Le monde de l’éducation face à ChatGPT

 

XLogo MEN FranceLe secteur de l’éducation est très présent dans mon blog, en ce moment!

Il y a quelques jours, j’ai fortement critiqué dans ce billet une note du MEN, ministère de l’Education Nationale, sur les “bonnes pratiques” numériques.

J’avais aussi, en 2021, réagi à une recommandation de la DINUM, Direction Interministérielle du Numérique, mettant “hors la loi” Microsoft 365 dans le secteur public.

Cette initiative idiote de la DINUM avait hélas été reprise fin 2022 par le MEN, pour interdire Microsoft 365 et Google Workspace, décision que j’ai commentée sur LinkedIn.

 

L’éducation, une priorité pour tous les pays

Est-ce que je m’acharne contre les décisions du MEN par plaisir? Non, non et non!

Simplement je considère que c’est l’un des ministères les plus importants dans un gouvernement. L’avenir à long terme d’un pays en dépend.

XLouis Naugès TEDx CentraleSupélec 11:2022 1J’ai aussi, personnellement, des liens forts avec le monde de l’enseignement.

J'avais obtenu une bourse de la FNEGE, Fondation Nationale pour l’Enseignement de la Gestion des Entreprises. Cette bourse avait financé mon MBA à l’Université de Northwestern à Chicago.

En contrepartie, je m’étais engagé à enseigner pendant un minimum de 5 années à mon retour des Etats-Unis, ce que j’ai fait.

J’ai enseigné à l’INSEAD, à Sciences Po, à Supélec et dans beaucoup d’autres établissements.

J’ai été pendant plusieurs années enseignant à l’IAE de Paris, où j’ai participé à la création du DESS en Systèmes d’Information.

Je continue, mais de manière beaucoup moins intensive, à enseigner. Je participe entre autres depuis quelques années au Mastère Systèmes d’Information de GEM, Grenoble Ecole de Management.

Tout ceci explique pourquoi je suis de près ce que fait la France dans le domaine de l’éducation. Je ne suis pas pour autant un spécialiste de l’éducation et mes compétences sont limitées à deux domaines:

  • Les usages des technologies et outils numériques dans l’enseignement.
  • Les programmes d’enseignement dans les domaines du numérique.

Je vais dans ce billet parler du premier domaine, la technologie dans le monde de l’éducation, et en priorité de ChatGPT.

Cet outil d’intelligence artificielle est disponible depuis quelques semaines et son impact dans tous les domaines a été fulgurant.

De nombreuses questions se sont immédiatement posées sur les impacts de ChatGPT dans l’éducation.

Avant d’analyser cette nouvelle rupture technologique, je vous propose de revenir sur quelques exemples plus anciens “d’innovations technologiques” dans le monde de l’éducation.

 

Les combats perdus du monde de l’éducation contre les nouvelles technologies

Toute innovation importante fait l’objet de réticences à son adoption, et c’est logique.

Force est de reconnaître que le monde de l’éducation a souvent obtenu la médaille d’or de la plus grande résistance.

J’ai choisi quelques exemples qui illustrent bien cette capacité exceptionnelle de résistance.

La plume sergent major

XPlein et déliésLes plus anciens parmi vous, vos parents ou grands-parents ont connu à l’école primaire l’écriture avec la plume sergent major.

On la trempait dans un encrier et elle permettait aux enfants de faire de la “belle écriture”, avec les must de l’époque, les pleins et les déliés.

XBoîte Plumes sergent Major BICUn traumatisme majeur, pas “major”, secoue l'Éducation Nationale en 1953, l’arrivée du stylo à bille BIC! Il faudra attendre 1965 pour que la pointe BIC soit acceptée dans les écoles.

70 ans après, on peut encore en 2023 acheter des plumes Sergent Major. Qui les commercialise aujourd'hui? J’ai découvert avec surprise que c’est l’entreprise…BIC!

Calculatrice

XCalculatrice mode examen 2Les premières calculatrices ont semé la panique dans les rangs des professeurs: nos enfants ne sauront plus faire des calculs sans l’aide de machines!

Un bulletin officiel a publié en 2015 les règles précises d’usages des calculatrices pendant les examens. La France a aussi créé un nouveau marché, les calculatrices agréées en examen, avec une touche spéciale que l’on ne peut pas annuler pendant la période de l’examen.

Wikipedia

C’était un peu l’ancêtre de ChatGPT: il suffisait de poser une question à Wikipedia pour avoir des informations fiables, à jour et très complètes.

J’ai eu plusieurs collègues enseignants qui interdisaient à leurs élèves de consulter Wikipedia. Et oui, quand j’anime un cours, je vois des étudiants qui vérifient sur Wikipedia si ce que je leur dis est exact! C’est parfois stressant, mais cela m’oblige aussi à être un meilleur enseignant.

Il m’arrive souvent dans mes billets de blog de mettre des liens vers Wikipedia, une ressource extraordinaire de connaissances. Et oui, tous les ans, je fais un virement à Wikipedia pour les aider dans cette mission essentielle. Nous sommes trop peu nombreux à le faire…

Outils bureautique Cloud

XExchange Coach copieDans les billets que j’ai cités au début de ce texte, je fais référence à mes coups de gueule contre ces décisions absurdes et idiotes d’interdiction des outils universels Google Workspace et Microsoft 365, utilisés par plus de 95% des entreprises publiques et privées dans le monde. Le MEN continue, en 2023 à pousser les plumes Sergent Major de la bureautique des outils installés sur les postes de travail, Office, et des serveurs “on premise”, Exchange.

Je vous laisse ajouter à cette liste d’autres solutions informatiques et numériques que le monde de l’éducation a rejetées avant de les accepter, contraint et forcé par la pression des élèves et du monde extérieur.

 

Le traumatisme à venir: ChatGPT

XAdS DPC ChatGPT OpenAI S 555266997_Editorial_Use_OnlyChatGPT est disponible pour le grand public depuis la fin du mois de novembre 2022.

L’effet “whaouh” a été instantané. En janvier 2023, Il faut avoir vécu comme un ermite sans la moindre connexion Internet pour ne pas avoir entendu parler de ChatGPT.

Pour une analyse plus générale des impacts de ChatGPT, je vous conseille fortement de lire l'analyse d'Yves Caseau.  Yves est le Group Chief Digital and Information Officer chez Michelin. Il a une capacité exceptionnelle pour analyser et anticiper les grands mouvements dans le monde du numérique.

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai rapidement ouvert un compte sur OpenAi et j’ai posé de nombreuses questions, en anglais et en français.

Le monde c’est rapidement divisé en deux camps:

  • Ceux qui voient le verre à moitié plein, sont impressionnés par les performances de cet outil et la pertinence des réponses obtenues.
  • Ceux qui voient le verre à moitié vide, posent beaucoup de questions avant d’en trouver une pour laquelle les réponses de ChatGPT sont clairement mauvaises et s’empressent de le publier en disant tout le mal qu’ils pensent de cet outil.

Je fais évidemment partie de la première population. Cette première version est époustouflante. Les professionnels du numérique ont vite compris que des améliorations vont avoir lieu dans les semaines et mois qui viennent.

La version actuelle, ChatGPT 3, sera bientôt remplacée par la version 4.
Sam Altman, CEO d’OpenAI, maison mère de ChatGPT, a expliqué dans cet article que les progrès seraient raisonnables, pas spectaculaires.

Les impacts de ChatGPT sur le monde éducatif ont suscité un maximum de questions.

C’est ce seul thème que je vais analyser dans la suite de ce billet.

 

Les réponses de… ChatGPT

Quel a été mon premier réflexe quand j’ai décidé d’écrire ce billet? Vous l’avez deviné, j’ai… posé plusieurs questions à ChatGPT.

Voici, sans aucune retouche, les réponses à deux des questions que j’ai posées.

J’ai mis en italique les questions et les réponses.

 1 - Comment éviter que des étudiants trichent aux examens avec ChatGPT

Il y a plusieurs méthodes qui peuvent être utilisées pour éviter que les étudiants trichent aux examens avec ChatGPT ou d'autres modèles de traitement automatique de la langue. Voici quelques exemples :

  • Utiliser des questions à choix multiple ou des réponses courtes pour limiter les réponses possibles.
  • Utiliser des questions qui nécessitent une réponse développée ou des calculs mathématiques pour limiter l'utilité de ChatGPT.
  • Utiliser des capteurs de plagiat pour détecter les réponses copiées de ChatGPT ou d'autres sources.
  • Utiliser des procédures de surveillance pour surveiller les activités des étudiants pendant les examens, comme interdire l'accès à Internet ou à d'autres applications.
  • Enseigner aux étudiants les conséquences de tricher et les inciter à développer leur propre compréhension et leur propre réflexion.

Il est important de noter que ces méthodes ne sont pas infaillibles et qu'il est important de continuer à évaluer et à mettre à jour les procédures pour s'assurer qu'elles restent efficaces. Il est également important de rappeler que le but de l'éducation est d'aider les étudiants à développer leurs propres connaissances et compétences plutôt que de les aider à tricher aux examens.

2 - Comment utiliser intelligemment ChatGPT dans le monde de l'éducation?

Il y a plusieurs façons d'utiliser ChatGPT dans le monde de l'éducation :

  • Comme outil d'écriture automatique pour aider les étudiants à améliorer leur grammaire et leur orthographe.
  • Comme outil de génération de contenu pour aider les enseignants à créer des devoirs, des tests et des études de cas.
  • Comme outil de réponse aux questions pour aider les étudiants à trouver des réponses à leurs questions de recherche.
  • Comme outil d'analyse de texte pour aider les enseignants à évaluer les travaux des étudiants.
  • Comme outil de traduction pour aider les étudiants à comprendre les textes écrits dans des langues étrangères.

Il est important de noter que ChatGPT est un outil automatisé et qu'il doit être utilisé en combinaison avec un enseignement humain pour obtenir les meilleurs résultats.

 

Je vous laisse juger de la pertinence de ces réponses.

Mon sentiment est que la forme est plus impressionnante que le fond.

 

La réponse “pavlovienne” du monde de l’éducation à ChatGPT

Cela n’a pas tardé!

Un grand nombre d’organismes d’enseignement aux Etats-Unis ont déjà pris la décision d’interdire l’usage de ChatGPT. Cet article en donne une première liste.

XNYC Ban ChatGPT Le département éducation de la ville de New York fait partie des premiers à avoir interdit l’usage de ChatGPT, par les professeurs et les étudiants.

Et s’il y avait une autre réponse que cette interdiction…

 

Encourager l’usage de ChatGPT dans l’éducation

XEthan Mollick WhartonVous ne connaissez pas Ethan Mollick?

Il est professeur à l'Université de Wharton à Philadelphie aux Etats-Unis.

Il est devenu célèbre en quelques jours après avoir publié des recommandations sur la démarche qu’il va mettre en œuvre avec ses étudiants.

En voici le texte intégral, en anglais.

XChatGPT recommandations by Ethan Mollick

J’en traduis les premières lignes:

“J’attends de vous que vous utilisiez l’IA (ChatGPT et les outils de création d’images, au minimum) dans cette classe. En fait, certains des travaux demandés exigeront que vous le fassiez.”...

Dans la suite, il ajoute: “soyez conscients des limites de ChatGPT…

Je trouve ses recommandations très pragmatiques et mesurées. C’est tout sauf le texte d’un fan inconditionnel de l’IA.

Ethan Mollick précise sa pensée dans ces deux textes dont je vous recommande fortement la lecture:

D’autres enseignants, comme Ted Ladd qui donne des cours à Harvard et Stanford, reprennent les démarches d’Ethan Mollick.

 

Quelles réponses en France par le Ministère de l’Education Nationale?

XChatGPT - Deux routesJ’ai identifié deux pistes possibles pour répondre aux défis posés au monde de l’éducation par ChatGPT:

  • L’interdiction immédiate.
  • L’encouragement à son usage.

La première réponse est, comme je l’ai écrit, très pavlovienne.

C’est celle que, naturellement, l’immense majorité des responsables du MEN et des enseignants vont privilégier.

Ce que j’aimerais, c’est que, avant de se précipiter, le MEN prenne le temps de réfléchir aux avantages et inconvénients des deux réponses possibles.

Ce serait un signal très fort de sa capacité à encourager des solutions numériques innovantes si le MEN en France prenait, en 2023, la décision… d’encourager l’usage de ChatGPT dans les établissements d’enseignement qui dépendent de lui.

Il faudrait, avant, lancer un programme de formation des enseignants.

Ma recommandation serait de le faire de manière progressive:

  • Dès février 2023: 
    • Le MEN soutient les enseignants universitaires volontaires pour suivre une démarche similaire à celle de Ethan Mollick.
    • Le MEN lance une campagne de formation de tous les enseignants des universités aux méthodes d’utilisation efficaces de ChatGPT.
  • Les universités et tous les établissements post-bac mettent en œuvre une démarche proactive d’usage de ChatGPT en septembre 2023.
  • Les lycées et collèges prennent le relais en septembre 2024.

Dans le primaire, le sujet ChatGPT n’est pas prioritaire, l’apprentissage des fondamentaux, oui.

Le Ministère de l’Education Nationale française à la pointe des usages du numérique? Et si cela devenait une réalité?

 

ChatGPT: dimensions financières

La consommation de ressources informatiques par chaque question posée à ChatGPT est importante.

Pour le moment, OpenAI a fait le choix d’une démarche “freemium”, en permettant à tout le monde de l’utiliser sans payer un abonnement.

Cette démarche freemium sera, très vite, complétée par une offre payante.

Xchatgpt paid 42$ professional planLes premières annonces, non officielles, commencent à fuiter dans la presse, comme le montre cet écran qui annonce une version payante à 42$ par mois.

La version freemium resterait disponible, mais sans aucune garantie d’accès à l’outil en cas de demandes fortes
XOverloaded ChatGPTC’est déjà le cas aujourd’hui. J’ai eu plusieurs fois un message m'informant que je devrais revenir plus tard pour poser ma question

Il y a fort à parier que quand la version payante sera disponible, les utilisateurs freemium auront de plus en plus de mal à accéder à ChatGPT.
Cela ne me choque pas; je suis conscient des coûts de “run” d’un outil d’IA comme ChatGPT.

Je vois un autre avantage à la priorité donnée à des versions payantes. Les usages fantaisistes de ChatGPT vont vite se tarir et ne resteront que ceux qui offrent une vraie valeur aux utilisateurs.

Je connais peu de personnes qui vont investir 500 € par an pour “jouer” avec ChatGPT.

 

Synthèse

Oui, ChatGPT est une véritable rupture. C’est la première fois qu’un outil d’IA est accepté aussi rapidement par le monde entier, et par des personnes qui à la limite ne savent pas qu’il s’agit d’IA et ne se posent pas cette question.

La conséquence? Tous les élèves et étudiants qui sont aujourd’hui dans des établissements d’enseignement rentreront dans la vie active dans un monde où l’IA sera omniprésente, quels que soient leurs métiers futurs.

Il serait dramatique que le MEN ne comprenne pas l’importance de cette irruption de l’IA dans le monde professionnel et ne prenne pas, très vite, la décision d’encourager l’utilisation d’outils d’IA dans tous les cursus d’enseignement.
On parle de ChatGPT aujourd’hui, mais ce n’est qu’un signal avant-coureur de l’arrivée de dizaines de nouveaux outils d’IA tous plus puissants les uns que les autres, de plus en plus “intelligents”.

