Quels métiers, demain, pour nos enfants? Peut-on anticiper les impacts de l’Intelligence Artificielle?

 

XAdS DPC man & robot waiting for a job S 574183420Depuis quelques mois, j’anime beaucoup de conférences et séminaires sur le sujet de l’IA, Intelligence Artificielle.

L’irruption de ChatGPT, il y a moins d’un an, un des premiers outils d'IAG, l’IA Générative, a déclenché une vague d’intérêt sans précédent pour ces sujets dans toutes les entreprises.

Deux questions me sont souvent posées: 

  • Quels seront les impacts de l’IA, et en particulier de l’IAG, sur les métiers existants?
  • Quels conseils puis-je donner à mes enfants, à des jeunes autour de moi, pour orienter leur carrière dans une direction qui ne sera pas trop fortement impactée par l’IA et  l’IAG?

Je vous propose, dans ce long texte, des éléments de réflexion qui vous permettront, je l'espère, d’y voir un peu plus clair sur ce sujet de l’emploi, qui devient prioritaire.

Vous serez probablement surpris du résultat de mes analyses.

 

Matrice des métiers

XMétiers quatre dimensionsJ’ai imaginé une matrice à quatre cases pour définir les principaux métiers. L’ordre de présentation de ces quatre dimensions ne correspond absolument pas à un classement ou un jugement de valeur.

  • Dimension manuelle: est-ce que cette activité demande une compétence manuelle particulière? Un électricien, un infirmier, un potier ou un champion de tennis sont des exemples de métiers qui demandent de fortes compétences manuelles. Le mot manuel est pris dans son sens le plus général, regroupant toutes les activités physiques.
  • Dimension intellectuelle, informationnelle: un mathématicien, un généticien ou un champion d'échecs ont besoin de fortes compétences informationnelles.
  • Dimension humaine, empathie: un psychiatre, un serveur de restaurant ou un enseignant ont besoin de capacités dans ce domaine.
  • Dimension formation, éducation: quelle est la durée de la formation nécessaire pour acquérir des compétences dans ce métier. Il est plus rapide d’obtenir un permis de conduire d’une voiture que d’un autobus ou d’un avion de chasse.

Il est certainement possible d’imaginer d’autres dimensions, mais ces quatre dimensions me permettront de répondre de manière efficace à la question posée dans ce texte.

Il n’y a pas de métiers “mono-dimension”: tous ont, à des degrés divers, besoin des quatre dimensions. 

Dans la suite de ce texte, je vais “caricaturer” les métiers pour mettre en évidence les différences essentielles, tout en sachant que la réalité est plus complexe.

J’utiliserai cette matrice pour classifier les différents métiers selon leurs niveaux d’exposition aux risques de marginalisation ou de disparition créés par l’IA et surtout l’IAG.



Technologie et emploi: un résumé historique très simplifié

XPopulation Active France sur 100 ansDes graphiques de ce type sont utilisés dans toutes les écoles pour expliquer les évolutions des emplois dans l’agriculture, l’industrie et les services.

Les premières révolutions industrielles ont fortement réduit le nombre d’agriculteurs dans les pays comme la France. Après une forte croissance initiale, le nombre d’emplois directs dans l’industrie a commencé à baisser il y a plus de 50 ans.

XUsine début 20 ème siècle vs usine TeslaLa photo du haut représente une usine du début du XXe siècle. 

Celle du bas, une usine robotisée de fabrication de voitures Tesla. On a du mal à y trouver une présence humaine.

Remarque: la photo du haut, achetée sur le site d’Adobe Stock, a été créée par un logiciel d’IAG. Combien parmi vous l'avaient remarqué et sont capables de faire la différence avec une photo traditionnelle?

Un grand nombre de pays, dont la France, se lancent aujourd’hui dans des politiques de réindustrialisation, en priorité pour des raisons de souveraineté et pour moins dépendre d’autres pays. Ce mouvement devrait permettre une stabilisation du nombre d’emplois directs dans les métiers industriels, mais il est illusoire d’imaginer que le nombre de ces emplois va se remettre à augmenter fortement.

XAmazon Robots warehouse SLe nombre de robots industriels déployés dans tous les pays est en forte croissance, comme dans les entrepôts d’Amazon, qui avait acheté en 2012 Kiva, une entreprise de robots.

Dans cet article publié en 2022, Amazon annonce qu’ils utilisent plus de 500 000 robots. En même temps, Amazon a embauché… 1 million de personnes! Cet article contient quatre vidéos intéressantes sur les différents usages de ces robots.

Ces révolutions industrielles ont en priorité touché les personnes ayant des activités “manuelles” dans ma matrice.

XDactylosDe rares métiers informationnels de base, demandant peu de formation, ont déjà été négativement impactés par l’évolution des technologies.

C’est le cas des dactylographes qui étaient nombreuses dans des “usines” nommées pools dactylographiques, au milieu du siècle dernier.

L’arrivée des premiers outils bureautiques et l’acculturation du clavier chez les managers avec l’usage des premiers PC ont fait disparaître ces usines de production de documents papier avant la fin du XXe siècle.



Métiers à risques avec l’arrivée de l’IA et de l’IAG

XAdS DPC man disappear in screen S 609121692Quand je parle de métiers à risques, je fais référence à des métiers qui peuvent disparaître ou voir le nombre de personnes qui les exercent se réduire fortement.

L’IAG a comme valeur principale sa capacité à créer des contenus, de le faire très bien et de mieux en mieux, dans tous les domaines du texte, de la donnée numérique, de l’image, de la vidéo, du code informatique, du son…

C’est ce que j’ai expliqué en détail dans ce billet de blog:

La matrice que je propose, même si elle est imparfaite, à un avantage majeur: en définissant des “familles” de métiers, elle évite de dresser une liste interminable de métiers.

Quand une icône n’est pas présente dans une case, ceci ne veut pas dire que cette dimension est totalement absente, mais qu’elle joue un rôle faible ou très faible. Ceci permet de rendre les explications plus claires.

Pour chaque famille que j’ai identifiée, je donnerai quelques exemples de métiers concernés, mais chacun d’entre vous pourra compléter ces listes en essayant de placer les métiers qui l’intéressent dans une des familles proposées.

Cette démarche a aussi le mérite d’être raisonnablement pérenne.

L’échelle utilisée va de “+++” pour le niveau de risques maximum à “- -” pour un niveau de risque très faible.

J’ai identifié six familles différentes, abordées dans l’ordre de risques décroissants.

Il n’y a dans cette analyse aucun jugement de valeur sur les mérites respectifs de ces différentes familles de métiers.

La seule raison d’être de cette segmentation est de mettre en évidence les impacts potentiels, plus ou moins forts et rapides, de l’IA et de l’IAG sur l’avenir de différents métiers.



Famille 1 : métiers informationnels, niveau d’éducation élevé ou très élevé

XMétiers informationnels à risques fortCette famille regroupe la majorité des cadres et professionnels de l’information, qui travaillent dans des bureaux et ont des niveaux d’éducation raisonnablement élevés, souvent de plusieurs années après le baccalauréat.

Ils travaillent dans les fonctions support, finance, ressources humaines, commercial, marketing…

L’information est la matière première de leurs activités. Ils produisent en permanence des contenus, sous la forme de rapports, de présentations ou de documents graphiques pour la communication. C’est justement ce que l’IAG fait, et de mieux en mieux.

Une vision optimiste du futur est que ces personnes seront “enrichies” par l’IAG et pourront travailler plus efficacement.

J’ai une vision plus réaliste du futur: si les gains de productivité dans les activités de ces personnes peuvent être compris entre 50% et 80%, les impacts négatifs sur l’emploi seront forts et rapides.

Le paradoxe, c’est que ce sont probablement les personnes les plus diplômées qui sont les plus menacées. Analystes financiers, business analysts, concepteurs de contenus multimédias et autres faisaient des métiers que la majorité des informationnels étaient incapables de réaliser, ce qui donnait une forte valeur à ces compétences.

Tout change, avec l’arrivée de l’IAG. 

Prenons un exemple: l’accès direct aux données par des dirigeants métiers.

  •  Le responsable des ventes en Europe souhaite avoir les résultats comparés de la France et de l’Espagne.
  • Par la parole ou l'écrit, il réalise un “prompt” pour une IAG: visualisez l'évolution comparée des ventes entre la France et l’Espagne de janvier 2023 à juillet 2023.
  • Cette demande est traduite pour être comprise par un outil de reporting comme Power BI de Microsoft ou Locker de Google.
  • Les résultats s’affichent directement sur son écran. Exit, le business analyst!

XGoldman Sachs 300 M jobs lost to IAGJ’ai déjà cité cette étude de Goldman Sachs publiée en mars 2023 qui annonce que l’IAG pourrait faire disparaître 300 M d’emplois. Si cette prévision se réalise, ce qui est tout à fait possible, c’est dans cette famille de métiers qu’on trouvera le plus grand nombre de personnes impactées.

 

Famille 2 : métiers manuels, niveau de formation faible

XMétiers manuels à risques 1Je regroupe dans cette famille un très grand nombre de métiers manuels qu’il est possible d’exercer avec un niveau de formation faible. Ce sont les métiers qui ont déjà subi les impacts forts des premières révolutions industrielles.

Est-ce que l’IA peut impacter ces métiers? Oui, et cela a déjà commencé.

Je prendrai un exemple simple: vous possédez une maison avec une grande pelouse et vous avez la flemme de la tondre vous-même. Il y a quelques années, vous embauchiez une personne sans formation particulière pour passer la tondeuse. Aujourd’hui, des dizaines de tondeuses automatiques, embarquant de l’IA de base, sont disponibles, vendues quelques centaines d’euros et font raisonnablement bien le boulot.

XRobots tondeuses gazon

Livraison sur le dernier kilomètre, conduite automatique de camions dans des environnements contraints comme un port, métros sans conducteur, ce sont quelques autres exemples de métiers qui peuvent remplacer rapidement des personnes par des automates qui s’appuient sur des IA raisonnablement simples.



Famille 3 : métiers informationnels, avec une dimension humaine forte

XMétiers informationnel humain risques faiblesIl y a beaucoup de métiers informationnels qui demandent des échanges directs avec d’autres personnes, dans la vente, la médecine, les fonctions d’assistance ou de formation.

Cette dimension “humaine” réduit les dangers que l’IAG peut représenter pour ces métiers, mais les laisse quand même vulnérables.

Intercom, éditeur de logiciels dans le domaine du support client, a publié en juin 2023 une étude sur les impacts de l’IA dans les fonctions support: “ The state of IA in customer service”.

Il y a beaucoup de données intéressantes dans cette étude, qui fait le maximum pour rassurer la profession en mettant en avant les avantages que l’IA peut apporter à ces métiers difficiles, au turnover élevé.

XIntercom Impact AI on Customer supportCe n’est pas l’avis des personnes concernées, comme le montre ce graphique. 53% des personnes concernées pensent que l’IAG aura des impacts négatifs sur leur métier et elles sont seulement 27% à ne pas être inquiètes.

Dans ces métiers, la meilleure protection contre les impacts négatifs potentiels de l’IA sera de fournir aux personnes avec qui l’on interagit un service perçu comme étant de grande qualité. Ce n’est pas toujours le cas, aujourd’hui.

La demande d’interactivité humaine, de conseil, d’assistance reste très forte, en particulier dans les métiers du commerce. Ceux qui sauront répondre à ces attentes ont moins de soucis à se faire sur les impacts de l’IAG dans leurs métiers.



Famille 4 : métiers manuels, niveau de formation élevé

La noblesse de nombreux métiers manuels n’est plus à démontrer. La France a une longue tradition dans ce domaine avec des organisations remarquables comme “Les compagnons du devoir et du tour de France”.

Il y a sur leur site la liste des 30 métiers manuels auxquels ils préparent les compagnons. Certains d'entre eux sont menacés par l’évolution des technologies, comme dans l’industrie automobile, mais cela reste une minorité.

X30 métiers compagnons du devoir

XMétiers manuels Formation sans risquesEst-ce que ces métiers sont menacés par l’IA ou l’IAG? Absolument pas!

Est-ce que le chômage menace ces professions? Nous avons tous de plus en plus de mal à trouver un plombier, un électricien ou un tapissier de confiance, qui aime son travail, est fier de son métier et le réalise avec passion.

Posez-leur la question: quelle est votre principale difficulté? Ils seront une majorité à répondre qu’ils ne trouvent pas d’apprentis ou de jeunes prêts à apprendre ces beaux métiers.



Famille 5 : métiers manuels, avec une dimension humaine forte

XMétiers - manuel + empathie sans risquesIl existe de nombreux métiers manuels qui ne peuvent pas s’exercer sans contacts humains forts: coiffeur, masseur, maître nageur, moniteur d’auto-école…

Ces métiers demandent un niveau de formation moyen ou élevé, mais ce n’est pas la dimension essentielle.

Poser la question de l’impact de l’IA ou de l’IAG sur ces métiers, c’est y répondre.

Il est clair que l'IA n’est pas un danger pour ces métiers.

L’IA ou l’IAG ne peut pas remplacer aujourd’hui un moniteur d’auto-école. Par contre, si l’on raisonne à plus long terme, ce métier pourrait disparaître quand toutes les voitures seront devenues autonomes, aidées par l’IA. La compétence “conduire une voiture” ne sera plus nécessaire. Cela nous laisse quelques années pour nous adapter!



Famille 6 : métiers avec une dimension humaine dominante

XMétiers humain sans risquesJ’ai souhaité créer cette sixième famille pour regrouper tous les métiers dont la raison d’être principale est l’interaction avec d’autres personnes, indépendamment des trois autres dimensions.

Ils peuvent être des informationnels très bien formés, un médecin psychiatre.

Ils peuvent être des manuels avec des niveaux de formation plus légers, les personnes qui accompagnent des personnes dépendantes.

C’est une autre famille où l’IA et l’IAG n’auront en pratique aucun impact prévisible.

 

Résumé: les meilleures “dimensions” pour résister à l’IA et l’IAG

Si vous avez suivi mon analyse, les réponses à la question posée au début de ce texte deviennent claires.

AdS DPC Luthier fabricant guitare S 258682687Les métiers les mieux placés pour résister au tsunami IA + IAG sont ceux qui privilégient ces trois dimensions:

  • Ont une forte composante manuelle.
  • Exigent une formation importante pour les maîtriser.
  • Demandent des interactions humaines fortes.

Un métier qui réunit ces trois dimensions, ce sera la meilleure assurance anti-chômage des prochaines années.

Ce qui peut surprendre, c’est que la dimension privilégiée aujourd’hui, dans les entreprises et dans les filières “nobles” de l’enseignement, la dimension intellectuelle et informationnelle, est celle qui présenterait le plus de risques de mener à des métiers qui seront mis à mal par l’IA et l’IAG.

Et si la révolution IA + IAG, c'était la revanche des manuels sur les informationnels, quand les révolutions industrielles précédentes avaient beaucoup réduits les emplois industriels et agricoles?

 

Préparer nos enfants à travailler dans un monde ou l’IA et l’IAG seront omniprésents

Être Ministre de l’Education aujourd’hui, c’est probablement le plus beau mais le plus difficile métier du monde.

On a entre ses mains la possibilité d’aider des millions de jeunes à se préparer à entrer dans la vie active, mais dans un monde dont il est de plus difficile d’anticiper les évolutions et les attentes à moyen et long terme.

Les capacités actuelles de l’IA et de l’IAG obligent immédiatement à repenser en profondeur les fondamentaux des enseignements dispensés aujourd’hui..

Ces capacités augmentent à une vitesse vertigineuse, exponentielle. Tous les jours, je découvre de nouvelles solutions, de nouveaux outils d'IAG qui nous obligent à repenser ce que l’on croyait impossible.

Pendant que j’écrivais ce texte, j’ai vu arriver la V2 d’un logiciel de création de vidéos à partir d’un simple texte, GEN-2 de Runway Research.

Visitez ce site, regardez les premiers exemples. 

Il est impossible de ne pas être profondément marqué par ce que l’on y voit. Essayez d’imaginer une seconde ce qu’il aurait fallu faire, il y a seulement 2 ans, pour créer des vidéos de ce type, les compétences, le temps, les ressources informatiques et financières qui étaient nécessaires. 

Aujourd’hui, je n’aimerais pas être un professionnel de la création de vidéos qui a investi des années de son temps pour acquérir des compétences qui seront, demain, à la disposition de tout le monde, sans aucun effort.

Après l’analyse que j’ai tentée dans ce texte, les pistes les moins risquées pour préparer les jeunes d’aujourd’hui au monde de demain pourraient être:

  • Renforcer les fondamentaux, écrire, lire, compter… IA ou pas, on en aura toujours besoin.
  • Mettre l’accent sur les dimensions humaines, d’échanges, de collaboration, d’empathie.
  • Redonner leur noblesse aux métiers manuels qui demandent beaucoup de formation et d’apprentissage.
  • Réduire fortement les formations vers des métiers informationnels considérés aujourd’hui comme prestigieux, mais pour lesquels la demande va s'effondrer, et très vite.

Comme je l’ai montré, ce sont des compétences pérennes, celles qui seront les moins impactées par les évolutions des technologies numériques telles que l’IA, l’IAG et toutes celles qui vont arriver demain et que personne ne peut anticiper.

 


Quand j'applaudis une initiative européenne : JEDI

XLogo JEDIQuel bonheur ! Quel plaisir j'ai pris à lire un document européen qui redonne confiance dans notre capacité à avoir une vision positive du futur technologique de l'Europe. Le numérique, il en parle, mais pas que.

Vous ne serez pas surpris de mon enthousiasme à la lecture de ce document: il reprend un grand nombre d’idées pour lesquelles je me bats depuis plusieurs années.

