisseurs à donner des conférences pour en présenter les thèmes principaux.

Devant un tel enthousiasme, je ne devrais voir autour de moi que des entreprises en pleine Transformation Numérique, prenant à bras le corps cette transformation et permettant à tous leurs collaborateurs d’en profiter. Hélas, hélas, hélas, la réalité est toute autre : les actes ne suivent que rarement les grands et beaux discours d’innovation numérique. Je rencontre tous les jours des entreprises dont les modes de travail n’ont pas changé en profondeur depuis des dizaines d’années.

L’exemple le plus frappant est celui des outils bureautiques, universels, utilisés par une grande majorité de collaborateurs : il illustre remarquablement bien ce décalage entre la parole et l’action. C’est le sujet que je vais utiliser pour illustrer les différences entre une démarche “courage” et une démarche “trouille”.

 

Les outils “bureautiques”, seuls outils universels

Quelles sont les solutions numériques les plus répandues dans toutes les entreprises, utilisées par le plus grand nombre de personnes ? Ce sont les outils bureautiques : messagerie, agenda, traitement de texte, tableur …

Si les dirigeants et responsables du numérique souhaitent vraiment que la Transformation Numérique concerne, rapidement, un maximum de personnes, il n’y a pas de méthode plus efficace que le remplacement des versions démodées, en fin de vie, de ces outils bureautiques, disponibles depuis plus de 25 ans ; ils ont pour noms Microsoft Office, Exchange ou Lotus Notes.

MAE et Office antiquitésUtiliser Microsoft Office en 2019 ? C’est aussi “moderne” que d’utiliser une machine à écrire en 1990 !

Changer en profondeur les modes de travail de tous les collaborateurs en déployant des solutions de nouvelle génération devrait être la priorité de toutes les entreprises. Ceci permet de toucher :

  • Ceux qui ont déjà une bureautique archaïque, ce qui représente environ 50 % de la population des entreprises en France.
  • Les 50 %, des opérationnels en priorité, qui n’ont pas accès à ces outils ; on ne pouvait pas les équiper de PC Windows avec Microsoft Office.

 

Conditions “techniques” d’une Transformation Numérique réussie

Les lignes qui suivent sont un rappel des conditions minimales que doivent remplir les solutions numériques choisies pour accompagner une Transformation Numérique.

  • Disponibles dans des clouds publics : c’est dans ces environnements que les innovations les plus importantes naissent.
  • Solutions SaaS véritables, multitenant : c’est la seule manière de disposer de solutions industrielles et de ne jamais avoir à gérer des mises à jour.
  • Accessibles sur tout objet d’accès : les clients internes et externes ont le droit de choisir leurs objets d’accès : PC, Macintosh, smartphones Android ou iOS, tablettes ou Chromebooks.
  • Navigateur fenêtre universelle d’accès : une solution numérique non accessible depuis un navigateur n’a plus droit de cité dans une entreprise ; c’est le minimum commun disponible sur tous les objets d’accès.
  • Collaboratif natif : toutes les fonctionnalités proposées doivent être prévues pour permettre le partage, nativement. Un document sera partagé par défaut, individuel par exception.
  • Une seule version d’un contenu, à tout instant, pour tout le monde : partage et cohérence des informations ne peuvent pas être obtenus autrement.
  • Des coûts raisonnables : 10 € par mois est un ordre de grandeur pour une bureautique moderne de base : un smartphone à 200 € et des outils logiciels à 50 € par an permettent de tenir dans ce budget.

IBM Microsoft 2000 - Microsoft G suite 2019En 2000, les entreprises avaient le choix entre deux fournisseurs: IBM avec Lotus et Microsoft avec Exchange.

En 2019, les entreprises ont le choix entre deux fournisseurs : Microsoft avec Office 365 et Google avec G Suite.

Dites-moi quelle solution vous avez choisie ou envisagez de mettre en œuvre, je vous dirai si vous êtes… courageux ou trouillard !

 

Les entreprises courageuses choisissent G Suite

Il y a exactement 12 ans, en février 2007, Google annonçait à Paris, en première mondiale, Google Apps, devenu depuis G Suite.

Je parlais déjà, dans ce billet, des entreprises “prudentes” qui allaient trouver mille raisons pour ne pas faire le saut vers une bureautique Web ; en 2007, on ne parlait pas encore du Cloud. Je ne pensais vraiment pas que les arguments que je présentais à l’époque seraient encore valides 12 ans plus tard !

Depuis cette date des millions d’entreprises ont fait le choix G Suite, y compris les plus grandes.

Valeo, Veolia, Essilor, Airbus, la banque BBVA en Espagne, Teréga, Auchan, Solvay, Decathlon… la liste est longue de ces entreprises courageuses qui ont fait ce choix. Valeo a été la première grande société mondiale, dès 2007, à choisir G Suite ; bravo, Valeo !

AdS DPC 100 % S  96008063G Suite répond à toutes les caractéristiques techniques que j’ai présentées dans le paragraphe précédent. Il n’y a donc aucune raison “objective”, rationnelle, de ne pas faire ce choix.

Un exemple : aucune mise à jour n’a été nécessaire sur les postes de travail depuis le premier jour de déploiement.

 

Les entreprises trouillardes se réfugient dans Office 365

Office 365 Home PageEn 2011, 4 ans après l’arrivée de G Suite, Microsoft a lancé sa “solution cloud”, Office 365, comme l’indique leur site lors de l’annonce.

Des entreprises innovantes, courageuses, avaient démontré que basculer ses solutions bureautiques dans un cloud public était possible et ne déclenchait pas de catastrophes majeures. Le terrain était préparé pour que les autres entreprises envisagent de suivre leur exemple.

AdS DPC ravalement facade Chartres SS 171019391Bravo, Microsoft, qui a su proposer, à partir de 2011, un outil ancien, ravalé, pseudo-cloud, qui répondait bien aux attentes de non-changement des entreprises traditionnelles au sens de la courbe de Gauss de l’innovation.