 


Le document le plus ridicule sur les usages numériques que j’ai lu depuis longtemps

 

Il y a longtemps que je n’avais pas lu un “chef d’œuvre” numérique aussi nul.

L’auteur de ce texte d’une rare bêtise, que je n’aurais même pas osé écrire en 1990:

Le ministère de l’Education Nationale et de la Jeunesse (MEN)

Recommandations MEN

 

Voici ce texte dans son intégralité, avec quelques commentaires personnels…

 

10 conseils pour adopter des gestes reponsables pour un usage partagé des outils numériques

Cela commence bien ! Il y a une faute d'orthographe dans le titre. C’est probablement pour se mettre au niveau des plus mauvais élèves de nos écoles et leur montrer que les fautes d’orthographe, ce n’est pas grave, même le ministère en fait.

 

  1. Sur mon poste de travail professionnel, je réserve mes consultations internet à un usage strictement professionnel. 

Tout le monde sait que les élèves sont super équipés en outils numériques et ont deux smartphones, deux PC portables, un pour les usages personnels, un autre pour les activités éducatives. 

C’est aussi leur donner d”’excellents” réflexes pour optimiser leur frugalité numérique. J’ai une information qui pourrait être utile pour le MEN: 

  • Pour un smartphone utilisé 3 ans, l’énergie nécessaire pour sa fabrication est trois fois plus grande que pour ses usages.
  • Pour un PC portable c’est 50% fabrication, 50% usages.
  • En utiliser deux, c’est la plus mauvaise solution pour la planète.

 

  1. Je limite le nombre de mes terminaux (ordinateur ou mobile) connectés en même temps aux services numériques du ministère.

Autre décision idiote: je ne vais pas faire la même activité deux fois sur deux terminaux différents et il est souvent utile de travailler en parallèle sur deux activités différentes.

A moins que… la bande passante des réseaux internes des établissements scolaires ne soit pas suffisante. 

N’oublions pas que le MEN n’a pas encore compris que gérer en interne, “On Premise”, des infrastructures numériques est une absurdité totale, une gabegie financière et une source de risques maximaux de cyberattaques.

 

  1. Lorsque c’est possible, je privilégie la connexion internet de mon domicile plutôt que le réseau de téléphonie mobile.

Sur ce point, je suis d’accord. Utiliser le WiFi à la place d’un réseau mobile quand c’est possible est une bonne recommandation.

Question? Pourquoi réserver cette recommandation à son domicile, et ne pas la promouvoir aussi dans les établissements scolaires? 

 

  1. Quand je peux gérer mes messages dans mon client mail, je n’utilise pas le webmail.

Utiliser un client lourd pour la messagerie? Oui, je le faisais avant l’arrivée des solutions natives Cloud comme Google Workspace en 2007.

Quelle belle préparation aux usages modernes du numérique en 2023 que de déconseiller le client Webmail, le plus universel, le plus performant.

Ah oui, j’oubliais! Il y a encore des établissements scolaires qui utilisent des messageries installées en interne comme Exchange de Microsoft…

 

  1. Pour les mails : je limite le nombre et la taille des pièces jointes, je supprime les images de ma signature. Je partage mes fichiers via les espaces partagés ou les sites collaboratifs.

J’avoue ne pas comprendre : faut-il continuer à envoyer des pièces jointes ou utiliser des espaces collaboratifs comme Google Drive qui… évitent d’envoyer des pièces jointes?

Dites-moi combien de pièces jointes vous envoyez par jour: j’en déduirai le niveau d’archaïsme de vos modes de travail.

 

  1. Pour bien préparer mes réunions, je partage les documents en amont afin de pouvoir étaler les téléchargements.

Encore une recommandation des années 1990. 

Tous les documents dont on a besoin pour une réunion sont disponibles dans un espace partagé, dans les Clouds Publics de Microsoft ou Google, les deux seules solutions opérationnelles en 2023.

On n’a pas besoin d’étaler les téléchargements, car… on ne télécharge plus rien!

Le mot téléchargement est rayé de mon vocabulaire, et depuis longtemps.

Autre avantage: ces solutions sont encore gratuites pour le monde éducatif.
 

  1. J’utilise des messageries instantanées comme Tchap pour garder le contact avec mes collègues.

Tchap? Vous connaissez ? Moi, non.

J’ose à peine imaginer la tête des élèves et des étudiants à qui on demanderait d’utiliser cet outil à diffusion confidentielle.

WhatsApp, Messenger, Google Chat… Quel scandale si on acceptait au MEN de recommander les outils que tout le monde connaît et utilise de manière permanente dans ses usages personnels.

 

  1. Pour aller plus vite, je n’hésite pas à envoyer des SMS.

Aller plus vite ? Plus vite par rapport à quoi ? Je ne comprends pas. 

Oui, il y a des moments ou l’usage d’un SMS fait sens, mais ce ne sera jamais un substitut à la messagerie électronique ou à une messagerie instantanée. Tous les outils de communications numériques ont une place dans la vie numérique d’une personne.

 

  1. Pour tenir une réunion à distance, je privilégie le téléphone ou l’audioconférence.

Une réunion téléphonique à plusieurs?

Une audioconférence?

Je ne savais pas que ces solutions techniques existaient encore en 2023.

L’efficacité d’une réunion téléphonique à distance avec 10 personnes, vous y croyez?

Moi, pas du tout!

 

  1. Lors d'une visioconférence, je n'utilise la fonction vidéo que si elle est nécessaire.

Il y a deux raisons principales pour couper la vidéo dans une visioconférence:

  • La bande passante disponible n’est pas suffisante. Cette situation ne se produit “jamais” dans les établissements scolaires : ils disposent tous d’une capacité exceptionnelle permettant à tout le monde de garder la vidéo active.
  • Ne pas souhaiter que les autres participants “voient” comment vous êtes habillés ou ce que vous faites en même temps… car cette réunion ne vous intéresse pas.

Dans la majorité des visioconférences, quand le nombre de participants est raisonnable, la convivialité des réunions est améliorée par l’usage de la vidéo.

 

J’arrête là ce jeu de massacre.

Que le MEN, le ministère français qui emploie le plus grand nombre de salariés, ose laisser publier en 2023 un document aussi désespérément nul, ce n’est pas un signal très encourageant sur la capacité des responsables politiques à promouvoir des usages numériques efficaces.

Quand peut-on espérer voir le MEN publier un document faisant la promotion d’usages numériques modernes?

  • En 2030
  • En 2050
  • Jamais.

Je vous laisse répondre à cette question.


Plateforme de Gouvernement Numérique de la République de Corée: un modèle pour la France? 

 

XDavos 2023Dans quelques jours, le Président de la République de Corée, Yoon Suk Yeol, présentera à la conférence Davos 2023 la Plateforme de Gouvernement Numérique de son pays, DPG en anglais: Digital Platform Government.

La coïncidence des dates est intéressante:

  • Le 19 janvier 2023, le Président de la République de Corée présente une vision à long terme de changements très ambitieux pour l’ensemble du gouvernement de son pays.
  • Le 19 janvier 2023, beaucoup de Français vont manifester, un petit nombre va mettre le pays à l’arrêt, pour protester contre une réformette qui est tout sauf ambitieuse.

Cette situation aura au moins un avantage: vous serez nombreux, bloqués chez vous, à pouvoir suivre la conférence du Président Yoon Suk Yeol, entre 11h30 et 12h.

De nombreuses sessions sont consacrées au numérique pendant ce forum de Davos, qui se déroule du lundi 16 au vendredi 20 janvier 2023. Beaucoup de sessions sont accessibles gratuitement en visioconférence.

 

DPG, Digital Platform Government de Corée du Sud

Je vous encourage à lire ce document dans son intégralité.

J’en ai extrait les points qui m’ont paru les plus importants.

L’objectif de la DPG est clair: 

“Les citoyens, les entreprises et le gouvernement travaillent de manière collaborative en s’appuyant sur une plateforme où toutes les données sont connectées”.

L’ordre dans lequel ces trois parties prenantes sont citées est tout sauf anodin:

  • Les citoyens, en premier lieu.
  • Les entreprises.
  • Le gouvernement, en dernier.

Venant du chef de l’État, c’est un message fort: le gouvernement est au service de ses citoyens et entreprises, et pas l’inverse.

 

Élaboration de la DPG

On est très loin des études complexes, qui n’en finissent jamais.

XBadge CommandoLa DPG a été élaborée par une petite équipe de 23 personnes, dont 19 experts n'appartenant pas au gouvernement. Accepter que les compétences et la connaissance des potentiels du numérique ne soient pas à l’intérieur du gouvernement, c’est une preuve de modestie que l’on aimerait bien retrouver dans d’autres pays, en particulier en Europe…

Tout est réalisé en 6 mois, entre septembre 2022 et mars 2023.

C’est la démarche commando que je recommande depuis longtemps.

 

Quatre mots clés: Cloud Public, Données, intelligence Artificielle, API

Ce schéma présente la cible à long terme de la DPG.

XDPG Corée phase 3

Il est très proche du modèle BISD que je pousse depuis 2019, et je ne vais pas m’en plaindre!

I : Infrastructures. Le gouvernement de Corée du Sud fait le choix de solutions Cloud Public, choix que je pousse depuis plus de dix ans! Nous sommes encore en France englués dans des combats d’arrière-garde sur le soi-disant manque de sécurité des Clouds Publics. Qui oserait dire que la Corée du Sud n’a pas de préoccupations de sécurité numérique au moins aussi importantes que la France, avec un voisin puissant et expansionniste, la Chine continentale? Je n’ai jamais entendu parler d’un “Cloud Souverain” en Corée du Sud!

D : Données. Les données sont au cœur de la démarche DPG. Je cite: 

“To this end, the government will abolish regulations or systems that hinder and impede the opening and use of data, and facilitate high-quality data through data standardization…”

“Pour cet objectif, le gouvernement abolira les règlements et les systèmes qui entravent ou empêchent l’ouverture et l’usage des données et facilitera la création de données de grande qualité par la standardisation…”

IA: Intelligence Artificielle. La DPG emploie l’expression “Hyper-scale AI” pour insister sur le rôle essentiel que doit jouer l’IA dans cette plateforme. 

Petit rappel: il est impossible de déployer des solutions d’IA performantes sans s’appuyer sur des infrastructures Cloud Public. Tant que ce blocage absurde, anti Cloud Public, ne sera pas levé en France et en Europe, le gouvernement ne pourra pas s’appuyer sur l’IA pour améliorer les services proposés aux citoyens et aux entreprises.

API. S’appuyer sur des API, Application Programming Interfaces, permet de créer les indépendances indispensables entre les différentes applications, les données et les infrastructures.

Tout ceci se fera sans oublier les dimensions sécurité et confiance numérique.

Je cite, une nouvelle fois:

“...the government plans to build a reliable information security environment so that all citizens can trust the Digital Platform Government..”

“Le gouvernement prévoit de créer un environnement numérique fiable et sécurisé permettant à tous les citoyens d’avoir confiance dans la DPG.”.

Oui, il est possible de construire des solutions numériques innovantes sur des infrastructures Cloud Public, avec des données accessibles au plus grand nombre, sans sacrifier la sécurité et la confidentialité des données. Encore faut-il avoir le courage d’entreprendre cette démarche…

 

Liens entre la DPG et l’économie numérique de la Corée du Sud

C’est un autre enseignement passionnant de ce document DPG.
Le gouvernement souhaite mettre la DPG au service de l’économie numérique du pays.

La DPG devient un moyen pour les startups du pays de croître en ayant comme client majeur le gouvernement.

The Digital Platform Government will serve as a test-bed for many startups to plan and demonstrate new services. Creative ideas from the private sector will become a reality, and competent startups will flock together to create an ecosystem on the Digital Platform Government.”

XSouth Korea President Yoon Suk Yeol portraitBravo, Monsieur le Président! 

Vous avez une vision moderne, pragmatique et ambitieuse de ce que peut devenir le numérique au service d’un pays, de ses citoyens, de ses entreprises et de son écosystème de startups.

Vous avez clairement séparé:

  • La vision forte, à 20 ans, de cette DPG.
  • La mise en œuvre opérationnelle de cette DPG, à court et moyen terme. Les premiers éléments en seront dévoilés en mars 2023.

J’ai hâte de vous entendre à Davos le 19 janvier 2023!

 

La DPG, un modèle pour la France?

X DPC I Have a dream MLK S 478986745J’ai fait un rêve: et si la France suivait l’exemple de la Corée du Sud?

Objectivement, rationnellement, rien n’interdit à la France de suivre la voie tracée par la République de Corée et de créer sa Plateforme de Gouvernement Numérique (PGN), selon les mêmes principes que la DPG.

Dans un billet récent, j’ai publié les “Vœux du Président de la République Française” pour que la France et l’Europe restent des acteurs raisonnables de l’industrie numérique mondiale en 2030.

Ces vœux peuvent devenir la vision 2030 du numérique en France.

Ce que je propose aujourd’hui, c’est que, avec la PGN, le Gouvernement Français:

  • Prenne une position offensive dans le numérique.
  • Devienne un acteur majeur de l’innovation, une force de proposition.
  • Mette en œuvre des démarches innovantes dans tous les domaines, des infrastructures, des données et des usages.
  • Se transforme en catalyseur de la Transformation Numérique dans tout le pays, pour ses entreprises et ses citoyens.

PGN - Plateforme Gouvernement Numérique

Les complémentarités entre la Vision 2030 et la PGN sont très fortes:

  • La PGN suit les recommandations de la Vision 2030, et en démontre la pertinence et l’applicabilité.
  • Le gouvernement montre la voie aux citoyens et aux entreprises en créant des solutions numériques innovantes à leur service.
  • Les investissements induits par la PGN profitent aux startups françaises du numérique, en particulier en SaaS, en créant des cas d’usages dans le secteur public qu’elles pourront ensuite commercialiser dans d’autres gouvernements.

Est-ce que la France peut, elle aussi, lancer une PGN, Plateforme de Gouvernement Numérique, ambitieuse? La réponse est oui, si la volonté et surtout le courage politique sont au rendez-vous.

En suivant la méthode commando utilisée par la République de Corée, la PGN peut être construite avant la fin de l’année 2023.

Je suis volontaire pour participer comme expert à ce groupe de travail commando!

Je ne suis pas le seul: le Gouvernement Français n’aura aucun mal à recruter la petite vingtaine de professionnels du numérique qui seront prêts à mettre toutes leurs compétences au service d’un aussi beau projet.

 

Résumé

Le gouvernement de la République de Corée montre, avec sa DPG, que l’État peut devenir un acteur majeur et essentiel de l’innovation numérique dans un pays.

C’est un signal fort envoyé à tous les autres pays du monde.

Début 2023, la situation du numérique dans les organisations publiques françaises est loin d’être satisfaisante, et dans toutes les dimensions, techniques, humaines, financières et organisationnelles.

Définir avec la PGN un point d’arrivée enthousiasmant dans les 20 ans qui viennent, c’est probablement la meilleure, la seule manière de créer un choc positif dans tout l’écosystème numérique du secteur public français.

En 2023, la maturité numérique de la République de Corée est supérieure à celle de la France: cela fait plus de 20 ans qu’ils travaillent pour l’améliorer.