L’Europe doit passer à l’offensive si elle veut espérer garder une présence raisonnable dans l’industrie mondiale du numérique d’ici à 2030.

Vous pouvez consulter:

 

 JEDI Joint European Disruptive Initiative

La Joint European Disruptive Initiative (JEDI) est un organisme indépendant des pouvoirs politiques. Il souhaite être, pour l’Europe, l’équivalent de l’ARPA aux Etats-Unis, l'agence pour les projets de recherche avancée. 

Le JEDI se donne pour mission de placer l'Europe en position de leader dans des domaines des technologies émergentes et de rupture. 

Le JEDI a publié en mai 2023 un document de 15 pages qui propose à l’Europe de passer à l’offensive technologique.

XJEDI Réponse à l'IRA - Apollo 2 SLe titre de ce document devrait être placardé dans toutes les entreprises qui, de près ou de loin, agissent en Europe dans le domaine des technologies.

Ce document JEDI fait référence à l'IRA, Inflation Reduction Act, un plan d’action très ambitieux pour l’économie américaine, signé par le Président Biden.

Je le présente dans les lignes qui suivent.

 

IRA: Inflation Reduction Act

IRA - Clean EnergyLe Président Biden a signé le document IRA au milieu de l’année 2022.

Venant des Etats-Unis, cela peut surprendre, mais les objectifs principaux de ce projet sont:

  • Les énergies propres.
  • Les actions pour le climat.

Ce document de 184 pages liste la centaine de programmes que l’IRA va financer.

Il y a un chiffre essentiel à retenir: 738 milliards de dollars, ce sont les sommes en jeu. Cela représente beaucoup d’argent!

Pour tous ceux qui souhaitent plus de détails sur l’IRA, cet article de Wikipédia est très factuel et complet.

Une centaine de programmes différents ont été identifiés: pour chacun, il est indiqué quel organisme va le gérer et quel est le montant prévu.

A titre d’illustration, cette liste donne, pour quelques projets, les montants en jeu. Ils vont de quelques centaines de millions à plusieurs milliards de dollars.

XExemples projets IRA

 

JEDI, un constat : la situation est grave

J’ai extrait quelques phrases de ce document JEDI pour les commenter. 

Elles seront en italique pour être plus facilement identifiables.

  • La situation est grave : le déclassement européen est généralisé, sur le climat, la santé, le numérique. Fin 2022, les Européens ont manqué quatre révolutions qu’ils auraient dû mener. 

Faire un diagnostic réaliste, c’est une étape préalable obligatoire si l’on veut ensuite proposer des actions pour corriger le tir.

  • Commençons par nous montrer collectivement lucides: nous ne sommes plus leaders et le marché unique est une fable dans tous les domaines stratégiques du futur, comme le cyber, l’hydrogène, l’intelligence artificielle ou le quantique. Il y a dans ces domaines souvent vingt‐sept agences, vingt‐sept stratégies, vingt‐sept mises en œuvre, rarement coordonnées, aboutissant à une fragmentation du marché et à l’absence d’avantage compétitif par la taille, essentiel dans la technologie. 

On touche là une des plus grandes faiblesses de l’Europe: son incapacité à agir “comme un seul homme”. En face de l’Europe il y a deux grandes puissances technologiques, les Etats-Unis et la Chine, qui, eux, ont une seule stratégie.

  • AdS DPC Arrosoir en AIG S 571712018Le programme cadre européen de recherche 2014‐2020 – Horizon 2020 – avec près de 77 milliards € a financé 39 500 projets, ce qui rend impossible la lisibilité politique et l’évaluation. On parle même de « principe de l’arrosoir » (Giesskannenprinzip en allemand.) Il faudrait dédier une fraction d’Horizon Europe, son successeur pour 2021‐2027 et doté de 95 milliards €, à un projet Apollo 2.0, géré indépendamment des traditionnels appels à projets souvent bureaucratiques. 

La démarche privilégiée par l’Europe, les appels à projets, est mortelle. Elle est le contraire d’une stratégie à long terme.

39 500 projets sur une période de 7 années, cela veut dire 5 600 projets par an, 15 par jour! Ce n’est pas sérieux. 

J’ai fait le calcul pour vous: en moyenne, chaque projet à reçu moins de 2 M€, 1,94 M€ pour être précis.

Rappel: le programme IRA américain, c’est une centaine de projets, 400 fois moins!

Chaque projet IRA recevra, en moyenne, 738 M$.

Image Adobe Générée par IAGRemarque sur l’illustration de l’arrosoir. Comme la majorité des images que j’utilise dans mon blog, je l'ai achetée sur le site Adobe Stock. C’est la première fois que j’y trouve une image créée par de l’IAG, IA Générative. Cette révolution IAG est vraiment en marche!

  • Osons ensuite mettre fin au primat systématique du critère du retour géographique.

Et une erreur structurelle de plus de l’Europe pour tout projet supposé “Européen”.

Chaque pays qui y participe est supposé recevoir en retour des investissements au prorata de ce qu’il a mis dans le pot.

La distribution des investissements doit être pilotée par l’efficacité des acteurs que l’on va financer, pas par leur nationalité.

  • L’Europe a trouvé son nouvel épouvantail : l’Inflation Reduction Act (IRA) de Joe Biden, le grand plan américain de soutien à la transition énergétique, promulgué en août 2022.

On retrouve dans cette phrase une belle illustration de cet autre défaut des actions européennes: se positionner en réaction à des opérations menées par les autres grandes puissances mondiales, que ce soit les Etats-Unis ou la Chine.

  • L’Europe ne réussira jamais en se plaçant sur la défensive, en réglementant à outrance ou en promouvant une politique industrielle héritée du XXe siècle. 

C’est pour moi le constat le plus important, qu’il faudra marteler tous les jours auprès des décideurs politiques en France et en Europe.

Je l’ai résumé en une phrase: 

Une Europe de la technologie et du numérique 

sur la défensive est vouée à l’échec

 

Une Europe offensive: ne garantit pas le succès, mais le rend possible

AdS DPC Offensive défensive S 392108302Il est temps de reprendre une attitude positive et d’arrêter de se lamenter sur les retards technologiques actuels de l’Europe, même et surtout s’ils sont très nombreux et préoccupants.

C’est ce que fait aussi ce document JEDI en disant: 

  • Les Européens doivent déclencher une offensive technologique et scientifique tous azimuts, et non agir en suiveurs. 

Déclencher une offensive tous azimuts, cela ne veut pas dire essayer de tout faire, au contraire.

Le rapport JEDI aborde de très nombreux sujets, et pas seulement le numérique.

  • Choisissons quelques véritables priorités, précises et assorties d’objectifs clairs et mesurables à atteindre. Avançons tout au plus sur une poignée de sujets, qui peuvent marquer de véritables ruptures dans les domaines clés pour les Européens.
  • Pour réussir cet Apollo 2.0, voilà les grands projets qui pourraient en former la trame. 

Dans cette démarche “commando”, ce rapport a identifié cinq domaines prioritaires, dont l’un est le numérique.

Sur les quatre autres, je n’ai pas de compétences suffisantes pour en évaluer la pertinence. Je vais donc les citer, sans faire de commentaires.

  • Tout d’abord l’énergie, mère de toutes les batailles pour assurer à la fois l’indépendance énergétique du continent et la transition climatique, dont l’urgence se fait chaque jour plus grande. 
  • Deuxième volet majeur : passer d’une économie de l’extraction à une économie de la production. Les trois domaines privilégiés sont agriculture, métaux et matières premières.
  • Troisième grand pilier : la santé et la médecine, dont la pandémie de la Covid‐19 n’a fait que rappeler l’importance stratégique.
  • Enfin, cinquième pilier fondamental : l’éducation. 
  • Quatrième pilier : le numérique, avec un monde qui a connu une accélération prodigieuse de sa digitalisation à l’occasion de la pandémie. 

C’est sur ce quatrième pilier, le numérique, que j’ai beaucoup travaillé et réfléchi depuis plusieurs années. Les quatre références que j’ai données au début de ce billet vous permettent, si vous êtes intéressés, de découvrir les pistes que je propose.

Pour aller à l’essentiel, j’ai identifié quelques domaines du numérique où l’Europe peut investir et espérer garder une place raisonnable dans une industrie du numérique qui est mondiale.

En voici les principaux:

  • L’industrie des composants électroniques.
  • Les logiciels SaaS, Software as a Service.
  • L’informatique quantique.
  • Les jumeaux numériques industriels.
  • Le numérique au service des collaborateurs terrain.
  • Le numérique pour aider à réduire les impacts de l’humanité sur les dérèglements climatiques.

Pour terminer ce paragraphe sur une note positive, j’ai applaudi le Chip European Act qui va mobiliser 43 milliards d’euros pour l’industrie des composants électroniques.

 

De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace 

AdS DPC Chance sourit aux audacieux S 35806776Pour conclure cette ode à l’action à l’offensive, à l’audace, je cite une fois de plus ce rapport du JEDI.

  • JEDI lutte contre l’idée d'une Europe repliée sur elle-même, d’une Europe qui a la trouille du futur, parfaitement illustrée en France par le catastrophique principe de précaution.
  • Cessons de cultiver les angoisses de nos sociétés européennes en voulant les «protéger» à tout prix – une entreprise vaine – mais osons nous donner les moyens de développer des solutions qui permettront à tous nos concitoyens d’avoir un avenir meilleur. 

Choisir ses combats, passer à l’offensive, c’est tout le contraire d’une “abdication” devant les géants du numériques actuels, qu’ils soient américains ou chinois.

Dans mon billet de blog de 2021 sur l’Europe du numérique, j’avais tracé les quatre démarches possibles:

  • Fanfaronnade: l’Europe peut tout faire dans le numérique.
  • Bureaucratie: attendre des consensus à 27, créer des organisations avec des centaines de membres comme GAIA-X.
  • Désespoir: l’Europe est foutue, elle a définitivement perdu la bataille mondiale du numérique.
  • Pragmatisme: reconnaissons nos forces et nos faiblesses, investissons là où nous pouvons encore gagner. C’est bien évidemment celle que je préconise.

Je suis, plus que jamais, persuadé que l’Europe peut encore gagner de beaux combats dans le numérique et rester une force qui compte en 2030.

Par contre, il n’y a plus une minute à perdre pour mettre tous les talents européens au travail, en mode commando, pour créer des succès numériques éclatants.

 


Comment fonctionne un LLM, Large Language Model

 

AdS DPC LLM S 594717293Les LLM, Large Language Models, sont à la base des nouvelles solutions d’IAG, IA Générative, telles que ChatGPT.

Concernant les IAG, je vous renvoie à deux billets récents que j'ai publié sur mon blog.

Les LLM ne sont utilisés que pour un sous-ensemble des IAG. Il existe aussi des solutions de haute qualité pour les images et photos, les vidéos, les sons, les codes logiciels…

Au vu des impacts immédiats et majeurs des LLM et IAG, je pense que nous devons tous faire l’effort d’en comprendre les fonctionnements, quelle que soit notre activité.

Pour répondre à cette question, je vous propose deux réponses:

  • La première, c’est de poser la question à… ChatGPT.
  • La deuxième, c’est de regarder une vidéo d’un des dirigeants d’OpenAI, fondateur de ChatGPT.

J’avais prévu de publier ce texte directement sur LinkedIn, mais la réponse donnée par ChatGPT est trop longue pour tenir dans les limites de longueur autorisées par LinkedIn.
J’ai donc été amené à le publier sous la forme d’un billet sur mon blog.

 

Réponse de ChatGPT à la question:  Comment fonctionne un Large language model

OpenAI ChatGPT Logo
Les limites de ces outils m’ont sauté aux yeux, immédiatement.

La première question que j’avais posée était: 

Comment fonctionne un LLM?

La réponse que j’ai obtenue concernait… un Master of Laws, comme le montre ce début de réponse.

ChatGPT

Un Master of Laws (LLM) est un programme de troisième cycle qui permet d'approfondir ses connaissances juridiques dans un domaine spécifique. Voici comment fonctionne généralement un programme de LLM :

J’ai modifié ma question en précisant la signification que je donnais à LLM, Large Language Model et ChatGPT a répondu de manière pertinente à ma demande.

Comment fonctionne un Large Language Model?

J’ai été surpris, agréablement surpris, par la qualité et la pertinence de cette réponse.

J’ai posé la question en français et en anglais; les deux réponses étaient quasiment les mêmes.

Voici la réponse obtenue, en 7 points et un commentaire final.

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Un large modèle de langage, tel que GPT-3.5, fonctionne grâce à une technique d'apprentissage profond appelée réseau neuronal transformateur. Voici une explication simplifiée de son fonctionnement :

  1. Données d'entraînement : Les grands modèles de langage nécessitent une quantité considérable de données textuelles pour l'entraînement. Pendant la phase d'entraînement, le modèle est exposé à une grande variété de sources textuelles, notamment des livres, des articles, des sites web et d'autres textes écrits. Ces données textuelles servent de base de connaissances à partir de laquelle le modèle apprend des motifs, des structures linguistiques et des relations entre les mots.
  2. Architecture : Les grands modèles de langage utilisent une architecture transformateur, qui est un type de réseau neuronal profond spécialement conçu pour traiter des données séquentielles telles que du texte. Les transformateurs sont composés de plusieurs couches d'auto-attention et de réseaux neuronaux à propagation avant.
  3. Tokenisation : Les entrées textuelles sont divisées en unités plus petites appelées "tokens". Un token peut représenter un seul caractère, un mot ou même des sous-unités de mots, selon la stratégie de tokenisation utilisée. La tokenisation permet au modèle de traiter et de comprendre le texte de manière plus fine.
  4. Pré-entraînement : Les grands modèles de langage passent par une phase de pré-entraînement où ils apprennent à prédire le mot suivant dans une phrase ou à compléter des mots manquants. Ainsi, le modèle acquiert une compréhension des motifs statistiques et des relations contextuelles entre les mots dans les données d'entraînement. Ce processus de pré-entraînement aide le modèle à apprendre la grammaire, la syntaxe et un certain niveau de compréhension sémantique.
  5. Ajustement fin : Après le pré-entraînement, les grands modèles de langage passent par une phase d'ajustement fin pour adapter le modèle à des tâches ou des applications spécifiques. Cela implique d'entraîner le modèle sur des ensembles de données spécifiques qui sont adaptés à la tâche souhaitée, telle que répondre à des questions, générer du texte ou traduire des langues. L'ajustement fin permet au modèle de se spécialiser et de fournir des réponses plus précises et contextuellement appropriées pour des cas d'utilisation spécifiques.
  6. Inférence : Une fois que le modèle de langage est entraîné et ajusté finement, il est prêt pour l'inférence. Lors de l'inférence, un utilisateur saisit une consigne ou une question en texte et le modèle la traite, analyse le contexte et génère une réponse en fonction de ses connaissances acquises et des schémas appris à partir des données d'entraînement. La réponse est généralement générée en échantillonnant ou en classant une liste de mots ou de tokens susceptibles de suivre la séquence de texte en fonction des probabilités apprises par le modèle.
  7. Apprentissage itératif : Les grands modèles de langage peuvent être continuellement améliorés et mis à jour grâce à un processus d'apprentissage itératif. En exposant le modèle à de nouvelles données ou en l'ajustant finement avec des ensembles de données supplémentaires spécifiques à une tâche, le modèle peut acquérir de nouvelles connaissances et s'adapter à l'évolution des schémas et contextes linguistiques.

Il est important de noter que les grands modèles de langage tels que GPT-3.5 sont extrêmement complexes et impliquent de nombreux détails techniques au-delà de cette explication simplifiée. Cependant, cette vue d'ensemble devrait vous donner une compréhension générale des principes sous-jacents du fonctionnement d'un grand modèle de langage.

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Vous connaissez beaucoup de personnes qui seraient capables de répondre immédiatement à cette question d’une manière aussi claire et complète?

Moi, non.

 

Vidéo d’Andrej Karpathy pendant les journées Build de Microsoft en mai 2023

Andrej Karpathy OpenAIVous souhaitez en savoir plus?

Vous êtes prêt à faire l’effort de rentrer dans plus d’informations techniques?

Vous pouvez consacrer 45 minutes de votre temps à regarder une vidéo?

Si vous avez répondu oui à ces trois questions, alors je vous conseille vivement de regarder cette vidéo de l’intervention de l’un des fondateurs d’OpenAI, Andrej Karpathy, pendant les journées Build organisées par Microsoft en mai 2023.

Rappel: Microsoft a investi environ 10 milliards de dollars dans OpenAI.

C’est très dense. Pour en tirer vraiment profit, il vaut mieux rester concentré et ne pas essayer de consulter en même temps son smartphone ou sa boîte mail.

Je ne suis pas certain d’avoir tout compris, mais les messages essentiels, oui.

 

Le pragmatisme de Microsoft

 Nadella & Chief of research SCet article demande un abonnement payant pour être lu, mais les premières phrases sont suffisamment intéressantes pour que je le cite.

Il montre les réactions de Nadella, CEO de Microsoft, quand Peter Lee, responsable de la recherche chez Microsoft, lui explique que leurs chercheurs avaient été “estomaqués” par la performance de GPT-4.

Il l'interrompt et lui pose une question simple: “Comment OpenAI a pu construire cette solution avec 250 personnes quand nous avons chez Microsoft une équipe de recherche de 1 500 personnes qui travaille sur l’IA depuis des dizaines d’années?”

Cette remarque fera plaisir à tous ceux qui pensent que la taille d’une équipe de recherche n’est pas une garantie de réussite, et c’est même souvent le contraire.