Gérer les changements profonds induits par un basculement vers des solutions bureautiques Cloud ? C’était un traumatisme trop fort, des obstacles infranchissables pour les entreprises qui avaient la trouille de toucher aux habitudes de leurs collaborateurs internes.

Office 365, c’est encore en 2019 la parfaite illustration d’une démarche de pseudo-changement.

Je rencontre deux familles d’entreprises qui ont fait le choix Office 365 :

  • Les plus lucides, qui reconnaissent qu’elles ont eu peur d’affronter les changements que supposait un basculement sur G Suite.
  • Les autres, qui essaient de s’autoconvaincre qu’elles innovent en choisissant une solution de parfaite continuité avec le passé. Quelle tristesse devant ce refus d’affronter la réalité !

La seule, la véritable raison pour laquelle les entreprises trouillardes choisissent encore Office 365 en 2019, c’est que cette solution... n’induit aucun changement dans les usages de leurs collaborateurs. Ils peuvent garder leurs clients lourds, des PC avec Office et Outlook et continuer avec leurs modes archaïques de travail et des documents distribués sur des milliers de postes de travail Windows

Démontrer qu’Office 365 n’est pas une solution techniquement valable est très, trop facile :

  • Il est nécessaire de disposer d’un client lourd. Comment utiliser Office 365 depuis un Macintosh, un iPhone ou des smartphones Android ? Très simple, il suffit… d’installer les applications spécialisées pour ces postes de travail, qui ne sont pas totalement compatibles entre elles. Vous souhaitez utiliser un Chromebook ? Désolé, ce n’est pas possible.
  • MaJ Office 365 RafalOn retrouve toutes les joies immenses des mises à jour périodiques, comme le montre ce message reçu par un client Office 365.
  • Vous souhaitez partager un document ? Pas de problèmes, vous pouvez le mettre dans SharePoint Online ; ce n’est pas obligatoire et la gestion des partages est complexe.
  • ...

Il y a un argument massue utilisé par ces entreprises quand je les challenge sur leurs choix : on “pourrait” travailler en mode Web… Petit problème : personne parmi les grandes entreprises ne le fait ! J’ai pendant 3 ans collaboré avec une société américaine de plusieurs milliers de collaborateurs qui avait déployé Office 365 et j’avais une adresse mail chez eux ; j’étais le seul, je dis bien le seul, à utiliser la version navigateur de cet outil.

 

Les alibis les plus cités pour justifier le choix de la solution trouille

Une fois que la décision de non-changement est prise, de déployer Office 365 et que G Suite est soit non considéré soit éliminé, il faut bien sûr trouver des arguments pour essayer de s’autoconvaincre que c’est une bonne décision.

La liste qui suit n’est pas exhaustive, mais on y trouve les “best sellers”.

Pauvreté fonctionnelle

G Suite est une solution intéressante, mais elle ne répond pas aux attentes de nos utilisateurs qui ont des besoins professionnels non couverts.

C’était vrai en 2007, ce ne l’est plus en 2019.

Nb fonctions G sheets vs ExcelLe cas le plus emblématique est celui d’Excel : mes contrôleurs de gestion ne peuvent pas se passer d’Excel. C’est faux pour plus de 90% des utilisateurs bureautiques d’Excel, comme le montre ce tableau comparatif : Google Tableur propose 425 fonctions, Excel 471.

Question : combien de vos collaborateurs utilisent 200 fonctions d’Excel ou plus ?

Il faut surtout séparer Excel Bureautique et Excel outil applicatif, comme je l’ai longuement expliqué dans un billet récent qui préconise d’éliminer les applications Excel.

Il existe aujourd’hui de remarquables outils, clouds natifs, qui permettent de construire des applications Web légères, partagées, beaucoup plus ergonomiques et plus fiables que les applications construites avec Excel. Je pronostique qu’un nouveau leader va apparaître dans ce domaine. Son nom : Airtable.

AirTable HP

Si quelques personnes dans votre entreprise, ont, objectivement, encore besoin d’un outil bureautique très puissant et que les solutions de G Suite ne répondent pas à leurs attentes, rien n’interdit, avec un peu de pragmatisme, de leur donner accès à G Suite pour tous leurs usages “normaux” et de leur laisser, en plus, leurs versions existantes d’Excel ou “PauvrePoint”.

Espionnage des contenus par Google et la NSA

Cet argument n’est pas spécifique aux outils bureautiques cloud. Je ne vois objectivement pas de différences entre le cloud public Azure de Microsoft et celui de Google pour G Suite sur ce sujet. Les deux proposent des niveaux de sécurité supérieurs à ceux que peuvent fournir les centres de calcul privés des entreprises dans plus de 99,999 % des cas.

Rappel : il est aussi possible, pour les entreprises qui sont “ceinture et bretelle”, de chiffrer les données dans ces deux clouds avec une clef de chiffrement qui est propriété de l’entreprise et à laquelle ni Google ni Microsoft n’ont accès.

Usages non connectés, off-line

Comment travailler quand on n’a pas accès à un réseau ? C’est supposé être l’argument majeur contre G Suite.

Il y a plusieurs réponses “rationnelles” :

  • En 2019, la probabilité de ne pas avoir accès à un réseau 3G, 4G ou Wi-Fi est de plus en plus faible. Chez soi, au bureau, à l’hôtel, dans le train… ces réseaux sont omniprésents.
  • G suite off lineLe mode de fonctionnement “off-line” existe pour G Suite. J’ai écrit une partie de ce billet dans un avion Air France qui n’a pas encore de Wi-Fi. C’est un mode dégradé, oui, mais suffisant pour continuer à travailler dans la grande majorité des cas. Les modifications que j’apporte à mon texte sont synchronisées avec le cloud dès que je dispose à nouveau d’un réseau à l’arrivée.

En même temps qu’elles utilisent cet argument fallacieux, les entreprises réfléchissent au droit à la… déconnection de leurs collaborateurs. On ne se posait pas cette question en 2007 !

Si on se la pose aujourd’hui, c’est qu’effectivement on peut être connecté en permanence.

Dialogue avec l’extérieur

Mes clients, mes fournisseurs utilisent tous Microsoft Office et je dois pouvoir partager des documents avec eux.