Plateforme Numériques Corée France

En 2030:

  • La maturité numérique du gouvernement de la République de Corée fera un bond spectaculaire, grâce à sa DGP, Digital Platform Government.
  • La maturité numérique du gouvernement de la France peut elle aussi faire des progrès importants, si la PGN est mise en œuvre.
  • La maturité numérique du gouvernement de la France restera très faible, en retard sur ses principaux concurrents économiques mondiaux, s’il n’y a pas un courage politique suffisant pour lancer une PGN ambitieuse.

Cette décision politique ne m’appartient pas.

Je suis prêt à mettre toute mon énergie et mes compétences numériques au service de mon pays si la décision de lancer une PGN ambitieuse est prise.

Je resterai impuissant, et catastrophé, si aucune décision forte n'est prise rapidement pour que la maturité numérique du gouvernement français ne stagne pas.


Chip War : la guerre des composants électroniques - Première partie

 

XChipWar book cover J’ai profité d’une activité professionnelle plus calme pendant les derniers jours de l’année 2022 pour terminer la lecture du livre de Chris Miller, CHIP WAR.

Je lis beaucoup, et ce livre est l’un de ceux qui m'a le plus impressionné en 2022.

Dans ce billet, je vous présente quelques-unes des idées les plus importantes que j’ai retenues de cette lecture.

J’espère surtout qu’il vous donnera envie de le lire dans son intégralité.

Il se lit comme un roman policier, alors qu’il parle de technologies et de stratégie mondiale. C’est un beau compliment…

 

Un thème clé: l’importance de l’industrie des composants électroniques

Cela fait plusieurs années que je m’intéresse à ce sujet.

Cette industrie des composants électroniques a démarré dans les années 1960. Aujourd’hui, il n’y a plus un seul secteur économique qui ne dépende pas, plus ou moins fortement, de ces composants.

Au CES (Consumer Electronics Show) 2023 qui vient de se terminer à Las Vegas, Honda a présenté un prototype du véhicule électrique autonome Afeela sur lequel ils travaillent, avec… Sony et Qualcomm. 

Sur ce schéma, on voit les 45 capteurs qui seront utilisés pour permettre le niveau 3 d’autonomie. Le nombre de processeurs et la puissance numérique embarquée sur un véhicule de ce type sont impressionnants.

XSony Honda Afeela 45 sensors

Ce billet que j’ai écrit en 2021 présente un panorama raisonnablement complet de cette industrie.

A la fin de l’année 2021, dans une analyse des principaux risques qui menacent notre planète, j’ai parlé de la volonté de la Chine d’envahir Taiwan, ce qui aurait des conséquences dramatiques sur l’industrie des composants électroniques.

Dans les “Vœux du Président de la République Française pour le numérique”, l’industrie des composants électroniques occupe une place de choix.

Maintenant que tous les pays ont pris conscience de l’importance de cette industrie, il est essentiel d’en comprendre la variété et la complexité.

 

Composants électroniques : deux industries très différentes

Pour bien comprendre les enjeux mondiaux de cette industrie, il est indispensable de séparer le marché en deux familles:

  • Les composants simples, qui s’appuient sur des technologies bien maîtrisées et matures.
  • Les composants haut de gamme, construits avec les technologies les plus avancées du moment.

Ce schéma permet de mieux visualiser les progrès exponentiels réalisés dans la construction de ces composants électroniques.

XARM Chip 1985  Vs M1 Apple 2020

A gauche, un processeur ARM de première génération:

  • Construit en 1985.
  • Lithographie en 3 µm.
  • 25 000 transistors.

A droite, un processeur ARM M1 développé par Apple:

  • Construit en 2020.
  • Lithographie en 5 nm.( Rappel : 1 µm = 1000 nm.).
  • 16 milliards de transistors = multiplication par 640 000 du nombre de transistors par rapport au processeur de 1985.

La segmentation en deux familles permet de suivre les évolutions de cette industrie des composants électroniques.

XChips deux industries séparées

 

Famille des composants simples, sur technologies anciennes

A la fin des années 1950 et au début des années 1960, les premiers composants électroniques à base de transistors remplacent les processeurs à tubes.

Texas Instruments, Intel sont nés pendant cette période.

Les principaux composants que l’on retrouve dans cette famille sont:

  • Les microprocesseurs simples, présents dans des milliers d’objets courants tels que les téléviseurs, les machines à laver…
  • Les mémoires DRAM (Dynamic Random Access Memory). Ce sont des mémoires qui ont besoin d’être alimentées en énergie pour fonctionner et que l’on trouve dans tous les ordinateurs. L’industrie des DRAM a connu trois zones géographiques leaders successifs:
    • Les Etats-Unis avec la Silicon Valley.
    • Le Japon pendant les années 1980.
    • La Corée du Sud et d'autres pays d’Asie aujourd’hui.
  • Les mémoires Flash ou NAND. Ce sont des mémoires qui sont capables de stocker des informations sans être alimentées en énergie.

Les outils de lithographie utilisés pour les fabriquer sont bien maîtrisés: ce sont des solutions DUV (Deep UltraViolet) qui gravent le plus souvent entre 200 et 300 nm.

 

Famille des composants haut de gamme

La principale différence avec les composants simples est liée aux solutions de lithographie utilisées: les solutions EUV (Extreme UltraViolet), avec des gravures comprises aujourd’hui entre 13 et 3 nm.

Je reviendrai plus longuement sur ce sujet clé de la lithographie dans la suite de ce texte.

Les principaux composants qui ont besoin de l’EUV sont:

  • Les microprocesseurs universels haut de gamme tels que l’Apple ARM M2.
  • Les cartes graphiques de Nvidia, de plus en plus utilisées en Intelligence Artificielle.
  • Les processeurs spécialisés dans l’Intelligence Artificielle. C’est dans ce domaine que les progrès sont les plus spectaculaires depuis 2020. On assiste aussi à la multiplication de solutions spécifiques proposées par les géants du Cloud Public tels que:
    • Les processeurs TPU (Tensor Flow) par Google.
    • Les processeurs Inferencia par AWS.

 

Lithographie : LA clé de l’explosion des performances des composants électroniques

Comme on l’a vu dans le début de ce texte, les techniques de lithographie sont au cœur de l’accroissement des performances des composants électroniques.

Le terme exact à utiliser serait la photolithographie, pour se différencier des techniques anciennes d’impression sur papier. Dans la pratique, toute la profession utilise le mot lithographie, ce que je fais dans ce texte.

XPremier circuit en lithographieJay Lathrop qui travaillait chez Texas Instruments a inventé la lithographie en utilisant un microscope… à l’envers pour réduire la taille d’une image. Le brevet a été déposé en 1957.

Cette image montre l’un des premiers composants “dessiné” avant d’être photolithographié.

Comme pour les mémoires DRAM, l’industrie a migré géographiquement:

  • Le leadership initial était aux Etats-Unis avec l'entreprise GCA au début des années 1980.
  • Nikon et Canon au Japon deviennent dominants à la fin des années 1980.

Les machines de cette génération travaillaient avec les solutions DUV : Deep Ultraviolet Light,  entre 200 et 300 nm.

Le basculement vers la génération d’après, EUV: Extreme Ultraviolet Light pour graver en 15 nm ou moins était considérée par les fournisseurs existants comme extrêmement difficile, voire impossible

Et c’est à ce moment qu’a commencé l’aventure ASML…

 

ASML, le seul fournisseur mondial d’outils de lithographie EUV

En 1984, le groupe hollandais Philips avait transféré ses compétences en lithographie dans une société indépendante, ASML. Philips avait aussi investi dans la “startup” TSMC à Taiwan, ce qui a facilité les collaborations entre ASML et TSMC.

GCA, qui était le leader américain des solutions DUV, a mis la clé sous la porte en 1990.

En 2001, ASML achète le seul acteur en lithographie restant aux Etats-Unis, SVG.

Après des dizaines de milliards d’investissements, dont 12 milliards par Intel, et des années de travail, ASML est en 2023, le SEUL fabricant au monde capable de construire des machines qui gravent en EUV.

Il faut bien comprendre les impacts de ce monopole ASML: 100% de l’industrie mondiale des composants électroniques haut de gamme est dépendante des machines de lithographie construites par ASML.

Cette situation est résumée sur ce schéma.

XChip Monopole ASML Duopole TSMC Samsung

Cette fragilité de l’industrie est accentuée par le fait que ASML est un intégrateur de dizaines de milliers de composants très haut de gamme, dont beaucoup sont aussi fournis par une seule entreprise. Dans cet écosystème, il y a quelques acteurs essentiels:

  • Zeiss, fabricant allemand d’optiques de précision, est le SEUL à pouvoir fabriquer les miroirs dont a besoin ASML
  • Trumpf, autre acteur allemand, est le SEUL fabricant de lasers au dioxyde de carbone capable de fournir les lasers nécessaires pour ASML. ASML a financé pour 1 milliard de dollars la recherche de Trumpf.
  • Cymer est un acteur américain fournisseur de sources de lumière nécessaires pour les lasers. C’est le SEUL fournisseur pour ASML, qui a pris la décision d’acheter l’entreprise.

ASML, Zeiss, Trumpf, Cymer, ce sont tous des MONOPOLES mondiaux dans l’industrie des composants électroniques. Cette industrie est d’une extraordinaire fragilité

Un accident industriel sur une seule de ces quatre entreprises peut bloquer toute l’industrie du numérique au niveau mondial.

La croissance exponentielle des performances de ces outils de lithographie EUV continue. Les premières machines ASML fonctionnant en 3 nm ont été livrées en 2022 à Samsung et TSMC.

XASML 150 M$ machine Une “petite” machine ASML coûte entre 100 et 200 M$. Celle représentée ici:

  • A un prix de vente de 150 M$. 
  • Est de la taille d’un autobus. 
  • Demande 40 conteneurs et 3 avions-cargos pour être expédiée.

Ce ne sont pas des machines qui se vendent en grand nombre! Fin 2022, ASML n’avait livré que 140 machines EUV dans le monde.

Sur le schéma du monopole ASML, j’ai rajouté un “duopole +”, celui des fondeurs, des entreprises industrielles capables de mettre en œuvre les outils ASML pour fabriquer les composants haut de gamme.

Pourquoi parler de “duopole +”?

  • TSMC, basé à Taiwan, est le premier fondeur mondial de composants haut de gamme.
  • Samsung, basé en Corée du Sud, est le deuxième fondeur.
  • Intel est loin derrière en matière de volumes, le + de la bande. L’avenir d’Intel dans les composants très haut de gamme n’est pas garanti.

Les liens entre ASML et TSMC sont très étroits.

Le premier fondeur à utiliser les nouvelles générations de matériels ASML est le plus souvent TSMC, comme le montrent ces deux annonces récentes:

XTSMC 2 nm TSMC prévoit de livrer les premiers composants en 2nm début 2026.

- TSMC annonce qu’il va construire à Taiwan une nouvelle usine pour des puces en 1 nm.

Le fournisseur des matériels permettant la fabrication de ces nouvelles générations de composants sera… ASML.

N’oublions pas que passer du 2 nm au 1 nm, cela… double le nombre de transistors que l’on peut graver sur la même surface!

Cette remarquable vidéo


qui présente l’histoire d’ASML dure presque 20 minutes, mais je vous conseille vraiment de prendre le temps de la visionner. Elle a été préparée avec l’aide de Chris Miller, l’auteur du livre qui m’a servi de référence pour écrire ce billet.

 

L’après EUV : High NA EUV

Dans votre prochain dîner en ville, vous pourrez parler de “High NA EUV” et votre prestige comme spécialiste du numérique va grimper en flèche!

NA signifie Numerical Aperture, l'équivalent de la focale d'un appareil photographique. EUV travaille avec un NA de 0,33 et High NA EUV avec un NA de 0,55.

Cette nouvelle génération de lithographie devrait arriver à partir de 2025. Cet article explique, dans un langage raisonnablement simple, les différences entre EUV et High NA EUV.

ASML travaille sur cette nouvelle génération High NA EUV et son premier client sera… Intel!

Intel espère ainsi retrouver une position de leader vis-à-vis de ces deux concurrents asiatiques, TSMC et Samsung.

Ces nouvelles machines seront encore plus complexes, plus grandes et plus chères que les EUV actuelles, comme le montre cette photo. Le prix d'une machine High NA EUV sera de 300 M$.

EUV vs High NA EUV

 

Dans cette première partie de ce billet, j’ai présenté les dimensions techniques et industrielles de cette guerre des composants électroniques.

Dans la deuxième partie, j'aborderai les enjeux géopolitiques majeurs posés par la dimension stratégique de cette industrie des composants électroniques.

 


Exclusivité : les vœux 2023 du Président de la République Française pour le numérique

Mes contacts à l’Elysée m’ont permis d’avoir accès en avant-première au texte des vœux que le Président de la République adressera aux Français sur le thème du numérique à la veille de l’année 2023.

Je vous en livre la primeur, dans son intégralité.

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Françaises, français, 

Mes chers compatriotes de métropole, d’outre-mer et de l’étranger,

Je souhaite vous partager les vœux que je fais pour qu’en 2023 la France prenne des décisions fortes qui lui assurent une place significative dans l’industrie mondiale du numérique d’ici à 2030.

La France et l’Europe ne peuvent pas perdre la guerre du numérique qui se joue au niveau mondial, avec deux poids lourds, les Etats-Unis et la Chine, qui se livrent un combat acharné pour dominer cette industrie.

Le numérique est, et sera de plus en plus, au cœur de toutes les activités économiques d’un pays moderne comme la France.

J’ai décidé qu’une démarche forte, de rupture, est nécessaire pour que la France et l’Europe agissent pour une souveraineté numérique efficace, pragmatique et réaliste.

Nous avons pendant trop longtemps voulu croire que nous pourrions obtenir une Souveraineté Numérique totale, dans tous les domaines du numérique.
Ceci nous conduit à mener des croisades numériques sympathiques, mais inefficaces, comme celle contre ceux que nous considérions comme nos grands ennemis, les GAFAM.

 

A l’aube de cette nouvelle année 2023, j’ai décidé, après avoir beaucoup réfléchi et consulté des experts reconnus, de proposer à la France une nouvelle démarche, plus efficace et pragmatique, en tournant définitivement le dos à quelques illusions numériques qui nous menaient directement dans le mur.

La France et l’Europe doivent choisir de manière claire les combats à mener, les domaines du numérique dans lesquels il est encore possible d’occuper une place raisonnable.

En voici quelques exemples:

  • Industrie des composants électroniques.
  • Informatique quantique.
  • Logiciels SaaS, Software as a Service.

 

Le modèle d’analyse B I S D, proposé en 2019 par un ingénieur français pionnier du numérique, Louis Naugès, servira de base aux décisions que je propose en 2023 à la France.

  • I, ce sont les infrastructures, les fondations de toute action dans le numérique.
  • S, ce sont les usages “Support”, commun à la majorité des entreprises.
  • B, ce sont les usages “Business”, cœur métier, spécifiques de chaque entreprise, différents pour une banque, une entreprise chimique ou un distributeur alimentaire.
  • D, ce sont les données, qui seront essentielles pour toutes nos activités, demain.

L’une des clés de la réussite dans un monde numérique qui évolue très vite, c’est de créer le maximum d’indépendance entre ces quatre composants.

 

Les infrastructures Cloud Publics, IaaS, Infrastructures as a Service, sont nées il y a 15 ans et occupent une place de plus en plus grande sur le marché mondial.

Aujourd’hui, dans le iaaS, les acteurs dominants sont américains, AWS d’Amazon, GCP de Google et Azure de Microsoft. En Chine, en s’appuyant sur leurs marchés intérieurs captifs, des entreprises comme Alibaba ou Tencent sont elles aussi devenues des acteurs importants de ce secteur.