En même temps, les ressources d’infrastructures informatiques nécessaires pour faire tourner ces modèles de LLM sont tellement importantes qu’OpenAI a besoin du Cloud Azure de Microsoft pour fonctionner.

OPenAI + Microsoft d’un côté, Google de l’autre pour créer BARD, on retrouve les deux géants du Cloud Public derrière les leaders actuels des outils d’IAG pour les textes.

 

Situation du marché LLM + IAG textes, fin 2024

Dans ce schéma, j’ai résumé ma vision de ce que “pourrait” être le marché des LLM et IAG textes à la fin de l’année 2024, dans 18 mois.

LLM main solutions

Je vous propose de l’analyser du bas vers le haut.

Les sources de LLM

Les quatre principales sources de LLM connues aujourd’hui sont:

  • Microsoft et OpenAI
  • Google
  • Facebook, dont on parle moins, avec LLaMa, qui est Open Source.
  • La communauté Open Source. Un texte attribué à un collaborateur de Google affirmerait que Google a très peur de ce que cette communauté pourrait produire.

Produits disponibles aujourd’hui

Les deux principaux produits issus de ces LLM que les entreprises peuvent utiliser directement aujourd’hui sont ChatGPT de Microsoft et BARD de Google.

Solutions disponibles, fin 2023

Microsoft et Google ont tous les deux annoncé qu’ils vont “intégrer” leurs solutions dans leurs produits logiciels ayant le plus d’utilisateurs dans le monde, leurs suites collaboratives Microsoft 365 et Google Workspace.

Solutions disponibles, fin 2024

Les principaux éditeurs de logiciels d’entreprise, aussi bien les historiques comme SAP que les natifs SaaS comme Workday vont ajouter des fonctionnalités issues des LLM dans leurs offres. Il est encore trop tôt pour savoir quels choix ils feront dans l’oligopole des fournisseurs de ces LLM.

A la fin de l’année 2024, je fais les hypothèses suivantes concernant les usages de ces LLM par les entreprises, publiques ou privées:

  • 10% en direct depuis ChatGPT ou BARD.
  • 30% à partir des solutions bureautiques collaboratives Microsoft 365 et Google Workspace.
  • 60% depuis tous les autres logiciels déjà déployés dans ces entreprises.

En résumé, les usages “indirects” de ces outils d’IAG devraient rapidement représenter 90% des usages face aux 10% d’usages en direct, qui sont ceux dont on parle le plus en ce moment.


Incendie Global Switch : réflexions sur la résilience des Clouds Publics

 

XData Center Global Switch ClichyL’un des centres de calcul d’un grand hébergeur mondial, Global Switch, situé à Clichy en région parisienne, a été victime d’un incendie dans la semaine du 24 avril 2023. 

Ces incendies sont rares, mais ils se produisent de temps en temps et aucune entreprise n’est à l’abri d’un tel accident dans un centre de calcul, qu’il soit:

  • Géré directement par l’entreprise, “On Premise”.
  • Chez un hébergeur.
  • Sous la responsabilité d’un acteur du Cloud Public.

Cet incendie a immédiatement déclenché une polémique sur la qualité des services proposés par les géants du cloud public américain. Pourquoi? Le Cloud Public GCP de Google a été touché et des services proposés par une “Zone France Paris” ont été indisponibles pendant plusieurs heures.

Mon ami Alain Garnier, PDG de Jamespot, a immédiatement publié sur LinkedIn une vidéo pour commenter cet incident. Il m’a personnellement cité en me reprochant gentiment d'être un “suppôt” des géants du Cloud Public. 

Suppôt, non, mais grand fan, oui. Sur ce point, il a tout à fait raison et je ne m’en suis jamais caché, depuis plus de 15 ans.

Cette mise en cause et cet accident m’ont donné l’envie et l’occasion d’apporter des éclaircissements sur les différentes implantations géographiques des géants du Cloud Public.

C’est un sujet qui est rarement abordé et amène trop d’entreprises à faire des erreurs qu’elles pourraient éviter quand elles travaillent avec les grands acteurs du Cloud Public.

Ce que j'explique dans ce texte est valable pour tous les grands acteurs du Cloud Public, AWS d’Amazon, Azure de Microsoft et GCP de Google. 

 

L’incendie: les faits

XDeux sites touchés par incendieDans la nuit du 25 au 26 avril 2023, un incendie a éclaté dans un des centres de calcul de l’hébergeur Global Switch, situé à Clichy, en région parisienne. Cet incendie a entraîné l’arrêt de ce centre de calcul.

De nombreuses organisations qui hébergeaient leurs services numériques dans ce centre de calcul ont annoncé que ces services étaient indisponibles. Parmi les organisations importantes touchées, on peut citer le service Cybermalvaillance du gouvernement français et la ville de Lille.

C'est à chacune de ces entreprises qu’il incombe la responsabilité d’avoir préparé leur PRA, Plan de Reprise d’Activité. J’espère que c’était le cas pour la majorité d’entre elles.

Mais c’est bien évidemment le “client” Google-GCP de ce centre de calcul qui a retenu l’attention et fait couler le plus d’encre, ce qui est logique.

Un géant du Cloud Public, un “Hyperscaler” qui subit une panne, c’est suffisamment rare pour que la planète numérique française s’en émeuve.

XGoogle Cloud sous l'eau

J’ai un “scoop” pour les personnes qui sont ravies de pouvoir critiquer le supposé manque de résilience des géants du Cloud Public: des pannes, ils en ont en permanence, et j’y reviens longuement dans le prochain paragraphe.

Depuis des années, Google met à la disposition de ses clients un tableau de bord de l’état de fonctionnement de tous ses services, dans chaque région géographique. 

Il est mis à jour en temps réel. Voilà un instantané d’une partie de ce tableau, le 26 avril 2023: il indique clairement que tous les services dans la “Zone Europe-West9, Paris” sont indisponibles.

XPanne GCP France 26:4:2023

Cette zone de GCP est répartie chez quatre hébergeurs différents, comme le rappelle Google dans un communiqué: 

Google Cloud se reposant sur trois autres datacenters de la région parisienne (Interxion, Data4 et Telehouse), la firme a proposé à ses clients de « basculer » temporairement et d’éviter la zone affectée (europe-west9).”

La redondance, le PRA natif font partie des services standards de GCP.
Aucun client n’a perdu de données comme le rappelait Emmanuelle Olivié-Paul, utilisatrice de GCP dans cette zone, dans sa réponse au billet LinkedIn d’Alain Garnier que je cite au début de ce billet.

XPanne GCP France 29:4:2023

Ce deuxième instantané du tableau de disponibilité des services de GCP, pris le 29 avril 2023, montre que la situation est normalisée.

 

Les Clouds Publics, des pannes en permanence

Qui peut croire, ou tenter de faire croire que les infrastructures géantes des fournisseurs de Clouds Publics ne tombent jamais en panne?

Je n’ai jamais, je ne tiendrai jamais un tel discours, ce serait ridicule.

XCloud Downtime 2018 - AWS  GCP  AzureDans un billet de blog publié en 2019, il y a quatre ans, sur le thème “Clouds Publics, la confiance”, j’abordais une fois encore ce sujet. J’avais inséré ce graphique qui mettait en évidence les temps de panne de GCP, AWS et Azure pour l’année 2018.

Toute personne qui essaie de me faire dire le contraire, ou est de mauvaise foi, ou n’a jamais lu mes écrits.

Une étude très récente, publiée en mars 2023 par Parametrix, société spécialisée dans l’assurance des risques numériques, fait le point sur toutes les pannes qui se sont produites en 2022 chez AWS, GCP et Azure.

XParametrix report title Cloud Downtime 2023

J’ai extrait de ce rapport cette phrase qui résume bien la situation:

“In 2022, Parametrix identified a total of 1190 performance disruptions across this cloud landscape. Some 41.4% of these events, 492 in total, were classified by Parametrix as critical.” (C’est moi qui ai mis en gras quelques mots.)

Oui, vous avez bien lu, près de 1200 incidents en une année, plus de 3 par jour! Ils sont nuls, ces géants du Cloud Public!

XParametrix Main Cloud Outages causes 2022Ce graphique, présent dans ce rapport, indique les principales causes de ces incidents.

Les incidents matériels sur les infrastructures physiques, comme les incendies, sont de loin les… moins fréquents, à 8,33%, 3,5 fois moins que ceux causés par des erreurs humaines.

Ce que demandent les clients d’AWS, GCP ou Azure, ce n’est pas qu’ils leur garantissent qu’ils n’auront jamais de pannes, ce qui serait une demande idiote.

Ce que demandent ces clients, c’est qu’AWS, GCP ou Azure mettent en œuvre toutes les procédures et méthodes nécessaires pour les mettre à l’abri de ces pannes inévitables.

XClouds Publics protection des clients des pannes

Et cela, AWS, GCP et Azure le font, et le font très bien!

Ce n’est pas pour cela que les entreprises doivent basculer dans les Clouds Publics sans prendre des précautions importantes, au contraire.

L’une des premières décisions à prendre, et elle est essentielle, c’est de bien choisir la ou les zones géographiques dans lesquelles elles vont déployer leurs applications.

C’est ce que j’analyse dans le paragraphe qui suit.

 

Les différentes familles d’implantation des géants du Cloud Public

Les informations que j’utilise sont publiques; toutes les entreprises peuvent y accéder quand elles doivent choisir leurs fournisseurs d’infrastructures Cloud Public.

Je vais illustrer mon analyse par l’exemple de GCP de Google, qui a été mis en cause à la suite de cet incendie.

Comme je l’ai écrit plus haut, j’aurais pu faire la même démonstration pour AWS ou Azure.

Les fournisseurs de Cloud Public proposent trois grandes familles d’implantations:

  • Les centres de calcul dont ils sont propriétaires et qu’ils gèrent eux-mêmes.
  • Des centres de calcul qui appartiennent à des hébergeurs et où ils localisent une partie de leurs services IaaS.
  • Des points de présence: ce sont des petits sites qui ont pour fonction principale de proposer des accès par fibres optiques à des centres de calcul GCP. Ils sont utilisés pour réduire la latence.

Cette liste, disponible sur le site de GCP, identifie en toute transparence ces différentes familles d’implantations.

XFamilles de centres de calcul Google

Centres de calculs appartenant à GCP

Un grand centre de calcul, construit et géré par GCP, représente un investissement supérieur à 500 millions de dollars et peut atteindre 1 ou 2 milliards de dollars.

Cette carte du monde montre l’implantation des centres de calculs qui appartiennent à GCP.

XCarte Mondiale Centre de Calcul Google

Google dispose de centres de calcul en propre dans 36 régions, réparties sur 109 zones. Ils sont en priorité installés aux Etats-Unis et en Europe.

Centres de calculs “Edge”, hébergés

Pour assurer une présence dans le plus grand nombre possible de pays, Google GCP installe une partie de ses services chez des hébergeurs locaux, comme Global Switch en France.

Dans cette configuration, GCP n’est pas maître de la gestion des centres de calcul, qui est déléguée aux hébergeurs.

C’est ce qui permet à GCP d’annoncer une présence dans plus de 200 pays.

Ce sont souvent des installations “politiques”, réalisées pour répondre aux exigences de certains pays ou entreprises qui exigent que leurs données soient stockées sur leur territoire.

“Edge” ne veut pas dire une installation unique: pour des raisons évidentes de résilience, GCP répartit ses installations “Edge” chez des hébergeurs différents. Dans le cas de Paris, ils sont quatre.

On le voit sur cette carte, où sont aussi indiqués les centres de calcul en périphérie, nommés “Edge".

XGoogle Data Center with Edge ones

Il existe un moyen simple de vérifier si une zone géographique GCP est gérée par Google en direct ou hébergée: il suffit de compter le nombre de services disponibles. Ils sont beaucoup plus nombreux dans les zones gérées en direct par Google.

Cette carte met aussi en évidence un autre investissement majeur de Google, dans les fibres optiques sous-marines.

Points de présence

Sur cette autre carte Google, les principaux points de présence sont visualisés.

XGoogle network with 7500 access point

Google annonce qu’il dispose de 7 500 points de présence dans le monde. C’est une bonne nouvelle. Ceci permet à toute entreprise, où qu’elle soit située, de trouver un point de présence proche qui garantit un accès rapide, par fibre optique, à GCP.

Le cas de l’Europe

En analysant les données fournies par Google, j’ai pu construire ce tableau qui fait le point sur la situation actuelle des implantations de GCP en Europe. Ce n’est qu’une photographie à un instant donné, de nouveaux investissements étant réalisés en permanence.

XData Center Google Europe

Au moment où je publie ce texte, GCP est présent dans la majorité des grands pays européens, dans 35 villes:

  • 6 implantations de centres de calcul appartenant à Google. Ils sont tous situés dans des pays de l’Europe du Nord.
  • 29 implantations “Edge”, hébergés. 
  • C’est le cas de la France, où il n’y a pas de centres de calcul appartenant à Google, mais deux “Edge” à Paris et Marseille. 

Dans le paragraphe qui suit, je présente mes recommandations concernant les différentes options qui s’offrent à une entreprise, publique ou privée, quand elle doit choisir les zones géographiques où elle souhaite déployer ses usages numériques dans un Cloud Public.

 

Recommandations

L’immense majorité des entreprises publiques et privées ont le libre choix du pays où elles peuvent utiliser des services de Clouds Publics, et c’est une très bonne chose.

Il y a quelques exceptions, variables selon les pays.

Listes hébergeurs certifiés HDSEn France, la plus connue est celle liée aux données de Santé. Il est obligatoire d’obtenir une certification HDS, Hébergement de Données de Santé, pour proposer des services dans ce domaine. Comme le montre cette liste officielle, publiée par le ministère de la Santé et de la Prévention, plusieurs centaines d’organisations sont certifiées HDS.

AWS, GCP et Azure font partie de cette liste, et cela ne surprendra personne.

Conséquence: Google est obligé d’utiliser les zones hébergées en France pour les données de santé et ne peut pas les porter sur des centres de calcul qu’il gère en direct.

Pour toutes les autres entreprises, le choix est libre, même s’il y a souvent des pressions politiques pour que l’hébergement ait lieu en France.

Si votre entreprise décide ou préfère héberger ses applications et ses données en France, elle a le choix entre des grands acteurs du Cloud Public, tous présents en France, ou des acteurs français eux aussi présents en France.

Si je fais le choix de travailler avec GCP pour tout ou partie de mes usages numériques, j’ai plusieurs options:

  • Je choisis un “Edge” en France: si tous les services dont j’ai besoin sont disponibles dans cette zone, c’est une piste raisonnable.
  • Je choisis une zone gérée directement par Google, par exemple en Belgique ou aux Pays-Bas. Je suis certain d’accéder à tous les services disponibles et à des infrastructures uniquement dédiées à GCP.
  • Je choisis d’utiliser plusieurs zones pour mes usages. C’est une évidence pour les entreprises qui sont présentes à l’international.

Depuis peu, GCP propose aux entreprises un nouveau service: Cloud Region Picker.

Il permet de choisir la zone où elles peuvent exécuter leurs programmes en tenant compte du poids respectif que l’on donne à trois paramètres:

  • L’impact carbone.
  • Le coût.
  • La latence.

Les réponses varient toutes les 5 minutes, en fonction des conditions météos des différentes zones et des taux d’utilisation des ressources.

GCP Region Picker 2 optionsDans cet exemple, réalisé à Paris le 1er mai 2023 à 13h, j’ai regardé deux options. Dans les deux cas j’ai gardé une latence identique, à 50% d’importance:

  • Option du haut: prix,critère essentiel. Impact carbone, critère pas important.
  • Option du bas: prix, critère pas important. Impact carbone, critère essentiel.

Les résultats sont spectaculaires: GCP propose 4 zones pour chaque option, et ce sont au total 8 zones différentes qui sont proposées.

Je trouve cette initiative excellente et elle n’est disponible que chez les géants du Cloud Public, qui ont des installations dans le monde entier et peuvent faire profiter leurs clients de toutes les possibilités d’ensoleillement ou de vent.

C’est une excellente opportunité pour les entreprises de montrer concrètement qu’elles ont envie d’œuvrer pour une véritable frugalité numérique.

Reste une option que je n’ai pas encore abordée, le multi-cloud. Elle est recommandée par Alain Garnier dans la vidéo dont je parle au début.

Que faut-il en penser?

 

Multi Cloud et résilience

AWS Azure GCP logosUne démarche Multi Cloud consiste à utiliser plusieurs fournisseurs différents de services Cloud pour son entreprise.

C’est une idée vieille comme le monde, celle qui consiste à ne pas mettre “tous ses œufs dans un même panier”.

Est-ce une bonne idée d’utiliser une démarche Multi Cloud pour améliorer la résilience de son Système d’Information en cas d’accidents comme l’incendie de Global Switch?

La réponse est claire: non, non et non!

Pourquoi? Imaginez que vous utilisez GCP pour votre application de gestion commerciale et que le site qui l’héberge prend feu. Combien de temps vous faudrait-il pour trouver une version de cette application compatible avec un autre Cloud comme AWS et l’y déployer? Poser la question, c’est y répondre.

Si la réponse Multi Cloud n’est pas la bonne, quelle démarche faut-il privilégier? 

Elle est beaucoup plus simple, et je l’ai présentée dans ce billet: une démarche multi sites chez le même fournisseur de Cloud. Rien de plus simple! La réplication dans une autre zone géographique prendra instantanément le relais, sans aucun délai.

Ceci ne veut absolument pas dire que la démarche Multi Cloud n’a aucun intérêt, au contraire. La majorité des entreprises avec lesquelles je travaille ont choisi deux ou au maximum trois fournisseurs parmi AWS, GCP ou Azure.

Ce n’est jamais pour répondre à des problèmes de résilience.