Dans ce cas aussi, il existe d’excellentes réponses pratiques :

  • Echanger des documents au format standard PDF est souvent plus efficace et plus sûr, surtout quand on ne souhaite pas les modifier.
  • Download G suite as...Il est possible, dans G Suite, d’importer des documents aux formats propriétaires de Microsoft (xls, ppt…), de les garder dans ces formats et de les modifier. On perd par contre la possibilité de travailler en mode collaboratif.
  • Pour les documents créés par l’entreprise dans G Suite, on peut à tout moment les exporter dans les formats propriétaires de Microsoft.

N’oublions pas que la dématérialisation des échanges se généralise et que les formats propriétaires Microsoft n’y ont pas leur place. Personne ne pleurera leur disparition, en espérant qu’elle soit la plus rapide possible.

Si on veut noyer son chien… tout le monde connait ce proverbe. La rationalité dans les décisions a ses limites, et ne peut pas lutter contre la trouille des entreprises, leur incapacité à gérer des changements pourtant indispensables et bénéfiques pour tous, entreprises et collaborateurs.

 

Synthèse

Un grand nombre de DSI et de dirigeants “bien pensants” vont lire ce texte en se disant que j’écris des âneries, que je suis payé par Google et ne comprend rien à la vraie vie des entreprises sérieuses.

AdS DPC Scarier than change SS 177052115Je suis profondément inquiet quand je constate que le sentiment de trouille l’emporte face à la rationalité et que de trop nombreuses entreprises refusent de préparer leurs collaborateurs à une Transformation Numérique indispensable et urgente.

Votre entreprise est dans l’une de ces trois situations :

  • Vous avez déployé G Suite : bravo pour votre courage, vous êtes prêts pour aller plus loin, plus vite dans votre Transformation Numérique.
  • Vous êtes encore sur des solutions archaïques et vous posez la question de la migration : choisissez votre camp, celui du courage ou celui de la trouille.
  • Vous utilisez Office 365 : ayez le courage de remettre en cause ce choix dicté par la trouille, repartez dans la bonne direction…

Vous savez ce qu’il vous reste à faire : aurez-vous… le courage de passer à l’action, immédiatement ?

MAJ du 25 février 2019

Les difficultés techniques de mise en œuvre d'une solution cloud bureautique n'existent pas ; seules les dimensions humaines et organisationnelles peuvent ralentir une Transformation Numérique dans ce domaine.

Comment imaginer une seconde qu'une entreprise qui n'est pas capable de réussir en bureautique pourra le faire dans les autres domaines du numérique, applicatifs en particulier, où les défis techniques sont beaucoup plus grands.


CTO, responsable des infrastructures : un beau métier, essentiel, passionnant, frustrant

 

CTO lettersCTO, Chief Technology Officer : je rencontre de plus en plus d’entreprises qui créent cette fonction.

Un CTO est responsable des infrastructures numériques de l’entreprise, le I du modèle B I S, que connaissent bien les lecteurs de ce blog.

L’importance et la couverture fonctionnelle du métier de CTO vont croître fortement au cours des 3 à 5 prochaines années. Comment ? Réponses dans ce billet.

 

Les Infrastructures numériques : rappel

Les infrastructures sont les fondations d’un Système d’Information moderne : ses principaux composants :

  • Serveurs
  • Réseaux
  • Objets d’accès
  • Outils de gestion des données

AdS DPC foundations S 88385413Dans un langage plus “management”, les infrastructures regroupent tout ce qui n’intéresse absolument pas les clients internes et externes de l’entreprise !

Une autre caractéristique majeure des infrastructures numériques est financière : les infrastructures coûtent et ne rapportent rien. Elles permettent des usages qui, eux, peuvent être rentables. L’analogie avec le transport ferroviaire est claire : construire une ligne de TGV représente des investissements importants ; si la demande est au rendez-vous, les trains qui y circulent sont remplis et la ligne sera rentable.

Un CTO est responsable d’un centre de coût, jamais d’un centre de profit ; ce n’est jamais une position très confortable !

 

Indépendance Infrastructures - Usages

DPC Independence S 58334155Créer une indépendance aussi forte que possible entre les infrastructures et les usages Support (S) et cœur métier (B de Business), est l’une des conditions essentielles de la réussite de la mise en œuvre du modèle B I S.

C’est même une condition de survie si l’on souhaite garder toute la flexibilité nécessaire pour faire évoluer son SI, répondre aux nouvelles attentes des clients et déployer les solutions d’infrastructures innovantes dès que possible.

La bonne nouvelle ? En 2019, créer cette indépendance entre les infrastructures et les usages est possible. Voici quelques exemples des décisions simples et fortes qui garantissent cette indépendance :

  • Interdiction de déployer une application qui n’est pas accessible par navigateur ; ceci permet de les utiliser depuis tous les objets d’accès du marché : PC, Macintosh, smartphones et tablettes Android et iOS ou Chromebook. Un test simple permet de garantir cette règle : une application qui ne peut pas être utilisée depuis un Chromebook est… interdite.

Infrastructures - Usages - Serverless indépendance

  • Privilégier des développements Serverless sur des infrastructures clouds publics. Les développeurs se concentrent à 100 % sur la logique de leurs applications et les infrastructures serveurs et fichiers sont automatiquement instanciées.
  • Reprendre le contrôle de ses données en créant des espaces de données, datawarehouse, datalake… indépendants de toutes les applications. C’est pour moi le domaine d’innovation prioritaire pour un CTO : prendre en charge toutes les données de l’entreprise, structurées, documents, multimédia…, dans des espaces de stockages spécialisés. J’ai abordé ce sujet essentiel dans un billet récent.

Ces choix d’infrastructures s’imposent aux usages. Cette dimension “dictatoriale” du métier de CTO est difficile à défendre au début, mais de premiers bénéfices seront obtenus rapidement et tout le monde comprendra le bien fondé de ces “diktats” d’infrastructure.

 

Invisibilité des Infrastructures performantes

Les clients internes et externes du SI d’une entreprise ne s’intéressent pas “directement” aux infrastructures, ce qui est logique. La valeur pour eux vient des usages, des applications, rendues possibles par les infrastructures.