La France et l’Europe, malgré de nombreuses tentatives de création de solutions IaaS souveraines, n’ont pas réussi à se faire une place significative sur ce marché.

 

La France doit avoir le courage de reconnaître ses échecs en IaaS, et ils sont définitifs.

J’ai pris la décision, difficile mais courageuse, de demander à toutes les organisations françaises, publiques et privées, d’utiliser sans réserves les solutions exceptionnelles, sécurisées, fiables et aux puissances sans limites des géants américains AWS, GCP et Azure.

En 2021, l’État d’Israël, dont personne ne conteste les exigences en matière de sécurité et souveraineté numérique, a décidé de confier à AWS et GCP les usages numériques de son gouvernement et de son ministère de la défense.

En 2022, AWS a permis en quelques semaines à l’Ukraine de sauvegarder toutes ses données stratégiques en les mettant à l’abri de l’envahisseur russe.

 

Ceci m’amène à aborder avec vous un sujet qui nous préoccupe tous, les attaques des cybercriminels.

Semaine après semaine, un hôpital, un établissement d’enseignement, une mairie, un département ou une région sont victimes de cyberattaques. Ces attaques se multiplieront si nous ne prenons pas des décisions fortes. Sans un changement radical de stratégie, nous resterons condamnés à avoir une démarche de pompier, d’intervention après chaque cyberattaque.

J’en ai parlé avec les ministères concernés et sommes d’accord sur le diagnostic. Ces organismes publics, tous ces organismes publics, quelle que soit leur taille, n'ont pas, n’auront jamais les ressources humaines, financières et techniques suffisantes pour protéger leurs infrastructures de ces cyberattaques, de plus en plus sophistiquées.

 

Ensemble, nous avons pris la seule décision courageuse qui s’impose, même si elle peut en choquer plus d’un parmi vous. Avant la fin de mon quinquennat, tous les centres de calcul existants dans les hôpitaux, établissements d’enseignement, mairies, départements et régions seront fermés et remplacés par des infrastructures Cloud Publics réparties chez AWS, GCP et Azure.

Ceci permettra aux professionnels de la sécurité numérique de ces organismes publics de se concentrer sur la protection des applications et des données, dans une démarche que les spécialistes nomment Zero Trust.

Des compétences fortes dans le domaine Zero Trust  existent en France. A ma demande, la France a ouvert en 2022 un “Campus Cyber” en région parisienne pour regrouper un maximum d’entreprises dans ce domaine. Ce Campus Cyber accueille toutes les compétences, nationales et internationales. Pour lutter contre les cybercriminels, toutes les énergies sont nécessaires. Dans ce domaine aussi, il serait déraisonnable de penser que la France, seule, peut tout faire.

 

Il existe, heureusement, des domaines de l'infrastructure numérique où la France et l’Europe gardent des potentiels importants. 

Le plus emblématique est celui des composants électroniques.

ASML, Soitec, STMicroelectronics… Ces entreprises européennes ont développé des compétences fortes, souvent uniques au monde.

En 2022, la Commission Européenne, avec un soutien fort de la France, a lancé un “Chip Act, doté d'un budget qui approche les 50 milliards d’euros.

C’est un bel exemple d’une décision intelligente et pragmatique qui renforcera les compétences de l’Europe dans l’un des secteurs les plus stratégiques de l’industrie mondiale du numérique.

 

Toujours dans le domaine des technologies d’infrastructures, l’informatique quantique sera, à partir des années 2030, l’une des grandes révolutions du monde numérique.

C’est un secteur où les ingénieurs et scientifiques français ont développé des compétences exceptionnelles. Il c’est créé en France des entreprises parmi les plus innovantes au monde, telles que Quandela et Pasqal, dont l’un des fondateurs est le Dr Alain Aspect, prix Nobel de physique en 2022.

Nous avons en France un des meilleurs experts mondiaux dans le domaine du quantique, Olivier Ezratty, qui a une connaissance encyclopédique du sujet comme le montre le dernier rapport de plus de 1100 pages qu’il a publié en 2022.

Je vais demander à Olivier Ezratty de prendre la tête d’un “commando numérique quantique”, de réunir autour de lui une petite équipe pour piloter efficacement la croissance des compétences quantiques en France. Nous nous donnerons les moyens de faire de la France l’un des grands pays de l’informatique quantique. Il y a peu de domaines aussi enthousiasmants, aussi porteurs de potentiels. Il serait criminel de ne pas investir massivement dans l’informatique quantique pour maintenir l’avance considérable prise par la France dans ce domaine.

 

Que ce soit pour les usages support ou cœur métier, c’est dans le domaine des usages, des logiciels que l’on peut capitaliser au mieux sur la principale richesse numérique de la France et de l’Europe, ses ingénieurs et scientifiques que le monde entier nous envie.

Dès mon arrivée à la Présidence de la République, en 2017, j’ai voulu faire de la France une “start-up” nation, et nous avons réussi ce pari. Il y a aujourd’hui en France plus de 25 licornes, sociétés non cotées valorisées à plus d’un milliard d’euros.

L’immense majorité des start-ups dans le monde ont construit leurs applications sur les infrastructures Clouds Publics. 

 

C’est le cas de Doctolib qui s’appuie sur AWS. Au lendemain de mon allocution du 11 juillet 2021 demandant aux Français de se faire massivement vacciner contre la COVID-19, les demandes de rendez-vous ont explosé sur Doctolib. Ils ont pu en moins de 24h faire face à ces pics de demande en utilisant les ressources disponibles sur AWS. Heureusement que dans sa grande sagesse, le Conseil d’État avait quelques semaines auparavant rejeté une demande d’invalidation de l’usage d’AWS par Doctolib!

Construire des solutions logicielles SaaS, Software as a Service, qui s’appuient sur les infrastructures IaaS existantes permet à des créateurs d’entreprises de se lancer sans avoir besoin d’investissements massifs. Dans ce domaine aussi, la France est bien placée et j’en profite pour féliciter BPI France (Banque Publique d’Investissement) qui participe activement depuis plusieurs années au financement de centaines de start-ups.

 

Dans le modèle BISD déjà cité, les données sont au cœur de toute transformation numérique.

Elles doivent être indépendantes des applications et des infrastructures pour permettre à toute personne qui en a besoin, et qui a les droits d’accès de s’en servir.

Le gouvernement français a lancé il y a trois ans une démarche innovante dans le domaine des données de santé avec le Health Data Hub. Il est construit sur l’une des meilleures plateformes numériques du monde, Azure de Microsoft, ce qui est une excellente idée.

Aujourd’hui l’industrie mondiale de la santé vit une révolution majeure portée par les progrès du numérique dans les domaines des infrastructures Cloud, de l’Intelligence Artificielle et des données.

On en a un exemple avec le succès de l’entreprise Moderna, dirigée par un Français, Stéphane Bancel, dans la mise au point d’un vaccin ARN Messager contre la COVID-19. En utilisant la puissance du Cloud AWS, Moderna a mis au point ce vaccin en 42 jours. Les dirigeants de Moderna estiment qu’il leur aurait fallu 20 mois pour obtenir ce résultat sans la puissance d’AWS. Les premiers vaccins n’auraient pas été disponibles avant juin 2022! Combien de millions de vies ont été sauvées par cette accélération de la mise au point d’un vaccin, rendue possible par l’accès à des données, conjuguée avec la puissance du Cloud Public?

 

Il y a trois mots pour définir le futur de la recherche médicale dans le monde: Cloud, IA et données.

Nous avons encore en France des entreprises industrielles majeures dans le domaine de la santé, comme Sanofi. Face à la COVID-19, elles ont pris par rapport à leurs concurrents mondiaux beaucoup de retard pour fournir un vaccin. C’est un signal préoccupant et nous devons réagir très vite.

Je demande au Ministre de la Santé et de la Prévention de travailler avec tous les organismes de santé en France pour qu’ils partagent rapidement un maximum de données avec le Health Data Hub, en respectant bien évidemment le RGPD. Cette base de données de santé deviendra ainsi un outil de compétitivité pour toute l’industrie de la santé en France.

 

Mes chers compatriotes,

J’ai identifié les cinq pistes d’actions prioritaires pour que la France continue à jouer un rôle raisonnable dans l’industrie mondiale du numérique:

  • Fermeture rapide de tous les centres de calcul existants dans les organismes publics et leur basculement vers les infrastructures IaaS d’AWS, GCP et Azure.
  • Utilisation du “Chip Act” Européen pour accélérer la compétitivité de nos champions européens existants dans l’industrie des composants électroniques.
  • Accélération des investissements dans l’informatique quantique.
  • Renforcement de nos compétences dans les start-ups de logiciels SaaS.
  • Partage maximal des données de santé pour permettre aux industriels français de rester compétitifs dans la mise au point de nouveaux médicaments et vaccins.

En concentrant nos énergies et nos ressources, qui ne sont pas infinies, sur ces cinq grands et beaux chantiers, nous pouvons maintenir la France dans le peloton de tête de ces domaines du numérique.

Cette liste pourra progressivement être complétée par des investissements dans d’autres technologies prometteuses du numérique, mais en évitant de trop nous disperser.

 

Mardi 3 janvier 2023, le gouvernement demandera au Ministre délégué chargé de la transition numérique, à la DINUM (Direction Interministérielle du Numérique) et à l'ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information) de travailler ensemble pour proposer, avant la fin du mois de mars 2023, un plan d’action ambitieux et détaillé pour chacun de ces cinq chantiers, couvrant la période d’avril 2023 à décembre 2025.

Alors, 2023 sera l’année de tous les possibles pour le numérique.

 

Vive notre Europe du Numérique qui gagne.

Vive la République. 

Vive la France.

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Ce billet est un exercice de “Politique Fiction”, tout le monde l’aura compris.


Réconciliations numériques

 

XAdS DPC statue reconciliation S 89151789Réconciliation et numérique, ce sont deux mots qui sont rarement utilisés ensemble.
C’est pourtant ce que je vous propose de faire dans ce billet.

En droit, une réconciliation met fin à une procédure de divorce. Je rencontre trop souvent des entreprises dans lesquelles il existe des divorces importants entre les quatre composants que je vais présenter.
Le numérique à vocation à devenir un acteur de ces réconciliations. C’est une excellente nouvelle.

 

Les quatre composants à réconcilier

J’ai identifié quatre composants entre lesquels le numérique peut devenir un outil de réconciliation:

  • Le monde physique.
  • Le monde numérique.
  • Les équipes bureau.
  • Les équipes terrain.

XRéconciliations numériques - quatre composants

Le monde physique est celui du réel, des usines, des champs, des entrepôts, des salles d’opération dans les hôpitaux, des magasins…

Le monde numérique a pour objectif de créer une image, aussi ressemblante que possible, de ces différents mondes physiques.

Les équipes bureaux, les cols blancs, travaillent en priorité dans le monde numérique.

Les équipes terrain, les personnes en première ligne, sont directement au contact des mondes physiques.

 

Réconcilier monde physique et monde numérique

La représentation numérique d’un monde physique est par définition imparfaite.

Le monde du numérique est celui du discontinu, du codé, alors que le monde du physique est celui de l’analogique, de la continuité.

XNuancier PantonePrenons l'exemple simple des couleurs. La référence des couleurs dans le monde numérique est le guide Pantone, qui comprend plus de 2000 couleurs. 2000, c’est beaucoup, mais c’est microscopique par rapport à l’infinité des couleurs différentes que l’on peut rencontrer dans la nature.

Réconcilier le monde physique et le monde numérique, ce n’est pas chercher une identité parfaite entre les deux, par définition impossible. C’est faire en sorte que la représentation numérique soit suffisamment proche du monde physique pour répondre aux usages que l’on souhaite en faire. La définition d’une photo utilisée pour une page Web n’aura pas besoin d’autant de pixels que celle utilisée pour une affiche urbaine de 4m x 3m.

XRéconciliations numériques - Mondes

J'ai choisi deux exemples, les inventaires et les jumeaux numériques.

Les entreprises suivent l’état des stocks dans leurs entrepôts et leurs magasins dans le monde numérique. Au fil du temps, il se produit des divergences de plus en plus fortes entre le monde physique et son image numérique, divergences liées à des vols, des pertes ou de la casse. Ceci oblige les entreprises à fermer ces lieux pour réaliser un inventaire physique, un comptage des objets dans les magasins et à… réconcilier le physique et le numérique en mettant à jour les données dans l’image numérique du monde réel.

Dans un billet récent, j’ai présenté les solutions et outils permettant de construire un jumeau numérique d’une installation physique. 

L’installation physique est gérée au plus près par des solutions adaptées, de type SCADA. On envoie dans le jumeau numérique une copie des données utilisées par le SCADA pour créer des modèles numériques de gestion et simulation de ces mondes physiques.

Pour un jumeau numérique, le défi est double: réduire les décalages entre le monde physique et le SCADA, puis entre le SCADA et le jumeau numérique.

 

Réconcilier équipes bureaux et équipes terrain

XDivorce Terrain - BureauDans trop d’entreprises, les divorces entre les équipes bureaux et les équipes terrain sont plus nombreux qu’on ne le pense. Les équipes bureaux, bien installées dans leurs locaux confortables et climatisés, sont loin de la réalité des mondes physiques des chantiers, des usines avec leurs nuisances sonores ou de météo inclémente. 

La France est hélas un des pays où le décalage entre ces deux mondes est le plus fort. Cela commence dès l’école, avec les formations “nobles” vers les métiers du tertiaire et les formations “voies de garage” vers les métiers manuels. Je salue les efforts actuels du gouvernement pour valoriser les apprentissages, mais le chemin est encore long avant que le prestige des beaux métiers terrain rejoigne celui des métiers du bureau.

“Ceux qui font, savent”. Cette évidence est souvent méconnue par ceux qui, dans leurs bureaux, “imaginent”, comment le travail devrait être fait sur le terrain. La vision théorique depuis les bureaux n’est jamais conforme à la réalité des activités terrain.

XRéconciliations numériques - personnes

Cette méfiance entre ces deux populations est une source d’inefficacité et de dysfonctionnement dans les entreprises. Trop d’usages numériques sont imposés par les entreprises aux équipes terrain, pour contrôler leurs activités. Dans nombre de mes missions de Transformation Numérique, j’ai croisé des informaticiens qui n’avaient jamais mis les pieds sur le terrain, dans un point de vente, une usine ou un entrepôt.

 

Rôles potentiels des outils numériques dans ces réconciliations

Depuis les débuts de l’informatique dans les entreprises, vers les années 1960, la priorité a été donnée aux équipes bureau:

  • Les premiers usages ont été des applications très structurées, autour des processus comptables, financiers et de paye.
  • À partir des années 1980-1990, les outils universels, bureautiques, se sont diffusés massivement auprès de toutes les personnes dans les bureaux. Ils sont complétés par des outils Low-Code ou No-Code, dont l’ancêtre était Excel.

Plus récemment, des outils structurés ont été mis entre les mains des équipes terrain. Pour l’essentiel, ce sont des applications qui permettent de contrôler leurs activités, comme on l’a vu plus haut.

Situation actuelle

Ce tableau à quatre cases résume la position actuelle du numérique dans les entreprises.

Xréconciliations - structuré:non struct & cols blancs FLW

  • 80 % des investissements sont réalisés dans la colonne Equipes Bureau.
  • Les investissements pour les équipes terrain restent faibles; ils sont concentrés sur des usages structurés de contrôle.