Quelles sont les raisons qui militent pour le Multi Cloud?

  • Résilience? Non.
  • Services Clouds de base? Non. Tous les fournisseurs proposent des services de base en calcul, stockage, bases de données qui sont très proches les uns des autres.
  • Services avancés différents? Oui. C’est de loin la raison principale. Chaque grand acteur a des domaines spécialisés pour lesquels il propose des services meilleurs que ses concurrents. C’est le cas avec AWS pour l’informatique industrielle et IoT. C’est le cas pour GCP dans le domaine du Big Data et du décisionnel.
  • Faire jouer la concurrence entre les fournisseurs? C’est parfois le cas, mais moins souvent qu’on ne le croit.

 

Résumé

J’ai eu l’opportunité d’acquérir en France une formation d’ingénieur, qui m’a aidé à avoir des raisonnements scientifiques, rationnels et pragmatiques.

AdS DPC Résilience S 101375048Ce texte ne parle que de la meilleure manière de garantir la fiabilité et la résilience de ses infrastructures dans des Clouds Publics, de garantir une continuité de services quand des catastrophes comme un incendie ou une erreur humaine se produisent, incidents qui sont inévitables.

Traiter les sujets importants, un par un, c’est la seule manière rationnelle de progresser que je connaisse.

Rappel: Il y a de nombreux autres sujets “chauds” quand on aborde le thème des Clouds Publics. Ils ne sont pas traités dans ce texte.

J’ai écrit des dizaines de billets sur mon blog qui parlent de toutes les autres facettes du Cloud Public, et ce depuis 15 ans.

 


Quand un travailleur terrain donne des leçons de management aux dirigeants d'une entreprise du CAC 40

 

Couverture Ouvrier qui murmuraitPendant cette fin de semaine, j’ai dévoré d’une seule traite un livre exceptionnel qui… ne parle pas de numérique!

Il s’agit de “L’ouvrier qui murmurait à l’oreille des cadres”, écrit par Jean-Michel Frixon

Je vous recommande chaudement de le lire. C’est un livre court, bien écrit et personne ne peut rester insensible aux messages humanistes qu’il véhicule.

C’est le deuxième livre écrit par Jean-Michel Frixon. Dans son premier ouvrage, “Michelin, Matricule F7246710”, il raconte ses 43 ans passés chez Michelin comme ouvrier. 

Ce premier livre a eu des impacts surprenants, qu’il raconte dans le deuxième.

Je vais utiliser plusieurs citations tirées de ce livre pour illustrer les messages essentiels qu’il porte.

Ils sont rares, les livres écrits par un ouvrier et qui parlent d’une manière aussi brillante des graves erreurs de management trop souvent commises dans les entreprises.

J’y suis d’autant plus sensible que depuis plusieurs années, avec WizyVision, la solution SaaS/Cloud que nous avons développée, nous équipons en priorité les équipes terrain, les personnes dont parle Jean-Michel Frixon.

Nous rencontrons trop souvent des problèmes similaires à ceux évoqués dans ce livre.

Je n’ai pas souhaité faire un résumé de ce livre. J’ai fait le choix, personnel, de mettre en lumière les thèmes qui m’ont le plus marqués. Chacun d’entre vous, après l’avoir lu, pourra y trouver d’autres enseignements utiles.

Vous êtes dirigeant, cadre, confortablement installé dans votre bureau, ou en télétravail, à l’abri du bruit, de la chaleur ou du froid: lisez ce livre, tous!

Vous comprendrez la réalité de la vie de ces travailleurs terrain, que vous ne rencontrez jamais. Ce sont des hommes et des femmes de très grande valeur, pour qui la qualité du travail réalisé est essentielle, qui ne peuvent pas télétravailler et vous demandent simplement… d’aller à leur rencontre et de les respecter.

 

Le sujet du livre

Livre 1 Jean-Michel Frixon Matricule 7246710Après le succès surprise de son premier livre, et une forte exposition médiatique, Jean-Michel Frixon a été contacté par les dirigeants de Michelin.

Je cite:

  • P 79 - Demande faite par le Directeur industriel monde de Michelin, Jean-Christophe Guérin. Mr Frixon, accepteriez-vous de réaliser un tour de France des usines Michelin au début de l’année 2022, pour rencontrer les ouvriers dans les ateliers, mais aussi d’intervenir auprès des différents cadres, dans le but de témoigner votre vision du management…?
  • P 64 - C’est un col bleu qui s’exprimera à des cols blancs!
  • P 91 - Demande faite par Mr Florent Ménégaux, PDG de Michelin:… mais j’ai vraiment besoin de vous, de votre aide, et sincèrement je vous en remercie par avance…

Ce livre, c’est l’histoire extraordinaire de ce projet, des rencontres avec les dirigeants du COMEX de Michelin et de plusieurs de ses visites dans des usines du Groupe Michelin.

 

Managers, allez sur le terrain !

C’est un reproche unanime de l’auteur et des personnes qu’il a rencontrées: les cadres et les dirigeants ne vont jamais assez au contact du terrain.

Je cite:

  • Page 75 - Je comprends aisément que vos emplois du temps ne vous laissent guère le loisir de vous rendre dans les ateliers. Cela dit, ne serait-ce que deux ou trois fois par an, il est nécessaire et indispensable d’aller sur le terrain. Ne déléguez surtout pas cette mission à un subalterne! Oui, il faut vous rendre physiquement dans les ateliers pour rencontrer les ouvriers… Une dernière chose, dans la mesure de vos possibilités, ne prévenez pas de votre venue!
  • Page 107 - Un ouvrier: Nos hiérarchiques…? Bah, il faudrait qu’ils viennent un peu plus nous voir sur le terrain, pour se rendre compte de la charge de travail. 
  • Page 115 - Commentaire d’un directeur d’usine: nous n’avons pas su détecter cette évidence pourtant simple, de l’utilité de notre présence plus fréquente auprès d’eux.

La déconnexion entre le monde du terrain des bureaux, des cadres et dirigeants est généralisée. Elle est très mal vécue par les personnes sur le terrain.

C’est une démarche que je pratique depuis des années: à chacune de mes missions de transformation numérique, je passe plus de 70% de mon temps sur le terrain, pour rencontrer les personnes qui “font”. 

Mon constat est le même: rien ne se passe sur le terrain comme l’imaginent les cols blancs de la DSI. Eux aussi, ils ne vont jamais assez sur le terrain; j’y reviendrai à la fin de ce texte.

 

Et le respect ?

Ce qui choque le plus les collaborateurs terrain, les ouvriers de Michelin, c’est le manque de considération de leurs activités par les responsables, qu’ils soient les chefs directs ou les dirigeants de haut niveau.

Je cite encore Jean-Michel Frixon:

  • P56 - Je ne porte plus les regards lourds et trop souvent condescendants de certains cols blancs.
  • P 60 - Jean-Christophe Guérin, directeur industriel monde, membre du COMEX… Son état de sidération à la découverte de comportements avilissants de certains managers rencontrés au cours de ma carrière.
  • P 61 - Ma rage et ma colère étaient seulement à l’encontre de mon chef de service injurieux, insolent et irrespectueux.
  • P 105 - Un ouvrier: je n’en dirais pas autant avec mon hiérarchique! D’ailleurs, si j’ai un souci dans mon travail, ce n’est pas la peine que j’aille le voir, il n’y connaît rien!
  • P 128 -  Là où les erreurs de management engendrent le plus souvent des blessures profondes et indélébiles
  • P 166 - Ma plus grande adversité fut bien celle d’affronter à longueur de temps, le manque de légitimité et de reconnaissance de la part de nombreux hiérarchiques, habillés des seuls vêtements de l’arrogance, de la suffisance et de l’incompétence.

Et il y a des dizaines d’autres citations du même type que j’aurais pu reprendre.

Et on ne parle pas des usines du XIXe siècle. Il s’agit d’une grande entreprise française, à la fin du XXe et au début du XXIe siècle.

Méconnaissance de la noblesse des métiers manuels, mépris pour les personnes qui les exercent, ces comportements sont encore beaucoup trop fréquents chez les chefs directs de ces collaborateurs terrain et les dirigeants des entreprises en France, et dans le monde entier.

Et ne me dites pas que cela ne se passe pas dans votre entreprise! L’une des leçons les plus claires que j’ai tirée de cette lecture c’est, pour beaucoup de dirigeants, la découverte de comportements dont ils n’avaient pas conscience, étant trop loin du terrain.

Comme on le verra dans le paragraphe suivant, ce sentiment était sincère, et la réaction des dirigeants de Michelin a été exemplaire et remarquable.

 

Dirigeants de Michelin, une réaction exceptionnelle

Logo MichelinBravo, les dirigeants de Michelin! Je suis très admiratif de la manière dont ils ont réagi, et rapidement, à la publication du premier livre de Jean-Michel Frixon.

Ils auraient pu ignorer ce message fort, mettre la poussière sous le tapis, attendre que la vaguelette d’indignation s’arrête. Au contraire, ils sont allés vers l’auteur, avec beaucoup de respect et de bienveillance.

Il y a trois moments forts dans ce livre qui montrent à quel point les dirigeants de Michelin ont pris conscience de l’importance du message porté par Jean-Michel Frixon:

  • Le chapitre “Le tête-à-tête”, qui commence page 91. Il raconte en détail la rencontre de l’auteur avec Florent Ménégaux, le PDG de Michelin. Je l’ai lu avec beaucoup d’émotion. C’est tout sauf un “coup de communication”, comme vont l’interpréter, je le crains, trop de personnes qui refusent de croire qu’un dirigeant et un ouvrier puissent avoir un dialogue ouvert et guidé par un respect mutuel.
  • Les chapitres “Un parterre de hauts cadres”, page 69 et “La parole d’un ouvrier”, page 73 qui racontent l’intervention de Jean-Michel Frixon devant tous les dirigeants industriels mondiaux du groupe Michelin. Ces pages montrent à quel point, dans des entreprises courageuses comme Michelin, un dialogue ouvert et porteur d’avenir peut s’ouvrir entre les dirigeants et un ouvrier.
  • Et bien évidemment, tous les chapitres qui racontent ses visites dans cinq usines du groupe Michelin, pendant lesquelles il rencontre à chaque fois des ouvriers et des dirigeants de ces usines. Ce sont des moments forts, qui ne peuvent pas laisser insensible un lecteur, s’il a un minimum de sensibilité aux relations humaines dans les entreprises industrielles.

Vous qui lisez ce billet de blog et travaillez dans une grande entreprise qui emploie des travailleurs terrain: êtes-vous prêts à suivre la même démarche que Michelin?

Vous n’avez pas un Jean-Michel Frixon dans votre entreprise? Et si vous l’invitiez à parler devant votre COMEX, dans les semaines qui viennent?

 

Similarités avec le numérique au service des équipes terrain

Priorité au terrain DTNDans le livre que j’ai co-écrit en 2018 avec Dominique Mockly, PDG de Teréga, “Dirigeants, acteurs de la Transformation Numérique”, il y a, page 136, un schéma qui préconise de redonner le pouvoir au terrain, de privilégier une démarche “Bottom Up” plutôt que la démarche actuelle qui est très “Top Down”.

J’ai retrouvé dans le livre de Jean-Michel Frixon le même message:

Ce qui font “savent”. 

L’expression “Cols blancs, cols bleus” est peut-être moins utilisée aujourd’hui, mais elle est omniprésente dans le livre de Jean-Michel Frixon. Mettre les cols blancs au service des cols bleus, inverser la pyramide du pouvoir dans les entreprises, c’est une priorité absolue.

On doit la retrouver dans le domaine de l'informatique et du numérique! 

Les grands projets “Top Down”, les ERP intégrés, sont dans plus de 90% des cas rejetés par les acteurs opérationnels du terrain, et avec raison. Demander à un travailleur terrain de remplir un formulaire ou un écran SAP ou Oracle, il faut n’avoir jamais été sur le terrain pour penser que c’est une bonne idée!

J’ai réalisé il y a quelques années une mission pour un grand constructeur automobile français: il s’agissait de proposer une solution informatique pour des usines de taille moyenne à installer dans des pays à faible culture industrielle. 

J’ai demandé à visiter une “petite” usine du groupe pour mieux comprendre quelles pouvaient être les attentes des utilisateurs. Les équipes informatiques à qui j’ai fait la demande m’ont demandé: pourquoi?

J’ai insisté et des personnes de la DSI ont accepté de m'accompagner pendant la visite de cette petite usine à l’ouest de la France. 

Les trois principaux résultats de cette visite:

  • Les équipes informatiques qui travaillaient sur ce projet n'avaient jamais mis les pieds dans une usine de leur entreprise. C’est moi qui les ai obligés à faire cette visite!
  • Le directeur de l’usine nous a très bien reçus et nous a dit: merci d’être venu me voir, cela fait 15 ans que personne de la DSI n’est venu visiter mon usine.
  • A la fin de la journée, les informaticiens qui m’avaient accompagné m’ont dit: “On a appris beaucoup de choses”!

Toutes ces expériences m’ont amené à créer il y a 4 ans WizyVision, la première solution numérique universelle au service des équipes terrain.

WizyVision a été construit pour répondre aux véritables attentes et contraintes des collaborateurs terrain.

Tout se fait depuis un smartphone, autour de la photo et de la voix, sans avoir besoin d’utiliser le clavier du smartphone.

A ma grande surprise, et j’en suis ravi, Jean-Michel Frixon a cité une situation dans laquelle WizyVision aurait été une excellente réponse.

Je cite:

 P 106 - Dans un atelier logistique des transports.… se présente un routier de nationalité étrangère qui présente ses documents. Il ne parle pas la langue de Molière. L’ouvrier, lui, ne parle pas la langue de Shakespeare et demande l’aide de sa collègue.

Ce problème de la faible maîtrise de la langue est un sujet essentiel sur le terrain. WizyVision, en s’appuyant sur la photo et la voix, permet à toute personne illettrée ou qui ne maîtrise pas la lecture ou l’écriture d’utiliser des outils numériques.

Dans l’exemple cité, WizyVision qui embarque de l'Intelligence Artificielle aurait permis de lire tout le texte, quelle que soit la langue utilisée. Aussi dopées à l’IA, les fonctions voix vers texte et texte vers la voix auraient facilité des échanges entre ces deux personnes, sans risques d’erreur de compréhension.

Amis informaticiens, DSI et responsables du numérique, vous aussi, sortez de vos bureaux climatisés, allez dans les usines, sur les chantiers, dans les magasins, rencontrez des travailleurs terrain et accompagnez-les dans leurs activités quotidiennes.

Vous découvrirez, en quelques heures, quelques jours, quels sont les “irritants” quotidiens de leurs métiers, auxquels des solutions numériques simples comme WizyVision peuvent répondre en quelques heures sans avoir besoin de faire un schéma directeur à 5 ans ou de réfléchir pendant des mois à une “intégration” aux outils informatiques existants.

La bonne nouvelle pour vous rassurer: 100% des fonctionnalités de WizyVision sont ouvertes par API pour échanger, si et seulement si c’est nécessaire, avec les applications “Cols Blancs” existantes. Cela évitera de créer une “informatique fantôme” dont vous avez si peur.

Le CIGREF, Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises, a pris il y a quelques semaines, l’excellente initiative de créer un groupe de travail sur le numérique au service des équipes terrain.

Je leur propose d’inviter Jean-Michel Frixon à plancher devant leur groupe de travail. Même si le numérique n’est pas son domaine de compétences dominant, je suis certain qu’il peut apporter beaucoup à ce groupe de travail.

 

Synthèse

Vous êtes dirigeant, responsable opérationnel dans une entreprise qui emploie des travailleurs terrain? 

Faites un investissement “somptuaire”: achetez autant d’exemplaires du livre de Jean-Michel Frixon, à 15,50 €, que vous avez de membres du COMEX ou de responsables opérationnels, et demandez-leur à tous de le lire.

Vous ne le regretterez pas!

Jean-Michel FrixonJe ne sais pas si Jean-Michel Frixon est prêt à refaire, en dehors de Michelin, le séminaire qu’il a animé pour le COMEX de cette entreprise.

Posez-lui la question. S’il répond oui, ce sera l’un des meilleurs investissements que vous pourrez faire pour améliorer le management de votre entreprise et favoriser des échanges plus fréquents entre le monde du bureau et celui des équipes terrain.

Sans collaborateurs terrain, votre entreprise n’existe pas.

Sans solutions numériques adaptées aux attentes de vos collaborateurs terrain, le système d’information de votre entreprise ne peut pas fonctionner efficacement.

Redonner le pouvoir, la priorité au terrain, doit devenir votre priorité en 2023.

Merci, merci, merci, Jean-Michel Frixon, pour cet ouvrage exceptionnel qui porte un message positif, d’espoir, dont on a vraiment besoin en France en ce moment.

 


Le moment iPhone de l’intelligence artificielle - Deuxième partie

 

AdS DPC ChatGPT Google Bard S 570014298_Editorial_Use_Only

 

Dans la première partie de cette analyse sur l’IAG, l’Intelligence Artificielle Générative, j’ai traité les thèmes suivants:

  • Les infrastructures Clouds Publics, fondations de l'IAG.
  • Les acteurs clés de l’industrie de l’IAG.
  • Une explosion de startups dans l’IAG.

L’un des événements majeurs de ce début d’année est l’arrivée d’un nouvel acteur essentiel dans l'IAG, l’américain NVIDIA.

Dans cette deuxième partie, j’aborde deux sujets essentiels, mais complexes:

  • Les grandes familles d’usages de l’IAG.
  • Les métiers les plus impactés par l’IAG.