AdS DPC Invisible Two boots SS 90825469Plus un CTO est performant dans ses métiers, plus il devient “invisible” :

  • Le taux de disponibilité des serveurs et des réseaux dépasse les 99,99 %,
  • Les clients internes et externes choisissent l’objet d’accès qui leur convient le mieux, selon leurs besoins, les lieux ou les moments.
  • Les responsables des usages “S” peuvent faire leur marché parmi les dizaines de milliers d’applications SaaS disponibles.
  • Les développeurs internes qui construisent les applications “B” s’appuient sur des plateformes de développement PaaS, disponibles sur les infrastructures clouds publics.

Cette invisibilité des infrastructures devient un avantage concurrentiel majeur, un plus essentiel, garant de la cohérence de tous les usages numériques et d’une flexibilité maximale (l’agilité dont tout le monde parle beaucoup…).

 

Les principaux “aaS” du CTO

Le seul avenir sérieux et pérenne des infrastructures numériques se trouve dans les clouds publics, seuls capables de fournir toute la puissance de calcul, toute la capacité de stockage des données à des prix compétitifs et en baisse permanente.

En langage simple : “hors du cloud public, pas de salut pour les infrastructures numériques”.

Toutes les offres dans les Clouds publics, pour les infrastructures comme pour les usages, sont proposées en aaS, as a Service.

Le CTO est le grand maître des infrastructures ; il choisit, propose et gère un grand nombre d’aaS. Les principaux aaS d’infrastructures se retrouvent dans cette liste :

CTO Master Karaté aaS

  • IaaS, Infrastructure as a Service : la majorité des entreprises choisissent deux fournisseurs parmi les trois leaders, AWS, Google Cloud Platform et Azure de Microsoft.
  • AaaS, Aggregation as a Service : ces plateformes techniques permettent d’industrialiser les échanges entre les différents composants applicatifs. Les leaders actuels sont Apigee de Google, Mulesoft de Salesforce et Snaplogic. Les solutions "légères" telles que Zapier font aussi partie des outils à privilégier.
  • TaaS, Trust as a Service : tous les outils, cloud bien sûr, qui permettent de créer la confiance en assurant la sécurité et la confidentialité. Ils font tomber les alibis classiques utilisés par les entreprises qui cherchent par tous les moyens à trouver de mauvais arguments pour ne pas utiliser des solutions clouds publics. Si l’on est “gentil”, on parlera d’entreprises traditionnelles, si l’on est plus direct, on les appellera retardataires ou ringuardes.
  • NaaS, Networks as a Service : l’ensemble des solutions réseaux, sans fil et filaires, qui permettent aux clients internes et externes d’accéder en haut débit à tous les usages, en tout lieu, à tout moment.
  • ADaaS, Access Devices as a Service : la capacité de proposer aux collaborateurs de l’entreprise une large gamme d’objets d’accès, de type, de taille et de puissance variés, correspondant aux spécificités de leurs activités et à leurs préférences personnelles.
  • iDaaS, intelligent Data as a Service : ce sera l’une des priorités absolues d’un CTO moderne pour les 3 prochaines années : proposer toute une gamme d’outils spécialisés permettant aux entreprises de reprendre le contrôle de leurs données sous toutes leurs formes :
    • Structurées.
    • Multimédia : photos, images, vidéos, son…
    • Documents bureautiques.
    • Géographiques.

La variété, la complexité et la richesse de tous ces métiers mettent en évidence l’importance majeure de ce métier de CTO. On est loin de l’image ancienne et poussiéreuse du responsable technique informatique classique, qui gérait dans son antre au sous-sol des serveurs, des disques et des routeurs.

 

Les clients du CTO

En plus de ces fortes compétences technologiques, le CTO est dans l’entreprise la personne qui a le plus grand nombre de “clients” de ses solutions :

  • Les clients externes de l’entreprise : derrière ce mot client se trouve une grande variété de personnes : les clients commerciaux, entreprises et/ou particuliers, fournisseurs, organismes publics… Dans un monde de plus en plus numérique, tous ces clients externes attendent un service impeccable et fiable, disponible en permanence, sur tous leurs objets d’accès.
  • Les clients internes de l’entreprise : personnes du terrain, fonctionnels, dirigeants… ils ont tous droit à la même qualité de service que les clients externes. Ils ne peuvent plus être traités comme des clients de “deuxième zone”.
  • Les clients internes de la DSI : les responsables des usages B, métier et S, support, doivent accepter les contraintes imposées par le CTO et comprendre que c'est en réalité une grande opportunité pour eux. Plus le temps passera, plus ils comprendront la valeur ajoutée d’un CTO puissant.

CTO Clients B  S et DSI

Ces trois familles de clients correspondent aux usages B et S :

  • B, en priorité pour les clients externes.
  • S, en priorité pour les clients internes.
  • B + S, pour les équipes internes de la DSI qui sont chargées de les déployer (S) ou de les construire (B).

 

CTO : garantir évolution, cohérence du SI et de la Transformation Numérique

Il est difficile de résumer tout ce qu’une entreprise attend de son CTO tant ce métier est riche et complexe ; il faut être, en même temps :

  • CTO polymathUn architecte du numérique, capable de construire les fondations d’un SI performant en s’appuyant sur un grand nombre de solutions différentes, les aaS.
  • Capable de mener une veille technologique à 3 ou 5 ans, pour anticiper les innovations fortes qui lui permettront d’améliorer en permanence les infrastructures mises à la disposition des clients de l’entreprise.
  • Garder la maîtrise des choix technologiques essentiels et les faire respecter par tous les collaborateurs.
  • Résister à la pression permanente pour réduire les coûts des infrastructures.
  • Garantir un fonctionnement sans pannes des infrastructures opérationnelles.
  • Avoir la capacité à répondre aux attentes de tous les clients, internes et externes, en leur proposant des solutions performantes et en leur faisant découvrir les potentiels des innovations qui apparaissent en permanence.
  • Et tout cela… en acceptant d’être la personne “invisible” et que tous ses clients trouvent “normal” que les infrastructures mises à leur disposition fonctionnent sans incident.