Êtes-vous capable de citer le nom d’une solution numérique au service des équipes terrain qui soit aussi connue que Salesforce, SAP ou Office 365? La réponse est non, ce qui montre bien à quel point ce domaine du numérique pour les équipes terrain est en retard dans toutes les entreprises.

Il y a dans ce tableau un gigantesque “trou dans la raquette”: les outils universels, No-Code et Low-Code pour les équipes terrain brillent par leur absence.

Une case vide, à remplir

Les outils universels pour les équipes bureaux, traitement de texte, tableur, agenda partagé ou messagerie électronique ne sont absolument pas adaptés aux attentes des équipes terrain.

Google, avec Workspace, Microsoft avec Office 365 ont essayé de convaincre dirigeants et DSI qu’il fallait à tout prix déployer ces outils bureautiques pour les équipes terrain. Ces deux éditeurs ont construit des offres “lite”, plus économiques pour eux. Peine perdue, les taux d’usages de ces outils bureautiques par les équipes terrain restent très bas, dans toutes les entreprises.

Il restait donc à inventer les outils universels dont les équipes terrain ont vraiment besoin. 

Avec WizyVision nous avons relevé ce défi et fait le pari que les ingrédients du succès sont:

  • L’accès par un smartphone.
  • Mettre les photos au cœur des logiciels.
  • Permettre de rajouter des commentaires vocaux.
  • En pratique: tuer les formulaires textes dont toutes les équipes terrain ont horreur.

Xréconciliations - structuré:non struct & cols blancs avec WizyVision

Sur ce nouveau graphique, WizyVision devient une réponse universelle aux attentes des équipes terrain.

Je propose de nommer Frontique ces outils universels terrain, le pendant de la bureautique des équipes bureau.

 

Les solutions frontiques, au service de la réconciliation numérique

Aujourd’hui, les entreprises disposent pour la première fois de tous les outils numériques nécessaires pour réconcilier équipes terrain et équipes bureau. 

Les solutions frontiques, comme WizyVision, facilitent de nombreuses réconciliations:

  • XAdS DPC Woman in bakery with smartphone S 492208967Réconciliation des équipes terrain avec les outils numériques. Comme l’explique très bien Gilles Roux, DSI de l’entreprise de distribution Schiever dans cet entretien, les équipes terrain acceptent vite des outils pensés pour eux. Je cite: “L’approche proposée par Wizy.io a tout de suite séduit les utilisateurs pilotes en magasins car les solutions développées reposent sur la prise de photos et des extractions d’information directement à partir de ces photos.”
  • Réconciliations entre équipes terrain et bureaux. La possibilité pour les équipes terrain d’échanger directement à partir de leur smartphone avec les personnes au siège valorise leur travail et crée des liens positifs entre ces deux populations.
  • Réconciliations entre équipes terrain et solutions numériques existantes. Toutes les fonctionnalités de WizyVision sont ouvertes par API. Ceci permet aux équipes terrain d’échanger dans les deux sens avec les outils numériques en place. Un exemple simple: à partir d’une photo de l’équipement sur lequel il doit intervenir, une personne de maintenance peut recevoir immédiatement sur son smartphone les informations pertinentes, relatives à ce seul équipement spécifique, comme les dernières interventions réalisées.

J’ai la faiblesse de croire que ce tableau des options disponibles peut rendre beaucoup de services dans toutes les entreprises et faciliter ces réconciliations.

Il n’y a pas de copyright! Vous pouvez le diffuser, massivement.

 

Just one more thing…

Illettrisme? L'incapacité pour une personne à comprendre un texte qu’elle lit.

L'illettrisme est un fléau mondial. Comme le montre cette étude, il touche 48% de la population mondiale.

XChildren unable to read 48%

En France, on estime que 3 millions d’adultes sont illettrés.

Il ne faut pas confondre analphabétisme et illettrisme:

  • Une personne analphabète ne connaît pas l’alphabet.
  • Une personne illettrée sait reconnaître les lettres, mais ne comprend pas un texte.

XAdS DPC Partition musicale S 39766734Pour illustrer cette différence, prenons l’exemple de la musique. Comme une majorité de personnes ayant suivi des cours de solfège je suis capable de placer sur une partition musicale un do, un sol ou un fa.  Je suis par contre un illettré musical et incapable de “lire” cette partition. J’ai beaucoup d’admiration pour mes amis musiciens qui se mettent au piano et "déchiffrent" une partition.

48% d'illettrés dans le monde, c’est environ 3 milliards de personnes adultes, dont 2 milliards travaillent, toutes dans des équipes terrain.

Cette situation correspond à l’une des plus dramatiques fractures numériques d’aujourd’hui.

Les solutions numériques existantes, toutes à base de texte, sont inutilisables par ces deux milliards de travailleurs illettrés.

Il y a quelques mois, j’avais publié un billet sur les quatre principales fractures numériques.

À l'époque, je n'avais pas connaissance de cette étude sur l'illettrisme. 

Ceci m’oblige maintenant à en ajouter une cinquième:

Les personnes illettrées qui ne peuvent pas utiliser les solutions informatiques existantes qui sont toutes basées sur le texte et l’écriture.

Quand nous avons créé WizyVision, cette dimension illettrisme n’était pas sur notre radar. Cette prise de conscience nous a amenés à devenir “entreprise à mission”:

Réconcilier le monde des illettrés avec le numérique: permettre à toute personne illettrée de rentrer dans le monde numérique professionnel.

XAdS DPC Lascaux S 248897431Avant l’écriture, l’humanité communiquait en utilisant l’image et la voix. Nous en avons un exemple magnifique en France avec la grotte de Lascaux.

WizyVision, qui s’appuie sur l’image et la voix, permet de revenir aux fondamentaux de la communication humaine!

On m’a souvent fait la critique suivante: “vous profitez des défaillances du système éducatif mondial”.

Oui, il est scandaleux que la moitié de l’humanité soit illettrée.

Oui on peut se poser des questions sur l’efficacité de l’UNESCO, qui existe depuis 50 ans.
Oui, mais on ne peut pas attendre que ces milliards de personnes deviennent capables de lire pour les faire rentrer dans l’ère du numérique.

Chez WizyVision, nous sommes fiers d’avoir construit la première plateforme numérique moderne qui permet d'ouvrir la porte du numérique à la moitié de la population des equipes terrain dans le monde.

 

Résumé: réconciliations numériques et espoirs

Jusqu'à présent, les progrès exponentiels des performances des outils numériques ont été utilisés en priorité pour les équipes bureaux, dans leurs activités structurées et bureautiques. Pour ces équipes bureaux, les solutions sont aujourd’hui en avance sur les usages et ce décalage s’accroît tous les jours.

À l’inverse, dans une majorité d’entreprises, les travailleurs terrain restent les parents pauvres de la transformation numérique.

XAdS DPC Espoir 3 travailleurs S 243803557Je souhaite aujourd’hui porter un message positif, un message d’espoir.

Toutes les personnes qui travaillent, dans les bureaux et en première ligne, illettrées ou pas, peuvent maintenant collaborer et devenir acteurs de la transformation numérique de leur entreprise, pour l’ensemble de leurs activités.

La bureautique, portée dans les années 1980 à 1990 par l’arrivée des PC et de logiciels tels que Word et Excel, a été le catalyseur de la diffusion du numérique pour les équipes bureaux.

La frontique, portée par les smartphones et des logiciels comme WizyVision qui s’appuient sur l’image et la voix, peut et doit devenir à partir de 2023 le catalyseur de la diffusion du numérique pour tous les collaborateurs sur le terrain.

Dans un monde où les nuages noirs de la guerre, du déréglement climatique et de l’inflation sont omniprésents, cela fait du bien de pouvoir porter un message aussi fort, aussi positif.

 


Jumeaux numériques : la France du Numérique qui gagne

 

Xio-base annonce biarritzJeudi 22 septembre 2022, j’ai eu le plaisir de participer à la journée organisée à Biarritz par Teréga Solutions pour présenter leur solution numérique io-base.

Avec GRTGaz, Teréga est l’un des deux grands acteurs français du transport de gaz, sujet au combien stratégique en ce moment! Les installations gérées par Teréga représentent plus de 5 000 km de tuyaux de transport de grandes dimensions, à haute pression.

XTeréga stockage lussagnet gaz STeréga est aussi, comme Storengy, un acteur clé du stockage de gaz, avec comme principal site celui de Lussagnet, dont l’origine remonte aux gisements de gaz de Lacq. Lussagnet dispose d’une capacité de stockage de 3GNm3.

Teréga a démarré en 2017 une exceptionnelle et très rapide Transformation Numérique, que j’ai eu le grand honneur d’accompagner. Comme toute Transformation Numérique moderne, elle s’appuie sur l’usage intensif des Clouds Publics, AWS et GCP dans le cas de Teréga.

Très rapidement, les dirigeants de Teréga ont décidé que les infrastructures physiques de transport et stockage de gaz devaient rester à 100% déconnectées du Cloud et d’Internet. Toute cyberattaque réussie sur ces infrastructures physiques pourrait entraîner la mort de nombreuses personnes.

La démarche de construction d’un jumeau numérique c'est imposée comme la seule réponse solide et pérenne à ces dangers.

La solution io-base, développée au début pour les usages internes de Teréga, est ensuite devenue un produit numérique, commercialisé par la filiale Teréga Solutions.

Dans ce billet, je vous propose de:

  • Rappeler les principes des jumeaux numériques.
  • Comprendre les avantages de la solution io-base.
  • Découvrir quelques premiers usages d’io-base.
  • Voir comment la France peut s’appuyer sur io-base pour devenir un leader européen et mondial des solutions de jumeaux numériques.

 

Jumeaux numériques : principes de base

Le principe du jumeau numérique est simple: il s’agit de construire une “image numérique” d’une installation physique.

Ce schéma en présente les principaux composants.

XPrincipe Jumeau numérique

Sur la partie gauche, j’ai représenté l’environnement physique:

  • Des équipements à piloter: la variété de ces installations est grande.
    • Installation de transport et de stockage de gaz, d’eau ou d’électricité.
    • Hôpitaux et établissements de santé.
    • Réseaux ferroviaires ou de métro.
    • Usines de traitement de matières nucléaires.
  • Des informations à saisir. Des capteurs de pression, de vitesse, de vibration… envoient les mesures dans des bases de données. La variété des données, des outils de saisie et le fait que ce sont souvent des technologies numériques très anciennes rendent complexe cette saisie de données.
  • Des logiciels d’analyse de ces données, regroupées sous le nom de SCADA, vont ensuite permettre d’agir sur les installations physiques.
  • La seule manière efficace de protéger ces installations physiques des cyberattaques est de les déconnecter à 100% d’Internet et du Cloud. Une seule porte d’entrée ouverte suffit pour créer un risque majeur. Elles doivent donc impérativement être “on premise”, sur des infrastructures numériques, serveurs, réseaux et objets d’accès qui n’ont aucun lien vers le monde extérieur.

Sur la partie droite, on trouve le jumeau numérique:

  • La flèche verte indique que l’on recopie 100% des données venant de l’environnement physique dans une base de données externe.
  • La flèche rouge montre qu’il est impératif d’interdire tout retour d’information depuis le jumeau numérique vers l’informatique “on premise”.
  • Ce jumeau numérique est construit dans les Clouds Publics, pour avoir accès à toute la puissance de calcul et de stockage dont on a besoin dans les IaaS, Infrastructures as a Service.
  • Le jumeau numérique reçoit aussi les données externes dont on a besoin pour gérer efficacement les installations physiques: météo, demandes des clients et des fournisseurs… Ceci est représenté par la flèche jaune.
  • L’entreprise peut utiliser toutes les ressources logicielles disponibles dans les Clouds Publics en SaaS, Software as a Service, et créer les applications métiers indispensables avec les outils PaaS, Platform as a Service.

Au milieu, j’ai représenté le poste de pilotage des installations physiques:

  • Les personnes responsables de ce pilotage disposent de deux écrans, l’un relié au SCADA, l’autre au jumeau numérique.
  • Ces deux écrans sont totalement indépendants: aucune donnée ne peut passer de l’un à l’autre.
  • L’écran du jumeau indique les opérations à réaliser sur les installations physiques. La personne utilise ensuite l’écran relié au SCADA et aux équipements pour exécuter les opérations nécessaires.

 

Les apports de io-base aux jumeaux numériques

Cette journée io-base du 22 septembre 2022 avait pour objectif de démontrer que cette solution numérique avait atteint un niveau de maturité suffisant pour pouvoir être déployée dans toutes les entreprises ayant besoin d’un jumeau numérique, et elles sont nombreuses!

Objectif réussi.

Teréga Solutions avait construit une maquette de démonstration pour simuler le pilotage d’une installation fournissant des énergies renouvelables, éoliennes et solaires.

Xio-base maquette éolienne + panneau solaire

Sur cette maquette, on trouve, de bas en haut:

  • La partie réseau qui communique avec les installations physiques.
  • La “box” Indabox, l’innovation technologique inventée et brevetée par Teréga Solutions. Elle comporte trois composants physiques indépendants:
    • Un connecteur qui capte les données venant des installations physiques.
    • Un boîtier qui fait office de “diode numérique” en permettant le passage de données dans un seul sens, du physique vers le jumeau numérique.
    • Un connecteur qui envoie les données vers le jumeau numérique.
    • C’est Indabox qui garantit que la flèche rouge sur mon schéma d’un jumeau numérique est bien protégée.
  • La partie réseau qui communique vers le jumeau numérique.
  • En haut, un panneau solaire et un ventilateur utilisés pour simuler les sources d’énergies renouvelables.

Avec Indabox, Teréga propose une solution unique au monde qui sécurise parfaitement les échanges entre les installations physiques et les jumeaux numériques.

Xio-base jumeau numérique éolienne + solaireSur ce graphique, produit en temps réel par le jumeau numérique, on visualise la production d’énergie par les éoliennes et les panneaux solaires. Il suffisait de passer sa main devant le panneau solaire pour voir immédiatement la production d’énergie se réduire.

J’ai une excellente nouvelle pour toutes les entreprises qui gèrent des infrastructures physiques critiques qu'il faut impérativement sécuriser: elles peuvent maintenant créer leur jumeau numérique en toute confiance.

Quand la France innove dans le numérique, je suis vraiment très heureux de pouvoir en parler et en faire la promotion.

 

Importance de la logique d’indépendance dans les architectures numériques

Les lecteurs de mon blog sont familiarisés avec le modèle B I S D que j’utilise depuis de nombreuses années:

  • I = Infrastructures
  • B = Usages cœur métier (Business)
  • S = Usages Support, universels
  • D = Données

XBISD Indépendances Dans la logique de ce modèle, je milite aussi pour créer une indépendance aussi forte que possible entre:

  • Les infrastructures et les données.
  • Les usages et les données.

C’est ce que j’ai représenté sur ce schéma.

La création d’un jumeau numérique confirme à quel point cette double démarche BISD et indépendances est au cœur des architectures numériques modernes.

Que ce soit dans l’environnement industriel ou dans le jumeau numérique, ces indépendances infrastructures, données et usages permettent de créer des jumeaux numériques pour tout type d’entreprise, dans toutes les configurations envisageables.

Quand Indabox transmet les données depuis le monde industriel vers le jumeau numérique, elle ne fait aucune hypothèse sur les solutions techniques utilisées pour gérer les données dans le jumeau numérique.