 

Les grandes familles d’usages possibles de l’IAG

Dans les bureaux, nous utilisons tous des outils qui embarquent de l’IA depuis des années, dans nos usages professionnels ou personnels, souvent sans nous en rendre compte.

Google a été un pionnier dans cette démarche: Google Lens pour les photos, Gmail qui complète nos phrases sont utilisés quotidiennement par des millions de personnes.

L’arrivée de l’IAG va accélérer cette adoption, de deux manières différentes:

  • En direct, quand nous posons une question à ChatGPT.
  • En mode embarqué, quand nos outils logiciels existants s’appuient sur des solutions d’IAG.

L'image de l’iceberg a très souvent été utilisée, mais elle s’applique très bien à l’IAG.

XAI - Iceberg

Je pronostique que: 

  • 10% de nos usages de l’IAG se feront en mode direct.
  • 90% de nos usages de l’IAG se feront au travers d’applications que nous connaissons déjà, mais qui seront “dopées” à l'IAG.

Comme souvent, c’est par les outils universels, bureautiques, que les innovations numériques s’imposent en premier.

La première application SaaS dans le Cloud Public à avoir des millions d'utilisateurs a été Google Apps, annoncé en février 2007 à Paris. Le nouveau nom de Google Apps est Google Workspace.

Quelles sont les deux entreprises qui dominent en 2023 le marché de la bureautique dans le Cloud? Microsoft et Google.

Quelles sont les deux entreprises qui dominent en 2023 le marché des outils d’IAG? Microsoft et Google, comme je l’ai expliqué dans la première partie de cette analyse.

Surprise! En mars 2023, Google et Microsoft ont annoncé qu’ils allaient doper leurs outils bureautiques cloud existants à l'IAG.

J’ai pris cette photo lors de la journée Workspace organisée le 16 mars 2023 par Google dans ses bureaux parisiens.

XIAG dans Google Workspace Paris 16:3:2023

Google y annonce qu’il ajoute de l’IA Générative dans tous les produits de sa suite Workspace, annonce confirmée dans cet article de Techcrunch.

Microsoft utilisera la marque Copilot pour l’IAG qu’il embarque dans ses produits logiciels existants. J’ai regroupé dans cette image les annonces de Copilot pour les outils bureautiques Microsoft 365 et les outils CRM et ERP Dynamics.

XMicrosoft OPEN AI in office products

Ces deux annonces simultanées sont pour des produits qui devraient être disponibles dans les mois qui viennent. Mon pronostic: ces solutions bureautiques+IAG seront opérationnelles dans le monde entier en 2024.

Dans les semaines qui viennent, nous aurons droit à un déluge d’annonces par tous les fournisseurs de logiciels historiques qui vont y ajouter de l’IAG, et cela a déjà commencé. Deux exemples.

XSalesforce EINSTEIN with IAGSalesforce avait depuis des années une solution d’IA, “modestement” nommée Einstein.

Et hop, voici maintenant Einstein avec IAG.

XAdobe Firefly with AIGS’il y a un éditeur de logiciels qui devait être parmi les premiers à annoncer une version avec IAG, c’est bien Adobe. Ses clients sont des créatifs qui travaillent sur des textes, des photos et des vidéos, contenus pour lesquels existent de très nombreux outils d’AIG, présentés dans la première partie de cette analyse.

C’est fait, avec l’annonce de Firefly.

Je vais arrêter ici cette liste de solutions dopées à l’IAG, qui deviendrait vite lassante.

Fin 2024, l’immense majorité des logiciels que vous connaissez, et en priorité les solutions SaaS, aura été enrichie par des composants de type IAG.

Ce schéma reprend l’idée initiale de l’iceberg, mais en ajoutant une dimension nouvelle, les deux principales familles d’utilisateurs de solutions numériques:

  • Les collaborateurs bureau, à qui 80% des budgets informatiques et des solutions numériques sont dédiés aujourd’hui.
  • Les collaborateurs terrain, parents pauvres de la Transformation Numérique.

XIA 10% direct 90% Embarquée

Les solutions d’IAG sont destinées en priorité aux collaborateurs bureau, avec des impacts majeurs que j’analyse dans la suite de ce texte.

Les collaborateurs terrain ont des attentes numériques très différentes, que j’ai longuement expliquées dans plusieurs textes dont ce billet récent.

Pour leurs activités professionnelles, les équipes terrain ne sont pas des clients naturels des solutions IAG directes, comme ChatGPT. Ces équipes terrain n’ont pas vocation à créer des contenus informationnels complexes tels que présentations ou tableurs.

A l'inverse, ces travailleurs terrain sont preneurs de solutions innovantes qui embarquent beaucoup d’IA, mais masquée. C’est ce que nous avons construit avec la plateforme WizyVision qui permet aux équipes terrain de travailler avec un smartphone, des photos et la voix, sans avoir à utiliser le clavier.

WizyVision embarque beaucoup d’IA, reconnaissance de caractères, lecture de code barre ou QR code, transcription voix vers texte…pour que le collaborateur terrain ait entre les mains un outil à l’ergonomie hyper simple, dont la puissance logicielle embarquée est masquée.

Ma prévision des usages de l’IAG dans les entreprises, à partir de 2024:

  • 10% d’usages de l’IAG en direct par les collaborateurs bureau.
  • 90% d’usages embarqués de l’IAG par les collaborateurs bureau.
  • 100% d’usages embarqués de l’IAG par les collaborateurs terrain.

 

Les métiers les plus impactés par l’IAG

J’ai hésité à présenter mon analyse des impacts de l’IAG par secteurs d’activité des entreprises ou par les métiers des collaborateurs. 

C’est cette seconde démarche qui c’est rapidement imposée.

Je vais reprendre la segmentation en deux grandes familles des collaborateurs dans les entreprises:

  • Les collaborateurs bureau.
  • Les collaborateurs terrain.

Les impacts de l’IAG sur ces deux populations sont fondamentalement différents.

 

Collaborateurs bureau

XTête Input OutputLes personnes qui travaillent dans des bureaux sont des informationnels: la matière première de leurs activités est l’information.

Qu’ils soient employés, cadres ou dirigeants, leurs cœurs de métier sont proches: rechercher des données, des informations existantes, les analyser, les synthétiser, et produire… des informations.

La liste qui suit des activités des collaborateurs bureau n’est pas limitative:

  • Etudes de marché.
  • Tableaux de bord, reporting.
  • Analyse de candidatures, de CV.
  • Étude de jurisprudences, de textes de loi.
  • Étude des risques financiers, profils des clients.
  • Prévisions de la demande de produits.
  • Écriture de documents.
  • Présentation pour des réunions.
  • Traduire un “cahier des charges” en programme informatique.
  • Moderniser un logo.
  • Préparer un cours de mathématiques, d’histoire, de géographie, d'art, d’informatique.

Ces activités informationnelles sont aujourd’hui réalisées avec l’aide d’outils informatiques et numériques performants, mais qui n’embarquent pas ou très peu d’IAG.

Les révolutions industrielles des XIXe et XXe siècles avaient eu des impacts très forts sur la productivité des travailleurs terrain, dans l’agriculture et l’industrie. Elles n’avaient eu que peu d’impacts sur la productivité des collaborateurs dans les bureaux. Ceci avait été mis en évidence par le paradoxe de Solow que l’on peut résumer ainsi:

L'informatique se voit partout, sauf dans les statistiques de la croissance ou de la productivité.”

Je reprends la définition que j’ai donnée de l’IAG dans la première partie de cette analyse: L’IA Générative est une IA capable de générer, de créer des contenus nouveaux à partir de contenus existants, qui ont été utilisés pour son apprentissage.

Créer des contenus nouveaux à partir de contenus existants, c’est l’activité principale des équipes bureaux! C’est aussi ce que fait, très bien, très vite, très efficacement l’IAG.

Dès 2024, la majorité des outils utilisés quotidiennement par les collaborateurs bureau seront dopés à l’IAG. Il faudra 5, 10, 20 fois moins de temps pour transformer une information entrante en un résultat utilisable, que ce soit un texte, un tableau de chiffres, une présentation ou un tableau de bord.

Dans ce schéma, je propose de prendre comme chiffre moyen une augmentation de l’efficacité de ces activités informationnelles réalisées avec l’aide de l’IAG de 80% à 90%.

XTravailleur bureau Productivité IAG

Selon les pays, le pourcentage de travailleurs de bureau dans la population peut varier de 20% à 50%. Si la majorité de leurs activités informationnelles peut être accélérée de 80% à 90%, est-ce que l’on aura besoin d’autant de personnes pour ces activités? 

La réponse est… non.

XGoldman Sachs 300 M jobs at riskJe ne suis pas le seul à aborder ce sujet. Une étude de Goldman Sachs, publiée fin mars 2023, estime que 300 millions d’emplois tertiaires pourraient être détruits par des outils d’IAG tels que ChatGPT. Le rapport complet, de 20 pages, est disponible ici.

XAdobe Firefly for creatorsQuels seraient les emplois épargnés par cette vague IAG? En priorité, ceux des véritables créatifs, innovateurs, capables de sortir des sentiers battus et de créer des contenus qui ne sont pas seulement des regroupements de contenus existants.

Quel pourcentage des personnes qui travaillent aujourd’hui dans des bureaux cela représente-t-il?

C’est à eux que s’adresse Adobe avec sa nouvelle solution IAG Firefly.

 

Collaborateurs terrain

AdS DPC Industry worker with smartphone S 547813663La situation est totalement différente pour les collaborateurs terrain: leur cœur de métier, ce n’est pas l’information! Ils sont mécaniciens, infirmiers, chauffeurs, réparateurs… Pour eux, les activités informationnelles sont perçues comme des pertes de temps, des interruptions de leurs activités métiers.

Tout ce qui peut réduire le temps passé dans des activités informationnelles est une excellente nouvelle pour eux. C’est ce que nous disent tous les utilisateurs de WizyVision: merci! Cet outil réduit le temps que l’on passe à traiter de l’information dans des rapports 2 à 5.

A l’inverse des collaborateurs bureau, ils sont ravis quand leur productivité informationnelle augmente! Cela leur donne plus de temps pour leurs activités métiers, celles qu’ils aiment réaliser.

 

Synthèse

L’IAG est une révolution majeure, immédiate qui va profondément impacter les activités de 90% des collaborateurs bureau, dans tous les secteurs d’activités, que les entreprises soient publiques ou privées, petites, moyennes ou grandes.

Pour la première fois, on va obtenir des gains de productivité majeurs dans des métiers qui avaient traversé les révolutions technologiques sans en subir les impacts.

On pourrait assister à une inversion brutale des tendances:

XAIG Kiss of Death

  • Révolution industrielle:
    • Impacts forts sur le nombre d’emplois dans les métiers terrain.
    • Peu d’impacts dans les métiers de bureau.
  • Révolution de l’Intelligence Artificielle Générative, AIG:
    • Impacts majeurs sur le nombre d’emplois dans les bureaux.
    • Une excellente nouvelle pour les équipes terrain.

Un beau sujet de réflexion et d’action pour les mois qui viennent.

 


Le moment iPhone de l’intelligence artificielle - Première partie

XIPhone moment of IA NvidiaJ’ai emprunté le titre de ce billet à Jensen Huang, fondateur et CEO de NVIDIA. Il a utilisé plusieurs fois cette expression lors de sa conférence introductive pendant les journées GTC, GPU Technology Conference, organisées en mars 2023 par NVIDIA.

Cette intervention résume bien le tournant majeur que prend l’Intelligence Artificielle (IA) en ce moment, et j’aurai l’occasion de revenir sur les annonces faites pendant cette conférence.

L’irruption de ChatGPT à la fin de l’année 2022 a été un coup de tonnerre dans le monde de l’IA. Elle a propulsé ce domaine sur le devant de la scène comme jamais auparavant. C’est une excellente nouvelle.

 

L’essentiel sur l’Intelligence Artificielle

En 2017, il y a plus de cinq ans, j’avais écrit deux billets, ici et , pour présenter les potentiels de l’IA. Pour l’essentiel, ils restent d’actualité.

XLogo ChatGPTChatGPT a fait découvrir au monde entier une famille de l’IA que l’on nomme l’IA Générative (IAG).

L’IA Générative est une IA capable de générer, de créer des contenus nouveaux à partir de contenus existants, qui ont été utilisés pour son apprentissage. 

L’IAG permet aujourd’hui de créer des contenus dans de nombreux domaines, tels que les textes, les photos, les vidéos, les modèles 3D, les sons ou les programmes informatiques. Cette liste n’est pas limitative.

Devant la croissance exponentielle de l’offre de solutions IAG et de leur puissance, il est de plus en plus difficile d’anticiper les évolutions de cette industrie. C’est pourtant ce que je vais essayer de faire dans ce billet. 

C’est un exercice à haut risque, mais nous avons tous besoin d’une boussole qui nous permette d’anticiper ce qu’il sera possible de faire avec l’IAG dans les 12 à 24 mois qui viennent.

Je vais le faire en traitant successivement les thèmes suivants:

  • Les infrastructures Clouds Publics, fondations de l'IAG.
  • Les acteurs clés de l’industrie de l’IAG.
  • Une explosion de startups dans l’IAG.
  • Les grandes familles d’usages de l’IAG.
  • Les métiers les plus impactés par l’IAG.

Je m’adresse en priorité à des responsables qui souhaitent comprendre où nous en sommes en matière d’IAG et quels peuvent en être les impacts majeurs dans les prochaines années. Les professionnels de l’IA m’excuseront si je simplifie parfois un peu trop mes propos pour les rendre compréhensibles par le plus grand nombre.

 

Les infrastructures Clouds Publics, fondations de l'IAG

En 2021, dans une série de trois billets sur les dangers numériques qui menacent notre planète, j’ai parlé du Cloud, de l’IA et de l’informatique quantique.

XInnovations Cloud - IA Le Cloud Computing est né en 2006 avec l’arrivée d’AWS, bientôt suivi par GCP de Google et Azure de Microsoft. Cette technologie est maintenant mature et a cessé de faire partie des innovations numériques depuis 2020.

Basculer dans les clouds publics en 2023, ce n’est plus innover, c’est rattraper un retard catastrophique.

L’intelligence Artificielle et en particulier l’IAG ne peut pas se développer sans s’appuyer sur la puissance de calcul et les capacités de stockage des Clouds Publics.

Les premiers déploiements de l’IA dans les entreprises se sont multipliés à partir de 2020. En 2028, l’IA et l’IAG auront à leur tour abandonné leur statut de technologies innovantes et seront utilisés dans la majorité des entreprises performantes.

               L’IA sans le Cloud Public, cela n’existe pas!

XAI - Moteur cloud - énergie dataSi vous ratez le virage du Cloud Public, vous êtes condamné à rester en rade dans l’aventure de l’IA et de l’IAG.

Je reprends ici un graphique que j’avais déjà utilisé dans le billet de blog cité plus haut, en prenant l’analogie avec une voiture électrique:

  • Le Cloud Public, c’est le moteur de l’IA: il fournit puissance de calcul et capacité de stockage
  • Les données, c’est l’énergie dont a besoin l’IA pour fonctionner.

 

Les acteurs clés de l’industrie de l’IAG: un oligopole

XDon't build an AI companyCe tweet de Anshu Sharma, une personne que je ne connais pas, résume très bien la situation: “Ne construisez pas une entreprise d’IA.”

Comme pour les Clouds Publics, l’IA sera dominée par un oligopole d’acteurs qui sont aussi leaders dans les Clouds Publics, qui, comme on vient de le voir, sont les fondations numériques de l’IA.

Deux de ces leaders sont déjà clairement identifiés, Google et Microsoft.

XAchats AI par Google et MicrosoftDès 2014, Google-Alphabet avait compris les potentiels de l’IA en achetant pour seulement 500 M$ la société britannique DeepMind, créée en 2010 par l’un des cerveaux les plus brillants de cette industrie, Demis Hassabis.

Cinq ans plus tard, en 2019, Microsoft investit 1 B$ dans OpenAI, organisation à but non lucratif créée en 2015 par Elon Musk et Sam Altman. Elon Musk a depuis quitté l’association, transformée en entreprise. Sam Altman a abandonné son siège au Conseil d’Administration en mars 2023.

OpenAI utilise le Cloud Azure de Microsoft qui a investi 10 B$ supplémentaires dans OpenAI en 2023.

OpenAI est le créateur de deux des logiciels d’IAG dont on parle le plus en ce moment, ChatGPT, générateur de textes et Dall-E, générateur d’images.

Leader du Cloud Public, AWS propose déjà plusieurs outils d’IA, mais n’a pas encore d’offres fortes dans l’IAG. Ceci explique pourquoi AWS lance, en mars 2023, un appel à projets pour l’IAG.

Parmi les nouveaux poids lourds de l’IAG, il faut ajouter NVIDIA, le constructeur américain de cartes graphiques, dont la percée depuis quelques années dans le monde de l’IA est spectaculaire.

Toute personne qui s’intéresse sérieusement à l’IAG doit regarder cette vidéo de 80 minutes que je cite au début de ce billet et dont je redonne ici le lien:

 

NVIDIA y annonce de nouvelles offres, matérielles et logicielles, qui seront disponibles dans les Clouds Publics GCP et Azure, tels que le supercalculateur DGX Cloud dédié à l’IA.

XNVIDIA - Partnering with GCP  Azure  Oracle

Connaissez-vous d’autres entreprises dans le monde capables de proposer en 2023 des services d’IAG aussi performants que NVIDIA? Moi, non.

Pour terminer sur NVIDIA, je souhaite citer NVIDIA AI Foundation, une plateforme logicielle qui permet aux grandes entreprises de travailler sur leurs propres modèles, avec leurs données spécifiques. 