Le titre de ce billet résume bien le métier de CTO : c’est un très beau métier, essentiel, passionnant, souvent frustrant...

 


Un si long silence…

 

AdS DPC Silence emoticon 30562777Trois mois sans publier un nouveau billet sur mon blog, cela ne m’était jamais arrivé !

Il y a une raison à ce silence, même si ce n’est pas une excuse.

 Je viens de terminer la rédaction d’un livre qui sera publié début septembre 2018. Il est coécrit avec Dominique Mockly, PDG de Teréga, opérateur français d'infrastructures gazières, auteur de "L'entreprise cerveau : petite apologie de la curiosité " publié en 2015 aux éditions Débats Publics et qui a engagé une Transformation importante de l'entreprise qu'il dirige avec un volet numérique décisif."

Son titre :

Dirigeants, Acteurs de la Transformation Numérique

C’est, à ma connaissance, la première fois qu’un dirigeant et un spécialiste du numérique mettent en commun leurs compétences pour traiter ce sujet.

Il sera publié directement sur Amazon, en format papier et en format Kindle. Dans un autre billet, publié sur ce blog quelques jours avant la sortie de ce livre, j’en présenterai les principaux thèmes. Les lecteurs de mon blog y retrouveront un grand nombre des idées que j’y défends depuis de nombreuses années.

C’est un ouvrage court, destiné en priorité aux dirigeants d’entreprises, publiques et privées, grandes et moyennes.

Ses principaux objectifs :

  • Aider les dirigeants à comprendre les potentiels et les challenges de la Transformation Numérique de leur entreprise.
  • Leur faire découvrir les potentiels immédiats des solutions numériques opérationnelles.
  • Présenter les démarches de rupture qui permettent de mettre en œuvre, rapidement, une Transformation Numérique dans leur entreprise.
  • Etablir les règles d’une gouvernance efficace pour une Transformation Numérique réussie.

J’anime depuis des années des séminaires en interne pour aider des dirigeants à se préparer efficacement à la Transformation Numérique de leur entreprise.

L’écriture de ce livre m’a donné l’idée de proposer un séminaire interentreprises pour des dirigeants qui souhaitent aussi pouvoir échanger avec des dirigeants d’autres entreprises.

Séminaire Cap Institut DTN Louis NaugèsL’Institut CapGemini, avec qui je collabore depuis de nombreuses années, a accepté de le mettre à son catalogue. C’est le seul séminaire de ce catalogue qui dure une seule journée, pour permettre à des dirigeants de trouver plus facilement le temps d’y participer.

Son titre, vous l’avez deviné :

Dirigeants, Acteurs de la Transformation Numérique.

La première session aura lieu fin août 2018, avant la rentrée, pour permettre aux dirigeants qui y participeront de préparer leur plan d’action pour 2019.

Dès demain, promis, je reprends la publication de mes billets sur ce blog, avec la fréquence habituelle.

 


Entreprises et Cloud : deux démarches, deux visions différentes

 

CIO évenements Software Defined EverythingUn grand merci à Bertrand Lemaire et CIO-Online pour m’avoir invité à cette intéressante conférence, mardi 13 février 2018 dans la matinée.

Software Defined Everything : un titre un peu sibyllin, mais qui permettait de parler de beaucoup de sujets. Dans la pratique, l’essentiel des échanges c’est concentré sur les solutions de Cloud Computing.

Le grand témoin de cette manifestation était Jean-Christophe Laissy, DSI groupe de Veolia, nommé deux fois en 2017 DSI de l’année.

La conférence a commencé par la présentation de quelques résultats d’une enquête réalisée par CIO-online sur ces sujets.

J’en ai extrait un seul graphique, qui m’a fait sursauter tant les chiffres sont inquiétants :

  • 71 % des entreprises n’envisagent pas de basculer sur des infrastructures dans le Cloud Public. Oui, vous avez bien lu, les ¾, et nous sommes en 2018 !
  • 9 %, 9 % seulement, répondent oui à cette question.

CIO enquête migrer cloud public

J’ai choisi de ne pas commenter les intéressantes présentations faites par les fournisseurs sponsors de l’évènement : Veritas, Riverbed, Nutanix, Dimension Data et VMware.

Ce qui m’a passionné, et fasciné, ce sont les présentations faites par des organisations privées et publiques ; les différences d’approches étaient impressionnantes.

Deux groupes de responsables Systèmes d’Information se sont exprimés :

  • Les partisans des Clouds Privés.
  • Ceux qui ont fait le choix du Cloud Public.

 

Démarche Clouds Privés 

La majorité des DSI qui ont parlé appartiennent à ce groupe.

Step by StepUne remarque de Paul Cohen Scali, DSI du PMU, résume très bien cette démarche : «  On avance par étape, marche par marche ».

Le PMU a expliqué comment il s’était débarrassé de son Mainframe IBM :

  • Basculement sur des serveurs AIX/Unix, d’IBM.
  • Les mêmes applications historiques, Cobol, fonctionnent sur ces nouveaux serveurs.
  • Pour les nouveaux usages, tels que les paris sportifs on-line, le PMU a choisi de s’appuyer sur des applications de partenaires spécialisés.
  • Rien sur le Cloud Public pour le moment.

Faouzy Sefsaf, DSI de Nigay, entreprise leader du marché du caramel, a lui aussi choisi de rester dans des infrastructures internes, virtualisées.

Pierre-François Renard est responsable du stockage des données à la Société Générale. Il a clairement expliqué que la banque a fait le choix d’une démarche Cloud Privé. La gestion des différentes générations de solutions techniques de gestion des supports de stockage est, et restera complexe.

CIO Table ronde DSIEn fin de matinée, une table ronde regroupait trois responsables SI ; Laurent Dirson, de Nexity, fait partie des partisans du Cloud Public et j’en parlerai dans la deuxième partie de ce billet.