XJumeau numérique - indépendances

Ces données, une fois disponibles dans le jumeau numérique, pourront être utilisées pour des dizaines de cas d’usages différents, que l’on n’a pas à définir à l’avance.

C’est ce que l’on va découvrir dans les paragraphes suivants.

 

Jumeaux numériques au service de la Frugalité Numérique

L’objectif initial de Teréga en créant son jumeau numérique était de sécuriser ses infrastructures industrielles, et cela reste un objectif prioritaire.

Très vite, Teréga a aussi entrepris une démarche ambitieuse de frugalité numérique et, plus généralement, de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre.

Xdominique mockly S biarritzDans son intervention pendant cette journée, Dominique Mockly, PDG de Teréga, a présenté les objectifs très ambitieux de l’entreprise dans ces domaines pour 2050:

  • Teréga 100% décarboné.
  • 100% du gaz transporté décarboné.
  • Et bien sûr, le numérique est indispensable pour réussir ces deux défis.

Les données transmises au jumeau numérique permettent maintenant à Teréga de suivre tous ses usages et d’améliorer immédiatement la frugalité des installations industrielles existantes. Cet usage au service de la frugalité numérique n’était pas prévu au départ, mais a été rendu possible par la mise disposition des données dans le jumeau numérique.

Xio-base daniel widera et emilie boucher SDans leur intervention qui a suivi, Daniel Widera, Directeur Transformation, Digital et Performance chez Teréga et Emilie Bouquier, Directrice de la Business Unit Multi-énergie et Digital de Teréga Solutions ont présenté les résultats impressionnants obtenus dans la réduction de la consommation d’énergie des infrastructures serveurs et réseaux de Teréga: 96%!

Sur le même sujet de la frugalité numérique, ou plutôt de la sobriété numérique pour utiliser leur vocabulaire, un représentant du CIGREF (Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises) a fait le point des travaux de leur groupe de travail sur ce thème. Un nouveau rapport, en complément de celui déjà produit en 2021, devrait être publié rapidement.

XCIGREF Sobriété Numérique 100 bonnes pratiques

La suite logique de cette réunion me paraît évidente: 100% des entreprises du CIGREF qui gèrent des infrastructures industrielles, et elles sont nombreuses, peuvent déployer en 2023 un jumeau numérique en utilisant la solution française io-base proposée par Teréga Solutions!

 

Exemples d’usages des jumeaux numériques

Deux tables rondes ont clôturé la matinée.
La première était consacrée aux usages de la solution io-base. J’ai choisi de parler de deux des cas présentés.

XIo-base table ronde usages

Raphaël Di Pace est directeur de projets chez IDEC Groupe. Ils installent des panneaux solaires sur les toits des entrepôts logistiques qu’ils construisent. io-base sera utilisé pour gérer et commercialiser la production d’électricité par ces installations.

Bernard Plano est maire de Lannemezan et Président de ESL, Energies Services Lannemezan, fournisseur de gaz, d’électricité et d’eau pour sa ville. io-base sera utilisé pour optimiser, mesurer et réduire les consommations dans ces trois domaines. Comme il l'a déclaré: “tous les maires de France sont concernés”. 

Et un beau marché de plus pour io-base!

 

Un écosystème de partenaires technologiques pour io-base

Teréga Solutions a fait le choix intelligent de créer un écosystème de partenaires technologiques pour accompagner la croissance des activités autour d’io-base.

Plusieurs d’entre eux ont participé à la deuxième table ronde, dont:

Xio-base table ronde technologique participants

  • AWS, le Cloud Public utilisé pour le jumeau numérique. C’est un choix logique, quand on connaît l’avance d’AWS dans le domaine des usages industriels des Clouds Publics par rapport à ses grands concurrents.
  • MP Data, spécialiste des solutions de gestion d’installations industrielles dans le secteur de l’énergie. Un des cas d’usages concerne les fermes d’éoliennes. La casse d’une pale se traduit par une immobilisation de plusieurs mois. Il existe de nombreux capteurs sur ces installations, mais les données ne sont pas utilisées. Avec io-base, il est possible de faire de la maintenance préventive dans le jumeau numérique et d’éviter ces pannes en anticipant les réparations nécessaires.
  • Yogosha est un acteur innovant du monde de la cybersécurité. Ils font travailler des “hackers éthiques" pour tester la robustesse des solutions numériques. Teréga Solutions utilise ses services. C’est une bonne assurance qualité pour les clients potentiels de io-base! 

 

Quels potentiels pour la France et l’Europe, immédiatement

Vous l’avez compris, construire des jumeaux numériques est urgent et indispensable pour protéger toutes les organisations dont l’attaque de leurs installations techniques par des cybercriminels pourrait avoir des conséquences dramatiques pour la vie de leurs clients ou des populations.

Avec io-base, la France dispose d’une solution innovante, unique au monde et opérationnelle qui permet de construire en toute sécurité des jumeaux numériques.

Je vois trois priorités pour l’année 2023:

  • Les entreprises qui gèrent de grands réseaux de transport d’énergie, gaz, électricité, pétrole…
  • Toutes les organisations qui gèrent la distribution de l’eau en France. À côté des géants du secteur, il y a des centaines de petites entreprises ou de mairies qui font ce métier et n’ont ni les compétences ni les ressources pour protéger efficacement leurs installations contre des cybercriminels de plus en plus performants.

Xads dpc digital twin hospital S 383178062

  • Et … les hôpitaux! Il y a plus de 1500 établissements hospitaliers en France, et aucun, j’insiste, aucun, n’est aujourd’hui capable d’isoler efficacement ses installations opérationnelles auxquelles sont reliés les personnes soignées. Combien faudra-t-il de morts avant que l’on prenne les décisions qui s’imposent?

Face à l’urgence et à la gravité des menaces qui pèsent sur ces milliers d’installations industrielles, je propose que tous les organismes publics qui ont le pouvoir d’agir dans ce domaine, ministères, ANSSI et autres, changent immédiatement leurs positions sur ces sujets et décrètent que:

  • Tous les systèmes informatiques qui gèrent les infrastructures industrielles sont déconnectés à 100% d’Internet et du Cloud. À 100% et pas à 99%!
  • La construction d’un jumeau numérique dans les Clouds Publics opérationnels aujourd’hui est possible et encouragée. L’anathème porté par trop de responsables politiques français contre les Clouds Publics sous le prétexte idiot qu’ils sont américains doit cesser, et vite.
  • La solution française io-base est utilisée pour tous ces jumeaux numériques, pour garantir l’inviolabilité des informatiques industrielles.

Tout ceci est possible, dès 2023, en utilisant les technologies et solutions numériques existantes sur le marché.

Dans mon billet de blog “j’ai mal à mon Europe du Numérique”, publié fin 2021, j'ai identifié sept DC2E (Digital Commando of Excellence in Europe), domaines dans lesquels l’Europe et la France doivent concentrer leurs efforts.
Les jumeaux numériques sont en quatrième position dans cette liste.

Je reviens de cette journée io-base à Biarritz encore plus optimiste sur la possibilité pour la France de devenir un leader mondial du numérique dans la construction des jumeaux numériques.

L’avance prise par la France dans ce domaine peut ensuite s’exporter dans… 100% des pays du monde. Ils ont tous, absolument tous, les mêmes défis urgents de sécurité à résoudre.

Réussir cette percée technologique spectaculaire dans le monde numérique ne demande pas d’investissements qui se mesurent en milliards d’euros et dizaines d’années. Toutes les solutions sont disponibles pour passer à l’action, dès 2023.

AdS DPC Change mind set Cloud 315679727La seule chose qui manque, mais c’est hélas la plus difficile à rencontrer, c’est le courage politique des décideurs en France.

Pour cela, ils doivent remettre en question des dogmes dangereux et démodés sur ce que sont les bonnes pratiques en matière de sécurité numérique des organisations.

Est-ce que je serai écouté?
Est-ce que je serai entendu?

Est-ce que les idées simples et opérationnelles que je propose aujourd’hui seront mises en œuvre?

 


Cyberrisques: vaccins ou traitements

XAdS DPC Vaccin COVID S 403488847La cyberattaque contre un hôpital de la région parisienne en août 2022, après les deux années de pandémie COVID-19, m’ont donné l’idée de rapprocher deux mondes que tout, en apparence, sépare le monde de la santé et celui des cyberattaques.

J’ai analysé cette attaque dans un texte sur LinkedIn.

Un nouveau article fait le point sur les conséquences de cette attaque et annonce une nouvelle attaque contre un EPHAD.

L'objectif prioritaire de ce nouveau billet est pédagogique. Cette analogie entre le monde de la santé et de la cybersécurité devrait aider les décideurs à mieux comprendre comment ils peuvent améliorer la protection de leurs entreprises face à des cyberattaques de plus en plus sophistiquées. Il est écrit en priorité pour des décideurs qui ne sont pas des spécialistes du sujet.

 

Rappel: les principaux cyberrisques

Sur le fond, j’ai abordé ce sujet dans ces deux billets récents sur mon blog:

Je reprends un schéma de l’un de ces billets pour résumer la problématique de ces cyber risques:

  • Une entreprise peut choisir de garder ses infrastructures en interne, “On Premise”, ou les migrer vers des Clouds Publics tels qu’AWS, GCP ou Azure.
  • L’entreprise doit pouvoir faire face à trois familles de cyberrisques:
    • Les attaques sur les infrastructures.
    • Les attaques sur les applications et les données.
    • Les attaques par des États, en priorité les États-Unis, qui s’appuient sur leurs lois extraterritoriales.

XRisques Cloud Public - On Premise copie

Les nombreux échanges qui se sont déroulés après la publication de ces deux textes m’ont montré à quel point il était difficile d’expliquer, simplement et rationnellement, pourquoi les positions que je défends sont celles qui répondent le mieux aux besoins des entreprises, toutes les entreprises, pour se protéger des cyberrisques.

 

Vaccin et traitements: deux démarches de défense dans la santé

Dans le monde de la médecine, il existe deux démarches principales pour se protéger d'une maladie:

  • La vaccination: une action réalisée avant que la maladie ne se déclenche.
  • Un traitement: action déclenchée après l’apparition de la maladie.

Le premier vaccin moderne a été inventé il y a un peu plus de 200 ans, en 1798, par Edward Jenner pour traiter la variole.

XAdS DPC HIV treatment S 296764863Depuis cette date, plus d’une vingtaine de maladies, souvent mortelles, ont été éradiquées par la mise au point de vaccins. C’est l’une des plus belles réussites de la médecine mondiale.

Hélas, il existe encore de nombreuses maladies comme le VIH pour lesquelles des vaccins ne sont pas encore disponibles. 

Quand une personne est touchée par une maladie, deux cas sont possibles:

  • Elle a été vaccinée: dans l’immense majorité des cas, elle développe une forme bénigne de la maladie. C’est le cas pour la grippe ou la COVID-19.
  • Elle n’a pas été vaccinée ou le vaccin n’existe pas: des formes graves de la maladie se développent et peuvent conduire à la mort. Pour certaines maladies comme le VIH, les progrès remarquables de la médecine ont permis de développer des traitements performants qui permettent de vivre avec cette maladie, mais sans en guérir.

XCovid Patient grave vs léger

Hélas, il existe encore trop de personnes allergiques à la science et qui refusent les vaccins, mettant en danger leur santé et celle des autres personnes. 

Vous avez compris que je n’ai aucun respect pour ces “antivax”.

 

Vaccin et traitements: deux démarches de défense contre les cyberrisques

Dans le monde de la cybersécurité, il existe deux démarches principales pour se protéger des cyberrisques:

  • La vaccination: une action réalisée avant que l’attaque ne se déclenche.
  • Un traitement: une action déclenchée après l’apparition de l’attaque.

Les premiers vaccins contre les cyberrisques sont nés au cours de ces 15 dernières années.

Dans mes récents billets sur ces sujets, j’ai mis en évidence les trois principaux vaccins contre les cyberrisques qui sont disponibles, aujourd’hui:

  • Vaccin 1: les Clouds Publics.
  • Vaccin 2: les solutions Zero Trust.
  • Vaccin 3: les outils de chiffrement.

XTrois vaccins cyberrisques

Les vaccins contre la COVID-19 n’éliminent pas le risque d’une attaque de la maladie, mais en réduisent très fortement les conséquences et la probabilité de décès.

Les vaccins contre les cyberrisques n’éliminent pas les risques d’une cyberattaque, mais en réduisent très fortement les impacts et la probabilité de cessation d’activité de l’entreprise.

Ces trois vaccins contre les cyberrisques existent et ont fait la preuve de leur efficacité. 

Toutes les entreprises, grandes ou petites, publiques ou privées, OIV (Opérateurs d’Importance Vitale) ou pas, ont en 2022 la possibilité de commencer une campagne de vaccination contre les cyberrisques. 

Les délais pour que la vaccination soit efficace ne sont hélas pas les mêmes pour la COVID-19 et les cyberrisques.

Les premiers effets positifs des vaccins contre la COVID-19 sont obtenus au bout de quelques jours. Il faudra plusieurs mois, souvent plusieurs années avant que les entreprises soient efficacement protégées par ces trois vaccins.

Raison de plus pour commencer, immédiatement, ces campagnes de vaccination.
Toute l’industrie du numérique, tous les politiques, tous les organismes chargés de la sécurité des Systèmes d’Information comme l’ANSSI doivent se mobiliser en 2022 pour faire de la vaccination contre les cyberrisques une grande cause nationale.

Université d'été de la Cybersécurité 6:9:2022Dans quelques jours, le mardi 6 septembre 2022, est organisée à Paris l’Université d’été de la cybersécurité. Des représentants de haut niveau des trois domaines dont j’ai parlé, l’industrie du numérique, les politiques et l’ANSSI y seront présents.

Ce serait le tremplin idéal pour lancer cette initiative!

Dans l’annonce de cette conférence, il y a une seule expression qui me gène beaucoup: c’est, vous l'avez deviné…”solutions souveraines”.

Oui, la France et l’Europe disposent de nombreux acteurs de grande qualité dans la lutte contre les cyberrisques, en particulier pour le vaccin 2, Zero Trust et le vaccin 3, chiffrement.

Par contre, croire une seconde que l’on peut se protéger en n’utilisant que des solutions souveraines, françaises ou même européennes, c’est une illusion très dangereuse, mortelle.

Les défis posés par les cybercriminels sont mondiaux, les solutions pour se protéger, aussi.

 

Science et rationalité vs obscurantisme et irrationalité, il faut choisir, vite

On le vit dans le domaine de la santé: des personnes, beaucoup trop nombreuses, mettent en danger leur vie, celle de leurs enfants et des personnes autour d’elles en ayant des raisonnements moyenâgeux et irrationnels, en refusant les vaccins qui ont fait depuis longtemps la preuve de leur efficacité.

On le vit aussi dans le domaine des cyberrisques: des dirigeants, des responsables du numérique et de sa sécurité mettent en danger l’avenir des entreprises où ils travaillent en ayant des raisonnements moyenâgeux et irrationnels, en refusant les vaccins contre les cyberrisques, qui ont fait depuis quelques années la preuve de leur efficacité.

AntiVax - Anti Cloud

Les antivax COVID mènent le même combat irrationnel que les antivax cyberrisques.

Il est urgent que le bon sens l’emporte et que le nombre des antivax cyberrisques se réduise très vite dans les entreprises en France et en Europe.