Les trois premiers outils disponibles sont:

  • NEMO, pour des LLM, Large Language Models comme ChatGPT.
  • PICASSO, pour les images, comme DALL-E.
  • BIONEMO, pour des modèles dans le domaine de la santé.

XNVIDIA AI Foundation for Text  Images and biology

Il n’est pas difficile de prévoir l’arrivée de nouveaux composants, pour de nouveaux domaines d’IAG, dans les mois qui viennent.

AWS, Azure, GCP, NVIDIA, ces quatre acteurs sont bien placés pour dominer les technologies d’IAG dans le monde occidental.

 

Quelle place pour la Chine, dans l’IAG

La grande inconnue, pour le moment, concerne la Chine.

XCompanies avec le + de brevets AIComme le montre ce graphique, parmi les entreprises qui ont déposé le plus grand nombre de brevets dans le monde de l’IA, il y a:

  • Trois américaines.
  • Trois chinoises.
  • Une Coréenne du Sud.

Est-ce que les entreprises chinoises seront capables de transformer ces brevets en produits?

Je pense que c’est difficile, aujourd’hui. La Chine n’a pas accès aux technologies lithographiques de pointe dont ASML, société européenne, est le seul acteur mondial.

L'embargo mis par les Etats-Unis et l’Europe sur l’exportation des machines ASML vers la Chine est un frein majeur à la création d’une industrie numérique de l’IAG en Chine.

Il est “peu probable” que le gouvernement américain laisse NVIDIA, société américaine, exporter ses nouveaux supercalculateurs DGX d’IAG vers la Chine.

XNVIDIA  ASML  TSMCCe n’est pas un hasard si NVIDIA collabore activement avec ASML et TSMC, le plus grand fondeur de composants au monde basé à Taiwan. NVIDIA a annoncé cuLitho, une plateforme qui accélère la création de masques lithographiques dans un rapport 40x, pour aller au-delà du nanomètre, dont l’industrie de l’IAG aura besoin.

Cette collaboration internationale autour de cuLitho est spectaculaire; elle s’appuie sur des compétences venant de trois continents différents:

  • NVIDIA, aux Etats-Unis.
  • ASML, en Europe.
  • TSMC, en Asie.

Voir l’Europe en position de force, dans un domaine clé du numérique, l’IAG, cela fait chaud au cœur. 

C’est quand même plus porteur d’espoir que ces minables combats d’arrière-garde dans des domaines où l’Europe est définitivement larguée comme celui des Clouds Publics ou des outils bureautiques universels. (J’aborderai l’impact de l’IAG sur les solutions bureautiques dans la deuxième partie de ce texte).

 

Une explosion de startups dans l’IAG

Vous souhaitez lancer une startup du numérique en 2023? Si l’IAG ne fait pas partie de votre argumentaire, vous aurez du mal à lever des fonds. C’est le message que j’entends de plus en plus souvent quand je parle aux investisseurs.

XGlobal investments in AI 2010 - 2021Ce graphique montre l’accroissement spectaculaire des investissements dans l’IA entre 2010 et 2021. Trois messages forts s’imposent:

  • Doublement des investissements entre 2020 et 2021.
  • Domination des Etats-Unis.
  • Faible part de la Chine, ce qui renforce ce que j’explique plus haut.

OpenAI, ChatGPT, DALL-E, Stable Diffusion… Si vous suivez l’industrie de l’IAG, ces noms vous sont probablement familiers. Dans le grand public, ChatGPT est la seule solution qui c’est imposée, et en quelques mois.

Inconnues de plus de 99% des personnes, des dizaines de startups se sont lancées dans le monde de l’IAG.

Sequoia est l’un des VC les plus importants. Dans cet article, il fait le point sur l’évolution du marché de l’IAG.

J’en ai extrait le graphique qui a l’avantage de mettre en lumière les nombreux domaines dans lesquels l’IAG se développe: texte, code, image, voix, vidéo, 3D, autres.

Sequoia Main families of generative AI tools

Dans sa partie basse, ce graphique donne le nom d’une vingtaine de solutions disponibles. Vous en connaissez combien?

Et ce n’est qu’un début! En mars 2023, CB Insights, une société qui fait un travail d’une extraordinaire qualité pour suivre le marché des startups dans tous les domaines, a publié sa “Market Map” de l’IAG avec… 250 sociétés!

XCB Insights 250 startups IAG

Oui, vous avez bien lu: 250, et CB Insights précise dans son document d’analyse qu’il ne prétend pas à l’exhaustivité.

Combien peuvent survivre? Combien seront encore là en 2025? Il faudra avoir les reins solides pour s’imposer dans ce marché à très haut potentiel et où la concurrence sera sans pitié.

XTypeface IAG startup Google + MicrosoftUne de ces entreprises qui me semble bien partie est Typeface qui a levé 65 M$ fin février 2023. L’une des raisons pour laquelle j’en parle, c’est qu’elle a réussi l’exploit d'avoir comme investisseurs Microsoft et… Google, les deux géants qui se livrent un combat féroce pour s’imposer sur le marché de l'IAG.

Nous avons connu le même phénomène dans les applications SaaS, construites sur les Clouds Publics. J’estime qu’il y a aujourd’hui plus de 60 000 éditeurs SaaS sur le marché mondial, dont 5 000 pour le seul secteur commercial et marketing.

Dans la deuxième partie de cette analyse, je reviendrai sur les solutions SaaS existantes. Elles sont déjà nombreuses à ajouter des fonctionnalités d’IAG à leurs produits.

Vous souhaitez utiliser un logiciel d’IAG en 2023? Vous devrez choisir entre des startups qui se proclament IAG natives et des solutions SaaS plus anciennes qui vous annoncent qu’elles ont ajouté les fonctionnalités IAG dont vous avez besoin. 

Bon courage pour vous y retrouver!

 

Synthèse sur les potentiels des technologies d’IAG

Dans cette première partie, j’ai mis l’accent sur l’offre technologique dans le domaine de l’IAG, depuis les grandes plateformes d’infrastructures jusqu’aux centaines de startups qui sont nées au cours de ces dernières années.

XNVIDIA - IA Models  1Mx more powerful in 10 yearsPour conclure cette première partie, je redonne la parole à Jensen Huang, le fondateur et CEO  de NVIDIA:

“ Je prévois que dans 10 ans les outils d’IAG seront un million de fois plus puissants que ceux d’aujourd’hui.”

Pour mettre cette prédiction en perspective, je cite les prédictions d’Andrew Moore, fondateur d’Intel, qui vient de nous quitter.

“Le nombre de transistors, donc la puissance des processeurs, doublera tous les 18 mois”.

Cette célébrissime loi de Moore correspond à une multiplication de la puissance par 100 sur 10 ans, ce qui nous paraissait déjà exceptionnel.

          La “Loi de Huang”, c’est la loi de Moore, mais 10 000 fois plus rapide!

Sommes-nous prêts à absorber cette nouvelle accélération?

Dans la deuxième partie de cette analyse, je réponds à deux questions encore plus importantes que celles relatives aux technologies:

  • L’IAG, pour quels usages dans les entreprises.
  • Quels impacts sur les entreprises et les emplois.

 


Quel terminal pour vos équipes terrain - Deuxième partie

 

AdS DPC FLW with gloves in street S 366931258Dans la première partie de cette analyse, j’ai présenté les principales familles de terminaux disponibles pour répondre aux attentes des équipes terrain.

Dans cette deuxième partie, j’aborde des sujets plus complexes, organisationnels et culturels:

  • Quels sont les modes d’acquisition possibles.
  • Comment prendre en compte la dimension Frugalité Numérique.
  • Quels outils pour gérer et sécuriser les terminaux des équipes terrain.

 

Modes d’acquisition et d’usages

Il existe différentes familles de terminaux pour répondre aux attentes des équipes terrain. Les entreprises ont aussi à leur disposition plusieurs options pour gérer l’acquisition et les usages de ces terminaux. 

Les quatre principales démarches sont:

  • Le mode kiosque.
  • Le terminal managé.
  • COPE : Corporate Owned, Personally Enabled.
  • BYOD : Bring Your Own Device.

Le mode Kiosque

Mode Kiosque SLe mode Kiosque est utilisé quand un terminal est dédié aux seuls usages professionnels. Ne sont installées sur le terminal que la ou les applications nécessaires pour l’activité des collaborateurs. Ceci permet d’avoir un écran simplifié au maximum pour favoriser l’efficacité des usages.

C’est une bonne approche pour des activités très structurées, comme la lecture de codes barres dans un entrepôt ou la livraison de colis.

Dans le mode Kiosque, l’entreprise fournit et gère le terminal mis à disposition du collaborateur terrain.

Terminal managé

Cette démarche est une version plus souple et étendue du mode Kiosque. Même si le terminal n’est utilisé que pour des activités professionnelles, le collaborateur terrain accède à plus d’applications. Il peut s’agir d’applications privées d’entreprises, par exemple pour la collaboration, et d’applications publiques externes comme WhatsApp. L’entreprise peut décider d’interdire certaines applications ou certaines fonctionnalités du terminal. On peut par exemple bloquer l’usage d’une carte SIM si le terminal est utilisé uniquement dans un espace clos comme une usine ou un entrepôt quand le WiFi est disponible partout.

Comme dans le mode Kiosque, c’est l’entreprise qui fournit et gère le terminal mis à disposition du collaborateur terrain.

Démarche COPE: Corporate Owned, Personally Enabled.

On rentre maintenant dans une démarche où le même terminal est utilisé pour des usages professionnels et personnels.

Le terminal est fourni et géré par l’entreprise, mais il est aussi utilisable par le collaborateur pour ses usages personnels, y compris en dehors des lieux professionnels et pendant le week-end ou les vacances.

La démarche COPE peut être utilisée par des entreprises de toute taille.

Deux cas d’usages emblématiques de cette démarche COPE sont ceux de la Poste en France et de Walmart aux Etats-Unis.

FacteoLe projet Facteo de la Poste a été lancé en 2011. Plus de 70 000 postiers sont équipés du terminal “Facteo”, un smartphone Android standard du marché, correspondant à la catégorie “Terminaux grand public durcis” présentée dans la première partie de cette analyse.

On trouve sur Facteo:

  • Des applications professionnelles à l’usage des facteurs: demandes de congés…
  • Des applications professionnelles tournées vers les clients.
  • Des applications personnelles, clairement séparées des usages professionnels.

Walmart employee image 740 000 & freePlus récemment, en 2021, le distributeur américain Walmart a décidé d’équiper ses “associates”, en clair tous les collaborateurs terrain, avec un smartphone en mode COPE et une “Super App”, me@walmart, qui regroupe tous les usages possibles dans une seule application.

En 2021, ce sont plus de 740 000 collaborateurs qui ont été équipés d’un smartphone Samsung, qu’ils peuvent utiliser en remplacement de leur smartphone personnel s’ils le souhaitent.

Tous les coûts sont pris en charge par Walmart.

Démarche BYOD: Bring Your Own Device

Le BYOD est l’inverse de COPE: le terminal appartient au collaborateur, qui l’utilise aussi pour ses activités professionnelles.

L’entreprise participe au coût du terminal en remboursant tous les mois au collaborateur une somme liée au terminal et aux coûts réseau. La démarche du forfait mensuel, indépendant du prix du terminal, est celle qui est la plus fréquemment utilisée.

Couverture livre BYODDès 2011, j’avais abordé le thème du BYOD, qui semblait promis à un bel avenir.

En 2014, j’avais écrit la préface du premier livre publié en France sur le thème du BYOD.

Si la démarche BYOD est souvent utilisée dans les startups et les entreprises du numérique, elle est très peu répandue dans les entreprises moyennes et grandes et plus souvent en France que dans d’autres pays.

Il y a plusieurs freins à la diffusion d’une démarche BYOD:

  • Difficulté pour l’entreprise de gérer des terminaux qui ne lui appartiennent pas.
  • Réticence des équipes informatiques et en particulier des responsables de la sécurité à voir des terminaux non gérés accéder aux réseaux et applications de l’entreprise.
  • Complexité administrative et fiscale sur la manière de traiter le remboursement fait au collaborateur.

Les entreprises qui acceptent le principe d’un terminal unique pour les usages professionnels et personnels choisissent en priorité une démarche COPE plutôt que BYOD.

La gestion d’un parc de terminaux mobiles pour les équipes terrain pose des questions que l’on rencontre moins souvent avec les équipes bureaux car les modes d’usages sont très différents. L’immense majorité des terminaux mobiles des collaborateurs bureaux leurs sont affectés de manière permanente.

Les principales questions qui se posent:

  • Peut-on avoir un parc de terminaux mobiles banalisés, non liés à une personne? Réponse, oui. C’est souvent le cas pour les usages en mode Kiosque. Le secteur de la logistique où les chauffeurs-livreurs sont des personnes externes en est un bon exemple.
  • Est-il possible d’avoir des terminaux mobiles en libre-service ? Réponse, oui. Cette approche est par exemple utilisée quand le travail se fait en continu, avec des personnes différentes qui occupent un même poste de travail à différentes heures de la journée, dans l’industrie, le commerce ou la logistique.
  • Est-ce que les équipes terrain ont besoin d’une adresse email avant d’être équipées? Réponse, non. Un grand nombre de collaborateurs terrain n’utilisent pas le mail.
  • Simple SIM ou double SIM dans le cas d’un terminal COPE ou BYOD: il est possible de séparer sur un terminal mobile les usages professionnels et personnels même quand une seule carte SIM est utilisée. Le principal avantage d’une double SIM, c’est la capacité d’identifier sans ambiguïtés les coûts réseau professionnels et personnels. 

 

Dimension Frugalité Numérique

Pendant longtemps, la question de la frugalité ou sobriété numérique n’était pas posée dans les entreprises. Elle devient aujourd’hui une priorité, et personne ne va s’en plaindre.

C’est un sujet que j’ai souvent abordé; ce billet de blog est consacré à la frugalité numérique des terminaux.

Concernant les terminaux, toutes les études récentes et sérieuses sur les thèmes de la frugalité numérique sont d’accord sur deux points essentiels:

  • Les postes de travail sont la principale source d’impact sur la planète.
  • La construction du terminal a plus d’impacts que son usage.

Ce graphique, tiré d’une étude publiée par le CIGREF (Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises) confirme que:

CIGREF -ADEME terminaux réseaux Data centers

  • Les terminaux représentent plus de 75% des impacts du numérique, beaucoup plus que les réseaux ou les centres de calcul.
  • La phase de fabrication peut représenter jusqu’à 80% des impacts du numérique.

Aujourd’hui, l’équipement avec un terminal des collaborateurs terrain ne peut plus se faire sans prendre en compte cette dimension frugalité numérique.

Ceci pose deux questions:

  • Durée d’utilisation des terminaux.
  • Nombre de terminaux par personne.

Durée d’utilisation des terminaux

On l’a vu dans la première partie, le smartphone est le terminal dominant pour les équipes terrain.

En Europe, la durée d’utilisation moyenne d’un smartphone est de trois années, comme le montre cette étude. Dans les entreprises, ils sont utilisés en priorité par les collaborateurs bureaux.

Smartphones numbers - Frugalité

Dans cette hypothèse de trois années pour un smartphone:

  • Les ¾ de ses impacts sur la planète sont liés à sa fabrication.
  • ¼ seulement des impacts est créé par les usages.

Comparé au monde du bureau, le monde du terrain est un bien meilleur élève! Les terminaux utilisés aujourd’hui, spécialisés ou professionnels durcis, ont une durée de vie utile au moins égale à 5 années.

Lorsqu'un smartphone est utilisé pendant 5 ans ou plus:

  • Sa fabrication ne représente plus que 50% des impacts sur la planète.
  • Son usage a le même impact que sa fabrication, 50%. Ce sont des chiffres que l’on retrouve pour les PC portables dont la durée d’usage moyenne est de cinq ans.

Chaque année d’usage gagnée est une excellente nouvelle pour la planète.

L’utilisation de plus en plus fréquente de terminaux grand public durcis ne devrait pas trop impacter cette durée d’usage. Ils peuvent eux aussi être utilisés sans difficulté pendant cinq ans ou plus.

La frugalité numérique, c’est une raison de plus pour ne pas utiliser de terminaux grand public d’entrée de gamme ; leur fiabilité n’est pas suffisante pour un usage professionnel de cinq années ou plus.

Nombre de terminaux par personne

Deux smartphones par personne, c’est une très mauvaise idée!

Même si la durée de vie est portée à 5 ans, deux smartphones utilisés par la même personne représentent un impact sur la planète de 150, comparé aux 100 dans le cas de l’usage d’un seul smartphone:

  • 50% pour la fabrication de chaque smartphone = 100% pour deux.
  • 50% pour son utilisation. 

C’est 50% de plus!

Tous les collaborateurs terrain sont aujourd’hui équipés d’un smartphone personnel.

Comment éviter le doublement du parc de smartphones lors de l’équipement des collaborateurs terrain?

La démarche la plus logique serait de basculer en BYOD. Le collaborateur garde son smartphone personnel et l’utilise aussi pour ses usages professionnels. Comme on l’a vu plus haut, la démarche BYOD est difficile à mettre en œuvre, en particulier dans les grandes entreprises.

La deuxième approche raisonnable est de proposer un smartphone COPE aux collaborateurs terrain. Il faut en même temps les encourager à se séparer de leur smartphone personnel existant. Pour le faire, il y a plusieurs pistes:

  • Leur demander de le transmettre autour d’eux à une personne qui n’est pas encore équipée.
  • Le vendre sur une des nombreuses plateformes qui proposent des smartphones de seconde main.
  • Au minimum, s’il est en fin de vie, le rapporter à un organisme qui le détruira, mais en récupérant tous les composants encore utiles, et en particulier les métaux rares.