Les deux autres intervenants, Frédéric Soultanem, du Ministère de l’Agriculture et Lucien Foucault, du Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, ont présenté un projet sur lequel ces deux ministères collaborent ; son nom : OSHIMAE : Offre de Service d’Hébergement Interministériel Agriculture Ecologie. Ce projet est l’un des lauréats du Programme d’investissements d’avenir « Transition numérique de l’État et modernisation de l’action publique ».

J’ai retenu plusieurs points dans cette présentation :

  • C’est un bon exemple de « cloud communautaire », avec deux ministères qui souhaitent partager une infrastructure commune. Une excellente initiative, à encourager.
  • On est sur des échelles de temps « longs » : OSHIMAE devrait être opérationnel en 2022 et le projet a été initialisé quand Nicolas Sarkozy était Président de la République.
  • L’un des objectifs du gouvernement est de réduire, très progressivement, le nombre de centres de calculs de l’état de 100 à 10.
  • Il s’agit, bien sûr, de construire des Clouds Privés.
  • L’un des arguments avancés pour ne pas choisir une solution de Cloud Public était « intéressant » : on ne va pas donner de l’argent public à des entreprises qui… ne paient pas leurs impôts en France.
  • Le gouvernement a commencé à utiliser un cloud public : devinez quel est le fournisseur choisi : Orange.

Pour ces organisations, et si l’on en croit les résultats du sondage déjà cité, elles sont largement majoritaires, les solutions Cloud Public ne seront pas dans leur radar avant longtemps.

 

Démarche Clouds Publics


Le contraste entre les discours était saisissant quand on écoutait ensuite Laurent Dirson de Nexity et Jean-Christophe Laissy de Veolia, qui ont fait le choix d’une démarche résolument tournée vers le Cloud Public.

DataCenterLess : sans centre de calcul. Cette expression, utilisée par ces deux décideurs, résume très bien leur démarche.
Gérer des infrastructures, des serveurs, des disques, des réseaux, ce n’est pas cela qui va nous apporter un euro de plus de chiffres d’affaires, qui va accroître notre compétitivité.

De la présentation de Nexity, j’ai retenu quelques idées fortes :

  • Nexity aura fermé son dernier centre de calcul en juin 2019.
  • Les applications historiques sans valeur métiers sont portées à l’identique sur les infrastructures IaaS des grands leaders, en « Lift & Shift ».
  • La virtualisation aujourd’hui, les containers de plus en plus, facilitent ces migrations et la possibilité d’utiliser des clouds publics différents.
  • Pour tous les usages transverses, Nexity choisit des solutions SaaS.
  • Les nouvelles applications créatrices de valeur sont développées avec des outils PaaS (Platform as a Service), sur des Clouds Publics.
  • 80 % du SI sera reconstruit dans les 3 ans qui viennent.
  • La gestion des infrastructures IaaS est un métier complexe, qui demande des compétences techniques et financières ; ce sont des profils difficiles à trouver.

Je n’ai jamais eu l’occasion de travailler pour Nexity, mais j’ai découvert avec plaisir que Nexity utilisait le modèle B I S que je préconise depuis 3 ans.

C’est ce même modèle B I S qui est suivie par Veolia, société avec qui j’ai l’honneur de travailler depuis plusieurs années.

Les démarches suivies par Nexity et Veolia ont beaucoup de points communs, résumés dans ce graphique :

Conférence CIO - BIS IaaS paas saas

  • Usages B, cœur métiers : développées sur mesure en utilisant des solutions PaaS des grands acteurs du Cloud Public.
  • Infrastructures I : Les solutions IaaS sont utilisées en « Lift & Shift » pour des applications historiques. Veolia a migré tous ses serveurs SAP sur AWS en 6 mois et le nombre de serveurs nécessaires est passé de 600 en interne à 200/250 chez AWS. Les coûts de fonctionnement ont été réduits de 40 %.
  • Usages S, Support : recours systématique à des solutions SaaS. L’offre est très riche et permet de trouver des réponses de qualité.

CIO JCL En plus de son rôle de grand témoin et de commentateur des interventions, Jean-Christophe Lassy (à gauche sur la photo, avec Bertrand Lemaire) a aussi présenté quelques points forts de la stratégie Cloud Public de Veolia :

  • Veolia est un groupe très décentralisé ou chaque Business Unit a ses équipes informatiques ; il y a environ 2 300 informaticiens en interne.
  • La seule application commune, utilisée par plus de 100 000 clients internes, est G Suite de Google. Office et Active Directory seront éliminés et les Chromebooks généralisés.
  • Veolia sort 2000 serveurs de ses centres de calcul chaque trimestre.
  • Il devrait rester moins de 10 % des serveurs dans 3 ans, essentiellement des serveurs utilisés pour des taches techniques.
  • Le point d’arrivée commun en 2020 est le même pour toute l’entreprise ; par contre, le chemin pour y arriver est spécifique pour chaque BU, en fonction de sa situation de départ.
  • La gestion des deux clouds publics, GCP et AWS, demande de fortes compétences « FinOps », financières et opérations, à la fois architectes techniques et gestionnaires de contrats.
  • En acceptant des niveaux de SLA plus raisonnables pour des applications non critiques, on peut réduire fortement les coûts de fonctionnement, parfois dans un rapport 10 !

Le message de Jean-Christophe Laissy qui a le plus surpris les participants concerne… la sécurité. Il a expliqué qu’il ne pouvait pas garantir la sécurité du SI de Veolia à sa DG quand des centaines de personnes, dans des dizaines de sites différents, sont chargées de la sécurité. A l’inverse, avec AWS et GCP, la sécurité est garantie dans le monde entier, avec leurs équipes de plusieurs centaines de personnes, parmi les meilleures au monde.

 

Résumé

Je respecte les organisations qui font le choix d’une démarche Cloud Privé ; mon éthique m’interdit de les aider à aller dans une direction que je considère comme très dangereuse pour leur avenir et leur survie.

J’accompagne par contre avec beaucoup de passion et d’énergie les organisations qui ont le courage de choisir la voie, plus difficile, qui mène à des solutions Cloud Public pour les infrastructures et les usages.