 


Frugalité Numérique: les usages

 

XCitroën AMI CargoJ’ai déjà publié sur ce blog plusieurs billets sur le thème de la Frugalité Numérique. Ils traitaient tous des infrastructures numériques, qui consomment de l’énergie et des matières premières:

J’ai aussi publié deux billets plus généraux sur les technologies et la planète:

Il y a quelques jours, le Président Emmanuel Macron a parlé de “La fin de l’abondance et de l’insouciance”. Ceci m’a donné l’envie de revenir sur ce que peut faire le numérique pour répondre à ces préoccupations.

Ce nouveau billet aborde le thème des usages numériques, des applications. 

Ces usages ne consomment pas directement de l’énergie, mais mettent en œuvre des infrastructures qui, elles, consomment énergie et matières premières.

Comme la majorité de mes textes, je me concentre sur les usages professionnels, domaine dans lequel j’ai une raisonnable compétence. Je n’aborderai pas le sujet des usages personnels.

Je m’adresse donc aux dirigeants, aux DSI et à tous les collaborateurs d’une entreprise pour les aider à mieux comprendre comment ils peuvent avoir une utilisation efficace du numérique tout en ayant un impact positif sur la planète.

 

Frugalité ou Sobriété

XAdS DPC Sobriété vs Croissance S 65326193Faut-il parler de frugalité numérique ou de sobriété numérique? Deux camps se livrent un combat “à mort” pour savoir quelle est la bonne expression!       

Cet article récent, août 2022, compare les deux expressions.

Il fait référence à un texte de 2019 d’Hervé Chaygneaud-Dupuy. J’aime bien la manière dont il différencie ces deux concepts, très proches. Je cite:

 La sobriété c’est l’économie des ressources dans une logique de remise en cause volontaire de la société de consommation. C’est avant tout une démarche d’ascèse personnelle.”

“La frugalité c’est la capacité à faire fructifier les ressources dont on dispose sans en abuser. C’est la conception d’un système économique viable et durable à la manière dont est conçue l’économie jugaad des indiens.”

Chacun de nous choisit l’expression qui lui paraît la plus pertinente. De mon côté, j’ai une préférence pour la frugalité, que je perçois comme moins punitive.

Sobriété ou frugalité numérique, l’important ce ne sont pas les mots choisis, mais les actions que les entreprises mettent en œuvre pour réduire leurs impacts carbone liés au numérique.

 

Frugalité Numérique en 2022 : des discours nuls, aberrants, dangereux

Je suis atterré quand je lis ou entends ce qui se dit sur la Frugalité Numérique. C’est du grand n’importe quoi!

Des personnes, des associations ont un a priori fort, le numérique est mauvais pour la planète. Elles s’expriment pour jeter l’anathème sur le numérique et démontrer que “moins de numérique, c’est bon pour la planète”.

Je vais l’illustrer par cette vidéo d’une conférence donnée devant des étudiants par l’une des grandes vedettes de la défense de la planète, Mr Jean-Marc Jancovici.

Sa réponse à une question sur le télétravail (1h 23), c’est une critique des usages vidéos d’Internet, considérés comme des pertes de temps: Netflix, porno, YouTube… C’est un grand moment… de bêtise.       

Regarder un film sur Netflix, c’est meilleur pour la planète que d’acheter un DVD que l’on regardera le plus souvent une seule fois.

Tout est dit dans cette phrase méprisante: " Dans le digital, on va trouver essentiellement des gadgets”.

C’est un message dangereux, faux et qui fait partie de ce grand mouvement de rejet de l’innovation et du progrès.

Ce graphique illustre parfaitement les absurdités qui sont dites sur la nocivité du numérique.

XDifférentes mesures CO2 30 minutes Netflix

Il donne les évaluations d’émissions de CO2 correspondant à la visualisation d’une vidéo de 30 minutes sur Netflix.

Le “célèbre” Shift project français y est cité deux fois:

  • Sa première évaluation, encore trop souvent reprise, annonçait 16 kg de CO2!
  • Devant la levée de boucliers des scientifiques qui démontrent l’absurdité de ce chiffre, ils ont “révisé” leurs calculs pour arriver à 2 kg, huit fois moins.
  • Comme le montrent les chiffres plus sérieux de grands pays et de l’UEA (Energy Agency), les chiffres réels sont beaucoup plus bas.
  • Dans le billet de mon blog sur les réseaux, référencé plus haut, j’ai montré, par des calculs basés sur des chiffres fiables, qu’une heure de vidéo Netflix consomme l’équivalent de deux watts.

Vous comprendrez pourquoi je ne fais aucune confiance au Shift Project: les chiffres qu’il publie sont biaisés et suspects de fortes erreurs.

XJournées été écologistesJ’étais sur le point de terminer ce billet quand j’ai lu avec effarement cette déclaration faite durant les journées d’été des écologistes à Grenoble, fin août 2022. Je cite:

40% de ce que l’on peut émettre pour respecter les limites planétaires sont consommées par le seul numérique

Toutes les études sérieuses sur le sujet chiffrent la part du numérique dans le changement climatique entre 4% et 6%. C’est déjà beaucoup, mais 40%!!

Ce qui est scandaleux, gravissime, inacceptable, c’est que ce chiffre ridicule est annoncé par un représentant de haut niveau du ministère de l’Environnement, énarque, Mr Thomas Cottinet.

Je ne connais pas Thomas Cottinet, mais prononcer de telles âneries devant des responsables politiques, en s’appuyant sur la crédibilité que lui donne son poste, c’est une faute professionnelle majeure.

Ce qui est dramatique, c’est que ce chiffre va être repris avec délectation par tous les pseudoécologistes antinumériques pour “démontrer” que le numérique, c’est la pire des choses pour la planète. Comme “fake news” climatique, difficile de faire pire.

Il serait sain pour l’avenir de la France qu’on lui trouve immédiatement un autre poste dans le secteur public, mais dans un domaine qui n’a aucun lien avec l’écologie ou le numérique.

 

Rappel: quelques chiffres clés sur les infrastructures

Ce sont les infrastructures qui consomment de l’énergie et des matières premières, pas les usages.

Ce double graphique, publié en 2022 par l’ARCEP, est un bon résumé des impacts respectifs des différents composants d’infrastructures, objets d’accès, réseaux et centres de calcul.o

XPart énergie Objets d'accès serveurs réseaux

Le diagramme circulaire évalue l’empreinte carbone de ces trois briques.

  • Les objets d’accès: ils représentent plus des ¾ de l’empreinte carbone du numérique.
  • Les réseaux: autour de 8% du total.
  • Les centres de calcul: environ 15% de l’empreinte carbone.

L’histogramme donne une autre information fondamentale: 

  • L'impact carbone des usages des outils numériques est de l’ordre de 20%, 20% seulement.
  • 80% des impacts carbone sont liés à la fabrication des équipements numériques.

Il faut bien comprendre les implications majeures de ces chiffres. Un outil numérique qu’une entreprise achète et n'utilise pas ou très peu a déjà eu 80% de ses impacts sur la planète avant même son premier usage!

Dit autrement: si demain une entreprise arrêtait 100% de ses usages numériques, elle ne réduirait que de 20% ses impacts carbone liés au numérique si elle gardait toutes ses infrastructures en l’état. 

S’il fallait passer UN seul message aux dirigeants et collaborateurs d’une entreprise concernant les outils numériques d’infrastructures, il serait: “Faire durer au maximum la durée de vie utile d’un équipement numérique doit être votre priorité absolue en matière de frugalité numérique”.

Les principales raisons qui doivent être prises en compte pour accepter un éventuel renouvellement d’un outil numérique sont:

  • XADS dpc broken keyboard S 328065799Une panne majeure qui le rend inutilisable. La facilité de réparation des outils doit avoir un poids majeur dans les critères d’évaluation au moment de l’achat. La lutte contre l’obsolescence programmée est un combat à mener en permanence.
  • Des performances qui ne sont plus en phase avec les véritables besoins et peuvent avoir un impact négatif sur l’efficacité des collaborateurs. La bonne nouvelle: c’est de moins en moins le cas. La croissance exponentielle des performances des outils numériques fait que la majorité est surdimensionnée pour la majorité des usages et des collaborateurs. Qui aura vraiment besoin, après les annonces le 7 septembre 2022 par Apple des nouveaux iPhone? La réponse est simple: 0% des collaborateurs de votre entreprise.
  • Des impacts forts sur la sécurité numérique. Les progrès réalisés par les cybercriminels sont très rapides et peuvent mettre en péril la sécurité du Système d’Information d’une entreprise si des solutions anciennes ne peuvent plus être protégées contre les attaques les plus récentes. Dans ce domaine essentiel, trop de fournisseurs créent une obsolescence sécuritaire inacceptable.

 

Repenser les usages pour une meilleure Frugalité Numérique

Les usages les plus vertueux: ceux que l’on évite.

Gérer intelligemment les usages numériques, ce n’est pas les rejeter, c’est les optimiser pour avoir un minimum d’impacts sur la consommation d’énergie par les infrastructures numériques.

La majorité des usages numériques professionnels sont bons pour la planète, sous réserve, bien sûr, de  modifier en profondeur les processus pour profiter des potentiels des nouvelles solutions numériques.

Prenons l’exemple simple de la réservation d’un billet d’avion:

  • Il y a 20 ans, il fallait se déplacer dans une agence pour réserver son billet = coût en temps et en énergie.
  • Cette agence physique consommait de l'énergie pour son éclairage et son chauffage.
  • On imprimait sa carte d’embarquement sur un papier, que l’on jetait ensuite.
  • Les nouvelles compagnies aériennes, EasyJet, Vueling et Ryanair, sont nées dans l’ère numérique et ont mis en œuvre des processus qui éliminent toutes ces étapes physiques.
  • Aujourd’hui, toutes les compagnies de transport, aérien, ferroviaire, autobus ou automobile ont basculé dans ce modèle Internet. Ce n’est pas la planète qui s’en plaindra.

J’ai choisi d’illustrer mon propos par trois cas d’usages différents.

 

Cas d’usage un: solutions de communication et de collaboration

Les usages universels de tous les cols blancs s’appuient sur les outils bureautiques : écrire, calculer, communiquer…

En 2007 est arrivée la première solution bureautique construite dans le Cloud, Google Apps, devenue depuis Google Workspace.

Ce schéma résume l’avant et l’après des échanges entre quatre personnes qui souhaitent rédiger ensemble un document.

XEmail vs Cloud Collaboration

  • Dans l’ancien monde, précloud, chaque personne envoyait par courriel aux trois autres la version du document Word qu’elle avait rédigée. Chaque destinataire apportait ses modifications et renvoyait le document aux trois autres. En quelques jours, des dizaines de versions différentes de ce document étaient stockées dans les fichiers individuels des personnes, sur leur poste de travail.
  • Dans le monde Cloud actuel, il n’existe qu’une seule version du document. Chaque modification réalisée par l’une des quatre personnes est immédiatement disponible pour les trois autres.

Indépendamment des avantages majeurs de ce mode de travail Cloud en matière d’efficacité et de rapidité, ce schéma met clairement les avantages de la démarche Cloud dans la consommation de ressources numériques:

  • Stockage: dans la démarche Cloud, une seule version du document est stockée, partagée. Dans l’ancien monde, chacun avait sur son poste de travail plusieurs versions du même document.
  • Réseaux: dans la démarche Cloud, les seuls échanges qui ont lieu sont les modifications apportées par chaque collaborateur, des flux qui se mesurent en dizaines de caractères. Dans l’ancien monde, des versions entières du document étaient envoyées trois fois, après chaque modification. Les volumes de données échangées sont réduits de plus de 95%.

Il y a hélas encore en 2022 plus de 80% des entreprises et de leurs collaborateurs qui continuent à envoyer des documents de plusieurs Mo en pièces jointes, et à de nombreuses personnes en même temps.

Si l’on souhaite vraiment avoir un impact fort et immédiat au service de la planète dans ses usages numériques quotidiens, il suffit de prendre une décision “simple”: 

En 2023, tout envoi d’un document en pièce jointe d’un courriel est strictement interdit

Seuls sont acceptés les envois de liens vers des documents stockés dans le Cloud. Après dix envois de pièces jointes, un collaborateur recevra un avertissement et devra payer une somme à déterminer pour usage abusif des réseaux et des mémoires sur son poste de travail.

Pourquoi une règle aussi simple, qui concilie efficacité et réduction des impacts du numérique sur la planète est-elle aussi difficile à prendre dans la majorité des entreprises?

Cela fait plus de 15 ans que je travaille en mode collaboratif Cloud…

 

Cas d’usage deux: applications intégrées vs microservices

Ce deuxième cas d’usage est de loin celui qui peut avoir le plus d’impacts positifs sur les impacts de vos usages numériques sur la planète. C’est aussi le plus difficile à mettre en pratique.

Dans l’immense majorité des entreprises, et en particulier les plus grandes, des solutions intégrées, lourdes sont déployées. Les plus célèbres sont bien sûr les ERP de SAP, Oracle, Microsoft et quelques autres fournisseurs.

Je n’analyse pas ici les avantages ou inconvénients des ERP intégrés comme réponses aux attentes des entreprises. Je me concentre uniquement sur leurs impacts sur la planète.

La réponse à cette question est très claire: les solutions intégrées sont les pires pour la planète.

XMaxi ServeursPourquoi? Ce schéma permet de comprendre les défauts majeurs d’une solution intégrée.

  • Pour héberger cette application ERP intégrée, il est nécessaire d'utiliser un ou plusieurs serveurs de grande taille, disposant de fortes capacités de mémoire.
  • Cette application intégrée comporte des milliers de lignes de code. À chaque instant, moins de 1% du code est actif, les 99% restant de code en mémoire consommant de l’énergie sans réaliser la moindre activité utile.
  • Vous trouvez cela satisfaisant pour la planète? Moi, non!

XFrugalité MicroServicesDans une architecture moderne, construite dans des Clouds Publics, les entreprises peuvent construire des applications modernes sous forme de microservices.

Quels sont les avantages de cette démarche microservices?

  • Pour fonctionner, les microservices utilisent des microserveurs, très économes en énergie.
  • Dès qu’un microservice a terminé son activité, il est fermé et le microserveur qui l'hébergeait se libère pour un autre microservice.
  • Le taux d’usage des serveurs est maximal, et peut atteindre ou dépasser 80%.

La disponibilité d’outils “serverless” tels que Lambda chez AWS améliore encore cette efficacité énergétique. 

Comme l’explique très bien ce schéma présenté à la conférence AWS Re-invent en 2021 par Werner Vogels, CTO d’AWS, un outil serverless va automatiquement instancier le serveur optimisé pour chaque application. Le développeur n’a plus le risque de sur-dimensionner ou sous-dimensionner le serveur. Il ne faut pas oublier qu’il est aujourd’hui possible d’instancier un serveur pour des périodes très courtes, qui se mesurent en millisecondes. Conséquence: la consommation de ressources serveur est strictement alignée sur les besoins de l’application.

XAWS Reinvent 2021 - Keynote Werner Vogels - Normal vs Cloud vs Lambda usage

Voilà un “beau” chantier pour les entreprises qui souhaitent vraiment réduire les impacts de leurs usages numériques sur la planète: remplacer les ERP intégrés par des milliers de microservices.

 

Cas d’usage trois: choisir entre différentes régions dans clouds publics

Les grands acteurs du Cloud Public proposent un service à leurs clients permettant de prendre en compte la dimension des impacts carbone.