Cette démarche COPE ne peut pas être utilisée quand on déploie des terminaux spécialisés type ATEX ou terminaux durcis professionnels. Elle prend tout son sens chaque fois qu’un téléphone grand public durci peut être choisi.

Fairphone 4Bonne nouvelle: le smartphone européen Fairphone 4 fait partie des modèles qui sont “Android Enterprise Recommended”. Les smartphones Fairphone ont été les premiers au monde à être conçus dès l’origine pour être facilement réparables et évolutifs.

Les entreprises qui ont communiqué auprès de leurs collaborateurs, bureaux et terrain, pour expliquer les impacts des terminaux sur la planète ont toutes été entendues et comprises par ces collaborateurs. Ceci facilite beaucoup l’acceptabilité d’une démarche COPE. Il faut simplement que ces collaborateurs soient rassurés sur l'étanchéité absolue entre les deux espaces professionnels et personnels.

C’est le sujet du prochain paragraphe.

 

Gérer et sécuriser les terminaux

EMM (Enterprise Mobility Management), anciennement MDM (Mobile Device Management), des solutions pour la gestion d’un parc de terminaux existent depuis des dizaines d’années.

EMM leaders Multi OSLes leaders historiques de ce marché, que l’on retrouve sur ce quadrant magique du Gartner, sont Microsoft, IBM, Ivanti…

On peut regrouper les fonctionnalités des outils EMM en quelques grandes familles:

  • Gestion du terminal:
    • Déploiement sur le terrain.
    • Maintenance à distance.
    • Bloquer de manière définitive un terminal perdu ou volé.
    • Permettre ou non l’usage des caméras.
    • Réseaux autorisés: 4G ou 5G, WiFi, Bluetooth…
    • Géolocalisation.
    • Geofencing: limiter la zone géographique où il peut être utilisé.
  • Management des applications:
    • Choix et contrôle des applications autorisées.
    • Déploiement automatique des applications autorisées et leurs mises à jour.
  • Gestion des données:
    • Transfert automatique vers des fichiers centraux.
    • Horodatage des données.
    • Effacement à distance.
    • Utilisation d’outils de chiffrement.
  • Gestion des utilisateurs:
    • Inscription, suppression, modifications.
    • Identification: email, numéro de téléphone…
  • Tableaux de bord pour suivre les indicateurs essentiels.

Quand les démarches COPE ou BYOD sont mises en œuvre, une autre fonction des EMM devient essentielle: garantir l’étanchéité absolue entre les deux espaces, personnel et professionnel.

COPE WOrk profile personal profile

Sur ce schéma, on visualise le même terminal en mode COPE, dans trois situations différentes:

  • 1 : Le container personnel avec les applications choisies par le collaborateur.
  • 2 : Le container professionnel avec les applications de l’entreprise.
  • 3 : Le container professionnel mis en veille pour le WE.

Le collaborateur terrain doit être convaincu que l’entreprise ne pourra pas “espionner” ses usages personnels. Les EMM le font très bien, mais… Il reste un problème de confiance, particulièrement aigu en France.

L’entreprise devra réaliser un gros travail pour:

  • Rassurer les collaborateurs.
  • Convaincre les organismes sociaux et les syndicats.
  • Garantir le droit à la déconnexion professionnelle, pour les personnes qui le souhaitent.

Combien de logiciels de gestion de parc de terminaux?

C’est une question qui est souvent posée: faut-il un seul outil EMM pour gérer toutes les familles de terminaux, tous les OS, des équipes bureaux et terrain, ou est-il plus efficace et plus économique de déployer plusieurs EMM adaptés à chaque famille?

Tous les grands leaders cités par le Gartner sont “multi OS”: Windows, macOS, Linux, Android et iOS.

Ceci n’a pas entravé le succès d’EMM spécialisés: un bon exemple est JAMF, spécialisé dans tous les terminaux proposés par Apple.

La question se repose, avec la prévision de croissance massive du nombre de terminaux pour les équipes terrain.

Les collaborateurs dans les bureaux utilisent des terminaux très différents:

  • PC Windows.
  • PC Apple.
  • Chromebooks.
  • Smartphones iOS ou Android.
  • Tablettes Windows, iOS ou Android.

Ils sont souvent équipés de deux, voire trois terminaux différents.

A l’inverse, les collaborateurs terrain sont équipés d’un seul terminal:

  • Smartphones ou tablettes Android dans plus de 80% des cas.
  • Smartphones ou tablettes iOS dans environ 15% des cas.

EMM - Best of Breed vs IntegratedLes informaticiens ont toujours eu une forte préférence pour l’unicité des solutions, le Master PC, les ERP intégrés…démarches qui sont censées leur faciliter la vie.

Le débat permanent, intégré versus “Best of Breed”, se pose aussi pour les EMM.

Dans le domaine des EMM pour les équipes terrain, qui est le sujet de ce billet,  j’encourage les entreprises à peser le pour et le contre d’un EMM dédié aux terminaux des équipes terrain. Quand il s’agit de parcs importants, les solutions spécialisées sont plus efficaces et surtout… beaucoup plus économiques.

 

Exemple d’un EMM terrain “best of breed”, WizyEMM

(Rappel: WizyEMM est une solution SaaS construite par Wizy.io, entreprise dont je suis l’un des cofondateurs.)

WizyEMM a été développé au départ pour répondre aux attentes de Chronopost et du groupe DPD, un grand transporteur européen. Ils cherchaient un EMM performant et économique lors du renouvellement de leur parc de terminaux pour les équipes terrain, qui basculait de Microsoft CE vers Android. WizyEMM est aujourd’hui déployé chez ce transporteur sur des dizaines de milliers de terminaux Android, dans plusieurs pays européens.

WizyEMM est parti d’une feuille blanche, au moment où Google avait décidé de reprendre la main sur le marché des terminaux Android en fixant des règles communes à minima, pour tous les EMM.

WizyEMM est donc un des premiers EMM de nouvelle génération, ce qui lui procure des avantages importants:

  • Nativement Cloud SaaS, multi tenant, sur GCP, le Cloud Public de Google.
  • Conforme aux recommandations les plus récentes d’Android.
  • Utilise l’agent natif de Google (AMAPI), ce qui permet d’être compatible, par défaut, avec tous les équipements recommandés par Android Entreprise.
  • S’adapte à des parcs de terminaux très variés, de constructeurs différents.
  • Permet de pousser automatiquement les mises à jour. Lorsqu’Android annonce une nouvelle version, elle est immédiatement déployable dans les parcs installés gérés par WizyEMM.
  • Tableau de bord WizyEMM exempleFacilite les mises à jour à distance de tous les logiciels d’un terminal, ce qui évite le retour physique des terminaux dans les bureaux centraux.
  • Capacité pour les clients d’exporter toutes les données d’utilisations des terminaux dans l’entrepôt de données BigQuery de Google et de créer des tableaux de bord sur mesure. Cette capture d'écran illustre cette possibilité. Les données ont été floutées car ce tableau correspond à un cas réel d'un client de WizyEMM.

Flexibilité dans les modes de facturation

L’autre domaine important dans lequel WizyEMM a innové est celui des modes de facturation disponibles, très flexibles:

  • Mensuel ou annuel, la démarche classique de tous les EMM du marché.
  • Pay as you Go: sans engagement préalable, au fur et à mesure que les terminaux sont mis en fonctionnement.
  • Lifetime : pour toute la durée de vie du terminal. Ceci permet de passer dans un mode de financement en CAPEX, pour les entreprises qui souhaitent réduire leurs dépenses en OPEX. Cette option intéresse beaucoup les directions financières.
  • Possibilité, pour les grands clients, de créer une instance Cloud dédiée, option choisie par le Groupe DPD dont fait partie Chronopost.

 

Résumé

L’équipement des équipes terrain d’un terminal mobile est un préalable à tout déploiement d’applications numériques adaptées à leurs attentes.

La bonne nouvelle: les options sont nombreuses et opérationnelles:

  • Familles de terminaux.
  • Modes d’acquisition et d’usages.
  • Solutions pour gérer et sécuriser les terminaux.
  • Possibilités de concilier efficacité et protection de la planète.

AdS DPC WIn WIn  Cube S 76918148Tout ceci ne doit pas vous faire oublier l’essentiel: s’ils ne le sont pas encore, l'équipement de tous vos collaborateurs terrain avec un terminal numérique doit faire partie de vos priorités.

Pour eux, pour votre entreprise, pour votre efficacité et votre rentabilité, c’est l’un des meilleurs investissements que vous pourrez faire, dès cette année.


Quel terminal pour vos équipes terrain - Première partie

 XAdS DPC FLW take picture SS 397080572Depuis plusieurs années, je milite pour que les équipes terrain, les FLW, Front Line Workers en anglais, ne soient plus les oubliés de la Transformation Numérique des entreprises, privées ou publiques.

Pour cela, ils ont besoin d’applications spécifiques; les usages traditionnels des équipes bureaux ne répondent pas à leurs attentes et à leurs contraintes spécifiques. J’en ai longuement parlé dans ce billet de blog.

Des logiciels, des applications adaptées à leurs attentes, c’est bien, oui, mais pour y accéder il faut d’abord que les collaborateurs terrain soient équipés d’un terminal, d’un objet d’accès.

Dans ce billet je vous propose une analyse des principales options disponibles pour équiper vos collaborateurs terrain.

C'est un sujet très opérationnel, pragmatique, qui concerne des millions de personnes en France et des milliards dans le monde.

 

Quels objets numériques entre les mains des équipes terrain

En anglais, un autre nom des équipes terrain est “deskless”, les personnes sans bureaux. Ces personnes sont sur des chantiers, dans des champs, dans des camions ou camionnettes, dans les allées des supermarchés ou dans les chambres des malades dans les hôpitaux.

Ils ont besoin d’outils numériques mobiles, légers et robustes.

Quels sont les terminaux les plus utilisés par les équipes terrain? 

XPC Smartphone Tablet for FLWMes estimations sont les suivantes:

  • Les smartphones en priorité, dans plus de 80% des cas.
  • Des tablettes, pour environ 15% des personnes.
  • Une minorité, de l’ordre de 5%, dispose d'un ordinateur portable, alors que ces ordinateurs portables sont utilisés par l’immense majorité des collaborateurs dans les bureaux.

Il existe, hélas, une quatrième famille de terminaux mis à la disposition de la majorité des équipes terrain : elle a pour nom… RIEN !

Et oui, il y a encore des entreprises qui osent laisser leurs collaborateurs terrain sans aucun outil numérique, ce qui est proprement scandaleux.

Promenez-vous dans les allées de vos supermarchés, regardez les travailleurs qui réparent vos routes ou installent des panneaux solaires sur vos toits : beaucoup d’entre eux ne sont pas équipés d’un smartphone ou d’une tablette professionnelle. Par contre, pendant les pauses, ils sortent tous leurs… smartphones personnels.

 

Principales familles de terminaux pour les équipes terrain

L’offre de terminaux pour les équipes terrain est très large. Elle peut être classée en quatre familles principales:

  • Terminaux très spécialisés.
  • Terminaux durcis professionnels.
  • Terminaux grand public durcis.
  • Terminaux grand public universels.

 

Terminaux très spécialisés, tels que pour les activités en zones ATEX

Dans certains métiers, des contraintes de sécurité obligent les entreprises à utiliser des terminaux très spécialisés. L’exemple le plus connu est celui des environnements industriels ATEX, où les risques d’explosion sont forts. Cet article de Wikipédia présente en détail les différentes catégories de zones ATEX à protéger.

Pour être utilisé en zones ATEX, un terminal doit répondre à des contraintes très fortes de sécurité pour éviter le moindre risque d’étincelle qui pourrait provoquer une explosion.

XSmartphone ATEX ECOMCes terminaux ATEX sont, et c’est logique:

  • Plus lourds et encombrants.
  • Souvent équipés d’une version ancienne d’Android.
  • Chers: les prix démarrent à 1 500 € et peuvent atteindre 5 000 €.
  • Construits pour avoir des durées de vie longues, supérieures à 5 ans.
  • Absolument pas adaptés à des usages grand public.

Les collaborateurs qui doivent travailler en zones ATEX peuvent être:

  • Très souvent en zone ATEX: ils seront équipés d’un terminal ATEX de manière permanente.
  • Amenés à y entrer de manière occasionnelle. Dans ce cas, il est plus efficace et économique d’avoir quelques terminaux ATEX en libre-service. Avant de rentrer en zone ATEX, le collaborateur laisse son terminal classique et prend un ATEX.

En pratique, les entreprises qui ont besoin de terminaux ATEX ont déjà équipé les collaborateurs terrain de ces terminaux.

 

Terminaux durcis professionnels

Cette famille de terminaux est ancienne, antérieure aux smartphones. L’expression “PDA” est souvent utilisée pour parler des anciens modèles. Historiquement, ils fonctionnaient sous Windows CE, que Microsoft a décidé d’arrêter.
Aujourd’hui, la majorité des offres est constituée de smartphones Android. 

Le marché est dominé par des fournisseurs spécialisés, qui ont pour nom Zebra, Honeywell, Datalogic, Bluebird, Crosscall...

Professional durcis Three Devices

Ils sont utilisés en priorité dans des activités liées aux entrepôts, au transport et à la logistique ou au secteur de la distribution. C’est le plus souvent pour des usages très professionnels, très spécialisés pour lesquels la rapidité d’usage et la fiabilité sont des facteurs majeurs de choix.

Les caractéristiques communes de tous ces terminaux durcis spécialisés:

  • Utilisation de batteries interchangeables, pour permettre aux équipes terrain de disposer de plusieurs batteries si nécessaire et pour en améliorer la durée de vie.
  • Bonne résistance à l’eau et aux poussières: IP68 le plus souvent.
  • Protection contre les chocs et les chutes.
  • Construits pour durer 5 ans ou plus.
  • Services, maintenance, pièces de rechange disponibles pendant longtemps, 7 ans ou plus.

XAccessoires terminaux durcisUn grand nombre d’équipements annexes sont disponibles pour s’adapter à la variété des conditions d’utilisation : lecteurs de codes barres, poignée, support pour le bras…

Pendant longtemps, les prix de vente de ces terminaux durcis spécialisés étaient élevés, dans la fourchette de 1 000 € à 2 500 €.

Ce sont aussi des terminaux qui n’ont pas vocation à être utilisés à titre personnel. Les fonctionnalités qu’ils privilégient ne sont pas celles que demandent les personnes pour leurs smartphones personnels.

Zebra - TC26 - With WizyEMMPour contrer l’arrivée des terminaux grand public (voir plus loin), ces fabricants spécialisés proposent aussi des terminaux professionnels durcis d’entrée de gamme, à des prix inférieurs, compris entre 500 € et 1000 €.

On peut citer comme exemples le TC26 de Zebra ou le EDA 51 de Honeywell.

Ces terminaux répondent bien aux attentes des entreprises dès que les activités se déroulent dans des environnements moins contraignants en matière de fiabilité. 

 

Terminaux grand public durcis

Cette génération de terminaux d’origine grand public, avec quelques fonctionnalités additionnelles pour les rendre aptes à des usages dans les entreprises est récente.

XSamsung XCover proIls proposent:

  • Des protections contre l’eau de niveau IP67 ou 68.
  • Une meilleure résistance aux chocs.
  • Des durées de garantie minimales de 3 ans ou plus.
  • Des prix de vente inférieurs à 600 €.

Samsung est le leader actuel de ce marché avec ses modèles XCover pro 5 et 6.

Pour des équipes terrain qui travaillent dans des environnements moins contraignants, par exemple à l’intérieur d’un supermarché, l’option d’un terminal grand public durci est souvent une bonne réponse.

Ce sont aussi des terminaux que l’on peut utiliser à titre personnel, car ils sont construits à partir de terminaux grand public que l’on a “durci”.

J’y reviens dans la deuxième partie de cette analyse où j’aborde le thème des modes d’acquisition et d’usages.

 

Terminaux grand public entrée de gamme

Il peut être tentant, pour les entreprises qui souhaitent équiper à moindre coût leurs équipes terrain de rechercher les terminaux  Android grand public d’entrée de gamme, que l’on trouve à des prix inférieurs à 250 €.

Je déconseille totalement cette option: ces terminaux ne sont pas adaptés à des usages professionnels : durée de vie faible, sensibilité aux chocs et à l’eau, plus difficile à gérer de manière industrielle…

Je vous propose une règle simple: choisir uniquement des terminaux qui sont sur le site “Android Enterprise recommended”. Ce sont tous les terminaux que l’on peut gérer de manière professionnelle.

 

Comment choisir les terminaux adaptés aux attentes des équipes terrain

Dans les entreprises grandes et moyennes, il est peu probable qu’une seule famille de terminaux réponde à toutes les attentes des collaborateurs terrain, même si la tentation est forte d’uniformiser les parcs.

La démarche la plus efficace est d’accepter le principe d’une variété raisonnable du parc de terminaux.

XCritères choix terminaux équipes terrain

  • Ne pas investir dans des terminaux grand public d’entrée de gamme.
  • Priorité aux terminaux grand public durcis pour tous les collaborateurs pour lesquels cette solution est adaptée. Principaux avantages:
    • Les coûts les plus bas possibles.
    • Des terminaux proches de ceux qu’utilisent les collaborateurs pour leurs usages personnels.
    • La possibilité d’avoir un terminal à usages mixtes, professionnels et grand public, sujet qui sera abordé dans la deuxième partie de cette analyse.
  • Pour les seuls collaborateurs terrain pour lesquels les terminaux grand public durcis ne sont pas suffisants, utilisation de terminaux durcis professionnels. Le choix de cette famille a deux conséquences:
    • Des budgets d’achat en hausse.
    • L’impossibilité d’utiliser le même terminal pour des usages professionnels et personnels.
  • Par exception, et uniquement quand c’est indispensable, achat de terminaux très spécialisés, tels que les ATEX.