S’il n’y avait qu’une seule idée à retenir de cette matinée passionnante, ce serait : le fossé qui existe entre les partisans du Cloud Privé et ceux du Cloud Public est très profond !

Blog CIO crevasse Cloud Public  Privé

Les fournisseurs qui se sont exprimés pendant cette réunion ont tous utilisé l’expression « Cloud Hybride », supposé être une passerelle entre ces deux mondes.

Après avoir écouté les exposés des entreprises présentes, j’ai bien compris que le pont « Cloud Hybride » est une fiction ; il sera aussi fréquenté qu’une autoroute à 6 voies qui serait construite entre la Corée du Nord et la Corée du Sud !


Une bonne résolution pour 2018 : éliminez les applications Excel !

 

AdS DPC 2018 ouvert Cloud S 185419364Premiers jours de 2018 : je vous propose de prendre une importante résolution pour l’année qui démarre : éliminer les applications Excel qui ont envahi votre entreprise.

Oui, je le sais, il y en a des centaines, des milliers et votre entreprise ne pourrait plus fonctionner si on arrêtait brutalement ces usages informatiques d’un outil bureautique. C’est pour cela qu’il est urgent de réagir avant que des catastrophes ne se produisent.

 

Excel, le produit

Excel est un tableur, logiciel bureautique, né il y a un peu plus de 30 ans. J’ai été l’un des premiers utilisateurs d’Excel quand ce logiciel n’était disponible que sur… Macintosh, avant l’arrivée de Windows.

Lotus123 spreadsheetLe tableur est une invention remarquable : les premiers représentants de cette famille, Multiplan, Visicalc ou Lotus 1-2-3 ont fait beaucoup pour le succès des PC. N’ayant pas su anticiper l’arrivée des interfaces graphiques, ils ont tous disparu, balayés par Excel.

Excel, le produit, est remarquable ; entre la version 2 initiale et la version 2016 actuelle, il a connu un accroissement considérable de ses fonctionnalités et de sa puissance.

L’arrivée et la diffusion massive de VBA, Visual Basic for Applications, surtout depuis la version 7 en 2010, a conduit à la transformation d’Excel en outil informatique que l’on pouvait « programmer », comme l’explique clairement cette formation à VBA.

Excel VBA Programming Language

VBA est un langage de programmation traditionnel, propriétaire Microsoft, qui a ses racines dans Basic ; il est raisonnablement puissant et permet de faire beaucoup de choses avec Excel, beaucoup trop de choses…

« Petit problème » : écrire des programmes est un très beau métier, mais il demande des compétences sérieuses. Je ne fais pas partie des personnes qui pensent que tout le monde doit savoir programmer et doit pouvoir écrire des programmes pour son entreprise.

Peut-on tout faire avec Excel ? Non, mais vraiment beaucoup de choses, oui ! J’ai beaucoup d’admiration pour Tatsuo Horiuchi, artiste japonais qui réalise tous ses tableaux avec Excel ; un peu moins pour la personne qui a créé plus d’un million de lignes en 9h30 !

Usages Excel - Peinture et fichier 1 M lignes

Est-ce que cela me rassure ? Pas vraiment…

  

Excel, les utilisateurs-développeurs

L’analogie avec les moyens de transport est utile pour mieux comprendre les difficultés potentielles. Tout le monde peut apprendre à conduire une bicyclette ou une voiture particulière, mais ce n’est pas sans risques : il y a tous les ans plus d’un million de morts sur les routes dans le monde.

DPC conducteur train S 83306407Conduire un camion, un autobus, un train ou un avion demande des apprentissages beaucoup plus longs et devient une activité réservée à des professionnels.

Donner à tous les collaborateurs d’une entreprise la possibilité de faire des développements légers, similaires à la conduite d’une bicyclette, pourquoi pas, si l’on accepte un niveau de risques raisonnables.

Par contre, laisser des développeurs non professionnels construire des applications qui ont un rôle stratégique induit un niveau de risques inacceptable pour des entreprises responsables.

Je ne vais pas laisser une personne piloter un Airbus 380 avec 500 passagers quand elle a suivi une formation de 10 heures par Internet ! C’est hélas ce qui se passe trop souvent dans les grandes organisations avec les applications Excel. Devenez développeur VBA en 10 heures et… prenez la responsabilité de calculs qui peuvent avoir des impacts majeurs sur le fonctionnement de votre entreprise.

L’exemple le plus emblématique et le plus courant est la publication des résultats de fin d’année d’une entreprise. Pendant plusieurs semaines, de sympathiques financiers sans culture de développeurs vont travailler jour et nuit pour faire tourner des centaines de macros VBA Excel sur leurs PC, sans qu’aucun contrôle sérieux de cohérence ne soit possible.

TIBCO 100 M error ExcelEn 2014, les actionnaires de TIBCO Software ont perdu 100 M de dollars lors de la vente de l’entreprise à la suite d’une erreur Excel réalisée par la banque Goldman Sachs qui gérait ce dossier.

Il y a certainement des dizaines de cas similaires dont on n’entendra jamais parlé, car pour beaucoup : « Vérité Excel = parole d’Evangile ».

 

Excel : le diagnostic

L’outil Excel n’est pas en cause ; comme tous les outils, il est neutre : ce sont ses usages qui le sont.

Les apprentis sorciers Excel ne sont pas en cause : on ne les a pas préparés au métier de développeur et ils font de leur mieux. 

Alors, à qui la faute si un outil trop puissant est entre les mains de personnes qui ne le maîtrisent pas pour réaliser des activités pour lesquelles il n’est pas adapté ?

Ma réponse peut vous surprendre : le principal coupable est le Système d’Information de l’entreprise !

Qualité SI = f (nb applications Excel)Dis-moi combien d’applications Excel existent, je pourrai calculer la qualité du SI de l’entreprise.

  • Est-ce que les financiers passent des dizaines d’heures à essayer d’obtenir des résultats crédibles pour le plaisir ? Non.
  • Est-ce que les responsables de planning en usines passent des heures, tous les jours, pour essayer que tout se passe le moins mal possible, pour le plaisir ? Non.
  • Est-ce que les responsables des ressources humaines se battent avec leurs feuilles Excel pour avoir des statistiques fiables pour le plaisir ? Non.