Pour l’illustrer, j’ai pris l'exemple du service “Region Picker” de GCP de Google.

XGoogle region picker

Vous avez des réglettes qui vous permettent de donner plus ou moins d’importance à trois paramètres:

  • Impacts carbone.
  • Coûts.
  • Latence.

En fonction de vos choix, GCP vous proposera plusieurs zones géographiques pour déployer vos usages.

Les résultats changent en permanence. Il se peut qu’un centre de calcul américain, alimenté par des panneaux solaires, soit meilleur pour la planète quand il fait jour aux États-Unis, si la latence n’est pas une contrainte forte pour une application.

Je vous laisse le soin de trouver des dizaines d’autres cas d’usages qui vous permettront d’avoir un impact positif pour la planète.

 

Interactions infrastructures et usages

Agir sur les usages numériques pour en réduire au maximum les impacts sur la planète, c’est une bonne démarche.

Il pourrait être tentant de se dire que, les usages ne représentant que 20% des impacts carbone du numérique, une diminution de 50% des usages ne réduirait que de 10% les impacts du numérique.

C’est oublier l’essentiel! Les infrastructures numériques n’existent que parce qu’il y a des usages.

XDynamique usages infrastructuresLa boucle d’amélioration usages - infrastructures peut jouer un rôle majeur dans la réduction des impacts du numérique sur le changement climatique. 

Toute réduction des usages entraîne potentiellement une réduction de la demande d’infrastructures. C’est plus facile à gérer dans une démarche moderne de Clouds Publics qui permet de faire que la demande de ressources physiques évolue au même rythme que celle des usages.

Il y a un effet multiplicateur important dans la réduction des usages. Il peut théoriquement atteindre un rapport quatre: 20% pour les usages, 80% pour les infrastructures. Il est plus raisonnable de viser un rapport deux, ce qui serait déjà remarquable.

 

Résumé

Xmail et ampoule 25 wattConsidérer que les usages numériques sont mauvais pour la planète est une aberration. Hélas, cette vision négative des usages numériques est encore trop répandue dans la société française, et en particulier dans une grande partie de la classe politique.

Il existe de nombreux moyens de réduire les impacts carbone des usages numériques, et j’en ai donné quelques exemples.

Encore faut-il avoir le courage de s’attaquer en profondeur à la manière dont sont construites ces applications informatiques, et le courage est une denrée rare par les temps qui courent…


Basculer les OIV, Opérateurs d’Importance Vitale, dans les Clouds Publics

XLogo OIV MonacoLes OIV, Opérateurs d’Importance Vitale, sont des organisations considérées par les États comme stratégiques dans leurs activités. Elles sont soumises à des contraintes fortes en ce qui concerne la sécurité de leurs opérations, et tout le monde le comprend.

Ce billet de blog sera en priorité centré sur les OIV en France, mais il existe des OIV dans tous les pays, et ce que j’écris pour la France est valable dans le reste du monde. Le logo OIV ci-dessus est celui de… Monaco.

La position que je défends dans ce texte représente un virage à 180° par rapport au consensus actuel dans la majorité des pays:

  • La position dominante des pays: les Clouds Publics sont interdits pour les OIV.
  • Ma position: toutes les OIV doivent basculer leurs infrastructures numériques dans les Clouds Publics, et le plus vite possible.

 

OIV - Organisation d’Importance Vitale

Cet article de Wikipédia est une bonne introduction au sujet des OIV en France.

J’en ai extrait ce tableau qui liste les secteurs considérés comme stratégiques par l’État français et les ministères auxquels ils sont rattachés.

XSecteurs OIV en France

Il y a environ 250 OIV en France. La liste de leurs noms n'est pas publique, mais il n’est pas difficile d’en identifier la majorité, connaissant les secteurs économiques concernés.

Dans le domaine de la sécurité numérique des OIV, c’est l’ANSSI, l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information qui est chargée de la supervision des actions des OIV dans ces domaines. C’est une attribution logique et pertinente.

XANSSI et OIV

 

Infrastructures physiques, infrastructures numériques

Il est essentiel de bien différencier:

  • Les infrastructures physiques. Ce sont tous les équipements matériels utilisés dans les activités à protéger: réseau ferré pour les trains, réseaux de transports d’électricité ou de gaz, réseaux de distribution d’eau…
  • Les infrastructures numériques. Elles sont utilisées pour gérer les données nécessaires au fonctionnement des infrastructures physiques.

La majorité des OIV gère des infrastructures physiques et les infrastructures numériques qui les pilotent.

Il existe quelques OIV, comme les banques, qui ne gèrent que des infrastructures numériques.

Les règles relatives à la sécurité de ces deux familles d’infrastructures sont très différentes, comme je l’explique dans ce billet.

 

À garder “On Premise”: gestion industrielle des infrastructures physiques

La sécurité des infrastructures physiques doit être une préoccupation prioritaire des états.

Dans ce billet de blog publié en novembre 2021, j’ai placé la sécurité des infrastructures physiques en tête de la liste des principaux risques que j’ai identifiés, d’ici à 2030.

Le deuxième grand risque identifié est lié à Taiwan. Les tensions créées en août 2022 par la visite de Nancy Pelosi à Taiwan confirment mes inquiétudes.

De quoi parle-t-on?

- Transport d’énergie: gaz, électricité.

- Gestion de l’eau.

- Transport de personnes : rail, route, air.

- Réseaux de données, filaires et sans fil.

- Infrastructures hospitalières.

-...

Si des cybercriminels prennent le contrôle de ces réseaux physiques, il peut y avoir mort d’hommes, et en très grand nombre. Imaginez une seconde ce qui pourrait se passer si une organisation criminelle prenait la main sur un réseau ferroviaire et envoyait les trains les uns contre les autres en agissant sur les aiguillages.

La coupure totale, à 100% de tout accès Internet, Web ou Cloud est la méthode la plus efficace pour réduire ces risques de prise de contrôle à distance. 99% ne sont pas suffisants; une seule porte numérique ouverte suffit pour qu’une cyberattaque soit possible.

Aujourd’hui, un trop grand nombre de ces réseaux ont encore des points d’accès ouverts, par exemple pour les mises à jour de logiciels.

Aucune exception ne doit être tolérée.

C’est en pratique, plus difficile à réussir qu’on ne le pense.

Je ne connais pas les plans de l’ANSSI dans ce domaine, mais si ce n’est pas fait, il serait utile de créer une structure de coordination permettant aux 200+ OIV ayant des réseaux physiques de partager leurs meilleures pratiques dans ce domaine. 

Les problématiques sont très proches, les solutions aussi, que l’on gère un réseau de transport de gaz ou ferroviaire.

La démarche que je privilégie est celle de la création d’un jumeau numérique, un “digital twin” en anglais.

Ce schéma présente le mode de fonctionnement d’un jumeau numérique.

XInfrastructures industrielles - Jumeau numérique

  • Les réseaux industriels, gérés par des logiciels regroupés sous le nom de SCADA, sont 100% déconnectés du Cloud et d’Internet.
  • Les données liées à l’activité des réseaux industriels sont envoyées, en même temps, vers le SCADA et vers le jumeau numérique, construit dans un Cloud Public.
  • Pour garantir la protection du SCADA, il est indispensable que la liaison qui transmet les données vers le Cloud Public soit physiquement unidirectionnelle.
  • La société Teréga, le deuxième transporteur de gaz en France avec GRTGaz, et avec qui j’ai eu l’honneur de collaborer, à développé en interne une solution innovante de “diode numérique” qui rend impossible le retour de données en provenance du Cloud Public. La solution complète proposée par Teréga, io-base, s’appuie sur le Cloud Public AWS pour le jumeau numérique.

Toutes les OIV qui gèrent des réseaux physiques peuvent mettre en œuvre une démarche SCADA + Jumeau Numérique. C’est le moyen le plus efficace que je connaisse pour conjuguer sécurité des infrastructures physiques et capacité de pilotage numérique en s’appuyant sur la puissance des Clouds Publics.

La solution française io-base de Teréga pourrait devenir rapidement un standard en Europe si l’ANSSI en fait la promotion et pousse toutes les OIV françaises à l’adopter.

Dans mon billet de blog de fin 2021, “j’ai mal à mon Europe du Numérique”, j'ai identifié sept DC2E, Digital Commando of Excellence en Europe, domaines dans lesquels l’Europe pouvait encore espérer jouer un rôle raisonnable en 2030.

Les jumeaux numériques sont le quatrième de ces sept domaines.

La réussite de cette démarche de jumeaux numériques en Europe peut ensuite s’exporter dans tous les pays du monde, qui ont exactement les mêmes soucis de protection de leurs infrastructures industrielles. 

Motivant, non?

 

Infrastructures numériques des OIV, situation actuelle

Maintenant que les problèmes de sécurité des infrastructures physiques des OIV sont maîtrisés, on peut s’attaquer au deuxième défi, leurs infrastructures numériques.

Comme je l’ai écrit récemment, mes analyses démontrent que les infrastructures numériques des grands Clouds Publics industriels sont, et de loin, les plus sécurisées au monde, celles qui protègent le mieux les données des entreprises.

Les OIV sont, par définition, les entreprises françaises qui ont le plus besoin de sécuriser leurs infrastructures numériques.

Conséquence “logique”: la priorité pour la France est de basculer le plus vite possible les infrastructures numériques des 250 OIV françaises dans les Clouds Publics.

La situation en 2022 est pour le moins… paradoxale:

AdS DPC Two men in Data Center S 511608567

  • Il faut protéger le plus possible les infrastructures numériques des OIV françaises.
  • On interdit, ou déconseille très fortement aux OIV d’utiliser les Clouds Publics.
  • On  encourage les OIV à rester le plus longtemps possible sur des infrastructures “On Premise”.
  • Le résultat obtenu est l’inverse de celui espéré: les OIV seraient les dernières entreprises en France à disposer d'infrastructures numériques sécurisées.

Comme tout citoyen français responsable, je souhaite que les OIV disposent des solutions d’infrastructures numériques les plus sécurisées possibles.

Conséquence: la stratégie actuelle “pas d’infrastructures Clouds Publics pour les OIV” doit être remplacée immédiatement par une stratégie qui représente un virage à 180°:

 

Les infrastructures numériques les plus sécurisées pour les OIV…

 sont dans les Clouds Publics.

 

Infrastructures numériques des OIV, dans Clouds Publics, à partir de 2023

Dans le billet de blog cité plus haut, j’ai identifié cinq niveaux d’infrastructures numériques en fonction des niveaux de confiance qu’elles procurent dans la protection des données:

XFamilles de Cloud  niveau de Confiance

  • OP = On Premise: la plus mauvaise solution, et de loin.
  • CP = Cloud Public, utilisé de manière native, sans sécurités supplémentaires.
  • CP+ = Cloud Public, avec utilisation des clés de chiffrement fournies par l’opérateur de Cloud Public. 
  • CP++ = Cloud Public avec utilisation de clés de chiffrement fournies par l’entreprise, que l’opérateur de Cloud Public ne connaît pas.
  • CPC = Cloud Public de Confiance: les infrastructures numériques appartiennent à des sociétés françaises ou européennes, ce qui les met à l’abri des lois extraterritoriales comme celles utilisées par les États-Unis.

J’utiliserai cette classification dans la suite de mon analyse.

 

Quelles infrastructures Clouds Publics pour les jumeaux numériques des OIV

Dans un paragraphe précédent, j’ai présenté le principe des jumeaux numériques: ils travaillent sur une copie des données venant des infrastructures physiques.

Toutes les données utilisées pour créer un jumeau numérique n’ont pas les mêmes niveaux de criticité. Cela dépend des métiers des OIV:

  • Pour une entreprise de transport ferroviaire, le nombre et la localisation des wagons n’ont pas besoin d’une protection forte.
  • Le niveau de remplissage d’une réserve de gaz est une donnée publique.
  • Dans le secteur nucléaire, les informations relatives au transport des combustibles sont beaucoup plus sensibles.
  • La localisation des sous-marins atomiques français demande un niveau de protection maximal.

En pratique, cela veut dire que chaque OIV devra choisir pour son jumeau numérique la famille de Clouds Publics qui correspond au niveau nécessaire de confidentialité des données.

Cloud Confiance OIV et Jumeaux numériquesCe tableau donne une possible répartition des jumeaux numériques des OIV françaises par niveaux de solutions. Il n’a aucune valeur “scientifique”: c’est une première estimation que je propose. 

La bonne démarche consiste à commencer par le niveau de base, CP. S’il est suffisant, ce qui sera probablement le cas pour 30% à 50% des OIV, il n’est pas nécessaire d’investir dans les niveaux de protection supérieurs, plus complexes et plus coûteux.

Ensuite, au cas par cas, chaque OIV peut monter dans les niveaux de confidentialité, CP+, CP++ pour trouver la meilleure réponse.

Les solutions CPC seront choisies par les seules OIV qui en ont un besoin impératif. Si je devais donner un pourcentage, je le situerais à moins de 10%. Les OIV travaillant dans le domaine militaire sont des candidats logiques.

 

Quelles infrastructures Clouds Publics pour les Systèmes d’Information des OIV

Les Systèmes d'Information des OIV sont de la même nature que ceux des autres entreprises.

Dans le billet déjà cité plusieurs fois, j’ai présenté deux réponses possibles pour les entreprises face à ces défis de la confidentialité des données:

  • Une réponse irrationnelle: les risques perçus par les dirigeants sont beaucoup plus élevés que dans la réalité.
  • Une réponse rationnelle, qui analyse de manière posée et sérieuse les risques et choisit les réponses les plus raisonnables, cas par cas.

Je fais évidemment l’hypothèse que tous les dirigeants et DSI des OIV et de l’ANSSI sont des personnes rationnelles.

Différentes familles Cloud et Confiance RationnelCe tableau donne mon évaluation générale de la répartition des solutions Clouds Publics pour toutes les entreprises. La majorité des OIV sont des entreprises grandes ou moyennes. Il est possible que les pourcentages soient un peu différents.

Pour les OIV, j’estime que les pourcentages pourraient être dans les fourchettes suivantes:

  • Cloud Public: 60% à 80%.
  • Cloud Public +: 10% à 30%.
  • Cloud Public ++: 1% à 10%.
  • Cloud Confiance: 1% à 3%.

Ce qu’il faut retenir: en choisissant rationnellement et avec pragmatisme les solutions Clouds Publics disponibles, 99% des OIV françaises peuvent basculer 99% de leur Système d’Information dans les Clouds Publics, et immédiatement.

Pourquoi 99% et pas 100%? Je n’aime pas beaucoup le 100%, car on le rencontre très rarement sur le terrain! Il y a dans ce billet une exception à cette règle: les réseaux industriels qui doivent être déconnectés d’Internet et du Cloud à 100%, pas à 99,99%.

 

Résumé

XLogo ANSSIJe suis prêt à collaborer activement avec l’ANSSI pour les aider dans cette mission urgente, d’intérêt national: la migration des infrastructures numériques de toutes les OIV françaises dans des Clouds Publics.

Ce sera un signal fort et positif pour toutes les entreprises françaises! 

Si les OIV peuvent utiliser les solutions IaaS des Clouds Publics, il deviendra très difficile, limite impossible, pour les dirigeants de toutes les entreprises de dire qu’ils ne peuvent pas utiliser les Clouds Publics car ils n’offrent pas un niveau de sécurité suffisant.

Un beau chantier en perspective, à démarrer avant la fin de l’année 2022.