Dans cette première partie, j’ai répondu à la question la plus simple: quelles sont les options matérielles disponibles pour équiper les collaborateurs terrain.

Dans la deuxième partie, je vais aborder des sujets plus complexes, car moins techniques et plus organisationnels et culturels:

  • Quels sont les modes d’acquisition possibles.
  • Comment prendre en compte la dimension Frugalité Numérique.
  • Quels outils pour gérer et sécuriser ces terminaux pour les équipes terrain.

 


Chip War : la guerre des composants électroniques - Deuxième partie. Dimensions géopolitiques

 

XAdS DPC Geopolitics flags US China ...S 35720911Dans la première partie de cette analyse, j’ai présenté les dimensions techniques et industrielles de cette guerre des composants électroniques.

Cette deuxième partie se concentre sur les dimensions géopolitiques de cette guerre des composants.

 

Les forces en présence

Dans le domaine des composants électroniques, il y a cinq grandes zones géographiques importantes:

XChine Russie RTW Map

  • La Russie.
  • La Chine.
  • L’Europe.
  • Les Etats-Unis.
  • L’Asie du Sud-Est, hors Chine:
    • La Corée du Sud
    • Taiwan
    • Le Japon

Sur cette carte, j’ai clairement séparé la Chine et la Russie du reste du monde. Les raisons sont claires: 

  • La Russie, avec l’invasion de l’Ukraine, c’est mise en conflit ouvert avec l’Europe, les Etats-Unis et une grande partie des autres pays du monde.
  • Les spécialistes du domaine des composants électroniques, et bien sûr Chris Miller dont le livre CHIP WAR a servi de base à mon analyse, sont d’accord sur le fait que la Chine fera tout son possible pour essayer de retrouver une “souveraineté nationale” dans ce domaine.

 

Quelle place pour la Russie 

La réponse à cette question est claire: 

XRussia Failure ChipLa Russie n’a jamais été, n’est pas, ne sera jamais un acteur significatif de l’industrie des composants électroniques.

Comme l’explique Chris Miller, les difficultés ont commencé à l’époque de l’URSS, quand les Russes ont pensé qu’il suffisait d’envoyer des espions aux Etats-Unis et de copier les composants existants, à l’identique, pour rester dans la course.

Ils n’avaient pas compris que dans une industrie qui avançait aussi vite, c’était tout l'écosystème industriel qu’il fallait recréer.

Cette grande faiblesse de la Russie dans le domaine des composants est mise en lumière par la guerre avec l’Ukraine. L’embargo des livraisons à la Russie de composants électroniques par la majorité des fournisseurs mondiaux impacte fortement sa capacité militaire à fabriquer des armes modernes qui ont toutes besoin de nombreux composants électroniques pour être efficaces.

XList of 25 Chips Russian most neededCet article donne la liste des 25 composants les plus demandés par l’armée russe.

Cette pénurie est partiellement réduite par des canaux clandestins d’achat, à des prix très élevés, mais c’est insuffisant pour répondre à la demande.

De nombreuses analyses, comme celle de Bloomberg, montrent que les exportations vers la Russie d’équipements civils comme frigidaires ou machines à laver ont explosé ces derniers mois. La raison? Récupérer les composants électroniques qu’ils contiennent et… jeter ensuite les équipements!

Toutes les armées du monde dépendent aujourd’hui totalement de la disponibilité des composants électroniques les plus avancés pour construire les armements modernes.
C’est l’un des domaines clés de la “Souveraineté Numérique” d’un pays, comme le démontrent les grandes difficultés actuelles de l’armée russe.

 

Chine: un enjeu en interne, et pour le reste du monde

En Chine, il est important de bien séparer deux activités différentes:

  • L’assemblage de composants électroniques pour fabriquer des produits finis.
  • La production des composants électroniques

Chine, usine numérique du monde

XIPhone factory FoxconnLa Chine est un leader mondial de la fabrication, de l'assemblage des outils numériques tels que les ordinateurs ou les smartphones. Ces usines d’assemblage emploient des centaines de milliers de personnes. Ce sont des activités à faible valeur ajoutée, dont l’élément concurrentiel principal est la disponibilité et le faible coût de la main-d’œuvre.

Déplacer ces usines est possible à tout moment. C’est ce qui se passe en ce moment.

L’augmentation des coûts salariaux en Chine et les tensions internationales font que de nombreux donneurs d’ordre commencent à déplacer une partie de leurs fabrications dans d’autres pays comme l’Inde ou le Vietnam.

Un exemple: Apple prévoit de migrer 25% de sa production en Inde, pour moins dépendre de la Chine.

Remplacer la Chine comme “usine numérique” du monde prendra beaucoup de temps, mais c’est une hypothèse qui devient plausible.

Chine, producteur de composants électroniques

Dans ce domaine, il faut revenir à la segmentation du marché que j’ai présentée dans la première partie de cette analyse:

  • Les composants simples.
  • Les composants haut de gamme.

Dans les composants simples, ceux qui ne demandent pas des outils de lithographie avancés, la Chine est un fournisseur important. Le pays est capable de répondre à ses besoins internes et en même temps d’exporter.

En revanche, dans les composants haut de gamme, ceux pour lesquels des outils de lithographie fabriqués par ASML sont indispensables, la Chine est pour le moment absente du marché.

XLImits to ASML sales in ChinaLes tensions internationales entre la Chine, les Etats-Unis et l’Europe font que des embargos très stricts ont été mis en place sur les exportations de ces outils de lithographie vers la Chine. De nouvelles restrictions viennent d’être décidées, en particulier pour l’exportation des machines ASML d’occasion, les générations précédentes. 96% des machines ASML produites depuis la création de la société sont encore en exploitation.

En clair, même les machines capables de graver en 13 nm ou 10 nm, quand les dernières générations sont capables de le faire en 3 nm et 2 nm, sont interdites à la vente en Chine.

La Chine peut encore importer, sous réserves, certains composants électroniques haut de gamme fabriqués à Taiwan et en Corée du Sud par TSMC ou Samsung.

Cette incapacité à fabriquer sur son territoire, avec ses usines, des composants haut de gamme est perçue par les dirigeants chinois comme une menace majeure pour leur pays

Fin janvier 2023, le Japon a rejoint les Pays-Bas et les Etats-Unis pour participer à l’embargo des exportations de ces machines vers la Chine.

La Chine est dans l’impossibilité de produire localement les composants dont son armée a besoin pour fabriquer les armes les plus modernes, compétitives avec celles des Etats-Unis et de l’Europe.

Pour le moment, rien ne permet de penser que la Chine sera capable, dans les 10 ans qui viennent, de rattraper ce retard technologique essentiel.

Est-ce que l’annexion de Taiwan permettrait de résoudre ce problème? 

Ma réponse est non. Je suis certain que Taiwan et TSMC ont envisagé cette hypothèse et pris toutes les mesures nécessaires pour éviter que les machines ASML tombent entre les mains de la Chine continentale. De plus, ces machines sont inutilisables sans la présence sur place, à temps plein, de dizaines ou centaines de salariés d’ASML, les seuls à en maîtriser le fonctionnement.

Il y a très peu de domaines où la “souveraineté numérique” de la Chine n’est pas garantie. L’impossibilité de disposer d’usines capables de fabriquer localement les générations les plus avancées de composants électroniques est aujourd’hui la plus pénalisante pour des dirigeants du pays.

 

Quelle place pour l’Europe

Les trois zones géographiques restantes ont toutes une présence dans l’industrie des composants électroniques.

XMap USA Europe Asie

Cette carte illustre le poids respectif des trois zones:

  • L’Europe, la plus petite.
  • Les Etats-Unis, qui ont perdu leur position dominante.
  • Les trois leaders en Asie: Taiwan, Corée du Sud et Japon.

Faut-il le rappeler? La France, seule, ne peut pas espérer devenir un acteur majeur de cette industrie, même si elle dispose déjà d’entreprises de qualité comme SOITEC.

Comme je l’ai expliqué dans la première partie, l’Europe occupe une place essentielle dans cette industrie, avec le monopole d’ASML dans les outils de lithographie permettant de graver en moins de 10 nm.

L’Europe dispose sur son sol de quelques capacités de production dans les composants d’entrée de gamme. En 2023, il n’y a pas en Europe d’usines capables de fabriquer les composants électroniques haut de gamme.

La fabrication de composants haut de gamme, c’est une industrie lourde, gourmande en capitaux et qui demande des compétences impossibles à acquérir rapidement.

XEuropean & USA chip actsLa bonne nouvelle, c’est que les dirigeants européens, comme leurs équivalents américains, ont pris conscience de l’importance de ce sujet. Des “Chip Acts” ont été annoncés avec la volonté d’investir chacun 50 milliards pour favoriser l’implantation sur leurs sols d’usines de composants haut de gamme.

Pour le faire, l’Europe négocie avec les deux grandes entreprises ayant des compétences dans ce domaine, Samsung et TSMC. C’est une démarche pragmatique que j’applaudis. En 2023, l'Europe n’a ni le temps, ni les moyens, ni les compétences pour développer des entreprises qui maîtrisent la fabrication de ces composants haut de gamme.

Les négociations sont très avancées avec TSMC qui devrait annoncer sa décision de construire une usine en Allemagne dans les semaines qui viennent. 

Mais… cette première installation se ferait sur des solutions “moyenne gamme”, avec des processeurs construits dans la gamme des 20 nm, et pas dans les plus avancées qui sont aujourd’hui entre 2 et 5 nm.

Est-ce que l’Europe disposera sur son sol, avant la fin de l’année 2030, d’usines capables de produire les composants électroniques de dernière génération? 

J’aimerais pouvoir répondre oui à cette question…

 

L’industrie des composants aux Etats-Unis

C’est aux Etats-Unis que tout a commencé, dans les années 1950, avec des entreprises comme Intel ou Texas Instruments.

La position dominante des Etats-Unis c’est progressivement réduite, avec l’arrivée du Japon puis des autres pays asiatiques.

Où en est-on, en 2023?

Ces deux graphiques donnent une image très différente de la situation, selon que l’on analyse la conception des composants ou leur fabrication.

XSIA Chip Design market share

Sur ce premier graphique, tiré d’une étude publiée fin 2022 par SIA, Semiconductor Industry Association, on constate que les Etats-Unis:

  • Avaient encore la majorité du marché, 51%, en 2015.
  • Que cette part de marché baisse depuis;  elle pourrait descendre à 36% en 2030.

Malgré cette baisse, les Etats-Unis resteront leaders pendant toute la décennie 2020.

La situation est très différente quand on parle de fabrication.

Ce deuxième graphique est tiré d’études faites par Deloitte.

XSemiconductor production capacity US

De 12% en 2023, la part de marché des Etats-Unis passera à environ 10% en 2025.

C’est pour lutter contre cette marginalisation que le Président Biden a signé le Chip & Science Act en août 2022.

Avec les subventions proposées par les Etats-Unis, TSMC a annoncé un investissement en Arizona de 40 B$ pour deux unités de fabrication.

La grande différence avec l’accord annoncé en Europe? Ce seront des usines qui produiront les générations les plus avancées de composants, gravés en 3 nm et 2 nm.

TSMC avait expliqué que fabriquer aux Etats-Unis augmentait le coût de 50% par rapport à Taïwan, ce qui peut expliquer les subventions américaines…

 

Les pays asiatiques, hors Chine

Ce graphique, tiré du livre de Chris Miller, résume bien la situation.

XChip War Map East asia produces

Ces pays fabriquent:

  • 90% des composants mémoires.
  • 75% des processeurs.
  • 80% des plaquettes de silicium.

L’usine mondiale des composants électroniques est en Asie.

Trois pays ont dominé ou dominent cette industrie, le Japon, Taiwan et la République de Corée.

Le Japon

Sur le graphique de l’étude Deloitte, présentée dans le paragraphe Etats-Unis, le Japon faisait partie des trois seuls pays producteurs de composants en 1990.

Même si sa part de marché a baissé depuis, il reste celui des trois qui a le mieux résisté et le Japon fabrique en 2020 plus que les Etats-Unis ou l’Europe.

Le Japon est resté important dans le marché des composants d’entrée de gamme, mais a totalement raté celui des composants haut de gamme, gravés en moins de 10 nm.

Sa réaction? Comme l’Europe et les Etats-Unis, le Japon a lancé son… Chip Act!

Et, oh surprise, qui va construire une usine au Japon? Vous l’avez deviné, c’est TSMC, comme aux Etats-Unis et en Europe.

La République de Corée

Dans la République de Corée, l’entreprise qui domine le marché pour la fabrication des composants électroniques est Samsung, le numéro deux mondial du secteur.

La Corée est présente dans les deux marchés:

  • Composants d’entrée de gamme: 44% des mémoires électroniques sont fabriquées en Corée.
  • Composants haut de gamme: Samsung dispose aussi des matériels ASML capables de graver en moins de 10 nm.

Et un… Chip Act de plus! Malgré la forte position du pays, le gouvernement de la République de Corée a aussi annoncé un plan d’aide au secteur des composants électroniques.

XSamsung 17 B$ Factory TexasComme TSMC, Samsung a choisi d’investir massivement à l’étranger, et en priorité aux Etats-Unis.

La nouvelle usine au Texas représente un investissement de 17 B$; elle sera opérationnelle en 2024

Et ce n’est qu’un début! Samsung envisage d’investir… 200 B$ dans onze autres usines aux Etats-Unis. Rien de définitif pour le moment, mais 5 B$ d’incitations fiscales sont prévues par l’Etat du Texas pour accélérer la décision.

Les projets d’investissements de Samsung en Europe existent, mais ils ne sont pas encore concrétisés.

Taiwan

Le T de TSMC, leader mondial de la fabrication de composants électroniques haut de gamme, c’est pour Taiwan!

Dans le graphique tiré du livre de Chris Miller présenté plus haut, on voit que Taiwan a un quasi-monopole sur la fabrication de ces composants haut de gamme, avec 90% du marché mondial

Taiwan et TSMC sont omniprésents dans ces deux billets sur les composants électroniques. En avril 2021, j’avais déjà consacré tout un billet à cette entreprise exceptionnelle.

S’il fallait une preuve de plus que cette industrie consomme beaucoup de capitaux, les investissements de TSMC pour la seule année 2022 ont atteint 36 B$.

En 2030, TSMC aura des usines de production dans tous les grands pays industrialisés qui comptent dans l’industrie des composants électroniques. Quelle belle réussite industrielle pour cette entreprise fondée en 1987 par Morris Chang. Chinois de naissance, il a fait l’essentiel de sa carrière aux Etats-Unis chez Texas Instruments (TI) avant de partir à Taiwan quand TI décida de le mettre sur la touche.

 

Composants électroniques: une géopolitique complexe

Il y a très peu d’industries qui aient un rôle aussi stratégique dans la géopolitique mondiale que celle des composants électroniques, et en particulier des composants haut de gamme.

Dans ces composants haut de gamme, les forces en présence sont visualisées par cette course de chevaux, que je vais analyser en commençant par ceux qui sont à la traîne.

XHorse races chip industry

  • La Russie n’est pas dans cette course, qu’elle a définitivement abandonnée.
  • La Chine essaie de recoller au peloton, mais les fortes sanctions prises à son égard par les Etats-Unis et l’Europe lui compliquent beaucoup la tâche. Est-ce que la Chine réussira à devenir un acteur majeur de cette industrie? C’est peu probable, au moins pendant les 10 ans qui viennent.
  • L’Europe, avec le monopole ASML, est un acteur clé. Les décisions prises d’accepter l’implantation sur son sol d’usines de fabrication construites par les leaders mondiaux TSMC et Samsung sont, de mon point de vue, intelligentes et pragmatiques.
  • Les Etats-Unis, qui étaient à l’origine de cette industrie, se sont fait distancer. Ils gardent encore un rôle essentiel dans la conception de ces composants haut de gamme, avec des entreprises telles qu’Apple. Comme l’Europe, ils ont pris la décision d’installer sur leur sol des usines TSMC et Samsung, pour rester aussi un acteur de la fabrication de ces composants.
  • La République de Corée et Taiwan font la course en tête et aucun autre pays ne semble, pour l’instant, capable de les rattraper. Ces deux pays et surtout Taiwan sont dans une zone géographique où de graves tensions peuvent naître, à l’initiative de la Chine. On comprend mieux pourquoi ils ont accepté de s’installer aux Etats-Unis et en Europe.

 

Synthèse: l’extrême fragilité de cet écosystème


Un monopôle, ASML et un duopole, TSMC et Samsung, contrôlent l’industrie des composants électroniques haut de gamme.

  • XGuerres se gagnent avec les pucesLa capacité des états à développer des armements de nouvelle génération en dépend. C’est un message que l’on retrouve dans cet article publié par le journal l’Opinion fin janvier 2023.
  • De nombreuses industries essentielles en dépendent: numérique et informatique, santé, automobile, aviation…

XAdS DPC résilience S 115798692Entre 2020 et 2022, le monde entier a vécu les prémices d’une crise économique importante, liée à la pénurie de composants électroniques.

Comment créer une résilience raisonnable dans le monde pour éviter qu’une crise majeure du secteur de la production de composants électroniques se traduise par une catastrophe économique qui toucherait tous les pays, et en priorité les pays industrialisés?

J’ose espérer que c’est une question que se posent les dirigeants politiques et économiques du monde entier.

Rappel: si ce sujet majeur vous passionne, n'oubliez pas de lire l’ouvrage de Chris Miller, CHIP WAR!