L’immense majorité des personnes qui, dans leurs métiers, construisent des applications Excel le font parce qu’elles considèrent que les outils informatiques mis à leur disposition par la DSI ne sont pas adaptés à leurs attentes.

J’avais déjà évoqué ce thème en parlant de l’informatique fantôme, à base d’Excel, qui a précédé le Cloud Fantôme.

FPA 88 % Excel sheets with errorsLes personnes qui utilisent des applications Excel ne sont pas des irresponsables ; elles sont conscientes des risques et des limites de leur outil, connus de tous :

  • Il existe une association dédiée à l’analyse des risques liés aux usages avancés d’Excel, EuSpRiG, European Spreadsheet Risk Interest Group.
  • Une étude du FPA (Financial Planning & Analysis) de juillet 2017 annonce que 88 % des applications Excel ont des erreurs.
  • Les résultats d’une étude publiée en novembre 2017 par IDC sur les usages Excel en Europe donnent froid dans le dos :
    • 5,5 millions de personnes en Europe sont utilisateurs avancés d’Excel.
    • Elles perdent 2 milliards d’heures par an.
    • Le coût de ces inefficacités : 55 milliards d’euros.

European losses for Spreadsheets

Les lecteurs de mon blog connaissent bien mon « amour fou » pour les ERP intégrés.

Je n’avais pourtant pas pensé ni osé traduire ERP par :

                    ERP = Excel Run Production

C’est ce que fait une étude publiée en octobre 2017 par la société IFS.

Ces deux graphiques, extraits de cette étude, montrent qu’Excel est l’outil de gestion de production privilégié et que les 18-35 ans sont les plus grands fans d’Excel.

IFS Study on Excel in Production

Lors de différentes visites récentes dans des usines, j’ai pu vérifier que c’était très souvent le cas. Dans une entreprise industrielle française, j’avais résumé mon analyse de la situation lors d’une présentation à la Direction Générale en disant : l’outil le plus utilisé dans vos usines est… Excel.

Pour les lecteurs qui ne seraient pas encore convaincus, je propose la lecture de cet article de la revue Fortune qui publie une longue liste d’erreurs à mettre au passif d’Excel.

OK, la situation est grave, les applications Excel sont partout, elles sont dangereuses ; peut-on sortir de ce bourbier ?

  

Solutions pour se libérer des applications Excel 

J’ai résumé la situation actuelle par ce schéma ; les données produites par le Système d’Information sont jugées non fiables ou non pertinentes par les métiers. Ils les exportent dans Excel, leur font subir toute une série de « mauvais traitements » à la sauce VBA pour publier des documents visuellement satisfaisants, mais dont la qualité et la fiabilité ne peuvent pas être garanties.

SI actuel ERP + Excel

En résumé :

        Applications Excel = données fausses + traitements non fiables 

La clef de la solution se trouve dans la première partie de cette équation, données fausses. Il est nécessaire de prendre le problème à la base et de construire un Système d’Information capable de créer des référentiels de données fiables et crédibles.

J’ai longuement abordé ce sujet dans deux billets récents sur les SoR, SoE et SoI, ici et .

AdS DPC Trust keyboard S 65542440Quand les financiers, les responsables de la gestion de production ou du pilotage RH pourront accéder à des données fiables, auxquelles ils font confiance, ils abandonneront rapidement leurs applications Excel, et avec plaisir !

J’entends souvent les responsables SI se plaindre que les métiers utilisent trop d’applications Excel : ce sont eux qui en portent la responsabilité !

Je vous propose une démarche sectorielle pour faire disparaître, par étapes, les applications Excel : commencer par les données financières, puis attaquer ensuite la gestion de production, les RH ou les applications commerciales.

Pourquoi commencer par la finance ?

  • C’est dans ce domaine que les usages d’applications Excel sont le plus fréquents.
  • Il existe d’excellentes solutions SaaS, Software as a Service, de gestion performante des données financières capables de créer un référentiel de qualité, partageable par tous les financiers de l’entreprise.

Quand de premiers succès auront été obtenus dans la finance, il sera plus facile d’aborder les autres référentiels de données, commerciales, RH ou de production.

 

Abandonner les applications Excel : tous gagnants

Ce combat, difficile, contre les applications Excel, il est possible de le gagner.

AdS DPC 3 cups Winners S 71666873Pourquoi ? Tout le monde peut en sortir gagnant :

  • Les financiers et autres développeurs d’applications Excel : quand ils disposeront de données fiables et partageables, ils seront prêts à utiliser d’autres outils, des applications SaaS plus performantes pour mieux faire leur métier.
  • Les informaticiens : ils auront la satisfaction de voir que le gros travail qu’ils ont réalisé pour créer ces référentiels de données est apprécié par leurs clients internes. Un nouveau climat de confiance et de collaboration s’établira entre les métiers et les informaticiens.
  • Les entreprises, car elles disposeront, plus vite, de données fiables et réduiront les risques graves posés par la situation actuelle.

Attention, danger : je rencontre des entreprises qui cherchent à remplacer les applications Excel par des applications tableurs dans le Cloud. Ce n’est pas la bonne réponse ; cela ne fait que pérenniser de mauvaises pratiques de gestion et crée en plus des frustrations fortes, car les applications VBA ne sont pas transportables facilement dans le Cloud.

Alors, quel avenir pour Excel ?

Excel doit redevenir ce qu’il n’aurait jamais du cesser d’être, un excellent outil « bureautique simple » !

Logo google sheetsDans ce contexte nouveau, sans applications Excel, remplacer l’outil bureautique Excel par l’outil bureautique tableur dans le Cloud, devient une excellente idée. On revient dans le monde du raisonnable, les fonctionnalités des tableurs clouds tels que Google tableur sont plus que suffisantes et on profite des avantages des solutions cloud : partage des contenus ou la possibilité de travailler à plusieurs sur une même feuille de calcul… bureautique.

Eliminer les applications Excel en 2018, un beau combat en perspective, mais passionnant : tout le monde en sortira gagnant.